‹ Histoire du duc de Wellington (volume 4)Chapitre 5 sur 22 · SO · texte numérisé non relu

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« de toute sorte comme le nôtre, je ne pense pas que je par- « vinsse à faire rien de comparable à ce que nous avons, car « la sagesse humaine ne crée pas du premier coup une in-

« stitution si excellente Je ne puis donc pas proposer la

« mesure à laquelle on a fait allusion. Non-seulement je ne « le puis pas, mais je déclare que, tant que j'occuperai un « poste dans mon pays, je m'opposerai à cette mesure, quel « que soit celui qui la propose. »

Cette déclaration, faite dans un moment où le peuple anglais, témoin de la servilité de ses Parlements, de la dépravation de ses hommes d'Ëtat, de la corruption de ses institutions, du spectacle hideux des souffrances de l'Irlande, attribuait ces maux, les uns réels, les autres exagéréa, aux vices du système représentatif, produisit une immense sensation dans tout le pays.

« Le roi Guillauiqe IV devait aller diuer, le 9 novembre, dans la Cité. On annonça de toutes parts que des démonstrations violentes éclateraient ; que le duc de Wellington serait gravement insulté, peut-être menacé; on s'inquiéta pour la sûreté du roi lui-même. Les événements de Paris enflammaient ou alarmaient encore les esprits ; la fermentation populaire et le troulUe du pouvoir croissaient d'heure en heure. Le cabinet, chancelant, ne voulut pas accepter k responsabilité de la sédition ni de la répression que la promenade royale à travers les rues pouvait entraîner. Une proclamation annonça la veille qu'elle n'aurait pas lieu, non plus que le dîner de la Cité. Pendant deux jours, les Chambres retentirent à ce sujet d'înterpellationSt d'explications et de débats. Le duc de Wellington se défendit avec quelque embarras. M. Peel le soutint loyalement, en essayant d'ouvrir quelques perspectives de conciliation ; mab les whigs, qui touchaient à la victoire, n'avaient garde de soufirir qu'elle fût ajournée. Le 15 novembre, une proposition du chancelier de l'écfaiouier, pour la liste civile du nouveau règne, fut rejetée par

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S35 snfirages contre 204, et, le letideaillin 16^ le duc de Wellington et H. Peel annoncèrent qae le cabinet se retirait, et qne le roi avait chargé lord Gre; de former une administration (i). »■

Trop conservateur pour les libéraux, trop libéral pour les conservateurs, le cabinet, au moment de sa chute, était abindonAé de tous. Sa retraite ne surprit ni n'afDigèa personne.

Sons le rapport de la politique intérieure, l'administration du duc de Wellington avait été féconde en résultats. La question delà liberté du conunCTce avait fait un pasdécisifet celle de rémancipation était arrivée i un dénoùmcnt heureux. D'autres mesures importantes avaient été prises, notamment la réorganisation de la police générale du royaume.

On ne peut guère reprodier au duc que son obstination à méconnaître le sentiment public dans la question de la réforme; et encore faut-il noter que l'exemi^e de cette obstination loi fut donné par les hommes d'État aux idées les plus laides et les plus généreuses. Il suffit de citer sir Robert Peel pour faire comprutdre TsAtitade prise par Wellington dans cette cùrconstance. Vieux soldat (Aevé à l'école de Chatam et deCastlereagh, il avait vu, sous l'infloencede ce régime tant décrié, sa patrie s'élever au premier rang des nations. Les souvenirs de sa jeunesse, ses plus beaux succès, la gloire des armé^ britanniques se rattachaient à ce brillant passé, contre lequel s'élevaient les passions de la foule avec une rage qui devMt lui paraître iaseasée. Imbu de l'idée que la révolution de juiHet avatt seule produit cette «ultation, bien plus factice que réelle, le duc s'était imaginé que le peuple, rendu k ses bons instincts, ne urdemt pas à s'apaiser. Il ne fut pas, du reste, le seul homme d'État qui partageât cette opinion , et qui, adoptant la réforme parlementaire, eât craint de mal

(I) m.wnoT- sir Mobnift*!.

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servir les intérêts de U nation. Aujourd'hui même encore des esprits sérieux se demandent ce que le peuple anglais a gagné en force et en considération à cette réforme, qui devait, au dire de ses promoteurs, soulager toutes les misères, faire disparaître tous les abus, et provoquer des améliorations dans ' toutes les branches des services publics.

En définitive, quelque opinion que l'on ait de la politique intérieure du cabinet de Wellington, on doit admettre qu'elle fut plus éne^ique et plus libérale que sa politique extérieure.

N'ayant point de sympathies pour la cause de la Grèce, et jugeant que la destruction de la flotte ottomane avait été avantageuse seulement à la Russie, le duc qualifia la victoire de Navarin : un événement fâcheux, dans le discours prononcé, le 29 janvier 1828, par les commissaires royaux à l'ouverture de la session. Ce langage fut blâmé par l'opposition libérale des deux chambres comme indiquant, de la part de Wellington, le projet d'abandonner la politique de Canning.

Le fait est que le gouvernement, par son attitude molle et indécise, encouragea l'obstination de la Porte et détermina la Russie à se détacher du traité de Londres, dans le but de faire la guerre aux Turcs pour son propre compte. Ce fut une faute contre laquelle le prince de Hetternich essaya vainement de prémunir le chef du cabinet. Si Canning avait été premier ministre, il est permis de croire que l'empereur Nicolas n'aurait pas obtenu dans le traité de paix des condi- • tiens aussi favorables pour lui, aussi dangereuses pour l'Europe.

On a blâmé avec raison l'attitude bienveillante que prit lord Aberdeen , ministre des affaires étrangères sous Wellington, envers le fourbe et violent don Miguel, usurpateur de la couronne de Portugal.

Il faut remarquer, cependant, que toute autre politique que la neutralité eut été une violation des principes que l'Angle-

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terre elle-même avait cherché à faire prévaloir au congrès de Vérone.

Dou Miguel ne méritait sans cloute aucune considération; mais fallait-il pour renverser ce tyran et mettre à sa place don Pedro, entraîner l'Angleterre et peut-être l'Europe dans une guerre nouvelle? Wellington ne le pensa point. Son success senr tord Grey, chef d'un cabinet où les whigs avaient la majorité, observa du reste la même neutralité. Seulement, en s*abstenant,il eut la fermeté d'exiger que les autres s'abstinssent également. Cette politique, en empêchant l'Espagne d'intervenir en faveur de don Miguel, hâta le triomphe du bon droit.

On a dît que Wellington, dans cette situation, aurait laissé le ohamp libre aux Espagnols (i); mais cette opinion, fondée sur quelques indices tirés de sa correspondance, ne peut pas avoir l'autorité d'un fait reconnu. Personne plus que le duc ne sut imposer silence à ses convictions et à ses sentiments quand il eut un devoir essentiel à i-emplir.

Ceux qui ont suivi Wellington pas à pas dans sa carrière ne seront pas étonnés d'apprendre qu'il ait vu de mauvais œil la révolution de Paris, et que dans le discours d'ouverture de la session législative, il l'ait qualifiée de révolte contre un gouvernement éclairé (s).

Il exprima, dans le même discours, la résolution de maintenir, à l'égard du roi Guillaum^ les traités généraux qui avaient fixé le système politique de l'Europe. Le duc était poussé dans cette voie par ses convictions, hostiles aux gouvernements révolutionnaires, par ses sentiments d'affection

(I) CMIo oplDlDD 1 m eiprlmto par la canlInuaUnn de l'ouTrige de Eumi (1) < J'il ipprli arec un proFonil regrel la altuallon d» affalrri de* Pari-I

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pour la maitOQ d'Orange» par ses liaisons avec les despotes du continent, et surtout par le souvenir du zèle qu'il avait mis à consolider l'union mal assortie de la Belgique avec la Hollande, union qui réalisait selon lui une idée vraiment utile à l'Europe, l'idée d'une barrière puissante opposée aux envabiisemeots de la France. Entraîné par ces diverses considérations, le duc parut un moment disposé à intervenir par les armes dans le différend hollando-belge. Hais quand l'ordre eut pria le dessus à Bruxelles, et que les puissances oontinen> taies se furent mises d'accord pour reconnaître le mouvement accompli, les intentions de Wellington à l'égard de la Belgique changèrent complètement ; il accueillit même avec joie la nouvelle de l'élection du prince Léopold, l'homme le plus propre à consolider oe que lord Palmerston'appelait sa petite monarchie expérimentale.

Lord Grey avait composé son administration d'une majorité de whigs, à laquelle s'étaient joints trois ou quatre partisans de la politique de Canning.

Le i" mars i83i , le cabinet soumit à la Chambre des Communes, par l'intermédiaire de John Russel, une proposition de réforme parlementaire. Bien que «fa» John ne fût pas ministre, il méritait l'honneur de cette initiative, en considération des efforts énergiques et persévérants qu'il avait faits dans l'intérêt de la mesure proposée (i).

La discussion fut des plus orageuses . Elle mit au jour des faits de corruption électorale et des abus qui constituaient une altération évidente du système représentatif.

