‹ Histoire du duc de Wellington (volume 3)Chapitre 9 sur 23 · CHAPITRE XIF · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIF

né commandant en chef de Tarmée d'Espagne. — Activité — Son mouvement offensif pour délivrer Pampelune et en. — Combats de Roncevaux et de Maya. — Bataille de Retraite de Soult. — Considérations qui déterminent Wellettre l'invasion de la France au printemps prochain.— Soult onde fois Toffensive.— Attaque de San-Martial.— L*insuccès lue engage le duc de Dalmatie à rester sur la défensive. dnt-Sébastien. — Wellington, assuré de ce point d'appui, se :her en avant. — Passage de la Bidassoa. •— Les alliés se pénétrer en France. — Situation générale de la Péninsule.

» en apprenant la nouvelle du désastre de Yittoria, et Jourdan de leurs fonctions, et nomma Soult en chef des armées de la Péninsule (i). Le duc se rendit à son poste le 15 juillet, et, dix jours i un ordre du jour pompeux , où le roi est quaral incapable, et sa retraite de fuite honteuse.

Ion éUlt datée de Dresde, le U^ juuict 1813.

le de foi affirme que Napoléon , prévoyant le cas où josepb refuserait de

»n commandement, avait autorisé, par lettres du !«' Juillet, Parcbl-

Istres de la guerre et de la police .1 recourir A la force, si cela était né-

KAU,t.lX,p.327.

L'armée comptait alors 77,500 hommes, dont 7,000 de cavalerie (i) ; son administration était désorganisée, son moral affaibli, et sa discipline relâchée. Mais Soult, à peine arrivé, lui communiqua une impulsion vigoureuse, et parvint même à lui donner une certaine confiance dans le succès des opérations. Jnmais, dans sa longue et brillante carrière, il ne montra plus de talents, de résolution, de patriotisme (2).

Le duc de Dalmatie aurait voulu avoir quelques semaines devant lui pour rétablir entièrement l'ordre, compléter le matériel et assurer sa base d'opérations ; mais l'empereur exigea qu'il prît immédiatement l'offensive. En conséquence, toutfut préparé pour commencer le mouvement général dans la journée du 16 juillet.

Glausel, qui commandait l'aile gauche, se trouvait à Saint- Jean-Pied-de-Port; Drouet, avec le centre, occupait les hauteurs près d'Espelette et d'Ainhoé; Reille, avec Taile droite, se tenait sur les montagnes qui dominent Yéra. Enfin la réserve, sous les ordres de Villatte, gardait la Bidassoa, depuis la mer jusqu'à Irun. (Voir le Plan nM7.)

L'armée alliée chargée de couvrir le blocus de Pampelune et le siège de Saint-Sébastien, occupait les gorges des montagnes sur une étendue de 20 lieues. Le terrain était si désavantageux, qu'en arrière des gorges il ne se trouvait pas une seule position centrale susceptible d'être défendue par une forte masse de troupes. En outre, les communications entre les divisions anglaises étaient lentes et pénibles, tandis que

(1) 1,700 hommes, comprit dans cet effectif, étalent répartis entre les sarnlsons de Pampe» lune, Saint-Sébastlen, santona et Bayonne.

Le nombre des bouches à feu de campagne s^élevalt ft 86.

(3) Pour être Juste cependant, il faut dire que le roi et Jourdan, après la bataille de TiUorla , firent de louables eiforts pour améliorer le personnel et le matériel de l^armée. Quand Soult arrlTa, le changement était déjft notable.

LâPBNK, p. B3 et snlTantes, énumère toutes les mesures que prit le maréclud pour compléter et réorganiser le personnel et le matériel de son armée.

Le même écrivain porto â 60,000 hommes reffcctir de l'armée de Soult en Juillet lêlS. P. M-

celles entre les corps français, sur le front des passages» étaient courtes et faciles (i).

La brigade de Byng et la division espagnole de Murillo, formant Textrème droite des alliés, occupaient la passe de Roncevaux. La division Cole était stationnée à Biscaret pour appuyer ces troupes, et la division Thomas Picton se trouvait en réserve à Olaque.

Sir Rowland Hill occupait la vallée de Bastan, ayant la brigade Walker et les compagnies légères de la brigade Pringle dans le Puerto de Maya. Le reste de la seconde division (Stewart) était en réserve dans la vallée. La division portugaise du comte Amarante (Sylviera), faisant également partie du corps de Hill, se trouvait à 5 lieues sur la gauche de Roncevaux. La brigade portugaise de Campbell était détachée à Los Âlduides (ou les Âldudes), poste situé sur le territoire français. La division légère (Àlten) et la T^^ division (Dalhousie) occupaient Yéra et les hauteurs de Santa-Barbara, situées sur la droite de cette ville , ainsi que le Puerto de Echallar; enfin la 6'°'' division (Packenham) était en réserve à San-Estevan.

Les troupes de Longa établies à Yéra communiquaient par leur droite avec la division espagnole de Giron, campée sur la grande route , et , par leur gauche , avec le corps du général Graham, occupé au siège de Saint-Sébastien (â).

Après avoir examiné attentivement la position des alliés, le maréchal Soult résolut d'opérer par sa gauche pour délivrer Pampelune, et de s'emparer ensuite de la route dlrurzun pour tomber en masse sur les divisions du centre, à mesure qu'elles descendraient des montagnes, ou pour menacer les derrières de l'armée occupée au siège de Saint-Sébastien,

(1) W€tam§ion au comte Maihurst, 1« août 1813.

{!) Toir tHEftM • t. Il, p. 342.

pendant qu'un corps d'observation laissé sur la Basse-Bidassoa attaquerait cette armée de front. « Cette manœuvre devait avoir pour résultat la levée du siège de Saint-Sébastien, du blocus de Pampelune, et probablement de celui de Santona. L'armée française, concentrée dans un pays riche, ayant ses communications assurées avec Suchet, pourrait alors concourir aux opérations de ce maréchal , ou poursuivre ses propres opérations (i). »

Wellington avait en ce moment 57,000 Anglo-Portugais (2) et 25,000 Espagnols réguliers. Les partisans occupaient les environs de Saragosse et de Daroca.

Suchet , dont l'arrivée opportune eût détruit les chances favorables des alliés, opérait alors tranquillement sa retraite sur la Catalogne.

Le maréchal Soult se trouvait par conséquent dans une position difficile , obligé de prendre l'offensive contre un adversaire plus fort que lui, et qui avait pris d'excellentes mesures pour le recevoir. Il parvint néanmoins à lui donner le change par d'habiles et promptes démonstrations sur la droite des alliés.

Wellington, occupé à réunir 60,000 combattants (3) et 66 bouches à feu, pour forcer les défilés de Roncevaux et de Maya, prit ces démonstrations pour une feinte, croyant que le véritable but de l'ennemi était de faire lever le siège de Saint- Sébastien. Le maréchal résolut de profiter de cette erreur pour brusquer le passage des gorges ; il y serait parvenu , selon toute probabilité, si Reille et le comte d'Erlon avaient mieux suivi ses instructions (4), et surtout si un épais brouillard, tou-

(l)IfAPIRR, t. XI,p.l29.

(2) Dont 7,000 cavaliers. Dans ces chiffres ne sont pas compris les officiers, les arUllenrt. les 'soldats du génie, et ceux de l'ambulance, que les Anglais n*ont pas l%abitude de porter tor leurs états de situation.

(3) En y comprenant la cavalerie, la garde nalionalc et les gendarmes.

(4) Rellle perdit un temps précieux A Incorporer des bataillons de conscrits dans set dtfh slons, et le comte d^Erlon exécuta ses opérations avec une lenteur extrême.

ours dangereux en pays de montagnes, n'avait empêché, penlant deux jours, ses troupes d'avancer (i). Néanmoins, le 25au natin, Soull obligea le général Gole, tourné dans sa position le Roncevaux, à rétrogrer vers Zubiri; dans l'après-midi du Dême jour, il força sir Rowland Hill, qui défendait Puerto le Maya (au débouché de la vallée de Bastan), à se retirer ersirurita (2). Sur ce dernier point, la lutte fut très-vive; elle oûta au général anglais 2,000 hommes et 4 pièces de anon (3). Après ce premier succès, le maréchal Soult se irigea sur Pampelune, par un chemin que dominaient de ortes positions défensives. Cette ville était alors bloquée •ar 11,000 hommes (4), sous les ordres d'O'Donnel, etauxuels s'étaient jointes^ dans la journée du 26, les troupes de lole et de* Picton, qui avaient eu le bonheur d'échapper aux français.

Wellington apprit ces événements dans la nuit du 25 au 16 (5). Il donna aussitôt l'ordre de concentrer son armée ur la droite, pour assurer le blocus de Pampelune, sans bandonner cependant les travaux de Saint-Sébastien. Toutes es forces disponibles furent à cet effet dirigées sur Pam- ^lune, et, afin qu'il n'y eût pas d'erreur, on désigna la

(1) ce brouillard régna le 28 et le 26. pluies, en détruisant les routes, avalent retardé de deux Jours la concentration de

â Saint-Jean-Pled-de-Port. SI Soult s'était mis en mouvement le 23, au lieu du 23, la orprUe eût été complète.

De Taudoncourt est trop sévère en attribuant Hnsuccès de l*attaque de Soult « à un nian- [ue d^ensemble et de vigueur. Imputable au général en chef seul. » (T. T, p. 222.)

(2) Ce dernier combat fut assez mal conduit du côté des alliés, qui se laissèrent pour ainsi lire surprendre; mais le courage des soldats anglais y brilla d'un vif éclat.

(S) Voir la Mire de tf^etUnglon au général Graham, 4 août 1813. Sherer évalue les pertes le HIll à 1,740 bommes (dont 140 prlsonnlerii) et à 4 pièces de canon.

Lapène affirme que les Français eurent ce Jour-Iâ 12 a 1.500 bommes bors de combat. — La ntte «Tait duré sept beures.

(4) T compris la division Carlos, arrivée au dernier moment. Sur ces 11,000 hommes « '^000 pouvaient agir en campagne, 4,000 seulement étant nécessaires pour maintenir le ^locos.

(S)Uaassautdonnéàcette place, le 25, avait écboué. Wellington, en partant (le 26 au matin) k "valt donné a Graham Tordre de convertir le siège en blocus, d'embarquer son artillerie et > vivres, et de réunir ses troupes ftjcelles de ciron, près de la Bldassoi^.

vallée de Lanz, comme la ligne générale du mouvement.

La situation des alliés était en ce moment très-difficile.

Wellington, accompagné d'une seul officier d'étatHnajor, lord Fitzroy-Sommerset, arriva le 27 à Sauroren. Comme il entrait dans ce village, il aperçut les divisions de Clausel qui s'avançaient de Zabaldica, le long de la crête de la montagne. Convaincu dès lors que les troupes alliées étaient coupées dans la vallée de Lanz, il arrêta son cheval, mit pied à terre et écrivit sur le parapet du pont de Sauroren de nouvelles instructions, d'après lesquelles tous les corps engagés dans la vallée devaient tourner à droite. Puis, sans perdre une minute, il reprit seul le chemin de la montagne pour rejoindre ses troupes. Un des bataillons portugais apercevant le premier le général en chef, poussa des cris de joie. Ces acclamations , répétées par les régiments voisins , se prolongèrent sur toute la ligne , et se convertirent en ce cri formidable que les Anglais ont coutume de pousser avant la bataille, et que l'ennemi n'a jamais entendu sans émotion ! Lord Wellington s'arrêta sur un point élevé , désirant que les

deux armées eussent connaissance de son arrivée De ce

point, on lui montra Soult, si rapproché de lui, qu'il pouvait parfaitement distinguer ses traits.

c( Le général anglais, dit Napier, fixa attentivement les yeux sur son illustre adversaire, et dit, comme s'il se fût parlé à lui-même : a Nous avons en face de nous un grand général ; ce mais il est aussi prudent qu'habile, et il différera certaic< nement son attaque pour connaître la cause de ces accla- €< mations ; ce délai donnera à la Q^ division le temps d*ar- « river, et l'avantage sera de mon côté (i). »

Les choses, en effet, se passèrent ainsi. Quand, le % an matin, le duc de Dalmatie donna l'ordre d'attaque, la &" divi-

(1) rriPiEB, l. XI, p. 174. Voir aussi SaUBM, t. Il, p. 249.

sion était arrivée, et Hill se trouvait en communication avec la gauche de cette division (i).

