CHAPITRE XI
••MMAimB t
Bffet produit par la retraite de Burgos en Angleterre et en Espagne. — NouTeaax déboires de Wellington. — Ses négociations avec les certes.— Voyage à Cadix. — Réception qa*on lui fait dans cette ville et à Lisbonne. *- Retour au quartier général. — Situation des armées belligérantes. -— Mouvements offensifs. — Habileté avec laquelle Wellington déjoue les plans de Joseph. ~ Fautes de ce dernier. — Bataille de Ylttoria. — Résultats de cette bataille. — Joseph se retire sur Pampelune. —Blocus de cette ville. — Opérations de Wellington et de Clausel. — Le duc établit son armée sur les Pyrénées, et remet la continuation de la guerre à la campagne suivante. — Commencement du siège de Saint- Sébastien.
La retraite de Burgos, mal interprétée en Angleterre et dans la Péninsule, donna lieu à de nouvelles difficultés politiques. La confiance illimitée produite par la victoire de Salamanque, fit bientôt place aux récriminations qui suivant d'ordinaire la perte d'une illusion ou d'un espoir longtemps caressé.
Le marquis Wellesley, Whitbread et le comte Grey reprochèrent au cabinet d'avoir compromis l'attaque de Burgos, en négligeant de fournir au général en chef les ressources nécessaires.
Lord Granville et lord Ponsonby s'en prirent à la guerre ^ e elle-même, qui, dans leur opinion , devait conduire fatalement jr Mt à une catastrophe.
« Je maintiens, dit Fun, ma première opinion» et je suis ^ms ce convaincu que la délivrance de la Péninsule est aundessus ^^ ms ce des moyens de l'Angleterre [is beyond the utmost means o/*"*^^/* « the country to effect); il est cruel et indigne d'embarquemK ^r ce la population de ce pays dans une cause désespérée, etuM'^l ce cela pour obtenir seulement un avantage temporaire.... ti>^^ »
« Je trouve inutile, s'écria lord Ponsonby, de pousser plus^ ^s ce loin une guerre sans résultats, inutile de dissiper le san^^^g « et les trésors de l'Angleterre pour un objet impossible à « atteindre : nous sommes évidemment hors d'état de chasseï a les Français de la Péninsule.... »
La même thèse fut soutenue par MM.FreemantleetFranch ce Burdett : « De tous nos avantages, dit ce dernier, il n'es*^ « résulté jusqu'ici que calamités et détresse. Ou Wellingtoi « ne mérite pas les remerciments que l'on sollicite pour lui^ « ou la cause de nos revers doit être attribuée à la négli— ce gence et à l'imbécillité des ministres.... »
Le marquis Wellesley demanda la formation d'un comit^^ d'enquête (i), et à cette occasion fit un pompeux éloge de sou^ — ^■^ ^ frère, qu'il appelait avec emphase <c un général qu'aucun autres: — ^^ ce n'a surpassé dans les temps anciens et modernes, l'orguei M^ ^ ce de son pays et l'espoir de l'Europe (2). »
Cette motion fut appuyée par le comte Grey, par Whitbread, Heathcote et Ponsonby ; mais lords Bathurst, Castlereagh et Liverpool la firent écarter, à la majorité de 115 voix contre 39, soutenant qu'ils avaient fait de leur mieux ; que Welling-
(1) 4 oe propos, U tcciut le mlnli tère d*tTOir nécllgé rtrinée, dMâisné les conseils ém général en chef et prêté l*oreIlle à toas les lotrlgants qal lai suggéraient de nonToans aïojene ponr sortir de la détresse qne ton propre manque d*bablleté aralt produite.
(S) « ^ gmurai pronouncêd tgr tkê wkou wartd io bê unsurpMtêd tn aneiêni or modem, « imêê,' — tkê prtdê of Mi eountry and ik§ rtfkgê of ik$ hopê otSwrop€i ■
ton ne se plaignait pas ; que l'Espagne, d'ailleurs, n'était pas 6 seul point dont ils eussent à s^occuper; qu'ils devaient exciter et soutenir rAllemagne et la Russie contre Napoléon ; pie rinsuccès de Tattaque de Burgos tenait aux circonstances lien plus qu'aux hommes; que le défaut d'argent dont Wellington avait à souffrir provenait de l'énorme dépréciaion (24 p. c.) des traites sur la Péninsule; qu'après tout, m était mal venu de se plaindre, puisque jamais l'Angleterre l'avait obtenu sur le continent des succès comparables à '^ux des campagnes de J 811 et de 1812 (i).
