CHAPITRE VII
«.OMUAIIlf :
Deuxième invasion du Portugal par l'armée française. — Soult passe le Minho, refoule devant lui les armées nationales et s'empare d'Oporto.
— Arthur Wellesley brusque le passage du Douro et force l'armée française à battre en retraite sans bagages , sans artillerie et presque sans munitions. — Il abandonne la poursuite pour s'opposer à Victor, qui s-'avance sur Lisbonne par la vallée du Tage. — Opérations combinées de Wellesley et de Cuesta. — Incapacité de ce dernier. — Négligence de la junte centrale. — Fâcheux état de l'armée anglaise.
— Wellesley et Cuesta battent l'armée du roi à Talavera de la Reyna.
— Soult cependant menace de couper la retraite de l'armée alliée, qui passe le Tage à Arzobispo et se retire sur Badajoz. — Malheureuse situation de l'armée anglaise. — Les troupes espagnoles sont successivement écrasées à Banos, à Almonacid, à Ocana, à Alba de Tormes.
— Wellesley se dirige vers le Nord pour protéger Almeida et Ciudad- Rodrigo. — Son départ provoque l'invasion de l'Andalousie. — Changement de ministère à Londres. — Le marquis Wellesley est chargé du portefeuille des affaires étrangères. — La campagne de Talavera est blâmée dans le Parlement. — Le cabinet obtient cependant l'autorisation de continuer la guerre.
Dès que Wellesley reçut avis de sa nomination de commandant en chef de l'armée péninsulaire, il résigna les fonctions de député et de chef secrétaire d'Irlande, qu'il avait conservées jusque-là. Il s'embarqua à Portsmouth le 16 avril,
et après une traversée extrêmement dangereuse, il entra dans le Tage le 22. Les habitants de Lisbonne le reçurent avec toutes les démonstrations d'une joie excessive (1).
La confiance qu'ils avaient dans ses talents et dans son caractère ranima leur énergie défaillante et leur donna l'espoir d'une prochaine amélioration.
Wellesley ne négligea rien pour entretenir et justifier cette confiance, premier gage de succès. Les difficultés cependant étaient immenses. On avait partout les idées les plus fausses sur la nature de la guerre, sur la position des belligérants et sur les moyens propres à atteindre le but qu'on poursuivait.
Le gouvernement et la nation portugaise voulaient attaquer les Français en Espagne en s'appuyant sur Cadix et Gibraltar. Wellesley au contraire pensait que, pour délivrer la Péninsule, on devait s'établir en Portugal et faire de Lisbonne le lieu de débarquement, le dépôt général et la base des opérations de l'armée. Il fut presque seul de cet avis. Parmi ses officiers, les uns soutenaient, d'après le témoignage de John Moore, qu'il était impossible de se maintenir en Portugal (2), et les autres qu'en dehors de Gibraltar et de Cadix, il n'y avait dans la Péninsule aucune position convenable pour appuyer un système d'opérations contre l'armée française. Wellesley néanmoins resta inébranlable dans sa résolution de défendre le Portugal , s'exposant ainsi à être blâmé par son gouvernement, par son armée et par la nation portugaise, si le moindre échec venait trahir ses prévisions. Ce courage moral, résultat d'une conviction profonde et d'un jugement éclairé, fait le plus grand honneur au général anglais, et doit être regardé comme la cause principale de ses succès dans la Péninsule.
(1) LONDONDERRY, t. I, p. 299, 300.
(2) John Moore toutefois n'émit pas celte opinion d'une manière générale; il soutint seulement qu'avec l'armée qu'il commandait, on ne pouvait pas songer à se maintenir en Portugal .
Avant de commencer le récit de la mémorable campagne de 1809, jetons un coup d'œil sur les événements qui suivirent la retraite de John Moore.
Napoléon, croyant que ses nombreux et rapides succès dans la campagne de Somo-Sierra avaient calmé l'enthousiasme des Anglais et forcé leur gouvernement à renoncer pour quelque temps, sinon pour toujours, à ses projets d'intervention, donna au maréchal Soult l'ordre de prendre Lisbonne et de venger le désastre de Vimeiro, pendant que les autres maréchaux pacifieraient les provinces déjà conquises , et achèveraient de disperser les fractions incohérentes de l'armée espagnole (1).
Les instructions portaient que le duc de Dalmatie ferait en sorte d'être le 5 février à Oporto ; que le jour de son arrivée dans cette ville, on donnerait à Lapisse, dont la division était à Salamanque, l'ordre de marcher sur Ciudad-Rodrigo et Abrantès; que Victor appellerait cette division à Mérida et tenterait, avec les 30,000 hommes réunis sur ce point, une diversion en faveur de Soult, quand ce dernier serait près d'arriver à Lisbonne; qu'il pousserait même une forte colonne sur cette ville, si l'on avait à craindre de grands obstacles pour s'en rendre maître, et qu'après l'embarquement des alliés, il marcherait sur Séville par Mérida, avec l'appui d'une fraction de l'armée de Soult (2).
Ce plan, habilement conçu, avait toute chance de succès, d'autant plus que les forces anglo-portugaises n'étaient pas en état de soutenir pendant une heure le choc de 10,000 Fran-
(1) D'après les instructions données le 21 janvier 1809 par Berthier au duc de Dalmatie, ce dernier devait tâcher d'être avant le 5 février à Oporto, et avant le 16 îi Lisbonne.
Dans les instructions antérieures du prince de Neufchâtel au roi Joseph (datées du 17), on « lit : « Il n'est pas a présumer que le duc de Dalmatie puisse être à Oporto avant le l« février, « et à Lisbonne avant le 10. »
(2) instructions de Berthier à Joseph, 17 janvier 1809. — Voir les Mémoires de Joseph, t. V, p. 370. On remarquera que ces instructions prescrivaient la conquête du Portugal et de l'Andalousie.
çais (1). Mais le temps et les circonstances empêchèrent qu'il ne fût exécuté avec la promptitude qu'il exigeait. Le corps du maréchal Soult avait besoin de se remettre, ayant beaucoup souffert du froid et de la fatigue (2); les routes étaient mauvaises ; les rivières débordaient ; on était au milieu d'un pays soulevé, et pour marcher en force sur Oporto, il fallait abandonner momentanément toute communication avec la Galice. Ces difficultés ne permirent pas au maréchal d'être à Oporto le 5 février, comme l'avait prescrit Napoléon. Le 15 seulement il fut en mesure de passer le Minho. Une tentative faite ce jour-là à Campo-Saucos ayant échoué par suite de la violence du courant, Soult se décida à pénétrer en Portugal par la province de Tras-os-Montès. Ses colonnes prirent la route d'Orense ; mais la population de cette partie de la Galice, excitée par les habitants de la frontière et par des détachements de l'armée de la Romana, avait repris les armes. Il fallut s'arrêter plusieurs jours pour réprimer cette insurrection, qui aurait compromis la ligne de retraite. Ce fut seulement le 4 mars que l'armée put commencer sa marche offensive, et encore se vit-elle forcée, à cause des pertes de chevaux occasionnées par la disette des fourrages et le mauvais état des chemins, de laisser à Tuy son artillerie de réserve et une partie de ses bagages (s).