La veille, Soult avait vainement essayé d*enlever une hauteur importante, occupée par les Espagnols, en avant du centre de la ligne ennemie. 11 aurait attaqué ce jour-là, s'il n*avait dû attendre la division d*Erlon , restée en observation près d'Êlizondo.

Cette division n'étant pas encore arrivée le ^, et Wellington recevant sans cesse de nouveaux renforts-, il fallait agir promptement , accepter la lutte ou battre en retraite. Soult jugea sainement que le premier parti seul était acceptable; il donna donc Tordre d'attaquer la position des Anglais, qui était forte et bien occupée. Glausel tourna rapidement la gauche et chercha à l'envelopper , mais il fut enveloppé lui-même et forcé de se replier. Ce mouvement ayant été fait trop tôt, il n'y eut pas d'ensemble dans les opérations. Sans doute les soldats français gravirent avec audace les rochers escarpés derrière lesquels se tenaient les alliés, et firent plusieurs charges admirables qui frappèrent d^étonnement leurs adversaires ; mais ces efforts héroïques échouèrent devant l'invincible opiniâtreté de l'armée anglaise.

« Tous mes régiments, dit Wellington, chargèrent à la « baïonnette, et plusieurs à quatre reprises différentes. Deux u perdirent, en trois charges, au moment décisif du combat, ce plus de la moitié de leur effectif. »

Cette bataille, que le duc appela un coup de massue y fut livrée le jour anniversaire de Talavéra ; elle porte la désignation de bataille de Sauroren, du nom d'un village rapproché du lieu de l'action. Les troupes engagées du côté des Français montaient à 20,000 hommes , et du côté des alliés à

(1) La 6« difitlon , forte de 61OOO hommes , arriva dans la malloée du 28; les troupes de ini,aa nombre de 1 5,000 hommes, n^entrèrent en ligne que le soir, c*est-à*dlre après la bataille.

16,000 seulement (i). Les premiers eurent 1,800 blessés et tués; les autres, 2,600.

Les deux armées restèrent en présence le 29, sans tirer un coup de fusil. Vers la fin du jour, celle des alliés, qui la veille comptait à peine 16;000 hommes, fut portée au chiffre de 50,000; d'autres troupes encore approchaient; dès lors, tout danger était passé pour Wellington : Soult le comprit ; il se décida immédiatement à battre en retraite. Cependant Tarmée française, qui venait d'être renforcée par les 18,000 hommes du comte d'Ërlon, avait mieux à faire que de retourner simplement sur ses pas. Soult se proposa donc de dégager ses troupes, tout en les faisant concourir à la délivrance de Saint-Sébastien. Pour cela il fallait écraser Hill, gagner la route d'Irurzun à Saint- Sébastien par Tolosa, ou, en cas d'impossibilité, assurer la concentration de toute l'armée, et donner à la retraite une apparence de mouvement offensif. C'était une opération habile mais dangereuse , en ce qu'elle forçait le duc de Dalmatie à présenter le flanc aux alliés.

Wellington, avec sa pénétration ordinaire, saisit la pensée du maréchal. Il donna, en conséquence, à Rowland Hill l'ordre de tourner la droite de l'ennemi; mais Clausel,qui se trouvait à cette aile, attaqua sir Rowland à Buenza , le délogea de sa position et se jeta derrière son flanc gauche. Cet avantage assurait au duc de Dalmatie une nouvelle ligne de retraite, des communications plus courtes avec Yillatte (2), par le défilé de Dona-Maria, et le libre usage de la grande route d'Irurzun à Tolosa, dont il n'était éloigné que de six quarts de lieue.

Wellington découvrit sur-le-champ le côté faible de cette opération, et prit des mesures efficaces pour en tirer parti. Picton reçut l'ordre de pénérer dans la vallée de Zubiri , et

(1) Éfaloailon de ifapler.

(2) Ce général était resté avec la réserie sur la Baise-BidaMoa.

de tourner la gauche des Français par la route de Roncevaux ; Dalhonsie fut chargé d'enlever une hauteur qui défendait leur droite, et Cole eut pour mission de les attaquer de front, dès que Tefiet des mouvements de flanc commencerait à se faire sentir.

Dalhousie était appuyé par la 6^ division, sous Packenham, et par la brigade Byng, qui avaient pris et débordé le village de Sauroren.

Toutes ces dispositions obligèrent le maréchal Soult à abandonner une position que Wellington qualifia a Tune des « plus fortes qu'il eût jamais vues occupées par des trouce pes (i). »

Par suite de ce mouvement rétrograde, les 8,000 hommes du général Foy (s) se trouvèrent coupés du reste de l'armée, ce qui réduisit les forces de Soult à 55,000 comi)attants, dont 15,000 sous les ordres de Reille et de Clausel , extrêmement découragés de l'échec qu'ils venaient d'éprouver. Soult avait le corps de Hill devant lui et 50,000 hommes sur ses derrières; sa situation était donc fort critique. Le seul moyen qui lui restât , pour se dégager, était de se retirer sur San-Ëstevan, par la gorge de Dona-Maria, opération difficile, et pouvant, en cas d'échec, donner lieu à une catastrophe.

Wellington, jugeant que cette opération lui fournissait une chance de couper la ligne de retraite de Soult, ordonna une manœuvre dont le succès fut tel , que le 51 il occupait , à rinsu de son adversaire, les montagnes que traverse la route d'Ëlizondo à San-Estevan: L'armée française se trouvait dans

(1) Lettre dii !«' août au comte Dathurst. Les deuii combats livrés ce Jour coûtèrent aux •niés 1,900 bommes, dont 1,200 Portugais. Les Français eurent 2,000 tués et blessés, et 3/XW prisonniers.— fTAPiER.

Sfaerer évalue les pertes des Français A 8,000 hommes et celles des alliés A 6,000.

(2) Foj était resté, à petite distance, spectateur de la lutte. Dans les 8,000 bommes qu'il commandait se trouvaient beaucoup de fuyards, raUlét cbemln faisant.

le voisinage de ce dernier point, entassée au fond d*ane étroite et profonde vallée (i)... Encore quelques heures de marche, et les alliés auraient obtenu un résultat décisif. Malheureusement pour eux , trois maraudeurs anglais , par l^ur imprudence, firent manquer l'opération. Toutefois, la refaite de Tarmée française, à partir de ce moment, se fit avec plus ou moins de désordre et de précipitation, par des cbemins âpres et encaissés. Une grande partie des bagages tomba entre les mains des alliés, et Tartillerie ne fut sauvée que parce que Soult, après le combat du 28, avait eu la précaution de faire filer la presque totalité de ses bouches à feu par Roncevaux sur Saint-Jean-Pied-de-Port.

Après avoir détaché deux divisions et le corps de HiU pour occuper de nouveau les défilés de Roncevaux, les Àldudes et le col de Maya, Wellington repoussa, le 2 août, avec le reste de ses troupes, le général Clausel des positions d'Echallar et dlvantelli. Le même jour, Wellington faillit être enlevé et fait prisonnier par un détachement français , qui le surprit au moment où il examinait ses cartes.

Après ces divers combats , dans Tun desquels (s) on avait vu 1 ,500 Anglais, de la brigade Barnes, chasser d'une position formidable 6,000 Français (accablés de fatigue, il est vrai, et dépourvus de munitions), l'armée alliée renonça à la poursuite.

De l'aveu même des auteurs français, et, parmi eux, bous citerons le général de Yaudoncourt (trop sévère cependant pour Soult), le duc de Wellington montra plus de vigueur et de talent dans cette première phase de la guerre des Pyrénées que son illustre adversaire.

Les résultats, au surplus, dépassèrent toute attente; car,

(1) Elle avait touteno, dans la matinée du S1»ft Ocmi-Harla, un combat 4*arrlèr«-| contre ■ill.

(2) Combat d'ÉcbalUr.

après dix combats livrés en neuf jours , Tarmée alliée était parvenue à maintenir sa position dans une contrée où tous les avantages semblaient être pour Tassaillant.

Les pertes totales en tués, blessés et prisonniers s^étaient élevées, du côté des alliés, à 7,500 officiers et soldats, et du côté des Français, à plus de 15,000 (i).

C'est vers cette époque que le duc de Berry écrivit à Wellington pour l'engager à pénétrer en France , lui offirant Tappui de 20,000 partisans qui, au dire de son Altesse Royale, étaient déjà armés et organisés. Le duc envoya (le 8 août) copie de cette lettre à lord Bathurst, en lui exposant les nombreuses raisons qui le portaient à ne pas envaliir immédiatement le territoire français. C'étaient les mêmes qui l'avaient déterminé à s'arrêter après le gain de la bataille de Yittoria.

Le cabinet de Londres (s) et les souverains alliés ne goûtèrent pas ces raisons ; mais Wellington persista et fit bien , car l'armistice avait été prolongé en Allemagne, et les négociations de Prague avaient révélé un défaut d'entente qui pouvait tourner au préjudice des alliés. « Il me parait, écrivit

(1) BKLMA6, Journaux des iiéges de la Péninsule. « Je crois, écrivait WelIlDgton, le 4 août, A «ralMiii, que nous avons 4,000 prisonniers environ, les officiers français disent <|nMls ont perdu 15,000 hommes-.. De notre côté, le nombre des morts s'est élevé, Je crois, A 6,000. •

raprès l'état officiel^ donné par Gunvood, Il y eut, du 25 Juillet au 2 août, 559 Anglais et 22 Fortngats tués, 3,003 Anglais et 1817 Portugais blessés, 504 Anglais et 201 Portugais manquants.

Lapène et Tanteur des Vietotres et conquêtes se trompent en évaluant les pertes des Français, ron â 6,000 et l'autre à 8,000 hommes. Les cbiffrei officiels, d'après Bclmu, sont l,90a tués, MèO Messes et 2,700 prisonniers.

C2) Voir U iettre de Wellington à Bathurst, 22 août 1813.

a Wellington à lord Bathurst (i), qu'il n'y a ni accord, ni c( cause commune dans les négociations pour la paix, et quant « aux opérations de la guerre.... je crois qu'il n'existe rien, c< si ce n'est des conversations en l'air entre princes. Pour « moi, je ne ferais pas marcher une escouade sur une pareille c< donnée.... à moins que je n'en reçusse l'ordre. »

Le duc craignait surtout que Bonaparte ne fit à rÂutriche, à la Prusse et à la Russie des concessions qui engageassent ces États à conclure une paix où l'Angleterre et la Péninsule n'auraient pas été comprises (2). Dans cette éventualité, le maréchal Soult se serait renforcé de tous les détachements devenus disponibles en Allemagne, ce qui lui eût donné l'avantage du nombre.