A la suite de ces observations, dont quelques-unes sont lu moins contestables, la chambre vota les remerciments et e crédit de 100 mille livres demandés pour le général en i^hef.
Encouragé par ce succès, le gouvernement créa de nouvelles ressources pour augmenter l'effectif de l'armée. On sngagea vingt-cinq mille hommes de milice avec des primes ie douze à quinze guinées; cet expédient, nécessité par rinsuflBsance du recrutement volontaire, permit à la Grande- Bretagne de déployer dans les dernières années de la lutte un ensemble de forces réellement imposant (2). Mais, à mesure que ses moyens d'action augmentaient dans la Péninsule, son influence morale diminuait. Les démocrates espagnols et les nobles portugais s'attachaient à rendre la
(1) Toir Débats du Parlement : t. XXV, p. 25, 26, 66, 74 et 87.
(S) Kn 1793, TAngleterre (Voir Cutloeh't stai. of Great-BrU.,T. 11, p. 438) avait à peine M,«00 hominet de troupes en Europe, 10,000 dans les Indes et &8 vaisseaux de ligne en cornmlssloii. En 1813 (TOIrALisoN, t. IX, p 346), elle complaît 26S,000 hommes de troupes régulières, dent aSiOOO dans rinde, 32,000 soldats étrangers. 9). 000 hommes de milice et 200,000 clpayes : total 663,000 hommes, noncompiis 68,000 hommes ûe yeomenrjr et 300,000 hommes d» ml- Ucct locales. La flotte se composait, a la fin de 1812, do 244 vaisseaux de ligne dont 102 en oonunlaeion et de 219 frégates; en tout, avec les petits bAtlmenls, 1,009 voiles, dont 613 en coBinIsalon. Ces hâtiments étaient montés par 140,000 hommes et 18,000 marins. ~ Aluon, t. IX, p. 347.
Ubadgel des dépenses pour Tannée 1813 s'élevait à 118,000,000 sterling, dont 11,400,000, doBBéf en subtidea aux puissances continentales. Les budgets des années 1814 et 1815 furtmt 117,587,979 et de 110,000,000 livres sterling, avec 10 et 11,000,000 livret donnés en sub-
SidM.
nation anglaise odieuse au peuple. Il semblait que chaque jour la situation générale empirât.
On ne se ferait pas une juste idée des travaux de Wellington, si Ton ne tenait compte de la lutte incessante qu'il avait à soutenir contre les certes, la régence de Lisbonne, la cour de Rio-Janeiro et le gouvernement anglais lui-même, qui ne sut jamais donner à la guerre une impulsion vigoureuse. ^
Les cortès, en supprimant l'inquisition (i) , provoquèrent un vif mécontentement dans le clergé, dont les membres les plus influents furent même arrêtés ou obligés de fuir en Portugal (2). Le général en chef et Henri Wellesley s'étaient vainement opposés à cette mesure , qui jeta un parti puissant dans l'opposition. La régence, en prenant fait et cause pour ce parti, devint impossible; elle fut supprimée et remplacée par un gouvernement provisoire, composé des trois plus anciens conseillers d'État : un vieil archevêque et deux hommes nuls (3). C'était ainsi que le voulait la constitution, œuvre informe et ridicule, dont les Espagnols se moquaient , et à laquelle Wellington attribuait une grande partie de ses embarras (4).
La princesse Charlotte, qui avait gagné du terrain dans les cortès, décida ses amis politiques à faire d'activés démarches pour qu'elle fût placée à la tête de la régence ; mais Toppo-
(1) Décret da 7 mars 1813, pris en conformité du vote du 23 Janvier.
(2) Sn Juillet 1813, la nouvelle régence expulsa le nonce du pape, qui s^tali inontré ftMwUle au décret d'abolition.
(3) Les oorlèf renversèrent la régence en septembre 1812, parce quelle tTaii d«ttlUié, dinsrintérét du clergé, Yaldès, gouverneur de Cadii. In mars 1813, son autorité tm% provisoirement remise aux trots plus anciens conseillers.
