‹ Histoire du duc de Wellington (volume 3)Chapitre 14 sur 23 · T. II. SI · texte numérisé non relu

T. II. SI

tel abattement, qu*une seule victoire eût suffi aux Franfais pour triompher complètement des forces morales et physiques de Tinsurrection (i). Si la lutte continua malgré ees époques de crise , c'est que les efforts de TÂngleterre éi les succès de son armée ranimèrent chaque fois les cooragn amollis et les espérances trompées. Sans doute les Espagnols en se révoltant, ouvrirent un vaste champ aux efforts de IV mée anglaise et présentèrent un point d'appui au levier qui devait ébranler le monde civilisé ; mais le génie qui présida à leur défense, le pouvoir qui les fit triompher vinrent d'ailleurs. Utiles seulement comme auxiliaires, ils ne dépkiyèmt comme acteurs principaux, ni assez de sagesse^ nî assez de courage et d'habileté pour résister à la force prodigieuse qui les assaillait (2).

L'enthousiasme , même chez le peuple le plus impres^oBnable, ne saurait créer une résistance capable de lutter avee avantage contre des troupes régulières, parfaitement disciplinées. L'histoire de tous les temps et de tous les pajs atteste cette vérité ; mais nulle part elle ne reçut une plus éclatante confirmation que dans la Péninsule.

Après les troubles d'Âranjuez, après Baylen, après le départ de Napoléon et l'évacuation de Madrid , le peuple toit entier se leva dans un sublime élan de patriotisme ; le dernier jour de la domination française semblait arrivé : c^étaient mm confiance, un délire universels! Malheureusement, eoflUDC toutes les fortes émotions, celle-ci fut de courte durée et sorae d'une grande prostration morale et physique.

En Espagne et en Portugal, l'enthousiasme ne hriUe qee par éclairs. A peine la lutte fut-ell& commencée, que la

(I) Lis raéine fait te prodvMt après la ommipe de loon iHri a «t^prto

Hhn Moore.

{!) IfiPIM.

tioa se fit jour. C'est ce que prouTe à l'évidence le témoignage 4» personnes les mieux renseignées.

Le 14 décembre 1808, M. Frère, agent delà Grande- Bretagne, sincère admirateur des Espagnols, écrivait de Mérida à John Moore : « L'extinction de Tenthousiasme po- « pnlaire dans ce pays et les moyens qui existent de le faire « renaître, nous entraîneraient dans une trop longue discus-

tr SÎOfl. x)

Vers la même époque, le brigadier portugais Francisco de Pmilo Leyte se plaignait au général Moore (i) de ce que « les Espagnols, après avoir promis beaucoup, ne faisaient rien. »

Le fait est que sir John ne rencontra nulle part l'enthousiasme et l'appui sur lesquels il avait compté. S*adressant à son gouvernement : <c Nous ne devons rien attendre des « habitants, disait-il. On ne pent se fier à eux: ils sont apa- <i tfaiqv^s, prompts à promettre, lents à agir ; ils reculent lors- « qu'il faut avancer; ils n'ont aucune prévoyance, sont insentf sibles k la honte de fuir devant l'ennemi, et refusent toute « assistance. Je suis forcé de leur laisser des munitions, des 4c provisions et de l'argent; les armées espagnoles n'ont monte tré aucune résolution ; le peuple n'a fait preuve d'aucun <c enthousiasme , d'aucune hardiesse, et je ne sais pourquoi « on espérerait rencontrer chez lui, dans la suite, les vertus ce ^'il aurait dû montrer tout d'abord. »

Ce jugement fut corroboré par Wellington , après la campagne de Talavera, pendant laquelle il avait éprouvé toutes les difficultés et toutes les déceptions dont s'était plaint son prédécesseur. Il écrivit à ce sujet à son frère et au ministre de la guerre de longues lettres, que le passage suivant résume

ce Notre position est pire ici qu'en pays ennemi... Jamais

(1) Uitrê do 16 M ptembre MM.

(( on n'a aussi mal agi avec une armée ; nous ne sommes nulce lement aidés par les armées espagnoles... tout doit être fait (c par Tarmée anglaise. »

Certaines provinces ne firent jamais aucun effort pour soutenir Tinsurrection. Contreras raconte dans ses Mémoires qu'il avait Thabitude d'envoyer, dans les villages de la Galice qui devaient fournir un contingent de recrues, des colonnes mobiles, accompagnées d'un bourreau pour punir les réfractaires.

Souvent aussi la désertion se mit dans les troupes nationales. C'est ce que constate, notamment, un historien espagnol, membre des Cortès à l'époque de la guerre : « Après la prise de Tarragone, dit le comte Toréno , le découragement gagna l'armée et les désertions devinrent nombreuses (i). » Les mémoires de Joseph signalent d'autres circonstances où la désertion serait devenue presque générale, si l'on avait eu de l'argent pour entretenir et payer les déserteurs.

En Portugal, le recrutement fut toujours difficile, malgré la haine du peuple pour les Français : « On eut constamment sous les yeux, dit Napier, l'odieux spectacle d'hommes qu'on chargeait de chaînes pour les forcer à rejoindre les armées qui soutenaient la cause nationale (2). »

Dans les Âsturies , le peuple se montra jusqu'à la fin hostile aux Anglais. Sur d'autres points, les armes et les munitions envoyées par la Grande-Bretagne furent gaspillées, détournées de leur destination naturelle, ou même vendues à des marchands étrangers. (Voir les Annexes.)

Dans les provinces du Centre, du Midi et de TElst, la population finit même par prêter aide et assistance à l'usurpateur. Ainsi, après la bataille d'Ocana, les paysans de la

(1) T. IV, p. 146.

(2) iD 1811 , let abus de la déaerilon furent tels dana la ca?alerle portotalte, ^^aae 4tvf- •ton dut être a upprimée, faute de caTaltera. » If iFitt, t. TIII, p. 181.

Manche indiquèrent eux-mêmes à la cavalerie française les routes suivies par les fuyards d*Âreyzaga , circonstance qui permit de les tailleren pièces (i).

Joseph avait une garde espagnole; Suchet était parvenu à former en Catalogne un corps semblable, et Soult avait, en 1812» 6,000 escopiteros en campagne, et 30,000 gardes nationaux dans les postes fortifiés (2).

Toutes ces troupes, malgré leur origine, se battirent contre les partisans et les armées régulières d'Espagne avec plus de vigueur qu'elles n'en avaient déployé auparavant contre les armées du monarque intrus.. Leur fidélité devint douteuse seulement lorsque la solde cessa d'être régulièrement payée. C'est ce que nous apprend la correspondance du roi Joseph : « Les Espagnols qui prennent du service, écricc vait-il, ne désertent plus ; tant qu'ils sont payés, l'opinion €< publique ne leur fait plus abandonner les drapeaux (3) . . . • « Si j'avais reçu les secours qui m'ont été promis, j'aurais ce i 0,000 Espagnols au lieu de 5,000 (4]... L'opinion est <c très-améliorée ; avec quelques millions, nous ferions des a progrès prodigieux qui épargneraient bien du sang et des «e peines par la suite. Toutes les bandes demandent à entrer ce à mon service ; elles suivent le mouvement de l'opinion ; ce mais je n'ai pas le sou, etc. (5). » (Voir aux Annexes, les extraits de la correspondance du roi, à la fin de l'ouvrage.)

On a vainement cherché à nier (e) , qu'avant la bataille de Salamanque, les Cortès furent sur le point de traiter avec

(1) Ce fait est attesté par Thlers, 1. 111. p. S66.

(2) le comte Toréoo coottate que Soult» en Andaloutle, et Suchel, ft Valence, furent bien reçus par la population. — T. IV. p. 292.

(3) Utlrt du 24 féTrler 181 1 , A Bêrthier.

(4) Uttre du 28 j uUlet 1811 . A Napoléon .

(5) Uttrê du 10 août 1811 . â Btrthtêr.