Au surplus, l'armée alliée ne pouvait alors s'avancer en France sans exposer son flanc droit, l'ennemi pivotant sur Saint-Jean-Pied-de-Port, et sans perdre ses communications avec la côte d'Espagne, menacées par les garnisons françaises des places qui commandaient les grandes routes. Puis Tarmée anglo-portugaise manquait de chaussures et de munitions, et avait besoin de se reposer quelque temps pour reprendre Toffensive. Ces raisons justifiaient parfaitement la résolution qu'avait prise Wellington de rester sur le territoire espagnol ; néanmoins, on persista à vouloir le pousser en avant. « H y a a des gens, écrivait-il à cette occasion, qui s'imaginent que « dans un mois nous serons à Paris....; mais remarquez (c donc qu'il s'agit de l'invasion de la France , pays oà (c chaque homme est soldat, où la population entière est ar- « mée et organisée sous des chefs qui ont l'expérience de la « guerre.... Je puis, sans doute, établir l'armée sur TÂdour, c( mais je n'irai certainement pas plus loin, et si la paix 8^

(1) Le 14 août 1813.

(2) Lettre de Wellington à Charles Stuart^ 15 août.

ec les puissances du Nord, je devrai nécessairement tirer en Espagne (i) . »

t un langage plein de sens et de raison. Le seul re- [U*on puisse adresser à Wellington, c'est de n'avoir pas é le succès de ses habiles manœuvres en continuant uite deSouIt après l'affaire du 2. Dans l'état de désorétait l'armée française , elle aurait été probablement ; et en effet , si le duc de Dalmatie avait rejoint sa sa cavalerie et son artillerie, Wellington, de son côté, § renforcé par Graham , et se trouvait, somme toute, I meilleures conditions que son adversaire, ant que Soult réorganisait ses troupes, mettait en état ise Saint-Jean-Pied-de-Port, Navarreins^ et Bayonne, rtifiait sa ligne de défense depuis l'embouchure de la a jusqu'à la Nive, Suchet, occupé par William Benvait perdu le moyen de communiquer avec le duc de ie autrement que par la France, ington résolut de profiter de ce moment favorable pour er le siège de Saint-Sébastien, interrompu depuis le et.

( la journée du 6 août, on débarqua les équipages. Imîment après, les travaux d'attaque furent repris. Mais avilie, chef de l'amirauté, avait montré tant de née et de mauvais vouloir, que les munitions et le maténandés depuis plusieurs mois étaient encore en Ân- 3. Il en résulta que, pendant plusieurs jours, l'attaque peu de vigueur, que la garnison put réparer les onde la place et construire de nouvelles défenses. D'un 5té, le refus de lord Melville d'envoyer une force navale lurs de l'armée de siège (2) , permit à Saint-Sébastien

fmte Balhursi, 8 août.

a? ait devant Salnt-Séhnstlcn qu'une fr^^ate et quelques bricks et cutters servant

(•r des dé|>^c lies. Cependant Wellington s'était adressa', depuis huit mois, au ml

de conserver une libre communication avec Saint-Jean-de- Luz et Bayonne (i), et priva Wellington de l'avantage d'attaquer la ville simultanément par terre et par eau. Cette absence de protection maritime fut cause aussi de la perte d'un grand nombre de bâtiments de transport , chargés de vivres et d'effets d'habillement pour la troupe. Les côtes ofiBraient ai peu de sûreté, que les approvisionnements et les secours étaient retenus dans les ports faute d'escortes suffisantes. Enfin, les autorités espagnoles , pour aggraver encore cette situation, refusaient de fournir des charrettes pour le transport des matériaux de siège (2) . ce Depuis que la Grande-Bre- « tagne est devenue une puissance maritime, disait Wellingc( ton , jamais l'armée anglaise n'avait été laissée dans une c( semblable situation, au milieu de circonstances aussi inh (c posantes (s). »

Le 18, arriva un convoi d'artillerie de siège qui porta le nombre des bouches à feu à 117 (4). Mais, par suite d'une nouvelle négligence du gouvernement, ce matériel était sorti des ports anglais avec un nombre de projectiles à peine suffisant pour la consommation d'un jour (5) !

nfilère pour avoir une flounie sérieuse. (Voir sa lettre du 20 août au générât Orahûm:^

(1) Les Prani^ls purent entretenir librement le cabotage entre la Garomae, Bafttaae tt 8a1nt-iean-de-Lui, ce qui était un grand avantage pour rapprovlslonnement des troapef* {Dépêche de WeUington.)

(2) Il fallut employer â ce travail les soldats portugais.

Les Espagnols refusèrent aussi A Wellington les bateaux du pays, et s^opposèreat aiêae à ce qu'il utilisât les édifices publics pour j établir des hôpitaux.

Voir sa lettre du 21 A lord Melvtlie , et celle du 19 août 1813 , où 11 se plaint oAcleneoMttt ■ des embarras et des désavantages auxquels Tannée était exposée, à défaut «Tme lellt • capable de protéger les côtes. »

(3) Lord Melvtlie appréciait assex peu les glorieux travaux de rarmée dans la Féalnwlt pour dire A Wellington «que ses besoins étalent la dernière chose dont il dût s\>ccuper. »ilAniR, t. XI, p. 247.

(4) Vers cette époque arrivèrent aussi deux compagnies de sapeurs-mineurs, les premières que Wellington eût obtenues, malgré ses demandes réitérées.

(5) Dans sa lettre du 10 septembre à tord Ba/Aur«f, Wellington dit que les assiégeants durent attendre des munitions du 25 JuUlet au 26 août.

Maxwbll, t. III, p. 217, affirme que, pendant plusieurs Jours, les alliés durent se t servir de cartouches françaises dont le calibre éUlt Inférieur à celui des cartooeics * anglaises.

0u 22 au 24» on réarma les anciennes batteries et on con* stmisit des batteries nouvelles sur la hauteur de San-Bartholomé pour faire brèdbe au demi-bastion de gauche de Touvnige à cornes.

La garnison avait en ce moment 2,619 hommes valides; le iMNnbre des pièces en batterie s'élevait à 67 , dont 4 mortiers et 3 obnsiers.

Le 26 9 65 bouches à feu tonnèrent à la fois contre Saint- Sébastien. Celles du San-Bartholomé, à cause de leur éloignement, produisirent peu d'effet; en revanche, les autres Areat promptement de larges trouées aux tours de Los Hornos et de Las Mezquitas, à la face gauche du bastion Saint- Jeain et à la tête de la courtine haute.

L*artillerie de la place fut en partie éteinte, et le feu prit de nouveau à la ville en pltisieurs endroits (i).

Wellington, arrivé le 26, fit enlever par 200 hommes la ^|>etite ile de Santa-Clara, seul moyen de communication de ^a place avec la mer.

Le 30, presque toute l'artillerie de la défense était ruinée; la ville en ce moment ressemblait à un amas de décom- 3mibs (a).

La face droite du demi-bastion de gauche de l'ouvrage à

^^^mes était ouverte sur la moitié de sa longueur ; les deux

^^ciennes brèches n'en formaient plus qu'une, augmentée

^Ocore de tout l'espace occupé par le bastion Saint-Jean,

^ont le parapet avait été complètement effacé. La portion de

^^^Ourtine située en arrière était également démolie. Cet en-

tmble de ruines présentait un développement de 250 mètres,

le la garnison cherchait vainement à retrancher.

Le 31 , à deux heures du matin, les Anglais firent sauter trois

Cl) liLHAt, p. 014. On ftiTt pins loin pourquoi nous Insistons sur co point.

C3) BlLMAt.

mines pour ouvrir le mur du quai et former une rampe quileu permit de descendre sur la plage (i). L'assaut dès lors pouvai^^^ être livré avec quelques chances de succès.

Les colonnes débouchèrent des tranchées , entre dix et onz^ «^ heures, sans tenir compte de Touvrage à cornes, ce qui étaler it une faute ; elles se dirigèrent ensuite sur les brèches du ba tion Saint-Jean et de la grande courtine, pour tourner le tranchement intérieur et les traverses élevées par les FrançaS^ is dans la ville.

Le gouverneur , ayant prévu cette attaque , était parfa tement en mesure de la recevoir. Il fit jouer deux foumea qui renversèrent sur le milieu de la colonne une partie mur du quai, et, au même instant, il démasqua plusieu pièces dont les alliés ignoraient l'existence (2). Les défe seurs du demi-bastion de gauche de l'ouvrage à cornes a coururent sur la longue branche et sur la fausse braie, d'où i prirent la colonne assaillante à revers. Alors commença u affreuse tuerie. « Trois colonnes, dit Belmas, furent succ^ sivement écrasées et vinrent entasser leurs morts sur cet étrc^ it théâtre de carnage... »

Pendant ce temps, cinq cents Portugais franchirent l'U méa à gué, près de son embouchure, avec l'intention d' saillir à découvert la brèche formée entre la tour Los nos et le bastion Saint-^Elme; mais cette entreprise n'^^^^ aucun succès, et fit éprouver des pertes considérables à 1' siégeant.

La lutte sur la grande brèche fut extrêmement opiniât elle durait depuis trois heures ; quatre assauts avaient été poussés, et les alliés commençaient à perdre l'espoir de s

(1) Ce mar, construit en bonne maçonnerie, avait quatre pieds d^épalsseur et dix pied hauteur au-dessus du niveau de la mer haute.

(2) On démasqua deux pièces sur le cavalier casemate du front en terre ; une plècefufl mise en batterie dans le bastion Saint-Elme, et une autre dans le deroi-bastlon de gaseb^ Fouvrage â cornes.

«fe

vice, dont 5 battaient la digue de mer. L'eau manquait, et les troupes étaient obligées de se coucher sur le rocher nu, exposées au feu des assiégeants ou couvertes seulement par les aspérités du terrain (i). Néanmoins le brave Rey essaya de se défendre dans ce réduit, qui ne pouvait pas tarder cependant à devenir inhabitable.

Mais entre ces deux épisodes (la prise de la ville et la reddition du château) se passa un fait que Thistoire est obligée de flétrir.

Dès que les premières colonnes eurent pénétré dans Saint-Sébastien, les soldats anglais, surexcités par un combat meurtrier, se ruèrent sur tout ce qui se présentait , égorgeant, pillant, brûlant et se vautrant dans le crime avec une barbarie sans égale. Les compagnons d'Attila n'auraient pas commis plus d'atrocités. Les officiers qui essayèrent de mettre un terme à cette scène horrible furent insultés, poursuivis, quelques-uns même tués par leurs propres soldats (2).

La rage des pillards ne s'apaisa que lorsque toute la ville ne présenta plus qu'un amas de cendres (3).

Cependant, les ingénieurs et les officiers d'artillerie prirent toutes les mesures nécessaires pour réduire le château. Le

(1) Hapikr.

(2) Voir Maxwell , t. m , p. 227, et la lettre de ff^eiUngton, du 6 octobre 1813 , av çénérat Bamès.

(3) Quarante maisons seulement sur 600 échappèrent : 00 seulement avaient £té délrnltrs pendant le siège.— Toréno, t. V,p. 323.

« Les rues étalent remplies de cadavres. Dans les hôpitaux, les blessés, pendant trois jours, restèrent sans soins et sans nourriture. » — Southry.

« La moitié de la population périt; de 600 malsons, 7 ou 8 seulement reatèrent debMit: 1,500 familles se trouvèrent sans asile et sans ressources. La perte des habitants hit évalaéc 1 200 millions de réaux. » — Belmas.

« u moitié de la ville est totalement détruite par le feu. et la plus grande partie des ■»!sons restantes sont extérieurement endommagées, w — Rrt, lettre du 26 jalUet , au wtbdUre delà guerre.

