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baza, OH se trouvaient eaterrés i^usieura rois de Portugal, furent détruits sur ud oixlre émané du quartier g^érat de Hasséaa (t). Les troupes mirent eu outre le feu à un grand DOBd>re de villes et de villages pour couvrir leur retraite sur Guarda {if. « La conduite de l'ennemi pendant toute cette re- > traite, écrivait Wellington (le 14 mars {811}, a été mar^ u quée par des actes d'une barbarie qu'on a rareaieat^alée, « et qu'on n'a jamais suipasée. »
Un auteur français, le duc de.Ragose, cite à propos de la même campagne des traits de barbarie que ne justifient point ta mis^ des troupes, ni les cruelira nécessités du sjst^ne des réquiùtions.
<t PendanlqueFuméeétaitàSantarem, il se formait, dit-il, « des détachements d'hommes armés et sans armes pour ex- « pl(ver le pays et enlever tout ce qu'ils trouveraient. Ren- « contraieat-ils un Portugais, ils le saisissaientetle meUaieat « à la torture pour obtenir de lui des indications et des révèu latîoBs sur les lieux où étaient cachées les subsistances. On « pendait au rouge, c'était une première menace; on pendait « au bleu, et puis la mort arrivait... »
Le chef de bataillon Guingret, de l'armée de Masséna, complète ce témoignage par la révélation de faits inouïs (s) :
« Les femmes et les filles, dit-il, trouvées dans les crea vasses des mcntagnes étaient obligées d'assouvir tes pasce sions les plus effrénées... Dans la aise où notre année se « trouvait, les lois répressives, les règlements de poUce et « de discipline étaient tombés en désuétude; on ne punissait K guère que l'insobordiiiatioD; encoxe montrait-OB parfois
{■) Toafna.tiv, p.«,
(11 on ctla pirUculltr«meiil ledlab*. Gaodaiu M llriDda ■!■ CerTD. Ct ftllei éUlMI ■baDdonnéci quand te* Tnaçtlt j enlrtrant.
(3] T. IT. p, 1. Cn Calti Mot coaDméi par lai ifoCnux PcAel si Kock. KiMu In a. du reaW, AKriliiacmcnt bilné*. taBipludcuri ordre* du Jour, Itdttt icaaoldatai* Miips-
DigmzcdbyGoOgle
« une indulgence condamnable... Une circonstance bien parte tkalière à cette guerre, et dont on n'a jamais parlé, c'est « qu'on a porté le dérèglement jusqu'à vendre des femmes « (prises à la maraude); on en a aussi troqué pour des che- « vaux de main. J'ai vu une partie de cartes où l'on jouait « une jeune fille contre un objet de luxe... On appliquait « les paysans à la question pour savoir où étaient les ca- « chettes... Le mal était si grand, qu'il rendait nos soldats « insensibles et cruels (i)... »
En ISlO.Suchet, pour éviter le siège du château de Lerida, eut recours à un stratagème ingénieux, mais baHiare. Après avoir pris la ville, il refoula tes femmes, les enfants et toute la population dans le château, puis il bombarda ces masses, livrées sans défense aux projectiles meurtriers. Ainsi qu'il l'avait prévu, le gouverneur se rendit presque aussitôt, vaincu par les cris et par les souffrances de tant de malheureuses victimes.
A Tarragone, il y eut des représailles sanglantes, dont Suchet rend compte dans les termes suivant : « Le cinquième n assaut, dit-il, a été suivi d'un massacre effroyable... Le u terrible exempte que je prévoyais avec regret, dans mon « dernier rapport, a eu lieu, et le souvenir ne s'en effacera « de longtemps de ta mémoire des Espagnols: 4,000 hommes « ont été tués dans les rues; parmi 40 ou 12,000 qui esa sayaient de se sauver en passant par dessus les murailles, a 1,000 ont été sabrés ou noyés. »
L'auteur des Mémoires de Joseph (t. V. p. 224) raconte en ces termes un drame sanglant qui eut lieu dans le petit bourg de Chinchon, après l'affaire de Somo-Sierra : « Le 27* « léger, chaîné de désarmerles communes voisines du théâtre « de la guerre, s'étant présenté à ses portes fut reçu à coups
tl)T«lrleUmlalllnl4:
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« de fusil. Le régiment enleva le bourg, passa les habi- « Unts par les armes et mit le feu aux maisons. Il en fut de « même de Calmeuar. . . » « Ces exécutions, ajoute M. Duu casse, étaient horribles sans doule, mais ellea intimitt daient les autres commuoes et nous épargnaient bien du (( monde. »
Le maréchal Soult fit peudre à Séville un vieux sergent, nommé Lopez, pris au moment où il requérait des chevaux pour Baltesteros. Cette rigueur ne parut odieuse, que parce que Lopez avait été jugé par deux tribunaux, et acquitté (i).
Le 28 décembre 1809, Augereau fit aux Catalans la proclamation suivante, vrai chef-d'œuvre de cruauté :
« Tout homme pris les armes à la maiu sera pendu sans « autre forme de procès comme voleur de grand chemin. La u maison où il fera résistance sera brûlée; tout y subira le « même sort. »
A Cuença, le général Caulincourt exerça des représailles horribles, qui lui valurent les félicitations de l'empereur : M Caulincout, écrivit Napoléon au roi Joseph (51 juillet 1808), « a fait trës-biec à Cuença. I^ ville a été pillée : c'est le u droit de la guerre, puisqu'elle a été prise les armes k la « main (s)... »
Quand Wellington entra dansSalamanque, il fut péniblement effecté de voir combien cette ville avait souffert , par suite de la présence de l'armée française : « Depuis trois « ans, écrivit-il à lord Liverpool (3), le peuple de Salamanque « gémissait sous le joug. Pendant ce temps, les Français, o entre autres actes de violence et d'oppression, ont détruit « 15 couvents sur 25, et 2â collèges sur un pareil nombre
ai Talr ToxtNO, U IV. p. U
« qae renfermait la ville, siège illustre des lettres et des u sciences (i). n
Eu rapprochant ces faits de ceux imputés à Wellington, et en considérant que peu de troupes sont aussi morates que celles de l'armée fVançaise et peu ée codes aussi sévères que le code pénal anglais, on arrive à la conclusion pénible, mais vraie, qu'il y a pour toutes les armées des situations oh la haine et le d^ir de la vengeance remportent sur les meilleurs sentiments et les plus nobles instincts de l'homme. La discipline, si rigoureuse qu'elle soit, est impuissante alors à contenir l'aveugle colère du soldat. Une éducation morale plus développée pourrait seule amener ce résultat, et encore n'est-tj pas bien certain que le progrès atteigne jamais à ce degré de perfection, que l'on voie des hommes, repoussés quatre à cinq fois d'une brèche, le sang échanffiè par la fureur du combat, obligés de se frayer un chemin sur les cadavres de leurs camarades, se précipiter dans une ville sans commettre aucun acte de barbarie!
Il serait donc souverainement injuste de faire retomber sur le général anglais tout le sang versé à Badajoz et à Saint- Sébastien. Nous sommes surpris mène que l'armée anglaise n'ait pas commis dans la Péninsule plus de dévastations, et qu'elle puisse, sons ce rapport, être comparée sans désavantage à l'armée irancai.se, dont les éléments sont relativement bien supérieurs aux siens. H ne fallut rien moins que l'énergie et la peraévéreuce de Wellington pour obtenir ce résultat, car au point de vue moral, le soldat anglais, de l'aveu de ses propres officiers, est peut-être le dernier du monde. Recruté
|I) l> plupart de* actet de lurlurJ« et de dévxUllon qi reipllqacnt |que1quei-uni même M JualHIrnl) lur 11 en» Mcheuic obllgairon où tp Irouvill l'irnife triiii:>1>e île iriri
Il ne irnM pu A|ulliMe de retnaer * rirmi>« linpf rlile le 1
timii Im basBes classes du peuple^ et quelquefois mêote dans ies pris«i8 (i), il n'a pas le caractère moral et le sentiment patriotique du soldat appelé sons les armes en vertu d'une ' oomcription nationale. C'est même pour ce motif que Wel- . lin^on, jusqu'à la fin de sa vie, opposa une résistance éuergiqne à l'abolition des prâies corporelles. Il disait avec raison, «fue toute la sévérité des lois niUtaires ne l'avait pas en^pèché d'sroir souvent à se plaisdre de la conduite de ses troupes. La dés^lion et le pillage ne pureut jamais être complétMuait réprimés dans l'armée de la Péninsale. Plusieurs -âoeomoits établissent en effet qu'an ^rand ooDtbre de soldats an^nsquittèreiit leurs drapeaux pendant la retraite de Bur- ^os sur Cîadad-Rodiigo.
Quand WeiliDgton fut appelé devant la commission royale d'enquête sur les châtiments militaires , on lui demanda : « Est<oe l'ivrognerie qui engendre tous les mmes dans l'armée anglaise? » — u hwariablemeat » répondit le duc. Et dans une autre drcoostance, sollicité de faire connaître son opinioB sur la discipline militaire (a) : « L'honune destiné h « l'ariBée anglaise, dit-il, est génànlement le [dus ivn^e, V M probablnnent le plus mauvais sBJ^daaas le commerce ou « la profession qu'il exerce, ou du village ou de la ville qu'il u habite, il n'y m a pas un sur cent qui, lors de son enrô- <> lement, n'appartienne i la dernière classe, ou i la classe « avilie de tonte société ou corporation. »
4te cottviaidra qu'avec une pareille armée, il fallait un chef sévère et un code rigoureux. Or c'est ce qu'on ne voulait pas comprendre en Angleterre, où l'opinion publique s'élevait à tout moment contre les peines disciplinaires infli-
la cerUtne et«*u <■■ iBaiiictdtTConiiiiiierl'*i |ioJne(l« main* rorln en inniieidB lerriee. (1] Kemoranflwm du 21 iirll IHÎ9.
gées par les cours martiales. Cependant, loin d'être excessives, ces peines furent daos bien des cas insuffisantes. Wellington eut constamment à s'en plaindre, ainsi que de la mauvaise organisation de la justice militaire. Pendant toute la durée de la guerre d'Espagne, les soldats ne furent jugés que d'après la loi anglaise, dont les formes, convenables en temps de paix, ofTraient en campagne de très-graves inconvénients. Ainsi, dans plusieurs circonstances, on acquitta des hommes notoirement coupables, parce qqe les autorités portugaises avaient refusé de comparaître devant les cours martiales, lesquelles ne pouvaient admettre que des témoignages verbaux (i).
Déjà, en 1809, Wellington écrivait à lord Castlereagh (s): « Je suis convaincu que la loi n'est pas assez sévère pour « maintenir la discipline dans une armée en activité de « service. »
GeUe opinion se retrouve dans sa dépêche du %i juin i8i0, au comte de Liverpool, et dans le passage suivant d'une lettre écrite au début de la campagne de 1812: « Je n'ai pas un ami n dans le pays qui ne m'ait écrit pour me témoigner les plus « vives craintes de ce qui arrivera si les mêmes honteuses « irrégularités continuent à se produire, ce çuej'et/éc/ore ne « pouvoir empêcher. »
Après la campagne de Salamanque, Wellington faisant connaître la mauvaise conduite de son armée : « Tous ces oulra- « ges, dit-il, sont commis avec impunité, le serment n'étant « pas admis comme preuve devant une cour martiale ; aussi « les soldats ne valent-ils pas mieux qu'une bande de
(1) Tolr U Mire da U jutn lao», oQ Wolllntlon le plaint » ). Vllllen do 11 dIfflculUde Mcouvrir letconpibleietlei prenieide leuncrlmea ■outlerAglmi del* lot ibi'*!**' " ■<' ■■ (ruDile rCpufninco qu'ardent l« habitant] * Tenir dèixner tout (fraient dennt ane conr
AprM la retralls de BuiBot. plnileun loldaU. accoMi de dilapidation* par le* tatorll«s locile*. lureiit acquitté! par lalts dei raCmet circonalancei. (3] LrUre du 17 Juin. DtipatOiei, I. Iv, p. 406.
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d voleurs... J'ai augmenté l'autorité du prévôt-maréchal au- « tantqu'elle peut l'être.... Hais cette autorité n'est pas suf- «( fisinte, et je n'ai pas les moyens de l'accroître... »
« Notre loi pénale militaire, écrivait-il encore à lord Cast- « lereagh (i) a été affaiblie, et nous n'avons pas adopté les « nouveaux moyens de répression et de punition employés « par les autres nations et par nos ennemis, quoique nous les « ayons imités dans les choses qui ont accru et aggravé nos « désordres (s). » Le duc aurait désiré qu'on fût moins rigoureux sur les preuves des délits renvoyés devant les cours martiales ; qu'on formât une police militaire semblable à celle de l'amiée française et des autres armées ; qu'on obligeât les officiers à plus d'exactitude dans leurs devoirs, etc. Maistoutes ces propositions furent repoussées, de sorte que Wellington, jusqu'à la fin de ses campagnes , se trouva aux prises avec des difficultés dont une loi spéciale l'eût affranchi au début de la guerre (s). Non-seulement il ne pouvait punir efficacement les infractions à la discipline et les négligences dans le een'ice, mais il lui manquait encore l'élément de force et d'influence le plus nécessaire au commandement : le pouvoir de ré(»>mpen8w. Écrivant' à lord Castlereagh en i809 : « Je
Ul Talrétal«Mnt Ii Mire ia llaTiil lUl, su Walllnitoo *c plalat de B'iTOtr pat dai nMV«n*(la rtpMulon >Mec aOlcacM ni uMi InmédliU.
(S) Walll>|t*o, diB* le> MUrci MlnntM, ilinalc le peu de ëàitHté et méiiie ■'■Uurilite' deijBieaenU rendu* piT le* conn narllilei. (D«iWKA«i, l. T,p. IM, 117 i t. Vil, p.lOi L I, p. M , fis ; t. XI, p. IM, US, *Di.)
MMnne aalre lettre lD4tpatc»ti, L Vtll, p. 1031, noiumni renuniDé le païufe lulnnl:
• UnqB* l'unie «il pnnde M dlipereée. Il n'ett pu tonleun pouibte de rCuoir tei iiiiMiliiiii dnli CDBT Burtlele et lei UmelB* qui ndceuairement dornleatiulTre ; ilquuid uaeeimreM luemblée, m* op^ntknii doivent ttre tuwendiici dCs que l'innée ou une partie d'elle Mtansif<e daudai Dpdnllmu eenire l'ennenJ.,.. si WBrodede Joiement par caor Qurtlile a de* Incenienlmt* en MiTlce actif, la faute en eil t la loi eliwnjttptre,* la laton dont on reiécale. >
im raate, pour punir CCDK qui échappaient l ti htl, WellIngUiu eut recoari l Ueinwj'eai det*arn<iqalu«IaUu[entpaid-étre eOcacea.Alnil, nu réglaent de caTalsrla l'éUnt mal conduit apr«* ta bataille de Tiuorla, l>atllB(t«n arrtU teut aTiaccmenl dau ce corpt. tflttrMcHti, t. XI, V. IW.]