(6) Le fait dcf négociations avec les Corlès est nié par le comte Toréno, mais confirmé par ThllMudeau (cbap. LXXXIIl) et par le général Hugo, dernier commandant de Madrid. Celui-ci prétend en outre dans ses Mémoires , que » peu avant le départ de Joseph , Il avait reçu des propositions d'aprte lesquelles un corps entier de troupes espagnoles (celui de del Parque)

Joseph, La victoire décisive de Wellington mit seule obstacle à cet arrangement» qui aurait terminé la guerre. Après l'échec de Burgos, l'esprit public se modifia de nouveau dans un sens favorable à la France ; et la preuve, c'est que Joseph écrivit de Yalladolidy en i815» au ministre Glarke(i) . a Lies nou- « velles du Midi sont on ne peut plus avantageuses. Le parti « anglais a le dessous, et les troupes de Tinsurrection se €( désorganisent. »

Une déclaration importante pour l'histoire est venue corroborer ces faits : le 16 janvier 1854, Joseph reçut à LfOn* dres la visite de Mina. Ce célèbre partisan lui assura qu'en 1819,rinfantado, Ballesteros, Montijo et lui auraient reconnu l'autorité du monarque, si l'empereur eût consenti à retirer les troupes françaises. « Il prétendit, en outre, qu'à ce la même époque, le roi avait entièrement conquis l'opinion c( de VImpecinado, qui était prêt à faire cause commune avec a eux (2). »

On sait que les bandes insurrectionnelles furent en grande partie armées, équipées, entretenues (3) par l'Angleterre. Si l'on compare les sacrifices énormes qu'elle s'imposa de ce chef (4) à ceux que les Espagnols et les Portugais firent pour

offrait de pauer tout les drapeaux da roi. Toréno lol^même reoonnaU que Jotepli « aprH aon retour de Parla, découragé et indiapoié contre ton flrère, vonlat transiger awe tea Corlèa, et qull envoya à cet effet ft adfx Thomas de la Pena, qui a^aboacha mwec la réfMicc. •eulenent. il ajoute que la régence écarts les offres de ce penonnafC «an* waêmm mi iBlBrttier les Cortès. A cette affirmation, Belmas oppoae le fait, rapporté d'alUeura par Itepier, qu'au commencement de 1812, les Cortès envoyèrent ft Madrid deacomnitaaalrea poor tnitcr avec Joseph. Les Mémoires du roi ne nous ont fourni aucune preuve de ce Dali ; ocpcadant plusieurs lettres de ce recueil permettent de le considérer comme probable.

(1) Uliredu 10 août.

(2) Mémoire* dé Joseph, t. X, p. 240 et 241.

(8) M Jusqu^â la nn de la guerre, lesarméesespagnoles furent payées en grande pnrUe avec les subsides de l'Angleterre. •— If apibi. t. XI, p. 62. (Voir auui la UUre du 3S jntllel ItU éê Wentngton au comte Bathurtt.

(4) Elle payait non-seulement c« qui était nécessaire A ses propres soldata, osait elle devait encore fournir des armes, des munitions, des habits, des secours en argent et iuaqii^ft de pala aux troupes indigènes.

Un historien espagnol, le comte Toréno, constate que Wellington paya depula l'eavartare de la campsgne de 1813, Jusqu'à la On de celle de 1814» deux mUUoiif de réaus par MNla A la

le soutien de leur propre cause (i), on verra que certains auteurs ont trop exalté Tenthousiasme des habitants de la Péninsule. Le fait suivant, au surplus, donnera Texacte mesure de cet enthousiasme : TEspagne, après Taffaire de Baylen , dans le plus beau moment de Tinsurrection, put à peine réunir une armée de 100,000 hommes (t). Dans quelques circonstances même , le chiffre des citoyens armés pour la cause de Tindépéndance n*excéda pas le tiers de ce nombre. En 1813, il fut un moulent de 160,000 (guérillas comprises), mais de cette armée le tiers au plus était capable de servir utilement; et, encore, ce tiers eût-il été souvent sans solde, sans vivres et sans vêtements, si Wellington n*y avait pourvu au moyen des subsides et des ressources de TÂngleterre (s). Ëvidenunent, si Tenthousiasme avait été aussi général qu'on Ta prétendu, ou s'il ne s'était pas évaporé en vaines déclamations, en fanfaronnades ridicules, il n'eut pas été difficile de réunir et d'entretenir dans la Péninsule une armée régulière d'un demi-million d'hommes {é).

qaatrièaie arniée espagnole pour la iold« et autres ûCpens%$ de même espèce : • Des secenrs « particuliers, dlt-U, furent également avancés aus divisions Horlllo, d^lspagne et iullan 8an- « cbes qui, bien qu'appartenant à cette armée (la quatrième, sous Freyre), guerroyaient se- • parement et d'iMbltude auprès des troupes anglaises. — T. V, p. 454.

■n 1814, Wellington fournit en outre à la quatrième armée des vivres et autres ressources (Comle Toiéiio, t. T, p. 435), et à la troisième armée (appelée armée de France) un aecours de 6,000,000 de réaus et de 6,000 habillements.

Oette InsuIBsanee des ressources du gonTememeot espagnol tenait A la négligence et aai Tlces de l^mlnlstratton publique ■ qui, toujours mal entendue en ses diverses branches, ne s*étalt pas améliorée â la On de la guerre. »— (Comte Toatifo, t. T, p. 377.)

(1) Enoore faut-Il retrancher de ces sommes Pargent fourni par les colonies, et surtout par la IfouTelie-Bspagne : « Les naturels de rAmérique, dit Toa&NO (t. Il, p. 280), envoyèrent plus de i80 millions de réaux au gouvernement de la Junte centrale dans le cours de l^année 1809. »

(^ C*est le chlffire le plus Isrge ; car, diaprés Jones, « à aucune époque de la guerre, l*lipagne n'eut plus de SOfiOO hommes complètement équipés. » — T. I, p. 47.

Ters la fin de la campagne, l^ffectlf des troupes régulières et des guérillas ne s'élevait, d'après les calculs de Wellington, qu'à 160.000 hommes. —Despatehee, t. X, p. 415.~Cette évaluation a été confirmée en quelque sorte par le gouvernement espagnol, qui. dans le projet de budget de 1814, estimait la force de l'armée approximativement à 150,000 fantassins et 12,000 chevaux , et la dépense â 560.000,000 réaux.

(3) WeUIngton à Bathurst, 25 juUlet 1813.

(4) Avec un système de recrutement ordtneUre on serait arrivé à ce chiffre : Il ne fallait pour cela ni levée en masse ni contingent exceptionnel.

En réalité y ce sublime enthousiasme n'existait que dans les proclamations.

Les troupes insurrectionnelles /déjà faibles par le nombre, étaient plus faibles encore par leur mauvaise organisation,leur manque de discipline, le défaut d'expérience des officiers, le désordre et la confusion qui régnaient dans toutes les bran* ches du service. Les chefs n'avaient aucun prestige et n'inspiraient aucune confiance à leurs subordonnés. Élus et destitués par les juntes, jaloux les uns des autres et sans cesse en butte à l'hostilité des partis, trop vains pour accepta de bons conseils, trop ambitieux pour obéir à une volonté générale, ils suivaient tantôt leur propre impulsion, tantôt celle des hommes politiques dont ils dépendaient. La machine militaire aboutit ainsi où elle devait aboutir, à une ruine totale et sans remède. « Après chaque défaite, les généraux s'accusaient mutuellement de n'avoir pas réussi (i). » Témoin les querelles des principaux chefs après l'affaire de Tarançon, — celles de Yenegas et du duc del Infantado après Uclès, — celles de Castanos et de Palafox après Tudela, — celles de Blake et de Cuesta après Rio-Seco, etc., etc. Dès la fin de 1809, la guerre aurait cessé en Espagne, si les Anglais n'avaient eu les moyens et la volonté de la continuer.

Les forces insurrectionnelles auraient pu servir avec succès dans les postes fortifiés, et devenir ainsi d'utiles auxiliaires pour l'armée anglaise; mieux organisées, elles auraient même, à la longue, été propres à la guerre de campagne. Mais la sottise et la vanité des généraux indigènes ne permirent pas d'arriver à ce résultat. Il fallait à tout prix livrer des batailles, faire de grandes manœuvres, envelopper l'ennemi (s). On sait ce qui en advint. Napoléon d'abord, et ses généraux ensuite

(1) ToKiifO, t. II. p. 213.

