‹ Histoire du duc de Wellington (volume 3)Chapitre 12 sur 23 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Ck>iifiidération8 générales sur la guerre d'Bspagne. — Causes de faiblesse de Tannée française. — Inconvénients du système qui consiste à nourrir la guerre par la guerre. — Caractère du roi Joseph ; sa prévoyance politique ; son insuffisance militaire. — Joseph prédit Tinsuccès de la guerre d*Bspagne. — Napoléon s*obstine à croire son Arère mal informé. — Il méconnaît Tautorité du roi et lui ôte tout prestige. — Les liens de la discipline se relâchent. — Joseph n'a aucune influence, et Jourdan, son major-général, est placé dans une position inférieure à celle que son rang et ses anciens services lui assignaient.— Mésintelligence entre le roi et Fempereur. — Anarchie du commandement. — Indiscipline de Tarmée entretenue par les réquisitions. — Vices radicaux du système de guerre des Français.— Création des gouvernements militaires séparés ; fâcheux résultats que cette mesure produit.— Inconvénients delà direction éloignée querempereur donne àla guerre en transmettant ses ordres de Paris etdu fond de rAllemagne. — Guérillas : embarras qu'elles suscitent à Tarmée française. — Le gouvernement espagnol, la régence portugaise et le cabinet de Londres opposent de nombreuses entraves à Taction du général en chef. —Wellington ne trouve pas dans son armée toutes les ressources nécessaires. — État de cette armée. — Mauvaise organisation des divers services.— Négligence et Incapacité des officiers —Situation déplorable du matériel. — Services que rendent à Wellington les guérillas, la flotte, le camp retranehé de Lisbonne , etc. ^ Mobilité de Topinion publique en

Espagne. — Faiblesse des armées nationales. — Incapacité des généraux nommés par les juntes. — Les guérillas n'eurent pas Tinfluence qu'on leur attribue généralement. — Excès qu'elles commirent. — Fautes dw généraux français.— Fautes de Tempereur.— Causes finales de rinsnccès des armées françaises en Espagne.

Nous venons de voir comment se termina, après sept années de luttes continuelles, cette mémorable guerre d'Espagne, si fatale à Fempereur et si glorieuse pour Tarmée britannique. Ce sera l'éternel honneur de Wellington d'avoir soutenu et mené à bonne fin cette vaste entreprise, dans un moment où Napoléon écrasait l'une après l'autre toutes les nations de l'Europe. Mais comme le succès en aucune chose n'est l'œuvre du hasard, nous devons, en historien consciencieux, faire la part des circonstances qui permirent à une armée, rarement supérieure à 50,000 hommes, de délivrer un territoire occupé par 2 à 550,000 soldats aguerris, commandés par les meilleurs généraux de l'empire.

Les Français eurent à lutter dans la Péninsule contre d'immenses difficultés, qui balancèrent en quelque sorte l'avantage résultant de leur grande supériorité numérique. La principale de ces difficultés fut la résistance de la nation espagnole, dont le patriotisme se réveilla tout à coup,et(lont les passions, fortement surexcitées par la conduite déloyale de Napoléon, se déchaînèrent avec une violence extrême. Pour corriger les Espagnols de leur barbarie , il fallut devenir aussi barbare qu'eux-mêmes. La lutte prit ainsi dès l'origine un caractère d'atrocité qui faussa la discipline et altéra profondément le sentiment militaire.

Le système de nourrir la guerre par la guerre, adopte par l'armée française, ne fut pas de nature à calmer ces ressentiments : il donna lieu en effet à des actes de violence et de brigandage, d'autant plus faciles à commettre qu'à rapproche de l'ennemi, toutes les autorités locales f^

naiefit la fuite. Ces maraudages, chaque jour renouvelés, produisirent une irritation profonde, qui bientôt fut suivie d'une explosion de haine et de colère impossible à décrire.

L'Espagnol, naturellement orgueilleux et vindicatif, ne pardonne pas, et sa vengeance ne recule ni devant le danger ai devant le crime. Au reste, le système des réquisitions, *ort commode dans un pays que Ton ne fait que traverser, ^ffire de graves inconvénients pour subvenir aux besoins d'une irmée d'occupation. Il épuise les zones stratégiques, et par là brce l'armée envahissante à parcourir, en cas d'insuccès, des >rovinces complètement dévastées ; — il rend la concentraion des troupes pour une opération de quelque durée impossible; — il nécessite la formation de cantonnements étendus qui exposent les généraux à être battus ^séparément ; — il oblige les corps d'armée à envoyer de si forts détachements en maraude, que souvent ils ne peuvent opposer à une ittaque imprévue que la moitié de leur effectif; — il expose journellement le soldat à des luttes meurtrières qui le rebutent d'autant plus vite qu'elles ne lui procurent ni gloire ni avantage durable; enfin, il relâche les liens de la discipline Bt engendre des habitudes de brigandage, incompatibles avec les sentiments et les devoirs militaires (i).

L'armée française en Espagne fut non-seulement obligée de se procurer par voie de réquisition ses vivres et ses fourrages ; elle eut encore à pourvoir de cette manière à tous les autres besoins de son administration (2). Ainsi la solde des troupes, les achats de chevaux et de matériel étaient à sa

(t) Ifouf en citerons pour preuves les désordres qui signalèrent Pexpédltlon de Hasséna et la retraite de Parmée française ^ après Salamanque. A propos de cette dernière « le général Glansel écrivit, le 16 août 1812, au ministre de la guerre : « L*armée manque de tout... elle a ■ on esprit abominable. Je suis cependant parvenu à arrêter les premiers désordres. Plus « de 50 soldats ont été Jiigés prévôtalement et exécutés : Texemple a produit un bon effet.. . 1 iepals, J'ai en la satisfaction de voir Parmée marcher en bon ordre; les habitants et leurs " maisons respectés» et beaucoup moins de pillage qa^auparavant »

(2) Wellington a fait la remarque que, dans le budget de 1809, la tomme portée pour les

charge. C'est ce qui obligea le roi à disperser continiMitt^ ment ses forces pour mettre tout le pays à contribution, nécessité fâcheuse qui, entre autres fautes, provoqua Tinvasion de F Andalousie (i), dans un moment où Wellington avait encore toute son armée réunie en Portugal (s).

Le maréchal Jourdan caractérise assez bien ce système d'occupation étendue dans ses Mémoires manuscrits, cités par M. Thiers et reproduits en grande partie dans ks jfémoires de Joseph : « Plus les revers, dit-il, essuyés par les armées espagnoles étaient grands, plus les populaticos se montraient disposées à se soulever et à prendre les armes, p/ii5 les Français gagnaient du terrain, plus leur po^tàmé^ venait dangereuse. »

À cette grande cause de faiblesse : Tobligation de disperser Tarmée pour vivre et la difficulté de la réunir pour combattre, il faut joindre deux autres causes qui agirait d'une manière tout aussi défavorable sur Tensemble des opérations. Ce sont le manque d'un général en chef capaUe de donner une impulsion vigoureuse à la guerre, mais surtovt la création de gouvernements militaires séparés, mesure qui affaiblit l'autorité du roi et engendra des inimitiés profondes entre les maréchaux.

Joseph , quoique ^doué de qualités précieuses , n'avait rien de ce qui fait les bons rois et les grands capitaines. Il manquait de résolution, d'activité, de vigueur. Sais

bdpllaux d^Xspagne éUIt plus grande que celle cilgéo pour l^nsemble de IVStaMiSiMCi^ mlliUlre de la France, preuve que la guerre était pour Napoléon une reasourcc AiUAclifvc^ non une dépense.

(1) Quand Joseph envahit TAndalousIc, son armée était sans solde depuis treiM ■>'*• Nous avons prouvé, du reste, dans un des chapitres précédents^ que la respoosabVtt^ '^ rinvaslon de TAndalousle tombe sur Napoléon et non sur le roi dltspagne.

(2) Quelques écrivains ont voulu Justifier la dispersion des corps français parla nécentt^ de soumettre les provinces révoltées. Au point de -vue politique, cette nécessité pfc***^ exister, mais au point do vue militaire, on ne peut pas I^admettre. H fallait, avaatdeiMpr a soumettre rsspagne, la débarrasser des Anglais ; or, rien n'était plus contrairtâos^^ que la dispersion des corpt d^arméC'

sipérience de la guerre et sans aucun des dons naturels |ui la suppléent y il se trouvait comme général en chef laDS les conditions les plus fâcheuses. « Il ne Savait pas, dit H. Thiers, embrasser Tensemble de sa position ni mettre l'accord les intérêts de l'armée française et ceux du gouverlement espagnol. »

Sa tâche, à la vérité, était si vaste qu'un homme de génie leut-ètre y aurait succombé. L'historien du consulat et de 'empire n'a pas assez tenu compte de cette difficulté en ageant le roi, et nous croyons même qu'il a été injuste au ÛUB haut degré, en affirmant que Joseph manqua de pénération politique.

Gomme notre but est de rechercher toutes les causes qui Mit agi sur le dénoûment de la guerre de la Péninsule, on M trouvera pas mauvais que nous entrions dans quelques iélâils pour combattre cette opinion, assez généralement idmise par les historiens français. Nous prouverons que H las armées impériales ont essuyé tant de revers en Espagne, et que si cette contrée est devenue, selon l'expresnon même de Napoléon, le cancer de l'empire, la faute en est SI l'empereur qui, malgré les avertissements de la fortune et les conseils de la prudence, si souvent rappelés par ses amis les plus dévoués, entreprit et continua jusqu'au bout cette ^pÊiare déloyale, injuste, condamnable à tous les points de rae.

Le roi Joseph ne montra jamais beaucoup d'enthousiasme pour la conquête de l'Espagne ; s'il accepta la couronne de Charles IV, ce fut moins par ambition que par déférence pour son frère. Le trône de Naples eût suffi à son bonheur, et \Âen que la modestie dont il faisait parade ne fût pas exempte d'affectation, on voit par sa correspondance que maintes fois, durant son règne tourmenté , il aspira après les douces émotions de la* vie domestique.

Les soucis du trône n'allaient point à sa nature indo-

lente et quelque peu sensualiste. « Chaque animal , écric< vait-il à l'empereur (i), a son instinct qu'il doit suivre. Je c( serai roi comme le doit être le frère et lami de Votre (c Majesté, ou je retournerai à Mortefontaine, où je ne dece manderai rien que le bonheur de vivre sans humiliation,

(t et de mourir avec la tranquillité de ma conscience

« Quarante années de vie ne m'ont rien appris que ce que « j'ai su à tout âge : tout est vanité; il n'y a de vrai que la ce bonne conscience et l'estime de soi-même. »

Ses lettres à sa femme sont remplies des mêmes sentiments : c( Je n'ai pas besoin de couronne, lui dit-il, pour être « homme (2), et je me sens assez grand par moi-même pour et ne pas vouloir monter sur des échasses. »

Le 8 août 1810, il écrivait à son frère : « Je prie Votre « Majesté de trouver bon que je me réunisse à ma famille, c( dont je suis séparé depuis six ans, et que je retrouve dans c( l'obscurité domestique des affections et un calme que le c( trône m'a fait perdre, sans m'avoir rien donné en échange, c( puisque ce n'est pour moi qu'un lieu de supplice... »

Ainsi, la couronne d'Espagne que Louis avait rejetée ave^ dédain, Joseph ne l'accepta et ne la conserva qu'avec rép gnance. Quant au succès final de la guerre, on peut di que le roi n'y crut jamais, et que dès le premier jour il p cisa les causes qui la feraient échouer. Ce fait est trop impo tant pour qu'il ne soit pas nécessaire de l'établir par quelqu extraits significatifs.

A peine le nouveau roi eut-il franchi les Pyrénées qu écrivit de Vittoria à l'empereur (3) : « Personne n'a dit j « qu'ici toute la vérité à Votre Majesté. Le fait est qu'il « a pas un Espagnol qui se montre pour moi, excepté

(1) 19 février 1809.

(2) Lêiirê àJuUê, 8 novemlHre 1809*

(3) 12jaUletl806.

ce petit nombre de personnes qui ont assisté à la junte et a qui voyagent avec moi. Les autres, arrivés ici et dans les a autres villes avant moi, se sont cachés, épouvantés par « l'opinion unanime de leurs compatriotes. »

Napoléon ayant trouvé de l'exagération dans ce langage , Joseph insista en ces termes (i) : « La besogne taillée est trèsce grande ; pour en sortir avec honneur, il faut des moyens a immenses (2). La peur ne me fait pas voir le double...., K et je ne suis pas épouvanté de ma position , mais elle est a unique dans l'histoire : je n'ai pas ici un seul partisan. »

L'on voit déjà dans cette lettre le jugement droit et la clairvoyance politique de Joseph aux prises avec l'aveugle obstination de l'empereur, qui semblait décidé à ne tenir aucun compte des avis inspirés par le bon sens et le dévouement de ses serviteurs. Ainsi, après la réception de la lettre si profondément triste que nous venons de citer, Napoléon écrivit à son frère : « Portez - vous bien ; ayez courage ce et gaieté, et ne doutez jamais d'un plein succès (3). » Conseil étrange, auquel Joseph répondit avec une conviction de plus en plus ferme : ce Des vieilles troupes et des millions, « sans quoi nous ne conserverons pas l'Espagne (4)...» Jusqu'à la fin de la guerre, la correspondance échangée entre les deux souverains présenta ce même contraste : excès de confiance chez l'un; appréhensions vives et justifiées chez l'autre. Presque toutes les lettres de Joseph ont un cachet prophétique. Dès le 24 juillet 1808, il avait fait entendre à son frère ces paroles alarmantes : ce Les honnêtes gens <^ ne sont pas plus pour moi que les coquins. Non , Sire,

(1) Lettre da 18.

(2) DéJ* le 13 Jalllet, le roi avait écrit : « Je répète à Votre Majesté qu'elle ne Muralt faire t trop d*eirortt pour pacifier r Espace. Il faut des troupes et de Targent.» Cette recom- :^aDdation se trouve dans plus de vingt endroits de la correspondance de Joseph.

(3) Lettre Ûn2\ Juillet. Dans celle du 19i II eiprime la même pensée : « Ne doutei pas un Instant que les choses flniront mieui et plus promplement que vous ne pensez. »

(4) Lettre du 23 Juillet, à l'empereur.

« vous êtes dans Terreur, votre gloire échouera enEspagnel » Et le 18 juillet 1809, toujours à son frère : « Je crois que « cela finira mal, et très-mal. » Et Tannée suivante à sa femme Julie (i) : « Si Ton continue dans le système comc< mencé en février (2), toute TEspagne sera bientôt une « ardente fournaise d'où personne ne sortira avec honneur. » Et le 4 juillet 1815 , au ministre Clarke : « La pacifica- « tion de TEspagne par la force des armes est impossible ; « je ne puis que répéter aujourd'hui ce que je dis depuis ce longtemps (s). »

Cette opinion, reproduite à chaque page de la correspondance du roi , malgré Topinion contraire de Napoléon , est certainement une preuve de jugement et de clairvoyance politique. Mais nous avons d'autres preuves encore à citer, qui toutes infirment Tarrèt injuste porté contre Joseph par Tlûstorien du consulat et de Tempire. La correspondance du roi atteste en effet, que non-seulement ce prince a signalé U plupart des fautes commises durant la guerre , mais qu*il a de plus indiqué parfaitement les moyens propres à rendre nation espagnole docile au joug de la France.

Il s'éleva d'abord avec une grande force contre la prétei tion de soumettre avec 80,000 hommes de jeunes trou] une monarchie de 10,000,000 d'habitants, qui, au momec:^ de l'invasion, avait encore 50,000 hommes de troupes régc^ Hères.

(1) lettre du 21 loftt 1812.

(2) Celai des grands coromandements séparés qui eut de si funestes résuIUU.

(3) C*esticl le lieu de faire observer que celte opinion fut soutenue, dès le premier ^^ par les Espagnols de distinction qui s'étalent rangés du cOlé de Joseph. Nous en troaroos n: preuve remarquable dans Textralt sul vaut d*un Rapport du 2 août 1808, signé par claq très du roi : « Nous ne concevons que la possibilité de Tun de ces trois résultats irêmone^^

« négocier ou conquérir.,... La conquête de rBsi>agne est impotslble Sile donnerait Uev ^

« des siècles de guerre, tels que les Romains en éprouvèrent pour la même entr^wlse "^

• Hais les Romains furent favorisés par des discordes Intestines, et Votre Majesté veit»

« étonnant accord d'une résistance ouverte ou cachée, cette Interceptatlon ananlBed^" ^^ « de communtcallons et de fonds ; elle voit que la force ns possède que respace qv'elle f< « qa*à deux pas on Pélude ou la brave, etc. »

Il fit ressortir tous les inconvénients du système de iquisition à l'aide duquel Napoléon persistait à vouloir enetenir son armée dans la Péninsule.