(4) Wellington fait une satire amëro de la constitution espagnole, dans m lettre dm 27 Janvier 1813, au comte BatHurst, et dans celle du 29, à don Andrtai-Angtldê la Fê§€L
Le comte Toréno lui-même, un des auteurs de cette constitution, est obligé de coevealr quelle était irop spteulaiive (t. IV, p. 331). Il critique notamment resistenoe dHiae seale cbambre, la non-éligibilité des représenUnts après deux années d'exercice (U ralIniC llftlervaUe d'une session), et rapplioation uniforme de ce pacte foedanenlal aax Itpugnnle et aux lubitants des colonies, qui n'avalent ni les mêmes besoins, ni les mêmes habitude».
sition du peuple, qui détestait cette princesse, et les critiques violentes du parti whîg, qui la regardait comme la personnification du vieux régime, firent de nouveau échouer ses projets ambitieux.
Toutes ces querelles diminuèrent l'autorité et le prestige de FAngleterre à tel point, que les négociations secrètes entre les cortès et Joseph, suspendues après la bataille de Salamanque, se renouèrent insensiblement. On assure même qu'une forte partie de la nation se montrait prête à reconnaître le roi* pourvu qu'il accédât à la politique générale des cortès dans le gouvernement civil. 11 est au moins certain que plusieurs généraux espagnols étaient disposés à traiter avec les Français (i), et que déjà ceux-ci avaient recruté des corps nombreux de nationaux, ainsi que des milliers de marins pour monter leurs vaisseaux corsaires.
Cependant les cortès accédèrent aux mesures proposées par Wellington pour la réorganisation des forces nationales, qu'un décret récent de cette assemblée avait mis sous son commandement (2). Le duc se rendit aussitôt à Cadix pour aviser au moyen d'organiser et de nourrir ces forces, avec le concours des autorités espagnoles. La population lui fit un accueil brillant (24 décembre 1812); une députation de la législature vint le complimenter chez lui, et les autorités donnèrent en son honneur des bals et des soirées splendides (5). Les cortès l'admirent dans leur sein et lui donnèrent place au milieu des députés. Cette cérémonie eut lieu le 30 décembre. « Lord Wellington, dit un témoin oculaire,
(1) ifoUmment le comta de Montljo et le dac del Parque (Toir à ce sujet les révélations Caltes en 1834 à Joseph par le général Mina (Mémoirtt de Joseph ^ t. X).
(1) Mcret dn 22 septembre 1812. « Ce fut s cette même époque, dit Shbibk, L II, p. 214, que le prince régent du Portugal conféra à Wellington le titre de duc de Fiitorla, du nom d*iioe petite Tille que le triomphe de Tarmée anglaise allait blenlùt rendre célèbre.»
Bn qulttint Gadli, Wellington écrivit à Th. Graham : « J*al mis les affaires mlUtalres tar un meilleur pied. Elles sont en vole d'organisation, rai Indiqué quelques moyens de |Mjf«r 9i et Murrir les aiméat* et nous oommençoiis à avoir de It discipline... »
(9) TOIBHO, t* V, p. 138.
« prononça un discours en espagnol, simple mais énergique, « et dont la vigueur fut encore rehaussée par Taccent un peu <c rude de l'orateur. Le président lui répondit par une harân- <K gue aussi habile que pompeuse (i). »
Quelques jours après, Wellington quitta Cadix pour se rendre à Lisbonne. Toutes les villes qu'il traversa, depuis Elvas jusqu'au Tage, l'accueillirent avec enthousiasme. Dans la capitale du Portugal , les maisons furent illuminées trois jours de suite (2).
Le' 25 janvier , le duc était de retour au quartier général, satisfait des promesses qu'on lui avait faites, et plein d'espoir dans le succès de la campagne qui allait s'ouvrir.
En vertu d'une décision des certes, 50,000 hommes, soldés par le subside de l'Angleterre , furent placés sous les ordres du général anglais. Cette mesure, excellente en ellemême, qui n'avait que le défaut d'être un peu tardive, causa un vif mécontentement à certains chefs espagnols. Ballesteros entre autres, capitaine général de l'Andalousie, déclara ouvertement qu'il ne s'y soumettrait pas. Dans une lettre écrite le 25 octobre au ministre de la guerre, il attaqua la nation anglasie, et soutint que donner le commandement des troupes nationales à Wellington , c'était avilir le caractère espagnol. Justement froissée de cette inqualifiable protesta- — jbtion, la régence destitua Ballesteros et le fit même arrêter. «^-r.
