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Le 27 au matin, le 2e corps, massé derrière Saint-Antonio , fut chargé de pousser l'ennemi sur la Chartreuse ; le 6' devait aborder Busaco directement, en débouchant de Moira ; la cavalerie de M ontbrun avait ordre de se tenir cachée derrière un mamelon à gauche de la route de Busaco (i); et le 8e corps, sous Junot, devait se masser par brigades derrière le corps deNey, pour servir de réserve générale.
L'attaque eutdonc lieu sur deux points espacés de quatre kilomètres, circonstance fâcheuse, mais que la position rendait inévitable.
Masséna comptait principalement sur le succès de Reynier, qui avait un terrain moins difficile à traverser. L'une des divisions de ce général parvint en effet à gravir les talus et à prendre pied sur le plateau, entre les divisions Spencer et Picton ; mais ses soldats, hors d'haleine, exténués de fatigue, «à peine ralliés , furent attaqués par les troupes anglaises, soutenues par une nombreuses artillerie, et forcés de redescendre la montagne avec une perte de 2,500 hommes.
On doit attribuer en partie ce désastre à Ney, qui, venant de plus loin et, s'il faut en croire ses compatriotes, moins audacieux dans cette circonstance qu'à Elchingen et à Jéna, commença son attaque trop tard, ce qui permit aux Anglais d'accabler Reynier avec des forces doubles des siennes (2).
Le 6° corps ne fut pas plus heureux que le 2e ; dès que les colonnes de Ney eurent gravi les hauteurs défendues par la division légère de Crawfurd, elles furent mitraillées et fusillées à bout portant, chargées à fond par des troupes fraîches, prises en flanc par une nuée de Portugais, et culbutées enfin sur des pentes abruptes, où on les poursuivit encore pendant quelque temps à la baïonnette. Cette atta-
(1) Cette route, comme celle de Saint-Antonio, conduisait à Coïmbre.
(2) Voir les Mémoires de A/asséna, 1. VU, p. 197. Le signal de l'attaque tut donné à sept heures, et Ney ne s'ébranla qu'entre huit et neuf, nonobstant les ordres donnés la veille.
que aurait obtenu sans doute un meilleur résultat, si le maréchal n'avait porté trop tôt sur la Chartreuse la division Marchand, qui devait donner en même temps que celle deLoison.
La bataille de Busaco affaiblit de 4,500 hommes l'armée française (1); les Anglais, d'après un état officiel, n'eurent, dans les journées des 25, 26 et 27 septembre, que 197 tués, 1,014 blessés et 58 manquants (2).
Wellington signala avec satisfaction le courage et la fermeté qu'avait montrée l'armée portugaise dans cette affaire, la première où elle se trouvât sérieusement engagée avec l'ennemi (5).
On reproche à Masséna de n'avoir pas fait soutenir ses troupes par l'artillerie (4), et de n'avoir pas eu ses réserves prêtes au moment où la colonne de Reynier se trouva aux prises avec l'ennemi. Londonderry (5) et les auteurs des Victoires et conquêtes (ô) lui font aussi un grief de ce qu'il ne
(1) Évaluation de Napier, de Thibaudeauet de Thiers.
D'après le rapport de Wellington, le nombre des tués s'élevait à 2,000 hommes. Toréno évalue les pertes des Français a près de 4,000 hommes; le colonel Jones, à 2,000 tués, 300 prisonniers et 5 à 6,000 blessés: Napier, à 800 tués et 3,700 blessés et prisonniers; Belnias et les Victoires et conquêtes, à 1,800 tués et près de 3,000 blessés ; Koch, à 4,486 hommes en tout (état officiel, Mémoires de Masséna, t. VII, p. 573); Sherer, à 5,000 tués et blessés et 300 prisonniers ; Mac Farlane, à 1,000 tués et 3,000 blessés; Londonderry, à 5 ou 6,000 hommes, et Masséna (dans son rapport sur la bataille), à 4,000 hommes.
les généraux Foy, Ferrey, Graindorge furent grièvement blessés ; le général Simon fut fait prisonnier.
(2) D'après Napier et Thibaudeau, les alliés perdirent à Busaco 1,300 hommes ; d'après Sherer, 1,200 dont 578 Portugais ; d'après Londonderry et Sarrazin, 1,000 hommes seulement.
(3) Napoléon ne s'attendait pas à ce résultat, puisqu'il avait annoncé que les Portugais ne valaient pas mieux que les brigands (mot par lequel il désignait les soldats espagnols). Voir les Mémoires de Joseph, t. VU.