« De 600 et quelques malsons que contenaient les remparts de Saint-Sébastien, n bYb plus que 36. » — Manifeste de la Junte eonttttut tonnelle.

1"" septembre, ils ouvrirent sur le mont Orgulio un feu redoutable auquel la garnison ne put répondre. Les bombes et les obus, lancés sur le terre-plein de Touvrage , firent beaucoup de mal aux défenseurs, qui n'avaient aucun moyen de se mettre à couvert.

Dans la nuit du 2 au 5, le général Rey fut sommé de se rendre : il refusa. Trois nouvelles batteries furent aussitôt commencées ; elles ouvrirent leur feu le 8, à neuf heures du matin.

Voyant enfin ses troupes accablées par cinquante -neuf bouches à feu (i), ses défenses ruinées, son artillerie éteinte, ses fours enfoncés , un magasin à poudre détruit , la ville en cendres, la garnison épuisée, Tintérieur du château couvert de morts et de blessés, l'intrépide gouverneur, désespérant de pouvoir tenir plus longtemps, réunit le conseil de défense pour aviser aux mesures à prendre. Le conseil, à l'unanimité, se prononça pour la capitulation. En conséquence, le drapeau blanc fut arboré au moment même où les alliés se disposaient à donner l'assaut.

Sir Thomas Graham, émerveillé de tant d'héroïsme, embrassa l'officier qui vint pour traiter avec lui de la capitulation, et lui dit avec une émotion profonde : « Monsieur, lorsqu'on s'est défendu ainsi que vos troupes l'ont fait, on n'est pas vaincu, et l'on a le droit de dicter des conditions : écrivez-les. »

Le colonel Songeon (c'était le nom du négociateur) demanda les honneurs de la guerre et le transport des blessés en France; ce qui lui fut accordé sans observation (2).

La garnison sortit avec armes et bagages. « Â sa tète, dit un témoin oculaire (s), s'avançait, l'épée haute et le pas ferme»

(1) Dont 28 morlleri et obotleri.

(2) BiLMAS, 1. 1?, p. 649.

(3) Le colonel Leltb-HajT'

l'intrépide général Rey. Gomme une marque de respect, nous le saluâmes quand il passa. Le vieux général baissa Tépée pour répondre à la civilité des officiers anglais et conduisit les restes de ses braves bataillons sur les glacis, où ils déposèrent les armes, avec la confiance d'avoir noblement rempli leur devoir. »

L'attaque avait duré soixante et treize jours , dont trentesix de tranchée et trente-neuf de brèche. On avait livré neuf assauts, six au corps de la place. Deux capitulations honorables avaient été rejetées, et la garnison s'était affaiblie des deux tiers (i). Jones estime les pertes des Anglais à 5,810 hommes; mais le général Graham, dans son rapport du V^ septembre, avoue avoir perdu 5,069 hommes, du 21 juin au 1" septembre (2).

Le siège de Saint-Sébastien fut plus remarquable par la défense que par l'attaque. Les ingénieurs anglais apprécièrent avec peu d'exactitude les ressources de la place et commirent d'assez grandes fautes dans la direction des travaux ; d'autre part, le général en chef eut le tort de donner Tassant avant que les brèches fussent praticables ; mais les plus sérieux reproches doivent être adressés au gouvernement et à l'amirauté, qui laissèrent Wellington sans munitions, sans équipages, sans matériel, et refusèrent jusqu'au dernier moment de lui donner des forces navales suffisantes pour maintenir le blocus de la ville et la sécurité de la côte.

Le pillage et la destruction de Saint-Sébastien furent exploités à Gadix par la faction hostile à l'Angleterre. Les

(1) Rey sortit sycc 1,135 hommes, dont 570 blessés.— r/c/o/r<# et conquétet, t. XXII, p. 283. fjkPÉNR, p. 1 15. D'après Joncs, la garnison du châlcau, lors de la retlditlon, se composait d« 80 officiers et 1,756 soldais ; sur ce nombre 23 oOiclers et 512 soldats étalent à Pb^pltal.

(2) D'après les états de Gurwood, les alliés curent, du 28 Juillet au 31 août, 761 tnés, 1,697 blesstîs et 45 manquants. D'après Jones, les pertes totales des aillés, pendant le sl^e, s'élevèrent â 898 soldats tués, 2,340 blessés, 332 «garés ; à 53 officiers tués, 150 blessés et 7 falU prisonniers. Il y a loin de ces chiffres ft ceux des Vietoiret et eonguéles, qui portent les pertes des alliés A 8,000 hommes !

journaux de ce parti accusèrent Wellington d'avoir mis le feu à la ville et encouragé les massacres. La même imputation fut reproduite par la junte de Saint-Sébastien, qui, dans son manifestedu 16 janvier 1814, osa soutenir « que les Anglais avaient répondu par des coups de fusil aux démonstrations sympathiques des habitants ; — que l'on découvrit pour la première fois le feu à l'entrée de la ville, après la retraite des Français; — que ces excès paraissaient autorisés par leschefs, les effets volés dans la ville ayant été vendus publiquement dans le voisinage du quartier général ; — que la spoliation terminée, les Anglais et les Portugais, trouvant que les flammes ne faisaient pas assez de progrès, avaient jeté dans les maisons un mélange d'artifices, au moyen duquel le feu s'était propagé avec une rapidité effrayante, etc., etc. »

Le ministre de la guerre d'Espagne accepta sans contrôle ces indignes calomnies et les reproduisit dans une brochure (i), que le général anglais crut devoir réfuter, sous forme de lettre adressée à son frère Henri.

Wellington prouva (2) que le feu avait été mis à la ville par les Français dès le 22 (5), dans le but de défendre le derrière des brèches ; que, le 50, l'incendie avait pris de fortes proportions ; que les assiégés avaient élevé dans les rues des barricades en matières combustibles, auxquelles ils devaient mettre le feu, et que beaucoup de ces barricades firent explosion pendant le combat qui suivit la prise des remparts ; que l'armée anglaise avait été la première victime de cet incendie (4),

(1) Wellington {leUrê dn 19 noTembre 1813, à Henri ff^eliettex) affirme que celte brochure *^ait ^té écrite « sous la dictée du plus indigne de tous les goujats, le ministre de la guerre.»

(2) Lettre du 9 octobre 1813, d Henri frelleilex.

13) Le fait est confirmé par Jones et par Belmas : ce dernier, qui n^est pas suspect d'un ^Xcèt de bienveillance pour Wellington, affirme, p. 634, que « le 26, le feu prit de nouveau â '^ Yille en plusieurs endroits. •

Xjt comte Toréno fait par conséquent erreur en fixant le commencement de l^lncendle * %a 31, vers rentrée de la nuit. » (Voir t. V, p. 323.)

C4) Ko effet, Jones constate que « le feu de l'incendie s'opposa puissamment aux progrte de ^^fUi|ae 4a obâteau. » » ?. 307.

et que lui personnellement avait fait tous les efforts ima^s^inables pour l'éteindre (i) ; que loin d'être hostile aux ha^B>\. tants, il avait, par pitié pour eux, refusé de bombarder 1^ ville ( comme il avait dans un cas semblable refusé de bo^Hn. barder Ciudad- Rodrigo et Badajoz); enfin qu'il n'avait pr^sàs tenu à lui ni aux officiers de prévenir le pillage et les mas^ -^^. cres (2) : « Tous les soldats coupables, dit-il, ont été puita^%^g^ a et il est indigne de voir attaquer, dans d'infâmes ^i. c( belles (3] , des hommes braves et pleins d'honneur , itt^ ^i*a- « pables de brûler une ville pour satisfaire, comme orm le <c prétend , une vengeance commerciale ou toute autre v^^n- <c geance..... »

Le mouvement du maréchal Soult sur Pampelune avait *" pour résultat d'interrompre le siège de Saint-Sébastien, co:^^" mencé depuis la fin de juin; mais, à part cet avantage, Yof^' ration n'avait servi qu'à prouver la supériorité des alli^^* Désespérant de forcer les positions de Wellington avec seules ressources, et voulant frapper un grand coup f>

(1) Wellington confirme ces faits dans sa lettre du 3 novembre, aux magistrats de "^ Sébastien .

(3) « Il était impossible, disait-li, de rétablir i*ordrc au milieu d*un vaste Incendie, les deux tiers des officiers étaient tués ou blessés (170 environ sur 250), et quand un nombre d'habitants, prenant parti pour les Français , tiraient eux-mêmes sur les

Les auteurs des Victoires et conquêtes ne sont donc pas en droit de dire que • les Q0h<^^ « ne tentèrent aucun effort pour réprimer de si bouteux excès. >» Plusleur»,«a costrair^^* firent tuer en essayant d'accomplir ce devoir.

On doit s'étonner que ces graves historiens , acceptâot comme vraie use batse des Espagnols, aient soutenu, sept ans après le siège, que « les AngUis livrèrent 8»latrB^i tien aux flammes. » T. XXII, p. 279.

(8) Il faisait allusion à une lettre du comte de Villa-ruentes. xefe polttieo «le la P"*^^***^^!^ Guipuscoa , lettre où Graham était fort maltraité, et où Ton attribuait l'inceadie de la ^* à une Jalousie commerciale de r Angleterre c fichée, disait-on, de ce que le couimercr «» "• Saint-Sébastien se faisait avec la France, à Texclusion de l'Angleterre. »

..-K<^4âAih>d.^

l*autres combinaisons, le duc de Dalmatie avait proposé au maréchal Suchet (i) de faire un mouvement sur le flanc droit ies alliés y avec Tarmée d*Àragon et les troupes disponibles ie l*armée de Catalogne.

Le ministre de la guerre était favorable à cette proposition, 3omme le prouve sa lettre du 15 août, dans laquelle il engage le maréchal Suchet à faire tous ses efforts pour battre Tarmée ]ui lui était opposée, et à voir ensuite « si Tarmée d'Aragon oc ne se trouverait pas dans la possibilité de tenter une dite version favorable aux opérations du maréchal duc de Dal- K matie. » Le ministre ajoutait : « Que c'était à lui, Suchet, ex de juger sur les lieux ce qui était possible, et surtout ce tt qui convenait le mieux au service de l'empereur. »

Le maréchal venait de débloquer Tarragone et de rejeter les Anglo-Espagnols dans les défilés de l'Ilospitalet ; au lieu de profiter de cette circonstance favorable et de la réunion des armées d'Aragon et de Catalogne pour exécuter le mouvement projeté, Suchet soutint que ce mouvement entraînerait la perte de son armée , trop faible pour tenter une pareille ivcDture (â). Les renseignements qu'il donna au ministre de

(1) Sachet avait reçu* le il août, Arillafranca , au moment de parttr pour Tarragone , une iUre du 6, |>ar laquelle Soult lui annonçait son arrivée à la tète de Tarmée d'Espagne. « 10 aoàt, ce même maréchal Inl avait écrit : « Je considère qu'il serait de la plus grande importance, pour le rétablissement des affaires en Espagne et le succès des armées impériales, que vous vous portiez avec la totalité des forces dont vous pouvez disposer sur 8aragotse, sMI y a possibilité, ou du moins sur llsuela pour ouvrir vos communications avec nous par Jacca. où est le général Paris, et ensuite manœuvrer dans le sens des opérations de rarmée d^spagne, en menaçant la Navarre et les communications dos armées ennemies sur TÈbre... Ces mouvements produiraient infailliblement notre Jonction , et alors nous p«Brrions manœuvrer avec avantage. >

im lendemain 11, nouvelle lettre de Soult â Suchet, où Pon remarque le passage suivant : GonsIdéreiquMl faut agir sans différer, et que ie temps perdu occasionnerait les consé- ^«eneef les pins graves. >

Ces lettres et celle du 9 février 1814, qu'on trouvera dans ies Comidérationt^ etc., de Gliounan, prouvent combien le duc d'Albuféra se trompait en affirnunt , dans ses Mémoires, que se fat teolement le lendemain do la bataille de Toulouse que « Soult lui ûtpour la première «la une proposition formelle pour réunir les deux armées. »

(3) Tolr dans les Contidirationt de Cboumara les lettret du 23 août, adressées par Suchet lai due de Dalmatie ei au ministre de ta guerre, lettres rempiles d'erreurs et d'exagé*

la guerre et au maréchal Soult étaient évidemment inexacts, puisqu'il déclarait qu'en cas d'attaqué les armées d'Âragoti et de Catalogne ne pourraient réunir au delà de 16 àt 17,000 hommes, tandis que par ses Mémoires (i), il consts^t.e qu'après la réunion des deux armées, en novembre 181 elles présentaient dans leur ensemble 52,588 hommes 5,287 chevaux disponibles pour les opérations actives (2).