(1) Après !a retraite de John Moore, il n'était resté que 10,000 Anglais environ en Portugal. « Ces soldats, dit Napier, étaient mal vêtus et manquaient de souliers ; il n'y avait pas de
chevaux pour l'artillerie, et l'administration de la guerre n'avait pas le quart des fourgons nécessaires pour le transport des subsistances et des munitions. «Quant aux troupes réglées du Portugal, Béresford lui-même avouait qu'elles n'observaient aucune discipline; qu'elles choisissaient leurs heures de repos et de combat, les lieux où elles voulaient prendre leurs quartiers, etc., etc.
Au début des hostilités, les forces belligérantes étaient réparties de la manière suivante : Cradock avait 12,000 hommes; Cuesta, 16,000 ; Cartoajal, 12,000 : total 40,000 hommes ;— Soult avait 23,000 hommes; Lapisse, 9,000 ; Victor, 25,000; Sébastiani, 15,000 ; Mortier, 15,000; les gardes du roi et la garnison de Madrid en représentaient 12,000 : total 99,000 hommes.
(2) Si Napoléon avait été sur les lieux, cette circonstance, qu'il ignorait, l'aurait probablement engagé à renforcer le corps de Soult par celui de Mortier, résolution qui eût changé la face des choses.
(3) Soult laissa à Tuy 36 bouches à feu avec environ 2,000 hommes; il se contenta d'emmener 22 pièces de campagne, bien attelées et pourvues des munitions nécessaires.
Soult éloigna d'abord la Romana et Sylviera, qui couvraient la route de Chaves et pouvaient prendre ses colonnes en flanc et à revers (1). Il refoula ensuite, sans la moindre difficulté, les bandes tumultueuses des ordenanzas (2), puis il continua sa marche sur Oporto, qui était son premier but objectif.
Le 15, l'armée française emporta Chaves, et le 20 elle battit, à une demi-lieue de Braga, 55,000 Portugais, dont la moitié n'étaient armés que de piques (s). Ce même jour, Soult prit possession de la ville.
Le 28, son armée parut devant Oporto, que l'évêque avait fait entourer d'une ligne de redoutes assez mal disposées, mais défendues par 40,000 hommes (4) et 200 pièces de canon. Le maréchal attaqua ce camp retranché, dans la journée du 29, avec les 20,000 hommes qui lui restaient encore des 25,500 qui avaient passé le Minho (5).
Il força la position et se rendit maître de la ville, où il trouva beaucoup de vivres et de munitions, un vaste matériel de guerre apporté par les Anglais et une foule de navires chargés de vin.
Cette importante conquête ne coûta au maréchal que 5 à
(1) I-a Romana fut battu à Monterey e.t Sylviera à Villasa ; ces deux généraux avaient, d'après Sherer, l'un 9,000 et l'autre 7,000 hommes. Ils occupaient une ligne de cinq lieues entre Monterey et Chaves. En deuxième ligne se trouvait l'armée de Freyre, postée à Braga et forte de 25,000 hommes , dont 6,000 seulement étaient armés de fusils. La troisième ligue était formée par les défenseurs d'Oporto.
(2) Les troupes qui défendaient la frontière étaient portugaises et espagnoles. Il existait entre elles une grande inimitié nationale. Leur organisation et leur discipline étaient pitoyables. Après chaque revers, elles accusaient de trahison quelques-uns de leurs officiers, et presque toujours les égorgeaient pour ce crime imaginaire.
Le Portugal avait, outre les troupes réglées, les milices des districts et les ordenanzas: «Toutes ces troupes, ditNapier, ne différaientalorsquc de nom. »
(3) Les vaincus, d'après le rapport de Soult, laissèrent 5,000 morts sur le champ de bataille; on leur prit 400 hommes et toute leur artillerie. Les Français n'eurent que 40 tués et 160 blessés.
(4) Napier et Sherer. D'après M. Thiers et les auteurs des Victoires et conquêtes, Oporto était défendu par 60,000 hommes, tant soldats que gens du peuple.
D'après du Casse, par 45,000 hommes et 200 canons.
Le colonel Jones prétend que la garnison ne s'élevait qu'A 25,000 hommes.
(5) Le compilateur des Mémoires de Joseph dit que Soult n'eut que 22,000 hommes pour faire la conquête du rortugal ; mais il oublie de mentionner les 3,500 hommes que le duc de Ualmatie tira de Tuy.
400 hommes : les Portugais en perdirent 9 à 10,000 (i). Malheureusement les troupes françaises, exaspérées par les mauvais traitements qu'on avait fait subir aux prisonniers, ternirent l'éclat de leur victoire par des actes de brigandage inouïs; dans le palais de l'évêque seul, 200 Portugais furent passés au fil de l'épée (2) : triste condition de ces sortes de guerres où, pour échapper à la cruauté, on devient cruel soi-même...
Soult avait pris sans autorisation (5), à Chaves, le titre de gouverneur général du Portugal. Attachant à ce titre une importance qui n'était peut-être pas en rapport avec sa mission toute militaire, il s'appliqua à tranquilliser le peuple et à le rendre favorable au gouvernement de l'empereur. Il résulte même de témoignages irrécusables, qu'il s'exagéra la portée de son rôle au point de se croire appelé à devenir roi de Portugal (4).
Les soldats, qui se rappelaient ce qu'il en avait coûté à l'amour-propre de Junot pour avoir caressé la même illusion, se moquèrent de Soult et lui donnèrent ironiquement le titre de Nicolas 7cr.
Cependant Victor était à Talavera de la Reyna, où il attendait, conformément aux instructions de l'empereur (5), que le
(1) D'après Sherer, toute la campagne ne coûta aux Français que 1,000 hommes, dont 500 tombèrent dans l'assaut d'Oporto.
D'après Soult, les Portugais eurent 18,000 morts, non compris les nommes engloutis dans le Douro. Les pertes des Français ne s'élevèrent qu'à 80 tués et 350 blessés.
(2) Sherer, t. I, p. 172. Jones dit que Soult ne parvint à arrêter le désordre qu'au bout de vingt-quatre heures-
(3) Du Casse, Mémoires de Joseph, t. VI, p. 111.
(4) Ce fait, mis en doute par le colonel Napier, est clairement établi par la fameuse circulaire du 19 avril 1809, adressée au nom du maréchal à tous les généraux de division de son armée : circulaire étrange où l'on disait que la population d'Oporto, de Braga et de plusieurs villes voisines, avait prié Soult de revêtir les attributs de la souveraineté, en attendant que Napoléon eut fait un choix définitif. Voir Thibaudeau, t. VIII, p. 546; Savary, t. IV, p. 128 ; Thiers, Histoire du Consulat, etc., et les Mémoires de Joseph, t. VI, p. 129.
(5) Berthier, dans les instructions qu'il communiqua sous la date du 17 janvier au roi Joseph, disait que le duc de Bellune ne devait se porter sur Mérida « qu'au moment où le duc de Dalmatic serait près d'arriver à Lisbonne. »
Et Napoléon, dans sa lettre du 7 février à son frère, s'exprima dans le même sens : « L'art
duc de Dalmatie fût arrivé à Oporto. S'il avait pu se diriger plus tôt sur Mérida, il aurait relégué Cuesta dans la Sierra- Morena, et probablement enlevé Badajoz , qui n'avait alors aucun moyen de résistance.