Il représenta à diverses reprises qu'il fallait traiter la nation rec douceur et justice, pour la rendre favorable au nouveau mvemement; — qu'il était nécessaire d'entourer le pouvoir yal de plus d'autorité et de prestige; -^que le commandeeot de l'armée serait incompatible avec l'exercice du pouvoir tprème, du moment que cette armée ne pourrait vivre qu'en vageant et en pillant le pays; — que ,dans tout état de choses, convenait que l'autorité militaire fût unique comme l'adinistration; — enfin, qu'il était de bonne politique dedonner s emplois civils à des Espagnols plutôt qu'à des Français, 8 uns mal disposés, les autres complètement ignorants des ssoîns, du caractère, des intérêts de la nation soumise, uidé par ces inspirations, hautement avouables, et convaincu l'il fallait pour rattacher l'Espagne à la France la gouversr avec douceur, Joseph se montra l'ennemi de toutes les olences particulières et de toutes les injustices coUecti- » qu'on voulait commettre. L'empereur avait beau lui re tout est moral à la guerre (i), son âme se révoltait mire ce qui était barbare ou déloyal. Il blâma hauteeut les excès commis par Murât, à Madrid, dans la journée 1 2 juillet (s) ; et il se montra ennemi des représailles nglantes au point de résister aux ordres précis de Napoléon, d lui écrivit coup sur coup, au commencement de l'an- \e 1809 : a Faites donc pendre une douzaine d'individus à Madrid (s)... je trouve ridicule qu'on livre les brigands à la justice; on doit les traduire devant une commission

1} LtSirtân 10 octobre 1800.

39 n éoriftt le 24 jalllet à Napoléon : « Tout ce qui a été fait Ici le 2 joillct est odieui ; on

1^ en aocnn des ménagements qu'il fallall ayotr pour ce peuple... »

,S) Lêiirêûu 11 janvier 1809.

ce militaire et les faire pendre (i)... II faut nommer une corn- « mission militaire pour faire juger de nouveau les trente (c coquins acquittés ou seulement condamnés à la prison c( par la cour des alcades : faites fusiller les coupables... ie (( ne suis pas content de la police de Madrid ; Belliard est Cl trop faible avec les Espagnols ; il faut être sévère. J*ai fat^ « arrêter à Valladolid quinze des plus méchants, et je 1^^ « fais fusiller. Faites-en arrêter trente à Madrid*. • QuaiE^ ce on la traite avec douceur, cette canaille se croit invaliHi^ c( rable. Quand on en pend quelques-uns, elle commence ^ a se dégoûter du' jeu et devient soumise et humble oomn^^^^^ « elle doit être, etc., etc. (a) »

Si Joseph n'a pas réussi en Espagne, il a du moins ff^I^ mérite d'avoir résisté aux ordres barbares de son frère qaS^ i> vraisemblablement, n'auraient servi qu'à rendre sa chui plus odieuse.

Le roi condamna avec la même énergie le projet de moi celer le territoire espagnol, pour étendre la France jusqu'j rives de l'Èbre, ainsi que le projet de former, en vue de morcellement, des provinces administrées et commandé- ea séparément.

Enfin, Joseph eut à essuyer, pendant toute la durée son règne, les reproches les plus durs et les accusations plus injustes , parce qu'il ne savait pas arracher ass^ d'argent aux Espagnols. Napoléon aurait voulu qu'il press^ ^^tt' rat la nation et qu'il se montrât sur toutes choses au^^sssi impitoyable que l'avaient été certains généraux. Voilà ^

qui rendit la position du roi si fausse, son autorité ^^

nulle, son influence si faible et son administration si stériE -^l^> qu'il put dire lui-même vers la fin de la guerre : « Je n' -^^ ^

(1) Lêiire du 15 janvier. Napoléon emploie toujours le mot hrigandt pour déiigMr let triotes révoltés contre la France.

(2) 10 Janvier 1809.

X fait aucun bien et je n'ai pas l'espoir d'en faire jamais (i)... X II est impossible d'être roi d'Espagne et commandant en K chef de l'armée française. . . On doit finir par n'être ni l'un c ni l'autre (s)... »

Cependant, au milieu de ses bonnes intentions et de ces iclairs de bon sens politique , le roi avait des moments de aiblesse et d'irrésolution qui le rendaient impropre au [gouvernement d'une nation violemment agitée. Ce n'était [las l'homme des temps difficiles et des situations désespérées. Il ne savait ni prendre un parti extrême, ni se faire obéir promptement, ni communiquer ses sentiments aux personnes avec lesquelles il se trouvait en contact. Napoléon, connaissant ces imperfections, aurait dû s'attacher à les masquer par ses conseils d'abord, ensuite par les témoignages extérieurs d'une confiance qui eût donné au trône de son frère le prestige dont il avait besoin pour frapper l'imagination ardente des Espagnols. Or, loin de suivre cett« sage ligne de conduite, l'empereur s'attacha, dès les premiers jours, à prouver que Joseph n'était qu'une ombre de roi, et qu'il le tenait dans une dépendance plus étroite que celle où végéta Philippe V sous le protectorat de Louis XIV.

A peine entré en Espagne; Joseph, aux prises avec Savary, dont les pouvoirs épient considérables, dut écrire à l'empereur : ce Est-ce moi ou lui qui a le droit de commander (s) ? »

Mais cette humiliation n'était rien auprès de celles qu'il eut à dévorer quand Napoléon vint se mettre à la tête de l'armée d'Espagne. De prime abord, l'empereur affecta de laisser le roi à l'arrière-garde (4), injure que celui-ci ne

( I) 23 mars 1612, à Napoléon, 12) Uiirt do 4 juillet 1813, au général Clarke. |S) Uitre du ISjulliet 1808.

\A) M. TMen attribue U conduite de l^empereur, dam cette circonstance, à des raisons de ^^iile politique et presque de bleoYcIllance. « Napoléon, dlt-ll, voulut assumer sur lui ^^touz de la guerre, et laisser à son frère le beau r6ie de la douceur. • Hais quand on lit

crut pas devoir accepter en silence : « Sire» écrivit-il (i), je ce me suis trouvé bien déplacé à Vittoria et ici (à Miranda) « après votre départ ; un sentiment invincible, plus fort que (c toutes les considérations humaines, me dit que je ne dois c( pas me trouver sur les derrières de Tarmée. L'Espagne et (( la France, et moi-même, tout veut que je sois au poste de ce rhonneur ; c'est celui du danger et Técole où je dois me (c trouver. 11 n'est pas de danger pour moi où il en est pour (( Votre Majesté. Sa tète est plus précieuse que toute autre « chose et, quand elle veut l'exposer, le prince son frère, ce qu'elle fait roi, se tiendrait hors de péril! Cet bomme « serait déshonoré, et il ne serait ni votre frère, ni Français, « ni Castillan ! . . • J'ai vu sur le visage de mes propres mi- « nistres, ce matin, leur étcmnement de me voir à VittiMÎa c< quand Votre Majesté était aux avant-postes... J'ai toii- (K jours été avec les corps agissants de l'armée, et ee n'est c( pas aujourd'hui que je me traînerai misérablement, comme (C un roi fainéant ou un administrateur, à trois marches « de l'armée... »

Nonobstant cette énergique protestation, Napoléon affecta, pendant son séjour à Madrid, de ne mêler le nom do roi à aucune des résolutions qu'il prit dans l'intérêt de sa conquête. ^

Joseph , voyant qu'on lui refusait obstin^ent l'occasion de se distinguer par la guerre, et qu'on poussait l'oubli des convenances jusqu'à écarter toute allusion à son autorité politique dans des mesures qui le concernaient, voulut renoncer à une couronne qu'il ne pouvait garder qu'au prix de tant d'humiliations et de sacrifices (2) ! Mais, soit faiblesse.

avec attention la correspondance des deux souverains , on ne peut pas admettre celle explication. (Voir pour de plus amples détails, les Mémoires de Joseph, t. Y, p. S80 ei aill.)

(1) Hlranda, 10 novembre 1808.

(2) Yotcl la lettre quMi écrivit à l'empereur, le 8 décembre 1808 : « 8lre, M. Vr<qiilie ne

t sonmission, il abandonna presque aussitôt cette résolu- ) , que son bonheur intime et sa dignité personnelle lui lient inspirée. Toutefois , à partir de ce moment, Fautorité raie du souverain se trouva considérablement affaiblie, i-seulement aux yeux de ses sujets, maié encore aux yeux I soldats et des généraux français.

De là ces germes d'opposition qui bientôt se développèrent ift Tannée, et produisirent le relâchement de la discipline. L'empereur lui-même porta un rude coup à « cette reine I armées, » en écrivant directement aux généraux Belhd, Bessières et Monthion qu'il désapprouvait les opéra- DS ordonnées par le roi après l'affaire de Baylen (i), et permettant à son major-général Berthier de corresndre directement avec les chefs des corps détachés, qui posaient sans cesse la volonté de l'empereur à celle du (nmandant en chef de l'armée d'Espagne. Au reste, ce re ne fut jamais pour Joseph qu'une lettre morte : c( Le clergé et les habitants me demandent protection, écri- -il à l'empereur (pendant que celui-ci était encore en pagne) (2); mais, en vérité, ai-je le droit de disposer d'un soldât?... Je vois tous tes désordres sans en pouvoir réprimer aucun... Je n'ai pas l'autorité d'un sous-lieutenant. Mérité'je par nihn caractère d'être la fable de l'armée, diras un pays où je serai le roi ? » cr Napoléon se plaisait à répéter autour de lui, dit l'auteur s Mémoires de Joseph (3), que son frère n'était pas soldat.

mmanlque les mesures législatives prises par Votre Majesté. La honte couvre mon front

▼aot met preiendos siijeta. Je supplie Votre lajesté de recevoir ma renonciation à

IIS les droits qu^elie m'avait donnés au trôno d'Espagne. »

. Talr I» lettre du 23 août 1806 , od Joseph se plaint de ce fait â Napoléon. Voir encore la

•e da 22 septembre de la même année, contenant le passage suivant : « CVst toujours la

looté de'Voire Majesté qu'on oiipose a la mienne. Je prie Votre Majesté de ne donner

• ordres qu*ft mol, et Je les ferai exécuter. »

I Brlvlesca, 10 novembre iftOK.

) T. Vil p. 7, a et 9. L'oplaioa de cet écrivain est formée diaprés celle du msrécbal Jourdan ,

t 11 a compulsé les Mimotret inédits, nous faisons cette remarque une fols pour toutes.

et qu'il n'entendait rien à la guerre. Â son entrée en Espagne, au lieu de le tenir auprès de lui, de Tentourer d'une grande considération aux yeux des troupes dont il était destiné à devenir le chef, il l'avait relégué à la suite de l'armée.

« Les fâcheuses impressions que ces discours et cette conduite produisirent sur l'esprit des généraux et des officiers ne pouvaient plus s'efifacer, quand même le roi aurait été revêtu de l'autorité la plus absolue; car, chez les militaires, l'obéissance et le dévouement sont proportionnés au degré de confiance qu'ils accordent à leur chef. Quelle énergie le roi pouvait-il déployer dans son commandement, lorsqu'il savait que ses subordonnés se croyaient bien supérieurs à lui, en talents et en expérience militaires?

(c N'était-il pas évident que, quand il leur prescrirait des opérations qu'ils n'approuveraient pas, ils les exécuteraient mollement, si tant est qu'ils consentissent à obéir? Ne pourraient-ils pas dire au surplus pour se justifier auprès de l'empereur en cas de revers : « Je désapprouvais ce projet; ce j'ai dû obéir! C'est la faute du roi et non la mienne? »

c( Pour prononcer sur ces discussions, ce qui, du reste, n'aurait remédié à rien, l'empereur aurait -il mis de côté toute prévention contre son frère? Cela n'^était pas admissible, et l'on a vu qu'effectivement cela ne fut pas. Joseph restait donc chargé d'une immense responsabilité envers Napoléon, tandis que celle des maréchaux envers lui était complètement illusoire... »

Le maréchal Jourdan, chef d'état-major de Joseph, placé auprès de ce prince pour le seconder, l'aider de ses conseils, était, lui aussi, dans une fausse position ; son mérite et ses services antérieurs n'avaient pu le sauver d'une disgrâce, et l'empereur , pour nous servir des expressions de M. Thiers, « avait l'habitude d'être injuste à son égard. » •

Tout ce qu'il faisait était critiqué avec amertume. On

l'avait même placé à dessein dans un état d'infériorité morale vis-à-vis des autres maréchaux , ses collègues (i). Ces derniers, en effet, avaient tous obtenu le titre de duc avec de riches dotations : Jourdan seul était resté dans une position modeste. Les maréchaux devaient naturellement attribuer à leur mérite les honneurs et les bienfaits dont Tempereur les comblait, et avoir une mince opinion du collègue qui se trouvait, malgré ses anciens services, privé de ces avantages. Ainsi fut détruite à l'avance l'autorité qu'aurait dû avoir sur eux Torgane des volontés du roi ; et cependant, c'était sur Jourdan que Napoléon faisait peser la responsabilité des opérations quand le succès ne répondait pas à ses désirs.

Aux inconvénients produits par ce défaut de confiance et d'harmonie entre le roi, son major-général et les maréchaux commandant les corps d'armée , il faut ajouter ceux résultant de l'impossibilité où se trouvait le général en chef de récompenser les militaires qui se distinguaient.

D'autre part , les officiers et les soldats envoyés en Espagne ne tardaient point à s'apercevoir qu'on les négligeait complètement, tandis que leurs camarades des autres armées recevaient des décorations, des grades et des récompenses de toute espèce.

Bientôt le dégoût et le découragement s'infiltrèrent dans les meilleurs corps, et l'Espagne devint une terre proscrite, d'où chacun cherchait à s'éloigner pour aller combattre sous les yeux de l'arbitre suprême des fortunes militaires (2).

(I) In 1810, il fut rayô sans molir de la liste des maréchaux, bien qu'il eût le droit d'en faire partie, et quMl exerçât un commandement difliclle. Joseph ne put rien obtenir pour cet honnête et loyal senrlteur, qui lui rendait les plus grands services.

(3) L*armée de Suchet seule obtenait des récompenses, parce qu'ayant affaire uniquement avx troupes espagnoles, elle remportait plus de succès que les autres armées. Le général Jomlnl fait observer, avec raison, qu'une guerre où les moindres dangers que les soldats enssent â courir furent ceux du champ de bataille, devait répugner à des hommes que l'empereur avait habitués à vaincre dans les riches plaines de la Lombardle et de l'àllemagne.

m Mdats et ofliclert, dit H. Thlers, se regardaient en ispagne comme sacriOés d'avance à

Le roi ne laissa pas de signaler tous ces faits et d'en expr*m— mer son chagrin dans les termes les plus vifs, quoique to jours respectueux. Ainsi, dans le courant de Tannée 1809 (i il écrivit à l'empereur :

<€ Sire, si ma vie entière ne vous donne pas en moi la co. (c fiance la plus aveugle; si vous jugez avoir besoin de m' a tourer de petits êtres qui me feraient rougir de moi-mêffie « si je dois être insulté jusque dans ma capitale ; si je n'a^ . a pas le droit de nommer les gouverneurs, les commandants^'^ « qui sont toujours sous mes yeux, qui me font rougir aux ^'^ a yeux des Espagnols et m'ôtent tous moyens de faire le bien; ^ « si vous ne voulez pas me juger sur les résultats, et si vous « voulez permettre qu'on m'élève un procès sur chaque objet : ^ a dans ce cas. Sire, je n'ai pas deux partis à prendre...

(€ Je ne suis roi (T Espagne que par la force de vos armes ; ^ c€ je pourrais le devenir par l'amour des Espagnols; nuàs, ^ c( pour cela^ il faut que je gouverne à ma manière. i>

Or, c'est là précisément ce que Napoléon ne voulait pas. 11 n'admettait qu'une manière de gouverner les Espagnols : c'était de les mener militairement, de pendre les insurgés, qu'il appelait la canaille^ et de pressurer les autres, les Aimnêtes gensy qui tenaient pour le roi. Ce fut en grande partie la divergence d'opinion des deux frères sur ce point qui amena les premiers froissements et les premières quoielles. ]

Le maréchal Jourdan explique fort bien cette paiticiilarité (î).

(c Comme le roi, dit-il, occupant le trône, crut reconnaître que la principale cause des obstacles qu'il allait avoir à surmonter, résidait dans l'aversion que les Espagnols portaient

a une mort Inutile et tans gloire. La certitude ou presque certitude de a^ étr« Junait tous • les yeu& de napoléon n*aJoulait pas peu k ce sentiment de répulsion et de détetpotr. •

(1) 19 féTTier 1809.

(2) Mémotnt de jQteph, t. V, p. 258.

aiui étrangers I et alors, par-dessus tout, aux Français, il pensa qu'H devait chercher, autant que possible, à se séparer de ces damiers, afin que les Espagnols pussent, à leur tour, le séparer d'eux dans leur haine. Ce principe, qu'il chercha à appliquer dès les premiers instants, et qui était diamétralement opposé aux idées de Napoléon, fut une des principales causes du froid, puis de Tespèce de mésintelligence sourde qui régna entre eux pendant trois années consécutives. »

Cette mésintelligence, toutefois, eut des résultats moins déplorables que celle dont les généraux donnèrent le fâcheux spectacle, et qui provoqua, peu à peu, des actes d'indiscipline de la pire espèce. II convient, pour donner une juste idée de Tensemble des causes qui amenèrent l'évacuation de la Péninsule, de faire connaître quelques-uns de ces actes regrettables.

En 1809, l'armée de Soult fut profondément divisée par

un complot, dont le but était de renverser le maréchal et de

inettre Saint-Cyr à la tête de l'armée d'Espagne.