De grandesvilles, comme Leeds, Manchester, Birmingham, étaient classées au-dessous de petits bourgs en possession

(Il lA>nl Grc]', lia re

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de la franchise électorale. « Dans une partie de l'empire, « dit lord Durham, un parc sans population, ou du moins « une population absolument insignifiante , envoie deux « membres à la chambre , tandis que des villes comptant « leurs habitants par centaines de mille n'ont pas même un « seul député (i). »

« Les sièges du Parlement, dit M. Sheil (3), sont l'objet « d'un trafic honteux. Il existe un marché presque public, un « entrepôt commun, un bazar pour la vente des franchises « du peuple. Courfter parlementaire est une qualification ff consacrée par l'usage. Bien plus îles bourgs pourris entrent « dans les arrangements matrimoniaux et servent de dots ou u de douaires aux jeunes filles. Ce trafic notoire des bourgs « a engendré une habitude générale de vénalité. En voyant « les lords convertir en aident leur inSuence électorale, " l'humble électeur a été conduit à tirer parti de son misé- « rable sufirage.... Et de quel droit condamnerions-nous la K corruption de celui-ci, quand nous donnons protection et « appui à celui-là? L'infamie de la prostitution est-elle puri- « fiée parla grandeur du salaire?

Plaçant la question sur un terrain plus élevé encore, M. Macaulay, fort de l'appui du peuple et de l'assentiment des orateurs les plus distingués de la Grande-Bretagne, s'écria au milieu d'un tonnerre d'applaudissements : « Tout présage <c à ceux qui s'obstinent dans une vainc lutte contre l'esprit « du temps une défaite certaine, éclatante, La chute du plus « superbe trône du continent retentit encore à nos oreilles;

(I) Dlteoan prononM 1 la Cbambra d«t Lordi.

tmrml lei Yllln ddd ropréieaUe* M Irouiilenl iltri LMiU, tbcaeU, Brtdfard. lallti: ■■Msmleld et «iktflald.

■n revanolie, OM-Rirun, lieu uni milioDi el uni un leul bihlUnt, l'U riut ea croira m ul«aTia«lil*|TMMW(M>T and pMllltat lift ùt Arthur WtlUtttr, P- ll3|,tnll4M niiniMntaaUqiil ■• rcpréicoUIml penonna.

Il) Manbra da la ckiotfir

a le toit d'un palais an^^ais donne un triste asile à l'héritier « exilé de quarante rois... De tous côtés nous voyons les « vieilles institutions renversées, les grandes sociétés péri- « clitantes. Pendant que le cœur de l'Angleterre est encore tt sain, pendant que les anciens sentiments, les anciennes .u institutions conservent encore chez nous un pouvoir et un <i charme qui peuvent s'évanouir hientât; dans ce moment II encore propice, dans cette heure de salut, prenez conseil, « non des préjugés, non de l'esprit de parti, non du honteux « orgueil d'une obstination fatale, mais de l'histoire, de la « raison, des siècles passés, des redoutahles symptômes de « l'avenir! Rajeunissez l'Ëtat; sauvez la multitude livrée à « ses ingouvernables passions; sauvez l'aristocratie compro- « mise par son pouvoir impopulaire; sauvez la plus grande, « la plus belle société, la plus admirablement civilisée qui « ait jamais vécu, des calamités qui peuvent en quelques « jours ravager ce riche héritage de tant de siècles de sagesse « et de gloire. Le danger est immense; le temps est courtl t Si ce bill doit être rejeté, je prie Dieu qu'aucun de ceux « qui concourent à le faire rejeter ne regrette un jour amère- « ment et vainement son vote, au milieu de la ruine des lois, « de la confusion des rangs, de la spoliation des richesses et « de la dissolution de l'ordre social! »

Les adversaires du bill objectaient, que sous l'influence de ce régime, frappé maintenant de réprobation, l'Angleterre avait conquis la première place dans le monde , et que les bourgs pourris, notamment, avaient donné au pays ses plus illustres hommes d'Ëtat.

L'un des orateurs les plus respectés de la Chambre des Lords, sir Robert Peel, combattit ta mesure comme née sous de mauvais auspices, comme excessive en soi et dénaturant la constitution du pays, comme soutenue par de mauvais moyens. « C'est, disait-il, une réforme soulevée en An- « gleterre par le vent révolutionnaire venu de France, et

« dont on poursuit le triomphe en fomentant parmi le « peuple les idées, les passions, les pratiques révolution- « naires...

a Votre jugement est troublé par ce qui vient de se passer M chez nos voisins. . . Ne vous laissez pas entraîner par cette « e&citatioQ momentanée... Quand le peuple anglais reprena dra son ferme bon sens, il vous reprochera d'avoir sacrifié « la constitution du pays au désir de flatter une explosion de a sentiments populaires... Je combattrai ce bill jusqu'au « bout, parce que je le crois fatal à notre heureuse forme de « gouvernement mixte, fatal à l'autorité de la Chambre des « Lords, fatal à cet esprit de suite et de prudence qui a valu « à l'Angleterre la confiance du monde, fatal à ces habitudes, w à ces pratiques de gouvernement qui, en protégeant efBca- « cernent la propriété et la liberté des personnes, ont donné « au pouvoir exécutif de l'État une vigueur inconnue dans a tout autre temps et dans tout autre pays. . . Si le bill proposé « par les ministres est adopté, il introduira parmi nous la « pire et la plus vile sorte de despotisme, le despotisme des « démagogues, le despotisme du journalisme, ce despotisme « qui a poussé des contrées voisines, naguère heureuses et « florissantes, sur le bord de l'abîme. »

Ces arguments exercèrent tant d'influence, que le ministèreessuya dans la Chambre des Communes un premier échec sur l'une des dispositions importantes du bill. A la suite de ce vote, ta dissolution fut prononcée le 11 mai, et un nouveau parlement convoqué pour le H juin.

La résolution du cabinet provoqua un enthousiasme général parmi les libéraux, suivi de scènes de violence dans le peuple ; le jour où elle parut dans les journaux , ta populace de Londres brisa tes fenêtres de H. Baring et du duc de Wellington, tes deux noms les plus éminents du commerce et de l'armée.

Les tories éprouvèrent de rudes échecs dans les élections.

La DouTellé cbâmbre vota, par 367 voix contre 251, la seconde lecture du projet de réfonne, et par 545 contre 236 la formule d'usage : que ce bilt passe.

Dans la Chambre des Lords, le cabinet rencontra plus de di£Scultés. Au nombre de ses adversaires déclarés se trouvait le duc de Wellington. Il soutint que le bitl en discussion violait le pacte fondamental, en principe comme en fait : « La' « repréeentatioD des villes, dit-il, va se trouver à la merci de « quelques comités; d'autre part, en augmentant le nombre « des députés des villes, on détruira l'équilibre qui doit exis* « ter entre la représentation urbaine et la représentation agri- « cole des comtés, he bill créera un corps électoral démocra- « tique et violent, qui ne pourra produire qu'une assemblée M législative violente et démocrate. Avec le bill, les églises

« d'Angleteire et d'Irlande auront bientôt disparu » Le

duc ajouta, sous forme de péroraison : « L'expérience que « j'ai acquise dans les situations où j'ai servi Sa Majesté me « donne le droit et m'impose le devoir de dire que je ne puis « pas voir cette mesure sans la plus sérieuse appréhension, « car de l'époque de son adoption datera le renversement de « notre constitution (i). »

Lord Dudiey combattitia mesure parce qu'elle reposait sur la supposition monstrueuse que l'Angleterre n'avait jamais eu un bon gouvernement, et que le peuple avait toujours été privé de ses droits.

Après une assez longue discassîon, l'amendement tendant à l'ajournement du bill à six mois fut adopté par une majorité de 41 voix (*).

(I) Voir «1 rirlIanientliiiiTClliïrTeil Ihe coi llGOlirlr oT ■■'> tein, I tec no r( Uln IndliMiuIi In Ibg countrr- •

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Nouvelle complicatioo, nouveaux troubles. Rarement l'effenrescence fut plus générale et plus menaçante à Londres. L'h6tel d'Apsley-House eut encore une fois ses fenêtres^ brisées ; celles du comte Dudley et du marquis de Bristol subi< rent le même sort. Le marquis de Londonderry fut accueilli à coups de pierres et blessé ; le duc de Cumberlaod, jeté k bas de son cheval, eût probablement été tué sans l'intervention opportune de la police. . .

Sur d'autres points de l'Angleterre et notamment à Bristol, U'-Z^'^f'^'^*^ des désordres tout aussi graves furent commis ; les émeutiers eurent recours à l'incendie et au pillage. Depuis les troubles de 1780, on n'avait rien vu de semblable.

O'Gonnell proûta de cette situation pour organiser une nouvelle et stérile agitation» dans le but d'obtenir le rappel de l'union.