T. iU* •
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« commande, dit-it, les armées da pays (i), et je n'ai ni le « pouvoir de i^compenser, ai même celai de promettre une « récompense. » L'année suivante (s), i) écrivait à lord liverpool : a J'ai pris la liberté d'attirer rattention de Votre Sei- « gneurie sur l'état de la discipline de l'armée en gtoéral» « état que j'attribue, jusqu'à un certain point, k ce qae ceux M qui sont bonorés de la chat^ de commander les troupes « de Sa Majesté k l'étranger, umt privés du pouvoir <fe 4is- « tribuer des récompenses. »
« Dans toutes les armées en campaf^e, disait le dnc an a colonel Torrens (s), à l'exception de celte de la Grande- « Bretagne, le commandant en chef a le droit d'avanc«r les « officiers et de leur donner au moins les emplois devenus « vacants. Dans quelques pays même ce principe est poussé « si loin, que personne, à l'exception du commandant en « cbef , ne se pennettrait de recommander un officier pour « l'avancement. Or, moi qui commande la plus grandearmée a anglaise qui ait été envoyée depuis bien des années contre « l'ennemi, moi qui suis revêtu de l'emploi le plus élevé et « ie plus difficile qu'un officier anglais puisse occuper, je « n'ai pas mêtne le pouvoir de faire un caporal {*)! Il est a impossible que ce système puisse durer... On ne sait pas « dans l'armée et à l'étranger, et je suis honteux d'avouer « combien est restreint, pour ne pas dire nul, le pouvoir
(D Le 1 jolB ISIO.
(S)£cHndatwOtl>IO.
H) Sont ce nppon, le* nurCchaoi de l'enip«raiT M Iranvilonl dini deUen melIlBara eoadlUoni. Ili Domnulent ini emploi* de (ride iBf^rlcar, SI qaelqneM* même tnx emploi* de cber de tutalllan. Alpil, poor ne citer qii1iD*eulouinpl«, un décret de 1811 (nloriWiOBrdmii * nommer, pendant quelque temp*, t touile* emploi* neint*, dépoli le (nde deioiu-lleuleiuiitJa*qu'tcctaldeclKt de bitiUlon IncIdiInneuL (M*giii(ni dtJoitph, t. II. p. lit.)
Le mime pourolr * été iccordé récemment lU commandint en cber de l'innde trinçilMi CBCrlnM.
LetOHieraeinentingt*!*, Jaloux de bnilcrr^émlnenen, n'a Jim>t*c()li*enUetlw cooaen- Urajimilil donner a *et iénénui une pareille intorllé.
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« àe récompenser qui m'est attriboé... Il est vraiment V extraordintùre que j'aie pu, malgré ces entraves, me tirer u si bien d'afiaire jusqu'à présent. »
Nous partageons de tous points cet étonnement, car, pour avaler le zile, entretenir l'obéissance et le dévoue moit , il est indiapensable que le soldat reçoive la récompense immédiatement après l'action, et des mains mêmes de celui qui l'a exposé au danger. Le ministère anglais ne comfrii pas cette nécessité, ou pintât refusa de l'admettre, de crainte d'înriter Tombrageuse susceptibilité qui de tout temps a Dût considérer, dans la Grande-Bretagne, l'influence du paviair inilitaire comme dangereuse pour les libwtés publiques.
Dans une lettre adressée au directeur des bureaux de la guerre (i), WelliagtoD constatait avec chagrin qu'on n'avait aucun égard à ses pr^^sitions pour l'avuicement, et qu'on écoutait de préférence les recommandations des officiers qui absttdonnaioit la Péninsule pour retourner en Angleterre. Dans une uitre lettre (t) il exprimait son étonnement de ce qu'on lai envoy&t Mavent des génévaux sans le consulter, et de ce qu'il n'eût pas même le droit de les refuser quand il les jugeait incapables.
Son autorité était ai faible, qu'il avoua k lord Liverpool (s) n'avoir pu s'imposer au départ de certaina officiers dont le concours lui était nécessaire : « Par suite de ces entraves , « ditrjl, j'ai été obligé d'être quelquefois , le même jour, a général de cavalerie, général d'avant-garde et comman- (t dant de deux on trots colonnes d'attaque... Mon opinion <( a toujours été que le gouvernement aurait pu faire beau- K coup pour étendre l'autorité du général en cbef dans ce
(1) Ltllrtii
(H £«»r«d« nMtn ISII.
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K pays, mais toute proposition pour augmenter ou étendre « te pouvoir des fonctionnaires est reçue en Angleterre avec « jalousie; c'est pourquoi jen'aijamaisfait aucune proposiu tion semblable [i). »
11 résulte de ces faits et de ceux que nous avons cités plus haut (Cbap. XIV}, parlant des entraves opposées par le ministère à l'exercice de l'autorité supérieure, que Wellington se trouva généralement dans des conditions très-difficiles pour un chef d'armée. 11 manquait à la fois des moyens d'assurer la prompte exécution de ses ordres par des règlements sévères, appropriés aux circonstances, et du pouvoir de stimuler, par des récompenses, le zèle et le dévouement de ses subordonnés. C'est l'administration de la guerre qui donnait les grades et les décorations, qui disposait des emplois et axait les attributions. Wellington n'avait pas même, pour nous servir de ses propres expressions, « le droit de nommer un caporal. » Ses recommandations furent presque toujours écartées, méconnues. Des officiers qui n'avaient jamais quitté le sol natal passaient avant les héros de la Péninsule. « Le peu de justice apporté dans l'avancement, dit le colonel Napier (s), mécontentait tout le monde. » Tandis que, dans l'armée française, on vit des jeunes gens arriver en quelques années aux plus hautes dignités, les meilleurs officiers de Wellington restèrentsixou sept ans dans le même grade. En voici deux exemples : le lieutenant-colonel Fletcher, l'habile ingénieur qui avait construit les lignes de Torrès-Vedras et dirigé les siégea de Badajoz, de Ciudad- Rodrigo, de Burgos et de Salamanque, était encore lieutenant-
(IJ D«j^totat,l. ii.p.lil.
Mdi cetu ntaa lellre, WCUlDitao Ml tbtaner qut bien d<t mMi ei •I ron (Tall conM lu itnéral en clwr 1* rtpirlIUoB d« tMn Im teevan
HIT. XI, p. no.
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colonel en 1813, lorsqu'il fut tué par un éclat d'obus dans les tranchées de Saint-Sébastien... L'armée anglaise n'avait pas d'officier d'état-major plus habile, plus brave, plus infatigable que le lieutenant-colonel Waters ; cet officier rendit les plus grands services pendant toute la durée de la guerre, et Wellington le signala dans mainte circonstance comme un sujet hors ligne. £h bieu, malgré ces titres et ces recommandations , Waters occupait encore à Waterloo le grade qu'il avait en 1809, au passage du Douro.
Le général en chef de l'armée anglaise n'eut guère d'autre stimulant pour ses officiers que la mise à l'ordre du jour de l'armée, ou la mention des services rendus dans les rapports adressés au gouvernement britannique. Pour les soldats, ce moyen d'émulation n'existaitmêmepas, et c'est ce qui rend si admirable le courage et la fermeté dont ils firent preuve sur le champ de bataille. On a prétendu que cette fermeté fut plutôt le résultat de la constitution flegmatique des Anglais que de leure qualités morales : « Jamais , dit Napier , une plus insigne calomnie n'a été proférée. Les soldats de Napoléon combattaient pour la gloire; elle versait ses flots de lumière sur les plus humbles d'entre eux, et les faisait arriver aux honneurs. Les soldats anglais, au contraire, servaient une aristocratie jalouse, égoïste ; aucune récompense n'était décernée i leilr audace ; aucun bnlletin ne signalait leur nom aux applaudissements de leurs compatriotes -, nulle espérance ne venait colorer une vie de fatigue et de dangers ; leur mort , même n'était pas remarquée. Cependant, manquèreut-ils jamais de courage? »
Il est certes étonnant qu'avec des moyens d'action si limités, Wellington ait pu exercer une aussi grande influence sur ses troupes. S'il faut en croire un de ses aides de camp, cette influence doit être attribuée plutôt aux services du duc, — services que le patriotisme anglais ne pouvait voir avec indifférence,-vqu'à des sentiments dWection on de gratitude de la
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part des soldats: « S'il est incontestable, ditNapier (i), que a Wellington s'attira toujourslacoQfianeedeBessubordtntaés « comme gtoéral , il est beaucoup moins certain qu'il sut u toujours se concilier leur affection. »
Bien que ce témoignage ait une grande valeur, nous croyons, d'après des faits et des renseignements précis, qu'on est en droit de le récuser. Sans doute, Wellington n'était pas, dans l'armée anglaise, populaire comme Napoléon l'était dans l'armée française ; mais cette circonstance s'explique par la diversité des caractères et des situations.
Doué d'une nature expansive et se trouvant à la tète d'une armée intelligente, où les idées de liberté et d'égalité sociale avaient jeté de profondes racines, l'empereur,' par tempérament et par calcul, s'était emparé fortement de l'imagination de ses soldats. Flattant leurs goûts , exploitant leurs faiblesses, chef et camarade tout à la fois, il les dominait et se faisait adorer.
La même communauté de sentiments, de mœurs, d'habitudes, n'existait pas, et ne pouvait pas exister entre le duc de Wellington et le soldat mercenaire de la Grande-Bretagne. Ce dernier, en effet, se trouve depuis des siècles sous la domination d'une aristocratie puissante. L'oflBcier le tient toujours à distance, et n'en est que plus respecté. Cette considé • ration seule eût empêché Wellington de prendre avec ses subordonnés la familiarité que l'empereur témoignait à ses vieux soldats, lorsqu'il avait beèoin de surexciter leur courage ou leur dévouement.
Au reste , comme les nations qu'ils servai«it, les caractères de ces deux généraux étaient essentiellement différents. Les passions des natures exubérantes étaient inconnues à Wellington. Raisonneur froid et méthodique, exwipt de
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préjugés et de fortes passions, il parlait à la raison plus qu'à l'imai^tion. L'empereur, au contraire, frappait les esprits par de vives images et par des traits éblouissants. Ses rares qualités commanclaient l'admiration, et tes défauts même de son caractère lui faisaient des partisans. « Les hommes, dit UD moraliste, ne sont en généra) fortement épris que de ceux qui ont quelque chose à se faire pardonner. »
Il n'est pas nécessaire de pousser ce parallèle plus loin pour comprendre que Wellington ait pu anssi bien que Napoléon gagner l'estime et la considération de ses subordonnés. Une parfaite égalité d'humeur et de caractère, jointe àun fond de bienveillance et de justice, attirait peu à peu vers lui ceux qu'avait éloignés d'abord son maintien grave et réservé. Les soldats appréciaient les efforts qu'il ne cessait de faire pour améliorer leur bien-être ; ils étaient touchés du soin avec lequel il ménagait leur sang ; ils admiraient son impartialité, sa droiture, la justice et le désintéressement avec lesquels il rendait à chacun la part d'éloge et de blâme qui lui revenait; pardessus tout, ils étaient fiers d'obéir à on général qui leur donnait, en échange des plus rudes sacrifices, beaucoup de gloire et de considération (i]. Au témoignage de tous ceux qui ont servi en Espagne et dans l'Inde sous ses ordres, Wellington fut véritablement un bon chef (a). Sévère et roide dans le service, indulg«it, simple et gai dans les relations privées, il, aimait que ses officiers se créassent des distractions, et se mêlait souvent lui-même à leurs parties de plaisin (s). Il écoutait patiemment les plaintes des soldats,
■ QMlqa'tl D'eAt pu ta paaTolTde(MClnitl«adacéur,l'arni<cdelaPfiiliunifl épran- P««rlallMalB«*i»UB^U4ngi« lO'i^tMrwrlci'alaqHaiii'darkuwW.'TiiiH; •.pli».
(1) Uc««le6rcTatk>rdU1uaieTe>Bnn«ntqng tout eaux qulcurutlelHniktiir d'être •ardadaM d^ialtKiTacweliiiwUaépTiravtTent pour lui i« KDUnwDtidali pi» *iTe ■asallMi il «Ultboii,aSaclneai,lndnl(aDt ûtm U ducuuloa, et lanjonrt prêt t rendre ■arrlcai llanit peDd'im[>cti*euUluliltDddeb«DDe baaralH piMcrda conMlli d'Html. OlLonMiMaiT, t. u, p, 1S4.
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leur rendait exactement le salut, et se montrait toujours prêt à les obliger. « Il ne visitait pas, dit Maxwell (i), les hôpitaux avec ostentation, il ne haranguait pas les amhulances, et il voyait même tomber ses camarades avec une certaine impassibilité; mais, rentré chez lui, quand les autres dormaient, il s'ingéniait à trouver un moyen d'adoucir leurs sounirances, et quand personne ne l'épiait, ni ne l'attendait, il visitait les hôpitaux en particulier, sans suite et sans apparat. »
I tf. Charl es O'Malley raconte qu'en i8H, au milieu d'une chasse au renard très-animée, le duc dit tout à coup à son aide de camp, le major Gordon : « A quelle distance se trouve Niya? — A cinq lieues environ. — C'est dans cette direction, n'est-ce pas? — Oui, milord. — Ëh bien, allons visiter les blessés. » — Et il partit au galop.
Voilà ce qui explique que Wellington, malgré sa froideur et sa sévérité , exerça uue grande influence sur son armée, et qu'il inspira aux officiers comme aux soldats une confiance sans bornes. Les EIspagnols eux-mêmes, si hostiles à l'intervention anglaise, et si mal disposés pour le duc, finirent par rendre justice à ses talents et à son caractère. Dans les dernières campagnes, sa présence parmi eux, sur le lieu du combat, suffit pour les rassurer; elle prévint le retour de ces déplorables paniques dont ils avaient donné tant d'exemples au début de la guerre.
Napier pense que la popularité de Wellington eut à souffrir de la barbarie du code pénal militaire et des vices qui s'étaient introduits dans te système d'avancement. Nous admettons volontiers cette explication, en faisant toutefois une réserve au sujet des peines corporelles, dont Napier semble être l'ennemi déclaré.
Il est certainement honteux pour l'espèce humaine que des
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châtiments de cette nature soient encore appliqués dans Tannée du peuple le plus éclairé du monde. Les philanthropes de tous les pays se sont élevés contre ces ignobles flagellations. Les Anglais euï-mèmes les ont flétries dans les termes les plus énei^iques. Au Parlement, de nombreuses motions ont été faites pour réclamer un code plus humain; mais, chaque fois, de fortes majorités ont rejeté ces motions. Le duc de Wellington s'est toujours trouvé parmi les opposants, et comme son autorité avait un grand poids, on a reporté sur lui le sentiment de réprobation qui s'attachait à des lois dont tous les cœurs généreux déploraient l'existence. Loin de gémir de cette responsabilité, le duc s'en fit un mérite, car à ses yeux, l'abolition des peines corporelles eût entraîné la mine de l'armée anglaise. Appelé devant la commission royale d'enquête sur les châtiments militaires, il défendit son opinion avec une force de logique qui dérouta et confondit ses adversaires : « Le but d'un châtiment, dit-il, est non-seulea ment la punition d'un coupable, mais l'exemple... Or, il d n'y a pas de châtiment qui fasse impression sur personne, « si ce n'est le châtiment corporel. Vous mettez un homme a en réclusion solitaire ; personne ne le voit dans cette si- « tuation, et personnene sait ce qu'il souffre pendant qu'il « est enfermé ; conséquemment, cette punition ne sert pas « d'exemple (i)... le dois déclarer que, cent fois, la menace « seule du fouet a empêché de grands crimes... J'ai médité « sur ce sujet depuis six ou sept ans; je l'ai retourné de toutes « les manières dans mon esprit, et je déclare que je n*ai « aucune idée de ce' qn'on pouirait substituer à l'ancienne « maaière de punir. »
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Cette conclosioD attira Bur la tête de Wellingtoo tes foudres de la presse et del'opposiUon. Le principal argument des réformateurs était celui-ci : «Puisque les armées françaises et allemandes ont aboli sans inconvénient les peines corporelles, pourquoi l'Angleterre ne pourrait-elle pas faire de même? v
Le duc réfuta cette objection (i) en fesant observer qu'il n'y a pas de comparaison à établir entre des armées recrutées par voie de conscription, dans toutes les classes du peuple, et une armée dont les éléments constitutifs sont puisés dans les dernières couches de la société; — eotre des années dociles, morales, sensibles aux reproches, et une armée de mauvais sujets endurcis, livrés à la débauche et à l'ivrognerie; — entre des années nombreuses, capables de supporter un certain degré de relâchement, et une petite armée, où la moindre cause de faiblesse produit des désordres qui peuvent amener d'irréparables désastres.