Ce fut seulement le 14 mars, sur l'ordre du roi (1), que ses premières troupes franchirent le Tage à Arzobispo et à Talavera, dans le but d'éloigner les Espagnols de l'autre rive et de favoriser la construction d'un pont volant à Almaraz. Toute l'armée de Victor passa le fleuve sur ce pont, dans la nuit du 19 au 20. Ne pouvant la contenir, Cuesta gagna Villa-Nueva de Serena , où il fut rejoint le 27 au soir par le corps d'Albuquerque. Le duc de Bellune négligea de le poursuivre, et cette faute enhardit Cuesta au point de lui faire prendre l'offensive ; mais à son tour le général espagnol eut le tort de s'arrêter à Medellin pour couvrir Badajoz, qui lui donnait des inquiétudes. Ce retard le perdit. En continuant au contraire son habile mouvement, il aurait pu battre les divisions éparpillées de Victor, et changer peut-être le sort de la campagne.
Le 28, l'armée espagnole, forte de 25,000 hommes, 400 chevaux et 20 pièces de canon (2), fut attaquée par Victor,
<ie la guerre, dit-il, veut qu'on ne démasque le mouvement sur Mérida que lorsque le duc de Dalmatie sera à Oporto, et il ne peut y être avant la fin du mois. »
Quand on rapproche ces instructions de la lettre écrite par Joseph à Napoléon, le 22 avril, lettre dans laquelle il se plaint de n'avoir aucune nouvelle du duc de Dalmatie (la dernière reçue étant du 10 mars), on acquiert la conviction que IVapier a été injuste envers le duc deBellune, en lui reprochant d'avoir commencé ses opérations beaucoup trop tard. Il eût été plus équitable d'imputer le mauvais résultat de la campagne au duc de Dalmatie, qui ne lit aucun effort pour informer le roi de la marche de ses troupes, à laquelle tout cependant était subordonné.
(1) Cet ordre, loin d'être tardif comme le prétend Napier, était prématuré, en ce sens que le roi le donna sans avoir aucune nouvelle de Soult. (Voir t. VI de sa Correspondance.) Au reste, les auteurs des Victoires et conquêtes font observer que Victor se trouva arrêté devant le Tage par la destruction du pont d' Almaraz et par l'impossibilité d'arriver avec son artillerie aux ponts d'Arzobispo et de Talavera. Il fut obligé en conséquence, de faire rétablir le pont d'Almaraz, sous le feu de l'armée de Cuesta.
(2) Napier, Siierer et du Casse. D'après M. Thiers, l'armée de Cuesta comptait 36,000 hommes; d'après le comte loréno, 20,000 fantassins et 2,000 chevaux. Nous croyons l'une et l'autre de ces deux évaluations inexactes.
dont l'effectif s'élevait à 14,000 hommes, 2,500 chevaux et 42 bouches à feu. Quoique inférieures par le nombre, ces forces l'emportaient réellement par la qualité des soldats. L'action fut meurtrière (î), et les troupes espagnoles, sauf une partie de la cavalerie, qui tourna bride au moment de charger (2), se comportèrent vaillamment. La cause principale de leur déroute fut l'ordre de bataille ridicule qu'avait adopté Cuesta. « 11 fit déployer son armée, dit le comte de Toréno, sur une ligne d'une lieue de longueur, en forme de demi-lune et sans garder le moindre corps de réserve (3). » Le duc de Bellune, à propos de cette victoire , écrivit , le 2 avril 1809, au roi : « J'ai annoncé à Votre Majesté qu'il « était resté 10 à 12,000 hommes sur le champ de bataille; « je crois m'être trompé, et je pense aujourd'hui qu'il y en « avait davantage. Tous les officiers qui l'ont vu pensent « comme moi. Ce spectacle est vraiment affreux. On ne doit « pas conclure cependant de ce massacre qu'il a été fait im- « pitoyablement sur des prisonniers. Les hommes morts se « sont défendus jusqu'à la dernière extrémité, criant eux- « mêmes en très-bon français , pas de quartier ! Cuesta leur « avait sans doute appris à prononcer cet arrêt, qui a terminé « leur vie ; il n'est d'ailleurs que la suite du décret rendu par
(1) D'après Belnias, les Espagnols eurent 10,000 hommes tués et 4,000 prisonniers ; on leur enleva 25 canons et 6 drapeaux. Les Français, chose inexplicable, n'eurent que 340 tués et blessés. 11 est vrai que les auteurs des Victoires et conquêtes diffèrent sur ce point avec Belmas : les Espagnols, suivant eux, laissèrent 12,000 morts sur le champ de bataille; ils perdirent en outre 7 ou 8,000 prisonniers et 19 canons ; les Français n'eurent pas plus de 4,000 hommes hors de combat (T. XIX, p. 31.). D'après le générel Sémélé, chef d'étatmajor de Victor, 15,000 Espagnols furent couchés sur le terrain, et 5,000 sabrés ou faits prisonniers par Lasalle, à une petite distance du champ de bataille. La perte des Français ne s'éleva qu'à 300 hommes, tués et blessés. Le capitaine du Casse dit que le nombre des Espagnols tués fut estimé à plus de 12,000, et celui des prisonniers, d'après le Moniteur, à 3,000- Toutefois, il est constaté qu'à Talavcra, on ne remit à l'adjudant commandant Bagnères que 1,850 prisonniers en tout.
Jones estime à 9,000 le nombre des Espagnols sabrés ou tués à coups de baïonnette.
Victor ne sut pas profiter de cet immense succès; Belmas explique sa lenteur eu disant que le duc de Bellune était sans nouvelles de Soult, et qu'il considérait l'invasion de l'Andalousie comme l'objet principal des opérations de son corps d'armée.
(2) Voir le rapport de Cuesta, dans les Mémoires de Joseph, t. VI, p. 467.
« la junte de Séville le 10 février dernier, décret qui conte damne à mort toute l'armée française, sans exception (1). »
La veille de cette catastrophe (le 27 mars), Cartoajal s'était fait battre à la tête de 12,000 hommes (a), à Ciudad-Réal, par 10,000 Français , sous les ordres de Sébastiani. Un grand nombre de soldats espagnols avaient succombé dans la bataille, et 5,000 environ étaient morts pendant la retraite.
Ces désastres successifs répandirent la terreur jusqu'aux portes de Séville.
Dans ces entrefaites, le général Lapisse avait très-mal rempli les intentions de l'empereur. Sa division était destinée à rallier les corps de Soult et du duc de Bellune. Pour atteindre ce but, elle devait marcher sur Abrantès (3). Or, contrairement à ce qui avait été prescrit, elle se dirigea sur Àlcantara et de là sur Mérida, où elle se joignit au premier corps dans la journée du 19 (4).
Malgré cette concentration, le roi ne peut se mettre en mouvement, parce que le Nord, enthousiasmé par la nouvelle de la guerre d'Autriche, était sur le point de lui échapper, et aussi parce qu'il n'avait aucune nouvelle de Soult , dont la coopération lui était nécessaire pour atteindre le but de la campagne. Joseph ne se serait pas trouvé dans cette situation et les événements auraient pris une autre tournure, si le duc de Dalmatie, négligeant de poursuivre la Romana, après une
(1) Voir, outre ce décret, l'instruction du 17 avril 1809, où la junte suprême dit, en propres termes : « Nous adopterons donc un système de corsaires envers les troupes françaises, dans « le dessein de les détruire, etc., etc. » — Belmas, 1. 1, p. 366.