Le roi, heureusement, soutint ses ministres dans leurs efforts pour calmer te peuple. Un nouveau bill, peu différent du premier, fut soumis aux Chambres. Celle des Communes ' l'adopta à la majorité de il6 voix ; celle des Lords était toujours hostile, mais plusieurs de ses membres se rallièrent par la crainte de voir le gouvernement faire une création importante de pairs. Le duc de Wellington néanmoins déclara, malgré toutes les menaces dontil était l'objet, que son opinion n'avait point changé. La seconde lecture fut votée à la faible majorité de 9 voix. Immédiatement après, les lords se séparèrent pour les vacances de Pâques.

Les réformateurs mirent cet intervalle à profit pour organiser de nouvelles manifestations, et ils réussirent d'autant mieux, que la faible majorité pour la seconde lecture avait réveillé toutes les craintes des partisans du bill.

A la reprise de la session (le 7 mai) lord Lyndhurst proposa un amendement que le ministère signala comme une manœuvre ayant pour but d'apaiser les clameure de Manchester et de plusieurs autres grandes villes, afin d'avoir ensuite

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meilleur marché des autres clauses relatives aux franchises à supprimer.

Cette motion néanmoins fut adoptée par i51 voix contre 116. Le ministère remit aussitôt sa démission entre les mains du roi (i). Sa Majesté fit venir le duc de Wellington et le chargea de former un cabinet, à la condition expresse qu'une large réforme serait la base de h nouvelle administration. Bien que le duc se fût prononcé ouvertement contre la réforme, il consentit à faire quelques démarches, de concert avec lord Lyndhurst (3). Ces démarches n'ayant produit aucun résultat (3), la couronne fut obligée de revenir à lord Grey et de lui promettre la création d'une fournée de pairs, si la chambre haute continuait à se montrer hostile à la loi : cette menace produisit l'effet désiré. Le duc de Wellington et une centaine de membres, ne voulant ni donner leur assentiment au bill, ni forcer les ministres, en persistant dans leur opposition, à créer de nouveaux pairs, s'abstinrent; elle 6 juin la réforme fut définitivement adoptée par 106 voix contre 22.

Le duc de Wellington accepta le fait accompli avec sa décision habituelle ; un an après, il disait : « Maintenant que « Tacte de réforme est devenu la loi du pays, je regarde

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« comme de mon devoir, Don-seulement de m'y soumrïtre, « mais de coopérer à son exécution par tons les moyens en « mon pouvoir. »

Un auteur français a très-bien indiqué la raison qui justifiait aux yeux du duc cette singulière conduite :

« I) y avait quelque chose, dit M. John Lemoine, que Wellington mettait au-dessus de toutes les opinions, c'est ta nécessité de gouverner. Il ne comprenait pas plus l'Ëtat sans gouvernement qu'il n'aurait compris l'armée sans chef. C'était en politique son idée principale, nous dirons son idée unique.

n L'émancipation était un mal, la réforme était un mal ; mais la guerre civile et la révolution eussent été des maux plus grands encore ; et il fallait gouverner à tout prix (i). Il échappait de temps en temps au vieux duc des paroles qui restaient proverbiales chez les Anglais : après le vote de la réforme, il fit cette remarque aussi briève que significative : « Et comment s'y prendra-t-on maintenant pour a gouverner? », Il avait raison, et le gouvernement, comme il l'entendait, est en effet devenu beaucoup plus difficile depuis ce temps-là.

a C'est toujours pour obéir à cette nécessité de gouverner qu'il renonça à presque toutes ses opinions. Ennemi de la réforme commerciale (3), il s'y rallia, comme Robert Peel, quand elle fut devenue nécessaire. À cette occasion, il déclara avec son habituelle simplicité , « que la formation d'un gon- « vemement dans lequel Sa Majesté aurait conBance, était

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« à ses yeux bien plus import&Dte que les opinions d'aucun « individu sur les lois de protection. »

Et quand sir Robert Peel lui demanda l'appui de son grand nom pour former un ministère, il dit dans la Chambre des Lords « : J'ai résoin de lui donner mon concours, bien que je « sache que par là je participerai à un changement essentiel « dans la loi existante. Mais, amplement récompensé comme « je l'ai été par la couronne et par le pays, je ne puis refuser « mon concours, quand je suis appelé à former un gourer' a nement pour donner î Sa Majesté le moyen de convo- « quer son parlement et de faire les aifaires du pays. »

Nous aimons à citer littéralement les paroles de cet homme remarquable, parce que rien ne saurait mieux le peindre. On Toit qn'il avait une idée un peu limitée, un peu exclusivement militaire des devoirs du gouvernement; mais il était tellement pénétré de cette idée qu'il y subordonnait, et quelquefois même y sacrifiait ses convictions. En le jugeant ainsi, nous ne voulons point le déf»^cier. Il était tellement honnête, tellement droit, tellement vrai, que ce qui, chez un autre, eût été du sceptidsme ou de l'apostasie, pouvaitêtre regardé chez lui comme de la vertu et du désintéressement ; et précisément parce qn'il n'avait pas des doctrines très-arrêtées, parce qu'il s'inspirait de l'histoire plus que de la philosophie, des faits pins que des idées, le sacrifice moral qu'il faisait aux circonstances coûtait moins à son honneur et à sa conscience.

L'année 1852 fut celle où la popularité de Wellington essuya les plus rudes échecs. On répétait partout ce mot de lui à M. Porter, manufacturier de Manchester : « Si le penpie « d'Angleterre ne veut pas rester tranquillcj il y a un moyen « de l'y contraindre, n (If tke people of England won 't be qmet, there is a way lo make them). Cette menace exaspéra la populace au dernier point. Le 18 juin, jour anniversaire

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de Waterloo, le duc, visitant la tour de LondK», fut insulté et serré de si près qu'il aurait eu de la peine i rentrer sain et sauf chez lui, si quelques soldats et gentlemen n'eusaent entouré son cheval et formé une espèce d'escorte (i).

L'année suivante, les affaires du Portugal fournirent i Wellington roccasioQ d'attaquer le ministère whig, qu'il blâma d'avoir entraîné le pays dans une lutte à laquelle il aurait dû rester étranger. Il traita fort durement cette guerre et ceux qui l'avaient entamée. On ne devait pas attendre moins d'un partisan absolu du principe de non intwveotioD.

Cette même année, comme s'il s'était repenti d'avoir donné trqt de gages aux catholiques, le duc saisit avec empressement deux occasions pour se réconcilier avec le protestantisme ; il qualifia l'agitation de l'Iriande « une conspiration K de prêtres et de démagogues voulant atteindre Imir but par M la menace et la force (s); » quelque temps. après, il s'écria eu plein pariement (s) : a Notre devoir est de faire tout ce que « nous pouvons pour la prospérité de la religion protestante, « non-seulement i cause des relations politiques qui eiistent « entre l'Église d'Angleterre et le gouvemement^ mais encore « parce que ses doctrines sont les phis pures et son système « le meilleur qui puisse être offert à un peuple. »

Nous reprocherons moins h lord Wellington cette opinion exclusive que la vivacité avec laquelle il s'of^sa constamment à l'admission des juifs dans le Parlement. Ce fut en effet une faiblesse d'esprit de vouloir « que dans une It^is- « lature chrétienne il n'y eût que des chrétiens. » Il est juste

(1) ITOr;(tDU.iiB, t.ll.p. I lit Mme* do !• Julllel.

(3) Naneeilaïlulllct.

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— Gide faire observer toutefois que jusqu'à ce jour l'exclusion des juifs a été maintenue en dépit des efforts du gouvernement, preuve que l'intolérance, mime chez les peuples les plus civilisés , peut étouffer longtemps la voix de la justice et de la raison.

Une question souvent agitée fut celle de l'abolition de la traite des nègres dans les colonies anglaises. Le duc, en principe, était contraire à ce trafic; mais, dans l'applicadon, il voyait un inconvénient à le supprimer. Cette réforme, d'après lui, aurait amené la décadence des colonies de l'Inde occidentale et favorisé au contraire le développement de celles des autres nations; de sorte que l'Angleterre, au lieu de consommer du sucre produit dans son empire, se serait vue obligée d'acheter du sucre français, américain ou portugais, toujours fabriqué par des nègres, il est vrai, mais non plus par des nègres appartenant à des sujets britanniques. Or, Wellington trouvait, avec raison, peu nécessaire de consacrer un ordre de choses si manifestement préjudiciable à son propre pays, et dont l'humanité n'aurait tiré aucun avantage.

Dans le courant de l'année i854, le bilt de répression contre les violences et les désordres commis en Irlande amena la retraite de lord Grey. Déjà, antérieurement, plusieurs de ses collègues l'avaient quitté à la suite de dissentiments provoqués par d'autres mesures (i). Au lieu de se retirer avec leur chef, les minisVres restèrent et choisirent lord Melbourne pour

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présider le conseil. Mais Guillaume IV n'ayant pu se mettre d'accord avec cet homme d'Ëtat, pria le duc de WelliugtOQ de former un nouveau cabinet. Le lendemain IS novembre, la cbute des whigs fut officiellement annoncée.