(4) Les auteurs des Victoires et conquêtes et celui des Mémoires de Masséna disent que l'artillerie française se trouva dans l'impossibilité d'agir; mais Napier fait observer avec raison que la division légère anglaise fut constamment rangée sur le revers de la montagne, et que 30 pièces dirigées sur ce point auraient merveilleusement secondé l'attaque du 6e corps : au reste, le général Koch lui-même dit (t. VII, p. 194) : « Ordre fut donné au général « Tirlet de placer l'artillerie du 2<= corps sur les points les plus favorables à son action, » preuve qu'on avait jugé possible l'emploi de cette arme.
(5) T. II, p. 120.
(6) « Ce fut alors qu'un blâme universel tomba sur le général en chef français : on lui k reprocha avec justice de n'avoir pas exécuté cette manœuvre avant l'attaque, et d'avoir « inutilement sacrifié 3,000 de ses plus braves combattants. —Jaloux de conserver cette épi- « thète d'heureux que lui avaient valus tant de glorieux combats, il crut devoir, pour son •i honneur, affronter un écueil qu'un chef vulgaire eût prudemment évité. » (T. XXI, p. 83.)
songea point à tourner la gauche des alliés par la route de Milheada, où il eût été difficile de l'arrêter; mais on a vu plus haut les raisons qui nous empêchent de nous associer à cette critique. Il paraît, au surplus, que le prince d'Essling,en attaquant la Sierra de Busaco, ne savait pas que les corps de Hill et de Leith eussent opéré leur jonction avec Wellington. Sa plus grande faute est de n'avoir pas ordonné l'attaque le 26 ; Ney, qui la jugea possible le 25, prédit que le 27 elle ne réussirait point, et cette opinion était assez généralement partagée dans l'armée française.
La journée de Busaco changea les dispositions morales des belligérants etmitleprince d'Essling dans l'obligation de rester sans vivres au pied des montagnes d'Acobar, ou de battre en retraite devant un ennemi qui guettait ses moindres mouvements. Ney voulait rebrousser chemin ; mais le général en chef, soupçonnant l'existence d'une route sur la droite, où le terrain allait en s'abaissant vers la mer, envoya pendant la nuit le général Montbrun et le colonel Sainte-Croix en reconnaissance avec un détachement de cavalerie. Ces deux officiers trouvèrent en effet une voie carrossable. Masséna en fut averti le 28 à midi. Il exploita cette circonstance avec son habileté ordinaire. Pendant toute la journée, il entretint une vive escarmouche sur le front de la ligne ennemie, comme s'il méditait une seconde attaque et, le soir venu, il fit partir Junot dans le plus grand silence, puis Ney, puis la colonne des bagages avec 3,000 blessés, puis enfin Beynier, suivi d'une arrière -garde de dragons. Le 29, tous ces corps débouchaient dans la plaine de Coïmbre sans être inquiétés, grâce à un malentendu (î), qui avait empêché Trant de se
(1) Le colonel Trant, au lieu de se rendre directement à Sardao, comme Wellington l'avait prescrit, fit un détour par Oporlo, d'après les ordres du général qui commandait dans le nord, et n'arriva a Sardao que le 28 au soir, quand déj;l l'ennemi était maître du terrain. (Voir la dépêche de Wellington du 30 septembre 1810, à Liverpool.) Le comte Toréno prétend que le s milices de Trant étaient hors d'état de garder un défilé si important, et que Wellington
trouver à temps sur la route de Sardao. M. Thiers reproche à Masséna d'avoir attendu, pour reconnaître cette route, un échec qui l'obligeait de la trouver à tout prix : « Il aurait dû la rechercher d'avance, dit-il, car le seul aspect des lieux en indiquait l'existence, et, après l'avoir trouvée, faire sur Busaco une simple démonstration pour tromper les Anglais, pendant que le gros de l'armée aurait filé sur Boyalva. »
Nous ne pouvons partager cet avis ; nous croyons au contraire que le prince d'Essling eût commis une faute impardonnable en engageant toutes ses forces dans un mauvais chemin, entre la mer et une armée en possession de hauteurs d'où elle pouvait voir tous les mouvements.
Quoi qu'il en soit, dès que Wellington fut informé de la marche de flanc du prince d'Essling (le 28 à minuit) (1), il quitta sa position pour ne pas être coupé, et le lendemain matin son armée se trouva en colonne sur la route directe de Coïmbre (2).