(2) Envelopper I^armée française était le projet favori dea f éoéraaK capasaols : snfltoante df lear profonde Ignorance de Part de la snerre*

écrasèrent l'un après Fautre tous les corps espagnols; à la fin, ces corps durent céder le terrain aux Anglais pour la guerre de campagne, et aux guérillas pour la guerre de partisans. Rio-Seco, Somo-Sierra, Santa-Gruz,Tudela,Epinosa,Âlmonacid, Cardadeu, Uclès, Yalls, Âlbacon, Gevora (i), Medellin(â), Ciudad-Real, Salinas, Puelo (3), Falces, Belchite (4) et plusieurs autres batailles, les unes désastreuses, les autres désastreuses et honteuses à la fois, sont des témoignages irrécusables de la faiblesse, disons le mot, de la nullité des armées régulières d'Espagne.

Ce jugement, quoique appuyé sur des faits, nous aurait paru trop sévère, s'il n'avait été confirmé par le témoignage de John Moore, de Wellington, de Napoléon, des généraux français et des officiers espagnols eux-mêmes.

c< Toute la masse des forces insurrectionnelles, dit Napo- « léon (dans une note écrite le 50 août 1808) n'est pas capable (c de battre 25,000 Français dans une position convenable. »

Plus explicite encore, Berthier écrivit à Joseph, le 51 janvier 1810: « L'empereur considère qu'il n'y a de dangereux « en Espagne que les Anglais; le reste n'est que delà canaille « qui ne peut jamais tenir en campagne (5). »

f 1) BaUllIc qui, au témoignage de Toréno, fut « ignorolnieuseiiieDl • perdue.—T. IT. p. 22.

(3) A Medellln, le* Espagnols se baltlreni bien au coDimcncement de la jouroée; « mais k la ■n, dit le comte Toréno, ce n'était plus qu*une multitude débandée » —T. II. p. 289.

(3} Au combat de Puelo, livré dans les Asturlcs le 19 mars 1811, 5,000 Espagnols se débandèrent, quand Ils apprirent que leur chef, don Pedro de la Barscoa, avait été blessé au lalon. — TORÎNO, t. IV, p. 90.

(41 Tolrl un fait pris au hasard et qui ne paraîtra pas suspect, venant d'un des hommes les plus favorables à la cause espagnole.

Il s>glt de la bataille de Belchite. « Au bout d'un Instant , dit le comte Toréno. l'éclat de deux ou trois obus, dont l'un était tombé au milieu d'un régiment, jeta l'épouvante dans une partie de nos troupes, intimida les autres, et il se rOpandit de rang en rang une terreur panique qui entraîna malgré eux Jusqu'aux plus résolus- » — t. 111, p. 24.

m A Alnionacldfditle même auteur, la cavalerie chargeait et la victoire semblait se prononcer de notre côté, lorsque rofficier qui la commandait, le vicomte de Zolina, homme d'une grande superstition , malgré son courage, eut son cheval tué; Il s'arrêta â l'Instant DéDe, prenant la mort de cet animal pour un avertissement. fJet acte puéril amena la dérrale, qui fut un Térltable tauvêquipêut. « — T- 111, p. 58.

(5j Mémoire* de Jo*9ph, t. IV, p. 86.

Le maréchal Marmont exprime en d'autres termes la même opinion : a Les armées espagnoles n'ont rien fait de bien nulle part, excepté dans la défense des places (i). »

ff Une considération des plus graves, dit Wellington, c'est ce la conduite constamment honteuse des Espagnols devant c( l'ennemi. Nous n'entendons jamais parler en Angleterre de « leurs défaites et de leurs fautes , et, ici, des ofBciers espace gnols m'ont cité une vingtaine d'affaires du genre de celle « d'Ârzobispo, dont on n'a, je crois, publié aucun détail. A « la bataille de Talavera, où les Espagnols n'ont presque pas ce donné, des corps entiers ont jeté leurs armes et se sont (c enfuis, bien qu'ils ne fussent ni attaqués ni menacés. Dans ce leur fuite, ces lâches soldats ravageaient tout; ils piUaient ce même les bagages de l'armée anglaise, bravement engagée ce pour le soutien de leur cause (s). »

Vers la même époque : ce Je ne vous conseille pas, écrivait ce le duc à lord Castlereagh, de vous mêler aujourd'hui de ce leurs opérations... Ce sont de vrais enfants dans Fart de la ce guerre; ils ne savent qu'aller en avant, s'enfuir et se rasée sembler de nouveau, comme dans l'état de nature (s). »

En 1812, rendant compte du mouvement offensif exécuté par Glausel après Salamanque, et du siège d'Astorga, entrepris par les Espagnols de Castanos : ce II est peu encourace géant, dit-il, de voir que la meilleure armée espagnole ne

(1) Mémoires du thicde Bagute, t. IV, p. 86.

Tolcl, sur Parméo espagaole l'oplaloo du général angUlt P|cton : • Tbe «paBlarda taatead ofbelag ofaoy service to ut in our opérations, are a perfect dead welfht, and ém wm- Uiiog but run away and plunder. We should do mach beiter witboul tbeso Yapmwlag paltroon ratcals,wbose Irregular conduct wlll Indiipote every one towardi na... » Leittr /« M.Marryat in H. B. Bobituon's mtmoir* of Piéton.

(3) Cité par Ifapier, t. IV, p. 164. Dana sa Ittire du 25 août 1809, à iord Caâliortm§ik, TTrlIh^ ton dit que, le 37 au soir. 2,000 Espagnols se sauvèrent du cbamp de baUlIle, où cepeadaBllis tf forent ni attaqués, ni menacés d'une attaque; qu'ils s'effrayèrent du brnlt de leur i feu (tbey were frightened only by tbe noise of tbclr own flre), qu'ils lalssèreni lemra i leurs accoutrements sur le terrain ; que les officiers s'enfuirent avec Ica sokltts, oi que i ensemble pillèrent les bagages de Tarmée anglaise, qui avalent été envoyés avr it« <

(S) relire du 21 août 1809.

« peut pas même tenir tête aux débris des troupes battues <K de Marmont ; — qu'en deux mois de temps et plus qu'elle ce est devant Âstorga, elle n*a pu ouvrir la brèche, et qu'il faut ce encore et toujours que les troupes anglaises fassent tout ce a qu'il y a d'important à faire. »

c< Les Espagnols, ajoute Napier, quoique arrivés à la cinquième année de la guerre de l'indépendance, étaient encore tels que John Moore les avait décrits : sans armée, sans gou" vemement, sans général (i) ! »

Une partie de ces faits est confirmée par le témoignage des généraux espagnols eux-mêmes.

Le duc d'Albuquerque dit, sans la moindre périphrase, à propos de l'armée de Cuesta, avec laquelle il avait fait la campagne de 1809 :

ce Dans nos marches, nous nous arrêtons pour reposer « comme un troupeau de moutons, sans prendre aucune po- <c sition; puis, nous nous remettons en route comme des <c pèlerins, sans faire aucune attention aux distances, à l'ordre a ou à la formation (2). »

Le général Blake avec la même franchise rendit compte, dans les termes suivants, de la confusion qui se manifesta à Belchite, après l'attaque de Suchet : « Un régiment céda sans « tirer un coup de fusil; il fut suivi d'un second, puis d'un « troisième; tous s'enfuirent avant d'avoir déchargé un canon : « en quelques instants la position fut évacuée.Àinsi, généraux a et officiers, nous fûmes abandonnés sans pouvoir rallier un « noyau de troupes en état de faire quelque résistance; j'eus a la mortification de voir l'armée se disperser devant un seul K corps français, et abandonnant ses bagages, jetani ses armes ce et même ses habits ; nous ne pûmes profiter des points les

(I) T. IX. p. 319.

|l) T« lA, p. 4iy.

(2) Bstralt d*an0 loitre citée par Shbkkb, 1. 1, p. 271.

« plus forts, car nous li'avions pas 200 hommes pour faire « tète à une attaque. »

La déroute des volontaires de la Romana, attaqués en 1809 par la cavalerie de Ney, fit dire à leur commandant: « Je ne sais en quoi consiste ce patriotisme si hautement « vanté : le moindre revers, le moindre échec abat les Espace gnols ; ils ne songent qu'à se sauver, au risque de sacrifier « la patrie et de compromettre leur général. »

Copons, dont Tarmée agissait en Catalogne, avait un chef d'état-major nommé Cabanes, qui écrivait au général Murray, en 1815 : « Nous avons de bons soldats, mais sans disci- « pline ni subordination , manquant de vêtements, d'artille- (c rie, de munitions, de magasins, d'argent et de moyens de « transport. »

Copons lui-même déclara que ses troupes étaient hors d*état de combattre en rase campagne (i).