Xa même année, après l'évacuation de la Galice, Ney,

se croyant trahi par Soult, écrivit à Joseph : « Quelè que soient

/m9 ordres de l'empereur, je suis décidé à ne plus servir avec

^» <luc de Dalmatie. »

querelle violente qui éclata dans cette circonstance entre c3eux maréchaux sauva les corps de la Romana et de la a, et mit les Français dans l'obligation d'abandonner lice.

même année, les opérations de la Catalogne furent enpar la mésintelligence de Saint-Cyr et d'Âugereau, siège de Gironne rendu plus difficile par l'hostilité de t-Cyr et de Verdier (i).

- défaut d'accord entre Soult et Jourdan, Victor et Mor-

MAS, t. Il, p. 406.

tier, fut, de Taveu d*un aide de camp de Joseph (i), la cause principale de Tinsuccès de la campagne de Talavefa.

M. Thiers n'hésite pas à attribuer à la même cause le peu d'appui que prêta Soult au maréchal Victor pendant le siège de Cadix.

On a vu (chap. IX) que la jalousie de Dorsenne et de Harmont provoqua la retraite de Tarmée française devant Gainaldo, où Wellington se trouva pendant quelques heures dans la position la plus critique (s).

En 1811, les alliés prirent, les unes après les autres» les places de Ciudad et de Badajoz , parce que les oiaréchaax Soult et Marmont, dominés par une antipathie mutoelle, ne parvinrent pas à se mettre d'accord sur un système d'opérations combinées.

Nous avons signalé (chap. YIII)le peu d'empressement que mit le duc de Dalmatie à venir au secours de Masséna,à Santarem, en 1810. La jalousie ne fut pas étrangère à ce résultat; car Soult, qui avait échoué dans la deuxième invasion du Portugal , était froissé de ce que, pour une troisième tentative, l'empereur eût donné la préférence au prince d'Essling.

On lit dans les Mémoires de Masséna (t. VII, p. 38): « Si oda eût dépendu de Joseph, l'armée de Portugal eût certainement reçu des secours; mais tous ses ordres étaient regardés comme non avenus par les moindres personnages. En voici un exemple : le général Ëblé pria le général Sénarmont, commandant de l'artillerie des armées d'Espagne, de former un parc de réserve et de dépMs pour l'armée de Portugal. Celui-ci fit la sourde oreille, et Masséna s'adressa directanent au roi, qui donna les ordres les plus précis à Sénarmont d'avoir

(1) Lefénéral Detprex.

Témoin «te cet rlvalitéf» le roi demandt plus d^ne fols qu'on réduUU le BUUrécliaax. (Voir entre autres les Mémoire* de Joseph, l. Tl, p. 274 et 275.)

(2) rtcMret et conquétêi, t. XXl, p. S2.

égard à la demande d'Ébié; cependant, malgré son injonction pressante, Tarmée de Portugal ne reçut pas un projectile, pas un seul baril de poudre de Madrid. »

Vers la même époque, le prince d'Essling envoya un de ses aides de camp à Yalladolid pour inviter Kellermann à diriger en toute hâte sur Salamanque, par les voitures du pays, les grains et les fourrages que l'intendant général avait requis dans sa province. Cet ordre demeura sans effet; les denrées s'entassèrent à Médina del Campo et finirent par se gâter, faute de magasins. Tout en protestant de ses bonnes intentions, Kellermann avait ordonné au commandant de Médina del Campo de lui renvoyer les voitures , à mesure qu'elles seraient déchargées. L'ordonnateur Lambert s'en plaignit à Masséna : « Les ordres du général Kellermann , dit-il , parafe lysent les transports et feront tout manquer. Je ne crains « pas de l'en accuser ; il détruit toute administration par sa a résistance inouïe et coupable. Des subsistances existent; ce elles abondent à Médina del Campo, et on veut nous affa- « mer, pardonnez-moi le mot (i). »

Vers la fin de la campagne, les discussions irritantes du prince d'Essling et du maréchal Ney provoquèrent le remplacement de ce dernier, et ajoutèrent une nouvelle difficulté aux embarras déjà si cruels de la retraite.

A Fuentès d'Onoro, Loison, Drouet et Régnier se rendirent coupables d'actes d'indiscipline et de négligence 4out aussi graves.

Cette même année encore, Bessières refusa tout secours à Masséna pour délivrer Âlméida, seule acquisition de la campagne, ainsi que pour écraser l'armée de Wellington, affaiblie en ce moment par le départ d'un fort détachement dirigé sur Badajoz. Plusieurs jours avant la bataille de Fuen-

(1) Mémoires de MatiéMt t. Yil, p. 121.

tes d*Onoro, le prince d'Essling avait adressé au duc distrie les lettres les plus pressantes. N'ayant obtenu aucun résultat, il lui écrivit, la veille de son départ de Salamanque (le 24 avril) : a Je n*ai pas ménagé mes instances auprès de « vous. Si mes efiforts n'étaient pas heureux, votre dévoue- <c ment pour le service de l'empereur vous ferait certaine- « ment regretter de ne pas les avoir secondés avec les c( moyens que vous m'aviez fait espérer avant que j'en eusse « besoin. .. ^

Et comme ces remontrances ne produisirent pas plus d'effet que les précédentes, Masséna écrivit de nouveau à Bessières le 29, de Ciudad-Rodrigo : « Je vous ai demandé de rartillerie « et des bagages, et encore plus positivement df^ cavalerie; « vous avez , sous différents prétextes, éludé «à demande. €( Toutes les troupes en Espagne sont cependant de la même « famille. »

A la siiite de toutes ces lettres, et bien que les instructions de Napoléon enjoignissent à Bessières d'envoyer 15,000 hommes à l'armée de Portugal en cas de nécessité, le duc d'Istrie se décida à faire partir 1 ,200 chevaux et une batterie de la garde impériale, qui ne rejoignirent le gros de l'armée que le 4 mai, veille de la bataille de Fuentès.

 propos du désaccord qui régnait avant la funeste journée de Salamanque entre les commandants des trois armées françaises, nous avons fait observer que chacun de ces maréchaux voulait subordonner les mouvements de ses collègues aux siens; il résulta de ces tiraillements que leurs plans secrets furent entravés, et que Wellington les surprit an moment où ils discutaient encore.

Une circonstance malheureuse de la campagne de 1812 fut l'obstination du duc de Dalmatie à retenir la division Drouet, demandée à plusieurs reprises par le roi. Si cette division était arrivée à temps, Joseph eût amené 24,000 hommes au duc de Raguse avant la bataille de Salamanque, et

«probablement cette journée n'aurait pas eu lieu, ou se lit terminée d'une autre manière, lans la même campagne, Marmont se rendit coupable de lus grave insubordination, en attaquant Wellington avant ^oir reçu les secours de l'armée du Centre. Les suites de ce p de tète ayant rendu l'évacuation de l'Andalousie néces- "«9 Joseph donna des ordres dans ce sens au duc de Dalâe, qui refusa d'obéir, et cela, avec tant de persistance, il fallut le menacer de donner son commandement à un re général.

!ln octobre 1812, Joseph, malgré ses vives répugnances ur Soult, pensa donner à ce maréchal le commandement teneur de^troupes disponibles en Espagne; mais il fut igé de roRoncer à ce plan (qui aurait pu rétablir les Dces de la lutte) , parce que Jourdan et Suchet refusèrent i et l'autre de servir sous les ordres du duc de Dalmatie. ^n peut aflSrmer que la déplorable antipathie de Suchet r le duc de Dalmatie fut une des causes de l'invasion à France eà 1815. Et, en effet, si le duc d'Albuféra avait t ses forces disponibles à celles de Soult, il est probable Wellington n'aurait pas franchi les Pyrénées. L'histoire ochera à Suchet d'avoir même refusé de tenter une diîon en faveur de son collègue, quand celui-ci était engagé ^ une lutte inégale pour la défense du territoire français. &8 conséquences fâcheuses de la rivalité des maréchaux Manifestèrent jusqu'au dernier jour de la guerre. Ainsi, ^d Soult eut remplacé Joseph, et qu'il s'agit moins de endre l'Espagne que de sauver la France, les partisans oi cherchèrent encore à entraver par de viles intrigues les > intelligentes et patriotiques du duc de Dalmatie.

« contre-coup de ces discussions irritantes se fit sentir ^ toute l'armée. Les soldats épousaient les querelles de chefs, et la discipline s'en ressentit. On a vu dans quel

état se trouvait l'armée de Souit,en 1809, sur le Douro. Celle de Joseph, en 1812, n'était pas dans une situation meilleure, s'il faut en juger par l'extrait suivant d'une lettre du marédut Marmont au prince de Neufchâtel : c( Jusqu'à présent , le roi « n'a rien pu contre les désordres qui ont eu lieu à Madrid et « contre l'anarchie qui règne dans l'armée du Centre (t). >

Après Salamanque, le général Clausel fit une peinture moins favorable encore de l'armée du duc de Raguse (s) : il la représenta comme une bande de pillards et d'assassins, qui n'écoutaient plus la voix de leurs officiers.

Lors de l'évacuation de la Galice par Ney, l'irritation des troupes de ce maréchal devint si grande contre le duc de Dalmatie (qu'elles accusaient de les avoir abandonnées), qu'il eût été dangereux de mettre les deux corps d'armée en présence.

Après la bataille d'Âlbuéra , la garnison de Yillalba refasa de protéger la retraite du duc de Dalmatie en défendant le château de cette ville; et à Fuentès d'Onoro, la vieille garde resta immobile quand Masséna voulut la porter en avant.

Tels furent les effets déplorables de l'inimitié des chefs ! Napoléon seul aurait eu assez d'influence pour imposera ces gêné- ^ raux sa volonté et mettre de l'ensemble dans leurs opérations. Il fut profondément afiligé de cet état de choses, qu'il attribuait k l'insuffisance de son frère , insuffisance réelle sans doute, mais qui lui était connue, et dont il aurait dû apprécier les effets quand il l'investit des hautes fonctions de chef politique et militaire de la Péninsule. Au reste, loin de porter remède à la situation, en augmentant le prestige du roi et en défendant sa cause avec énergie , Napoléon, quand les premières velléités de résistance de Joseph se furent manifes-

(1) Uiire du 23 réfrier : « On coniomme, dit-n, 23,000 rattont par Jour à HadrM.etli ■'ya pai 3,000 hommes : c^ett <pi*on donne et laUse prendre à tont le monde, eicepté i cMn fil •errent • (Folr encore ifAPiia, t. Tni, p. 186.)

(2) Nom aTont rapporté u lettre» p. 219, note 1.

ées, s'ingénia, pour ainsi dire, à rendre chaque jour Tautoité de son frère plus incertaine et plus contestable (i).

Rien ne pouvait compromettre davantage cette autorité [ue le système des gouvernements militaires , une des plus oalheureuses conceptions de l'empereur (s). Joseph et les ilspagnols sincèrement attachés à sa cause avaient inutilenent essayé de faire comprendre à Napoléon les dangers de ^ système (s). Il tint ferme, et le décret parut. Sob avis était pi^il fallait , pour intimider les Espagnols , leur inspirer la crainte de perdre quelques provinces (4). Ce fut même la principale raison qu'il opposa aux instances si vives et si pressantes du roi. Ici encore Tintelligence politique du grand capitaine parut en défaut. Les Espagnols ne se soumirent point, et la situation du roi empira tous les jours.

Les nouveaux gouverneurs étaient de véritables vice-rois, istreints seulement à se concerter avec Tétat-major de Tarnée d'Espagne pour les opérations militaires (ce qui, de la )art des gouverneurs de l'Âragon, de la Navarre, de la Cataogne et de l'Andalousie ne fut même jamais observé), c Quant à l'administration intérieure, à la police, aux revec nus, à la justice, à la nomination des employés et à toute c espèce de règlements, ils devaient s'entendre avec l'emc pereur, par Tentremise du prince de Neufchâtel (5). »

Napoléon leur donna cette grande autorité pour plusieurs

(1) L'extrait suivant d'une lettre du 3 octobre 1811, aciarke. rail voir comment Napoléon rsltalt rautorlté de Joseph : « Répondez au duc de Tarente qu'il ne doit corresi>ondre en

rien avec le roi d'Espagne, ni répondre k aucune lettre de ses ministres... Vous donnerez la même instruction au général Decaeu »

(2) Ce système a été condamné par les lieutenants mènes de Tempereur. Ainsi nous lisons ans one lettre écrite par Marmont, le 23 février 1812, au prince de If eurchâtel : ■ La guerre

d*lf|»agne est dlfllclle dans son essence ; mai» cette dlfllculté est augmentée de beaucoup

par la division des commandements. •

(S) Joseph envoya à Paris deux de ses ministres, MM. d'Asanza et d'Almenara pour tâcher e teire rapporter le décret du 8 février ; mais rempereur accueillit froidement cette déaarclic et ferma Torellle * toutes les protesUtions de son frère.

(4) H. TMIBRS,t. IV, p. 84.

(5) Teste même du décret.

raisons : il pensait qu^ayant moins de ménagements à garder que Joseph, les gouverneurs généraux pourraient concourir plus efficacement aux fins de la guerre, et qu'ayant intérêt à augmenter leur influence par une bonne administration, ik procureraient à Tarméeplus d'argent sans froisser autant les populations. Sous ce dernier rapport, le système donna raison à l'empereur : Tordre et la paix intérieurs furent rétablis dans une grande partie de l'Espagne ; mais les ressources générales n'augmentèrent point : chaque gouverneur ne voyait que lui, ne songeait qu'à lui. Au milieu de ces souverains improvisés, le roi d'Espagne et des Indes ressemblait à m de ces princes du moyen âge, dépouillés par leurs grands vassaux, et n'ayant plus même, à défaut d'autorité réelle, le prestige du pouvoir suprême.

c( Les Espagnols, dit le comte Toréno (i), accueillirent fort mal ce système , parce qu'ils savaient que la résohition de l'empereur cachait la pensée d'incorporer à l'empire français les provinces de la rive gauche de l'Èbre, et peut-être d'autres provinces, si les circonstances le permettaient (s). » Les ministres de Joseph envoyèrent à Paris» en qualité d'ambassadeur extraordinaire, M. Azanza , qui , après cinq mois d'inutiles démarches, écrivit au roi : « Le duc de Gadore, (c dans une conférence que nous avons eue mercredi, nous a « dit expressément que l'empereur exigeait la cession des « provinces en deçà de l'Èbre, afin d'indemniser la France

(1) T. HT, p. 244.

(2) DéJ* le 19 février 1810 (voir Bign on* t. IX, p. 273), le duc de Cadore «Tait écrit à ■. 4» la Forçât, ambassadeur de France à Madrid, en lui adressant le décret qui établlualt dct^svernements militaires en Espagne : « L'Intention de Tempcrcur est de réMoIr à la Praaee la « rive gauche de rftbre et peut-être même le pays Jusqu'au IkNiro. L^n des obi«tada «i est de préparer celte réunion, et vous devea, sans rien dévoiler des desaeins de Vi « reur, régler cependant vos démarches sur les communications que je vous r«la.»(T«ir4cB> lement la note secrète que donne Bichon, t. IX, p. 195.)

Napoléon aurait accompli sans doute le démembrement de ITspagne, al termumtml wnéÊé A»n% son esprit ( quoique par le traité de Bayonne il eût garanti Hntégrlté de ce rojap— ), si les événemcnti du Hord n'avalent appelé son attention ailleurs.

: de ce qu'elle a dépensé et dépensera en hommes et en : argent pour la conquête de l'Espagne (i). »

Cette même pensée se retrouve dans les lettres secrètes [ue Tempereur adressa à Suchet, à Âugereau, à Reille et à rhouvenoty après la création des quatre gouvernements sépaés. M. Thiers a raison de dire que « la prétention devouloir [ue inSspagne indemnisât Tempereur du mal qu'il lui faisait n la forçant d'accepter Joseph , était utie folie (tambiton... (s) »

Aux gouvernements séparés de la Navarre, de la Biscaye, le FÂragon et de la Catalogne, Napoléon ajouta bientôt ceux le la Yieille-Castille, sous Dorsenne, et de Yalladolid, sous [eHermann. Ainsi toutes les autorités militaires, moins les hefs des armées du Midi et de Portugal , furent dispensées l'entretenir avec Madrid des relations d'obéissance et de omptabilité !

Quand le roi apprit à Séville la création des gouvernements séparés , il fut consterné. Abandonnant aussitôt sa ouvelle conquête , il retourna morne et silencieux dans sa apitale, où il se trouva isolé, sans ressources et sans pouoir (s). Les généraux français, à partir de ce moment, e le tinrent même plus au courant de rien : <c Je n'ai aucune notion, écrivit-il à Berthier, sur les forces ennemies ni sur les forces de l'armée française^ chaque général s'étant absolument isolé de moi depuis institution des gouvernements militaires (4)... Dorsenne me dit qu'il n'est pas

(1) Lettre du 34 septembre, citée par le comte Toréno.

(2) HUlairê du Contuiat et de l'Empire, t. III, p. 380.

(S) « Mon pouToir réel, dit le roi, ne s^éteod qu'4 Madrid, et ft Madrid même Je tula Jour- — Iliîiminf contrarié par des gent qui tontricbét que leur aystème ne aolt plua en Togue. on m^accnte d*élre trop doux. A Tbeure quMI est. Us seraient désbonorés si J'étais plus sévère et que Je voulusse les livrer aux tribunaux. » [Lettre du 19 février 1809, à Napoléon.) k. celte époque. Joseph n'avait pour toute ressource que roctrol de Madrid, qui s'élevait à I million par mois, et pour toute armée que la division Dessoles et les dépôts établis dans capitale, en tout 20 a 25,000 bommcs, dont 12,000 en état d'agir. [4) Lëitredu 17 avrU 1812.