Suchet, en outre- avançait une chose qu'il savait n'è^ pas exacte, en écrivant que « si les 11,000 hommes (li « 18,427 hommes et 2,411 chevaux) tentaient un mou « ment sur Saragosse, ils devraient s'attendre au sort i « vitable de Baylai. » Et, en effet, le maréchal lui-mè nous apprend dans ses Mémoires que , placé sur la ligne Llobregat , « il conservait ses communications avec et couvrait la place de Barcelonne », ce qui évidemment le rantissait contre toute mésaventure du genre de celle de Baylen.

Au reste, le duc d'Albuféra, tout en exagérant les forces de l'ennemi et en diminuant les siennes pour tromp Soult , n'a jamais contesté que l'opération conseillée par dernier ne fût de nature à produire un grand effet. Au coïbtraire, dans sa lettre du 28 octobre 1815 à Soult, il dit «^ propres termes : « Je regrette vivement de ne pouvoir dispo^ « ser de 40,000 hommes pour marcher tout de suite; <^^ « mouvement aurait un succèsinfaillible; il obligerait bientôt « Wellington à quitter la portion de notre territoire oix " ce s'est établi. »

Cette lettre constate ce fait, que Suchet aurait pu envo à Soult, sinon 40,000 hommes, au moins 52,500, et autre fait, également indubitable, que le ministre de la gue

(1) T. II, p. 484 et 485.

(2) Il résullc d*un calcul fort exact, fait par Choumara, que les forces totales du duc d!*^ buféra, en prenant pour bases les données de ses Mémoires, s'élevaient à 48,3a0 bommes.

Jui avait laissé carte blanche (i); elle condamne le duc d'ÀIbuféra et fait retomber sur lui la responsabilité des événements ultérieurs.

Le maréchal Suchet ayant reçu les propositions de Soult /e 21 août, pouvait commencer son mouvement avant le 25, en ligne avant la prise de Saint-Sébastien, et sauver par équent cette place, ainsi que Pampelune. E« duc deDalmatie, trompé par les renseignements inexacts on collègue, attribua son refus de concours à TinsuiBe des moyens dont l'armée d'Aragon disposait; il propo:s£^ en conséquence une autre combinaison, qui consistait à j o i.ndre ses forces aux armées d'Aragon et de Catalogne, en d^^^ des Pyrénées , à Tarbes et à Pau , pour entrer de comïtt^ii:!. accord en Aragon par Oléron et Jacca, et marcher ensimit^ par la Navarre au devant de Wellington (2).

CUctte nouvelle combinaison présentait de grandes difficultés 9 parce que la route d'Oléron à Jacca était impraticable pou.r l'artillerie; toutefois, il n'était pas impossible de vaincre UKi pareil obstacle avec des moyens analogues à ceux employés pour le passage du Saint-Bernard (3). Ces moyens auraient eu d'autant plus de chances de succès, que l'ennemi, ne pré-

. ' ^"^ Preovc de ce fait est dans U lettre du 13 août 1813 , cilOe plus haut, et dans celles /* ' t r^vrier 1814 et du 1« mars de la mcnic annOe, cilOcs i»ar Chouniara, i). 86 de ses Consi-

^^^>'DJère de ces lettres renrcrroc le paragraphe suivant, qui niértlc d'être rapporté : ^ v^c paraît trës^lmportant qu^en de telles circbnslances vous comhlnicz de plus en plus

, ^^l>Cratlons avec celles du duc de Dalmalie. et que vous vous prôtiez Tappul mutuel

. ^^^^8CDt des circonstances aussi critiques... * , y ^ ^ti»e du le mars était plus explicite encore, puisqu'elle portait : « Cet état des choses

'^ ^^iorise à vous tracer vous-mâme votre système d'opérations et k user de toutes les

« 3^ ^>"ce8 qui vous restent, de la manière qui vous paraîtra la plus utile au service de

^2) ^i««lé. »

<^®tte 11 ^^^ fit cette proposition par sa lettre du 3 septembre, datée de 8aInt-Jean-de-Lui; pr^^^ ^^^tre fait honneur à la sagacité du maréchal. On y trouve ce passage, reproduit dans « Pa? ? ^ toutes les lettres de Soull, et qui aurait dû frapper le duc d'Albuféra : « Ce n'est que « ^^ ^ Concentration générale de nos moyens que nous pouvons espérer de changer le ihéâ-

(3 j ^* ^ la guerre et d'obtenir de nouveaux succès. >• moy^y^^^^lt, dans sa lettre du 2 septembre, au mintttre de la guerre, avait Indiqué le une ^^^2^ ^^ Taincre ces dlfiScultés et exprimé respolr d'en venir à bout avec de la patience et "^^tàté Inébranlable.

voyant pas un mouvement aussi hardi, n'eût pas été en me* sure de le contrarier.

Le maréchal Suchet repoussa la deuxième proposition de Soult comme il avait repoussé la première; enfin, le 16 septembre, après plus d'un mois de tergiversations, il présenta un contre-projet , espèce d'amalgame des deux autres, qui consistait à marcher avec 100 pièces de canon à la rencontre du maréchal Soult, dont l'armée déboucherait de Jacca, laissant ses bouches à feu au delà des Pyrénées, Le duc d'Albufera, pour faire réussir ce projet, demandait que son effectif fût porté au chiffre de 50,000 hommes, par l'adjonction des recrues.

Bien que cette combinaison offrit plus d'inconvénients que les deux autres, elle pouvait néanmoins donner de bons résultats, si elle était immédiatement mise à exécution. Le maréchal Soult eut donc le bon esprit de l'accepter , déclarant toutefois qu'il espérait faire passer son artillerie par Jacca (t).

Mais le duc d'Âlbuféra, malgré l'avantage qu'il avait remporté le 5 septembre, à Ordal, sur l'armée anglo-espagnole, continuait à présenter l'état de ses forces sous un jour défavorable et à disséminer ses régiments sans aucune nécessité. Il refusa de faire aucun mouvement avant d'avoir reçu des conscrits. C'était une véritable fin de non-recevoir , car il n'ignorait point qu'il avait bien peu de chances d'obtenir en temps utile les renforts attendus. Il pouvait d'ailleurs se passer de ces renforts, ayant le moyen de réunir 52,000 hommes, en ne gardant que les places indispensables, telles que Figuières, Barcelonne et Girone, et en renonçant momentanémentà une foule de petits postes, nécessaires seulement

(1) Il avait écrit le 27 septembre au ministre de la guerre : « 11 me paraît, d^près let seignemcnttque j'ai recueillis et les reconnaissances qui viennent de m^étre présentées, que M. le duc d'Albuféra exagère les difficultés qu'il y a à surmonter pour rendre la nlcatlon d'Oléron â Jacca praticable pour l'artillerie. »

pour la correspondance, quand rarmée était en avant» et qu'on aurait pu reprendre sans difficulté au retour de l'expédition (i). Nous avons cru devoir insister sur ces relations équivoques entre les deux maréchaux, parce qu'elles exercèrent une influence marquée sur les événements dont nous allons reprendre maintenant le récit.

Soult, qui déjà une première fois avait dégagé Saint-Sébastien , pensait qu'un nouveau mouvement offensif donnerait le même résultat (2]. En conséquence, il porta, le 50 août, deux fortes colonnes sur la Basse-Bidassoa, à l'effet de surprendre la hauteur escarpée de San-Martial, d'où Wellington couvrait le siège (s). Cette hauteur était occupée par trois divisions espagnoles, sous les ordres de don Freyre; à droite, 86 trouvait la k"" division anglaise, et en arrière de l'aile gauche la 1" division (voir le Plan n*" 17) (4).

Quelques ouvrages de campagne avaient fait de cette position un camp retranché solide et facile à défendre. Son front et son flanc gauche étaient couverts par la rivière ; sa droite était protégée par la hauteur de Pena de Haya et le village de Saint-Antonio.

Le 31, au point du jour (5), Reille passa la rivière à gué et

(t) VoirCHOUHARA.p. lOt.

(2) D'aprÈs Lapène , Soult serait resté sur In tlérensive , sUl n^avait reçu Tordre Impératif «le tenter un nouvel effort pour dégager la place. — P. 98.

(3) Soult voulait faire de celte hauteur une tête de pont et un point d'appui pour ses opérations ultérieures.

(4) Ifapler évalue les forces totales du camp de San-larllal A 18,000 hommes-

(5) vrellington dit le 30, mais c'est une erreur. (Voir «a lettre du 2 septembre , A tonf Bathunt,)

commença l'attaque de San-Martial (i), pendant que Glausel se portait avec 20,000 hommes aux gués en aval de Salinas. Mais cette tentative fut repoussée par les Espagnols de Freyre , qui n'eurent pas même besoin de Tassistance des divisions anglaises (2): Reille profita de Tobscurité répandue par un fort orage pour se retirer.

Le général Glausel , plus heureux au début de son entreprise, chassa devant lui la brigade anglaise de la 7"" division, que Wellington avait fait venir d'Echallar pour renforcer sa droite ; mais, apprenant Finsuccës de Reille et voyant Inglis, soutenu par Dalhousie, lui faire tète dans une position redoutable (3), il jugea nécessaire de battre en retraite, d'autant plus qu'il était inquiet du sort du comte d'Erlon.

Wellington, en effet, avait donné l'ordre de diriger trois attaques simultanées contre Drouet : par la gorge d'Echallar, par Zugara-Murdi et par Maya ; il avait en outre chaîné Hill de montrer ses tètes de colonnes vers Saint-Jean-Pied-de- Port, afin de déconcerter le plan de Soult et de jeter du vague dans ses opérations. Ce stratagème réussit complètement, car les généraux français crurent que les alliés exécutaient une marche agressive contre Bayonne. Glausel s'arrêta au milieu de son attaque, et le comte d'Erlon, posté à Maya, ne se montra guère plus rassuré. Soult reçut les rapports de ces deux chefs au moment où il préparait une attaque décisive contre Saint-Martial. Changeant aussitôt de résolution, il prit ses mesures pour livrer une bataille générale sur la Nivelle. Mais la prise de Saint-Sébastien et le mouvement de Hill sur Saint-Jean-Pied-de-Port, annoncés coup sur coup.

(1) Reille aYail deux divisions françaises, une brigade allemande et une Italieime.

(2) Dans celle action, il y eut, du cûlô des Français , 50,000 liommes engagés , et, du côU des alliéSi 10,000.

« Les Espagnols perdirent Je 31, en morts et blessés, 1,658 hommes. Les Français llreoftifei perles encore plus sensibles. »— Comte Torrno.