Cependant Wellington ne tarda pas à regretter d'avoir 'mmr assumé sur lui une responsabilité aussi lourde que celle de ^ Je l'organisation et du commandement de l'armée espagnole : r : <c Je n'ai connu que fort tard le véritable état de cette armée, ^ ^ « écrivait-il de Cadix au ministre de la guerre (s) ; sans oek,
(1) TOa<llO,t.T,p. 141.
(S) Toaiiio, t. T. p. 142.
(S) A don i. de Cartajal, 4 décembre 1SI2. Voir latsl les t§Ur§i du SI martel d« S avril
(c j'aurais hésité à me charger d*un commandement qui est a un véritable travail d'hercule. Toutefois Tayant accepté, je ce ne Tabandonnerai pas, encore que la charge soit difficile et c< le succès désespéré; je m'en acquitterai tant que je possé- « derai la confiance des autorités qui me l'ont confié. »
Lie but du général était de mettre les armées d'Espagne sur le même pied de hiérarchie et de discipline que les autres troupes européennes, et de faire cesser les intrigues et les sollicitations.qui avaient réduit ces armées à un état si déplorable. Il fallait pour cela que rien ne se fit sans son autorisation, ou du moins qu'il fût informé de tout ce qui intéressait les corps placés sous son commandement. Or c'est ce qu'il ne put jamais obtenir, malgré ses vives instances et les promesses écrites du gouvernement. « Je suis fâché de vous « apprendre, écrivit-il à un membre des cortès (i), que mes « intentions ont été entièrement faussées par le gouveme- « ment, qui a rompu tous les engagements contractés avec « moi, et cependant ratifiés par sa lettre du 1^' janvier. »
Le ministre de la guerre, en effet, s'était permis de révoquer et de nommer les officiers, de changer la destination des corps et de suspendre les ordres du général en chef, sans lui demander son avis , même sans le prévenir. Il n'avait pris aucune des mesures convenues pour l'entretien et le payement de la solde des troupes ; enfin les choses étaient arrivées à ce point que Wellington, près d'entrer en campagne, manifesta les plus vives appréhensions au sujet des armées indigènes. Heureusement qu'il avait combiné ses plans de façon à ce que le concours de ces armées, quoique désirable , ne fût pas une condition absolue de succès.
La situation du Portugal n'avait guère changé. Les mêmes influences hostiles et la même apathie s'y faisaient sentir.
(1) J don AnéfaS'Àngel de la V*ga, 3 avril 1S13.
Le peapte seul, dans les moments oit il était abandonné à ses propires insthicts , appréciait équilablement Tmiportanee des services rendus par le général anglais et par sa TaUlante armée. La régence, la cour de Rio-JMehro^ au contraire, influencées par les Souza, 1^ nobles et les riches mMacés de perdre leurs injustes privilèges en matière dUmpét» suscitèrent à Wellington des embarras d'autant plus sérieux, que n*ayant plus de crainte au sujet du Portugal, et ne s'étast jamais préoccupés des dangers de l'Espagne, ils nç se croyaient plus obligés de garder la moindre réserve.
Ces dispositions hostiles se faisaient surtout remarquer et avaient des suites graves quand le duc se trouvait à k tète de Tannée.
Pendant son séjour en Espagne, la régence de Liabomie s*éCait emparée de l'administration militaire du pays et avait fait revivre les anciens abus. L'armée en campagne ne re- *s
cevait plus aucun secours, et ses éléments se désorganisaient S mi
à vue d'œil. L'artillerie n'existait plus ; la cavalerie était dans une situation (feptorable ; le nombre des fantassias avait diminué outre mesure; leur équipement était défectnenx, « ^
presque hars d'usage ; le service des transports étaiA négligé; ^ s il n'y Avait plus d'argent dans la caisse, plus de reerueadtns «m les dépôts ; enfin l'esprit des soldats avait passé de Testhou- «- ju* sittune au découragement.