« SOUS mes ordres ; Suchet ne m*a pas écrit depuis vingt c( jours et ne me rend compte de rien ; le duc de Dalmatie « n'a jamais correspondu avec moi et parait ignorer mon « commandement (i). -

« Je le dis avec regret, mais je le dis avee vérité : les af- (( faires vont mal» et très-mal en Espagne. Il y a autant de « despotes qu^il y a de gouverneurs , de généraux et mim ce d'intendants ; chacun fait des lois à sa guise» il n y a nulle (c unité» nul ensemble. Les peuples tiraillés dans tous les « sens» fatigués» dégoûtés» reprendront leur dernier couce rage» celui du désespoir (i). »

Les mêmes plaintes se font jour avec plus de vivacité encore dans les lettres intimes du roi à l'empereur : « Votre ce Majesté» dit-il» ne peut pas vouloir que son frère soit à ce chaque instant humilié par des ordres que lui transmettrait (c des généraux qui lèvent des impôts» font des proclamace tions» décrètent des lois et me rendent ridicule aux yeux de ce mes nouveaux sujets (s) »... « Le maréchal Ney a poussé ce l'insulte jusqu'à faire enlever les caisses de mon receveur ce dans la ville même d'Avila (4). »

Ces infractions aux convenances et aux règles de la hiéra^ chie parurent à certains généraux fort naturelles» et même nécessaires ; témoin la lettre suivante» adressée par Soult au prince de Wagram (5) : ce J'ai à combattre des prétentions et ce des intérêts qui sont évidemment en opposition avec ceux ce de Tarmée» et» par conséquent» avec ceux de l'empereur; ce je suis forcé» par mes propres devoirs, de m*opposer à l'eié-

(1) Lettre da 18 mai, â Berthier.

11 faut noter que Napoléon avait, depuis le mois de mars, conféré à Joseph le ment de toutes les armées en Espagne. (Voir sa lettre du 16 mars , à BeriMer^é»»^^ moires de Joteph.)

(3) Ësettre du 5 septembre 1811, d Berthier.

(3) Lettre un 18 février 1810, à Napoléon.

(4) Uttre du 30 avril 1810, à Napoléon.

(5) Sévilie, 4 aoifit 1810.

« cution de divers ordres que le roi donne, et de faire sou- « vaoït le contraire »

Non content de méconnaître ainsi l'autorité de Joseph, pe duc de Dalmatie écrivit de Séville. le 12 août 1812, au duc de Feltre, une lettre dans laquelle il accusa le roi de trahir la cause de Tempereur. Presqu'au même instant, le duc de Feltre répondait à une dénonciation semblable de Joseph contre le chef de l'armée du Midi : « Si la conduite du duc « de Dalmatie est équivoque et cauteleuse..^., il viendra tf un moment où l'empereur pourra Ten punir (i). »

A ces désagréments personnels vinrent se joindre bientôt des embarras d'une nature plus grave. Les Espagnols soumis à Tautorité du roi, et surtout ceux qui avaient accepté des fonctions publiques, furent profondément affectés de la détermination de l'empereur à l'égard des provinces septentrionales. Ils ne s'étaient ralliés à la nouvelle dynastie que parce que la promesse de Napoléon leur avait donné la conviction que le seul moyen de sauvegarder l'indépendance de la nation et l'intégrité du royaume, était de soutenir Joseph. Or, les dispositions du décret du 8 février ayant été interprétées par la nation comme une menace, sinon comme un premier pas dans la voie du morcellement de la Péninsule , ils devaient s'attendre à ce qui leurs compatriotes, ne tenant aucun compte des motifs que les avaient dirigés, leur reprochassent d'avoir concouru à l'asservissement de la patrie.

La régence de Cadix, en effet, présenta aux Espagnols l'institution des gouvernements séparés comme un commencement d'exécution des menaces faites par l'empereur aux députés de Madrid, pendant son séjour dans cette ville; elle engagea en conséquence la nation à redoubler d'énergie pour s'affranchir de la domination étrangère. Les Espa-

(n Le 10 novembre 18 f 2.

gnols , fiers et braves , répondirent à cet appel , et bientôt les guérillas se multiplièrent, au point qu'il fallût eniployer une armée entière à les combattre pour maintenir les communications avec la France.

Le cabinet de Londres, de son côté, fit remarquer aux cabinets européens que la création des gouvernements séparés était une preuve manifeste de Tintention de l'empereur de placer sur sa tète la couronne d'Espagne, malgré les assurances contraires données par lui dans diverses occasions (i).

Tous ces dangers eussent été prévenus» si» plus confiant dans son frère, qui s'était formé une idée juste du caractère espagnol dès les premiers jours de son règne, Napoléon eût tenu compte des^ sages conseils du roi et des observations respectueuses des ministres attachés à sa cause. Mais la destinée de l'empereur était de ne prendre à l'égard de l'Espagne que des résolutions et des mesures funestes.

Outre les embarras politiques et militaires dont nous venons de parler, le roi eut à subir, par suite de l'institution des gouvernements militaires, des embarras financiers considérables.

Il avait à pourvoir aux besoins de sa cour, aux services généraux et à l'entretien de l'armée du Centre, avec les ressources insufiisantes de la Nouvelle-Castille ; bientôt il fut réduit aux seuls revenus de l'octroi de Madrid. Les minimes

sommes que Napoléon s'était engagé à fournir au roi d'Espagne («) venaient par fractions, et très -irrégulièrement; quant aux impôts levés dans les provinces éloignées, les gouverneurs les retenaient dans leurs propres caisses. De sorte que Joseph se trouva , dans bien des circonstances » livré

(1) Ducatte. Mémoiret de Joseph, t. VII, p. 148 ei 149.

(2) Vn million par mois.

aux dédaigneuses obsessions de ses créanciers. Sa correspondance fournit à cet égard une foule d'éclaircissements : « Je n'ai pas un sou à donner à personne, écrivait-il à son ce frère... Je suis à ma quatrième année de règne; je vois « encore ma garde avec le premier frac que je lui ai donné ce il y a quatre ans... (i). d Plus tard, écrivant à Berthier : <c II faut cependant que l'empereur sache qu'aujourd'hui « même (9 mars 1811), j'ai été obligé de faire vendre les ce vases sacrés de ma propre chapelle pour payer le pain des ce troupes qui sont à Madrid. Comment ferons-nous demain ? ce Je n'en sais rien à l'heure qu'il est... »

ce Les troupes à mon service ne sont ni payées, ni vêtues ce depuis huit mois... (s). »

<e Si cet état de choses dure, avant six mois nous évacueee rons l'Espagne, faute de vivres... L'ennemi n'épargne pas a l'argent. Quant à moi, pour tout dire d'un mot, je ne sais ce pas comment je payerai ma table dans huit jours... »

ce L'opinion cependant venait à moi, et un grand changece ment allait se produire ; mais l'opinion cède à la force des a choses. Sans argent, sans territoire, sans troupes, sans ce autorité , comment l'opinion peut-elle longtemps entourer ce un homme (3)? »

ce Je suis aujourd'hui réduit à Madrid. Je ne vois que des ex malheureux autour de moi ; les principaux de mes fone- « tionnaires sont condamnés à n'avoir pas de feu chez eux. a J'ai tout donné, tout engagé. Je suis moi-même tout près ce de la misère (4). »

ce La famine est dans les villes ; le désespoir est dans les ce campagnes, privées de tous moyens de transport et des

(1) Lettre du 19 février 1809, à Napoléon.

(2) Lettre du 13 mars 1811, <l Berthier.

(3) Lettre da 24 août 1811, â Berthier.

(4) Lettre du 24 dôcembre 181 1 , <l Napoléon.

(c moyens de labourage. L'armée n'est- pas soldée depi: « plus d'un an et l'officier est malheureux (i). »

Vers la fin de 1811, à bout de ressources et d'expédien Joseph fit vendre un magasin de blé que Marmont avait forKxaré à Tolède. Le duc de Raguse, sans se préoccuper du scand^/^ qui devait en résulter , prit le magasin de force et envoya les acquéreurs frustrés faire valoir leurs titres auprès de Joseph. Voilà où en étaient réduits l'autorité et le prestige de ce pauvre roi, dans un pays où la couronne avait si longtemps ébloui les masses par un pouvoir et un faste vraiment extraordinaires.

La prétention de Napoléon de diriger la guerre d'Espagne sans y assister fut aussi, dans mainte circonstance, nuisible au succès des opérations.

Des ordres donnés à 600 lieues du théâtre de la guerre et venant six semaines après la situation qui les avait motivés, ne pouvaient, en effet, malgré le génie de l'empereur, valoir les résolutions qu'aurait prises sur les lieux un général , même ordinaire. Tantôt ces ordres étaient intempestifs, tantôt inexécutables à cause de certaines circonstances dont Napoléon ne pouvait pas se rendre compte à Paris ou en Allemagne : « Le plus souvent ses instructions étaient (( vagues, parce qu'il n'osait pas être absolu, sachant cpie a peut-être il commanderait des désastres, en ordonnant de « loin ce qui, sur les lieux, serait reconnu impossible (s). »

Une des causes les plus directes de la perte de la bataille de Talavera fut la réunion des corps de Soult, de Mortier et de Ney, ordonnée par Napoléon pendant qu'il était à Schpenbrunn. Cet ordre, en effet, arriva à Joseph quand déjà Tinva-

(1) Lettre du 17 avril 1812, à Herlhier.

(2) Taiiis, t. m, p. 516.

sion de Soult en Portugal avait échoué, et que la Galice était évacuée.

Les malheurs de Masséna, dans la campagne de iSii, proviennent en grande partie du vague des ordres donnés de Paris aux généraux chargés de le seconder. Ainsi l'empereur recommanda à Drouet <c de secourir le prince d'Essling, mais sans perdre ses communications; »il recommanda au maréchal Soult de venir en aide à Tarmée de Portugal , mais sans lui imposer ce devoir sous peine de désobéissance, sans Tautoriser surtout aux sacrifices c(ui auraient rendu ce secours possible y efficace : « Il laissa de la sorte à la mauvaise volonté ou à la timidité le moyen d'éluder des ordres trop peu formels, donnés à travers le vague des distances et du temps écoulé; car ces ordres, quand ils arrivaient à cinq cents lieues et à deux mois de leur date, portaient le plus souvent avec eux la dispense de leur exécution (i). »

Il est certain que les ordres donnés par Napoléon (le 20 novembre 181 i) àReille, à Marmont et à Joseph pour diriger des forces considérables sur Valence, hâtèrent la chute de Ciudad- Rodrigo (s); de même, nous avons établi que les instructions des 18 et 21 février 1812, données par l'empereur à Marmont, et le refus d'admettre le plan de ce maréchal, qui consistait à réunir sous un même commandement les armées du Nord, du Centre et de Portugal, contribuèrent à la reddition de Badajoz (s) ; enfin, il est prouvé que la recommandation faite par l'empereur, au début de la campagne de 1812, de conserver l'Andalousie eut pour résultat d'isoler Marmont et

(1) TH1EM6, t. III, p. 516.

(2) Voir les Mémoires de Joseph , t. Vlll, p. 151, et VBtstotre du Consulat et de VBmpire , t. IV, p. 109 et 110.

(3) Voir les Mémoires de Joseph , t. Vlll, p. 1G3, ctla tettre de Marmont au roi, 5 avril

H. Thiert, t. IV, p. 124, dit qu'apfès la reddition de Badajoi, Napoléon s^en prit à Marmont de n'avoir pas sa modiOer des ordres donnés à trois cents lieues da théâtre de la gnerre.

de favoriser la marche oifensive de Wellington sur Sri manque.

Les instructions de Napoléon témoignent que, malgré si génie, il n'appréciait pas bien le genre de guerre qui con^ nait aux diverses provinces de TEspagne. S^ ordres, quoii toujours admirables au point de vue de Fart et des princi] généraux de la guerre, avaient le défaut d'être souvent m cutables. Cela tint à ce qu'il mesura les difficultés à sa pro] capacité, et regarda plutôt le but à atteindre que les ^ ments dont on pouvait disposer (i).

Ce n'est que vers la fin de 1812 qu'il s'abstint, ne pouv^ mil faire autrement, de diriger par lui-même les opérations de h Péninsule. Mais, à peine revenu de sa désastreuse expéditi^30 de Russie, il envoya de nouveau à Glarke, du fond de FA^IM^magne, des ordres pour le roi et les généraux commande xit les provinces. C'est ainsi qu'en mars 1815, le duc de Feltire ■ donna directement des instructions à Reille et à Clausel po w i réprimer l'insurrection de la Biscaye et de la Navarre. i

Le roi ne laissa pas de se plaindre de cette manière d'a^i v» qui amena souvent des complications fâcheuses. Déjà, ^^^ début de la guerre, il avait fait des représentations à c^ égard, témoin la lettre suivante, du 19 avril 1809 : « Si ^^^ « ministre de la guerre, au lieu de transmettre des ordres <(.^ « doivent être exécutés, se contentait de nous faire connaiC^ ^ ce les intentions de Votre Majesté en masse, et nous dono^^^ ce des instructions et des directions générales qui dussent é^^ ce modifiées suivant les changements survenus dans les affaii^^ ce de l'Espagne, depuis que ces instructions ont été tracées

(1) Pour être oooTalncu que l'empereur donnait quelquefois des ordres à contre-sel* faut lire, dans Beiroas, t. l*f, p. 628, la lettre écrite le 26 février 1812 par le duc de Bagis^' major général : • 81 8a Majesté était sur les lieux, dit Harmont, elle envisagerait la po** « de son armée du Portugal sous un tout autre point de vue. » Dans cette lettre et ^ celle du 2 mars 1813, le duo de Maguse prouve que Napoléon lui avait ordonné une foo*^ choses infgéeutabiêt.

^aris; si Votre Majesté, me donnant ses conseils, mêlais- ;ait la faculté de les suivre ou non, selon les événements, ït qu'elle me témoignât la confiance dont j'ai besoin pour Qoirmême et pour les autres; alors il pourrait y avoir une lirection centrale et instantanée...; alors je pourrais avec »lu8 de justice être responsable des mesures que j'aurais

ordonnées »

lais à toutes ces plaintes, comme à toutes les demandes faisait le roi pour obtenir soit de l'argent, soit une [>rité plus réelle sur les commandants militaires, Nak)n répondait invariablement : que Joseph ne compret pas sa position ; — que Dieu ne l'avait pas fait général ; il était doux et spirituel, mais indolent, qu'il lui fallait

plaisirs et pas trop de travail ; — que les hommes devient instinctivement ses dispositions, et que s'il lui confiait lirection des armées, personne ne se croirait commandé

un tel chef; que, derrière lui, on verrait toujours l'offi- * chargé de le conseiller, et que personne n'obéirait, parce 3n se rirait du roi général, et qu'on jalouserait le général

exerçant en réalité l'autorité suprême ; — qu'il ne pouvait ic pas lui accorder au delà du commandement de l'armée Centre, étendant son action à vingt ou trente lieues de Irid ; — que, pour de l'argent, il n'en avait pas ; — que ses es, régnant sur les pays les plus riches de l'Europe , ent sans cesse à lui en demander ; — que l'Espagne en avait M pour en fournir à tout le monde ; — que si Joseph savait linistrer, il trouverait des ressources ; qu*il avait bien su procurer de l'argent pour en donner à des favoris , pour r des résidences royales, et pour payer un luxe inutile s l'état de ses affaires ; — que si l'Espagne souffrait, c'était malheur auquel il n'y avait pas de remède; que les soldats içais souffraient aussi, et que la guerre était la guerre ; —

si les Espagnols étaient las de souffrir, ils n'avaient qu'à Dumettre ; — que ces prétentions de Joseph à labonté, à l'art

de séduire les peuples, étaient ridicules ; — que son espoir.i faire avec des millions ce qu'on ne faisait pas avec des millieic-^ d'hommes ne Tétait pas moins ; — que si on lui envoyait l'argent et qu'on lui retirât des troupes, cet argent serait bient^^^t mangé, et lui, Joseph, avec sa cour, reconduit honteusemer à Bayonne par quelques bandes armées ; — qu'il fallait beai coup de soldats, beaucoup de vigueur, et de la terreur m^ pour réduire les résistances de l'Espagne ; — que la amènerait la soumission, et que, la soumission venue, bonne administration, qu'on devait à tous les peuples, s'ei suivrait; — que l'Espagne rattachée par ces .moyens à nouveau roi, le temps viendrait alors pour Joseph de suû ses vues personnelles (i).

Il y avait dans tout cela quelques vérités , beaucoup persifflage, une très -grande exagération, et puis la pi fatale de toutes les erreurs de Napoléon, qui était de you1< soumettre la Péninsule par la terreur, et de faire subsii l'armée par la maraude, dans un pays qu'elle avait mission de rattacher à la France.

Un autre fléau des armées françaises était la guerre partisans, venant en aide à la guerre régulière. À peine 1' surrection eut-elle pris un caractère général, qu'il se sur tous les points des bandes de guérillas, d'autant pB^ ^^^ faciles à réunir que le paysan espagnol est toujours anc^ ^' qu'il ne tient guère à sa misérable cabane, et que le clim^ ^ doux de l'Espagne permet de bivaquer, pour ainsi dire, toiJ^>- ^ l'année.