Appelé à Brîghton, le vieux chef des tories donna un grand exemple de modestie et de puissance, v Ce n'est pas à moi, « dit-il, que Votre Majesté doit demander de former uo mi- « nistère et qu'il appartient de le diriger, c'est à sir Robert tt Peel. Dans la Chambre des Communes sont les difficultés a et la prépondérance; c'est son chef qu'il faut à la tête du « goQvemement. Je servirai sous lui , dans le poste qu'il « plaira à Votre Majesté de me confier. »

Cette proposition fut agréée. Mais comme l'honorable baronnet était alors en Italie, le duc de Wellington se chargea, en attendant son retour, de la responsabilité du gouvernement. De concert avec lord Lyndhnrst, il dirigea pendant trois semaines plusieurs départements ministériels. Les rigoristes constitutiounels s'élevèrent contre ce cumul, pendant que le public « admirait en souriant la confiante hardiesse et l'infatigable empressement du duc à servir le roi et l'État (i). »

Sir Robert Peel arriva à Londres le 9 décembre 1854. Il chargea Wellington du portefeuille des relations extérieures et recruta ses autres collègues parmi les tories modérés.

La dissolution delà Chambre des Communes fut l'un des premiers actes de ce minist^.

Les nouvelles élections donnèrent au parti conservateur 100 voix de plus qu'il n'avait précédemment. Malgré ce renfort, le cabinet fut battu sur la question du choix de j'ora- j.c. Sl-^^^'t teur. Peel n'en resta pas moins à son poste, ayant l'espoir f 4l,tnxx»yv(r\ de raffermir sa position et de gagn»* du terrain par la pré- j'^^^.^^r-r.^i.'

(1) ■.SDIIOT.

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sentatiop de quelques mesures utiles. Mais les whigs, assurés d'une majorité dans la chambre, se montrèrent décidés à saisir la première occasion pour renverser le ministère.

Cette même année, la mort de lord GrenviUe laissa vacante la chancellerie de l'université d'Oxford (i). Wellington fut nommé à cet emploi par l'unanimité des suffrages (3). Cette marque de haute confiance, donnée au plus ferme soutien du bill de l'émancipation catholique, prouve que l'impopularité du duc s'était évanouie avec l'agitation qui l'avait fait naître.

La c^monie de l'installation eut lieu avec une pompe extraordinaire le 9 juin. Le duc ouvrit la séance par un petit discours latin et procéda ensuite à la nomination des nouveaux docteurs. On admira généralement la bonne grâce avec laquelle ce vieux soldat, blanchi sous le harnais, porta la toge de chancelier et se prêta à toutes les exigences d'un œrémo- ^vin^M.^ , niai [idûji]^. Il serait impossible de décrire l'enthousiasme que sa présence excita au milieu de la foule accourue pour le voir. Quand Tauteur du poëme couronné, en terminant sa harangue , adressa un hommage public « au héros qui avait pacifié le monde dans les champs de Waterioo, » toute l'assistance se leva, et pendant plusieurs minutes battit des mains, ag;ita les chapeaux et les mouchoirs au milieu de hourras frénétiques (s).

La nomination d'un militaire au poste de chancelier de l'université d'Oxford dut paraître, aux étrangers surtout, une véritable excentricité; cependant, dit lord EUesmere («), it est reconnu aujourd'hui que jamais l'université ne fit un meilleur choix. Le duc s'occupa très-activement de sa nouvelle charge ; peu de jours avant sa mort , il défendait les

(I) GreoTing aoarnt le 11]»

dlLcMJiBTler.

(3) TOlrlTOCgUELHil. 1l,p.

(1} Llftanâcluiracter, etc..

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iDtérto de runiversité i la Chambre des Lords en homme parTaitement an coarant de la question.

Le ministère de sir Robert Peel avait été depuis son début aux prises avec des difficultés invincibles. Battu sur plusieurs questions, il se retira le 8 avril 1855, à la suite du vote sur la motion de iidnEfiSaSBèLdemandant l'appropriatiou & l'édu- V*-^ cation publique de l'excédant des revraus de l'Ëglise d'Irlande. Ainsi, après quatre mois d'une existence tourmentée, le cabinet tory céda la place à un ministre whig, fonné sous la présidence de lord Melbourne.

 partir de cette époque, le duc de Wellington cessa de prendre une part influente dans le gouvernement civil du pays : il se borna strictement à l'examen des questions militaires et à l'accomplissement de ses devoirs de membre de la Chambre des Lords et de chancelifr de rnniversité.

Guillanme IV mourut au mois de juin 1857. Wellington fit son éloge dans la Chambre des Lords. Il saisit cette occa- »ou poar expliquer le motif de l'empressement qu'il avait mis à servir ce prince dans des moments où sa considération eût gagné i ce qu'il s'absUnt : « Je fus engagé k le servir, dit-il, M non-seul«neut par le sentiment du devoir et par la consi- « dération que le souverain de ce pays a le droit de réclamer « mes eervicesdans toute situation où ilpeutlescroireutiles, « mais encore par nn sentiment de gratitude pour les fa- « veurs et les distinctions que Sa Majesté m'a conférées, malgré l'opposition que j'ai dû faire quelquefois à ses « Tues (j). »

La r^ne Victoria conserva aux affaires lord Melbourne, qui, par son expérience, ses manières aimables et son esprit

(IlOMiHinOnlljHin.

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d'homme du monde, était essentidiement propre à faire l'éducation politique de la jeune souveraine. Cependant, quelque faveur qu'elle témoignât à son premier ministre, la reine ne le plaça jamais dans son estime au-dessus du vénérable duc, pour qui elle ressentait une affection toute filiale. Loin de cacher ce sentiment, elle s'en expliqua un jour très-franchement avec lord Melbourne lui-même. C'était à la sortie d'un conseil tenu à Windsor. Le chef du cabinet, au moment de se séparer de la reine, pria Sa Majesté de lui dire « si elle avait pour quelqu'un de ses sujets une telle pr^érence qu'elle souhaitât l'associer à elle dans l'exercice des devoirs de la souveraineté que la Providence lui avait départis. » La reine, un peu surprise, demanda à son premier ministre si c'était comme homme d'Ëtat et comme serviteur de la couronne qu'il lui adressait cette question. Lprd Melbourne répondit qu'il ne se serait jamais permis de la lui faire à un autre ûtie. Dans ce cas, dit la reine, j'avouerai qu'il y a un homme pour lequel j'ai une préférence marquée : c'est le duc de Wellington.

Cette anecdote fut racontée, dans un banquet officiel, par le major Cumming-Bruce, qui en garantit rautbenticité. « Je TOUS laisse à penser, dit le narrateur, quelle figure allongée dut faire tord Melbourne quand Sa Majesté le gratifia de cette réponse (i). »

La cérémonie du couronnement eut lieu dans l'été de 1858. La France y fut représentée par le duc de Dalmatie, un des adversaires les plus habiles que lord Wellington eùtrencontrés sur le champ de bataille. Le peuple anglais fit à ce brave soldat une réception enthousiaste; et le vainqueur d'Orthez se distingua au milieu de tous par sa courtoisie chevaleresque. Dans un banquet donné par la corporation de Londres aux

(I) votr STOcoonn, t

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princes et aux ambassadeurs étrangers, il trouva moyen de faire l'éloge du duc de Daimatie en termes chaleureux. Soult, vivement touché de cette galanterie et des témoignages d'estime que la nation lui donnait, porta un toast « A l'alliance « perpétuelle de ta France et de l'Angleterre, à l'armée bri- « tannique, et plus particulièrement à son grand général, le « duc de Wellington ! » On raconte qu'à ce dîner, le duc présenta au maréchal plusieurs généraux qil'il avait combattus en Espagne. Quand Soult aperçut sir Rowland Hill, il lui tendit la main et s'écria gaiement : « Ah ! je vous rencontre « enûn, moi qui ai couru si longtemps après vous! » (Allusion à la retraite de Hill, depuis Madrid jusqu'à Alba de Tormès, après l'afiâire de Bui^os.)

Le peuple anglais sut gré à Wellington d'avoir fait si bon accueil à l'ambassadeur du roi Louis-Philippe ; cette circonstance contribua beaucoup à rétablir sa popularité, compromise par les dissentions intérieures.

En 1859, le cabinet de lord Melbourne se trouvant trop faible pour surmonter les embarras que lui suscitaient la législation des grains et l'état précaire de l'Irlande, saisit l'occasion du vote sur une motion tendante à suspendre la constitution de la Jamaïque pour offrir sa démission à la reine (7 mai). Sa Majesté accepta cette démission à regret, ayant une pr^érence marquée pour les whigs, qui avaient été, pour ainsi dire, les guides de son enfance. Elle fit venir le duc de Wellington, qui lui conseilla de s'adresser à sir Robert Peel. La reine, plutôt par nécessité que par conviction, suivit ce conseil. Sir Robert Peel présenta le lendemain une combinaison qui fut agréée sans la moindre objection.