Masséna s'avança parallèlement à la mer et à portée de l'ennemi, par un chemin si difficile et dans un tel désordre, que les troupes de toutes armes, les malades et les blessés marchaient pêle-mêle.
Le duc de Wellington eut le tort grave de ne pas profiter de cette circonstance, en dirigeant immédiatement sa cavalerie et le corps d'infanterie le plus rapproché sur la
manqua de prudence en se fiant sur elles; d'autres disent au contraire que, vu l'étal des forces alliées, il y aurait eu un grand inconvénient à détacher une partie importante de l'armée anglaise dans une position où des milices commandées par un homme tel que Trant pouvaient rendre de fort bons services. Quoi qu'il en soit, le fait seul de l'envoi de Trant à Sardao prouve que M. Thiers est dans l'erreur quand il dit (t. III, p. 412) « que Wellington fut gravement en faute d'avoir ignoré l'existence de la route de Boyalva. »
(1 ) M. Thiers se trompe en disant que ce fut dans la soirée du 29. Cette erreur fait tomber les reproches qu'il adresse à Wellington d'avoir manqué d'énergie et de vigilance pendant les journées des 28 et 29.
(2) « Après avoir quitté Busaco, il n'y eut, dit Wellington, aucune position que nous pus- « sions occuper avec la certitude d'empêcher l'ennemi d'arriver à Lisbonne avant nous, à « moins d'atteindre les positions fortifiées en avant de cette place. » Relation des opérations de 1810-
tête du défilé, qui se trouvait seulement à quatre lieues de là. On peut aussi lui reprocher d'avoir confié la défense du défilé de Boyalva à une simple brigade de milices : le souvenir de ce qui était arrivé à Banos, l'année précédente, aurait dû le mettre en garde contre cette espèce de troupes. Enfin Wellington est répréhensible de n'avoir pas pris de mesures pour être informé des mouvements qu'opéra l'armée française après l'attaque infructueuse du 27.
Le prince d'Essling ignorait encore l'existence des lignes de Torrès-Vedras, bien qu'on y travaillât depuis dix mois avec une activité prodigieuse (i). Convaincu que les Anglais ne trouveraient plus de position aussi forte que celle dont il venait de les déloger, il crut qu'ils avaient l'intention de quitter le pays. Cette circonstance explique et justifie peutêtre la résolution qu'il prit de continuer l'offensive après Busaco. S'il avait connu l'existence des lignes et l'état du pays aux abords de Lisbonne, il aurait dû se retirer et attendre de nouvelles ressources pour reprendre la campagne dans de meilleures conditions. Bientôt, en effet, sa situation devint si mauvaise, qu'on pouvait la croire désespérée : devant lui se trouvait un camp inexpugnable et une armée qui grossissait en se retirant, tandis que la sienne devait nécessairement diminuer par les maladies et les privations à mesure qu'elle s'éloignait de sa base. Un corps d'armée important se formait en outre sur le Douro, pour inquiéter les derrières des Français, qui déjà n'avaient plus de communications assurées avec l'Espagne; enfin, à chaque pas, il se pré-
(1) Plus de 7,000 paysans furent employés à ces travaux ; les femmes et les enfants même y prirent part. Les réquisitions de travailleurs s'étendirent ju»qu'à une distance de 10 lieues a la ronde. — Voir Jones, Mémoire, etc., p. 53.
sentait des embarras et des difficultés qui devaient rendre la retraite, en cas de revers, presque impossible. Aussi Wellington s'attendait -il, après l'affaire du 27, à ce que l'armée française rebroussât chemin, ou du moins ne franchît pas le Mondégo (1).
Mais le prince d'Essling, comme nous l'avons vu, ignorait la plupart des circonstances qui rendaient sa position si critique, et se trouvait d'ailleurs engagé à poursuivre son entreprise par la crainte de modifier les ordres itératifs de l'empereur, et par l'espoir d'obtenir des secours efficaces de l'armée d'Andalousie.
La retraite, à partir de Busaco, se fit sans aucun incident remarquable. A mesure que l'armée anglaise reculait, les populations fuyaient vers Lisbonne, emportant ce qu'elles avaient de plus précieux et détruisant ce qu'elles ne pouvaient emporter.