Ces bandes n'ayant ni magasins à garder, ni places à vrir, ni dépôts à former, pouvaient se masser partout elles voulaient, et tenter les coups les plus audacieux.

(1) Histoire du Consulat et de l'Empire^ t. IV, p. 83.

lence 8ur le champ de bataille, elles pesaient néanmoins dément dans la balance des opérations secondaires, r mission était d'enlever les postes isolés, de tomber en Be sur les détachements, les convois, les dépôts, les mans, etc., d'intercepter les courriers et les secours, de cr et de piller les villages que l'ennemi devait traverser, ompre les gués, les ponts , d'obstruer les routes, les pastSy les défilés, de tendre des embuscades, de harceler par ontinuelles chicanes les troupes en marche, de faire, en not, le plus de mal possible à l'ennemi sans tenir compte .cunedes lois que l'honneur et l'humanité imposent aux Sraux des peuples civilisés. Les plus indignes moyens 3nt mis en œuvre par ces guérillas, et justifiés par le iment public, lorsqu'ils avaient pour but la mort ou la Le d'un Français. C'est ainsi qu'elles égorgèrent les trai- Is, même quelquefois les blessés et les malades ; qu'elles K)isonnërent les puits et les sources où les Français vesnt se désaltérer ; qu'elles soumirent aux tortures les plus ûles et les plus révoltantes les malheureux soldats qui baient entre leurs mains.

in ne saurait se faire une idée des pertes que la vengeance s meurtre occasionnèrent à l'armée impériale ! les fatigues, les maladies et les longues privations n'ont fait dans cette armée moins de ravages. Il parait, au sur- 3, que, de tout temps, ces deux fléaux, la vengeance et la ère furent les inévitables compagnons des armées belliantes en Espagne : « Dans ce pays, disait Henri IV, les ndes armées sont toujours affamées, et les petites toujours lues. » Jugement profond, qui devait recevoir, deux siècles s tard une éclatante confirmation, aux dépens de la gloire le la prospérité de la France !

^saillis de tous côtés par les bandes espagnoles, les Fran- ) établissaient, de distance en distance, des postes retrans dans de vieux forts, dans des couvents ou des châteaux. Ils

assuraient ainsi leurs routes militaires, leurs dépots de vivres et de munitions. Mais que d'hommes il fallut employer pour obtenir ce résultat ! La moitié de l'armée se trouvait quelquefois occupée à garder l'autre moitié, et de celle-ci, les àeai tiers étaient souvent en maraude pour subvenir aux besoins de tous.

Le plus grand mal cependant que les guérillas firent i l'armée de Joseph , >fut d'interrompre les communicatioiis entre les différents corps. Les généraux coaimandant ces corps étaient presque toujours dans l'impossibilité de correspondre entre eux et d'obtenir des renseignements exacts sur la position de l'ennemi. Us ne savaient pas quelqurfois œ qui se passait à deux lieues de leur quartier général. M. Jomini cite un cas où il aurait fallu 4,000 hommes à Josqpli pour faire tenir une dépèche au maréchal Ney, qui cependant opérait de concert avec lui.

Le roi éprouva plus d'une fois le même embarras. Ainsi, peu avant la bataille de Vittoria , il fut obligé de distraire 1 ,S00 hommes de son armée pour envoyer un ordre à Gaosel (i).

Dans une de ses lettres (s) , il affirme que Bessières , en 1808, a se trouva en présence d'une armée de40 ,000 hommes <c sans s'en douter, et que le général Merlin, envoyé auprès « de lui, ne put trouver un guide, quoiqu'il offrit de l'or i <x pleines mains... »

Des documents officiels constatent (s), que le roi ne fut informé du passage du Douro et de la retraite de Soult que par la voie de Paris.

Le général Thiébault, chef d'état-major du duc d*Abran-

(1) Mémoirti de Joteph, t, IX, p. 153. (1) Voir le L VI des Mémoires de Joteph.

(8) Datée de Bargot, 18 Juillet 1806. 8berer(t. Il , p. 125) cite on ordre steeral fnqirta leqiuel II Mlalt an motni 250 hommes pour escorter un courrier.

tes, cite un fait semblable (i). c< Nous étions depuis un « mois, dit-il, sans nouvelles de Loison et d*Almeida...l <x Vingt-cinq copies du même ordre avaient été expédiées,! «c par tous les moyens possibles, à lui et au général Chariot, a et tout annonçait qu'aucune n'était parvenue. »

La surprise de Masséna en voyant les lignes de Torrès- Vedras, est plus remarquable encore. Ce maréchal avait le plos grand intérêt à savoir quels obstacles il allait rencontrer dans sa marche sur Lisbonne. Or, ce fut seulement à Leiria qu'il apprit l'existence de ces fameuses lignes , auxquelles Wellington travaillait depuis dix mois avec une masse de troupes et de paysans. v

Toat aussi extraordinaire fut la marche du corps de la Romana, qui se glissa le long des colonnes de Ney sans être aperçu, et vint s'établir dans les positions que le maréchal avait évacuées pour aller à sa recherche.

En 1812, Marmont apprit seulement le 15, à Valladolid, la nouvelle du siège de Ciudad-Rodrigo, commencé le 8, et seulement le 26 la nouvelle de la capitulation signée le 19.

Le 1^ octobre de la même année, Joseph expédia une lettre au général Souham : six duplicata la suivirent jour par jour; ce fut le dernier, porté par le colonel Lucotte, qui arriva le premier, tandis qu'une lettre écrite le 17, par Hill à Wellington, arriva le 18, au moment où Souham recevait la missive de Joseph (s).

Le général Mathieu Dumas cite le fait suivant, qui offre une nouvelle preuve de l'impossibilité où se trouvaient quelquefois les maréchaux français de se transmettre, même à des distances trës-rapprochées , les informations les plus essentielles : « Après Salamanque, on vit l'arriëre-garde du

(1) Hêiatian dêi'êgpédUlondê Portugal, p. 144.

(2) Toir 11 API81, t. IX, p. 867.

c( général Clausel passer à quelques milles de Tannée du « roi , sans que ni l'un ni l'autre eussent connaissance de c€ leur proximité ; et cette ignorance de leur position récite proque entraîna bientôt l'entière séparation des deux corps c( et la perte de Madrid. »

Au printemps de 1815, les communications de Joseph avec la France furent si complètement interrompues, que les dépèches expédiées de Paris le 4 janvier ne parvinrent au roi que le 18 mars, par l'entremise de Suchet (i) , et que le duc de Feltre informa Joseph que la dernière lettre de Madrid, reçue le 18 mars, était datée du 1*' février.

Il est également constaté, par les dépèches de Napoléon, par le témoignage des généraux français et par la correspondance de Wellington, que les renseignements les plus exacte et les plus détaillés sur la force et la position des troupes alliées étaient fournis au quartier général par les journaux de la Grande-Bretagne (s).

Cette circonstance fait assurément honneur au patriotisme des Espagnols , qui ont constamment refusé de servir de guides ou d'espions, malgré les offres les plus séduisantes.

(c Ce pays et ce peuple, écrivit Joseph en 1808 (s), ne resc semblent à aucun autre ; on ne trouve pas un espion ni un c( courrier... » et dans une autre circonstance : a ... Deux c( mille domestiques m'ont quitté à la fois, malgré les forts « appointements que j'avais donnés : nous ne trouvons pas « un guide, pas un espion. Tout ce qui écrit ou parle difiéo remment, ment ou n'a pas d'yeux (4)... »

Cette situation exerça sur les mouvements de Farmée fran-

co Voir ]f APili, t. X , p. 118.

(3) Voir aux annexes une aérle de lettres qui établissent clairement ce faii.

(3) Lettre du 29 Juillet, d Pempereur.

(4) Lettre du 5 août 1806, à Napoléon^ flous devons faire observer toutefola que dans le courant de la guerre dlspagne. Il se présenta des circonstances oà le palrlatlie ém Ispagnols se montra beaucoup plus accommodant c^est ce qu*on verra plus lolo.

çaise une influence des plus fâcheuses; car à la guerre, le général le mieux informé est presque toujours le plus fort. Combien de victoires ont été la conséquence d'un renseignement venu à propos y et combien de désastres le produit d*une information tardive ou incomplète! On doit tenir compte aux Français de ces circonstances, ainsi que de Teffet moral qu'elles produisirent sur leurs troupes. La guerre d*Espagne est la plus pénible que les généraux et les soldats ^ français aient eue à soutenir. Des misères continuelles, des dangers sans cesse renaissants, et dont les moindres étaient ceux du champ de bataille, le spectacle du meurtre et du pillage toujours devant les yeux, la haine féroce et l'esprit de vengeance des Espagnols étaient aux soldats toute sécurité avant comme après la lutte; et d'autre part, point de victoires décisives, point de satisfactions, point de récompenses même accordées à la bravoure : voilà ce qui distingua cette guerre et la rendit si fatale ! Napoléon, du reste, était prévenu contre Tarmée de la Péninsule , qui ne put lui rendre un seul des avantages par lui rêvés, et ne cessait de mêler ses plaintes importunes aux chants de victoire que provoquait sa marche triomphale au cœur de l'Allemagne.

« La gloire, dit le général Jomini, et les récompenses a étaient réservées pour les autres guerres; de là, un certain a découragement et une certaine défaveur jetés sur l'armée a d'Espagne, qui cependant surpassait toutes les autres en a courage et en résignation. »

L'armée anglaise se trouvait dans une situation toute différente.

D*abord elle combattait pour une bonne cause, et cet avantage, quoi qu'en disent certains militaires, a une très-grande importance : toute entreprise déloyale, injuste, est un far-

deau qui agit défavorablement sur le moral du soldat et rensemble des opérations. L'armée française ne tarda point à reconnaître cette vérité.

Il faut remarquer ensuite que toutes les nations contineiitaies avaient été blessées par Tépée de Napoléon , et qu'aucune, sauf la Prusse, n'était écrasée. Un sentiment commira d'humiliation, l'espoir d'une vengeance éclatante, ainsi que les prompts et abondants subsides de l'Angleterre uniren ces nations par des liens plus forts que les traités.

La France ne pouvait compter que sur leurs crain tandis que l'Angleterre avait mis de son côté leurs intérêts leur amour-propre.

L'Allemagne, frémissante sous le joug, préparait l'ombre les éléments d'une prochaine résurrection. Les Ëtats ne se montraient pas moins ardents à secouer chaînes. D'autre part, le blocus continental avait indispo contre l'empire les négociants, les manufacturiers et 1 populations maritimes d'une grande partie de l'Europe (f). Enfin, la haine pour les principes français était à cuite époque dans toute sa force. Les classes privilégiées détestaient Napoléon, parce que son génie avait donné delà stabilité aux institutions nées de la révolution, et aussi parée que ses victoires avaient déjoué leurs calculs et forteoMSt ébranlé ce qui leur restait encore de pouvoir et d'influence.

Toutes ces circonstances vinrent en aide à l'armée aa^aise, qui eut en outre l'avantage d'être commandée par un général inspirant à ses subordonnés une confiance absolue, joignant à des talents militaires hors ligne les qualités non moins précieuses de l'administrateur, du financier et de Thomme d'Ëtat. Cette armée recevait du pays où elle faisait la guerre

( 1) Xn Ispagne, le blocut conilneBUl menaçail, (mtre le comnicrce déjA .

Ylllet maritimes, le commerce de la contrebande, fort Important dans ce pays, et leteii de 100,000 individus employés dans raccise et k^s douanes.

àessecovm en hommes, en vivres, en numéraire; et alors même 911e ces ressources lui faisaient momentanément défaut, elle pouvait toujours compter sur une neutralité bienveillante. Cet ayantage permettait au général en chef d'avoir toujours ses troupes sous la main, de ne laisser que de faibles détachements dans les places les plus importantes, et de combiner ses opérations sans tenir compte de Tétat des récoltes. Cependant Tobligation de nourrir et de payer les soldats sans recourir à la maraude ni aux réquisitions (1) , lui créa MQvent des difficultés comparables à celles dont se piaillaient les généraux français. Quand l'argent n'arrivait pas, ^dnd les valeurs anglaises étaient subitement dépréciées, ou <|ue les transports de grains ne se faisaient pas régulière- ™^i^t, soit par la faute des autorités locales, soit par celle de 'ftXKiirauté anglaise , Wellington était forcé de recourir aux ^^pédîents les plus variés pour nourrir et payer ses troupes. ^^ Ces circonstances ne se présentèrent que trop souvent dans ■^ <H>iirant de la guerre d'Espagne (s). Les faits suivants en ^o^QeyQQt la preuve.

1809, il y eut un moment où l'armée anglaise, par

de l'épuisement du Portugal, n'eut d'autre ressource,

P^^i* nourrir les hommes et les chevaux, que de faire venir

^I^'^lques bêtes à cornes et un peu de paille des provinces du nord.

Al la fin de cette campagne, la nation presque toute entière ^^ifc nourrie par le secrétariat anglais. La Grande-Bretagne Bt ^og sacrifices énormes pour subvenir à ces besoins , et ,

|WH^ ^K^lanu prélend que Wellington « frappa Madrid d*une forte contribnllon , ot que ^^'^^^''^Bisae Ai bientôt place à d'autres sentiments. » Hais le colonel Gurwoodt éditeur ^ ^^^^9'tM de Wellington, combat cette assertion; Il prétend que « Jamais le général ^^. ^^^^ Ka*a leté ou permis qu^on levât de contributions à Madrid, non plus que dans aucune ** ■^*^i'll« de la Péninsule. »

ne éoK pas perdre de vae que l^ntretlen d\ine armée anglaise est bien plut 0116- • celui de toute autre armée. Ainsi la petite armée de Wellington coûtait) en 1809. ■irises sterling par mois. (ALisoiit t. vil, p. S80.)

quand elle fut à bout de ressources , Wellington se procura l'argent nécessaire en organisant un commerce de grains an rÂmérique , et en prenant , de commun accord avec Charii Stuarty toutes sortes de mesures, marquées au coin de la pli rare prévoyance.

Dans la campagne de Talavera, les Espagnols, mal; les abondantes ressources dont ils disposaient , et les enj gements formels qu'ils avaient contractés , laissèrent l\ alliée dans le plus grand dénûment.

Le même effet se reproduisit toutes les fois que l'ari anglaise opéra de concert avec l'armée espagnole. Qus celle-ci était bien pourvue , elle ne montrait aucune génér site; mais quand elle manquait de tout (ce qui était le ordinaire) , elle devait être entretenue aux dépens des magsins anglais.

Dans la poursuite de Masséua , en iSiO, les troupes natii nales seraient mortes de faim sans les secours de l'ÂDgl terre. Elles auraient essuyé le même malheur à Yi de la bataille d'Âlbuéra, si le maréchal Beresford n'avait eoi senti à leur faire quelques avances.

Le 22 janvier 1810, Wellington écrivait à l'amiral B^ek] c( Je suis entièrement livré à mes propres ressources, et « me trouve dans la nécessité de pourvoir, avec le pm que, ce puis me procurer , aux besoins des alliés autant qu'à « de l'armée anglaise. Si je succombe, Dieu, j'espère, ai « pitié de moi , car nul ne me soutiendra. »

Dans la campagne de 1815, le duc fut obligé de distribo^^^ aux troupes espagnoles, non-seulement des vivres, encore des objets d'habillement, des souliers et du matérii

La correspondance de Wellington atteste que, dans toul ses campagnes, il éprouva de grands embarras financiers; o quand le numéraire faisait défaut, tout était en souflfrance, 1* transports, le service des hôpitaux, et même la correspondaiM « Quoique les Espagnols fussent favorablement disposés.

oe livraient jamais sur de simples promesses de payement les ressources qu*ils tenaient soigneusement cachées pour eux-

X^endant le séjour de Wellington à Madrid, ses troupes mo^araient de faim à Salamanque. Les officiers subalternes fuK*^i^t obligés de vendre leurs chevaux pour se procurer des yr%rr'^s ; quelques-uns même succombèrent par suite de privaC^mons (2).

f^arfois il y eut une telle pénurie d'argent , que la guerre, bi^n que favorisée par la fortune , fut sur le point de finir. G'^^£(t^ dans ces moments surtout que la constance et le génie dim général anglais se montrèrent avec le plus éclat.

1812, le ministère, à bout de ressources , proposa au

de recourir à un mode de subsistance offrant quelque

ogie avec le système de réquisition adopté par Farmée fran-

Mais Wellington préféra subir toutes les angoisses de

sa position incertaine, plutôt que de froisser les alliés de l'Ân-

gletorre, plutôt que d'affaiblir les liens de la discipline par une

réforrne dangereuse. Pour nourrir la guerre par la guerre , il

faut a^oir beaucoup de troupes, car les colonnes mobiles dis-

^'^«ïit une grande partie de l'armée de l'objet principal des

^péi-si tiens ; il faut un mode de recrutement facile, car les

lutter journalières provoquées par la maraude donnent lieu à

des i>^rtes considérables (3); il faut surtout des soldats parfaite-

'^®^"^*- disciplinés, car rien n'altère plus promptement que la

'^P*^*^^ les habitudes d'ordre et de respect qui servent de base

^ '* ^^ibordination. Or, l'armée anglaise ne possédait aucun

^® <i^ïfi avantages. Elle était peu nombreuse ; son système de

Jrmm^^^!^^ en IBIO (le 25 Janvier), Wellington avait écrit à lord Villlers, envoyé de la do ^,,^^^^^>*etagiie : • Tannée anglaise ne peut ni piller, ni pourvoir à let besoins an moyen

Itlom connie le fait l'armée rrançalte, parce qu'elle n'est pas asseï nom-

recrutement était vicieux ; il se composait de soldats qui, par leurs habitudes antérieures , étaient enclins à franchir ssos cesse les bornes du devoir. Ces soldats auraient , sans nul doute , aggravé les horreurs inséparables du système des réquisitions, et rendu ainsi l'armée anglaise odieuse à tons les Espagnols (i).