Cependant, le premier ministre et ses amis, craignant l'influence des whigs, jugèrent utile de prendre quelques précautions contre les intrigues de palais, toujours redoutables, même dans les monarchies constitutionnelles. Ils demandè-

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— Turent en conséquence à Sa Majesté le droit de disposer des principales charges de sa maison, et, comme première application de ce droit, le renvoi des filles d'honneur de la reine et des dames de la chambre à coucher (iadies of her bedchamber), « Ce ne fut pas, à ce qu'il parait, de sir Robert Peel, mais du duc de Wellington lui-même que vint l'idée de cette exigence. La jeune reine en fut choquée : c'était, lui dirent les whigs, une prétention exorbitante, et que n'autorisaient pas les précédents. On ajoutait que \es grandes dames du parti conservateur en avaient parlé comme d'un triomphe sur la reine. L'impertinence est quelquefois unearme utile, mais plus souvent un dangereux plaisir. Le lendemain du jour où sir Robert Peel avait formé sa demande, il reçut de la reine ce billet :

« La reine ayant réQécbi sur la proposition que lui a faite « hier sir Robert Pee) d'éloigner les dames de sa chambre, <( ne peut consentir k un procédé qu'elle croit contraire à « l'usage et qui répugne à ses sentiments. »

" Sir Robert Peel répondit par une longue lettre respectueuse, sensée, mais un peu lourde et sans élance comme sans complaisance (t). »

Les négociations furent rompues et les whigs rentrèrent au pouvoir.

L'afiaire en apparence si futile du renvoi des dames d'honneur eut beaucoup de retentissement et donna lieu à de vives attaques contre Robert Peel. Au nombre de ceux qui prirent sa défense à la Chambre des Lords se trouvait le duc de Wellington, qui n'hésila point à déchirer, au risque de déplaire à la cour, « que, dans sa manière de voir, les ministres de (t la couronne devaient avoir toute la confiance du souverain « et intervenir jusqu'à un certain point dans la formation de

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« sa maison. Hoi-mtote, disait-il, comine chef de cabinet,

« j'ai pu constater la fâcheuse influence que les hommes de

« la cour, sinon les femmes, exercent souvent dans de sim-

u pies conversations (t). »

Lord Melbourne resta premier ministre jusqu'en 184i. La reine lui donna pour successeur sir Robert Peel , qui , cette fois, se crut assez fort pour n'avoir pas à redouter les intrigues des filles d'honneur et des femmes de chambre de la reine.

Le duc de Wellington consentit à faire partie de ce nouveau ministère, mais sans fonetioDs précises et sans caractère déterminé. Son influence sur la Chambre des Pairs et l'habitude' qu'il avait prise de s'occuper de toutes les afi'aires en discussion, rendaient son concours éminemment utile. Sir Robert Peel avait d'ailleurs une confiance illimitée dans la fermeté et le bon sens traditionnel du vieux duc. Celui-ci, d'un autre côté, s'accommodait parfaitement de la position de ministre sans portefeuille, qui lui donnait une influence réelle, tout en le déchargeant d'une foule d'obligations pénibles. Le commandemeut en^chef de l'armée, rendu à WelliDgtou par la mort de Hill (en septembre 1842], servit à justifier cette position exceptionnelle, que le duc conserva jusqu'à la fin de sa vie. Libéré désormais du poids trop lourd des affaires publiques, il fut seulement appelé de temps à autre à donner son avis sur certaines questions spéciales , notamment sur celles relatives aux guerres de l'Afghanistan (s) et de la Chine, qu'il suivait avecl'intérèt le plus soutenu. Tous ceux qui combattaient à l'étranger, généraux et soldats, étaient sûrs de trouver en lui un défenseur chaleureux, un

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ami toujours prêt à exalter leurs services, quand d'autres cherchaient à les amoindrir.

L'avéneroent des tories fut exploité avec un redoublement d'énergie par le célèbre O'Connell, jadis avocat d'une bonne cause, maintenant orateur fougueux, désordonné, trivial d'une cause perdue d'avance. Nature ardente et passionnée, habile à soulever tous les orages du cœur, il possédait à un haut degré cette éloquence populaire qui , au service de l'homme ambitieux, sert plus souvent à égarer qu'à instruire et à diriger les masses. Exaltant tour à tour les bons et tes mauvais sentiments de ses compatriotes , il les domina au point d'en disposer comme le général dispose de son armée. Persuadé qu'en agitant à grand bruit devant le cabinet le fantôme sanglant de la guerre civile, il arracherait à/ sir Robert Peel le rappel de l'union, comme il lui avait arraché, en 1829, l'émancipation catholique, O'Connell provoqua des rassemblements tumultueux, qui prirent bientôt le nom de meetings monstres. Le 15 août 1845, cinq cent mille hommes, dit-on, se réunirent à Tara, lieu célèbre par l'élection des anciens rois d'Irlande. Le grand agitateur, fier de cette exhibition de puissance, attaqua le gouvernement, les institutions et les hommes publics de l'Angleterre avec une violence de langage et de gestes que n'égala jamais peut-être aucun tribun ancien ou moderne :

« N'en doutez pas, dit-il, l'accablante majesté de votre nombre frappera en Angleterre et y produira son effet. Le duc de Wellington a commencé par nous menacer. Il parlait de guerre civile ; il n'en dit plus un mot maintenant. Il fait faire des meurtrières dans les vieilles forteresses. C'est bien là le fait d'un vieux général ; comme si nous voulions aller nous casser la tète contre des murailles... Le duc parle de nous attaquer; j'en suis charmé. Je ne dirai pas le moindre mot blessant pour les braves soldats qui composent l'armée

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de la reioe...; mais j'affirme ceci : s'ils nous faisaient la guerre, l'Irlande, animée comme elle Test aujourd'hui , fournirait assez de feronies pour battre toutes les troupes d'Anglelerre. Voyez comme tout le peuple de l'Irlande se lève pour te rappel de l'union ! Lorsque, le 2 janvier dernier, je me suis hasardé à dire que cette année serait l'année du rappel, ils ont tous ri de moi. Rient-ils maintenant? C'est notre tour de rire. Je vous dis que dans un an le Parlement sera à Dublin, dans College-Green... Oui, le Parlement d'Irlande s'assemblera alors, et je défie tous les généraux , vieux et jeunes, toutes les vieilles femmes en culottes, toute la chevalerie de la terre de nous enlever notre Parlement quand nous l'aurons repris... n

Sir Robert Peel ne fut pas dupe de ces forfanteries. Comprenant que le rappel de Cnnion était un nouveau piège tendu k la crédulité dés pauvres Irlandais ; que cette mesure augmenterait leurs misères au lieu de les soulager, et que, dans tous les cas , l'Angleterre y opposerait , quoi qu'on fît, une résistance formidable, unanime; — ne voulant pas, d'un autre côté, qu'un ambitieux continuât à tromper l'Irlande en l'exploitant (() et à développer le mat par l'agitation sous prétexte de le guérir ; — encouragé d'ailleurs par les hommes influents de tous les partis, et notamment par le duc de Wellington, sir Robert Peel résolut d'en appeler aux lois pour le maintien de l'ordre et de la paix publique.

Un meeting annoncé pour le 8 octobre 1845 fut interdit; et, le 14, O'Connetl, son fils et ses principaux affidés furent arrêtés comme prévenus de .conspiration , de sédition et de rassemblement illégal.

(1) On Hli qui: 0'[;«niiflll 10 nt payer une tortadellitc civils pNIbtM H 1 enlrelenlr l'i^iuiian, rondi comiHiM ilei dam la plut hiinMsi, »lllolUi griDil reofarl <l« ciurlaUiilinic ilini tliiiue inecilB|.

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Cet acte de vigueur mit fio aux meetings monstres, et réduisit ragîtatioQ à ses propcvtions ordinaires.

Condamné le 13 février 1844 par la cour d'assises de Dublin, le grand agitaleurtut acquitté, pour un défaut de forme* par la Chambre des Lords (i). Depuis ce moment, il modéra son langage et se tint en garde contre de aouTelles poursuites. Cependant, il se forma vers cette époque un parti plus radical, celui de la Jeune Irlande, qui reprochait à O'Connell sa modération , ses scrupules de légalité et sa crainte d'en venir à une résolution décisive. Ce parti , en cberchant i supplanter le vieux tribun, divisa les forces de l'agitation et contribua ainsi à l'affaiblir (a).

Voulant profiter de cette situation et en même temps donner aux Irlandais une preuve de son bon vouloir, sir Robert Peel fit, en avril 1845, la proposition d'étendre le collège catholique de Majinooth, et d'augmenter le subside accordé à ce collège par l'Ëtat {%). « Nous croyons, dit-il, qu'il est pour nous parfaitement compatible de tenir framement à notre foi, et en même temps de perfectionner l'éducation et d'élever le caractère des hommesqui, après tout, quoi que vous fassiez, seront toujours lesguides spirituels et les iostmcleurs religieux de plusieurs millions de vos concitoyens. »

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Les ultni-protesUots s'élevèrent avec beaucoup de violence contre cette pensée généreuse. Les pétitions, les meetings et les journaux anntHicërent de nouveau, comme ils l'avaient fait en 1829, que le wleil de la Graiide-Bretagne allait s'éclipser. Néanmoins, après six jours de discussion, la seconde lecture du bill passa à une majorité de iàl voix dans la Chambre des Communes.