Parmi les généraux français, il n'en est guère qu'un seul qui ait jugé favorablement les armées espagnoles; c'est Gouvion Saint-Cyr; mais l'opinion de ce maréchal, ennemi secret de l'empereur, et qui en outre cherchait à donner du relief à ses moindres actions en prodiguant des' éloges à ses adversaires, doit être accepté avec défiance, et particulièrement dans le cas dont il s'agit.

Ce n'est pas, du reste, sur un fait isolé qu'il faut juger les volontaires espagnols, car s'ils commirent un grand nombre d'actions déplorables , honteuses , ils montrèrent aussi dans quelques circonstances une bravoure et une audace dignes des meilleurs soldats. Nous citerons notamment comme trèshonorable pour eux, sous certains rapports, le combat d*AIcanitz (1809), soutenu avec avantage par le général Blake, contre une partie de l'armée de Suchet; — celui qui préluda

(1) IfAPlEKiUXI p. 15.

à la bataille d'Epinosa; — celui de Tudela, où ils firent preuve de beaucoup de courage^ bien que battus par la faute de leurs généraux.

 Rio-Seco, à Âlmonacid, à Sagonle, à Medellin, les Espagnols se comportèrent bien au début, mais la fin ne répondit en aucune façon au commencement. Les troupes de Del Parque firent bonne contenance à Tamamès (1809), où elles repoussèrent une attaque du reste mal combinée du général Marchand ; celles d*Âreyzaga montrèrent à Ocana de Télan, mais peu de fermeté (i). O'Donnel fit preuve de résolution et de talent à Margalef (1810), et son armée se comporta vaillamment. On doit citer encore avec éloge le combat livré en 1815 par les Espagnols, à Ordal, contre un détachement de Tarmée de Suchet; celui de Castalia, où les Espagnols et les Anglais, conduits par George Murray, repoussèrent le duc d'Âlbuféra; enfin la plupart des rencontres qui eurent lieu dans rintervalle des batailles de Salamanque et de Toulouse, sous rimpulsion immédiate de Wellington, et sous les yeux même de Tarmée anglaise.

Toutefois ces actions isolées n*exercèrent aucune influence sur Fensemble des opérations, et Ton ne peut véritablement appeler bonnes troupes celles qui se battent bien un jour, et se débandent le lendemain au premier coup de feu.

Dans les places fortes, la conduite des Espagnols fut tantôt d'une remarquable vigueur, et tantôt d'une mollesse excessive ; on n'attribuerait jamais à la même nation les défenses de Saragosse et de Girone, et celles de Tarragone, de Valence (2), de Mont-Serrut, de Badajoz, de Tortose, de Peniscola, du fort San-Felipe et de Murviédro.

(1) La ciTilerle et Palle gauehe se retirèrent sans avoir donné. Let Espagnols étalent d'ailleurs deas contre un dans celte bataille.

(2) Ifous voulons parler dn siège de iSlSet non de celui de 1808. qui fut beaucoup plus bo laorable pour les Espagnols.

■ A Tarragone, plusieurs colonels et autres officiers feignant d'être malades ou même ne

Les troupes portugaises qui, par leur solidité et leur bnvoure, rivalisèrent à la fin de la guerre avec celles de ramée britannique, n'auraient pas mieux valu que les eontingeiits espagnols y si Wellington n'avait organisé, discipliné ees troupes et mis à leur tête des officiers anglais. Les prc»Dien corps de volontaires portugais que le duc rencontra dans la Péninsule avaient , comme force agissante , la même nlenr que les corps espagnols. Ainsi à Braga, l'explosion d'ooe seule pièce d'artillerie suffit pour mettre le désordre dfl» la petite armée de Freyre ; elle se jeta à la débandade dans la ville, où elle commit des excès horribles. Freyre, accusé de trahison (ressource habituelle des soldats qui ont besoiii de faire absoudre leur lâcheté), fut massacré dans les nKS, an moment même où l'armée de Soult était en vue de la place.

Quant aux ordenanzas et aux milices portugaises, dont le général anglais se servit dans quelques-unes de ses expéditions, elles n'eurent jamais la moindre consistance. C'est ce qu'atteste notamment l'extrait suivant d'une lettre de Wd« lington à lord Liverpool : « Il y a encore avec nous divers « corps de milice, infanterie et artillerie, mais c'est k tort « que j'espérerais et que je ferais espérer à Votre Seigneurie « que nous pourrions retirer quelque avantage de leur asm* ff tance dans une opératicm offensive contre l'ennemi, (i) »

Si les circonstances avaient permis à WelKngtan d'or^ ganiser une armée régulière en Espagne (2), il aurait sans doute obtenu des résultats analogues à ceux que produisit l'armée portugaise; mats ni les soldats, ni les généranx, m les autorités espagnoles , n'eussent souffert qu'on général

colorant leur lâcbelé d'aucun prétexte, avalent quitté la ville, abandonnant le

ment des régiment! ou des bataillons a leurs Inférieurs » — Hapiu, t. VIT, p. Iio cC ns.

(1) Lettre dn 3 novembre 1810.

(2) H AFficR affirme que le gouvernement anglais avait offert, dans les premières anaCea, ée prendre à sa solde des troupes espagnoles, mais que cette offre demeura sans effet, i^rce^ee la régence eilgea 3 mUMom dt livres sterling par an, outre les âmes et l^bâbflIeiiieiiC.

anglais mit de l'ordre et de la diseipliné dans lenni bandes irrégHlièrea.

« Jeauiatout i fait conraincu, dit Wdlingtoo, que lea « officiers espagnols préféreraient se soumettre à la France V plutôt ijoe de consentir à nous donner la moindre auto- « rite sur leurs troupes. • . Ils ne conviendront jamais d'ail- « leurs que nos officiers en savent plus qu'eux (t). »

Le gouvernement encourageait cette forfanterie , en exaltant k tout propos la valeur de ses troupes et Timportance de leurs services.

Le même reproche doit être adressé aux Cortès ; cepcfH Aant, vaincues à la fin par l'évidence, elles se déeidèrmt à offrir à Wellington le commandement en chef de leurs armées. Le général anglais, malgré sa répugnance plusieurs fois exprimée («), accepta ce dangereux honneur.

C'était au moment où la campagne de 1 SI 2 allait s'ouvrir. Wellington employa le peu de temps qui lui restait à améliorer l'organisation et ta discipline des troupes. Le succès qu'il obtint, en dépit des entraves de toute espèce que lui suscitèrent le gouvernement et les généraux espagnols, atteste que la résolution des Cortès, si elle avait été prise au d^imt de I» guerre, aurait produit d'immenses résultats. En eflet, c'est seulement à partir de ce moment que nous voyons les troupes espagnoles montrer quelque opiniâtreté sur le champ de ba-

(1) Dêtpalehet, I. VIII, p. 237. Dant une autre ietire, t. VIII, p. 309, Wellington exprime Topl- Bion que les oiBciers anglais ne sont bons que pour aulanl quMIs sont tenus sous une autorité sAirère, et qu^â cause de cela Ils n'auraient pas fait dans Parmée espagnole le bien qnV>n en attendait. Knfln, dans une 3*/«//re(t.lXp. 112), H avoue qu'alors même que pour parer âcet InconTéoJent on lui donnerait le coamandement de l'armée espagnole, les oOlcIert anglais, •n prenant la place des natlonaai , dégoûteraient ceux-ci et diminueraient l'entliouilaame contrôla France, entretenu principalement parles officiers (qui craignaient de perdre leurs emplois sous le régime Impérial.)