(2) 15,000 d'après les auteurs des Victoires et conquêtes. Ces mêmes auteurs estiment la perte des Espagnols à 1,500 tués et blessés, 4,000 prisonniers, 7 canons et 4 drapeaux.
(3) Il eût été plus prudent encore de la diriger sur Lamégo et Viseu. « En se portant sur ce point, Lapisse assurait sa jonction avec Soult, ce qui ne l'empêchait pas de se rendre ensuitt h Abrantès. » Napier.
(4) Du Casse, dans les Mémoires de Joseph , nous apprend que cette faute doit être imputée au roi (T. VI, p. 18 et 29). Et en effet, Joseph, dans sa lettre du 19 avril à Napoléon, revendique pour lui l'ordre de marcher sur Alcantara. L'empereur aurait voulu qu'on employât Lapisse contre la Romana, pour rétablir les communications avec le duc d'Elchingcn (voir sa lettre du 2 avril), ce qui était cependant contraire à ses instructions primitives. Toutefois, il aurait mieux valu encore les modifier dans ce sens que d'agir comme fit le roi.
première rencontre, n'eût permis à ce général d'interrompre toute communication des armées du Centre et du Sud avec celles du Nord. Nonobstant cette circonstance, ce fut une grande faute de laisser le corps du duc de Bellune si longtemps inactif, car en avançant dans l'Alentejo, il eût empêché Wellesley d'écraser la faible armée du Douro; mais cette faute, que plusieurs historiens et entre autres Napier ont imputée au roi Joseph, est la conséquence des instructions positives que ce prince avait reçues de l'empereur. Comme toutes les instructions de ce genre, celles-ci avaient le tort d'être subordonnées à des éventualités qui pouvaient ne pas se réaliser et qui de fait ne se réalisèrent point. D'un autre coté, ni Joseph ni ses conseillers n'avaient assez de pouvoir ou de génie pour modifier au besoin les ordres du maître.
Ainsi, la nécessité où se trouva l'empereur de conduire de loin la guerre d'Espagne fut une des principales causes de l'insuccès des armées française. Nous aurons bien souvent l'occasion de constater ce fait !
Cependant Soult avait rétabli ses communications avec Tuy, forcé le passage d'Amarante, repoussé Sylviera au delà du Douro (1) et pris toutes les mesures nécessaires pour exécuter un système de guerre régulier, sous la protection de l'excellente base que lui assurait la ville d'Oporto. Si son mouvement offensif sur Braga et sa résolution de se fier à la victoire pour rouvrir ses communications avec la Galice sont dignes des plus grands éloges, en revanche, on doit le blâmer d'avoir perdu à Oporto un temps précieux en soins administratifs et en informations sur les mouvements de l'ennemi (2). Cette lenteur, qui s'explique par l'ignorance
(1) Sylviera avait repris Chaves et ranimé l'insurrection entre le Minho et le Douro, sur les derrières de Soult.
(2) Ces informations étaient devenues très-difficiles, par suite de la position qu'avait prise la Bomana. Ce général, que Soult aurait dû battre avant de s'engager dans le Portugal, avait profité de Péloignement momentané du corps de Ney, appelé sur le littoral, pour envahir la
complète où il se trouvait de la position des corps destinés à le soutenir, exerça la plus fâcheuse influence sur le résultat de la campagne. Elle permit au général Cradock de recevoir de nouveaux renforts (i) et de stimuler l'ardeur des Portugais et des Espagnols, par un mouvement offensif sur Leiria (2).
Napoléon et le maréchal Jourdan ont vivement critiqué Soult d'avoir attendu que les événements lui dictassent la résolution de rétrograder, ou de pousser plus loin ses conquêtes. Ils auraient voulu qu'il se repliât sur-le-champ derrière le Minho ou remontât par Bragance vers la Vieille-Castille, afin de s'appuyer à la masse principale des armées françaises, opérant dans le centre de l'Espagne. Quoique cette critique, faite après l'événement, soit plus judicieuse qu'équitable, il est certain que Soult, par son séjour prolongé à Oporto, causa beaucoup de mal aux armées françaises (3). Mais ce qui sur toute chose devait leur être funeste, ce fut l'arrivée opportune du vainqueur de Rorissa et de Vimeiro.
Au moment où Wellesley débarqua dans le Tage (4), le Portugal semblait avoir perdu toute confiance dans l'appui de l'Angleterre. « Son armée était totalement désorganisée et presque anéantie » (5). « Les officiers n'avaient que
haute Galice et la frontière du royaume de Léon. Il interceptait toutes les communications de Soult avec Madrid.
(1) 11 résulte d'une lettre écrite par J. Cradock à Beresford, le 29 mars 1809, qu'à cette date ses forces s'élevaient à 14,000 hommes, dont 2,000 au moins devaient rester à Lisbonne et dans les places maritimes. On conviendra que la faiblesse de cet effectif témoigne hautement de l'insouciance du ministère anglais.
(2)Cc mouvement avait surtout pour but de protéger Abrantès et d'assurer l'obéissance des troupes portugaises, sur le point de se révolter contre leurs chefs, qu'elles accusaient de trahison.
(3) Soult resta quarante jours à Oporto. Le compilateur des Mémoires de Joseph affirme, T. VI, p. 130, que le duc de Dalmatie apprit d'une manière certaine, vers la fin d'avril, le débarquement des Anglais et leur marche vers le Douro. Cette nouvelle aurait dû le décider à battre en retraite, ou à hâter sa réunion avec les autres corps. Il n'en fit rien, et c'est là ce qu'on est en droit de lui reprocher.
(4) D'après du Casse, Wellesley amena avec lui 10 à 12,000 hommes,- nous n'avons pas trouvé d'état officiel indiquant ce chiffre.
(5) WELtESLEY, Relation des opérations de 1809 : Badajoz, 9 décembre 1809,
la solde des sergents, voire même des soldats anglais (1). » Le génie organisateur de Wellesley changea en peu de jours la face des choses. Le peuple reprit courage, et la régence, un moment abattue, se rassura; elle nomma sir Arthur maréchal général des troupes portugaises, et ces troupes, sous un chef si habile, secondé par l'intelligente coopération de Beresford, acquirent promptement une grande solidité. Le nouveau général en chef vit de prime abord que la fausse marche de Lapisse sur Mérida avait dérangé toutes les combinaisons des Français, en plaçant un peuple entier, ses places fortes et ses troupes, entre Soult et Victor. Il pouvait, grâce à sa position centrale, se porter contre l'un de ces maréchaux avant d'être rejoint par l'autre. Victor était le plus redoutable des deux, et son armée n'avait qu'un seul obstacle à vaincre pour atteindre Lisbonne, c'était le ïage, dont le lit est presque toujours guéable , tandis que Soult, retenu avec une armée inférieure en nombre , à 75 lieues de la capitale, ne pouvait approcher du but qu'en traversant un pays entrecoupé de montagnes, de défilés et de rivières grossies par les eaux pluviales. Bien que cette considération dût engager Wellesley à se jeter d'abord sur le duc de Bellune , il résolut, conformément à l'avis de Beresford et contrairement à celui de Cuesta et du gouvernement espagnol (2), de marcher contre Soult, qui occupait une province riche, d'où l'armée anglaise tirait la majeure partie de ses bestiaux; il s'était formé d'ailleurs dans l'entre-Minho et Douro un parti français qu'il importait de dissoudre promptement ; enfin le peuple et la régence , vivement affligés de la prise et du sac
( l ) Wellesley à J . Villiers, 24 septembre 1809.