Dans la Chambre des Lords, le débat dura trois jours. Le duc de Wellington apporta à sir Robert Peel l'appui de sou nom et de sa parole, toujours respectée; et cette fois encore, il eut la satisfaction d'assurer, par sa coopération, le succès d'une mesure jugée utile au gouvernement du pays.

Dès 4843, la question du rappel des lois sur les céréales avait commencé à produire une vive émotion dans le peuple. Wellington et sir Robert Peel s'étaient prononcés en faveur du statu qno ; mais, en 1846, la maladie des pommes de terre et d'autres circonstances fâcheuses amenèrent une crise des subûstances suivie d'une famine horrible, à laquelle ces hommes d'État ne pouvaient rester insensibles. Le peuple, au milieu de ses angoisses, ne voyaitde salut pour lui que dans la libre entrée des céréales, et cette opinion , soutenue par d'éminoits pubUcistes, donna un succès immense aux meetings de l'association des anlieom-/ows.Ce8 meetings avaient été oi^nisés depuis trois ans par Richard Cobden , qui , grâce à cette initiative, à ses efforts intelligents , aux vives lumières qu'il avait répandues sur la question des céréales, s'était fait proclamer d'une voix uuHnime chef de la.^tigue. Les cités manufacturières et les campagnes, où les souffrances causées par la cherté des vivres étaient effroyables, donnèrent à cette ligue l'appui de leur influence et de leur cotisation financière. Bientôt la passion , avec l'ascendant qu'elle acquiert toujours lorsqu'elle est au service d'une idée juste,

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poussa les meetings à exiger une solution immédiate, radicale : te rappet définitif des lois sur tes céréales.

Sir Robert Peel avait suivi avec une attention bienveillante les progrès de l'idée nouvelle. II éprouvait encore bien des scrupules et des craintes sérieuses, au sujet de l'abolition d'une loi qui avait jeté de si profondes racines dans le pays. Mats ces craintes et ces scrupules cédèrent peu à peu à la discussion , et s'évanouirent même complètement quand il eut pris connaissance de la circulaire adressée le ^ novembre 1845, par John Russel, aux électeurs de la cité de Londres. Voici le paragraphe Gnat de ce document célèbre :

« Unissons-nous pour mettre fin à un système qui a été « le fléau du commerce, le poison de l'agriculture, la source « d'amères divisions entre les classes, une cause incessante « de misère, de maladie, de mortalité et de cnmes parmi le

« peuple

« Que le peuple, par ses pétitions, ses adresses, ses remon- K trances, fournisse aux ministres l'excuse qu'ils cherchent. u Que les ministres proposent les modifications qui leur pa- « raitront les plus propres à rendre le fardeau des taxes plus « juste et plus ^1 ; qu'ils y ajoutent toutes les précautions « quela prudence et les ménagements pourrontleur suggérer; « mais demandons, en termes clairs et positifs, la suppres- « sion de tout droit à l'importation des objets qui servent à « ta subsistance et à l'habillement de la masse du peuple ; <( c'est une mesure bonne pour tous les grands intérêts, in- « dispensable pour le progrès de la nation. »

En voyant le chef du parti whig abandonner les idées qu'il avait soutenues pendant vingt ans, pour demander l'entière liberté du commerce, sir Robert Peel comprit que le moment était venu de proclamer une grande réforme.

Dans un conseil de cabinet tenu le i" novembre, le premier ministre avait proposé d'ouvrir les ports anglais aux

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grains étrangers, ne fût-ce qu'à Utre d'essai (i). Le duc de Wellington et tord Stanley (>) s'étaient opposés à cette proposition, parce que d'après eux les subsistances de la Grande- Bretagne étaient suffisantes pour combler le déficit de l'Irlande. Ils avaient en outre exprimé la crainte qu'une suspension momentanée des lois sur les grains ne fût le précurseur de leur abolition définitive. Ni les arguments de sir Robert Peel, ni les rapports alarmants des autorités locales n'avaient pu modifier leur opinion à cet égard.

A la suite de la lettre de Jobn Russel, une nouvelle con- Tocation eut lieu (le 25 novembre). Cette fois, Robert PeeU déclara hautement qu'après tout ce qu'il avait lu et entendu dire pour et contre les com-Uavs, il devait reconnaître son errair et rendre hommage i la véiîté; « Ces lois ont fait leur « temps, dit-il, et, pour ma part, je n'hésite pas à me ranger « do côté de mes anciras adversaires. » Le chef du cabinet proposa en conséquence, au lieu de la suspension des lois restrictives, le rappel total de ces lois. Le pays, d'après lui, accueillerait cette mesure avec une satisfaction marquée; à la Chambre des Communes, une grande majorité lui était assurée^et pour ce qui regardait laÔiambre des Lords, le premier ministre croyait pouvoir compter sur un vote favorable, si le duc de Wellington voulait lui promettre son appui (ï).

Selon H. Guizot, le duc, flatté de cet aveu, renonça i toute opposition. « Son grand sens, dit-il, et la fatigue de l'Âge, le dégoûtaient des résistances dont il prévoyait ou l'extrême péril ou la vanité, et il préférait à la prolongation du système protecteur, en tout cas énervé, l'union du cabine et le muntien d'un gouvernement conservateur. »

D'après les auteurs anglais au contraire, le vieux tory

(I) T*lr u lêltrt da ■ dtecnbn, (S) ADjaurdlinl conta Mrbr.

' piiToegiiHn.T.n.p.isi,

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fit cause commune avec lord Stanley et les autres membres du cabinet qui refusèrent de rompre avec leur parti, en abandonnant toute protection.

Quoi qu'il en Boit, sir Robert Peel ne pouvant se mettre d'accord avec ses collègues, donna sa démission à la reine, le 6 décembre.

John Russel accepta la mission de former un nouveau cabinet. Il était sur le point de réussir, quand un dissentiment entre le comte Grey et le vicomte Palmerston l'obligea de déclarer que, n'ayant pu établir entre ses amis un accord indispensable, il se trouvait dans l'impossibilité de prendre te pouvoir.

La reine rappela sir Robert Peel, dont les projets, du reste, étaient de tous points semblables à ceux du chef des wihgs. M. Peel déclara que l'appui de John Russel, dont il venait de s'assurer le concours, lui donnait l'espoir fondé de réusar k la Chambre des Communes; mais que, pour vaincre l'opposition de la Chambre des Lords, il lui fallait absolument la cordiale assistance du duc de Wellington. Celui-ci allait donc se trouver nne fois de plus dans l'alternative de sacrifier ses principes on d'abandonner la conronne faisant appel à sa popularité. Quelque pénible que fût cette alternative, le duc n'hésita point. Son devoir était de servir le gouvernement ; il entra donc au ministère avec la ferme résolution de remplir ce devoir jusqu'au bout. Pour expliquer ce nouveau revirement, le duc déclara, au début de la session, « qu'ayant été si laidement récompensé par le souverain et le peuple de l'Angleterre, il ne pouvait refuser à ce souverain de lui venir en aide pour diriger les affaires du pays. (¥ po^ively œutd nol refuse to serve the sovereign when thus calied on (i).

(I)>TOCOIIHU,I.II,P

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Le biil passa k h Chambredes Commune, après dix-neuf jours d« lutte acharnée (i).

Quoique moins longs, lés débats de la Chambre des Lords fuTMit tout aussi passionnés. Pendant onze jours, la tribune de cette chambre retentit des discours les plus vio- Irats et des prophéties les plus sombres sur l'imprudente témérité du cabinet. L'opposition était si compacte et si redoutable, que l'on eut un moment la crainte de voir le bill rejeté. Enfin le jour du vote définitif arriva. C'était le 2S mai. Jamais on n'avait vu pareille afiluence de monde ni pareille anxiété.

 cinq heures du soir, Wellington était à son poste. La séance ûit longue et solennelle. A. trois heures et demie du matin, il ne restait plus qu'un seul orateur inscrit : c'était le duc. Il se leva au milieu d'une émotion génwale . Soit ambarras, soit fatigue, sa voix avait perdu de sa darté ordinaire. On se disait déjà que l'âge commençait à faire sentir sa maligne influence sur cette nature de fer. Bientôt cependant il reprit le fil de ses idées, et, quoiqu'il évitât de se prononcer sur le m^te da bill et sur ses conséquences financières, il le soutint avec énergie et habileté. Au terme où l'on en était venu, les lois sur les céréales apparurent au duc comme une forteresse dont il est impossible de prolonger la défense. Il se résigna donc à capituler, après avoir toutefois assuré à son amour-propre la retraite qu'il avait coutume de lui ménager en pareille circonstance. L'illustre guerrier se servit à cet effet de sa formule habituelle, sur laquelle depuis longtemps on ne le chicanait pins et qui, d'après lui, répondait à tout. « J'ai pen$é, dit-il, mytords, t/ue la formation « (f un gouvernement dans lequei Sa Mfj^esté aurait confiance

la plia canpict d* ilr lobert reol i

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« était chose bien plus importante qu'une opinionindimduelle » sur la loi des céréales ou sur toute autre loi {i). »