Le duc faisait remarquer, en outre, que la discipline doit être exceptionnellement rigoureuse dans une armée disséminée par petits corps sur le globe entier, et dont les hommes, quelque part qu'ils aillent, commencent à servir sur un bàtimmt de transport où toute discipline d'honneur, de remontraoces et de r^rimandes secrètes, ainsi que toute séparation ou distinction entre les diverses classes est absolument impraticable. Les fractions de cette armée ne sont presque jamais sous la surveillance des corps dont elles font partie. Le« détachements en Irlande , aux Indes, à Honduras, dans U nouvelle Galles du Sud, etc., rendent l'inspection et le contrôle des chefs impossibles, u Si l'on tientcompte de ces « faits, dit le duc, on est étonné qu'il y ait quelque discipline « dans notre armée, malgré la sévérité du système dont l'op- « position se plaint. »
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La vérité nous oblige à dire que cette objectioQ sera sans réplique, aosat longtemps que l'Angleterre n'aura pas réformé son système de recrutement, ou aussi longtemps que la dasse infime, dans laquelle l'armée puise ses éléments, n'aura pas fait de grands progrès dans Tordre moral. Et ce qui nous conBrme dans cette opinion, c'est que le même pays, si cruellement sévère & l'égard de ses nationaux, a supprimé les peines corporelles dans les régiments de cipayes, suppression motivée sur ce que les Indiens sont sobres , graves , doui, obéissants [i), qu'ils servMit volontairement et regardent la carrière des armes comme une des plus honorables, toutes circonstances qui permettent de les traiter avec moins de sévérité que le soldat violent et dissolu de la Grande- Bretagne.
Ceux qui jugent avec les idées de la philanthropie cette grave question des pûnes corporelles, admettent volontiers que le duc de Wellinton eut un cœur dur, un esprit inaccessible aux émotions généreuses (%). Ils sont, à cet égard, dans une erreur profonde. Les hommes qui ont vécu dans l'intimité du duc rendent pleinement justice aux qualités excellentes de son âme. Sous des dehors froids, il était bon, simple, dévoué. Son caractère le portait naturellement i la
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clémeace. Il punissait seulement lorsque l'intérêt de son ar< mée Texigeait; dans bien des cas même, il pardonna avec une trop grande facilité. Ce qui le préoccupait surtout dans un cb&timent, c'était l'exemple. L'ordre suivant, du 4 mars 16] 1 , est la traduction de cette idée : « Attendu que depuis deux a années aucun soldat de la brigade des gardes n'a comparu « devant une cour martiale générale, et qae même aucun « d'eux n'4,étéempri8<«)né dans un corps de garde public, K le commandant en chef veut que cette brigade soit dis- « pensée d'assister à l'exécution qui se fera demain. »
Lorsque, pour une raison quelconque, une cour martiale avaitdtfféré l'exécution d'un arrêt, Wellington opinait presque toujours pour la mise en liberté des coupables. Sa correspondance fournit à cet égard des preuves surabondantes (i). Il y a plus, quand un délit était rare, l'exemple alors devenant inutile , te duc pardonnait sans difficulté. « A la fin de la guerre de la Péninsule, les crimes avaient prodigieusement diminué (s). » Il y eut à cette époque un homme convaincu d'avoir volé : a Je lui pardonnai , dit Wellington, parce que « ce crime était devenu fort rare (s). »
Un officier de l'armée de la Péninsule s'était mal conduit devant l'ennemi ; au lieu de le traduire devant une cour martiale, Wellington écrivit au duc d'York pour le prier d'accepter la démission de ce malheureux. « Le défaut de cou- ■ rage, dit-il, chez les officiers de l'armée est un cas fort « rare, et ce crime n'a pas besoin d'une punition exem- « plaire {t). »
Après Waterloo , il eut recours au même expédient (s) :
(I) voir, entra ekItm. mrdra staénS da 1 1 ivrH lau.
(1) MpailUaaile WetllngUHideriatl* cour raille d'enqiitla.
(I) HpoilUondanDll* caar d'enquête.
(>] Voir *• i^lrt du il i^Umbr* IBIB. m Om leroti.
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V Beaucoup de braves gens, dit-il, et même je crois quel- « ques grands hommes ont été tus un peu ^ayés d'une « bataille comme celle-ci, qui ensuite se sont conduits par- « faitement(i) »
« Croyez-moi, écrivait-il un jour, tous ceux que vonsvoyei « en uniforme ne sont pas des héros (a)! »
G^te indulgence philosophique portait le duc k pardonuer bien des fautes et bien des faiblesses que d'autres eussent châtiées.
Lorsqu'un régiment anglais se trouvait compromis dans quelque affaire, il pouvait compter queAVeliington interpréterait sa conduite dans le sens le plus favorable. C'est ainsi qu'il essaya d'excuser la rotraite précipitée du IV dragons à la bataille de Chillian-Wallah , dans te Punjab, et celle du 62* d'infanterie à la bataille de Ferozesbah (3).
An reste, en agissant ainsi, le duc avait un autre but; c'était, comme il le dit lui-même, « de cacher à ses soldats et « au monde qu'un officier pût se conduire mal devant l'en- « nemi. n « S'il arrive, ajoutait-il, qu'un malheureux vienne « à faillir, je préfère le laisser se retirer du service plutôt « que d'exposer sa faute au grand jour {*). »
Void un autre trait d'indulgence raconté par Wellington devant la «>ur royale d'enquête sur les châtiments militaires : • « Un sellent, dit-il, avait déserté emportant la solde de sa « compagnie. Il fut rattrappé. Je te mis aux hallebardes, « mais je ne le tis pas punir. C'était d'ailleurs un bon sujet. « Je lui pardonnai, et j'en fis plus tard un officier non commis- « siouné. Dans la suite, je le recommandât pour être officier;
(I) LrtfrfdallBonBbrelUS, «H/lnr(n>ii(-««MraJ Hugmt.U lepiiKultdui CM lettre da ceqn^oBMponraulTlunatBcter xccuiC d'irolr 4UIIU M champ da batitlte. (1) tannti...^«cBr«r,BuifttiaiS.
(llVoIritoconnii, i,ir, p. 3S8.
l4]ijMr«dul9iio«tIBn, m Hue arark.
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'I il réuMÎt et devint même officier d'état-major dansTannée « delà Péninsule. Cet homme avait été poussé par les femmes a a commettre son crime. Il y a des choses de ce genre anx- « quelles un soldat peut être entraîné sans cesser pour cela « d'être un bui sujet. »
On trouvera certainement cette indnlgoiee bien extraordinaire de la part d'un homme aussi sévère et aussi rigiée que le duo de Wellington.
Sa bonté d'âme éclate encore dans une foule d'autres circonstances. Le colonel Welsb, dans ses MÎUtary remùiùcencei, raconte l'épisode suivant dont il fut témoin. Le capitaine Mackay, officier instruit et brave, mais que sir Arthur Wellesley n'aimait point à cause de son orgueil et de sa roideur, avait été chargé, pendant la guerre des Mahrattes, de la direction du parc des bœufs. Ne trouvant pas ces fonctions en harmonie avec son caractère aventureux, il demanda à combattre avec te 4* régiment de cavalerie indigène auquel il appartenait. Cette projiosition, contraire au bien du service, fut rejetée par l'adjuda&t général Barclay, qui avait pris auparavant les ordres du général en chef. Mackay, ne tenant aucun compte de ce refus , écrivit au duc que si son corps était engagé, il s'y joindrait à tout hasard : a II savait IneD, disait-il, que par là il perdrait sa position, mais du moins il espérait la pwdre avec honninir. » En recevant cette lettre, Wellesley s'écria: Que faire d'un pareil compagnon^ je awB que nous devons le laùser aller. Uackay prit ea eflêt part i la bataille d'Assye, oii il fit des prodiges de valeur; ft la fin de la journée, il eut son cheval tué et fut lui^nème haché par la mitraille. Quand on vint annoncer ce malheur à sir Arthur Wellesley, une larme brilla dans ses yeux : touchant hommage rendu à la mémoire d'un brave camarade...
Si parfois quelque officier, dans un accès de mauvaise humeur, adressait au duc une lettre peu convenable, au lieu de punir cet officier, Wellington l'engageait à reconnaître ses
torts et i retirer sft lettre. « Je ne garde pas rancune à R M. Downie, écrivît-il au général Mackenzie. Un homme qui « ressmt si vivemeut un blâme aura soin de ne pas a'eiposer « à en recevoir un second (i). » Et dans une circonstance <« Bfanblable, je vous prie, écrivit-il à un officier, d'examiner
« de nouveau cette alTaire et je vous assure cpie rien ne
« me caoBera plus de satisfaction que d'avoir réassi à obtenir « que vous rétractiez des expressions que rien ne vous a « provoqué à employa* contre un de vos chefs (2). »
Ayant été accusé par Morilto d'avoir de coupables préférences pour les maraudeurs anglais et de réserver toutes ses rigueurs pour les Espagnols, le duc se contenta d'écrire au chef immédiat de ce généra) (3) : « J'espère qne M orillo reti- « rera ses plaintes comme ayant été formulées dans un mo* « ment de mauvaise humeur à laquelle tout homhie peat être « sujet. S'il ne le fait pas, il voudra [bien au moins prouver € ce qu'il a avancé. »
On se rappelle que Ballesteros attaqua publiquemerit la nomination de Wellington au commandement en chef de l'amaée espagnole, et cela dans des termes si violents, que les Gortës furent obligées de le destituer. Cette indigne conduite n'empêcha pas le duc de faire quelque temps après un éloge exagéré de Ballesteros : « C'est le seul homme, écrivit-il à « IotA Liveipool, qui ait jamais fait quelque chose {*). »
Un jmineÂnglais, employé depuisun mois au commissariat, avait adressé aux lords de la trésorerie une lettre (s) dans laquelle il disait que le commissaire général et ses officiers, aussi bien que Wellington lui-même, étaient des fripons ou dee sots (Knave$ or fooh), et qu'on pourrait épargner bien
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des millions au trésorpublic en adoptant un nouveau système d'alimentation dont il se prétendait l'inventeur. Wellington, informé de ce fait, se contenta d'écrire à lord Villiers, protecteur du jeune homme : « Je demande seulement 'qu'il « n'écrive plus de lettres à la trésorerie sur des sujets qu'il K ne peut comprendre (i). »
Après la campagne de France, un officier s'étant plaint au duc de n'avoir pas été compris sur les listes dressées par lui pour l'obtention de la croix du Bain, Wellington lui répondit de Vienne le 5 février 1815 : « L'explosion de ce méconten- « tement, tout injuste et blessant qu'il soit, ne m'a pas fait « oublier les services cpie vous et votre brave corps avez « rendus; aussi, quoique je craigne d'arriver trop tard, je « vous ai recommandé dans tes termes les plus pressants au « secrétaire d'Ëtat. »
Ce n'est pas seulement à l'égard do ses frères d'armes et de ses concitoyens que le duc montrait cette longanimité; les soldats espagnols étaient traités avec la même indulgence. Ainsi, bien qu'il eût de nombreux sujets de plainte contre eux, il ne négligea aucune occasion de signaler leurs services dans les termes les plus chaleureux.
Plus d'une fois même, il eut la délicatesse de passer sous silence les fautes ou les lâchetés qu'ils avaient commises. Témoin son rapport sur la bataille de Talavera, où il s'abstint de mentionner la conduite honteuse des troupes de Cuesta, qui, le 27, avaient lâché pied devant la cavalerie de Milhaud(i).
Le duc prit encore généreusement la défense de ces U^upes, torsqu'après la bataille Cuesta ordonna de les décimer pour punir leur couardise. 11 y avait déjà 50 hommes
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fiuillés, quand il parvint k décider le général espagnol à mupendre l'exécntion de cette terrible sentence (i).
Sous les dehors d'une grande réserve, Wellington avait une âme tendre et compatissante (t). La mort de ses otBciers lui causait un chagrin profond. Après la bataille de Vittoria, il écrivit à son frère : « La douleur que je ressens de la perte « de Cadogan m'empêche d'éprouver quelque satisfaction de « notre succès. » — Le lendemain de Waterloo, dans une lettre au comte Aberdeen, «je ne puis, dit-il, vous exprimer le « regret et le chagrin avec lesquels, en jetant les yeux autour
« de moi, je constate les pertes que nous avons éprouvées
« La gloire de pareils combats, si chèrement achetée, n'est « point une consolation pour moi. » — Et, le même jour, écrivant à son ami le maréchal Beresford, « nos pertes m'ont
« réellement abattu, et je suis tout à fait insensible aux avan-
« tages que nous avons acquis.... »
« Que Dieu me favorise assez, écrivait-il encore au pi^nce
« de Schwartzenberg, pour que je n'aie plus de batailles i
« soutenir, car je suis désolé de la perte de mes anciens amis
« et camarades (s). »
Ce vœu, exprimé dans un moment où les alliés étaient dans .
l'eniTrement de la victoire , fait le plus grand honneur au
caractère de Wellington.
lUTokuo, t. m, p.«.
(1] Il prCBilt une gnade part au DulMorde »t* oOckn i Mowfn 11 IMtr* du tVn»- *M*brc I>11, ti il eiprlmilt * tard rifet, «n (arnc* iIbpIm at mli, li dsoMu qull dpraaTi[t de le TOlr iMlaonDler dci rrancUi. al M binel qa'U idreua I ■■uchbc pour la nmvvurie mbau proetdti «Bien et bntacMipafaM d^i«ei. [Cr>pit(cM>. t- il, p. M4,5«.)
(IIKJfrfdnMJalHlBlt.
T. UI. t9
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- liô —
Napier rapporte qu'il vît le duc tout en larmes qnand, après le terrible assaut de Badajoz, on vint lui annoncer que dans cette fatale nuit, plus de 2,000 de ses braves soldats avaient trouvé la mort.
Un témoin oculaire de la bataille de Waterloo raconte une scène analogue, que nous sommes heureux de pouvoir transcrire :
Le 19 juin, le médecin principal Hume étant entré dans la chambre du duc, avec la liste des tués et des blessés, trouva le général endormi et trës-affaissé par la fatigue. Comme ses instructions étaient formelles, il n'hésita pas à l'éveiller. Le duc s'assit sur le bord du lit, et, sans demander aucune explication , dit au docteur : lisez ! La lecture fut longue ; au bout d'une heure, M. Hume se sentant ému et fatigué s'arrêta ; il leva les yeux sur Wellington, celui-ci avait les mains convulsivement jointes et le visage inondé de larmes. Le duc ne parut pas d'abord remarquer le silence du docteur, mais au bout d'une minute: Coniinues, dit-il, et jusqu'à la fin de cette pénible nomenclature, son attitude fut celle d'un homme en proie à la plus vive douleur (i). '
Napoléon considérait ses soldats « comme des chiffres destinés à résoudre un problème (s). » Pourvu que la solution fût conforme à ses désirs, il ne regrettait rien. Le simple et modeste général de l'Angleterre était doué d'un cœur plus sensible; il avait une opinion plus élevée de la nature hu-
(Z) Ce font m propret gipr«MlDIu. CominB trait Cinctfrlillqne, noui clUroni le tatt ■ulTiDt.ncoDUpirHipDlAan lui-mtme :
tUDtKi!DerilcoiiiniudinLd'aTlUI(irlcde l'*roi«e d'IUUc, . Il voulut dniDgr • U rauMUe il'undâpuU, «lu'lltvilt eanpuet nloe, IB *i'«aUc[e de li petits luaire. lu canitqiience, Uonloaot une attaque d-atiut-poMc duule col de Teode, attaque hd* otiletel aaua rCMUtat. La lolle Mtewe de Nice rut utUhlte, mal* plualesn uldati paytrant de leur *t*
ce caprice d'une feuime coquelle etd'un (éaâral lnaeualble aniwnltraDcct humaloM
Il ett Juale de dire cependant qne KipolAin a'eat rapeutl de cette aclleu • tilnte-
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maine. 1) ne flattait poiot ses soldats, il ne leur tirait point Toreille, mais il prenait soin ie leur santé et ménageait leur sang avec une parcimonie dont les généraux français se sont moqués dans plus d'une circonstance (i).