I.e 14 novembre de la même année, Wellesley écrivit à lord Liverpool, pour demander qu'on portât l'armée régulière du Portugal de 20 à 30,000 hommes et qn'on augmentât la solde des officiers, ce que le gouvernement de Lisbonne était dans l'Impossibilité de faire. (On sait qu'antérieurement, l'Angleterre avait pris à sa charge la solde des soldats portugais et celle des officiers anglais qui servaient dans cette armée.)
(2) TORÉNO, t. H,p. 344.
d'Oporto, la seconde ville du royaume, exprimaient hautement le désir de la reprendre.
Après avoir fait toutes les dispositions nécessaires pour arrêter le duc de Bellune, ou du moins entraver son mouvement sur Lisbonne (1), Wellesley donna l'ordre de réunir les troupes alliées et de les mettre en marche vers le Douro (2). Du 2 au 5 mai, 13,000 Anglais, 9,000 Portugais et 3,000 Allemands furent concentrés à Coïmbre(ô).
La position de Soult en ce moment n'était pas rassurante. Ses soldats, à bout de patience, commençaient à murmurer; quelques-uns même se trouvaient engagés dans une conspiration, dont le but était de renverser le maréchal et de mettre fin au pouvoir absolu de Napoléon (4). C'étaient pour la plupart d'anciens républicains de l'armée du Rhin, dégoûtés de travaux qui n'avaient plus pour objet la grandeur du pays, et qui semblaient ordonnés dans le seul but d'élever la famille Bonaparte au-dessus de toutes les familles régnantes.
« La gloire, dit M. Thiers, avait caché un moment le vide ou l'égoïsme de cette politique. Les premiers revers
(1) Il donna au général Mackensie 8,000 Portugais, 2 bataillons et 2 régiments de cavalerie anglaise, pour défendre la rive droite du Tage. Le colonel May ne avec un régiment de milice et une partie de la légion lusitanienne fut posté à Alcantara pour garder, et au besoin détruire le pont de cette ville. Ces forces, jointes à celles de Cuesta, étaient suffisantes pour entraver la marche de Victor. II paraît, au surplus, que Wellesley s'attendait plutôt à voir le duc de Bellune envahir l'Andalousie que s'avancer vers Lisbonne. C'est même en prévision de ce mouvement qu'il avait donné à Cuesta le conseil de se retirer dans les montagnes et d'y rester sur la défensive. (Londonderry, 1. 1, p. 309.)
(2) Cradock lui remit le commandement le 27 avril, et ce même jour l'ordre fut donné de réunir les troupes.
(3) Les ressources de Wellesley se composaient alors de 26,000 Anglais et Allemands, de 16,000 Portugais organisés et armés, de la milice et des Ordenanzas; des places d'Almelda, de Ciudad-Rodrigo, d'Elvas, d'Abrantès, de Péniche et de Badajoz ; de la flotte anglaise ; enfin de l'armée de Cuesta, forte de 30,000 fantassins et de 6,000 cavaliers (25,000 hommes de cette armée étaient alors en avant du défilé de Honastcrio pour surveiller le duc de Bellune).
(4) Ce complot, dans lequel plusieurs officiers se trouvaient engagés, fut seulement découvert dans la nuit du 8 au 9 mai, quand déjà l'armée anglaise était près d'Oporto. Les conspirateurs voulaient offrir une trêve aux Anglais, déposer Soult, quitter la Péninsule, se mettre sous le commandement de Moreau, proclamer la déchéance de Napoléon, et marcher ensuite contre ce despote, à qui ils reprochaient son orgueil, son pouvoir absolu, et les dures privations qu'ils avalent a supporter dans la Péninsule. {Voir au t. VI, p. 126 des Mémoires de Joseph, un extrait de la déposition de d'Argenton)
amenaient la réflexion, et la réflexion amenait le dégoût. » On comprend ce qu'avait de dangereux en pays ennemi et devant une armée solide, commandée par un général tel que Wellesley, cette fâcheuse tentative d'opposition, qui devait relâcher les liens de la discipline et affaiblir considérablement l'ardeur des troupes.
A la tête du complot, dont les auteurs avaient pris le nom de Pliiladelphes, se trouvait le capitaine d'Argenton et quelques officiers supérieurs mécontents de leur chef . D'Argenton vint trouver le général anglais à Coïmbre et lui proposa de favoriser, par les mouvements des troupes alliées, les vues secrètes de la conspiration. Wellesley répondit que ses opérations ne seraient jamais réglées sur des trames de ce genre (1), et qu'il devait traiter l'armée française en ennemie aussi longtemps qu'elle serait en Portugal. Seulement, il ajouta que si elle se déclarait contre Bonaparte, on pourrait tomber d'accord sur un arrangement qui faciliterait la retraite (2).
Les confidences de d'Argenton au général Lefebvre firent découvrir la conspiration et amenèrent l'arrestation de ses chefs (le 9 mai), avant que leurs menées eussent produit aucun résultat. Le général anglais, cependant, sut tirer un excellent parti des renseignements que les séditieux lui avaient procurés. « Tout en les considérant comme fort exagérés, avec son bon sens ordinaire, il vit clairement que la politique conquérante de Napoléon était jugée, même dans l'armée française; que cette armée était divisée, que les liens de la discipline y étaient fort relâchés; que les devoirs militaires, si grande que fût la bravoure des soldats, devaient y être mal
(1) Sherer, 1. 1, p. 205. Le même auteur dit que Wellesley avait eu une première entrevue avec d'Argenton â Lisbonne : Les Mémoires de Joseph confirment ce fait.
(2) TORÉNO, t. II, p. 345.
Voir aussi la lettre de Wellesley à lord Castlereagh (27 avril). Il dit dans cette lettre, à propos des offres que lui firent les conspirateurs philadelpb.es : « In tbe existing situation or « affairs in Portugal, I bave considered It proper to refuse to attend lo thèse communica- « lions. »
compris, et, sans croire à une révolte sérieuse, il espéra quelque chose de plus vraisemblable et malheureusement de plus praticable, c'était de surprendre les Français en pleine ville d'Oporto et de leur faire essuyer un revers humiliant (1). »
Soult ignorait la concentration des forces ennemies sur Coïmbre. Son armée, répandue entre la Vouga et la Tamega, le Douro et la Lima, occupait une position dont les ailes n'avaient d'autre moyen de communication que le pont de bateaux d'Oporto.
Voyant qu'il s'obstinait à garder cette position étendue, Wellesley conçut l'espoir de l'envelopper ou de le forcer à une retraite désastreuse. Il dirigea en conséquence Beresford, avec 6,000 Portugais (2), 2 bataillons anglais, 5 compagnies de tirailleurs et un escadron de grosse cavalerie, sur Lamego, par la route de Viseu, pour franchir le Douro et joindre Sylviera, que l'on supposait aux environs d'Amarante. Ce mouvement avait pour but de tourner l'aile gauche des Français, de les couper du Tras-os-Montès et de détourner leur attention d'Oporto, où le général en chef se proposait d'écraser leur aile droite avec 14,500 hommes d'infanterie, 1,500 de cavalerie et 24 bouches à feu (s). L'opération terminée, et la colonne détachée se trouvant établie dans la province d'entre -Minho et Douro, le reste des troupes devait s'avancer de Coïmbre sur Oporto par la grande route de Vouga et d'Avouros. « Beresford, dit Londonderry, avait ordre de descendre le Douro, de s'emparer de toutes les embarcations qu'il trouverait le long des rives et de les mettre en état de
(1) Tiiif.rs, HUloire du Consulat et de l'Empire.