Le duc attira particulièrement l'attention de la chambre sur les conséquences du rejet de la mesure proposée : « Je ne « veux pas ce soir, la dernière fois peut-être où je me hasar- « derai encore à vous donner un avis, je ne veux pas manquer « de vous dire ce que je pense du vote que vous allez émet-

« tre dans cette occasion Hylords , considérez un peu ,

« je vous prie , par quelle voie et dans quel état cette me- « sure arrive devant vous... Elle a été recommandée dans le « discours du tr6ne ; elle a été adoptée à une majorité no- « table par la Chambre des Communes... C'est un bill sur « lequel les. deux autres branches de la législature sont d'ac- « cord ; si la Cfaambre des Lords le rejette, elle sera seule. « Hylords, je vous demande la permission de vous rappeler K que plus d'une fois je vous ai dit de ne jamais vous mettre « dans cette situation... Vous avez une grande influence sur « l'opinion publique ; vous devez avoir une grande confiance « dans vos propres principes; mais sans la couronne et la « Chambre des Communes, vous ne pouvez rien... Que Vos « Seigneuries me permettentde les conduire un peuplusioin, « et de leur faire voir quelles seront les conséquences immé- « diates du rejet du bill : un autre cabinet sera, je crois, K formé-; mais soit qu'il se forme ou non un autre cabinet. Vos « Seigneuries ne peuvent pas se flatter de n'avoirpas à détibé- « rer de nouveau sur la même mesure. La rejetterez-vous une « seconde fois? Tiendrez-vous Iç pays pendant deux ou trois € mois encore plongé dans ce débat? Je sais que le but des no- « blés lords opposés à ce bitl est d'arriver à la dissolution du « Parlement. . . Mylords, si vous avez dans le résultat des élecli tiens futures tant de confiance, elles doivent se faire par le

(!) ST(M:oiTn»,t.ii,p.m.

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« cours ordinaire et légal des choses, dans un an d'ici. Laistf sez le Parlement, qui viendra alors décider quel parti il « faudra prendre à l'expiration du bill qui tous occupe, car « ce bill ne doit durer que jusqu'en 1849; ne forcez pas la « reine à dissoudre aujourd'hui le Parlement. Vous pouvez ou « rejeter le bill, et avoir sur-le-champ ces élections que vous (1 paraissez désirer si vivement, ou accepter le bill, et remet- « tre au nouveau Parlement la question de savoir s'il coo- « vient de repousser ou de reproduire à l'époque où il cessera « d'être en vigueur. C'est entre ces deux partis que Vos Seia gneuiies ont à choisir... »

Le discours de Wellington fit une grande impression, et le cabinet obtint une majorité de quarante-sept voix. Ce fut une belle victoire; aussi quand, vers cinq heures du matin, le duc sortit de la Chambre, le peuple lui fit-il une ovation brujrante, au milieu de laquelle on entendit ce vœu, exprimé par des cceurs reconnaissants : God bless you dt^ ! (que INeu vous bénisse).

Ici se termine la càmère politique de Wellington. Désormais) on ne le voit plus mêlé aux affaires publiques. Ses dernières années s'écoulèrent dans nne retraite exempte d'infirmités et de soucis.

Bien qu'il eût fait réussir le Free-trade avec l'appréhension que le pays s'en trouverait mal, il fut un des premiers à reconnaître son erreur, quand l'expérience eut constaté les bienfaits de cette grande mesure. Il se réconcilia même entièrement avec son œuvre, heureux de voir que, sous l'inQuence de la loi nouvelle, la situation des pauvres s'était améliorée sans préjudice pour l'Ëtat. La satisfaction qu'il en ressentit fut si grande que, de son propre aveu, die répandit une douce sérénité sur les dernières années de sa vie.

Cependant sir Robert Peel, après la victoire signalée qu'il venait de remporter, vît s'accumuler autour de lui des résistances longtemps comprimées qui, à la fin, l'obligèrent à des-

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cendre du pouvoir. En juin 1846, une coaKtion die «igte, de radicaux et de coQserrateurs irrités rttjeta, à la majorité de 75 voix, un bill sur la répression contre les actes de désordre et de violence commis m Irlande. A la suite de ce vote, sire Robert Peel et le duc de Wellington annoneèrent; l'u» à la Chambi-e des Communes, l'antre à celle des Lords, que la reine avait accepté la démission des raitiistres et ebargê lord Russel de former une nouvelle administration (29 juin).

Le cbef du cabinet prit congé de la Cbamtve avec le noble orgueil d'un bomme qui a la conscienee d'avoir rendu à son pays un signalé service. En rappelant le dernier acïe de son ministère, il en reporta tont l'honneur sur un ancien antagoniste, sur^if^ichard Cidïden, a qui l'avait forcé, disait-il, à « l'écouter par une éloquence d'autant plus admirable qu'elle « était sans prétention et sans ornement » La fin du discours de M. Peel arracha des larmes aux assistants. « Je serai u sévèrementblâmé,jeleGrains)ditril,parbeaucoupd'bommes « qui déplorent la rupture des liens de parti... Je serai sévè- « rement blâmé aussi par ceux qui regardent le principe de « la protection comme nécessaire à la prospéritédu pays... Je « serai détesté des monopoleurs qui, par des motifs moins « bonorables, réclament le maintien de la protection dont ils « profiteitt. Mais peut-être taisseraî-je un nom qui sera quel- R qiïefois prononcé avee bienveillance dans la demeure de cenx « dont le lot en ce monde est le travail, qui gagnent leur pain « à te sueur de leur front et qui, je l'espère, se souviendront « de moi quand ils répareront leurs forces par une novrriture « abondante et franche d'impôt , d'autant pfais douée pour « eux qu'aucun sentiment d'injustice sociale n'y mêlera plus « son amertume. »

En sortant de la Chambre, sir iti^rt Peel fut l'objet d'une ovation spontanée. La fonte qui encombrait la pliace ouvrit ses rangs pour le laisser passer ; tous les fronts se découvrirent, et l'illustre orateur fut reconduit en triomphe chez lui,

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» s'il venaitde remporter une Tietoire signalée, u Chassé du pouvoir, il tombait, suivant l'expressioD d'un poète, entre les bras da peuple tout entier ! »

Sir Robert Peel vécut assez pour voir le succès complet de la grande mesure par laquelle il venait d'immortaliser son

Le 51 janvicv 1849 marquait le terme des trois ufinées assignées, par le btll de I84€, h l'aboIitioB de tout droit d'importattoQ. Ce jour fut marqué par une manifestation des plu6 imposantes. Cobden, Bright, Wilson et tous les chefs de la ligue, avec 3,000 de leurs adhérents, se réunirent à HaBcbester dans un banquet nocturne. Un peu avant Htinuit, le président fît jouer l'air si connu dfisJigUfiJirs : Le bon 6r^ ■

temps vieui; et, i mieuit WHUiant, Cobden, imposant silence à toute rassemblée, s'écria d'une voix retentissante, au milieu d'un enthousiasme indescriptible : Le bon tempe eu venu!

Le duc de WeSington se IKlieila sineèranent de ce résultat auquel il avait cofitribué un peu malgré lui ; quant à sûr Robert Peel^ il éprouva une des plus vives satisfactions qu'un homme public puisse ressentir. Malheureusement pour l'Anll^terre, it ne lui fut pas donné de jouir longtemps de son triomphe. Le 29 juin 1850, un accident vulgaire, une chute de cheval, mit ses jours en danger. Après une douloureuse agcmie, le souffle de la vies'éuhappa de sm lèvres, le 2 juillet, à quatre heuresdomatJn. Toute la nation s'émut et s'attrista de cette mort funeste. ^ John Russel fît l'éloge du défunt dans le sein des Communes, et le duc de Wellington rendit à son ancien collègue on hommage simple et vrai à la Chambre des Lords : a Dans le cours de mes relations avec lui, dit-il, j'ai o toujours eu pleine confiance dans sa véracité et dans son a invariable désir de servir le bien public. Je ne me rappelle « pas une seule occasion où il ne se soit prononcé en faveur

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< de ce qu'il croyait juste, et je n'ai jamais en la moindre

« raison de soupçonner qu'il dît une chose sans la croire

« parfaitement vraie. Je pense, après l'avoir longtemps

« connu, que c'était là le trait le plus frappant de son carae-

tt 1ère. »

En 1847, l'ÀDgleterre fut un moment distraite de ses préoccupations matérielles par la crainte d'un danger imminent. Les rapports avec la France s'étaient aigris par suite de l'affaire de Taîti et des mariages espagnols. Au milieu de l'émotion causée par ces deux événements, le prince de Joinville publia une brochure qui dévoilait toutes les causes de faiblesse de la Grande-Bretagne. La question d'une descente yétait mûrement examinée. L'auteur concluait que dans l'état où se trouvait alors le marine anglaise et les fortifications des côtes, ta Grande-Bretagne pouvait être facilement conquise.