Wellington fut aussi à l'égard de ses subordonnés d'une politesse extrême, et jamais on ne le vit s'abandonner a ces écarts de mauvaise humeur et de brutalité, si fréquents chez Napoléon (a). Aucun d'eux n'eut jamais à se plaindre d'un mot injuste ou d'une appréciation blessante. Dans ses ordres même les plus rigoureux, il employait un langage convenable et poli. Il avait à un haut degré ce calme et cette urbanité qui font respecter le commandement, cette distinction de manières et ce charme des reUtions privées qui révèlent toujours, ou la supériorité de la naissance, ou l'élévation. naturelle du caractère. Wellington, dans ses ordres et dans ses lettres de service invite, prie; rarement il ordonne (3). Lorsqu'un de ses généraux se montrait brutal ou inconvenant, il ne manquait pas de s'en plaindre. Ainsi, le 31 septembre iSll, il écrivit à Campbell : ■ Il faut reprendre les négli- ■ gences ou les fautes dans un langage qui ne soit pas de « nature à blesser les sentiments de la personne à laquelle « les reproches s'adressent, et sans y mettre trop de véhé- » mence. )>
n donna un conseil analogue à Beresford, obligé de sévir
II) On ■ dll qne Weirinilan m<nii(s*ll m uMi Haiu iTinu une aallIBuN opinion ds lui. Tonlci)
InUrtL, dflconiervaTtlei bonines qu'il «Till tint de peine l recruter et àfarniEr, noi croTODaqull j mit diuu Mil Idlnda pour eui plui qu'un ctlcul tfgolile. Celle oplnb eittoad^e •uruneétodeipprorondla dei tri Taux et du cinctira de Welllniton.
(!) m, TUeri en cite plu*leun eiemplei que noui croront louUlei de rippcler Ici.
(SJ voir entre lulreiieiordrei dnXI Bil 1811, du I juillet lSll,dn S arrll tSII, du maralSlt.etc.Liiini-dernlerde ce> ordre* coumeDGe aluil i • L« coaunandiot en cli
• ell loujouri tlBIgt quitid 11 dolL ciuier quelque peine aux oBlcIert de ramée ; mali < raut bienceiwnilantqu'lti h penuident qu'aucun dei denln. qu'il) lonl appelé! 1 rei
• pllr,ne peut tire né|ll|d uni Inconvénient Mrleux pour le aerrlce, qui a'en reueni t
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contre des officiers portugais qui avaient écrit directement à leur gouTernement, sans passer par son intermédiaire : « J'é- « Titerais dans cette correspondance, dit Wellington, tout ce <> qui sent la sévérité ou l'aigreur. Bornez-vous à une courte « relation des faits (i). >
A^ssant d'après les mêmes sentiments, il mit à Tordre du jour de l'armée, le 47 décembre 4813, cette recommandation, trop souvent négligée par ceux qui commandent : « Une personne inférieure en grade, oimme toute autre per- K sonne, a le droit d'être traitée avec douceur et politesse. »
Dans d'autres circonstances encore, le duc engagea ses officiers à ne pas faire usage (Texpresàons dures à l'égard de leurs subordonnés : « Ces expressions, dit-il, ne sont nnlle- « ment nécessaires ; elles blasent au lien de coDvain<»e (t). »
Nous venons de faire connaître Wellington dans ses rapports avec la guerre et avec l'armée. 11 nous reste à le montrer aux prises avec toutes les difficultés de l'administratioD et de la politique.' Dans cette seconde phase de sa vie, il ne nous paraîtra ni moins grand, ni moins digne d'admùratioa que dans l'autre. On ne sait en effet ce qu'il faut admirer le
U) iWinldluKrllii Italaorder DrlQ lu csmtpandenca m MTCiily orupcrtlr; odIj > • pilla aod thort (bHract M ruii. ■
(1) Dupauitéi, t. TllI, p. IM.
OsptnlTofr,LT,p. IM.qn'inlMMliiwatiltiiioaunK rfudre jDJtice >ui lannenra «t omduuMT Im cbofi qui litulent ibiii de Imr ■■torlM.
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plus, ou l'habileté avec laquelle il conduisit les opérations militaires, oa cette autre Iu})ileté, non moins précieuse, avec laquelle il parvint i surmonter les difficultés politiques, et à déjouer les intrigues de toute espèce qui entravaient l'exécution de ses projets.
On ne donnerait pas une juste idée du mérite de W^lington, si l'on négligeait de mentionner les embarras qui, depuis le premier jour de la guerre jusqu'au dernier, lui donn^wit plus de soucis que l'armée française elle-même.
En Portugal, il eut k copibattre l'aristocratique et ombrageuse faction des Souza, que protégeait secrètement la cour du Brésil , l'inertie et la faiblesse du gouvernement de Lisbonne, l'indécision et l'hostilité latente du prince régent (i).
En Espagne^ les jantes locales, où siégeaient les hommes les plus violents et souvent les plus hostiles à la Grande- Bretagne, excitaient les citoyens les uns contre les autres, sous prétexte de stimuler l'enthousiasme; elles gaspillaient les subsides et les armes que le ministère anglais, dans les premiers temps surtout, leur envoyait avec une profusion ridicule; enfin elles dérangeaient, tantôt par des mesures impntdmtes et tantét par une coupable inertie, les plans de défense les mieux combinés.
Les Cortës, imbues de l'esprit de réforme et livrées aux passions démagogiques qu'entretenaient les journalistes et la populace de Cadix, entravèrent constamment l'exécution des projets de Wellington, en refusant de décréter les mesures nécessaires, en adoptant des bases d'impôt vicieuses {*), ta
• u oour di iinaro M U Mpaarrbm citar tIb|1 clrcnuliMciaO li coar et U r4(«Dea m nirent n oppoM-
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donnant aux troupes et aux capitaines généraux des ordres qui auraient dû émaner du chef responsable, ou en faisant des lois que repoussaient le clergé et te peuple des campagnes, les deux plus fermes appuis de la révolution (i).
Tandis que l'Espagne était remplie d'ennemis, et que les échos du canon se répercutaient jusque dans la salle des Gortès, les députés passaient le temps à faire des proclamations emphatiques, à discuter sur des questions de droit abstrait, à prendre les résolutions les plus absurdes. Croirait-on, par exemple, que dans le moment le plus décisif de la guerre, en i8i5, les Cortès firent uo décret statuant qu'à la demande des carmes déchaussés de Cadix, sainte Thérèse de Jésus serait honorée comme la patronne de l'Espagne (s).
En Portugal, ta princeâse Charlotte, femoie du prince régent ne cessait de fomenter des intrigues et de contrecarrer la diplomatie anglaise pour être mise à la tête du gouvernement.
A ces embarras, il faut ajouter l'ignorance profonde, la morgue et l'ombrageuse susceptibilité des genoux espagnols; — la mauvaise constitution de l'armée dite régulière, — le peu de sympathie qui existait entre cette armée et les partidas (s), — la haine innée des Espagnols pour les Portugais; — le manque absolu de ressources locales, — le mauvais vouloir des gouvernements et des peuples de la Péninsule ; — enfin, la faiblesse ou l'incurie du ministère anglais,
[Il Plml ctt Mt.om doit oltar lurlvut catle portaai HippnuliiD de rlnqBlitllDa , loi Irtt-lnapporlnne, qui liilllt , lu demMr mamanl, JeMr la clerfé el le bM peupla du* In
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qui non-seulement n'avait aucune expérience des choses de la gaene, mais se trouvait encore soumis aux caprices d'une nation dont les mœurs et les institutions répugnent à la carrière des'armes (4- « Cette nation, dit uo des historiens les plus estimés de la Grande-Bretagne (s), oiïte un étrange assemblage de qualités chevaleresques et mercantiles : justement orgueilleuse de sa gloire historique et déraisonnablement jalouse de ses dépenses militaires, avide outre mesure de célébrité guerrière, et cependant impatiente de préparer une paix mineuse, laissant ses établissements sans ressources quand le danger est passé, et redoutant, plus qu'aucune autre, la défaite quand le danger est présent; rêvant de Crécy et d'Azincourt en temps de guerre, et ne songeant en temps de paix qu'à faire des réductions économiques. »
Non-seulement Wellington avait à pourvoir aux besoins de son armée, il devait encore régénérer en quelque sorte la na-
(II I B« l<HMlc)p«ui>lci cItHMi, dit un luLninnilili (rrincli Irad), Il nVaeitpu ■■ q«l lit DMlii* d'UM) it dacaiiDilutaue* mllIUJnw que le> knilili. tiei«i dindatarma cntrinrc qi'unc imiec iiermincnlc al IncoatULollonticllr. Ili lont Jiloiix dE ce qnl en a MBtoBcnt l^tnnMM, CM (IMcHMDl, o«Lle iTcnlou iMur tMil De qui H rilUcbe * la tM nBllilre cal plui Mrte encore, l'Il «•Lpouible, pirmllu aluiea ouirlèrei. qui CDniIdtreDtle«b*blUriHigMO0Bia«MiU«td^aMaliHlsrell de lenrt [BiMt«i, iL ijui ilmeal ■In» «a ItDtr*) *e l*lMer «aiprlianBCr camne IndlBanU dani un aoràhouie que dtn- Aautrrmmlttmtn de naaser b rattoa daMM*l. aiimi r*rra«e m v ompoK-t^llB du re> bat de 11 ucMU. •
LecolODeiniplcr ciprlme li mï ne opinion ; < te peuttkt anglili, dll-ll, eiL belllipim udi Un KltlUire.etieatlepnUiteMMalaieBlruMlIbertéiu'U ne ptxMde pu, Il •'oppeêe en tempidepili* lont «UbllMeneiit uUletrintrippartl lu tuerre. Jnieaut turtei bmu de NcoM u dlMlptlae et la lalrar do* loMalu, m ne lUeut ■■eone lUenlIva a leat*
raoale dtraUndfe dapniMllDaaer aao iraUima nlllUIre,i»iBai« une ccnuUtBtIoBque cepCDdaat IJtaliae Tloler par chaque lalnli- Ire. • (T. nil, p. MC]
WelUtlM aeiate paaaoaa e» report »0a par» «eo ntoUa de i«T«nid :■ L'armée, dll-U. eit tlnoitre ea Anfleterre, locoanae daaa l'anoleaDe canilltaUsa du piji- Ille ne doit M B'e«t «a >p«i<« MTTlr qui 1* ddlie de m* pawoMlau «riattret. BUe aM dédalf»** par Ml babituita, iDrloatpar leabaalea claiiw. dont qnalqnet-UBei ae pematlentjanula qu'ai BeaUtre de lear rimllle preane lerrlce. Le bai panpio aiêHie tara toui lei allorta paBrlnaferlaaaiairaBa d'aotaelar le c«ii|d d'sa parent qui l'ait ear4ld, et cela Bial|r« le* annUfai de la pale, etc., dont JoiUt le aoldat comparatlremant au aaialre d'un ibaple ourrtet.' MammatidaiH dn 11 avili 183», •v 1* diiolpIlBe de l'araiM. Voir encore «limh, t. VIII, p, ISI, et lalc«r(«crlte pn WiUtntlmàJ. ^Wltri, la 10 aul IMS.
(1) AUMi.
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tioD portugaise, la faire sortir de son caractère et de ses habitudes, l'exciter et l'encourager, sans avoir ni le droit de punir ni celui de récompenser; — lutter contre des abus anciens et respectés, contre ledésordrede l'administratioD civile et contre de vieilles institutions protégées par de nombreuses intrigues et de hautes influences sociales ; — il devait enfin, sans faire appel aux idées révolutionnaires, combattre l'aristocratie, fortement attachée à ses prérogatives, et soutenir le peuple, seul élément vivace et patriotique de la nation,
Jamais peut-être commandant d'armée ne s$ trouva dans une situation plus difficile et plus complexe.
Livré à lui-même, sansconseils, et presque sans appui, avec des caisses la plupart du temps vides, et des généraux de second ordre, il devait songer et pourvoir h tout. Sa responsabilité était immense, et ses moyens d'action circonscrits par une foule d'obligations difficiles : obligation de respecter les institutions et les lois de la Péninsule, ainsi que l'autorité de ses magistrats ; — obligation de ne rien prendre aux habitants sans leur en payer exactement la valeur ; — obligation de suivre pour la discipline de l'armée anglaise des règlements défectueux , moins faits pour te temps de guerre que pour le temps de paix ; — obligation de rendre compte de tout au gouvernement et d'obtenir son approbation pour les mesures que, dans toute autre armée, le commandant en chef décide sous sa responsabilité personnelle ; — obligation enfin de conformer ses actes aux vœux de la nation anglaise, aux exigences et parfois même aux caprices du Parlement.
Pour parer à l'insuffisance du recrutement, Wellington créa dans le Portugal une armée nationale qui lui donna dans la suite 50,000 hommes de troupes excellentes (i) ; —
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pour suppléer au manque d'argent , il fit le commerce des grains sur une vaste édielle et s'engagea, à ses risques et périls, dans des spéculations hasardées sur les fonds publics ; — pour faire face à la dépréciation du papier anglais (i) et se soustraire aux manœuvres des agioteurs, il institua des banques, émit des billçts, frappa des pièces d'or (f), et déploya en on mot toutes les ressources d'un véritable génie ânancier. Lui-même disait un jour, faisant allusion à ces difficultés, « qu'ai se représentant les efforts qu'il avait faits dans la Péninsule, il lui semblait que ta nature l'avait plutôt formé pour être chancelier de l'échiquier que ministre de la guerre ou commandant d'armée {z) . » Sa longue expérience des intrigues de l'Inde l'avait rendu particulièrement propre à lutter contre la politique rusée et versatile des peuples de la Péninsule, et sa participation active au gouvernement du Mysore avait développé, à un haut degré, ses heureuses dispositions pour les affaires politiques et l'administration civile. Un général dépourvu de ces qualités aurait probablement échoué en Espagne, quelque grands d'ailleurs qu'eussent été ses taloits militaires. On ne saurait trop le répéter : une condition essentielle de succès pour Wellington fut de se maintenir au milieu de trois gouvernements, dont les intérêts furent presque toujours opposés, et de conduire les opérations militaires sans froisser ni le Parlement dont il relevait, ni les régences d'Espagne etdePortugal, dont le concours lui était si nécessaire,
II) U illaïUaD da crtdlt uilili «tilt al vtrliMe, qus M ptptcr bitu* loat d'an c*bp d* Mr. CtBIWZ. Qmo— ipraad <iaecMpnM)ptUTU'liUoiuda*ilantdMUMTdB (nadianbar- TMlnaiéBdralabUiddapdarTotr tlaMMltUniMde*MlroapMnmirm<lM nM«Dro«t dHtrdwr.
p) IB 1H4,U rnpp* d«* pIteM d«r a l'emcla de Ii*poWwi prar dtller la ddpr«Bl*llan dM pltoc* àxDiht* •( IMItlMr In Inouctlana.