(3) ff^ellington à tord Baihurtt, 2 septembre 1813.

ne lui permirent pas d'exécuter ce projet. II ne restait plus dès lors d'autre ressource que la retraite; car, pour sauver la garnison du château, il aurait fallu sacrifier, dans un combat sans utilité, plusieurs milliers de braves et exposer toute Tarmée même à un grand désastre, Wellington pouvant, pendant Faction, jeter son aile droite et son centre (35,000 hommes environ) sur la gauche des Français et gagner Bayonne avant eux. Ce danger était une conséquence du plan d'attaque de Soult; aussi le maréchal s'empressa-t-il de reprendre ses anciennes positions (i). À partir de ce moment, il ne quitta plus la défensive.

Les opérations que nous venons d'indiquer sommairement révèlent sans doute de la part des alliés quelque hésitation ; mais il ne faut pas perdre de vue que , dans les gorges de montagnes et au milieu d'orages violents , on ne manœuvre pas comme sur un champ d'exercices. Il serait donc injuste d'en faire la base d'un reproche contre Wellington, qui prit, au contraire, ses dispositions avec beaucoup de discernement et d'habileté. Cependant on doit reconnaître qu'il aurait tiré un meilleur parti de la faute de Soult , s'il avait été en mesure d'envahir la France, ou simplement disposé à le faire. Mais il avait alors d'excellentes raisons pour s'abstenir de cette entreprise. En effet , malgré la rupture du congrès de Prague, l'accession de l'Autriche à la coalition , la prise de Saint-Sébastien et d'autres circonstances favorables, l'invasion de la France constituait une opération des plus dangereuses (2), non-seulement à cause des places fortes ennemies

(1) Soalt aYall perdu dans celte nouvelle cipédition 2,157 hommes, au nombre desquels les Sihiéraux Vandcr Maesen et Lamartlnlëre. Voir Lapènr, p. 112.— Pellot évalue les pertes des Français, dans la Journée du 31, à 3,800 hommes; mats le premier chiffre parait seul exact.

(2) Jusque-IA, Jamais le succès n^avatt couronné une Invasion dans le midi de la France; Cbarles-Qulnt lul-roéme y avait échoué. M. Alphonse de Beauchamp prétend que Wellington « reçut de presque tous les pays de TEuropc des lettres d^ezhortatlon et d'alarme trèspressantes, où les plus forts arguments étalent employés pour le détourner de pénétrer sur le sol français. » —T. II, p. 6.

que Wellington devait laisser sur ses derrières (i) , mais encore parce qu'il n'avait aucune confiance dans le système militaire des alliés. Il pensait avec raison qu'une victoire de l'empereur en Allemagne pouvait dissoudre la coalition , et donner à la guerre d'Espagne une nouvelle énergie. « Je <c pourrai bientôt décider, écrivit-il à lord Liverpool (25 juilc( let 1815), si nous dirigerons nos efforts en France ou en « Catalogne. Cela dépendra beaucoup de ce qui se passera dans c( le nord de l'Europe. » Et quatre mois après (2), annonçant au général Dumouriez qu'il était enfin sur le territoire français : ce Peut-être, dit-il, que si je regardais seulement l'Espagne, ou <c même si je voyais les affaires sous un aspect militaire seulece ment, j'aurais dû me retirer, parce que Bonaparte tient en Ca- « talogne, et tiendra les facilités pour rentrer en Espagne (3).» Le danger de laisser la Catalogne sur son flanc droit méritait une sérieuse attention ; aussi Wellington eut-il un momrat le projet de soumettre cette province avant de passer la frontière. La Catalogne offrait d'ailleurs le chemin le plus avantageux pour envahir la France; car en avançant de ce côté, on tournait les fortes positions de Soult, — on empêchait la jonction de ce maréchal avec le duc d'Âlbuféra , — on évitait les difficultés qui attendaient les alliés au delà de la Bidassoa, par suite du manque de vivres et de moyens de transport , — enfin on se soustrayait aux dangers du soulèvement que provoquerait inévitablement les brigandages des Espagnols , si l'on se portait immédiatement au delà des Pyrénées. Trouvant ces avantages bien plus importants que le périlleux honneur de passer la frontière quelques mois plus tôt, Wellington voulut garder sa position actuelle jusqu'à ce que la reddition de

(1) (Tétaient Pampelune, Santona» Jacca, Venasque, Monzon , Fraga , LérMa , Vequlneim , FIgulères, Girone, Osialrlch, Barcelonnc, Tortose, Morella, Penlscola, Sagonte et Dénia.

(2) Lettre du 22 novembre 1813.

(3) cette lettre est écrite en français.

^ampelune lui permit d'opérer par TÀragon et la Catalogne. 1 aurait sans aucun doute persisté dans cette résolution , si 68 souverains alliés n'avaient insisté pour l'invasion imméliate de la France, et si les affaires d'Allemagne n'avaient pris me tournure décidément favorable à l'Europe coalisée. Jugeant que le moment était venu de donner quelque satisfacion k des désirs si vivement exprimés, le duc résolut de [lasser la Bidassoa , de s'emparer de la grande Rhune et de les contreforts, et d'établir son aile gauche sur le territoire français. Ce n'était de sa part qu'un acte de condescendance, luqnel, militairement, il attachait peu de prix, et qui l'exposait même à de grandes difficultés.

Le maréchal Soult ayant employé tout son temps et toutes )es ressources à fortifier les hauteurs et les abords de la Bi- Jassoa (i), le passage de ce fleuve exigeait une prudence sxtrème. Fort habile dans ce genre d'opérations, Wellington prit ses mesures avec tant de discrétion, qu'il surprit complètement son illustre adversaire , qui ne s'attendait point , et le fait ne devait pas s'attendre à voir les alliés quitter une !M>nne ligne d'opération pour traverser la Bidassoa près de son nnbouchure. Soult était donc fort tranquille de ce côté, et préoccupé seulement du sort de Pampelune, quand WellingjoUj à la tète de 15,000 hommes, traversa le fleuve sur trois ^és, en amont de Fontarabie.

C'était leToctobrede grand matin. Une nuitorageuse, mêlée le pluie et de coups de tonnerre, avait caché les préparatifs du Mssage, qui s'effectua sans opposition de la part de l'ennemi. [Conformément au plan arrêté, la colonne de Graham traversa e fleuve sous la protection de l'artillerie de Saint-Martial, ittaqua et culbuta les postes de Reille (2). Si cette colonne

(1) Nous devons faire observer cependant que ces forliflcatlons étalent pour la plupart Inicberées quand Tattaque eut lieu. (Voir Lapknb, p. 135 et sulv.)

(2) Ce général perdit 8 pièces de canon et 4oo hommes. Les alliés en perdirent 600.

avait continué sa marche, elle serait entrée dans Saint-Jeande-Luz et aurait tourné la droite des Français , mais il n'entrait pas dans les desseins de Wellington de pousser les opérations aussi loin.

Quand Soult arriva d'Espelette avec une partie de la réserve, ses camps de la Bidassoa étaient perdus; il empêcha . seulement que la retraite se fit avec précipitation et désordre.

Pendant que la gauche et le centre des alliés atteignaient ainsi le but que le général en chef s'était proposé, la droite, sous les ordres du général Alten , se dirigait , à travers le Puerto de Vera, sur la Rhune et sur ses contreforts, le mont Baïonnette et le Commissaire. Cette attaque eut autant de succès que les autres; mais elle fut beaucoup plus mea^ trière et plus contestée. La grande Rhune, assaillie par les Espagnols sous Giron, était presque imprenable : aussi, malgré leur bravoure , ces troupes durent-elles s'arrêter au pied du roc, occupé par le poste important de VHermitage.

Le lendemain, Wellington ayant reconnu que la montagne sur laquelle se trouvait ce roc ainsi qu'un autre pic (également occupé par l'ennemi), étaient d'un accès plus facile vers la droite des Espagnols, il donna à Giron Tordre de se eoEB" centrer de ce côté, d'enlever le second rocher et d'assaillir e^ même temps les ouvrages avancés du camp de Sarre. L'uim^* et l'autre opérations furent exécutées d'une manière brL lante (i) . Après avoir pris le rocher à gauche de l'Hermitag^S les troupes espagnoles poursuivirent leur succès en enleyac::^^ quelques retranchements sur la colline qui protégeait la droi du camp. Aussitôt l'ennemi évacua ses ouvrages avancés, doi une partie de la division Dalhousie, envoyée à travers Puerto d'Ëchallar, vint prendre possession. La nuit suivan

(1) n^ellington à tord BathurtI, 9 octobre 1813.

abandonna également THermitage et tout le camp retrané. On s'étonne avec raison que les Français n'aient pas erché à défendre plus longtemps cette forte position (i). Wellington fit preuve dans ces deux journées d'une remarable habileté et d'une grande audace. Il combina ses mounents de manière à prendre l'ennemi au dépourvu, et à le ittre dans l'impossibilité de résister sur aucun des points aqués (2). Ni Reille, ni Clausel, en efiet, ne purent engager Ts réserves à temps.

Le passage en lui-même était une opération délicate et *illeuse : non-seulement cette opération eût offert d'imnses difficultés, si Soult avait pu réunir une grande partie ses forces ; mais la marée montante, arrivant deux heures rès, eût élevé, en cas d'échec, un obstacle infranchissable r les derrières de l'armée française. Ici, comme sur le ^uro^ le duc de Dalmatie fut trompé par les manœuvres iprévues et l'inaltérable sang-froid de son adversaire (3). ms quelques rapports même , le dernier passage était plus fficile à effectuer que l'autre.

Nous avons dit plus haut, par anticipation, qu'après le

ï Les PraBçals perdirent dans ces différents combats environ 1,400 hommes. Detiicoup Icaaéfl disparurent dans les fentes des rochers.

(B»rèt un état officiel, inséré dans le recueil de Gurwood « les aillés n^curent, dans les ^•ts des 7 et 8 octobre, que 127 lues, 674 blessés et 13 manquants ; mais ce relevé ne ISKrend pas les Espagnols , dont la perte, diaprés le comte Toréno , s^éleva à 750 hommes. >loiit trouvons, A propos de cette affaire, la note suivante dans les Victoire* et con- ^•M : < Les événements du 8 octobre donnèrent lieu à divers commentaires sur une Kve faite, à point nommé, au moment où le général en chef était a cinq lieues des attaqués et où les régiments de sa division , chargés de défendre le passage de la Bi-

I, ne pouvaient qu'être surpris, les fusils étant démontés dans les mains des soldats, K^ préparaient a passer une revue. La manière surnaturelle dont Wellington avait été

par SCS émissaires devait être en effet un grand sujet d^élonnement pour toute i^^. »

Kmtaussi étonnante 4 nos yeux est la sécurité du générai français, que lé souvenir du ^Ce du Douro aurait dû rendre plus vigilant et plus circonspect. 9n lit dans Touvrage de Pellot, commissaire des guerres do Tarmée de Soult ; •> Le pas- ^e la Bidassoa eut lieu, 4 marée basse, vis-4-vis d'Andaye. L'armée ni Thabltant ne se K^nt Jamais doutés que i'enneml eût pu pénétrer si facilement par cette direction, et ■%«e ce fût une surprise et que Thonneur de nos armes n'eu reçût aucune atteinte, le *^>n était pas moins irréparable. »^ P. 58.