(2) « Je considère des troupes, qui n^ont ni pain, ni nourriture, ni discipline, comme dangereuses senl«nent pour leurs amis quand elles sont réunies en grandes masses. Jamais Je fsecommanderal volontairement des troupes qui ne peuvent et ne veulent obéir; et c'est pourquoi Je ne désire pas la moindre autorité sur les troupes espagnoles. »— Detpatchês, t. IX, p. 112.

taille. A Salamanque, les corps d'Espana et de Julian Sanehez se conduisirent de façon à mériter une mention honorable dans le rapport du général en chef. A Yittoria, Hill se montra satisfait de l'appui qu'il avait reçu du général Morillo (i)y et à Sauroren, Wellington loua hautement la conduite des régiments de del Principe et de Pravia {it). Dans la défense de San-Martial, la bravoure et la fermeté des Espagnols furent plus remarquables encore ; le général en chef, dans son Rapport à lord Bathurst, les combla d'éloges (s). A l'occasion du passage de la Bidassoa , il leur témoigna de nouveau sa satisfaction dans les termes suivants (i) : a Les « troupes espagnoles sous les ordres de don Freyre, se sont ce admirablement conduites. Elles ont tourné et enlevé les c( retranchements de l'ennemi sur les collines avec beaucoup c< d'habileté et de courage. » La division Morillo obtint une nouvelle mention honorable pour l'attaque de Helette (i\. Enfin, quoique moins brillante , on peut encore citer avec éloge la conduite des corps espagnols à la bataille de Toulouse (e). Il ne faut pas oublier toutefois que, dans ces diverses circonstances, les Espagnols furent soutenus et encouragés par les troupes anglaises. Livrées à elles-mêmes, ou placées sous les ordres d'un commandant en chef espagnol, elles se seraient sans doute moins bien comportées.

L'insuffisance des armées nationales se trouvait aggravée encore par le défaut d'expérience et de talent de leurs géné-

(1) Oo Ht «Uint le Rapport de Wellington sur la bataille deTIttorla : « te ileuteiiaiil g éaéral Wl parle avec le plut grand éloge de la conduite du général Morillo et dei troupe» etpagaola août tei ordres. »

(2) Voir sa tetire du W août 1813, à lord Bathurtt.

(3; On lit dans ce Rapport, du 2 septembre 1813 : « La conduite des Itpagaoli daos celte cîr constance a égalé celle des meillenres troupes que J*ale vues sur un champ de balatlUe. »

(4) Rapport au comte Bathurtt, 9 octobre 1813.

(5) Rapport au comte Bu thurst, 20 février 1814.

(6) Voir le Rapport du 12 avril 1814, au comte Bathurtt,

raux. Si l'on en excepte Castanos, Reding, Àlbuquerque et la Romana, qui firent preuve d'une certaine habileté, tous les autres étaient, ou complètement nuls, ou propres seulement à la guerre de partisans (i). Ils n'exerçaient aucune influence sur leurs troupes et ne parvenaient pas même à s'entendre. Leurs divisions, plus encore que leur manque de talent, furent la cause des nombreux désastres qu'ils essuyèrent. Les querelles de Blake et de Cuesta amenèrent en grande partie la déroute de Rio-Seco (a), — les interminables discussions de Palafox et de Castanos aboutirent à l'échec de Tudela, — et la rivalité de Cartaojal et du duc d'Albuquerque exerça une influence décisive sur le résultat de la bataille de Ciudad-Real (s).

Wellington eut aussi plus d'une fois à se plaindre des effets de la zizanie et de l'ignorante présomption des chefs espa gnols.

Dans la campagne de Talavera, Cuesta fut plutôt pour lui un embarras qu'un appui. Ce général ne comprenait ou ne voulait exécuter aucun ordre. Pour ne citer qu'un seul fait, l'abandon des défilés de Banos, qu'il avait promis de garder, permit à Soult de déboucher par Placencia sur le flanc de la ligne d'opérations de l'armée anglaise.

Tout aussi coupable fut la conduite de José de Imar, gouverneur de Badajoz, qui consentit à se rendre au moment où Wellington lui donnait avis que les secours étaient en marche. D'autre part, Mendizabal n'observa aucune des précautions qui lui avaient été indiquées pour couvrir la place, et Ballesteros, moitié par sa faute, moitié par celle de la junte, exécuta si mal le plan convenu, que Wellington fut obligé de

(1) on trouvera dans une note, â la On de l'ouvrage , quelques détails biographiques de nature â faire apprtScIer la valeur de ces généraux.

(2) TORXNO, 1. 1, p. 353.

(S)TOâiNO,t.ll,p.281.

T. U. tt

détacher Beresford sur la Guadiana et de livrer avec une partie seulement de ses forces la bataille de Fuentès d'Onoro, où il faillit être battu,

A Barrosa, le général espagnol de la Pena laissa Grahâm exposé à tous les coups de Victor, quand il lui eût été si fa* cile de venir à son secours et de repousser les Français (i).

Après Salamanque, le général d'Ëspana retira la garnison d'Alba de Tormès sans en informer lord Wellington, qui perdit ainsi l'occasion de couper la retraite aux deux tiers de Farmée de Clausel.

Enfin Tobstination de Morillo à ne pas sévir contre les pillards obligea le duc à renvoyer Tarmée de ce général de^ rière les Pyrénées, et à livrer la bataille d'Orthea avec de* forces insuffisantes.

Voilà comment les généraux indigènes vinrent en aide a Tarméc anglaise, qu'ils affectaient cependant de traiter avec tant de hauteur (2). Le fait est que la guerre d'Espagne ne produisit pas un seul officier ni un seul homme d'État bon ligne (3) : a Rien, dit Napier, ne prouve mieux la nature hétérogène des sentiments et des intérêts des habitants de la Péninsule que ce dernier fait, qui ne saurait être attribué a

(1) Celle Indfgne conduite n*einpécha pas la régence de Cadli de conférer â de la MmIi grand'croix de Charles III, ni les Corl6s d'honorer ce gén<h*al d^one approbatloB pabHqiir. exceaalvemeni Injurieuse pourGiahani, qui seul avait tell ton devoir, et de U nanltevla fêM admirable. (Voir Toréno, t. IV, p. 36 et 37.)

(2) Nous ne citons que les falU [«rincipaux. Qu« seratt-oe tl nous Touttona nn^m 1* petites tracasseries Journalières! Btakc refusant , après Albuera , de prêter des iKimin i BeretTord pour raldcr « transporter les blessés (Napikb, t. il, p. 361 );— le» aoléats 4c < pillant les bagages des Anglais, la veille de Talavera, — et Cuesta lal-oiênie leur I pouUler et massacrer les braves soldats de MTellington, couchés et mutUét tor le etaap et bataille, et tant d*autres traits semblables.

(3) Wellington constate dans une de ses lettres, écrite en septembre 1812, que tet rtppvts avec le peuple espagnol, depuis le commencement de la révolution, ne lut aTalent pas îêÊL découvrir un seul homme capable, tandis quMl en avait trouvé plusieurs parmilesl — llAPIRIl,t. IX, p. 327.

Voir également la Mirê du 21 septembre 1809 où le duc écrit an nmrquli • Lispagne manque réellement d'hommes d*ane capacité même ordinaire qui | m nain les rênes du gouvernement.»

un manque de talent, car l'esprit du peuple espagnol est évidemment prompt, ardent et plein de vigueur. Mais il n'y avait aucun intérêt assez fort pour servir de lien entre tous, et dont un homme habile pût se prévaloir pour influence)* de fortes masses. Les personnes douées de quelque sagacité virent tout d'abord que, semblable à un arbrisseau agité par la tempête et qui laisse voir à travers son épais feuillage quelques tiges divisées, la révolution espagnole n'offrait aucune prise à l'ambition d'un génie dominateur, s'il s'en trouvait de tels en Espagne. Il était clair que cette cause aurait le dessous, si l'Angleterre ne la soutenait pas. »

Les seuls hommes qui montrèrent du talent et de l'énergie furent les chefs des grandes guérillas, parmi lesquels il faut distinguer O'Donnel, Juan Martin, Rovera, Julian Sanchez, Mina etLonga (i). Les chefs des petites bandes n'étaient la plupart que des malfaiteurs ou des patriotes, remarquables seulement par leur férocité.

Le système de guerre appuyé sur ces bandes, système auquel les Espagnols se montrèrent toujours enclins, prit naissance en 1809, dans la zone comprise entre l'Èbre et la frontière française. On dit que la Romana fut le promoteur ou du moins le premier organisateur do ce système. Il s'étendit bientôt sur toute l'Espagne, grâce au mécontentement produit par le décret sur les gouvernements séparés, et par l'an*

(I) Jallan Sanchez (>iplor.iil la Viellic-Castllle cl }e royaume de Lùou ; — Lon{;a, une |iarll« ^ U M«c«le et |c iMui Aragon ; - Ks|»oi-y-Xlna , la Navarre el la route de Bayoniic à Biirisos, — forller et Barccua Ica Asturies, Monlana et le royaume tie Léon ; - Jumi Harlln, dit Vlmjp«0ina<fo, la liouTellc<C»stll|e;— l(|-Pi^8|or, la Casum. M»autre«cl|tfï lilusqu mAins eéJèlirca sont: Bl-XedIcQ, Francesquito, Bi-Nanco. El-Cocerino, El-Capucliio et PAbuelo.