{» MJi l« Birquli WaUMlar irait ranumat dam llndc la (nada iptltud* d« MBlrMa ponr la«flBaBe«i.(Tolriaatf<^4Maf.)On>ratroniid,par kaaard.daDilMvehliwdu Irenr •le SerlaniHbn, un docuDMiit rMls« par le eaMticl WeUeXtr, * bbc «paqna de criM BnaacKra pTodBKa par railUuanianl pnioagCdei Hlcura nKiDnaTee*, et dau lequel caleuae oSoler prMIt aelleoient ce qui ett arrlit- Ttmtt i Mtutetrt, etc., p, in.
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ni les armées indigènes avec lesquelles il devait opérer, ni même les prétendants éventuels aux trônes laissés vacants, et dont l'influence quoique fâcheuse devait être ménagée.
Bonaparte qui, avec des qualités Inliniment supérieures b celles du général anglais, avait un tempérament irascible, un caractère brusque, un orgueil immense, eut moins bien réussi peat^re s'il se fût trouvé dans 1^ même situation. Autre chose, en effet, est de commander aux armées d'une nation militaire, sur laquelle on exerce un pouvoir absolu, sans contrôle, et autre chose est de conduire l'armée d'un peuple ombrageux et libre.dontl'éloignement pour la carrière des armes est tel qu'en tout temps il doit enrôler des mercenaires, et quelquefois même (comme il arriva sur la fin de la guerre d'Espagne) vider sea prisons pour trouver un nombre saffisant de recrues (i).
Il résulte de ce qui précède, que le rôle de Wellington, dans la Péninsule, fut celui d'un général administrateur, financier et diplomate. En Portugal notamment, il eut i s'occuper de toutes les questions qui se rattachent directement ou indirectement & la vie d'un peuple : industrie, finances, commerce, agnculture, etc. Sa correspondance fournit à cet égard les renseignements les plus curieux. Elle renferme entre autres plusieurs mémoires ayant pour but de démontrer au prince régent la nécessité de réformer les branches de l'administration, viciées par des abus que les fi-
<1| Nooi aomme* cuire dini cri deiiJli, pirce que rgptnJoD genCrile ea France etl qac WHIlattM n'éimuvi Janiili ancune dlfflcalM din* le BMnmindenwnt et dioi ridinliilt- Intlsa dci (roiipu. Le mirécliiL ■■raiml, ca ploilmr* androlti de HU RiéDMirs*, pr«- MBd que le ducaviK a.00(> mnlela de Iranaporl pour •eaTl>rH,et qqewiekerditftateat naurrliavec duTola vcnaatdB l'»EI«L(rrrc. c'eiL prendre l'excepUan pour lirËflB.
non moliu iDBUCte ait l'apprdDlallan Mlranle dn nitnie éCTlnln, dattlnéa t randre uompte d« tncct* de Wellington et du rtnn aucEuiin de lliiuéu fnntalw : ■ te
■ tendrai iBBlili, commandant aeul lur la rninUCr», libre d« aea maaiemeota, dllinult
• Mai oonlaitatlon. lUlTantaca calcul! et aetoomblatlaon», de* mojani paltMOlt qui loi
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■ » M dlipoalUna... ■ Himolrtt, i. IV, p. «T.
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datgos voulaient perpétuer au détriment des classes inférieures. Tantôt Wellington signalait an prince l'injuste répartition des impôts et les faveurs dont jouissaient, an matière de conscription , les nobles et jusqu'aux domestiques des nobles; tantôt il lui faisait des représentations au sujet de l'état misérable des ouvriers portugais, de l'inégale répartition des subsides de l'Angleterre, des vices de ladministratioD locale et du mauvais vouloir de ses agents; tantôt encore il lui indiquait le moyen de faire revivre l'apiculture dans les districts dévastés par la guerre.
Ce fat une des qualités {vééminentes de cet homme illustre de pouvoir s'occuper d'une foule de questions accessoires sans négliger les intérêts du commandement, et d'y apporter même son attention dans des circonstances où on devait le croire sous l'empire d'autres préoccupations. Ainsi , le 24 juin 1813, en présence de Marmont et après un engagwnent sérieux , que ses habiles dispositions avaient fait tourner à l'avantage des alliés, il écrivit, le soir dans sa tente, un mémoire détaillé sur l'établissement d'une banque en Portugal : « traitant ce sujet ainsi que d'autres projets ûnanciers dans « tous leurs détails, et de main de maître (i). >
Dans les diverses réformes proposées par Wellington, on reconnaît un double but : arriver le plus tôt possible à l'af-
(I) IUmu, Ln,p. 164.
loUKlcvoiiiriliTobKrTeT UatcfoU qu« Wclllnitoo IninTi il 'njé de la annde-lreliioe, un colbborilcnr liiulll(ciit et d< d'Etat porluiiii, Il n'en reçut pniir dnil dire micune «Hlstinue. Lu u» dtilent M lu aalru .1 reiccptMDde B«daad<i,d«H>EuerietderaTjM, irM-tw* MpiMa*.
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francfaissemeat de la Péninsule, et rendre plus tolérable la situation matérielle des classes pauvres.
Le duc fut assez heureux pour faire adopter quelques-unes de ces réfonnes, malgré l'oppositiou des fidalgos et la résistance prolongée de la cour de Rio^an^ro.
Il est assurément curieux de voir le représentant de l'aristocratie anglaise se faire en Portugal réformateur populaire : « Si le gouTemement de Lisbonne, écrivait-il te 1 1 mai i810 « à Charles Stuart^ veut que les classes inférieures renoncent « à leurs intérêts privés et à leurs occupations pour le ser- « vice public, s'il est prêt à les punir pour la moindre infrac- « tion, il doit commencer par agir sur les classes supé- « rieores. Ce sont celles-là surtout qu'il faut obliger i rem- (t plir leurs devoirs, et il n'y a pas de nom si illustre, il n'y R a pas de protection si forte qui puissent sauver du châti- V m^t quiconque ne fait pas ce qu'il doit pour le salut de la « patrie. »
Nous rappelons avec intention cette lettre, parce qu'on a dit mainte fois que le duc de Wellington n'avait jamais soutenu aucune idée généreuse ou populaire. De là même est venue cette qualification d'tron duke ou duc de fer sous lequel on le désignait en Angleterre. Cependant rien ne justifie moins cette épithète que la vie de Wellington, si remplie de traits de générosité, tout entière consacrée à la défense des intérêts nationaux, par leur nature même si populaires. Aux déclamations des hommes de parti, nous opposerons des faits irréfragables : la lutte incessante du duc pour l'affranchissement de la Péninsule; — l'énergie qu'il déploya à défendre les intérêts du bas peuple en Portugal ;. — l'opposition qu'il fit au gouvernement anglais pour l'empêcher de ruiner l'Espagne par l'émancipation des colonies ; — sa glorieuse initiative auprès de la régence de Madrid pour obtenir, à* la fin de la guerre, l'amnistie de tous les citoyens qui gémissaient dans l'exil ; — sa conduite éclairée, généreuse envers la nation
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française ; — son refus de secoader les tentatives prématurées du duc d'Ângoulême (i) ; — sa puissante intervention pour garantir les monuments de Paris contre la foreur des Prussiens ; — ses efforts intelligents pour engager les souverains alliés à ne pas imposer aux vaincus de trop dures conditions ; — enfin l'appui de son nom et de sa popularité donné au gouvernement anglais pour arracher à son propre parti la réforme des lois sur les céréales et la grande mesure de l'émancipation . catholique
Nous défions qu'on cite un membre du parti libéral, en Angleterre, ayant rendu plus de services à la cause de la liberté et du progrès.
Sans doute Wellington n*a pas été le soutien quand même de toutes les idées neuves. Par ses opinions sur l'inSuence de la propriété et sur le rôle des traditions dans le gouvernement des p«iples, par ses habitudes, ses relations de famille et d'amitié, il appartenait à ce grand parti conservateur, si décrié et néanmoins ai puissant encore en Angleterre, qui n'accepte 1^ réformes que comme des remèdes extrêmes. Cependant il ne craignit pas de se séparer de ce parti, dans l'intérêt des classes inférieures, toutes les fois qu'il put le faire sans toucher au fondement de ses croyances politiques. Le duc n'était pas homme à épouser les querelles, lespréventions, les haines des chefs de parti, et moins encore, à se faire l'instrument docile de leur ambition (s). Avant d'être tory il était Anglais, et avant d'être Anglais il était homme. Onsait que les ultraconservateurs de la Grande-Bretagne haïssaient dans Napoléon le chef armé et le représentant de ta démocratie euro-
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péenne. Aussi leur désappoiotement fut extrême quand, vers la fin de la guerre d'Espagne, ils virent les démocrates gagner de l'influeDce dans les Cortès et se montrer favorables à une transaction avec le roi Joseph. Wellington tout le premier déplora ce fait ; et nonobstant il ne fit rien pour s'y opposer, crainte d'exciter la guerre civile. Il donna, au contraire, au gouvernement le conseil « de se tenir en dehors des « luttes intérieures et de se borner à soutenir la guerre en- « gagée contre les Français (i). » « Sa haute sagesse, dit Napier, empêcha seule les tories d'apporter à cette époque dans le gouvernement intérieur de l'Espagne, leur dangereuse intervention, qui n'aurait pas manqué de donner lieu à une rupture ouverte (3]. »
Ce fut encore Wellington qui, en 1814, s'opposa de toutes ses forces à ce qu'on fit violence aux sentiments du peuple français en le forçant à se prononcer contre Napoléon, avec qui les négociations n'étaient pas encore rompues. « Ne pressezpasle peuple de se déclarer, écrivit-il à lordBathurst(3), « et laissez-lui, comme au plus intéressé, le choix du temps R et du mode suivant lesquels il doit agir pour atteindre « son but. »
Loin de pousser à 1* réaction, comme on l'a dit, Welling-. ton prêcha constamment la tolérance. Il déplora l'aveugle- . ment des conseillers de Louis XVUI {«], et il blâma ce prince d'appeler dans son conseil les membres de sa famille, de former un ministère sans unité et non responsable, de créer une maison militaire choisie ailleurs que dans l'armée, et de s'entourer de personnes qui n'avaient pas un véritable intérêt au maintien de la Charte (sj).
(I) V<itr»M(r>«>lu5Mptenibrel8l3,ai' cornu Balkunl. CJT.XII, [>.M.
(3) Il xrll IBM.
(4) Bini M litin du Sjuillcl Wi, au due iTOrUmi. Il allrlbutll la cbuU d« LouU XTIll • iuxtrririalfaull' or raatrfolllei ot Mtcmi'*mlnlttnill<m.'
(ï) tbimdhic, I. X, 9- un.
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Après Waterloo, ce fut eocore lui qui donna au roi de France les premiers conseils empreints de libéralisme et de modération : a Que Votre Majesté, écrivit-il, se fasse précéder « par quelque document ou acte qui annonce des intentions a d'oubli et de pardon ; qu'elle promette de marcher dans « la voie de la Charte... »
Les vnes éclairées de Wellington étaient à cette époque si bien appréciées en France, que des patriotes s'adressèrent à lui pour obtenir des garanties, comme en 1814, ils s'étaient adressés à Alexandre pour obtenir la Charte. Foucbé aima mieux traiter avec lui qu'avec Louis XVIII. Il lui écrivait te 27 juin : « C'est par vous surtout que les Français sont con- « nus et appréciés. Vous voterez pour leurs droits au milieu « des puissances de l'Europe. » Le duc répondit si bien à cette attente, que le premier acte des souverains alliés fut de déclarer « que la capitulation de Paris ne les liait point, étant l'œuvre personnelle de Wellington et de Blûcber, » déclaration qui motiva ta restitution des objets d'art, suivie bientôt après de ta retraite du ministère semi-libéral de Tatleyrand, formé sons les auspices du général anglais (i),
La correspondance de Wellington prouve qu'il fut contraire aux rigueurs déployées par Ferdinand contre les libéraux des Cortès, et qu'il insista pour que le roi octroyât à son peuple une constitution en harmonie avec les idées et les besoins de l'époque (s).
Enân, comme témoignage de son libéralisme et de ses sentiments d'humanité, nous citerons encore l'aversion du
■■I ■ciorw ructlanoilru q
(1) toir Ma Ullrudtlt'taliitlam.ia » ml IBU, « CImrIfi Sluarl/ i<a»l, auftiiértU fnrrf, et da 1 aaAt, au dne d* San-Carlot.
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doc pour la traite des n^res, qu'il appelait nn odieux trafic (i).
CependaDt, quoique ami sincère du peuple, WelliDgton (et c'est peut-être là ce qui l'a fait passer pour un homme peu libéral) était inaccessible aux trompeuses illusions de la démocratie pure. Il avait vu de trop près les intrigues, les désordres et les secrètes ambitions de ce parti ; il avait trop souffert des suites de son incapacité politique et de son ombragaise susceptibilité; trop bien constaté l'impuissance de l'assemblée populaire des Cortès et de la démocratique constitution espagnole pour n'être pas l'ennemi déclaré d'une opinion qui, se trouvant en possession du gouvernement, et jouissant d'une entière liberté d'action, avait néanmoins fait plus de mal que de bien à la cause nationale : « Je ne puis « penser, disait-il, que l'Espagne soit une alliée utile à l'An- « gleterre, ni même simplement l'alliée de l'Angleterre, tant « que le système républicain subsistera. »
Vers la Bn de 1813, les choses allèrent même si loin que, pour éviter une rupture ouverte du gouvernement avec le clergé et les populations rurales, Wellington hésita un moment sur le point de savoir s'il ne devrait pas soutenir tes généraux espagnols qui désiraient le renversement des Cortès (9). C'est parce que les Espagnols lui avaient donné tant de raisons d'abhorrer l'anarchie, conséquence infaillible des
A répoqqe sO WellidCUMi tcrlvtlt cette lettre. Il AUIl ftmeincDl Gonvalncn de nopal*- UDoe de* Cortti 1 filre te bien, eldu^Kager quecouril[l'£>pi|DedeKtoa)beT nuiJeiouc del* Frtnee. Mni l'cipolr de conjarer ce malheur, Il «cfItU, le 19 jaDvIsr IHIt, ) l'on dei ouBbret Ml plHi loflaent* H le* plai uniéa de« Cortti. pour lui eipoMr itt ratt lur le> Bwr*M propre* i doter ra««(fae deiMntfilcea a'une lafe liberté, catle lettre, ptruquem la duc propow de modlflerl* Canitltutinn dini le leni de* M£e* ingliliei. Umoifoe de iei bea* •enUoienli, et pronie qatl d'i laraali loni* à établir dam la Mnlmule on fouit detpotiqua.
réformes anticipées, qu'il se montra si sévère dans son propre pays pour les agitateurs de l'Irlande et poar ceux qui essayèrent d'obtenir par voie d'émeute la réforme parlementaire.