(2) Ces troupes étaient plus faibles encore par leur organisation que par leur nombre. « Sir Arthur ne leur demandait que de contrarier la ligne de marche des Français et, d'obliger Soult, en occupant la route de Villa-Real, à prendre celle beaucoup moins facile de Chaves et à se retirer sur la Galice plutôt que sur le royaume de Léon. » Napler.
(3) tes raisons qui déterminèrent Wellesley à porter le gros de ses forces sur cette yllle, étaient: la facilité d'approvisionner les troupes par mer et la position découverte de l'aile droite de l'ennemi.
traverser le fleuve quand les alliés se présenteraient (1). »
Ce plan, d'après Jomini, était bien conçu et les forces tellement disposées qu'il devait réussir (2).
Le 4 au soir, arriva la nouvelle que Sylviera avait été complètement battu à Amarante et que Soult faisait des préparatifs pour abandonner Oporto. Cette nouvelle obligea le général en chef à modifier quelques-unes de ses dispositions. Il décida que son armée se porterait en deux colonnes sur le Douro, l'une par Aveiro et l'autre par Vouga, tandis que Beresford , la précédant d'une journée avec l'avant-garde , s'avancerait par Viseu sur Lamego.
Beresford partit le 6 à la pointe du jour; et le 7, toute l'armée se mit en marche dans l'ordre convenu. Hill se dirigea avec sa colonne sur Aveiro, et Wellesley prit la grande route avec le corps principal. Tous deux firent halte le8,pour donner à leur collègue le temps de gagner le haut Douro avant le commencement de l'attaque. Dans la nuit du 9, le corps de Wellesley arriva sur la Vouga. Le même jour, Hill, commandant la première colonne, embarqua ses troupes à Aveiro pour traverser le lac Ovar et tourner, le lendemain de bonne heure, le flanc droit de l'ennemi. Ce même jour encore Beresford, réuni à Wilson, poussa Loison vers Amarante et déborda la gauche de Soult.
Au moyen de ces habiles et rapides manœuvres, l'armée alliée refoula en très-peu de jours les corps français établis entre la Vouga et le Douro.
(2) Le témoignage de ce juge éclairé nous dispense de l'obligation de réfuter le général Sarrazin, ancien chef d'état-major de Bernadotte, qui dit, p. 77 de son ouvrage sur les guerres d'Espagne :
« Si, au lieu de diriger ses principales forces contre Oporto, Wellesley n'avait fait qu'une fausse attaque dans cette direction et qu'il se fût porté avec l'élite de ses troupes à Penafiel, après avoir passé le Douro vis-à-vis de Poucinho, Soult aurait été séparé de Loison. »
il y aurait beaucoup à dire sur ce plan conçu après l'événement, et qui, suivant toute apparence, n'aurait pas donné à Wellesley les avantages qu'il retira du sien, malgré le» nombreuses fautes que le général Sarrazin y découvre. (Voir p. 80.)
Cependant, Soult prévenu dès le 8 de l'arrivée des Anglais, détruisit le pont de bateaux d'Oporto, et fixa son départ au 12, comme s'il n'avait plus rien à craindre. Il se proposait de marcher sur Mirandella et Bragance, pour rentrer dans le royaume de Léon par Zamora. C'était pour faciliter ce projet que dès le 2, Loison avait, par un coup d'audace, repoussé les troupes de Sylviera et enlevé le pont d'Amarante (î). Ce pont, vers lequel Soult dirigea ensuite son artillerie et ses bagages (2), était la seule ressource qui restât à l'armée française pour se tirer avec honneur de la situation périlleuse où elle se trouvait (3). Nonobstant, Loison eut l'insigne faiblesse de l'abandonner sans coup férir au maréchal Beresford, qui depuis le 10 avait rejoint Sylviera sur la rive gauche de la Tamega.
Le 12, les deux armées se trouvèrent en face l'une de l'autre, séparées seulement par le Douro, fleuve profond et rapide, dont la largeur devant Oporto est de plus de 300 mètres. Traverser ce fleuve sans équipage de pont et devant 20,000 vétérans, n'était pas une entreprise ordinaire. Aussi le maréchal Soult n'en eut-il aucune crainte et se montra-t-il préoccupé seulement du danger d'un débarquement à l'embouchure du fleuve. C'est probablement la raison pour laquelle il négligea de faire garder sa position, bien qu'il sût l'ennemi proche de lui, et que trois jours à peine se fussent écoulés depuis la découverte du complot ded'Argenton (4).
(1) voir dans les Mémoires de Le Noble, ordonnateur en chef du 2« corps, la relation de ce beau fait d'armes, qui illustra le capitaine du génie Bouchard.
(2) D'après M. Tbiers, les bagages et l'artillerie restèrent à Oporto, et ne furent disposés pour le départ que le 12.
(3) Soult avait fait attaquer ce poste par Loison et Laborde, qui s'en rendirent maîtres le 2 mai. ta nouvelle de cette prise arriva à Coïmbre le 4; elle influa nécessairement sur les dispositions que Wellesley prit le 6 et le 7. (Voir ci-dessus.)
(4) « Soult, dit le général Jomini, trompé par les rapports des généraux et la négligence a des avant-postes était tranquille à Oporto, où l'alarme fut bientôt répandue. » Si le maréchal avait montré plus de vigilance, il eût été prévenu assez à temps de l'arrivée de Wellesley pour opérer sa jonction avec Loison, à Amarante, se diriger sur Almeida et se rapprocher
Cependant Wellesley craignait, s'il ne se hâtait de passer le fleuve, que Soult, par une marche rapide, ne portât toutes ses forces contre Beresford. Il n'en fallut pas davantage pour le décider à tenter une opération que les auteurs français eux-mêmes ont qualifiée de hardie et de téméraire (1).
En faisant la reconnaissance du fleuve, il découvrit sur la rive ennemie un édifice non terminé, appelé le Séminaire, qui dominait le terrain environnant, et particulièrement la ligne de retraite de l'armée française. Ce bâtiment, entouré d'une haute muraille qui s'abaissait de chaque côté vers le rivage, formait un enclos assez vaste pour servir de tête de pont provisoire à deux bataillons. Il était en outre situé de manière que l'on pouvait, grâce à la montagne de Serra, passer le Douro sans être vu de la place. Cette même hauteur offrait encore une position favorable pour diriger un feu plongeant d'artillerie sur le flanc gauche du Séminaire et dans l'espace limité par le mur d'enclos. Wellesley saisit promptement les avantages de cette position et en tira un parti admirable. La plus grande difficulté pour lui était de trouver un moyen de passage. Le hasard heureusement vint à son aide. Le colonel d'état-major Waters, connu par son audace et sa présence d'esprit, trouva, à 2 milles au-dessus de la place, une barque embourbée cachée dans les roseaux. Il demanda à quelques paysans de la mettre à flot et de venir avec lui sur l'autre rive (2); les paysans hésitèrent, mais le prieur d'Amarante étant survenu, les décida à suivre le colonel anglais,
de la division Lapisse. Ce mouvement aurait changé la race des choses, même après le faux mouvement de Lapisse, dont Soult, au reste, n'avait pas connaissance.