Il résulte de ce qui précède, que le système d'alimentation adopté pour l'armée anglaise , tout en offrant des avantages remarquables, donnait au général en chef d'énormes embarras, et l'astreignait à régler ses mouvements sur la marche des convois.

Cet inconvénient fut encore aggravé par la faute des goavernements indigènes et par l'incurie, voire même, dans mtains cas, la négligence et l'hostilité secrète du ministère anglais. En parcourant la volumineuse correspondance de Wellington avec les membres des divers cabinets qui se sont succédé de 1807 à 1815, on se demande souvent si le duc n'eut pas plus de peine à satisfaire les hommes d'Ëtat de son pays qu'à tenir tête aux armées françaises.

« Les ministres de cette époque,* dit Àlison , étaient inctpables de juger les affaires militaires ; ils s'en rapportaient à des hommes spéciaux, plus incapables encore, ou noyéar, par suite d'une longue inactivité, dans une mer de détails Insigmfiants (2). » Ils n'étaient jamais prêts à temps et attendaient toujours, pour s'exécuter, que les pressantes sollicitations de Wellington les missent dans l'impossibilité de rester plus longtemps inactifs. Il est vrai que la situation des finances.

(1) Le caractère de Wellington répugnait d^alllenrs à remploi d^nn moyen aiiisl Yloleal cl auMl Injuste. Sa pensée à cet égard se irouTC clairement eiprimée dans le patance nUrant d*une lettre écrite, le 31 Janvier 1812, au baron Constant de lebec<|ue : « La fuérre est « pour le gouvernement français une ressource de finance, et c^est , ce me aeable , le plas « grand malheur que la révolution française ait légué à la génération préaente. »

(2) T. VIII, p. 6."^

la diversité des intérêts engagés dans la grande lutte européenne, ainsi que les exigences du Parlement, qui voulait se rwdre compte de tout, expliquent jusqu'à un certain point ces lenteurs et ces hésitations. Cependant, on ne saurait nier que plusieurs fois le ministère ne se conduisit de façon à mériter les reproches de l'armée qui soutenait si vaillamment dans la Péninsule l'honneur et les intérêts de la Grande-Bretagne. On doit blâmer surtout la prétention qu'il eut, jusqu'au dernier moment, de donner à ses généraux des instructions complètes sur toutes les parties du service, et de leur tracer même des plans de campagne qui , par le peu d'intelligence avec laquelle ils furent combinés, devinrent tantôt un emtMurras, tantôt un danger sérieux.

On a vu que par des ordres contradictoires et des idées Tausses , le cabinet de Londres aurait compromis le succès de la campagne de 1808 , si Wellesley n'avait pris sur lui de mivre ses propres inspirations. Au lieu de soutenir cet habile général dans l'affaire de la convention de Cintra,* le gouvernement eut la faiblesse de le rappeler, et de lui donner pour remplaçant John Moore , qui n'eut pas plus que son prédécesseur à se louer de l'intelligence et de l'activité des liommes d'État de son pays.

;Lie ministère avait inondé l'Espagne d'agents incapables; ces igffats fournissaient les renseignements les plus faux sur l'état les esprits et des forces insurrectionnelles; c'est d'après ces lonnées inexactes que furent rédigées les instructions des généraux. John Moore sut bientôt à quoi s'en tenir sur la râleur de ces instructions, sur l'enthousiasme des Espagnols, mr la bravoure de leurs troupes et sur l'efficacité des secours envoyés par l'Angleterre aux juntes et aux autorités locales. [1 paya de sa vie les erreurs et les illusions des ministres inglais qui, pour couvrir leurs fautes, et ne pouvant s'en >rendre à lui personnellement, eurent la lâcheté de calomnier la mémoire !

John Gradock ne fut pas mieux traité. On le laissa sans instructions (i), avec 14,000 hommes, en présence de Soultet de Victor, qui s'apprêtaient à marcher sur Lisbonne à la tète d'une armée quatre fois plus forte que la sienne.

Cette coupable insouciance provenait de ce que le cabinet, après Téchec de John Moore,ne croyait plus à la possibilité de maintenir son armée en Portugal : « Vous êtes averti par ma ce dépèche du 24 décembre, écrivait Ganning à l'un de ses ce agents (2), que dans le cas où les forces commandées par ce J. Gradock évacueraient le Portugal , événement que rence dent probable les affaires de la Galice^ etc. »

Sir Arthur Wellesley craignant que cette opinion ne devint générale, prouva qu'il était possible de défendre le Portugal contre les armées françaises, quelque nombreuses qu'elles fussent (3). Les ministres, convaincus à moitié par cette démonstration, lui rendirent son commandement à titre d'essai; mais, au lieu de s'en rapporter désormais à son expérience, ils l'entravèrent dès son début par des instructions qu'il se vit le plus ordinairement dans la nécessité de modifier, <c pour ne ce pas être obligé de s'arrêter au moment où un mouvement ce offensif pouvait être le plus important à la cause des Espace gnols (4). »

Plus d'une fois, Wellington eut à se débattre au milieu de pareilles entraves. Une des idées favorites du ministère était d'occuper l'ile de Léon, et de faire de Gadix la base de toutes les opérations contre l'armée française. Le duc combattit cette idée , en s'appuyant sur les principes de la

(1) Il écrivit le 26 féyrier 1809, au général Vackenile : « Depuis le 14 Janvier, immu « sani Instructions. »

(2) Lettre du 24 Janvier 1809, à lard VUUers,

(3) Jobn Hoore semble avoir émis une opinion contraire en déclarant qu*ll lai acrall I slble de défendre le Portugal avec l^rmée dont il avait le commandement ; mais II Aiat noter que cette armée n'était pas aussi forte que celle de Wellington.

(4) Lettre de Wellington à Coitlereagh.

stratégie et en faisant observer que Thostilité jalouse des Espagnols ne lui permettrait pas de créer à Cadix un établissement aussi sûr et aussi solide qu'à Lisbonne. Les faits lui ont donné complètement raison , et l'on doit regarder comme une des grandes causes du succès de la guerre d'Espagne, la résolution que prit le général anglais de renoncer à Cadix pour s'établir en Portugal, sur le flanc des lignes d'opérations françaises (i).

Une autre erreur du cabinet de Londres fut d'employer constamment ses troupes à des expéditions secondaires, et d'affaiblir sans nécessité l'armée principale dans des circonstances où il aurait dû, au contraire, la renforcer par tous les moyens possibles. Ainsi, à peine arrivé dans la Péninsule, Wellington eut à se prononcer contre la guerre impolitique où la junte centrale et quelques hommes d'État voulaient entraîner la Grande-Bretagne, dans le but de soumettre les colonies espagnoles révoltées. En 1812, le duc s'opposa avec la même énergie à l'invasion de l'Italie, décidée par le gouvernement anglais, sur la proposition de William Bentinck. L'expédition n'eut pas lieu, mais ses apprêts firent reculer au delà du terme opportun une autre entreprise à laquelle Wellington tenait beaucoup. « La Catalogne, dit Napier (2), renfermait les meilleurs éléments d'organisation militaire; si, à quelque époque que ce fût de 1809 et de 1810, on avait eu sur la côte 10,000 Anglais prêts à attaquer les Français à dos, ou à contenir les Catalans, les opérations du T corps auraient été paralysées, et Gironne, Hostalrich,Tortose, Tarragone, Lérida même auraient été sauvées. > Wellington fit valoir cette considération ; mais on trouva plus utile d'em-

(I] Cadli, au point de vue mlliUlrc comme au point de Tue politique, fut plutôt un embarras qu'un appui pour Wellington. Les troupes employées à la défense de cette ville auraient rendu de meilleurs services si on les avait employées en campagne.

ployer Farinée anglaise de Sicile à soumettre les iles lonieniies, à se promener çà et là sur les cotes d'Italie, que de renforcer les Catalans, lorsqu'ils étaient encore maîtres de toutes leurs places fortes , lorsqu'ils avaient entière confiance dans le succès de l'insurrection.

Ce ne fut qu'après la chute de ces places, après la destruction des armées espagnoles, et quand la population, désillusionnée, eût éprouvé toutes sortes de souffirances, que Ton dirigea sur la côte orientale de l'Espagne un corps d^armée dont la. présence aurait été beaucoup plus utile ailleurs.

Tant d'années passées en hostilité avec la France n*avaient pu inculquer au cabinet anglais les premières notions de l'art de la guerre ; et, loin de convenir de ce fait, rendu évident par ses fautes, il poussait l'aveuglement au point de dédaigner de prendre l'avis des hommes spéciaux. Ce ne fut qu*aprës la mort de Perceval que Wellington put agir selon son propre jugement ; et même après la victoire décisive de Salàmanque, le chef du cabinet avait si peu de confiance dans le résultat final de la guerre et dans l'habileté du général en chef, qu'il ne cessait de lui écrire, quett cas de revers, la responsabUUé retomberait sur sa tête.

En 1815, il fut de nouveau question d'envahir Tltalie méridionale, et Wellington fut une secohde fois obligé de faire ressortir l'absurdité de ce projet.

Enfin, au commencement de 1814, le ministère avait une si fausse idée de l'importance du rôle que son armée jottait au midi de la France, qu'il proposa de l'envoyer en Belgique poiir former l'aile droite des forces alliées (i). Et quand Wellington

(1) GeiU iâ&e datait de plut loin. Il résulte en effet d^une lettre de WeaingloD, adretsée •■ comte Bathurtt, le? novembre 1812, que déJA à cette époque le ministère aTett r<iem dYa- ▼ojrer Tarmée anglalae, après Tévacuatlon de la Péninsule, en Italie ou dent le Ilord. n«s tvi. Il fut question de renvoyer en Hollande, dans le Nord , puis en Belgique. (Totr ritUci, p. 45, et Dttpatehêt» t. X, p, 523, et i. XI, p. S84.)

eut combattu victorieusement cette idée, ainsi que le projet de réduire le subside mensuel de 100,000 livres affecté à son armée, le ministère, donnant une autre direction aux renforts destinés aux régiments de la Péninsule, les envoya se faire écraser, sans but et sans utilité, à Berg-op-Zoom.

A ces témoignages nombreux de Tincapacité militaire du gouvernement anglais viennent se joindre des preuves convaincantes de son imprévoyance et son mauvais vouloir.

En 1808, après Yimeiro, Tarmée britannique passa en vingt-quatre heures du commandement de Wellesley à celui de Bunrard et de Dalrymple, sans qu'il y eût aucune raison pour agir de la sorte.

En 1813et 1815, Tarmée anglo-sicilienne, par suite d'une inconséquence pareille, changea sept fois de chef en quinze mois ; cette circonstance ne fut pas étrangère aux désastres successifs de cette armée.

La conduite de l'amirauté anglaise mérita de plus graves reproches encore. Le général en chef eut à s'en plaindre jusqu'à la fin de la guerre. Il est certain que lord Melville (i) entrava de toute manière les opérations du duc, et notamment le siège de Saint-Sébastien. « Il osa même prétendre que les besoins de l'armée de la Péninsule étaient la dernière chose dont il dût s'occuper (s). »

Quoique Wellington eût le plus grand intérêt à disposer librement de la partie de la flotte chaînée de pourvoir à la sûreté et à la subsistance de son armée, il se vit jusqu'à la fin obligé de recourir, pour l'exécution des mesures les plus ui^entes, à la voie si longue et si formaliste des buiieaux du ministère de la marine (5).

Le comte Grey signale encore une autre erreur de ce mi-

(I) Lord HelTUIe était alors clier de l*amlraaté.

(3)NAFin,tXI,p.247.

(S) D€tpateh9t, t. IX, p. 456, et t. XI, p. 118, 12S| 239.

nistère : c'est d'avoir formé de la côte nord d*Espagne et de la côte ouest du Portugal, deux commandements maritimes séparés ; de telle sorte qu'un bâtiment allant de Lisbonne à Oporto était sous les ordres d'un commandant, et tombait sous les ordres d'un autre quand il touchait la Gorogne (i). Il est presque inutile d'ajouter que les représentations de Wellington à cet égard n'obtinrent aucun succès.

Tout aussi tracassiëre fut l'administration de la guerre, dite Horse guards. Ne laissant aucune liberté, aucune prérogative au général en chef, elle nommait ou riemplaçait les officiers, détachait ou rappelait les régiments presque toujours sans le consulter. Il existe un grand nombre de lettres où le duc se plaint de cette manière d'agir, du mode poi convenable suivi dans les nominations, et de l'impossibilité où il se trouvait de récompenser les services rendus (s).

Les plus vulgaires détails étaient soumis au contrôle du ministère : « Il semble réellement extraordinaire, dit le comte Grey (s), que des ministres chargés du gouvernement d'un empire tel que la Grande-Bretagne aient jugé nécessaire d'imposer au commandant de la plus grande armée de cet empire l'obligation de s'adresser au secrétaire d'Ëtat, membre du cabinet, pour savoir comment les soldats doivent faire leur dîner ; et cependant il existe une lettre du 14 mars 4810 à lord Liverpool, dans laquelle Wellington se plaint de n'avoir pas encore reçu de réponse à une lettre du 24 septembre de l'année précédente, adressée au commandant en chef, relativement aux marmites de campement. . . ce Ce rrtard, (c dit-il, nous cause des inconvénients qui se font joomel- « lement sentir. . . les soldats ne peuvent évidemment cuire

(1) CharacterUUc*, p. 104.

(2) Detpaichêi, tome Yl, pages 304, 389, 417, 606 ; t. VII, page SO ; tome IX, pif0 OS ; te«el. page 72.

(3) Charaeieritttct, p. 83.

« leur nourriture s'ils n'ont pas de marmites de campea ment (i). »

Ces niaiseries montrent combien l'administration de la guerre était alors esclave des règles et des pratiques surannées. Les bureaucrates de cette administration prétendaient qu'une armée en' campagne observât toutes les formalités administratives imposées aux troupes en garnison à Londres ; il résulta souvent de ces exigences les ordres les plus absurdes (2).

Le ministère exigeait des rapports hebdomadaires sur les opérations de l'armée, et des notes détaillées sur les projets du général en chef. Or, plus d'une fois ces documents, livrés aux journaux, devinrent une excellente source d'information pour les généraux ennemis (3). « H est bien à a souhaiter, écrivit le duc à lord Liverpool (4), que vous ne ce rendiez pas publics les détails que je donne dans mes c< dépêches. Vous ne pouvez vous figurer combien les France çais manquent de renseignements précis. Toutes celles de 4!c mes dépêches qu'on publie sont envoyées de Paris à Mas-

(1) Voici d'autres falU clUîs au hasard :

1* Il y avait des officiers anslais ailachés à l'année espagnolo pour diverses missions spéciales. 11 était tout naturel que ces officiers russeni placés sous le coulrèle de >lVelllngtoo et ne correspondissent que par son Intermédiaire avec le gouvernement anglais. Or c'est ce qui n'eut jamais lieu.— Voir gurwood, t- v. p. 402.

> Tout officier anglais entrant dans l'armée portugaise obtenait un grade d'avancement- Il en résultait que, lorsque les deux armées devaient agir ensemble ou de concert, d*anclens officiers anglais se trouvaient sous les ordres de leurs plus Jeunes camarades. Wellington proposa un remède à ce mal ; après bien des retards, Il reçut une solution contraire à ses vues.— Voir CharacterftUet, p. 82; Despatchet, t. v, p. 87.

3* Plus d*une fols le duc eut k se plaindre de ce que les horte guardt lui renvoyaient des mUltairet quil avait éloignés de la Péninsule par disgrâce ou punition {Despaichu, t. T^ p. 424).

4* L'administration de la guerre refusa constamment de régler la position équivoque de Bcresford, qui éUntà la fois maréclial portugais et général anglaU, se trouvait, par le premier titre, supérieur à Tllson, Hurray, Hlll et Cotton, et, par le second, inférieur à ces généraux, étant moins ancien qu'eux. Cette anomalie provoqua une discussion à la suite de laquelle un excellent officier, le colonel Hurray, demanda et obtint son rappel en Angleterre.

(2) Le Mêcueit de Gnrwood en fournit une preuve, t. IX, p. 423.

(S) Voir la teitre adressée par Wellington àB<Hhursi, le 12 septembre 1812. (4) Le 25 avril I8U.

« fiéna, et c'est de cette manière qu'il est informé de tout ce ^l (c qui se passe (i). »

Vingt lettres de Wellington, écrites à toutes les époques de la guerre d'Espagne , signalent les mêmes faits et remHiTel* lent les mêmes plaintes , sans qu'aucune d'elles ait janaûs produit le moindre résultat.