« Wpa et Longa commandaient A des armées de 6,000 A 8»0Qfl liommes avec rbabllistâ de tacticiens consomm<!s. Favorises par la configuration du terrain et par les connaissances locales qu*il8 avalent d^un pays aussi accidenté, ces chefs flrrnt quelqucrois pendant des mois enliera, pour tromper la poursuite de plusieurs corps français, des manœuvres que n'auraient peut-être |>as désavouées les généraux les plus célèbres. » ytctoires ri conquêtes, I. XXI, p. 163.

nonce du prochain morcellement du territoire. Le ministère anglais se montra de prime abord favorable à rorganisation des partisans, et il Tencouragea de tous ses moyens, parc^ qu'elle était moins dispendieuse que le système des troupes nationales réglées, et peut-être aussi parce que les partisans, conduits par les prêtres et les nobles, étaient plus franchement opposés au régime impérial, dont la bourgeoisie, avec ses idées démocratiques, aurait fmi par s'arranger beaucou|^ mieux que de l'ancien régime théocratique.

Wellington ne partageait pas cet enthousiasme pour l^=s guérillas, parce qu'il ne voyait de garantie que dans une forc=:e régulièrement organisée, disciplinée, entretenue, et qu"^"il répugnait par caractère à l'emploi des moyens barbares au: quels ces bandes avaient recours, et qui seuls, du reste, poi vaient les rendre utiles à l'insurrection. Il s'en servit nk moins dans certaines circonstances comme pis aller; ma ^

jamais il ne combina ses opérations de manière à rendre lei v

concours décisif.

Au surplus, tous les partisans n'étaient pas des citoyen==is animés du noble désir de venger la patrie; un grand nombi n'avaient d'autre but que de piller leurs compatriotes et vivre à la façon des brigands. Ceux-là étaient la terreur villes et des campagnes. Ils faisaient plus de mal aux gnols qu'aux Français ; aussi n'était-il pas rare de voir h paysans se joindre aux colonnes mobiles de Tennemi pouw leur donner la chasse. Le colonel Jones affirme qu'en 181^3, Wellington reçut de nombreuses adresses de la part des hab^i* tants, réclamant l'appui de la cavalerie anglaise « pour i^Slivrer le pays des bandes de guérijlas, dont ils représe entaient les exigences comme plus vexatoires que celles 3L^ Français (s). » Sydenham, témoin des excès de tout gaare

mis par les bandes armées qui entrèrent dans Burgos à lite de l'armée de Wellington, n*hésite pas à dire « que piérillas ne valaient pas mieux que les Tartares et les iques de la Kischack ou que les hordes zagataies. » Naporte sur ces troupes un jugement non moins sévère, et cependant n*a rien d'exagéré : ce Le système des guérillas, 1, fatiguait les Français, mais sans les affamer, tandis fatiguait le peuple et le feisait mourir de faim. La plude ces chefs de bande , outre le pillage auquel ils se ient, massacraient les prisonniers et les traînards, pour ( retomber la colère des Français sur un village ou un net dont ils avaient à tirer vengeance, au sujet de prétenaffronts ou de simples querelles (i). » u reste, les guérillas étaient bien moins nombreux qu'on roit généralement. Leur effectif ne s'est jamais élevé à de 50,000 hommes (2), parmi lesquels un tiers de désers anglais et français. Cet effectif suivait les oscillations esprit public : quand Wellington battait en retraite, les illas disparaissaient; quand il remportait une victoire, ouvelles bandes se formaient.

près Salamanque et surtout en 1815, l'organisation des les reprit faveur. Celles de la Navarre et de la Biscaye [)ut devinrent nombreuses et disciplinées. « L'esprit pudans ces provinces, changea à tel point, que les pères ^yèrent leurs fils se joindre aux bandes qui jusque alors ent été composées uniquement de voleurs et de déser- 5(5). »

!e ne sont donc pas les guérillas qui ont fait les succès de lington, mais bien les succès de Wellington qui ont déve-

. IX, p. 36.

APIBR» t. VII, p. 68. En 1809, 11 y en eut uu moment 50,000 (voir Siirrkr, tome |

kPIKA, t. Xi P< 184-

loppé la force et l'importance des guérillas. Au surplus, dans les campagnes de 1815 et de 1814, alors que les partisans avaient le plus de force et d'importance, leur rôle se bomail à la défense des postes et des défilés (i).

Les guérillas de la Biscaye, de la Navarre, de TAragon et delà Catalogne, bien qu au nombre de plus de 30 ,000 hommes aguerris , souvent commandés par des chefs courageux et entreprenants, n'ont jamais foncé lennemi à déployer contre eux un effectif supérieur à la moitié de leurs propres forces; ils ne sont jamais parvenus à battre complètement une seule division française; ils n'ont entravé aucune opération inportante, et à l'exception du coup de main de Figuières, ils ne se sont signalés par aucun exploit susceptible d'exercer une grande influence sur les opérations principales (2).

Les partidas auraient été promptement exterminés, si les Français, pressés par les bataillons de lord Wellington, n'avaient été obligés de se tenir réunis en grandes masses. Tel est le secret de la constance espagnole.

Il résulte des considérations qui précèdent que le succès de la guerre d'Espagne doit être attribué à des causes multiples: au génie militaire de Wellington, à la bravoure de Tannée anglo-portugaise, aux immenses sacrifices que la Grande-

ci ) Voir la leltre de fFelUnglon du 25 Juillet 1813, au comte Bathuret.

(2) « On a Irop vanté ces partisan», dit Jones. Quand Ils agirent «tcc let Anglalt en Fn«oe. ils montrèrent moins de fermeté que les corps réguliers des Espagnols. Let oflicicrs ««cM* furent bien étonnés de voir souvent les bandes si vantées de Mina et d« Longa ImirMr II

os A des troupes françaises Inférieures en nombre, o— T. Il, p. 251.

Bretagne s'imposa pendant la durée de cette guerre (i) , à la constance, à la fermeté, à la résignation des Espagnols, aux fautes commises par Napoléon et par ses maréchaux, enfin à des circonstances accidentelles, favorables aux alliés, désastreuses pour la France.

Parmi ces dernières, nous citerons la déclaration de guerre de rÀutriche, qui força l'empereur à quitter TEspagne, au moment même où les affaires prenaient une tournure favorable à ses desseins ; — la cérémonie du mariage, qui empêcha le souverain de commander en personne la troisième expédition du Portugal ; — enfin la rupture de la France avec la Russie, qui nécessita le rappel des meilleures troupes de la Péninsule.

Le désastre de Moscou et les embarras politiques auxquels ce désastre donna lieu exercèrent également une influence salutaire sur les opérations des alliés en Espagne, car l'intention plusieurs fois annoncée de l'empereur était de terminer par un coup de foudre cette longue et funeste guerre, aussitôt qu'il aurait mis fin à ses démêlés avec Alexandre.