Ge n'était pas chose facile que de surmonter ces difficul- — Atés> et cependant Wellington, avec son admîraUe pené- — â$vérance, se décida à l'entreprendre. Sentant qu'il avait ^mit besoiii de toutes ses forces et de tous ses moyens d'iaflueMe ^Kse pour frapper le coup décisif, et désespérant de venit à bout ^at de la résistance que le gouvememrat opposait à ses plans ^ ms de réforme financière, il adressa au prince régent (i) «a mé-
(1) 12 aTiil 1813.
moire» lucide et ferme, pour lui demander le redressement des abus et l'adoption de quelques mesures utiles , dont le nûaistre des finances ne voulait pas entendre parler.
« La solde, dit-il, est due à Tarmée d'opération depuis a la fin de septembre dernier, aux troupes de ligne en garce mson depuis le mois de juin, et à la milice depuis le mois « de février.
a Le service des transports n'a jamais été régulièrement a payé, et je vais être obligé d'ouvrir une nouvelle campagne tt avec des troupes auxquelles on doit plus d'arràrages qu'à a la fin de la campagne précédente, quoique le subside de la a Grande-Bretagne, accordé principalement pour le payement a et l'entretien d'un certain nombre de Portugais , ait été « régulièrement payé, et que le revenu de l'État ait été plus a considérable dans les trois derniers mois que dans aucun a autre trimestre. L'honneur des armes de Votre Altesse et la « cause des alliés sont ainsi gravement compromis. Le re- « fus unanime des administrateurs du royaume de faire «.prendre aucune des mesures que j'ai recommandées, soit « pour un soulagement temporaire, soit pour une améliora- « tion durable, et l'impossibilité où je me trouve de contre- « balancer l'influrace du chef de la trésorerie (M. Borda), tf m'obligent enfin à soumettre cet exposé à Votre Altesse « Royale...
Cl J'ai recommandé la réforme complète du système des « douanes; de légères modifications y ont été seules apa portées. J'ai conseillé un moyen de percevoir réellement « et de suite les impôts, et de faire payer aux riches a marchands et aux capitalistes le dixième de leurs pro- « fits annuels, comme contribution extraordinaire de guerre. « On ne disconvient pas que le payement des impôts régu- « liers et de ceux établis extraordinairement sur les béné- « fices mercantiles ne soit éludé ; on ne disconvient pas non « plus que les mesures que j'ai proposées, si elles étaient
<c exécutées avec vigueur, ne fournissent au gouvernement « (les ressources tinancières importantes. Mais le gouvemecc ment craint de se rendre impopulaire.... Il apprécie mal le « bon sens et la loyauté des sujets de Votre Altesse Royale. « Je suis prêt non-seulement à assumer sur moi toute la reste ponsabilité des mesures que j'ai conseillées , mais encore « à braver les effets de la haine qu'elles pourraient faire (c naître... Puisque toutes les mesures prises jusqu'ici à ma « recommandation , telles que la réforme des douanes , de ce Tarsenal et de la marine, et le payement de l'intérêt de la o dette nationale en papier courant , ainsi que h formation c d'une caisse militaire ont réussi, je puis bien conclure que « les autres mesures auraient eu des résultats pareils. Il « est possible, toutefois, que je me trompe; dans ce cas, on <c ne doit attribuer qu'à mon désir d'être utile à la cause « nationale la résolution que j'ai prise d'accuser le chef de « la trésorerie. »
Wellington finissait son mémoire en émettant le vœu que le prince régent vint se mettre à la tète du gouvernement. On ne l'écouta point (i) , et les i^éformes proposées échouèrent faute d'appui. La régence ne prit que des demi-mesures, et le mal resta le même, ou peu s'en faut.
Le gouvernement anglais ne fut guère mieux inspiré : accueillant tous les utopistes qui venaient lui proposer des remèdes pour améliorer la situation de l'armée dans la Péninsule ; il soumit à Wellington une foule de projets qui ne méritaient pas son examen , et que le général en chef devait réfuter longuement, alors que les choses militaires réclamaient toute son attention (2) . Ce fut ainsi qu'au milieu des préparatifs de la campagne de 1812, il donna son opinion motivée sur un
(1) U prlncette Chariotle Toulut venir ik la place de son mari ; malt le fOUYemement anglais, craignant les intrigues de cette princesse, s'opposa fortement ft son arrlTte.