T. U. il

combat de Saint-Martial et le passage de la Bidassoa , Soalt comprenant que dans la situation morale où se trouvait son armée, la défensive lui convenait moins que roflTensive, avait consenti à joindre ses troupes à celles de Sudiet par le défilé de Jacca , afin de faire de Saragosse la base de ses opérations ultérieures (t). Il espérait ainsi dégager Pampelune et quelques autres places , et forcer Wellington soit à repasser TÈbre, soit à livrer une grande bataille dans des conditions favorables aux Français. Mais le duc d*AOmféra, persistant à déguiser Tétat réel de ses forces et à montrer une inquiétude puérile au sujet de Peniscola, Sagonte, Morella , Dénia et Tortose (dont les garnisons pouvaient facilement être abandonnées à elles-mêmes) , déclara qu'il n'avait aucun moyen de concourir à Texécotion du plan de Soult. Cette conduite ferait douter du talent et du patriotisme de Suchet , s'il était possible d'en douter après tout ce qu'il avait fait, et si l'on n'avait en quelque sorte la preuve qu'il céda dans cette circonstance à un sentiment misérable, mais auquel les âmes les plus élevées sont parfois sujettes : le sentiment de l'envie et de Tanimosité personnelle (2)!...

Pendant que les deux maréchaux perdaient ainsi leur temps en discussions stériles , Wellington , franchissant la Bidassoa, rendait impossible l'exécution du deuxième plan de Soult (3). Il ne restait plus dès lors qu'à suivre le premier plan de ce maréchal, qui consistait à opérer sur le flanc droit de Wellington, avec les armées réunies d'Espagne et d'Aragon. Ce plan n'avait perdu aucune de ses chances favorables, ainsi que

(1) Ce projet fut adressé à Sachet le 3 septembre, il lui parvint le II,

(2) Le peu de sympathie de Sochet pour Soult est suCBsamment démontré par la Utirt qae le duc d'Albuféra adressa, le 23 août 1813, au minUire de la gmerre, — Tolr tiont, etc., par Choumàei, p. 42.

(3) Cette impossibilité tenait à l^approche do rhiver et aux opéraUons eiécntéet 1 llngton, après le passage de la Bidassoa.

Soult lui-même le fit observer dans sa lettre du 26 octobre au duc d'Âlbuféra (i). Et^ en effet, si au lieu de faire de Fadministration en Catalogne et de rêver aux moyens de d^ager les petites garnisons, le duc d'Âlbuféra s'était mis en mouvement avec les 52,000 hommes dont il pouvait disposer, sa jonction avec le maréchal Soult aurait eu lieu du 25 au 30 octobre , au plus tard ; Tennemi aurait été rejeté sur la rive gauche de la Bidassoa ; Pampelune aurait été secouru à temps 9 et les Français seraient restés maîtres des Pyrénées (a).

Faute de cette résolution intelligente, la brave garnison de Pampelune, réduite à la dernière extrémité par un blocus de quatre mois, se trouva bientôt dans la plus triste situation : les soldats, forcés de prendre les plus vils aliments, étaient en proie à la faim et au scorbut. Le général Gassan essaya de négocier ; ne pouvant obtenir la capitulation qu'il exigeait , il déclara qu'il allait faire sauter les fortifications et s'ouvrir un passage Tépée à la main. Le duc, informé de cette résolution, qu'il trouvait contraire aux lois de la guerre, ordonna à don Carlos d'Espagne, chef du blocus, de faire fusiller, après la reddition de la place, le gouverneur avec tous les officiers et le dixième des soldats, si les fortifications éprouvaient le nioindre dommage.

La postérité aurait vivement blâmé l'exécution de cet ordfOi qui ne peut avoir été donné que dans le but d'intimider le général Cassan, et pour sauver une forteresse importante. Soit par l'effet de cette menace, soit parce que l'intention de faire sauter les ouvrages n'était qu'une ruse imaginée pour obtenir de meilleures conditions, le gouverneur prolongea

(1)ct*tniiéeettaiiioiird*bal beaucoup plus eoficeiilréeqn*e1leii^éUU sur la Bidassoa... Sons ce raMiort» nous avoiu plutôt gagné que perdu , d^autant plus qu'il m'est beaucoup plus facile de me préparer aux opérations concertées que Je ne le pouvais auparavant. » (2) Cbovhaia, p. M.

encore la défense de quelques jours et se rendit enfin avec toute la garnison le 51 octobre.

On doit reconnaître que les Français, dans la défense des places de la Péninsule, ont montré plus de courage et de persévérance que les Espagnols eux-mêmes, bien que ceux-ci aient soutenu deux ou trois sièges dignes de Tadmiration universelle.

Wellington possédait maintenant trois ponts sur la Bidassoa ; il était solidement établi sur cette ligne et il pouvait disposer de tous les corps employés jusque-là au blocus de Pampelune. Le moment était donc venu pour lui de s'occuper sérieusement des préparatifs d*une expédition sur le territoire français.

Mais avant de le suivre dans cette mémorable entreprise, jetons un dernier coup d*œil sur la Péninsule , pour faireressortir les difficultés politiques au milieu desquelles le général anglais devait continuer ses opérations.

En Portugal, la faction de Souza était devenue toute-puis — santé après le départ des troupes alliées. La régence, livrée à cette faction , se montra d'autant plus impérieuse , qu'elli croyait n'avoir plus rien à craindre de l'ennemi. Les Anglai: furent ouvertement décriés à Lisbonne et à Rio-Janeiro ; dans cette recrudescence de passions haineuses , Wellingto ne fut pas plus épargné que les autres. On l'accusa no ment d'avoir été injuste envers les troupes portugaises, e ne faisant pas mention de leur belle conduite dans les co bats de 1815. Le fait était vrai en partie, mais fort excusabl puisque les Portugais se trouvaient confondus avec les glais dans les mêmes divisions. Néanmoins, pour éviter retour de cette prétendue injustice , la régence demanda les troupes portugaises formassent une armée distincte, général en chef s'opposa formellement à cette prétenti

que rien ne justifiait (t). À son tour, il se plaignit de ce que le gouvernement de Lisbonne, si susceptible à l'endroit de la réputation de ses soldats, avait négligé leur subsistance au point qu'ils seraient morts de faim, si Tinlendance anglaise n'avait pourvu à leurs besoins en prélevant le montant de la dépense sur le subside de la Grande-Bretagne. Il soutint en outre que le recrutement ne s'était jamais fait d'une manière convenable, ce qui était vrai; car en 1813, sur un contingent de 9,000 hommes, le duc n'avait pu faire rejoindre que 5,000 hommes , nonobstant ses vives remontrances : en mars 1814, le Portugal, obligé par ses engagements d'avoir une armée de 50,000 hommes, et pouvant, d'après Stuart, en fournir 100,000, n'avait que 20,000 combattants lous les drapeaux.

Au lieu de faire disparaître ces abus, le prince régent, loin lu pays, continuait à récompenser les intrigants et à méconlaitre les services rendus par les véritables patriotes.

Quant à la régence, donnant carrière à son esprit oligarchi- |ue, elle se montra de plus en plus hostile à l'Espagne, où es opinions libérales commençaient à gagner du terrain.

A cette hostilité réciproque des gouvernements , venait se oindre la haine instinctive des populations , haine que les langers communs et les intérêts d'une cause identique n'araient pas un instant assoupie.

Ces sentiments étaient même alors si vivaces, que le moindre incident aurait pu faire éclater une guerre terrible entre les deux pays.

(I) « Je crois, écrivit-il à ion frère (11 octobre 1813), que Je puis avoir la préteotlon de comprendre quelque chose à Porganlsatfon d^une armée.... Eh bien, vous pouvez dire A don For- Jas, que si les troupes portugaises avalent été séparées des divisions anglaises, et si les départements anglais ne les avalent pas assistées, elles n^auralent pu tenir la campagne dans -VB état respectable, lors même que le gouvernement portugais aurait fait dix fols plus de dépenses qn*ll n>n fait maintenant...

« Tout ce que j'ai à dire, c'est que si nous devons nous brouiller pour les choses que contlmoentou ne coiitlennent pas certains Journaux, Je «quitte pour toujoqrs la péninsule... »

Ce funeste état de choses inspira à Wellington les réflexions les plus sévères et les plus tristes :

« Je dois déclarer, écrivit-il le 20 juillet 1813 à Charles (c Stuart, que Tarmée anglaise dont j*ai Thonneur d'être le « chef, n'a jamais éprouvé que de l'ingratitude de la part du <( gouvernement et des autorités du Portugal. Les fonctionce naires civils ont fait, dans ces derniers temps, tout ce qu'ils ^ « ont pu pour opprimer les officiers et les soldats quand £ « l'occasion s'en présentait ; aussi j'espère que nous en avons « fini avec ce pays... »

En Espagne, l'opinion n'était pas plus favorable. L'influence anglaise y était si ouvertement attaquée, et les Anglais si peu respectés, qu'on avait fait d'anglesimo un terme de mépris.Au début de la campagne de 1815, Wellington avait eu toutes les ^a^^

peines du monde à faire renoncer les Gortès au projet de dé «.

fendre par une loi aux troupes de Sa Majesté Britannique (i) ^^»i) l'entrée des places fortes espagnoles , de ces mêmes places^^ «s qu'elles avaient la plupart cependant conquises à la biuon — .Minette et arrosées de leur sang ; ingratitude et stupidité doniM les gouvernements anarchiques sont seuls capables ! Et ch non moins indigne , pendant que Wellington se dévouait si noblement à la défense nationale, ces fiers tribuns des Cortex l'accusaient de vouloir usurper la couronne (2), ils poussaient l'infamie jusqu'à faire des vœux pour le retour de Joseph Aucun des engagements pris par cette assemblée envers 1< général en chef n'avait été respecté (3). « Vous savez, éc c( vit le duc à don Juan O'Donosu (4), que je suis résol c( à servir la nation espagnole autant qu'il est en mon po (c voir de le faire ; mais il est un terme à la patience et

(1) Toir la lelire de WeUinglùn à ton frère Benrt» 2 avril

(S) Voir la lettre du 16 octobre 1813, de Welttngton à ion frère Benri. Cette acoatati avait été formulée aussi par XcDuende, Journal de Cadix. (8) A Henri H^eliesiejr, 2 Juillet 1813. (4) Le S JuUlet 1813.

< la soumission aux injures; or, je sens que j'ai été traité,

< dans ces dernières affaires, même comme simple particu-

< lier, de la manière la plus indigne par le gouvernement c espagnol... »

Les Cortès, livrées aux inspirations républicaines, ne trairaillaient qu'à brouiller entre elles les diverses classes de la société par des projets de réforme intempestifs ; elles s'appliquaient surtout avec ardeur à l'abolition de l'inquisition (i), institution abominable sans doute, mais qui avait pour sou- Liens le clergé et le peuple des campagnes, les deux plus fermes appuis de l'insurrection nationale.

Cette hostilité acquit un moment des proportions telles, que Wellington exprima à son gouvernement la crainte de voir éclater une guerre civile dans laquelle, disait-il, le clergé et les campagnards auraient pris parti pour les Français (^). a Les relations qui existent entre nous et les Espagnols, c( écrivait-il à lord Bathurst, sont devenues si difficiles, que « je crois nécessaire d'appeler sérieusement votre attention ce sur ce point. Vous avez eu connaissance des libelles publiés tt à l'occasion de la prise de Saint-Sébastien, libelles que je « sais avoir été rédigés par un officier du département de la « guerre, et, j'ai lieu de le croire, sous l'inspiration du mi- « nistre de la guerre lui-même. . . On s'efforce d'irriter l'esprit V public contre les garnisons de Cadix, de Carthagène et de ^ Ceuta..., le moindre méfait d'un patron de barque, dans un port espagnol, est représenté comme une atteinte à la souveraineté de la nation... Cependant les troupes espagnoles signalent en tous lieux leur présence par le pillage ;

<1) L^lnqulsitlon fat abolie le 22 Janvier 1813, par 90 toIk contre 60. Pour obtenir ce résultat* ^m libéraux des Certes furent obligés de consentir Arinstitution de tribunaux protecteurs de L religion.