Les whigs ont blâmé cette rigueur excessive, et tes tories, au contraire, lui ont fait un reproche d'avoir donné trop de gages aux libéraux, en appuyant le bill de l'émancipation et le retrait des com-laws. Au point de vue de ceux qui mettent leur honneur à servir aveuglément un parti, qui rejettent comme indigne toute concession faite aux circonstances ou aux nécessités gouvernementales, qui se montrent tellement soucieux de leur individualité, qu'ils laisseraient périr r£tat pour sauver ce qu'ils appellent leurs principes et leur dignité; au point de vue de ces hommes absolus, Wellington devait être en effet un médiocre politique. Hais sa vaste intelligence et son noble caractère lui Grent dédaigner toute opposition inspirée par d'autres sentiments que celui du bien public et de l'honneur national. Il n'eut, du reste, jamais aucun souci de cette popularité de mauvais aloi, quis'obtient en flattant les masses ou en les berçant de vaines illusions. Le bien-être réel du peuple, en dehors de toute préoccupation politique, le repos intérieur de la Grande-Bretagne et les nécessités du gouvernement étaient les seuls intérêts dont il se préoccupât sérieusement et toujours. Il avait en un mot trop d'esprit national pour être accessible à l'esprit de parti ; c'est pourquoi il n'éprouva jamais aucun embarras, aucune honte, à passer d'un camp dans l'autre, et à siéger dans les conseils de la couronne avec des hommes de toutes les opinions. Au surplus, ces changements de drapeau, qui laissent toujours un peu d'ombre sur les caractères, et qu'en thèse générale ou a raison de condamner, sont plus fréquents en Angleterre que dans d'autres pays constitutionnels. William Pitt, Canning, Castlereagh, Wellington, sir Robert Peel, lord Àberdeen, John Russel et lordPalmerston, en offrent de frappants exemples. Chose digne de remarque.
non-seulement tous ces hommes d'Ëtat ont rendu d'éminents services à leur pays, mais les grandes réformes et les mesures les plus importantes pour la Grande-Bretagne ont été soutenues par des ministères mixtes, composés d'hommes de talent qui, au prix de mutuelles et patriotiques concessions, s'étaient imposé la tâche de gouverner eutre les partis extrêmes, et malgré ces partis.
Les principes, aux yeux de WellingtoD, avaient peu de valeur; il ne considérait que les résultats.
En Portugal, l'intérêt commun exigeait qu'il soutint le peuple contre les prétentions de la régence et des fidaigos, parce que le peuple était seul énergique et dévoué ^ en Espagne, au contraire, il fut amené à soutenir le parti du clergé et des nobles contre le tiers-état, parce que l'alliance de ce parti pouvait seul offrir des garanties à l'Angleteire, après que la France eut pris à l'égard des Espagnols une attitude libérale (t).
Le même désintéressement et le même désir de voir triompher la bonne canse l'engagèrent en 1815 à défendre la régence espagnole (où cependant il n'avait que des ennemis), parce qu'elle r^raussait le traité de Valençay, qui menaçait l'Angleterre et l'Espagne des plus graves complications. Bien que Wellington détestât les Gortès pour le moins autant que la régence, il fit de louables efforts, quand la guerre fut terminée, pour engager \es gôiéraux espagnols à soutenir cette assemblée dans sa résistance contre les prétentions de Ferdi-
(I) Ml l'oriittnc de U mcrre, en cret, lei dtfmocnlet anlMt Bintreilt lu leBltHenta le>i>lDibaalllei poorlet tnttitt. la ttlï, on ilttall gurertenent * Citfi. qin H tant d» rniK9l*étittpr«MnkM*li pratacUoBde 1* Grande- Bretjjne. Milire cetu boitUlt* nl^■^te,WEJllnglClBBep^lt*uca^e pirtt II politique IDLdrieure de l'Eipigne. Il dguni méat: lilMleurifsli lMnc«N«crBentrai((a coMcll dsgarder aita itrlctanenOMiU, ICaiotD Tmxtrait iijl>inLd'uiie(<»reidrei>éer*r lui d BaMur^f.le Suptembre IS13: • Je codi«IUb m
• cou •«mènent de >e déflerdetudMKftndl* HdeotM méWr darMnlintqDC nioarer- ■ nemcDtiiiliilitera du* M|iari,eicapMde 11 contlaiullondeli (utrre et de l'npnlsfon
• ittlnaçUi..
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aand Vil (t). Ce même bon sens pratique le rendit hostile 4 la constitution e^gnole, qui entravait l'action du gouvernement et de l'autorité militaire; — aux Cortès qui, suivant l'exemple de toutes les assemblées populaires, cherchaient à rtonir dans leurs mains inhabiles tous les pouvoirs de l'État {«), — et à la régence, qui opposait à chaque mesure utile proposée par le général en chef des Bns de non-rec«voir, basées tantôt sur des scrupules de légalité, tantôt sur Tinadmissible considération de l'amour-propre national. Wellington avait cent fois raison, lorsqu'il écrivit au ministre de ta guerre espagnol : « Quand l'ennemi est dans le pays, il faut « faire tout ce qui tend le plus directement à l'en expulser, « quels que soient les principes constitutionnels qui peuvent « être violés par ces mesures (s). »
Cette manière d'agir et de raisonner prouve que le duc ne regardait pas le pouvoir comme un moyen de faire triompher ses idées ou ses principes. Il avait une plus haute et plus patriotique idée de la mission de l'homme d'État, idée que Robert Peel exprima si bien dans une occasion solennelle : « Mon dédommagement pour les sacrifices que le pou- « voir m'impose, dit-il, c'est l'espoir de cette honorable re- « nommée qu'on n'acquiert qu'en suivant fermement la route « qui, selon notre jugement, toujours faillible, conduit au « bonheur du pays (*). »
Wellington, accusé d'apostasie par les chefs du parti conservateur , aurait pu en toute vérité s'appliquer les belles
(1) iiDull4Bal<tniAadaKénéTilnloiepraBantiauiertcaeat contre ItMOsbUs dn Oartt», et qoe eellg dtfDU, inr r«rdre d« rvt, coopdn t l'irreMitlon de deat membre* de le rtcncB et de plodean ddpntft. La trolittine irmf e <Ult dlipMte * *urTre le mAnie ecemiile, ma<i comme elle ailHtlt dan de concert tvec Welllafton, ceiut-cJ nu de nn InBneoie et de ion anlorltd poar U nutatenlr dini le devoir. Ce till ett illetld pir le
(1) Tolrl* leHredeWetUatton ilnà noTembre 1810. d Bairl WttlW-ix.
t3) * décembre IMl
(t) NKaori proBonet en isn, i propoi de i* qncitloB de* cMtit*.
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paroles de Cicéron : « Ce que j'ai appris, ce que j'ai vu, ce que j'ai lu dans les écrits célèbres, ce que m'ont enseigné les hommes les plus sages comme les plus illustres, et de cette république et des autres cités, c'est qu'il ne convient pas que les mêmes personnes soutiennent constamment les mêmes avis , mais bien les avis que commandent l'état des affaires, la disposition des temps et l'intérêt de la paix publique (i). »
Au nombre des institutions libérales, il en était une pour laquelle le duc avait peu de sympathie, bien qu'il la trouvât utile (i) ■■ c'est la liberté de la presse. Il faut convenir qu'il était payé pour ne pas aimer beaucoup cette liberté. La presse en effet donna le signal de l'opposition scandaleuse que provoqua en Angleterre l'arrangement de Cintra ; elle demanda et obtint le rappel des généraux vainqueurs, mesure qui probablement eût brisé la carrière de Wellington, n'eussent été l'influence de sa famille et le prestige de ses victoires antérieures. Ce furent encore les appréciations inexactes et perfides des journaux de Londres sur la retraite de John Hoore,sur la campagne de 1809, et sur l'insuccès de l'attaque de Bui^os qui, changeant en hostilité violente l'enthousiasme du peuple anglais, faillirent provoquer le rappel de l'armée péninsulaire. D'autre part les gazettes de Lisbonne, de Cadix et de Madrid s'appliquèrent à dénaturer avec une rage inouie tous les actes de Wellington, dans le but de le rendre suspect aux
(n PraC.Planclo.
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Cortès , à la régence et au peuple. Elles n'épargnèrent pas même les généraux espagnols, d'autant plus malheureux de . ces attaques, qu'ils n'avaient d'autre autorité que celle résultant de l'opinion publique et de la confiance des troupes.
La presse nationale était en grande partie livrée à des hommee turbulents, qui semaient partout, k leur insu peutêtre, des germes de faiblesse et d'anarchie. Son insolence augmenta avec t'éloignement du danger. En 1815, elle ne garda plus aucune mesure. Wellington et ses braves officiers, les véritables sauveurs du pays, furent qualifiés de pillards et d'assassins. On alla même jusqu'à prêter au général en chef le projet de se faire roi d'Espagne.
Ces calomnies et ces injures toutefois firent moins de tort à Wellington que l'indiscrétion ordinaire des journaux anglais, habitués à publier dans leurs colonnes tous les renseignements qu'ils pouvaient se procurer sur l'état et la situation de l'armée alliée. Les officiers et le ministère anglais se rendirent eux-mêmes complices de cet abus, en livrant à ta publicité des détails que tes généraux français eussent vainement cherché à obtenir, et dont ils faisaient un continuel usage. <t Je connais des articles de journaux, écrivait Wellington en « 1815, qui ont servi à établir des plans d'opérations. »
Toutes les démarches du duc pour mettre un terme à ces coupables indiscrétions demeurèrent infructueuses. Cependant, il ne s'était pas fait faute de prévenir le ministère à temps :
« Je plie Votre Seigneurie, écrivait-il à lord Liverpool, « en 1809 (t), de me permettre d'appeler son attention sur « les articles publiésfréquemmentdans les journaux anglais, « et qui décrivent la position, le nombre, les desseins et les
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« moyens d'exécation des armées ea Espagne et en Por- « tugal
« Plusieurs fois, les journaux anglais ont annoncé exac- M tement, non-seulement quels étaient les r^iments placés a en tel ou tel endroit , mais encore le nombre d'hommes « valides dont chaque régiment se composait ; et ces rensei- « gnements arrivaient à la connaissance de l'ennemi, en « même temps qu'à la mienne, dans un moment où il était « trfes-important qu'il ne sût rien (i). »
Il n'est pas étonnant qu'un générât à qui la presse avait fait tant de mal, lui gardât quelque rancune et fit éclater de temps en temps sa mauvaise humeur en apostrophes violentes contre les jounialistes.
Les auteurs qui ont blâmé la tendance de Wellington Jt juger, sans distinction de parti, tes idées et les institutions d'après les résultats qu'elles produisaient, et qui ont pris pour de la faiblesse et de la versatilité ce qui était en réalité une preuve de force morale et de bon sens pratique, ne se sont pas fait faute de contester les titres du duc comme homme d'Ëtat.
Si l'on entend par capacité politique l'habitude des joutes parlementaires, le secret d'aûèrmir ou d'ébranler, par de subtiles manœuvres, la situation d'un ministère ; l'art de préparer le terrain où doivent s'asseoir tour à tour les ambitions individuelles; le talent d'attacher à sa fortune des influences naissantes, de conserver d'anciens appuis et d'en préparer de nouveaux ; ce genre d'habileté enfin qui consiste à savoir diriger ou combattre les mille intrigues et les passions de tout genre qui entretiennent la vie dans les États constitutionnels ;
[1] Fsnrde plni fnadi déUll* voIrlMiu
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— ^ si l'art de gouverner comprend toutea ces choses , Welliogton éUît un bomme d'Ëtat médiocre.
Hais si I'od doit accorder ce titre uniquement à celui qui cooçoit, tente et mène à bonne fin des entreprises grandes, nobles, courageuses; à celui qui sait vaincre les difficultés imprévues, dérouiller les situations compleiea, se créer des reuources alors que tout semble faire défaut, et garder son stng-froid et sa sérénité au milieu des passions en délire; k celui qui découvre le bon chemin quand tous les autres s'égarent, tient tête à l'intrigue, déjoue les projets coupables et méprise les vaines satisfactions de l'amour-propre dans la poursuite d'un but utile; à celui enfin qui prépare sagement ses projets et les exécute avec autant d'énergie qu'il a mis de prudence à les concevoir, de précaution à les élaborer; — si c'est là ce qui distingue la science politique, Wellington fut certainement un bomme d'Ëtat illustre ! Ce qu'il a fait dans la Péninsule pour soutenir la guerre et en préparer le suecès, malgré les entraves que lui opposèrent les populations et les gouvermanents indigènes, la nature du pays, et surtout les vues opposées des cabinets de Londres, de Madrid, de Lisbonne et de Rio-Janéiro, — ni Canning.ni Castlereagb.ni Perceval, ni Liveqiool, ni Robert Peel ne t'auraient fait aussi bien que lui, 6t cependant on n'a jamais contesté à aucun de ees ministres le libre d'homme d'État.
Au resta, les preuves matérïetles de perspicacité et d'intelligence politique abondent dans la carrière de Wellington.
On connaît les idées de ce général sur le gouvernement des Indes et sur l'avenir des possessions françaises en Egypte (i). L'expérience a pleinement conBrmé ces idées, ainsi que les prédictions faites par sir Arthur dans un mé-
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moire (récemment découvert) sur l'état financier du Mtfsore.
Les réformes que Wellington introduisit dans l'administration de Seringapatam ont été louées par des hommes compétents. On en peut dire autant des modifications qu'il apporta à l'administration civile du Portugal. Au nombre de ces dernières, nous citerons l'institution d'une caisse militaire, — un nouveau système de douanes, — un meilleur mode de perception de l'impôt et quelques réformes importantes dans le service de l'arsenal et de la marine, ainsi que dans le payement de la dette nationale. Le duc avait sur foutes ces questions les idées tes plus justes et les plus neuves; mais son influence ne fut pas toujours assez grande pour les faire prévaloir. On doit admirer la netteté de vues avec laquelle il réfuta sous sa tente, en présence de l'ennemi, te projet de contracter un emprunt anglais et d'établir dans la Péninsule une banque semblable à celle de la Grande-Bretagne, — la proposition de vendre les biens de la couronne et du clergé espagnol, enfin l'idée de faire vivre l'armée anglaise au moyen d'un système de réquisitions semblable à celui que les Français ont adopté depuis 1789.
Mais ce qui est au-dessus de tout éloge, c'est le tact exquis et l'habileté consommée avec lesquels ii parvint à rendre pos^sible dans le midi de la France une manifestation légitimiste (i), et la ligne de conduite intelligente qu'il suivit en 1815, lorsqu'il s'agit de restaurer une seconde fois tes Bourbons, malgré les CItambres, l'armée, le peuple, qui ne cessaient de crier pas de Bourbons {%)! et en quelque sorte mal-
(II WdllDctDn ëcrivall le 21 DO*embre ISI3 i laltauril : • Je ns vol) pai qM l'on montr* • b«iucaDi>dei>encli*ntpaurliiniltoiideBourlMD. ■ Ccitdonc bien lui qui FurHHiliiBDence, prfpinle temln au dnc d'AnïOUltmc el Ktréuitlr li premlirc rrtUurallon. H. de CUUudbrlant > dllavecnUan :<Ca>t>oai r«(end>rd d« Wellington qucle prenler cri de tItc i« r«I ■ râtelllé notre ■□■Iheurcim pairie. • — Leiln aa journal dt Purfi, IStJ, oitéo par Le Haycur, p. Mi.
(1) • L» Mconile rettanrattoD ilcï Bourbon* fui l'CEUtrc de rciriDGer, et iiirlLcullËremeat du due de weillnfion. • CtriricDi, t. ii, p. 481.
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gré les souverains alliés eux-mêmes, qui conservaient des ajoutes sur la possibilité, ou du moins l'opportunité du rétablissement de Louis XVIII (i).