(2) runchal, Tlllers, Souia et V;inslttart étalent les principaai auteurs de ces projets.
ancien projet d'emprunt anglais, renouvelé par Funchal, frère de Souza; qu'à San-Christoval, sur le champ de bataille même, il démontra Timpossibilité d'établir une banque portugaise ; que, dans les tranchées de Burgos, il examina en détail la proposition de vendre les biens de la couronne et de l'église, et qu'à la fin de la longue retraite qui suivit ce siège, il fit ressortir les inconvénients d'un système de réquisitions forcées (i), conçu et proposé par le ministère.
Lord Stuart , qui entrait assez bien dans les vues du général en chef, l'aida puissamment à supporter les ennuis et les fatigues de ces discussions, où l'ignorance et la faiblesse du cabinet de Saint-James l'engageaient intempestivement. Ce fut lui aussi qui dirigea les opérations commerciales au moyen desquelles Wellington alimenta jusqu'à la fin de la guerre les caisses de l'armée, qui, sans cette ingénieuse ressource, auraient été presque toujours vides. Nous ne rappellerions pas ces faits, s'ils ne donnaient la preuve de l'activité du duc et de son aptitude à traiter les questions administratives, politiques et financières les plus délicates.
Malgré toutes les entraves qu'on leur opposait, les officiers anglais parvinrent à compléter l'armée portugaise, à rétablir sa discipline et à ranimer son moral abattu : 27,000 hommes d'excellentes troupes furent réunis au moment de l'entrée en campagne.
Les Espagnols sous les ordres de Wellington se trouvaient également dans un état qui annonçait des progrès notables (s). Mais ce qui surtout favorisa l'expédition projetée, ce fut l'enthousiasme produit par la nouvelle de la retraite de Moscou et de la défection de la Prusse.
Wellington eut hâte de profiter de cet effet et de se soustraire, par une brusque irruption en Espagne, à toutes les in-
(1) ce sjrttème éUlt le système français légèrement modifié.
(3) M eemte Teréno a constaté ce Cilt dans son aUMre du tQulêvmuni d'Eêpmgnê, etc.
trigues qui s'ourdissaient autour de lui. Les circonstances étaient éminemment favorables : tandis que Tétat des forces alliées s*améIiorait tous les jours, celui des armées françaiseis, comme Wellington l'avait prévu, devenait de plus en plus alarmant. Les vieilles bandes étaient rappelées en Allemagne et remplacées par de jeunes soldats (i) ; d^autre part, les démêlés des généraux entre eux, et du roi avec les principaux chefs continuaient à produire les plus funestes résultats.
Le maréchal Soult était ouvertement contraire aux plans du roi, et celui-ci, donnant un libre cours à ses ressentiments contre l'ancien chef de l'armée d'Andalousie, écrivait à l'empereur : « Le duc de Dalmatie quittera l'Espagne ou bien <c ce sera moi. » Il l'accusa même de trahison, et s'oublia au point d'insinuer que la conduite du maréchal se liait probablement avec la conspiration de Mallet à Paris (2). Napoléon rappela Soult dans l'intérêt de la guerre (3) ; mais en même temps et avec une confiance qui l'honore, il mit ce brave serviteur, si indignement calomnié, à la tête de la garde impériale en Allemagne (4).
Tandis que l'armée du roi s'affaiblissait ainsi sous le rapport du nombre, de la qualité des troupes et du talent des généraux, Wellington recevait d'utiles renforts, surtout en cavalerie, et se trouvait en outre admirablement secondé par les circonstances. L'action combinée des flottes anglaises et des corps de partisans avait réveillé l'esprit d'insurrection
(1) u sltuallon aa !«' mai élalt la suivante : Jrmée du Midi, 25,377 faniaMlot , 6.312 cava- 1l«rt; armée du Centré, 11,228 rantaulns, 1,317 caTallers; armée de Portugal, 29,424 fantaaplQS, 8;202 caTallers <cea 4erolBrs avalent reçu iv^rdre dp rentrer en France). Le» (rela armées formaient un total tfe 76,755 hommes et lOO canons. (Mémoires de Joseph.)
(2) Ces paroles sont extraites de ifapler , qui doit avoir eu sous les yeux la lettre origloale. nous nHiTont pas trouvé cette lettre dans les Mémoires de Joseph, lesquels, du reste, présentent de nombreuses lacunes.
(3) A U fin de février 1813.
(4) SenU éoi pour suocesseor daai foa coBunaailentiii •m Itpaïae to féMéral Amia.