D'après M. Thiers, Soult ayant à sa droite, à sa gauche et sur ses derrières une population insurgée, aurait dû se retirer en Galice , par Braga et Tluiy . Nous ne sommes pas de cet avis; au point où les affaires en étaient venues, il fallait, ou bien disputer le passage du Douro, ou bien se rapprocher de l'armée du centre. L'une et l'autre opérations étaient faisables, mais il ne fallait pas commencer par se laisser surprendre.
(1) Voir les Mémoires de Joseph, t. VI, p. 135, où l'on qualifie ce projet de « projet d'une hardiesse incroyable. »
(2) Voir LONDONDERRY, 1. 1, p. 335.
en se mettant lui-même à sa disposition. Avec l'appui de ces braves gens, Waters passa le fleuve et découvrit sur la rive ennemie quatre grandes barques abandonnées, qu'il put emmener sans être vu. Dès que Wellesley fut informé de cette trouvaille, il ordonna au général Murray de se porter sur Avintas avec un bataillon de la légion allemande, un escadron de cavalerie légère et deux pièces de 6 (1) ; de traverser le fleuve sur ce point, à l'aide du bac qui se trouvait là ou par tout autre moyen ; de réunir les barques nécessaires au passage du reste de l'armée, et de surprendre enfin l'ennemi en flanc pendant que le gros des forces alliées l'attaquerait de front.
Vingt pièces de canon furent amenées sur le Serra; dès qu'elles se trouvèrent en batterie, la première barque, chargée de vingt-cinq hommes, passa la rivière sans être vue; la seconde obtint le même résultat; mais la troisième, avec le général Paget, attira l'attention de l'ennemi (2). L'état-major français toutefois ne montra aucun souci de cette découverte; persuadé que l'armée anglaise ne pouvait franchir le fleuve qu'à l'aide de sa flotte, en aval de la position, il refusa de croire au passage devant la ville, et il fallut, pour le désabuser, que Foy, monté par hasard sur la hauteur située en face du couvent de Serra, vînt annoncer que ce couvent était déjà occupé par des troupes anglaises (3). A cette nouvelle, tout le camp s'émut et prit les armes. Des bandes de tirailleurs se précipitèrent sur le point menacé, et l'on forma rapidement quelques colonnes pour les soutenir; mais l'action des vingt bouches à feu établies sur le Serra fut si meurtrière,
(1) Mèmoirof the war, etc., by G. Murray, p. 14. C'est par erreur que les Victoires et conquêtes portent le détachement de Murray à 5,000 hommes.
(2) TORÉNO, t. II, p. 346, et MAXWELL, t. Il, p. 18.
(3) « Il était plein jour, dit M. Thiers, que Pétat-major français ne savait pas ce qui se passait et refusait de croire les avis qui lui avaient été donnés par plusieurs témoins oculaires. Le général en chef, au lieu d'y aller voir, se fia d'abord aux rapports négatifs de ses lieutenants, etc. — Voir aussi Tokéno, t. II, p. 346. »
que les assaillants durent borner leur attaque à l'assaut de la grille.
Le général Paget défendait énergiquement ce point avec un seul bataillon anglais. Bientôt cependant une blessure le força de s'éloigner. Au même instant arriva le général Hill avec deux régiments de sa brigade, un bataillon portugais et un bataillon de la brigade Stewart. Ce renfort et l'appui des canons de l'autre rive rétablirent le combat en faveur des alliés.
Sur ces entrefaites, les troupes de Sherbrook, secondées par les habitants d'Oporto, avaient franchi le Douro en face de Villa-Nova (1) et forcé l'ennemi à fuir dans le plus grand désordre vers Amarante, abandonnant 5 pièces de canon, 8 caissons, un grand nombre de prisonniers et tous les blessés (2).
Le général Laborde avait soutenu l'attaque avec une rare intrépidité ; mais sa conduite, toute admirable qu'elle fût, ne parvint pas à sauver l'armée de la honte d'une surprise « sans exemple dans les annales de la guerre (s). »
Pendant que les troupes de Sherbrook serraient de près l'arrière-garde de Soult,' le général Hill maltraitait fort la colonne française obligée de passer sous le feu du Séminaire. A droite, sur le flanc de la ligne de retraite, se trouvait le détachement de Murray. Le reste de l'armée anglaise traversait le fleuve sur divers points, tandis que l'artillerie du mont Serra plongeait dans les colonnes ennemies au fur et à mesure qu'elles se présentaient. Si le général Murray était tombé en ce moment sur ces colonnes en désordre, le maréchal
(1) Cette démonstration sur la ville avait pour but d'empêcher que l'attention de Soult ne se portât sur le Séminaire et sur les troupes de Murray. Londonderry prétend qu'elle fut favorisée par les habitants d'Oporto, qui envoyèrent de nombreuses embarcations au secours des troupes anglaises. (T. I, p. 337.)
(2) D'après Soult, les Français ne perdirent que 300 hommes ; d'après Wellesley, ils en perdirent 700.
(3) TniF.ns.
Soult eût été battu complètement. Wellesley pouvait réparer cette faute en donnant à Murray un ordre positif, ou en se mettant lui-même à la poursuite des Français ; mais ne voulant rien donner au hasard , il attendit vingt-quatre heures pour faire reposer ses hommes et ses chevaux (t), et pour donner à ses provisions, à son artillerie et à ses bagages, restés fort en arrière, le temps de le rejoindre. Il avait, en outre, dit Napier, une raison toute politique pour en agir de la sorte : « Le cabinet anglais, quelque imprévoyant qu'il fût dans ses préparatifs, appréhendait beaucoup les revers, et son général n'eût osé risquer que pour un objet très-important la sûreté d'une seule brigade, dans la crainte qu'une telle perte ne provoquât le rappel de l'armée. On trouve des traces de l'incapacité ministérielle à laquelle Wellesley était obligé de se soumettre jusque dans la bataille de Salamanque ; de là cette apparence d'excessive prudence que les écrivains militaires ont souvent blâmée comme une faute, et que Napoléon luimême prit si bien pour une marque caractéristique de l'homme, qu'il réprimanda ses généraux de n'en avoir pas su profiter. »
Le passage du Douro, si heureusement effectué, rcoûta aux Français 500 hommes, tués et blessés. Indépendamment des pièces de campagne et des caissons abandonnés dans le combat de la ville, ils avaient laissé 50 canons dans l'arsenal et 700 malades dans les hôpitaux (2).
Les pertes du côté des Anglais ne s'élevèrent qu'à 20 tués et 95 blessés (5).
La surprise avait été si complète, que Wellesley, à quatre
(1) Notez que ces troupes avaient Tait quatre-vingts milles en quatre jours, dans un pays difficile, et combattu presque tous les jours.
(2) Voir le Rapport du 12 mai à lord Casllereagh et les Mémoires de Siierkr, t. I, p. 212. D'après les Victoires et conquêtes, il resta 1,200 malades dans les hôpitaux.