Comme témoignage de la perspicacité politique de Wellington, on petit encore citer ses opinions sur l'état de ta Péninsule à différentes époques de la guerre, sur l'esprit et les ressources de ta France avant et après la grande catastrophe de 1815. Ces opinions ont été confirmées par les faits, de même que les jugements portés sur les hommes avec lesquels il se trouva en relation. Sa correspondance fourmille d'aperçus que l'on croirait écrits longtemps après les événements auxquels ils s'appliquent. Ainsi, bien avant la réunion des Certes, il écrivit à son frère [t); : « Je déclare que si « j'étais à la place de Bonaparte, je laisserais les Anglais et a les Cortès organiser l'Espagne le mieux qu'ils pourraient, « et je n'aurais pas le moindre doute qu'en peu de temps « l'Espagne ne tombât au pouvoir de la France.... Ce pays « manque réellement d'hommes capables de prendre en « mains les rênes du gouvernement.... Je préférerais aux « Cortès un Bourbon sage, si nous pouvions en trouver un " pour le faire régent. »
L'expérience ne lui donna que trop tôt raison sur ce point.
A une époque où le prestige de l'empire était encore uni-
(I) NutraedeiMMHrM dflumiiurfri, WctUaiton ■IBrnii*qu'l »n ■rrlT«B*rarl>,ll
IraUTe diM una Icltra tcrltexu ni on tiiBur iIb FmivM. ku rcMc, dm Icctauri daltcnlie raiipcler uD («Il «iHi connu cl (rt^i-ilsalOcalir, cnniutt lur ■- da Vltrollca ta IBIS : i'«]olfn«oent citrimc de reoipcrear Alcundre pour [es MurbiH». • UliMIr «Ile dyc utUa lur le trAne.dll-ll.c'eM OB*rlr oirritre i ilei vintaincei terrible*, a CelciolfHment, lll'>Tilld«J*ninireil«iu CongrètdevieDne, où il lutirrin ualourde p«erli quu' * lien •uliinle. accuallUe iiac une lurprlH on plnlAI una itupeor gtnénlt : • Ha Mrall-ll •■ pi( diBi llnLértl de ITumpo que !■ couronne de France fût patte lur 11 Ute du doc • d'orléaniT >
(1) I^IrtinTlteplanbmtta.auMarguii Wtutiit^.
ail icmalnoiprèi 11 eoniocaliOD dei Corlt*. Wellington écriTit I ion rr£re lenrl naa ietlre dint iiqueile le Irouvcnt natlcnenl indlquCei le) tendiDcei qui ont rendu cetia laatnliKeruaBitc llaeiuMOiHinole — Ltltrê du 4 uoiembrc IIIO, d ITinr/ lfëlleil«r-
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versel, Wellington émit non-seulement des doutes sur la durée de cet édifice, qui semblait devoir braver les siècles; mais il entrevit encore dislinctemeat par où il devait périr et comment OQ pourrait hâter sa chute.'Dès ce moment, tout en poursuivant la guerre d'Esp^ne, il eut soin de régler autant que possible sa conduite sur la situation générale de l'Europe. Quelque chose lui disait que la petite armée du Mond^o avait un rôle immense à jouer dans le draine sanglant qui tenait le monde en éveil, et que ce n'était pas seulement le sort de la Péninsule qui était en jeu, ni mèoie la question de la suprématie navale de l'Angleterre, mais l'indépendance et la liberté de tous les peuples, menacés par l'ambition d'un homme. « L'Espagne, dit un auteur français (i), fut dans ce temps-là ce qu'avait été la Bretagne du temps de César : le dernier rempart. Wellington s'y adossa et s'y défendit. Son œuvre fut de laisser à l'Europe le temps de se révolter. C'était là qu'était le point malade, le talon d'Achille. Aussi les regards de l'Europe avaient fini par se porter sur ce coin oii couvait la flamme, et sur cet homme pev brillant, mais opiniâtre, qu'on n'avait pas aperçu tout d'abord. L'empereur le sentait, et, des hauteurs du Septentrion, il parlait de temps en temps de fondre sur le Midi, et d'en finir par un coup d« tonnerre. Cette sourde et muette protestation était pour lui une douleur iucessante et irritante : le point noir
qui menaçait sa destinée »
Le 17 mars 1810, Wellington écrivait au général Stewart: « Les intérêts du monde entier sont trop profondément en- Il gagés dans la lutte actuelle pour nous faire reculer d'un « pas; » et en décembre 1811, au général Bentinck(2): » J'ai depuis longtemps regardé comme probable que nous
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« serions témoins d'une résistance générale de l'Europe à « l'horrible et trompeuse tyrannie de Bonaparte (résistance « due à l'exemple de ce qui se passe en Espagne),ei que nous « serions acteurs et conseillers dans ce drame. »
Cette même année encore, le duc écrivait au comte de Liverpool : « Je suis certain maintenant que pour peu que « nous tenions bon, nous verrons le monde affranchi... »
Le mariage de l'empereur avec Harie-Louise ne changea riai aux opinions de Wellington. La cérémonie à peine ter^ minée, il écrivit au général Crawfurd (i) : « Cest un terrible
V événement ; il rendra impossible pour te moment toute a opération importante sur le continent ; cependant je ne « désespère pas encore de voir tôt ou tard un échec au sya-
V tente de Bonaparte. Ce qui s'est passé récemment en Hol-
V lande montre que ce système est faux et tellement anu thipatique aux vœux, aux intérêts et même à l'existence « d'une nation civilisée, que Bonaparte ne peut pas même « compter sur ses frères pour le mettre à exécution. »
Dans une lettre du 5 juillet 1811, au général Dumouriez: « Il est impossible, dit Wellington, que l'Europe poisse se « soumettre longtemps encore à la tyrannie dégoûtante (sic)
V qui l'opprime. »
Et la même année à Charles Stuart; « Il faut que Bonaparte « nous chasse de la Péninsule, ou qu'il baisse de ton avee « l'Europe. »
En 1812 (s), Wellington jugeait le système financier et territorial de l'empire dans les termes suivants: « La guerre « est pour le gouvernement de Bonaparte une ressource de « finance... Dans les premiers temps, il n'avait point Mendu « le territoire de la France au delà de ce qu'on appelait ses
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« limâtes naturelles. .. Il parait qu'il n'ignorait pas les dan- « gers auxquels sont exposés les empires trop étendus... 11 « n'était ni sûr, ni commode de piller l'Autriche, la Prusse, « fa Russie ou le Danemarck ; maïs Bonaparte avait besoin « des ressources de la Hollande, des villes hanséatiques et « de Rome pour remplir son trésor, et c'est dans ce but qu'il « les a conûsquées »
« Le pouvoir de Napoléon, écrivait encore le duc (i), repose « à l'intérieur sllr le système de corruption le plus étendu et « le plus dispendieux qui ait jamais existé, et à l'extérieur sur « sa puissance militaire, soutenue presque exclusivement par u les contributions étrangères. Si l'on pouvait renfermer Bo- « naparie dans les limites de la France par un moyen quel- « mnque, son système succomberait. Il ne pourrait supporter « la dépense de son gouvernement intérieur et de son armée, « et la réduction de l'un et de l'autre lui serait fatale. »
Ces idées, qui paraissent aujourd'hui fort simples, étaient un véritable nouveautéà l'époque oii elles furentémises. Sans doute, après 1812,un grand nombre de bons esprits jugèrent l'empire fini ou du moins sa chute prochaine; mais nous ne connaissons aucun document où les causes de faiblesse et les chances de raine de l'édifice impérial soient aussi nettement indiquées (dès 1810) que dans la correspondance de Wellington.
La lettre suivante, écrite au moment de franchir les Pyrénées, atteste que le duc avait apprécié sainement l'état des esprits en France (s) : « Lo pouvoir de Napoléon n'a pour <c adhérents dans ce pays que les principaux officiers de l'ar- « mée et les employés civils, peut-être aussi quelques-uns " des nouveaux propriétaires. »
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Tout aussi vraie est la peinture qu'il fit, pendant son séjour à Paris, de la société française et des dangers qui menaçaient le gouvernement de Louis XVIII : « Cette mal- « heureuse révolution et ses résultats immédiats ont ruiné le M pays de fond en comble. Tout le monde est pauvre et* ce w qui est pis, les institutions empêchent qu'aucune famille » Dc devienne riche et puissante. Tous doivent donc néces- « sairemeot viser à remplir des emplois publics, non comme u autrefois pour l'honneur de les remplir, mais pour avoir « de quoi vivre...
« Le roi ne peut maintenir que le quart de l'armée impé- « riale; et une foule d'employés (Bonaparte pour des causes « aujourd'hui bien connues, employait une personnel consi- « dérable dans ses administrations) doivent être renvoyés... « Si vous considérez bien ce tableau, qui est la stricte vérité, « vous y verrez la cause et la nature des dangers du jour... u Ce mécontentement toutefois pourra disparaître, si l'on « adopte des mesures sages pour améliorer l'esprit public(i). »
Cette lettre, comme toutes celles que nous venons de rappeler, fait honneur au bon sens et à la clairvoyance politique de Wellington. Il n'y a pas un événement, une solution remarquable qui ne soit annoncée eu quelque sorte dans ses dépèches. On peut dire qu'il prédit successivement et à des époques où les apparences étaient loin de confirmer ses prévisions : le succès final de la guerre d'Espagne (a) ; — l'influence que cette guerre exerça sur l'esprit des autres peuples ; — le soulèvement général de l'Europe contre Bonaparte ; — la chute de l'empire, soutenu par la corruption à l'intérieur et la force militaire à l'extérieur (s) ; — les ij
X noitnbre IBM, au gintral Dumaurla.
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de la campagne de Russie (i); — le réveil de l'opinion publique en Allemagne ; — le triomphe des alliés dans la campagne de 1813 (s) ; -^ la défection du peuple français, atUré Vers ses anciens rois par un besoin impérieux de r^s et de libwté (3) ; — le retour de l'ile d'Elbe, provoqué par les fautes de la restauration et le mécontentement de l'armée; — l'insuccis des nouveaux efforts tentés par Napoléon en 1815, pour ressaisir un pouvoir appuyé désormais sur la seule force des armes (1) ; — enfin la rupture violente entre Ferdinand et le peuple espagnol, occasionnée par l'entêtement du roi et Im funestes conseils de son entourage.
Wellington vit le' premier l'avantage que retireraient les alliés, et en particulier la maison de Bourbon, de son séjour au midi de la France; c'est ce qui l'engagea k rejeter si loin la proposition de Bertir avec son année dans le nord de l'Europe (s).
Dès la fin de 1815, l'inOuence du duc était devenue si grande, que le ministère anglais avait recours à ses avis toutes les fois qu'une grave question se présentait. On en voit la preuve dans la lettre du ^ février 1814, oit le duc exposa ao comte Bathurst ses idées sur la défense du Canada, — dans celle du 10 janvier de la même année^ où il émit l'opinion que les alliés auraient dû opéra- en débouchant de Hayence au lien de se diriger par la Suisse (e), et dans celle du 14 août
{!] Litlrt do n noTCmbre ISIS, au g*n4rat Dumourin.
{»] Voir, CDlr«iutre«,uM/rr< du 10 JtnTlcr IBM, oD 11 dllllonlMUiiint:! Quoique Je Mil'
• bien lûr q« Boupirta n'i pu l'IntantloD de faire li pili, m*>grd un dhcdon et te* dé-
• clintloni, ja nii tCir tUMl que le peuple rran^iU le forcen 1 la cauclDra >l 1« tint* a'é-
• preuTent pu de dCiulra. >
(4) Vienne, i: sun Ult, 4C<ulMrMr* -*l«ane, M nin, amaMie— Nmorantfmda
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4815 (i), oâ il jeta, pour ainsi dire, les tuisefl de l'acte final do Ckmgrès de Vienne : « Il ne paraît ; avoir ni entente ni « cause c(Hnmune dans les négociations pour la paix... Ge- «< pendant dans l'état politique de l'Europe, il ; a quelques « principes généraux sur lesquels les intérêts de toutes les « parties doivent s'accorder : tels sont l'indépendance de l'Es- « pagne , de rAliemagne , de l'Italie et de la Hollande ; la « restitution du Hanovre à la famille du roi ; le rétablisse- « ment de la frontière prussienne et de l'influence de la K Prusse sur la Saxe et la Uesse; la délimitation de ta mo- « narehie autrichienne et la nécessité d'augmenter l'impor- « tance de cette monarchie en Allemagne, pour balancer ï'in- « fluenee de la Prusse; le rétablissement de l'indépendance (T des villes hanséatiques, etc. »
Après ces témoignages multipliés de sagacité et de prévoyance politiques, on ne contestera plus sans doute k Wellington le titre d'homme d'Ëtat (a). »
Le duc possédait une grande énergie morale et une confiance inébranlable dans le succès de ses entreprises. Lorsque tout semblait perdu en Espagne, que déjà il était question de rappeler l'armée , il écrivait au ministère : « Ne désespérez « pas, l'ennenri finira par évacuer te pays (s).... » Et dans
10 J UtntMatkarit.
1) H. Tblen dll, dam ua MItloirê au Coniutat tl ut fEmpin : < Lot t Dtlili inlmt perdu
iH0nclflU;nicarr«aUltÉli i>«Tltéilr Arthur WdlBilej.mpdrMar a r^a M i r^nlrc. >
«l«rel*,PMMsrminB9*li(âl«diip«aralIMdeBateiafgMi dtant, «aeiqBn pifMplai
■ ;• te )Bldit Wfldaelletit derAn(lelam«Ulirtlt pour IViprtr p« (Imfti, mik U|*
itrtNlBde ilr A.Weneileji. .p, lîi « S».
:t) UUn du 10 bim IHIO, «h «ont* it LIoiTOCl-
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une autre occasioD : « Je suis tout à fait certain que les « Frant^is ne prendrout pas le Portugal cet hiver, à moins M qu'ils ne reçoivent des renforts considérables; et dans ce « cas même, il est probable qu'ils ne réussiront pas {*). » Et ailleurs encore : « Dans le cours de cette guerre, qui doit « être nécessairement défensive de notre part, il n'y aura « sans doute aucun fait brillant; j'y risque, en cas d'insucu ces, d'être horriblement bafoué et de perdre même le peu « de réputation que j'ai acquise ; mais je n'agirais pas loya- « lement envers te gouveraement, si je ne lui disais avec « franchise que, dans mon opinion, il trahirait l'honneur et « les intérêts du pays s'il lie continuait pas ses efforts dans « la Péninsule, efforts dont je crois qu'il ne faut nullement « désespéra- malgré ta défaite d'Areyzaga{î). »
 quelque temps de là, le duc écrivit à lord Liverpool (3) : <c Je suis fort satisfait des bonnes nouvelles que vous m'avez « transmisas sur l'état des affaires dans lé Nord (rupture pro- « bable entre la France et la Russie). Plaise à Dieu qu'elles « soient vraies, et que nous voyions un jour la fin de cette « affreuse tyrannie! Au surplus, que ces nouvelles soient « vraies ou fausses aujourd'hui, ma ferme convtctiùn est « qu'elles seront vraies tôt ou tard; et qu'en y mettant un u peu de persévérance, nous verrons le monde affranchi. »
Cette confiance dans l'avenir, qui a si puissamment contribué au succès de la guerre d'Espagne, Wellington la manifesta dès le premier jour. Dès le premier jour aussi, il vit que, pour arriver à un bon résultat, il fallait s'établir en Portugal et non à Cadix, comme le voulait son gouvernement. Avant même
(I) Dtipaietitt. I.vi, p. 4M.