« Si la Russie, dit Napier, dut en quelque sorte son salut à la lutte qui se poursuivait en Espagne, il n'est pas douteux, d'un autre côté, que le sort de la Péninsule ne fut, en retour, décidé dans les plaines de la Russie (s). »

Nous ne rappellerons pas toutes les fautes commises par les généraux français : elles se trouvent exposées dans le corps de cet ouvrage. Il nous suffira de citer comme ayant exercé une influence plus décisive que les autres :

1** L'invasion de l'Andalousie, qui, rendant immobile une grande partie de l'armée française, empêcha Soult de soutenir

(1) Il suini pour avoir une idée de ces sacriflces de &e rappeler que rAnglctcrrc dépensa pour son armée et sa floUc, de 1793 â 1815, 928 millions de livres sterling, et que sa dcllc nationale s'éleva, dans la mémo période, «ki 16 millions de livres sterling a près de 800 raillions !

efficacement l'armée de Portugal dans Texpédition contre Lisbonne , et de venir en aide au roi après la bataille de Salamanque ;

2"" Le défaut d'entente et de résolution des corps de Victor, de Ney, de Mortier et de Soult, avant et après la bataille de Talavera. Poussées avec intelligence et vigueur, les opérations de Tarmée française, dans le cours de cette campagne, auraient amené îa destruction des forces ennemies ;

S"" Le défaut de vigilance de Marmont, qui laissa prendre Ciudad-llodrigo sans faire aucune tentative pour délivrer cette place importante;

4"" Les ordres contradictoires et presque toujours inexécutables donnés par Napoléon au duc de Raguse, à la fm de 1811 et au commencement de 1812. Ces ordres contribuèrent à la perte de Badajoz, et, jusqu'à un certain point, à la perte de la bataille de Salamanque (i) ;

5"" L'hésitation de Soult, qui, en 1812, pouvant écraser Wellington dans une marche de flanc, exécutée aux Arapiles, lui laissa le temps de gagner Ciudad-Rodrigo ;

6"" Enfin, le mauvais vouloir de Suchet, qui s'obstina, malgré les vives et pressantes sollicitations du duc de Dalmatie, à garder ses troupes dans la Catalogne, où elles n'avaient aucun but essentiel à remplir, tandis qu'il aurait pu, en appuyant son collègue avec 52,000 hommes disponibles, empêcher les alliés de franchir les Pyrénées.

Cette énumération serait incomplète, si nous ne faisions connaître ici les graves reproches que le penseur et Thomme d'État sont en droit de faire à Napoléon.

Sa première faute, ou sa principale erreur , fut d'avoir mal jugé le peuple espagnol, et de s'être imaginé qu'avec

{ I ) Le 4c volume dos Blémoirei de Marmant (publié depult que notre Helatton de M ;- ayne de 1812 a paru ) Jette upe Tive lumière sur ce polat.

une poignée de soldats, il le courberait sous son joug (i).

Une fois cette illusion détruite par les troubles de Madrid et Tinsurrection des provinces, il eut le tort de ne pas envoyer dans la Péninsule une masse imposante de ces vétérans aux moustaches grises, au teint basané, au front sillonné de rides et de cicatrices, qui avaient vaincu à Austerlitz, à léna et à Friedland les meilleurs soldats de l'Europe. La première impression est souvent décisive, et l'appareil de la force impose quelquefois plus que la force même. Cette vérité morale, que le général Bonaparte avait si habilement exploitée en Egypte par ses discours et ses actions théâtrales , il la dédaigna complètement dans la Péninsule, en montrant aux Espagnols et aux Portugais des régiments de jeunes soldats épuisés par les fatigues et les privations. Ce spectacle fit une impression forte et durable sur les habitants de la Péninsule, qui avaient eu jusque-là une toute autre idée des légions de César. Il leur inspira une confiance exagérée, et peut-être contribua à Torganisation si prompte et si générale du mouvement insurrectionnel (2).

Une autre faute de Tempereur fut d'avoir appliqué à la guerre d'Espagne le système généralement suivi en France depuis i 789, et qui consiste à nourrir la guerre par la guerre. Ce système, excellent pour une armée qui traverse un pays.

(1) Ifnpoiéon, causant un Jour avec H.dc Hervas, bon Espagnol, et depuis connu sous le nom de marquis d'Almenara, lui dit : « avec 30,000 hommes, Je ferais, si Je voulais» la conquête de i^Espagne. » — a Vous vous trompez, lui répondit Hervas : s'il est question de soumettre le gouvernement espagnol, les 30,000 hommes sont Inutiles; une lettre de vous et un courrier suffisent ; si c^esl la nation que vous voulez soumettre, 300,000 hommes ne vous suffiront pas.. «L'avenir a prouvé que l'Espagnol avait dit ynl. [IHêmo/res du duc de Raguse, tome IV, page fi.)

(2) Le roi Joseph avait prévu ce résultat, ivous voyons en efTeldaus sa correspondance que, dès le 5 août 18U8, il avait écrit à son frère : « Ce sont surtout de vieilles troupes qu'il faut : les insurgés volontaires se mesurent avec nos conscrits. » lais Tcmpereur avait ces insurgés en si grand mépris, qu'il ne les appelait que du nom de canaille^ et quMl ne cessait de prédire leur anéantissement complet Ainsi, le 27 août, après la réception de la lettre mentionnée cidessus, il écrivit à Joseph : « Avant le mois de Janvier, vous aurez 100,000 hommes et, dans toute TEspagne, Il n> aura plus un village insurgé ! »

Joseph ne le crut point et le résultat lui a donné complètement raison.

ou n'y fait qu'un séjour momentané, est détestable lorsqu'il s'agit de soumettre une contrée où la résistance peut prendre le caractère d'une lutte nationale. Si Napoléon, au lieu de piller et de dévaster l'Espagne pour nourrir ses soldats, avait traité les populations avec douceur et justice ; s'il avait eu soin de payer exactement la nourriture et en général tous les objets nécessaires à son armée; s'il s'était uniquement déclaré l'ennemi des Anglais et si, au début de la guerre, il avait dirigé des forces imposantes sur le Tage pour occuper Lisbonne, il est probable que l'insurrection eut été promptement réduite, si tant est qu'elle eût jamais éclaté. Une fois maître du Portugal, il aurait été facile ensuite à Napoléon de tenir les Anglais à l'écart, et d'agir sur l'Espagne avec toute l'autorité que donne une position forte et l'ascendant moral d'un premier succès.

Mais l'empereur suivit une marche toute difierente.il envoya en Portugal une armée trop faible pour résister à 16,000 Anglais ; puis il dirigea sur l'Espagne diverses colonnes qui tantôt s'emparèrent des villes fortifiées par des moyens que la loyauté réprouve, et tantôt concoururent sous les ddiors d'une bienveillance affectée à l'exécution de projets hostiles, dont les chefs eux-mêmes devaient ignorer le but et la portée (i). A cette agression cauteleuse et fourbe vinrent se joindre bientôt les scènes de violence et les actes de brigandage de toute espèce que nécessitait le mode de subsistance de l'armée. Enfm, pour ôter aux crédules Espagnols leurs dernières illusions, le chef de l'armée française soutint ouvertement l'infâme Godoy; et, s'immisçant dans les querelles de la cour, flattant les uns, menaçant les autres, les trompant tous, il finit par attirer la famille royale à Bayonne, où, pesant de toute son autorité sur un prince imbécile et sur

(1) On 6C rapi>ellc que lurat ne connut Je» ialciillons de Tcmpercar que lonqail éUlt 4<|i depuis quel(|uc temps à Madrid.

un roi dégradé, il obtint du premier une renonciation, et do second une abdication, dont la conséquence fut de plac^la couronne de Charles-Quint sur le front de Joseph !

Ce prince faible et sans expérience devint ainsi, par le seul fait de sa parenté avec le héros du siècle, roi des Espagnes, puis commandant en chef des armées impériales dans la Péninsule!...

La résistance, dès ce moment, prit un caractère décidé. Dupont succomba à Baylen , Junot fut obligé d*évacuer le Portugal, et les Anglais s'établirent sur le flanc des lignes d'opérations françaises.

Les troupes, dont on avait été si avare au commencement, se ruèrent alors en foule sur la Péninsule.