(3) D'après l'état officiel (gurwood, t. IV, p. 326), l'armée de Wellesley eut, les 10, 11 et 12 mai, 43 tués, 168 blessés et 17 manquants.
heures, dînait tranquillement à la table qui avait été préparée pour le maréchal Soult (1).
Rarement le général anglais montra plus de résolution et de sang-froid que dans cette circonstance. On peut même dire qu'il fit preuve d'une excessive témérité, en se fiant à la chance de trouver quelques barques sur le Douro, et en attaquant 20,000 Français, commandés par un illustre maréchal, sans avoir un seul gué, ni un seul pont, sur ses derrières. « Il savait, dit Londonderry, que la hardiesse de son plan en assurait le succès, et que le sort de Beresford dépendait de la promptitude de ses mouvements. S'il avait suivi le plan que Soult lui prêtait, de franchir le Douro à son embouchure, avec le secours de la flotte, il aurait perdu deux jours, et l'armée française aurait pu se retirer en bon ordre. »
Le soir, Wellesley reçut à Oporto, illuminé en signe de réjouissance, le même accueil enthousiaste qui avait marqué sa route depuis Lisbonne.
Un des premiers soins du général en chef fut de protéger les blessés français, que la populace voulait maltraiter (2). Il fit afficher une proclamation dans laquelle il dit aux habitants : « Je vous prie d'être miséricordieux Par les lois
« de la guerre, ces Français ont droit à ma protection, et je « suis déterminé à la leur accorder. »
Ce fut seulement à la nuit tombante, à Balthar, que Soult apprit l'évacuation d'Amarante (3). Rien ne pouvait lui être
(1) ALISON, t. VII, p. 361 ; SHERF.ll, t. I, p. 213; LONDONDERRV, t. I, p. 339. « NOUS trouvâmes, « dit ce dernier, un somptueux dîner que le maréchal avait fait préparer pour lui. »
(2) « Le duc de Wellington se comporta dignement dans celte circonstance. Il fit demander à l'armée française ses propres chirurgiens pour soigner ses malades, en accordant à ces chirurgiens des sauf-condnits pour leur venue et leur retour. » Thiers.
(3) Le 9, Beresford avait joint Sylviera à Villa-Real, et le 11, il était entré dans Amarante, après une légère escarmouche avec les troupes de Loison. Ces dernières, vivement poursuivies, se réunirent le 12 à Soult. Le 13 au matin, Beresford reçut l'ordre de se rendre à Ghaves, dans la prévision que le duc de Balmatie se dirigerait sur Valladolid, prévision qui ne se réalisa point, à cause de l'audacieuse résolution que prit le maréchal français de détruire son matériel et de se diriger de Montalègre sur Orense.
plus fatal, car pour gagner la route directe d'Oporto à Tuy par Braga, il devait revenir jusque dans le voisinage de la place. M. Thiers pense qu'il aurait dû le risquer; nous croyons au contraire qu'il fit bien de s'en abstenir, et de prendre le parti extrême de déboucher sur la route de Braga, en traversant une chaîne de montagnes où l'infanterie seule pouvait s'engager.
Arrivé à Penafiel, le maréchal fit détruire tous ses canons, la plus grande partie de ses munitions et de ses bagages, afin de se porter de Montalègre sur Orense et d'éviter Chaves, où Beresford l'avait prévenu. Quand Wellesley apprit cette résolution (dans la journée du 15), il comprit tout d'abord qu'il lui serait difficile de suivre l'armée française, « attendu qu'elle prendrait des chemins où ne s'engage point « une armée qui n'a pas fait les mêmes sacrifices (1) . »
Soult se dirigea successivement sans être entamé sur Guimaraens, où il fut rejoint par Loison ; sur Braga, qu'il traversa douze heures avant Wellesley; sur Montalègre et sur Orense. Quand il arriva le 19 dans cette dernière ville avec 18,000 hommes seulement (2), il n'avait plus ni artillerie, ni provisions, ni munitions, ni bagages, ni caisse militaire. Ses soldats étaient épuisés de fatigue et de misère; le plus grand nombre manquaient de vêtements et de chaussures; quelques-uns même n'avaient plus de fusils (3). Les pertes s'élevaient à 6,000 hommes, dont le moitié étaient morts dans les hôpitaux, et à 58 pièces d'artillerie, la plupart tombées entre les mains des alliés. Néanmoins cette retraite se fit au milieu de circonstances si difficiles, — la trahison de quelques
(1) Lettre à Castlereagb, 18 mai.
(2) Belation des opérations de 1809, par Welleslky.
D'après Napier, Soult avait encore 19,500 hommes; d'après Belmas, 19,700 (y compris 3,500 hommes ramenés de Tuy), et d'après M. Thiers, 17,000 seulement.
(3) Soult arriva à Lugo le 23, et ce fut seulement le 14 juin que le roi fut officiellement informé de sa marche rétrograde. Il ne l'avait apprise jusque-là qu'indirectement par la voie de Paris. (Mérnoires de Joseph, t. VI, p. 141,)
officiers, le mauvais vouloir d'un grand nombre d'autres; le mécontentement des troupes, le manque de vivres, de vêtements et de chaussures ; l'état affreux des chemins, l'absence de ponts et de moyens de passage ; des rivières débordées ; partout des habitants hostiles qui mutilaient horriblement les traînards, les malades, les blessés; des pluies torrentielles (1), un vent furieux; des munitions trempées, — que la réputation de Soult ne fut pas compromise par ce désastre, dont cependant l'armée française éprouva plus de dépit que de la capitulation de Cintra. Sans doute le duc de Dalmatie eut le tort grave de se laisser surprendre; mais, à part cette faute, il montra une énergie, un sang-froid, une habileté remarquables. M. Thiers est injuste lorsqu'il prétend que ce maréchal aurait pu faire une meilleure retraite (2), et Napoléon ne le fut pas moins lorsque, dans un premier mouvement de colère, il manifesta l'intention de le mettre en jugement (s). Étant alors à Schœnbrunn, il ne pouvait se rendre compte de toutes les circonstances au milieu desquelles l'armée de Portugal s'était trouvée. Peu de temps après, d'ailleurs, il revint sur son appréciation et rendit au maréchal toute sa confiance (4).
La courte campagne du Douro eut des résultats qui font honneur aux talents militaires de Wellesley
En vingt-huit jours, il avait rétabli l'ordre et la confiance en Portugal, improvisé une défense sérieuse contre Victor, fait un trajet de 70 lieues en pays de montagnes, effectué le passage du Douro de la manière la plus brillante, et forcé
(lj Du 13 au 19, la pluie tomba sans interruption.
(2) T. il, p. 219. Les auteurs des Victoires et conquêtes se montrent plus équitables envers le duc de Dalmatie , en déclarant « qu'il ne pouvait mieux faire sa retraite. » (T. XIX, p. 45.)
13) thiers, t. II, p. 220.
Le colonel Augoyat, plus juste que M. Tbiers, attribue l'insuccès de l'expédition de Soult à l'insuffisance des ressources qu'on avait mises à la disposition de ce maréchal: reproche qui tombe sur l'empereur et non sur le duc de Dalmatie.
(4)Savary, t. IV, p. 128 de ses Mémoires, dit que Napoléon, après la malheureuse campagne du Douro et la ridicule tentative faite par Soult pour obtenir la couronne de Portugal (sous le titre de Nicolas I«), écrivit au maréchal : « Je ne me souviens que d'Austerlitz. »
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