(Il wrlllnclon «orlvill, le 3 d«caiiibre 180». au calaiwl ■■Icolm. : • Ja conuntnde a • arnAcuniulmediDi )od etprll-.. etlecnli qurj'il^nr uni letvKBX du noixHeBtt ' «inl Je* rlrcomlancci iiirflltsi, on peilt M
(1) LslSmil 181*.
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d'avoir débarqué, il écrivit, à bord du Crocodile (le 26 juillet 180B), au général Spencer : « Nous ne pouvons rien faire de « plus avantageux pour les Espagnols que de prendre pos- « session du Portugal et d'y organiser une bonpe armée. »
Dans une note du 7 mars de l'année suivante, sir Arthur confirma cette opinion, en disant : « J'ai toujours été d'avis « que, quel que fût te résultat de la guerre «d Espagne, il « fallait défendre le Portugal, et que les mesures prises pour « l'occupation de ce pays seraient fort utiles aux Espagnols « dans leur guerre contre la France. »
Le 25 août de la même année, il écrivait au vicomte Casttereagb : a Mon opinion est que nous devons et que nous te pouvons très-bien nous maintenir en Portugal, si l'armée « portugaise et la milice sont au complet. » — Et, le 7 mai 1811, au comte Liverpool : k Comptez que le Portugal sera « la base de toutes vos opérations dans la Péninsule, de M quelque nature qu'elles puissent être : mon opinion n'a « jamais varié sur ce point. »
Ceux qui jugent les faits après coup ont trouvé tout naturel que Wellington prît le Portugal pour base de ses opérations. Nous ferons observer cependant que celte idée, si simple et si conforme aux principes de la stratégie, ne vint à personne et fut, au contraire, combattue par tout le monde. John Moore lui-même avait déclaré la d^ense-du Portugal contre l'armée française impossible, et ce témoignage d'un homme de valeur avait été naturellemeot opposé au duc, qui par suite eut beaucoup de peine à faire prévaloir son opinion à Londres, et plus de peine encore à faire comprendre aux officiers de son armée qu'il était en mesure de parer à toutes les éventualités [t). Longtemps il fut seul d'avis que l'Es-
(1) niniu«H«d« a*lice * Itam proilull
T. ni.
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pagne devait être défeodue à Lisbonne : ni L'oppositioû de son état-major, ni les critiques do Parlement, ni les terreara da ministère, ni même ses revers ne purent branler cette heureuse confiance.
La force de caractère de Wellington se révèle surtout dans les luttes qu'il eut à soutenir contre le gouvernement anglais pour maintenir son armée dans la Péninsule. « Je suis périr suadé, écrivait-il en janvier 1810 (i), que l'honneur et les « intérêts du pays exigent que nous tenions ici aussi longf temps que possible, et, s'il plaît à Dieu, j'y resterai tant a que je pourrai. Je ne veux ni chercher à rejeter sur les « ministres la responsabilité du mauvais succès, en leur de- « mandant des secours que je les sais dans l'impossibilité de a me fournir — vu la faiblesse de leur propre situation, — ni « leur donner un prétexte de retirer l'armée du Portugal (i).
« ... Voyez le trait du conseil communal de Londres! « (Allusion à l'adresse présentée au roi pour demander la ces- « sation des hostilités en Espagne.) J'ai constamment une « épée suspendue sur ma tête; elle tombera, quel que soit <( le résultat des affaires; mais, qu'on fasse ce qu'on vou- (c dra, je n'abandonnerai pas la partie tant que je pourrai <• continuer à la jouer (3). »
Le -même jour, Wellington écrivit à lord Liverpool : « De a toute manière, je dois être victime ; mais je ne m'efihiye « pasdecedangerajoutéàtant d'autres, et, quoi qu'il puisse « arriver, je continuerai à faire de mon mieux. » Et, le 27 mars 1810, «'adressant au général Stewart : « Lors même.
|l) leUrt du l4 Janvier i J. rilHtr4.
{!) Conwltci égalemantM létlf da Umin 1811 où II dll :• Je lenltUchéqacJc lonier- ■ ncnem <c crAt dini li nâseuILd dtnsaer M pijs 1 eioie de ti dtpeaie fD'Bntnloe la • (Hem-i nelllDKlaii Bl obterrer au mlniitre que li d4p«ue derant liqmlU On racDliit pour Mulenlr Ii gnerre t Llibonac, an iarall, en cai dVtMnutfiHi, abllifi de II lUra pour watealr la pierre entre Loadrei et MuTraii II liomUniénwqatl dtlmkdallI'AB^etarra t tlabonnelilan plus fùremetit qu'il nela dUCndrilt entre DonnwatUndre*.
(3) M»r«da:]ukTlerl>10,il/. CHinri.
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« dit-il, que les positions fortifiées seraient pires qu'elles ne V sont et les difficultés de toute espèce plus grandes, tes in- « térfets de l'Angleterre et du monde entier sont trop profon- « dément engagés dans la lutte actuelle pour que nous puts- « stoBS recnler d'un pas. »
En tenant ce langage, Wellington heurtait l'opinion presque unanime de ses compatriotes : « Il n'est pas venu un « officier d'Angleterre, dit-il, qui ne m'ait assuré qu'on « s'attoklait généralement k ce que l'armée fût rappelée; « qudqnes-uns même ont ajouté que cette espérance était « entretenue' par les ministres du roi. Ce n'est pas encoura- « géant (i). »
A t'^ioque oii cette lettre fut écrite, le duc avait reçu du ministère des ordres formels en prévision de l'éracuation du Portugal (i); c'est probablement à propos de ces ordres que Wellington écrivit, le 2 avril, à lord Liverpool : « Je con- « sMis k être responsable de l'évacuation du Portugal , en <f conformité des instructions de Votre Seigneurie, en date « do 27 février... Soyez persuadé, malgré tout ce qu'on « pourra vous dire, que je ne souhaite pas autant qu'on se « l'imagine de livrer des batailles désespérées. . . Si je voulais, « je pourrais en livrer le jour qu'il me plairait;... mais je <i n'ai en vue que le grand résultat de conserver notre posi- « tion dans la Péninsule; je ne me suis pas laissé détourner M de ce but par le désir des alliés, et probablement aussi de « plusieurs des nâ^es, que je misse plus d'ardeur dans quel- « ques affaires partielles, ni par l'opinion des personnes qui u voulaient nous faire quitter le pays prématurément... Je
(1) < nrCullantaMil'iiDattl<rtiniér«eduiiGDk«i>o>,t. V,p. 4IS,qiiailti*p>TDi*>ui« depr<ciDUoii(Muiij4rat<pMr ntmdMu lu niM da nrinlilèr*), WdnniUa iriltMl «abarquar •ecTttameiit les Ingifci de qaolquci T<ElDMnti. Voir >UMl : araelrriillci. pir
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« crois que mainteaaDt, dans la Péninsule, on commence à ( s'apercevoir que j'ai eu raison. »
Citons encore la lettre suivante du 19 décembre 1810, à lord Liverpool : « Tout bien considéré, je n'ai pas le moindre « doute sur le succès final de mes opérations, et, quoi qu'il « arrive, je suis convaincu que mon système est le seul qui « puisse complètement réussir. »
Et celle du ^ mai 181 1. à i. Villiers :
a J'ai persisté dans le système que je croyais le meilleur, t< malgré l'avis de tous les officiers anglais, qui pensaient que « je devais faire embarquer l'armée, tandis que, d'un antre « côté, les autorités civiles portugaises voulaient maintenir <c la guerre sur la frontière, bien qu'elles manquassent nonce seulement de forces matérielles, mais encore de moyens « pour subvenir aux besoins des troupes en campagne. Je « crois que la fermeté seule pouvait'me faire triompher dans « celte lutte de neuf mois contre des avis contraires. Ajou- « tez que l'opinion publique en Angleterre variait presque « comme le vent, et vous reconnaîtrez que je n'avais rien de u mieux à faire que de m'en rapporter à moi-même. »
L'opposition 8t de vains efforts pour ébranler cette rare fermeté, mélange de foi dans l'avenir et de confiance en soimême. Wellington n'essaya pas même de rejeter sur autrui U responsabilité d'une lutte que le moindre revers pouvait rendre fatale à sa réputation. Il accepta franchement sa part d'impopularité dans la capitulation de Cintra , — s'avoua hautement l'auteur des mesures énergiques décrétées pour la défense du Portugal, — et s'exposa résolument aux attaques de l'opposition (qui accusait le gouvernement d'avoir compromis le succès de la campagne de Talavera par l'expédition malheureuse de Walcheren), en écrivant la lettre suivante, dont le premier ministre fit usage pour dégager la responsabilité du cabinet : « Vous serez peut-être satisfait « d'apprendre que je ne pense pas que tes affaires eussent
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« été dans un meilleur état, si vous aviez envoyé votre « grande expédition en Espagne au lieu de l'envoyer dans « l'Escaut (i)... >
En 1815, Wellington montra la même abnégation en écrivant au premier ministre : <( Ce n'est pas le gouvernement « que l'on doit attaquer pour l'insuccès du siège de Burgos. « // n'a pas eu à s'occuper du siège; c'est une opération en- « tiêrement de mon fait (s). »
Quelque pénible que fut sa situation, jamais le duc ne réclama des secours quand il savait te gouvernement dans l'impossibilité de lui en fournir : « Je crois, écrivil-il à J. Vil- « liers (3), qu'étant comme je le suis dans la confidence des « ministres, connaissant leurs moyens, l'emploi qu'ils en « font, et les difficultés de toute espèce qu'ils ont à com- « battre, il serait déloyal de ma part de leur proposer dans w mes dépèches des mesures qu'ils ne pourraient adopter « malgré tous les avantages qu'elles présenteraient... Je sais « très-bien, ajouta-t-it, que 40,000 hommes valent mieux que « 50,000; mais, lorsque les ministres sont dans l'impossiw bilité de les obtenir, serait-il beau, serait-il loyal de ma « part de demander un homme au delà de ce qu'il faut abso- « ïument pour atteindre le but que je me propose (4]? »
Plus les circonstances s'aggravaient et plus les hommes politiques se tenaient à l'écart, — plus Wellington se montrait disposé à augmenter sa part de travaux et de responsabilité. Cette grande force de caractère et cette admirable persévérance donnèrent des résultats que le génie militaire seul n'aurait pu produire. Les mêmes qualités permirent au
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duc de préserver son armée dé toat découragement dans les circonstances où la fortune semblait prête à l'abandonner. C'est ce qu'atteste entre autres le général Stewart, un des prindpaux acteurs de la guerre de la Péninsule : « Lorsque, dit-il, nous apprîmes à DeIeytosa(aprè6 la bataille deTalavera) que tes Autrichiens avaient été mis en déroute, toute l'armée fut découragée. Elle crut qu'il serait impossible de tenir tète aux Français. Sir Arthur ne partagea pas cette opinion. Il parlait et agissait comme si les événements eussent pris la direction qu'il avait désirée, et cette cooduite fit croire à diacun de nous que le général en chef avait pourvu à tout, ou qu'il était en mesure d'y pourvoir (i). »
Le même écrivain dit encore («) : « Je ne prétends pas faire de reprodies à aucun officier; mais je ne crains pas de dire qu'il n'y avait qu'un seul homme dans l'armée qui ne désespérât point de l'entreprise, et cet homme était sir Arthur Wellesley. Loin de désespérer, il affirmait qu'on pourrait défendre le Portugal, même en admettant que l'Espagne succombât. »
Cette énei^e calme et persévérante prouve que Wellington avait une grande confiance dans ses plans de campagne, confiance qui elle-même était le résultat des fortes études etdes investigations laborieuses auxquelles le duc subordonnait ses moindres résolutions. Avant d'exécuter un projet, il l'avait examiné sous toutes ses faces , et pris ses mesures pour toutes tes éventualités. Son jugement toujours sûr Ue subissait ni l'influence de la crainte, ni celle de l'enthousiasme. A cause de cela même, il voyait plus juste que les autres, et se rendait parfaitement compte du résultat probable de ses opérations. C'est ainsi qu'il écrivit àlordLiverpool, eu 18iO:
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« L'Espagne finira par secowr le joug de la Franc«. » A l'ainiral Berkeley, le 17 octobre de la même année : « J'ai a la ferme opinion que l'enneraî ne peut réussir dans son « attaque contre Lisbonne. » — A lord Liverpool a l'armée « française du Nord et celle d'Andalousie ne viendront pro- « bablement pas au secours de Masséna. » — Au ministre de la guerre : « Cadix a été fortifié ainsi que le Portugal; or, « il est douteux que les Français s'emparent jamais de l'un « ou de l'autre. » — A lord Bathurst, le 13 juillet 1815 : « Je crois que je pourrai garder les Pyrénées aussi aisément « que le Portugal. » — Et à sir Charles Stuart, le 18 juin 1813, avant la bataille de Waterloo (5 heures du matin) : « Tranquillisez, je vous prie, les Anglais si vous le pouvez. « Qu'ils se préparent à partir, mais qu'ils ne mettent ni pré- « cipitation ni frayeur, car les affaires tourneront bien pour u noas. »
n est une vertu rare que Wellington possédait à un haut degré: c'est la modération dans le succès et la clémence après la victoire. Son instinct lui avait fait comprendre de bonne heure qu'on ne gouverne pas avec la haine, et que, suivant l'expression d'un illustre écrivain, k les grands politiques sont des cœurs généreux. »
En 1805, au moment de commencer ta guerre contre les Mahrattes, sir Arthur fit la proclamation suivante : « Le gé- « néral en chef n'a pas l'intention de nuire aux habitants : en « conséquence, les Amildars et autres personnes sont priés
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« de rester tranquillemeot chez eux et d'obéir anx ordres K qu'ils recevront ; s'ils ne font pas de mal aux armées ann glaises, il ne leur en sera pas fait non plus (t). »
Et, en 1804, après avoir soumis ces peuples barbares, il recommanda au peschwah (2] « le pardon et l'amnistie comme « les meilleurs moyens de rétablir son autorité, l'ordre et la « paix intérieure. » — « La guerre n'aura pas de fm, écri- < vit-il au secrétaire du gouverneur général (3] si l'on ne par- « donne à personne; et je ne pense pas que le gouvernement « anglais veuille que les troupes anglaises soient les instru- « ments des vengeances du peschwah. »
Toujours dans la même pensée, il écrivit au président anglais de Poonah (*) ; « Puisque la guerre est terminée, je « crois franchement qu'il, faut déposer toute animosité. » Et au colonel Murray (s) : « Traitez les Mahrattes avec la plus « grande bienveillance, avec la plus grande douceur. »
Lorsqu'en 1810, le prince régent de Portugal, sur les pressantes sollicitations de la cour de Londres, eut accordé à Wellington le droit d'éloigner Souza et l'évèqued'Oporto, ses deux plus grands ennemis, le duc n'usa point de ce droit; il conserva même en position les fonctionnaires dévoués aux fidalgos, jugeant qu'on obtiendrait plus parla douceur et la longanimité que par la violence appuyée sur la force (e). il eût malheureusement le regret de voir ses bonnes intentions méconnues, ce qui ne l'empêcha pas d'écrire trois ans après (7),
[<) • Gênent Vi'ellcilcj duc* iiot Lonevtr lnteuJ lu niike n-grupiiii icconllngl^ ill Imlldartaur] otheriarcrEquiercdlorHinaln quielly LnU Ire ORlcra Ibc wlll receivD : aod ir Ihci U» nol lujur)' tbu IL* Brltlic dune ta Ibem. •
(1) Voir u Itllrt (lu 31 mars ISM i M. Scall Warning, icujtt 1 la re
I3] coionelciote.ïiiiDvicr leot.
11) A M. Scott iramiaj, 11 mari 1804.