On doit encore signaler, comme très-nuisibles aux de l'armée anglaise, l'insuflSsance et la mauvaise qualité de matériel, que le duc, malgré ses efforts, ne parvint pas rendre meilleur ni plus complet. « De l'avis de tous les ingénieurs, dit le colonel Jones, sir Hew Dalrymple eût été ium » l'impossibilité de prendre, avant quelques mois et sans énormes, les places d'Alméida et d'Ëlvas, parce que \\ terre n'aurait pu réunir le matériel nécessaire au siège de places. Ce fut même la principale considération que Dalryn^Ht— I^e fit valoir en faveur de la convention de Cintra (s). »

Le même ingénieur fait observer « que la retraite de Corogne , pendant laquelle on fut obligé de conserver u. pont, faute d'outils pour le démolir, fournit un exemple nu morable des funestes résultats que peut produire une adi nistration incapable et parcimonieuse (s). »

Enfin , Jones prétend que « si , durant l'hiver de 18i(^ 1811, et lorsque l'armée était renfermée dans les lignes Lisbonne, on eût proposé d'approvisionner le parc du nie d'une quantité suffisante de mineurs , de sapeurs, d's tificiers, de chevaux de trait, de fourgons et de pontocm* on eût considéré cette proposition comme déraisonnable Cependant, il est facile de prévoir la tournure diflRrec^'^^ qu'eussent prise les événements si le maréchal Bawfcx^

(1) Toir aux annexes une note qui confirme ce fait et met a« joar tm gnal d^autres abus du même genre.

(2) Journaux dês tfégêt, p. 450.

(3) Journaux dêitiégUt p. U9«

mêêé h Guadiana le 26 mars. Badajoz ayant encore à époqne sa brèche ouverte, ses tranchées comblées et ses siiis dépourvus d'approvisionnements n'aurait fait que ^ pohfit de résistance ; la bataille d'Àlbuéra n'eût pas ^ S et l'armée anglaise n'eût pas sacrifié ses meilleurs soldons des assauts meurtriers (i). »

^arc de siège offirait si peu de ressources et était en si 'ais état, qu'à Badajoz Wellington dut employer des caqui dataient de Philippe II , et que , faute de mortiers, vit dans la nécessité de faire monter des obusiers sur AocB de bois (s).

Btirgos, il se trouva obligé de suspendre les attaques l'à l'arrivée d'un convoi de munitions , attendu depuis tihàines.

dttt patienter aussi jusqu'à la fin de la guerre pour obte- 'autorisation de former un corps spécial de sapeurstirs. Les cent premiers hommes de ce corps n'entrèrent nctions qu'à la reprise du siège de Saint-Sébastien, en mbre 1815.

s autres services n'étaient pas mieux organisés que celui §nie.

commissariat (s) se recrutait d'employés civils qui n'at aucune expérience,' aucune idée saine de la guerre, If lesquels le commandant en chef n'exerçait qu'une îté insuffisante. Il lui était interdit de démissionner ces oyés, quelque faute qu'ils commissent; et les généraux uels ils étaient attachés n'avaient pas même le droit de unir disciplinairement (4). On n'exigeait des candidats ne espèce de garantie. Nous avons sous les yeux une

mmaux du ttégu, p. 451.

■wnrnur du sièges, p. 451.

s eommlMarlat araf t pour chef le colonel Gordon.

)lr DêspatehM, t. ly, p. 483. Le« généraux Seyaient , pour cea punltloiif , eh référer

mandant en clief.

lettre où Wellington exprime son étonnement de ce qu'on eut envoyé à Cadix comme député-commissaire général un ancien coupeur de bourses (i). Dans une autre lettre (s), il se plaint de ce qu'on n'eût pas voulu donner de l'avancement au commissaire adjoint, le plus capable de tout le départementj sous Tunique prétexte qu'il n'avait pas cinq ans de grade. Dans une autre lettre encore, il proteste contre la résolution des Horse guards de ne pas ratifier certaines nominations provisoires qu'il avait dû faire dans l'intérêt du service: « J'ignore, dit-il, ce qui en est; mais si l'on a réel- |(c lement cette intention , je désire sincèrement que le gou- <c vernement cherche à nommer quelque autre officier pour « conduire ses affaires dans ce pays, car je suis tout à fait (c incapable d'en prendre soin si l'on me traite de la sorte (s). »

Est-il étonnant, après cela, que Wellington fût si souvent obligé de signaler l'incapacité et la négligence (4) du commissariat, dont le service cependant aurait dû occuper le premier rang dans une armée vivant aux dépens de ses magasins?

Le système des hôpitaux laissait aussi beaucoup à désirer; il était notablement inférieur à celui des hôpitaux français , desservis par des ambulances qui excitaient l'admiration des alliés.

Faute d'argent et d'appui dans le corps des chirurgiens,

(1) Lettre da 17 ayril 1810, au colonel Gordon. Tolcl un extrait de cette lellre : « t ifelaà that a person wbo haa an Iteh for purses is oot a Ht perton to be a deputy rommimi j tti** rai, in charge of tbe département. »

(3) Detpatehetf t. TI, p. 566.

(3) Deepatehet, t. VII, p. 262. \

(4) Despatehes, t. IV, p. 483 et 445. Dans une autre lettre (t. V, p. 421) Welilngtoa dit :« Tbe DMMt Important objects are des appointed by tbe inefliclency or negleet or ibe ofliclert of tbe commissariat. »

Le 8 août 1808, il écrivit à Castlereagb : « Nos administrateurs sont Incapables d^admlnletrcr autre cbose que des comptoirs de négociant ; »— Et le 5 septembre suivant : « A vee do tels employés, rarmée, eût-elle des vivres en abondance, mourrait de ftilm. • On'retrmiTa lea ■!■» plaintes articulées dans les lettres de iobn Hoore. Voir notamment celles des le si XS soif brsiaos.

Wellington ne parvint pas à modifier cet état de choses. Ses blessés étaient enlevés lentement et mal soignés ; on ne lui envoyait de Londres que des étudiants non diplômés, ignorant les premiers besoins de la guerre , ne connaissant rien de leur métier (i).

Le corps des ingénieurs n'était pas non plus à la hauteur de sa mission ; c'est ce qui explique Tinsuccès ou la mauvaise direction donnée à la plupart des attaques :cc J'espère, écrivait « Wellington, en 1812, qu'à l'avenir nos armées seront « mieux équipées pour faire des sièges ; qu'elles auront le c< monde nécessaire pour les diriger comme il faut, et que « nos ingénieurs apprendront à placer les batteries sur la <c crête du glacis pour renverser l'escarpe, au lieu de les « établir partout où le mur peut être vu , en laissant aux ce pauvres soldats le 'soin de traverser le fossé comme ils « peuvent {2)... »

Enfin, pour compléter cet exposé fidèle des imperfections de l'armée anglaise, nous ajouterons que le corps d'état-major, chargé de transmettre la pensée du général et de veiller à l'exécution des ordres, était faible et recruté de mauvais éléments. A part quelques officiers supérieurs, tels que Murray et Packenham , d'un incontestable mérite, les autres , et surtout ceux provenant de High Wycombe, ne montraient que négligence et incapacité : <( Si l'on était autorisé à les « prendre dans la ligne , écrivait Wellington (3) , tout irait « bien. Les pédants de High Wycombe peuvent bien être c< versés dans la théorie^ mais plusieurs d'entre eux manquent <€ d'activité et de connaissances pratiques. Un jeune étatce major est la ruine d'une armée. »

(1) Rapiu, t. IX, p. 313, SU, 315.

(3) te 28 mal ltI2, au général Murray, — Pas un seul siège en Espagne, iltt Ifapler, n'a pu être conduit régulièrement par Parmée anglaise. ■ — T. XI, p. 260. (3) L€ttr€ citée par Stocquelkr 1. 1, p. 3i5.

Nous venons de signder qualque^^ines des eaosas d'wft- I Ht rioritéderarméeanglaiseJlenresteune.deniièreiiQeiitH^ I Ae; ner, la plus importante de toutes, à savoir les vices d« mom- I ^ tement et la mauvaise composition des cadres. m9^€

Comme certains critiques ont attribué les succès de Wd- I '^tii lington aux qualités exceptionnelles des troupes anglaises, il I ^i/ importe de nous arrêter un moment sur cette questiou. 1 ^^

Il est certain que le soldat anglais, bien commandé, est 1 admirable sur le champ de bataille, et qu'il possède à un \^ haut degré le sang-froid, la ténacité, le courage et cette qiia- % lité si rare que le général Foy appelle le calme dans la colère. Hais à côté de ces vertus, que de défauts! L'ivrognerie, la cupidité, la débauche, et une disposition fréquente à méconnaître l'autorité des chefs. Tous ces vices, Wellington eut â ■les combattre sa vie durant, et quoiqu'il fût doué d'auttfSi^ d'énergie que de persévérance, il ne réussit point à les fidiff^^ disparaître ni même à les atténuer notablement.

Le duc d'York avait introduit de grandes amélioialiai^^^^ dans la discipline et dans l'organisation des troupes (i Wellington continua cette réforme; sous son habile l'armée anglaise acquit un degré de force et de qu'elle n'avait pas encore atteint jusque-là. Mais ni Vun l'âutre de ces deux hommes de guerre ne purent dompter mauvaises habitudes que les soldats anglais emiNruntent milieu dans lequel ils vivent avant leur entrée au service.

A côté de ces entraves, qui tiennent au mode de reen< ment, il en est une qui a sa source dans la nature plqipijpK:^^^'^^^ des hommes enrôlés. Quoique possédant une grande f( corporelle, et peut-être même à cause de eette cirqoQsMACfl^ le soldat anglais a besoin d'une nourriture abondante et snf stantielle. Les privations lui enlèvent une partie de ses

(1) ALISON, C. VI, p. 304.

A alors même que ses appétits sont satisfaits, il a iip de peine à faire des marches longues et rapides (i). 6 dirons pas avec M. Thiers, quil ne sait se battre \s avoir bien mangé (t) y car Talavera prouve le conmais nous affirmerons, sans crainte d'être démenti, a pas assez de vivacité et d'enthousiasme pour être *enant.

liogton eut à tenir compte de ces empêchements et de auts naturels. S'il n'exécuta point de ces opérations qui ont illustré l'armée française, c'est qu'il ne le ; absolument pas. Tout ce qu'il était possible de faire s soldats de son pays, il l'a fait dans l'Inde et dans la ule. Durant la guerre des Mahrattes , il exécuta des » dont on n'avait pas eu d'idée jusqu'alors dans ces )S. En Espagne, toutes les fois que ses opérations 'ent, il continua le même système; nous citerons entre comme exemples remarquables de mobilité pour des \ anglaises , les faits suivants , dont l'authenticité ne être mise en doute.

[811 , la division légère de Grawfurd, sous les ordres ncer , quitta les environs d'Âlmeida dans la saison des îhaleurs , fit pendant plusieurs jours des étapes de 7 à ts, et atteignit Badajoz sans laisser un seul homme ère (5).

bataille de Barosa, les troupes du général Graham, s sur le terrain après une marche de nuit de seize , soutinrent avec succès un combat des plus meur-

ifanterle anglaise est la première du monde pour le Jour du combat. Du reste, elle il« et ses besoins , tant réels que factices, lui enlèvent une grande partie de son de sa mobilité et rendent son entretien ruineux. • - comte de Waiibn, t. il,

du Consuiatet de l'Empire, p, 786.

Il, t. TU, p. 249. la tetirt de Graham à ff^elUngton, 6 mars 1811.

En 181 2 9 les troupes^de Hill firent dans la vallée du Tage 15 lieues en un seul jour (i).

La' même année, plusieurs régiments anglais se portèrent sans s'arrêter de Cadix sur Burgos, et de Burgos sur Ciudad- Rodrigo. Â partir de Salamanque, les soldats, en cinq jours, ne reçurent que deux rations et se virent même réduits à manger des glands (s).

Cependant malgré ces faits, il est prouvé que Tarmée anglaise marchait plus difficilement que celles de Napoléon, bien que chaque homme ne portât suir lui que pour trois jours de vivres au plus, tandis que les soldats français étaient quelquefois chargés de rations pour dix et quinze jours (s).

Cette circonstance , jointe à Findiscipline et à la cupidité des volontaires anglais, empêcha Wellington de tirer de ses victoires autant de parti qu'il eût fait dans d'autres conditions et avec d'autres éléments.

Pour ne citer qu'un seul exemple, à l'issue de la bataille de Yittoria, la plupart des régiments se débandèrent, et 18 jours après, de l'aveu du général en chef, il y avait -encore 12,500 maraudeurs dans les montagnes.Yoici en quels termes Wellington signala ce fait à lord Bathurst {a) :

(c La bataille de Yittoria a, comme d'ordinaire, anéanti dans « l'armée tout ordre et toute discipline. Les soldats ont eu à (( se partager environ un million sterling en argent , déduca tion faite d'une somme de 100,000 dollars, versée dans la « caisse militaire. Au lieu de passer la nuit de la bataille à (( se reposer et à manger , pour être en état de poursuivre

U) Napisb, t. IX, p. 892.

(2) NAPIEI, t. X, p. 24.

(S) ■ En nuircbe, les soldats anglais emportent du pain pour trots Jours, le» soldats porlapls poursli et les soldats français pour quinze. » {tFelUngton au docteur M'Gregar, SJula 181?.)

L'armée française, dit Ifapler, était, sous le rapport de rorganisatloa et du laoral, qim « chine militaire bien supérieure à Tarmée anflalsc. » * T. X, p. 166.

(4) L0//r« du 29 Juin 1813.

a Tennemi le lendemain, les soldats ont employé cette nuit « à piller ; aussi furent-ils incapables de se porter en avant ce et totalement abattus.

« La pluie survint et augmenta leurs fatigues. Je suis bien (c certain que nous avons maintenant hors des rangs le double « des hommes tués dans la bataille, et que nous avons perdu ce plus de monde que l'ennemi dans la poursuite, bien que ce nous n'ayons jamais fait plus d'une marche ordinaire par «t jour. »

Ce fait, dont la guerre d'Espagne offre plusieurs exemples, vient à l'appui de ce que disait Wellington dans une de ses lettres : a Nous avons une très -bonne armée pour parader, ce très-bonne pour combattre , mais que la défaite ou le succès ce désorganise également (i). »

Le duc attribuait en partie cette cause d'infériorité à la négligence avec laquelle les officiers remplissaient leur devoir : ce Nous ne ferons rien de bon , disait-il , tant que nous ne ce changerons pas notre système au point d'obliger tous a les grades à faire leur devoir. » Le livre d'ordre de Wellington et sa correspondance officielle attestent que les officiers anglais, quoique braves et intelligents un jour de bataille, ignoraient une foule de choses nécessaires à leur état, et se montraient fort peu soucieux de veiller à l'instruction et à la discipline des troupes. C'est un point généralement ignoré, et sur lequel nous aurions conservé des doutes , si le témoignage de Wellington ne les avait entièrement dissipés. Nous lisons, en effet, dans un ordre du jour du i7 août 1812 : ce Remplir son devoir avec bravoure dans ce l'action n'est qu'une petite partie de ce qu'on exige... Les « officiers de tous grades et dans toutes les situations ont trop

(1) •• We are an eicellent armjr on parade, an eicellent one to risbt, but lake my own roord for il, tbat ellher defeat or success would distolve us > Cité par le comle Grey, p. 80.

(( rhabitude de laisser à leurs inférieurs la tâche d'accomplir ce les devoirs les plus importants , sans même prendre la peine (c de surveiller leur conduite. II en résulte que tous les ser- <c vices se font négligemment et sans exactitude (si tant est u qu'ils se fassent), ce qui entraine les plus graves inconvé- « nieuLs. » ... « Nos officiers de cavalerie, dit-il encore (i), « ont acquis Thabitude de galopper à tout propos, et de (c galopper en arrière aussi promptement qu'ils galoppent en c( avant. Us ne considèrent jamais leur situation, jamais ne « pensent à manœuvrer devant l'ennemi , de telle sorte qu'on (( pourrait croire qu'ils ne savent commander des troupes a que sur le champ d'exercice de]Wim])ledon. (So little thai « one ivould think they cannot manceuvre except an Wirn- « bledon common.) »

En 1815, le duc se plaignit au colonel Torrend, directeur des bureaux de la guerre , en termes plus vifs encore : « Le (C fait est que si par discipline on entend l'habitude d*obéir a jointe à une certaine instruction militaire , nous avons fort « peu de discipline dans Farmée. Personne ne songe à exé- « cuter les ordres donnés , et tous les règlements des Hvrse « guards et du bureau de la guerre , ainsi que tous les ordres « de l'armée ayant rapport au service sont autant de papier c( perdu {%). »

On aurait tort de croire que ces jugements sévères ont été portés dans un accès de mauvaise humeur, ou qu'ils avaient pour but unique de stimuler l'amour-prppre des officiers anglais. Quinze ans après la guerre, le 22 avril 1829, Wellington écrivait, à tète reposée dans son cabinet, une lettre remarquable sur la discipline de l'armée anglaise, où se trouve entre autres le passage suivant : « Dans mon opinion, le devoir d'un

(1) Detpaichet, UlXtV, 2*0.

(2) Lettre du I8jnlllet ]8i3.

ce officier subalterne n'est pas du tout compris dans la cavalerie <c et dans l'infanterie de ligne comme il l'est dans les armées ce étrangères. Ce sont les sergents qui le remplissent dans les ce gardes. Il en résulte que nos officiers , gens comme il faut, ce tout admirable que soit leur conduite sur le champ de ce bataille, tout honorables qu'ils soient eux-mêmes, quelque ce gloire et quelque avantage qu'ils procurent au pays , ne ce sont que de pitoyables créatures , lorsqu'il s'agit de maince tenir la discipline parmi leurs compagnies dans les camps, ec dans les villes ou dans les cantonnements (i). »

On trouvera à la fin du tome III une note servant à corroborer ces témoignages.