L'amiral Bowles, membre du Parlement, confirma cette opinion par des aveux indiscrets, et CUnited service ntogaàne [t) alla jusqu'à dire : « Traverser aujourd'hui la « Manche est moins difficile que n'était le passage du Rhin il c< y a cinquante ans. Militairement parlant, nous ne vivons « plus dans une île. . . » {we no longer live in an island in military sens.)

Au plus fort de l'agitation causée par ces témoignages alarmants, parut tout à coup dans les journaux une lettre de Wellington rendue publique par une indiscrétion de femme (t). Cette lettre, écrite de Strathfieldsaye à sir J. Burgoyne, inspecteur général des fortifications, portait la date du 9 janvier. Wellington s'y plaignait avec amertune de l'état de l'ar-

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mée et de l'insuffisance des fortiâcations destinées à défendre les côtes : « Nous sommes, disaiUI, réellement attaquables, « ou tout au moins exposés à être insultés et mis à contribu- « tionsur tous les points de nos côtes... Il n'y a pas de place « entre North-Foreland et Portsmouth où l'on ne puisse dé- « barquer de l'infanterie par quelque marée, quelque vent, et a quelque temps que ce soit. »

Le duc ouïssait ensuite qu'il serait facile d'aniver à Londres avec 40,000 hommes^ et il affirmait qu'il y avait dans l'armée française 40 officiers capables de mener à bonne fin une pareille entreprise. « Vainement, ajoutait-il, je me « suis efiÔFcé d'appeler l'attention des diverses administra- « tioDS sur un état de choses, que des voisins rivaux de notre K puissance , et tout au moins nos anciens adversaires et « ennemis, connaissent aussi bien que nous-mêmes

« Si nous étions attaqués, nous n'aurions rien k leur op- « p08er(i)

« J'ai traversé honorablement plus de 77 années. J'espère « que le Tout-Puissant m'épai^era la peine d'être témoin « d'une tragédie contre laquelle je ne puis persuader mes « contemporains de se prémunir (i). »

Cette lettre retentit comme un tocsin d'alarme dans toute FAngleterre. ^lle fut critiquée avec amertume par ceux qui, suivant la vieille tradition, croyaient l'Angleterre inattaquable derrière ses remparts flottants. Mais tonte la partie intelligente de la nation comprit l'avertissement et trouva sage d'en tiiw parti pour réclamer une réforme dans l'organisation militaire du pays.

WelliDgiùm avait proposé de levw, d'incorporer, d'organi-

{II flltltbainMUMtlkeaiarUauDltbaBMtiNBtttMacltntlapraTldeMroar d«(«ttM m ara bm tàft lor ■ maik «JUrdMiUnUoii et wu... ■

(1) Talr la Usie de Mtte latin iuu Im iBDeui d* I'obtim* de «tonQDiui , t. Il, p. M».

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ter et de diacqdiner la milice, cowate eUe t'avùt Mé pecdut la guenedeIaPéninsule:«le[»éf<^wai8HifiQiineDt,dit4l,uiie « taillée. composée de troupes régulières, et j'aurais beaucoup « plufi de c(Mifiaiice en elles ; mais je sais que je n'obtieedrais « pas cette mesure; tandis que je pourrais obteoir l'autre. »

C'était bien connaître le peuple anglais. La kâ sw la -milice fut en effet présentée et votée (i); mais rien jusqu'ici, ni les <»itiques des hommes de guerre, ni la torrible épreuve de la guerre de Grimée, n'a-pu déterminer le goaTOTnemeiit à proposer la consoription, seule réforme capable de diumer à l'Angletwre une armée en rapport avec son importance pi^ tique.

La lettre de Wdlington «ut eacore pour résultat de ^ovoquer la eonstroctioo de {tueurs travaux de déHeose sur les côtes d'ÂB^eterre et d'améliorer l'état du inaténd dei'artilkrie.

Ces mesures étaient bonnes, mais Insuffisantes; un fait récwt en a donné la preuve. La belle et vaillante année de lord Rs^lan s'est fondue en quelque sorte par l'imprévoyance ducommiœariat, par la nullité des prÏQcipaux.cbefedeaervice, par l'insuffisance des bureaux de la guerre et par les viees de l'organisation en général. Wellington, suivant aon déaùr, n'a pas vécu assez longtemps pour Mre témoin de ce désastre. U ne se doutait pas, en 1847, que 1m événements lui dono»raient aussitôt raison.

Après la révolution de fénier 4846, les cbartistes, .encouragés par le succès vraiment inouï des répnblioaiiislrançais, et voyant les trônes les plus sdidflt^hcaràés fu le torrent révolutionnaire, se mirent à l'ceuvre pour organiser

(UCMlalal, qnlreBTerHlemlDlfttrtdaMtaluM, ta

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daas la Grande-Bretagne des démoostratitHis utalogues à celles qui avaient bouleversé Vienne, Paris, Rome et Berlin.

11 fut convenu que, le 10 ami, les mécontuits de toutes les parties de l'Angleteire enverraient des délégués àLondres, afin de porter i la Chambre des CommuDes une pétition signée par 5 millions de citoyens (i). Cette pétition réclamait des réformes que le gouvernement et la grande majorité de la naiion jugeaient inopportunes.

Si ia peur ne se fût emparée des esprits, rien n'eût été moins dangereux que cette manifestation. Biais, d'une part, le langage violent des meetings tenus dans toutes les villes d'Angleterre pour la nomination des délégués chartistes, et, d'autre .part, la crainte de voir sortir de cette manifestation ^loelqne chose d'împrévv, coume ta république était sortie des banquets réforoûstes de Paris, jet&rent de telles appréhensions dans lepublic, que le gouvonement dut prendre des «nesuxes e^^es, et confier à son plus illustre général le soin de veiller à la sécurité intérieure. Wellington s'acquitta de cette mission avec autant de tact que d'habileté. Profitaid de ia leçonqu'avaient reçue les généraui de Paris, de Berlin et de Vienne, le duc évita de mettre les troupes en contact avec Je peuple. U les tint cadiées, laissant agir seulement les constfbles. Pour éviter toute hésitation et tout malentoidu, les offiuws d'artillerie avaient l'ordre de tirer quand ils le jugeraieat opportun.

Au jour convenu, la reine et la cour se retirèrent dans l'île de VVi^, soivies par un grand nombre de familles patricûones. lies prineipales maisons de Londres étaient vides et fequées avec soin. La ville tout entière avait .l'aspect d'une

(I) TAiOcaUm tallc, an Umin qna beniMop de ilpaiurat «tilial (»*■«■ et uu nlour. Le* HMU de MbM Peet et deWelUngUii, par exemple, HlnuTtlMt tnierlti no gnad wmbni* Ml iDT celte péUtlen.

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place assiégée. La population, inquiète et silencieuse, flottait entre la crainte et l'espérance.

Cependant les habiles dispositions de Wellington imposèrent aux agitateurs. Malgré les menaces furibondes qu'ils avaient fait entendre, ils n'osèrent point donner le signal de l'attaque. La manifestation se fit régulièrement, et tout rentra ■ dans l'ordre.

Ainsi avec 7,000 hommes de troupes dévouées, le vieux duc préserva l'Angleterre d'une crise qui aurait pu avoir les suites les plus désastreuses.

Londres ne regretta pas ce jour-là d'être sous la garde de l'iron Duke. '

Ce fut le dernier service que Wellington rendit à son pays. Bien qu'âgé de 79 ans, il jouissait d'une santé excellente et de k plénitude de ses facultés intellectuelles. En 1852, au banquet anniversaire de la bataille de Waterloo, ses vieux compagnons remarquèrent avec joie que rien encore chez lui n'annonçait la décrépitude. Cependant le dénoûment fatal approchait.

Le 14 septembre, une sorte d'oppression empêcha Wellington de se lever à l'heure ordinaire. Les médecins crurent que ce n'était rien \ mais au milieu du jour une attaque survint. Le duc se fit mettre dans un fauteuil pour respirer plus librement, et, quelques moments après, à 5 heures 20 minutes, un grand et noble cœur avait cessé de battre. . . . Rien, dans le visage de Wellington, n'annonçait la souflrance ou de sombres préoccupations (i). Il mourut ainsi que le soldat meurt à son poste, calme et résigné; ses traits avaient conservé, jusque dans le trépas, cette mâle impassibilité qui distinguait le héros au milieu des scènes émouvantes de la guerre.

(1) • Il tatiHl, poBr coDtUter qi

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Comme Nelson à son heure dernière, il aurait pu dire : Dieu soit loué! j'ai accompli ma tâche.

L'Angleterre perdit en lui son plus grand citoyen, l'Europe un de ses libérateurs , les années une de leurs gloires les plus pures. Chargé d'années, et en possession de tous les honneurs qu'un homme public peut recueillir, il eut en mourant la sati^action devoir rAogleterre plus grande, plus forte, plus respectée qu'elle ne fût à aucune époque de son histoire. Heureux piivilége du génie allié au patriotisme et à la vertu ) Plus grand que les conquériints qui ravagent, il jouira de rimmortalité acquise aux conquérants qui fondent...

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CBAfITBBXVn.

RËSDHÏ BIOGRAPHIQUE,

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