Pour les nourrir, il fallut les éparpiller, occuper à la fois la Catalogne, TAragon, la Murcie, la Castille, le royaume de Léon, la Biscaye, la Navarre et enfin l'Andalousie : faute immense, mais inévitable avec le système impérial (i), et à laquelle, d'ailleurs, Napoléon fut poussé par Joseph, toujours avide d'étendre sa domination sur de nouveaux États, et par Soult, qui brûlait du désir de faire oublier l'insuccès de sa campagne de Portugal (2). Dans cette situation, les corps de l'armée française ressemblèrent, en quelque sorte, à des brigades de gendarmerie, occupées à surveiller la rentrée des

(1) Vok'i etk quels termes ce système fat Jugé par un des mcitleors R(>néraux <te l^rtrmée française dans la Péninsule. Le 0 Juin 1811, Bessières écrivall A Bcrlblcr : « On fail illusion à « renipcrear. ce itrcst plus d*unc bataille conlrolos Anglais que dépend la paciflcatiuii df> la « Péninsule . . . l/cspritdu pays est alTi'Cux . . . tout le monde connait le mode vfchrax de M nos opérations; tout le monde convient que nous sommes trop disséminés. Nuiis dcciipons « trop du pays,- noaa usons nos moyens saut profit et sans nécessité ; aous Icimits à 4es réw s- M Cadix et Bridajoz engloutissent toutes nos ressources. »

(2) On a vu ailleurs les raisons qui nous portent à faire rcnronter Jusqu'à Napotéon la responsaMIité de Peiiiédition de i'ADdaluustc. Notre Impartialité nous fait un doTOir ccfieodant de dire que Joseph revendiqua celle responsabilité pour lui seul, l.e 29 ;iofit 1834, il écrivit A la docliesse d'\brantès : « C'est moi, et mol seul, qui ^1 assnméla resimosabilHéUe la campagne d'Andalousie, cl qui Pal voulue; le maréchal Soult n-.' la voulait pas. » [Mémoires €te Joseph , t. X. ) Cette lettre du roi donne un démenti A I assertion malveillante du duc de Raguse, qui prétend (t. IV, p. 16 de s^s Mémoire*) que Soull conseilla à Joseidi l'expédition d'Andalousie « dans l'intérêt d<- son avenir. •> '

impôts, et à faire respecter l'autorité du roi. Les chefs de ces corps, indépendants les uns des autres, finirent par se soustraire à l'autorité du roi. Uniquement occupés d'intérêts locaux , ils perdaient de vue l'intérêt général. Tous regardaient leur commandement comme le plus important, et voulaient régler en conséquence les opérations des autres ; tous voulaient commander, aucun n'entendait obéir : c'était l'anarchie des intérêts et des amours-propres froissés. Sous l'influence de ce régime, les grandes opérations exigeant le concours de plusieurs corps devinrent impossibles ; toutes celles qu'on entreprit échouèrent, faute d'entente et d'unité dans le commandement. En outre, comme l'armée française vivait des produits du sol, il fallut presque toujours attendre la maturité des céréales pour entrer en campagne. C'est ce qui arriva notamment à l'armée de Marmont, laquelle, faute de vivres, ne put entamer la lutte en temps opportun, et finit par être écrasée à Salamanque.

Le système de nourrir la guerre par la guerre eut une autre conséquence fâcheuse : ce fut de rebuter l'armée par des fatigues et des dangers continuels , d'affaiblir l'autorité et la discipline par de funestes habitudes de pillage. Souvent la moitié d'un corps devait aller à la maraude, et cela dans un moment où le reste pouvait être attaiquéd'un instant à l'autre. Misère, faiblesse, désordre, anarchie, tels furent et tels devaient être les résultats de ce système. Nous avons sous les yeux une lettre importante du commandant en chef de l'armée de Portugal, adressée au duc de Feltre, le 27 décembre 1812. Après avoir énuméré la misère de ses soldats, le général Reille disait en propres termes : ce Les officiers sont dans un état plus (( malheureux encore; ils ne peuvent se procurer les effets de « première nécessité, tels qu'habillement et chaussure. Oblicc gés souvent de vivre de ce que prend le soldat, la discipline « se relâche, et il est presque impossible que le bon ordre « s'accorde avec un tel état de besoin. »

Le maréchal Marmont, témoin des mêmes calamités, écrivait au prince de Neufchâtel (i) : « Le système des réquisitions , qui laisse un arbitraire immense et qui est subversif de tout ordre, est tout à fait impraticable à la longue, lorsqu'une armée est stationnaire ; car, comme les réquisitions nécessitent toujours Femploi de la force, elles ne peuvent se faire qu'à petite distance , et alors la totalité des ressources d'un pays est bientôt épuisée. Il en résulte l'impossibilité de vivre , à moins d'une dispersion totale de l'armée, et l'armée n'est plus en état d'agir. Indépendamment de cela, ce système, en faisant naître beaucoup de désordres, entraine presque toujours une double consommation. C'est par suite de ce système que les provinces de Salamanque et de l'Ëstramadure sont ravagées et que les deux tiers de ces pays sont incultes. Si, au contraire, on paye tout, on a sans violence et sans l'emploi de la force des moyens de subsistance suffisants, et l'empereur n'y perd rien, puisqu'on peut établir des impôts en conséquence ; car en supposant que la charge fût trop forte, elle serait au moins plus supportable, puisque tout le monde y contribuerait, tandis que par les réquisitions, elle est soutenue par un petit nombre d'individus. C'est ainsi que l'Andalousie est dans un ordre parfait, parce que, depuis un an, le système des réquisitions y a cessé. »

Sous l'influence de ce système funeste, les armées d'Espagne, quand leurs cantonnements étaient épuisés, devaient changer de place et « opérer absolument comme un berger qui change son troupeau de pâturage, quand il a dévoré l'espace qu'il a parcouru pendant quelque temps (2). »

Il était d'ailleurs peu logique d'introduire le système des

(I) Le 21 Juin 1811.

(3) Mématnt du due de Ragus0, i, IV, p.'.SU.

réquisitions forcées dans un pays que Ton voulait rattacher à la France par des liens solides et durables. Ce n*est pas en dévastant une contrée qu'on se la rend favorable, et ce n'est pas en donnant chaque jour aux habitants le spectacle du pillage, des violences et des excès de tout genre, inséparables ' de ce mode de subsistance, qu'on parvient à ramener la paix et la concorde dans des provinces agitées.

Il ne suffisait pas d'envoyer Joseph au milieu d'une grande pompe à Madrid, et d'annoncer emphatiquement aux Elspagnols qu'on voulait couper court à tous les abus et régénérer l'Espagne à l'aide de la constitution de Bayonne ; il fallait commencer par donner soi-même l'exemple du respect des propriétés et des individus, au lieu de chercher à se raffermir par des actes de représailles et d'intimidation. C'était un mauvais moyen de faire accepter et réussir ua nouveau roi, que de lui donner pour escorte des centaines de mille hommes transformés en pillards par la force des choses, et malgré qu'ils en eussent.

Il fallait aussi ne pas violer cette constitution que l'on avait fait jurer aux autres, et, après avoir promis le maintien de l'intégrité du territoire, ne pas annoncer hautement (comme on le fit en 1810) l'intention d'incorporer à la France toute la rive gauche de l'Èbre.

L'institution des gouvernements séparés, dont nous avons fait ressortir tous les vices, fut un premier pas vers la réalisation de cette menace; elle exaspéra le peuple sur le point de se calmer, donna une nouvelle impulsion aux bandes de gutoillas, et plaça 1^ roi dans la position la plus fausse et la plus humiliante. Ce fut incontestablement une des grandes fautes de l'empereur : faute militaire et faute politique tout, à la fois.

Mais la plus grande de ses erreurs, nous ne saurions trop le répéter, celle qui donna en quelque sorte naissance à toutes les autres , fut d'avoir entrepris la guerre d'Espagne

à une époque où la France avait ses meilleures troupes engagées en Italie et en Allemagne, et d*avoir, dans un moment où il aurait fallu amoindrir, isoler TAngleterre, transformé en alliés de cette puissance tous les peuples maritimes, froissés, humiliés, ruinés par le blocus continental.

Les faits et les circonstances que nous venons de rappeler ont sans doute rendu la tâche de Wellington plus facile. Néanmoins, pour réussir dans de pareilles conditions, il ne lui suffit pas d*être, comme on Ta dit si souvent, un général heureux. Ce n'est pas le bonheur qui fait qu'on profite des bévues des autres et des chances favorables qui se présentent ! Napoléon, à qui Ton n'a jamais contesté le titre de premier capitaine du monde, qu'a-t-il fait en Italie, en Egypte, en Allemagne, en Prusse, dans toutes ses campagnes mémorables, sinon battre des généraux qui firent des fautes et profiter des avantages que lui offrait la fortune? Mais c'est précisément le propre des génies supérieurs dans la guerre comme dans la politique, comme en toute chose, de saisir le côté faible des hommes et le côté avantageux des événements. Voilà ce que fit Wellington en Espagne et à Waterloo. S'il réussit moins bien que Napoléon n'eût fait dans la même position (ce qui est encore douteux), on ne peut pas du moins lui refuser l'honneur d'avoir fait mieux, dans les circonstances où il fut placé, que ne firent les généraux qu'il eut à combattre. L'envie et le dénigrement ne lui arracheront pas cette gloire, et l'avenir impartial dira qu'il fut le premier capitaine de l'Angleterre et le second de son siècle.

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