Pour ne pas fatiguer l'attention du lecteur, nous donnerons également, sous forme d'annexés, les faits servant à mettre en lumière les vices nombreux et les imperfections de tout genre que présente une armée anglaise en campagne. Il suffira, pour justifier l'opinion que nous avons émise à cet égard, de citer les extraits suivants de la correspondance de Wellington.

Le 5i mai 1809, le duc écrivit à lord Castlereagh : « L'arec mée se conduit horriblement mal. C'est une bande de ce vauriens... Elle pille partout... » Le même jour, il écrivit à lord Villîcrs : ce II y a longtemps que j'ai l'opinion qu'une ce armée anglaise ne saurait endurer ni le succès, ni la déc< faite. » Dans une autre lettre à Castlereagh (2) : ce Nous a sommes, dit-il, plus à craindre que l'ennemi. »

Et dans un ordre du jour adressé, le 28 novembre 1812, aux commandants des divisions et des brigades : ce J'ai remarcc que avec peine que l'armée sous mes ordres était tombée.

(I) JVoufl pouvons bien falro observer que ce jugement n'a pas été inArmé par la guerre de Crimée, où les soldats et les officiers anglais se sont montrés tels que Wellington les a dépeints daof sa correspondance.

<2) Le 17 Juin 1809.

« sous le rapport de la discipline, dans la dernière campagne, c< au-dessous de ce qui s'est jamais vu dans aucune autre (( armée... Je n'hésite pas à attribuer le mal à la négligence (c habituelle que les officiers des régiments apportent dans (c l'accomplissement de leur devoir. »

Rien n'est mieux prouvé, du reste, que l'état permanent d'indiscipline des troupes anglaises pendant la guerre de la Péninsule. Le 28 novembre 1813, Wellington écrivait au général Lambert : <c Je demande à faire savoir à la cour marc< tiale, qu'un crime très-commun et fort alarmant du soldat ce anglais est de se porter à des voies de fait, non-seulement (C contre les sous-officiers, mais encore contre les officiers, « dans l'exercice de leurs fonctions, et de leur résister même « quelquefois jusqu'à tirer sur eux... »

Le duc attribuait ces crimes à l'ivrognerie : ce II n*y a pas c( un soldat, écrivait-il, au lieutenant-colonel Torrens (i), « qui puisse résister à la tentation du vin ; c'est leur unique a passion dans ce pays ; ils sont toujours ivres quand ils (C sont détachés de leurs régiments, et il n'y a pas de crimes « qu'ils ne commettent pour se procurer de Targent, afin c( d'acheter du vin, ou s'ils n'ont pas d'argent, pour obtenir a du vin par la force... »

Inférieure à l'armée française par le recrutement et par rinslruction des cadres, l'armée britannique était inférieure encore par le mérite de ses généraux, qui tous, k l'exception de Hill et de Hope, ne possédaient que des qualités ordinaires ; or, le premier fut presque toujours détaché sur le flanc de l'armée principale, et le second ne tint o£Brir ses services à Wellington qu'après le passage de la Bidassoa. Le maréchal Beresford et les généraux Âlten, Crawfurd, Piéton, Campbell, Paget et Gotton étaient braves, intelligents, dé-

(1) Le 2 noYembre 181 o.

voués,, mais incapables d*agir seuls. Plusieurs divisionnaires de Tarmée française leur étaient sous ce rapport incontestablement supérieurs ; nous citerons notamment Foy, Clausel, Maucune, Laborde, Harispe, Caffarelli, Lasalle, Dorsenne, Souham et Montbrun.

On peut conclure de ce qui précède que les maréchaux français furent mieux secondés que Wellington (i) ; qu'ils eurent de meilleures troupes, des soldats plus faciles à conduire, un matériel plus convenable, des ambulances mieux organisées, une cavalerie plus solide et une infanterie plus maniable, quoique moins opiniâtre sur le champ de bataille et moins habile dans la défense des positions. *

Nous avons cru nécessaire d'exposer tous ces détails pour faire comprendre que la cause de la supériorité de Wellington, dans la guerre de la Péninsule, ne tient pas à la nature de l'armée anglaise, ni à la qualité de ses officiers. Il faut chercher ailleurs l'explication de cette supériorité longtemps méconnue, et qu'il serait puéril de contester aujourd'hui. Le concours des populations, le système de nourrir la guerre par les magasins, la ténacité extraordinaire du soldat anglais sur le champ de bataille et le génie multiple, le caractère prudent, l'excessive opiniâtreté du général en chef : voilà quelles furent les véritables causes des succès remportés par les alliés en Espagne.

On doit également signaler, comme ayant exercé une grande influence sur le résultat final, le terrain accidenté de la Péninsule, si favorable à la défensive, et la nature parti-

(1) On a prétenda que Wellington devait une grande partie de ses succès à son cher d*éUt major sir Gtorgt Murray- Mais nous ferona observer que ce général ne se trouvait pas à 8alamanque, et que toute la campagne de 1812, la plus belle de Wellington, se fit sans lui, preuve quHI n^étalt pas Indispensable au duc

culière des troupes anglaises, plus aptes ace genre de guerre que les troupes impériales.

Wellington tira aussi un grand avantage de la présence continuelle de la flotte britannique sur les côtes d'Elspagne. La supériorité incontestable de cette flotte lui permit d'établir autour de la Péninsule une ligne mobile de dépôts ; et cette circonstance, jointe à Tappui des habitants, lui donna le moyen de changer à volonté ses lignes d'opérations (i).

Mais tous ces avantages n'auraient pu contrebalancer l'immense supériorité numérique des Français, si Wellington n'avait multiplié les ressources de son génie pour rendre Lisbonne inexpugnable, pour remédier à l'insufiBisance du gouvernement anglais, pour combattre le mauvais vouloir des" autorités locales, pour améliorer l'organisation, le commandement et la discipline des troupes, enfin pour s'assurer tous les éléments qui procurent et consolident la victoire.

Les travaux des ingénieurs anglais, sous l'habile direction de ce chef, transformèrent le Portugal en un immense camp retranché, d'où l'on pouvait inquiéter le flanc de la longue ligne d'opérations des Français, comprise entre Bayonne et Cadix (2). Badajoz et Giudad-Rodrigo étaient comme les postes avancés de ce boulevard, qui menaçait à la fois Soult dans l'Andalousie, Ney dans la Galice, Marmont dans l'Estramadure et Joseph dans Madrid. Appuyé sur cette base, Wellington pouvait opérer avec avantage contre un emiemi dispersé dans tout le royaume, entouré d'une multitude de pièges, n'ayant pas le moyen de former un système de grands magasins et de convois, ne pouvant à cause de cela réunir

(1) « Ce n'est pas tant, dit Lloyd, par sa force numérique que par la variété de ses ll^^nct « d'opérations que toute une population s'oppose avec avantage à des armées régnllères. • La guerre d'Espagne a pleinement conûrmé cette opinion.

(2) Le Portugal a 800 lieues de côtes. Les Anglais , maîtres de la mer. pouTilent débwqver sur tous les points accessibles de ce littoral : c'était pour eux un iTUitage Immeoae,

ses troupes en fortes masses, obligé enfin de prendre des positions étendues pour assurer ses approvisionnements et couvrir sa ligne de retraite, sans cesse menacée par les gué* rillas.

Tandis que Wellington avait une flotte pour s'approvisionner, les eaux du Tage et du Douro (i) pour faciliter ses transports, les Français, obligés de se servir de voitures ou de mulets, et d'escorter en force les plus petits convois, mouraient de faim dans leurs cantonnements. Us trouvaient des ennemis partout, de l'appui nulle part. Vivant au milieu d'un pays insurgé, sans subsistances, sans moyens de transport et de navigation, ils ne pouvaient avoir que des établissements passagers. Eussent-ils d'ailleurs réussi à créer une position permanente, jamais cette position n'aurait eu l'importance ni offert les ressources de celles des Anglais, qui tiraient teur principale force de l'appui des habitants et du concours de la marine britannique, devenue toute-puissante depuis la destruction de la flotte française à Trafalgar.

On a eu raison d'attribuer une partie des succès de Wellington à la facilité avec laquelle ce général obtenait des renseignements exacts sur la force, l'emplacement et les projets des corps d'armée ennemis. Cependant, il faut observer que ces renseignements étaient presque toujours fournis par les agents de l'état-major anglais, attendu qu'on ne pouvait avoir aucune confiance dans les avis émanant d'autres sources, et même des généraux espagnols. Wellington ne fut si bien informé que parce qu'il avait organisé le service de la correspondance et de l'espionnage avec plus de soin et d'habileté que ses adversaires. Il avait des agents secrets partout, à la

(1) Wellington iTall rendu le Douro natlgable Jusqu'à Hlranda.

cour de Joseph, et même parmi les officiers supérieurs de ^a^ mée française (i). Cependant, malgré ces nombreuses précautions, Wellington fut souvent, comme les généraux français, dans une ignorance absolue des plans et des dispositions de Tennemi (2). Cette circonstance tenait à l'indolence du peuple espagnol, mais plus souvent encore à son mauvais vouloir envers les Anglais. Il avait déjà donné des preuves de ces fâcheuses dispositions à l'infortuné John Moore. M. Thiers (i^ constate, en effet, que ce général eut autant de peine que les Français à obtenir des renseignements exacts, « parce qoe ses compatriotes étaient haïs comme étrangers. » On trouve au surplus la confirmation de ce fait dans la correspondance même de Moore. Ainsi, le 9 décembre 1808, il écrivait dans son journal : <€ Ici, le peuple ne prend part à rien. Nous avons la plus grande peine à trouver des gens qui nous donnent des renseignements (4). »

John Moore apprit seulement une semaine après Tévénement, et par la voie des journaux, la défaite du comte de Belvéder, qui ouvrait la Castille aux Français et compromettait la sûreté des troupes anglaises.

Il fallut le même temps pour que la nouvelle de l'échec

(1) IfAPlRli, t. XII, p. 64.

Slocqueler donne relirait suivant d*une lettre interceptée, écrite par nu nuiréekei 4e France : « Il (Wellingloo) doit lire notre correspondance ou plonger dans nos cœurs , car de» que nous avons fonné un dessein, Il le connaît, et dès que nous avons pris une mecwre.fl rannulo. » — T. I, p- 203.

(2) Un général de Tarmée péninsulaire (Lon»ON9BR&t, t. II, p. 62) s>xpriin«; * cet égard dans les ternies suivants : « Lorsque les Français se mettaient en mouvement, nées mmmqulons rarement de le savoir... Hais les Espagnols ne nous Informaient jamais lorsqu'il jr avait un rassemblement de troupes dans riotérteur; de sorte que nous étioDa obligée de deviser les intentions de Tennemi et de calculer k Pavancc ce qu'il faudrait faire en catqaeaees nous fussions trompés. »

(3) Histoire du Comuiat et de l'Empire, p. 762.

(4) ▲ l'appui de cette lettre, nous citerons la suivante , adressée par Ddvid Boité é 7aft« Moore:

▲storga, le 19 novenbre IMS.

■ Les autorités locales n'ont pas seulement négligé de nous procurer des ▼Ivrea, aMla ee- « core de nous donner les moindres renseignements sur les epérttkms 4ee «iieéM et les « mouvements de l'ennemi. »

de Blake parvint à Salamanque, non par la rumeur publique, ni par un avis direct des chefs espagnols, mais par Charles Stuart, un des agents de TÂngleterre. La junte centrale ellemême ne donna avis de cet événement au représentant de la Grande-Bretagne que trente heures après l'arrivée du courrier porteur de Tannonce officielle de la déroute.

Enfin , chose plus inconcevable encore, John Moore n'apprit d'une manière certaine la capitulation de Madrid qu'au bout de dix jours, grâce à une dépèche du prince de Neufchâtel au maréchal Soult, dépèche interceptée par les Espagnols et tombée par hasard entre les mains d'un officier anglais, qui l'obtint à prix d'argent (i).

John Gradock, successeur de Moore, éprouva les mêmes embarras : « Il est certain, écrivait-il au colonel Donkin, que « nous ne pouvons nous reposer sur le gouvernement portua gais pour obtenir des renseignements prompts et exacts (s). »

Wellington eut à se plaindre de faits analogues : « Quand <x vous aurez passé quelque temps dans ce pays, écrivait-il à a Burrard (s), et quand vous aurez constaté combien on met c< en circulation de faux rapports, vous ne serez point étonné €x de la pénurie de nouvelles exactes où je me trouve. »

La prise de Valence (1812) ne fut connue à Madrid qu'une semaine après , et l'on n'en reçut avis à Cadix qu'au bout d'un mois.

En 1809, Soult put réunir trois corps d'armée à Salamanque sans que le gouverneur de Ciudad -Rodrigo, ou la

(1) « Il 7 eut telle province, dit le comte TotiNO. t. H, p. 186, où II se passa plus d'un mois avant qu'on apprit avec certitude la reddition de Madrid, non^teulement parce qu^ll y avait peu de communications d'une province à l'autre, mais encore parce qu'on recevait asses mal ceux qui avalent de mauvaises nouvelles A apporter. >»

(3) Ce même colonel Donkin écrivit, le l«r janvier 1809, de Lisbonne A J. Cradock : « L'expérleocenout à démontré qu'il est tout à fait Impossible d'obtenir ici de bons renseignemeots. L'ennemi peut être a trois ou quatre Jours de marche de cette ville sans qu'on en •oiitBStrult ; Il faudrait pour l'être qu'il attaquât la ligne même occupée par nos troupes. »

Voir encore dans Ifapier, la leiire du 29 mars 1809, écrite par /. Cradoek é M, Frejrrê.

(d),L€Ure du 8 août, 1806, datée de Uvos.

junte de Castille en fussent instruits , et cette circonstance faillit devenir fatale à Tarmée anglaise (i).

(c Dans la campagne de Talavera, dit Napier, il n'y eut jamais que la crainte qui put déterminer les Espagnols à donner des renseignements exacts ; par conséquent, les Français furent mieux servis que les Anglais, et même que les généraux espagnols qui, le plus souvent, n'apprirent Tarrivée de Tennemi que lorsqu'ils ne pouvaient plus 86 soustraire i ses coups. »

Jusqu'à la fin de la guerre, les meilleures sources d'info' mation pour sir Arthur Wellesley furent les lettres înterc^ tées des généraux français (2) .

En 1810, les habitants de la Gastille, mécontents de que les Anglais n'avaient fait aucun effort pour déli Gindad-Rodrigo, « refusèrent, dit Wellington (3), de co <c pondre avec les Anglais, de leur donner des rensei c( ments, et même de leur désigner les gens qu'ils employai « pour en avoir. »

En parlant des généraux espagnols, Napier dit « (pî^iis ne purent jamais obtenir des renseignements exacts sur le^ mouvements de l'ennemi, tandis que leurs plans étaient communiqués aussitôt aux Français, parce qu'au quartier général espagnol on discutait tous les projets ouvertement, et même avec ostentation (4). » Le fait est que Reding, à son Ut k mort, déplora que les Somatènes ne l'eussent point aidé; que ses plans eussent été découverts à l'ennemi ; que ses ordres eussent été mal exécutés, et qu'on ne lui eût jamais fourni de bons renseignements.

On doit conclure de là que si Wellington obtint dans la

(1) WiLLiNCTON : Toir M RtUUion dei opéraHotu de 1809.

(2) lfAPiu,t.lV,p.81.

(3) Utire du 25 JuQlet 1810 au eomiê Uvêrpooi. (4)T.lll,p.l01,

de mars 1811 , Henri Wellesley, envoyé de la Grallde-Br^ tagne, demanda qu'on remit à son frère le commandement de& provinces limitrophes du Portugal, afin d'utiliser les ressources qu'elles renfermaient, et de combiner les opératiocms avec plus d'efficacité. La régence et les Gortès répondirent '% cette demande, si bien motivée et si opportune, par un rdK3 que le comte Toréno lui-même qualifie d'humiliant (i).

Les Gortès, tout en décrétant une foule de mesures propi seulement à diminuer les ressources et l'élan de la gaerre, cessaient d'exigerqu'on se mesurât avec l'ennemi en rase pagne; mais Wellington ne se laissa point aller à cette ardi belliqueuse ; il essaya au contraire de prouver aux Gortès à la nation espagnole que la guerre défensive était la qui convint à leurs troupes et à l'ensemble des forces alli Ses observations malheureusement ne produisirent ancan sultat. Toujours vains et présomptueux, les généraux esp^ gnols continuèrent à livrer des batailles et à se faire éci honteusement ; c'est ainsi qu'ils perdirent en quelques mo^ les Âsturies, l'Andalousie, l'Estramadure , l'Âragon et 1 meilleures forteresses de la Catalogne. Il fallut qu*une longue suite de désastres démontrât leur insuffisance militaire, poar que les Gortès prissent enfin la résolution de les mettre 80U$ les ordres de Wellington. Mais telle fut la répugnance avec laquelle certains généraux acceptèrent cette résolution, que la régence dut, pour l'exemple, destituer Ballesteros, qui avait osé adresser au peuple espagnol un manifeste violent, où il en appelait à l'orgueil national contre rhumiliation de servir sous un chef étranger (2).

L'hésitation que Wellington montra dans quelques cir-

Page 1