<3) On lit dans une lettre écrite A cette époque par Vegas , membre Influent desCortès :

1^ partisans de la France sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le suppose, et fort ba-

JMlfsàMr«cniter, a

(( elles n'épargnent ni leurs propres magasins, ni les nôtres... « On ferme les yeux sur tous ces actes coupables, et ils ne « sont réprimés que quand je fais intervenir mon autorité « comme commandant en chef de Tarmée espagnole.

c( Les fonctionnaires civils du pays non-seulement nous (( ont refusé leur concours, mais ils ont encore ordonné aux

(( habitants d'agir de la même manière Ce qu'il y a de

« plus extraordinaire et de plus incroyable est le fait qui ce s'est passé dernièrement à Fontarabie. Il était convenu que (( des hôpitaux anglais et portugais seraient établis dans « cette ville. Un bâtiment, qui avait servi d'hôpital aux Es- « pagnols, nous fut à cet effet cédé par l'autorité locale; mais, « avant de le livrer, elle fit enlever tous les bois de lit pour « les brûler, afin que nos soldats ne pussent en profiter. « C'est ainsi que les Espagnols agissent envers nous , qui a avons prodigué nos soins à leurs soldats, qui leur avons a fourni des instruments de chirurgie et toutes sortes de se- « cours pour leurs hôpitaux, qui avons recueilli parmi les ce nôtres leurs malades et leurs blessés, qui leur avons enfin « rendu tous les services qu'il était en notre pouvoir de leur « rendre, après avoir délivré leur pays de l'invasion ! »

Wellington attribuait ces fâcheuses dispositions à l'influence du gouvernement ; il terminait sa lettre en disant : « Nos relations avec l'Espagne sont menacées d'une crise « imminente, et si vous ne mettez le gouvernement et le peu- (( pie à la raison avant qu'ils aillent trop loin, vous perdrez c( inévitablement tous les avantages que vous pourriez retirer c< des services que vous leur avez rendus. »

Les Cortès subissaient tellement l'influence de la presse démagogique, que les partisans de l'Angleterre, si longtemps opposés au retour de la princesse Charlotte, se décidèrent à soutenir les prétentions de cette princesse, uniquement parce qu'elle était hostile aux démocrates. Les agents du Forcingoffice cédèrent pour la même raison. Wellington néanmoins

s'abstint, ne voulant |>as, disait-il, avoir à se reprocher l'arrivée au pouvoir de « la plus méchante femme qui existât au « monde (i). » Son opinion était qu'il fallait éviter de trancher la question de la régence, et se borner à neutraliser, par tous les moyens possibles « les principes démocratiques et les mesures des Cortès. »

Voyant beaucoup d'Espagnols notables, Ballesteros, O'Donnel et Castanos même disposés à renverser le gouvernement (2), Wellington pria lord Bathurst de lui dire « si, dans le cas où il trouverait l'occasion de porter un coup décisif à la démocratie espagnole, le gouvernement l'approuverait. » (5 septembre 1815). Il ne parait pas que le cabinet de Londres ait accueilli cette ouverture, puisque les choses restèrent au même point, et que la correspondance ultérieure du duc n'y fait plus aucune allusion.

Les Cortès (3), à la suite de l'invasion de la fièvre jaune dans l'ile de Léon, avaient résolu de siéger à Madrid; elles tinrent, le 29 novembre 1815, leur dernière séance à Cadix. Les nouvelles élections ne firent que renforcer, dans cette assemblée, l'influence des Jacobins et du bas peuple (4). Son antipathie pour Wellington alla si loin, qu'après la bataille de Yittoria, méconnaissant ouvertement ses droits et ses prérogatives de chef de l'armée espagnole, elle donna des ordres directs aux

Hi WelUogton coMetlIa A son gouvernement [teitre du 5 septembre 1413, à lord Baihurst) de ne prendre fait et cause ni pour ni contre la princesse.

(2) Wellington, dans sa lettre du 5 septembre 1%IZ, à Bathurst, affirme que Ballesteros voulait renverser le système de gouvernement , et m Je me trompe fort, disait-Il, ou 0']>onnel et c Castanos en désirent faire autant. •

(3) Les pouvoirs des Cortès extraordinaires avaient expiré le 14 septembre 1813. Les Cortès ordinaires furent Installées à Cadix le 1*r octobre.

^4) Les Cortès ordinaires ouvrirent leurs sé.iiices A Madrid le IS janvier 1814. Les nouveaux députés, dit le comte ToiBNO, t. V, p. 335 etS56, étaient en général contraires aux réformes. Cela résulte aussi de la lettre suivante, écrite par Wellington le 5 septembre, d /or</ ^a- Ihurst : « Les libérales^ dit-il, ont fait échouer la princesse Charlotte cet hiver, et, quoiqu'elle eût la majorité dans l'assemblée, pas une âme n*a osé prononcer son nom. » Cependant, bien que toujours en minorité dans les assemblées législatives . le parti démocratique obtenait gain de cause sur presque tous les points, grâce â la terreur quUl inspirait.

généraux et apporta, sans même le consulter, des change* ments notables dans le commandement et dans la destination des troupes ; et cependant si ces troupes avaient rendu quelques services après 1812, c'est uniquement parce qu'elles étaient payées, habillées, armées par TAngleterre, comman* dées et tenues en bride par un général dont la fermeté égalait le talent (i). Le gouvernement espagnql, bien qu'il eût seulement à pourvoir à leur nourriture, les laissait, ainsi que les alliés , dans le plus grand dénûment. « Partout les récoltes i< sont abondantes , écrivait Wellington au ministre de la (( guerre, à Madrid (2}, et cependant les armées, malgré leur <c faiblesse numérique, paraissent condanmées à mourir « de faim. L'armée anglo-portugaise, sous mon commanc( dément , a été approvisionnée , surtout dans ces derniers a temps, presque exclusivement au moyen des transports <c venus par mer, et je dois informer Votre Excdlence, <c qu'indépendamment de l'argent sorti de nos caisses miii* ce taires pour solder toutes les armées, qui n'ont rien reçu c( d'ailleurs, nos magasins ont fourni quantité de vivres aux c( troupes espagnoles, pour les mettre en état de tenir la « campagne. Malgré tous ces secours, j'ai eu souvent la a mortification de voir des soldats espagnols, placés aux a avant-postes, obligés de dépouiller, dans la campagne, les c< pommiers et les noyers pour se nourrir. . . »

Le gouvernement anglais, après tous les sacrifices qu'il s'était imposés, n'avait obtenu aucune influence sur les affaires d'Espagne; et l'administration intérieure du pays se trouvait dans le même état d'anarchie et de confusion où elle était au début de la guerre.

Il n'avait surgi aucun général espagnol capable de com-

(1) Quoiqu'il 7 eut A cette époque en Espagne 160|000 hommet arméf • on B« pouvilC compter sur plus de 50,000 pour tenir U campagne.

(2) Utin du ao août 1818.

mander une armée, ni même de former convenablement les troupes. Il n'existait, dans les corps indigènes, aucun officier d'état-major, aucun administrateur digne de ce nom; et pour comble de maux, personne n*avait honte de pareil état de choses (i). Wellington et son armée soutenaient seuls tout le poids de la lutte, aussi peut-on dire qu'aux yeux de la postérité, le plus beau titre de gloire de cette armée et de son illustre chef, sera d'avoir affranchi l'Espagne sans le secours des Espagnols, et, pour ainsi dire, malgré eux.

Les excès commis à Saint-Sébastien servirent de prétexte aux plus violentes déclamations contre Wellington. Les ré* gents eurent même l'intention de lui retirer le commandement de l'armée (2). Les soldats anglais furent journellement insultés ; quelques-uns même tombèrent sous le poignard des assassins , tant la haine était forte, dans certaines classes, contre les sauveurs de l'Espagne.

Quant au gouvernement anglais, il ne se montra guère plus intelligent que ceux de la Péninsule. Wellington eut à s'en plaindre sous plusieurs rapports. Il lui reprocha notamment d'avoir privé son armée des vaisseaux dont elle avait besoin pour entretenir ses communications avec Lisbonne, assurer la sécurité des côtes, et maintenir le blocus des villes maritimes au nord de l'Espagne (3). Il trouva singulier aussi, qu'au moment le plus décisif de la guerre de la Péninsule, le cabinet annonçât l'intention de le mettre à la tète d'une armée en Allemagne, a Tels étaient alors les embarras financiers de l'Angleterre, dit Alison, que pour se décharger des énormes dépenses qu'exigeait la guerre dans le sud de la France, le gouvernement, rassuré d'ailleurs sur le sort de l'Espagne, et

(1) Il APisft , t. xn, p. 109.

(2) Wellington donna sa démission (qui fut acceptée) vers la On de septembre; mais en décembre, les nouvelles Cortès décidèrent quUI conserYeralt le commandement, et Inl donnèrent raison contre les régents sur plusieurs points en litige,

(8) Voir let Uiiret des 3, S et 10 JniUet 1813, à ^afhurU,

persuadé que le point décisif de la lutte était plus près de Paris, accepta et transmit à Wellington un plan suggéré par Tempereur Alexandre, d'après lequel sir Arthur devait transporter par mer son armée dans les Pays-Bas, et former Tail droite de la grande armée chargée d'envahir la France. » Mai le duc fit ressortir avec une grande force de logique les dé fauts de ce système d'opération, et le danger qu'il y aurai'^^^i à quitter un théâtre de guerre où, avec 55,000 Anglais, imSl tenait en échec 100,000 Français, qui, devenant libres apr^s-$ le départ de cette petite armée, pourraient coopérer aux plai^ns de Napoléon, se joindre aux troupes de la réserve en voie d^He formation dans les provinces méridionales, s'avancer av^ c tout l'avantage des lignes intérieures contre les alliés, «^t. entrer en action avant les forces anglaises, obligées de faL:ane un long détour par mer et par terre. Wellington, du rest^ ^ termina sa lettre par la phrase suivante, qui marque sa s(^^t2mission respectueuse et sa modestie pleine de simplicité ^< de bon sens : « Je suis aux ordres du prince régent, et j c <( ferai tout ce que lui et son gouvernement voudront; mai. s « je le prie de se rappeler que le grand avantage que j'ai i « réside dans la confiance dont chacun est pénétré que « fais tout ce qu'il faut, avantage que je n'aurais pas aillear c< du moins pendant quelque temps. Personne n'aurait c( même avantage ici, et je ne ferais pas mieux qu'un aut « en Allemagne. Si donc on laisse une armée anglaise da « la Péninsule, il vaut mieux que j'y reste avec elle (i). »

Ces raisons parurent assez importantes au ministère angl^=^^*^ pour qu'il abandonnât son plan ; néanmoins, la plupart renforts destinés à l'armée de la Péninsule débarquèrent ^^ Hollande; ils servirent à former le malheureux corps déti""*^'' peu après sur les remparts deBerg-op-Zoom...

(I) n luMlcilSlZ, à lord Baihursl,

Wellington seul croyait à cette époque qu'il pouvait jouer 4c3ans le midi de la France un rôle plus décisif que dans le jaord de l'Europe, et concourir plus efficacement à la paix générale, en descendant du haut des Pyrénées, que ne le fe- ^^ient les souverains alliés en passant l'Oise et la Marne. Sw ce point, les événements ne tardèrent pas à lui donner mine satisfaction éclatante.

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