Il est extraordinaire qu'un général étranger ait pu obtenir d'aussi douloureux sacrifices d'une nation attachée à ses foyers et fortement travaillée en sens contraire par la faction des nobles. Ce résultat atteste à la fois l'influence qu'avait acquise Wellington, et le patriotisme qui animait à cette époque les malheureux Portugais. Beaucoup de provisions et quelques moulins échappèrent néanmoins à la destruction par la faute de la régence, dans le sein de laquelle l'évêque et le principal Souza continuaient à se plaindre de ce que le général en chef eût attiré la guerre au cœur du royaume, au lieu de livrer une bataille décisive sur la frontière du Beyra, et d'agir offensivement en Espagne (2). L'évêque refusa même sous ce ridicule prétexte d'appuyer une demande d'argent faite par le
(1) Voir la lettre de Wellington à lord Liverpool,Z novembre 1810, et AtisON, t. VII, p. 422.
Dans sa lettre du 30 septembre 1810 à la Romana, Wellington prétend n'avoir jamais douté du succès de la campagne.
(2) Au prince régent, 30 novembre 1810.
général en chef pour 'subvenir aux besoins de l'année portugaise. Souza et lui poussèrent les choses si loin, qu'ils essayèrent de former un parti ouvertement hostile à l'Angleterre (i), et qu'ils adressèrent au général en chef des lettres anonymes pleines de menaces (2).
A Leyria, une partie des magasins furent pillés par les troupes anglaises. Wellington, pour réprimer ces funestes habitudes de désordre et d'ivrognerie, fléaux ordinaires des armées britanniques (3) , 'fit pendre les hommes trouvés en flagrant délit, et réprimander sévèrement les officiers qui les commandaient. Moins scrupuleux sur ce point, parce que le système des réquisitions nécessite et réglemente pour ainsi dire le pillage, les généraux français permirent à leurs soldats de vider les magasins et de piller la ville de Coïmbre de fond en comble; mais comme le désordre et l'indiscipline sont inévitables dans les armées qui n'ont point de subsistances assurées, « quelques jours suffirent pour dissiper des ressources « qui, ménagées, eussent alimenté les troupes de Masséna « pendant deux mois. — On perdit aussi par ce délai, « accordé à la débauche, tout l'avantage qu'on avait retiré « de la marche dangereuse de Sardao sur Boyalva (4). » Les troupes françaises, en effet, ne purent quitter la ville que le 4 (5). Si elles avaient marché plus vite et gagné Leyria, en traversant les gués du Mondégo , Masséna eût forcé probablement le général anglais à accepter une bataille dans des conditions défavorables ; mais la promptitude des mou-
(1) GURWOOD, t. VII, p. 92, 101.
(2) GURWOOD, T. VII, p. 314, 321,332; t. VIII, p. 52, 67.
(3) Wellington s'est plusieurs fois expliqué sur ces habitudes, qu'il attribuait à la mauvaise qualité des hommes dont l'armée anglaise devait se recruter.
(4) Napier ; voir aussi les Victoires et conquêtes, t. XX, p. 89, et les Mémoires de Masséna, t. Vil, p. 207. — L'auteur anglais a tort d'imputer les faits dont il s'agit au prince d'Essling : ils retombent tout entier sur Junot ,qui fut blâmé par Masséna dans les termes les plus énergiques et menacé d'être renvoyé en France.
(5) Le général Koch explique cette perte de temps par la nécessité de faire des répa* rations au matériel ; mais il s'en faut bien que ce soit la une explication satisfaisante.
vements n'est pas ce qui distingue cette campagne du vainqueur de Zurich, la moins remarquable de toutes celles qui ont illustré sa carrière (1).
A peine l'armée française eut-elle quitté le Mondégo, que Trant, Miller et Wilson, se jetant avec 10,000 hommes de milice dans les Sierras , interceptèrent ses communications avec Almeida.
Trois jours après, le colonel Trant enleva par surprise Coïmbre (2), où se trouvaient les dépôts de Masséna et 2 à 5,000 blessés (3). Ce coup de main hardi ruina de fond en comble le plan d'invasion en coupant l'armée de Portugal de sa base, et en l'obligeant à prendre éventuellement une autre ligne de retraite.
Le prince d'Essling n'en continua pas moins sa marche, laissant au hasard le soin de ses communications de plus en plus compromises.
Le 10 octobre, il se trouva devant les redoutables lignes de Torrès-Vedras, dont rien jusque-là ne lui avait révélé l'existence, chose à peine croyable, et qui donne une juste idée de la situation de l'armée française au milieu de ce pays soulevé, où pas un homme ne voulait servir la cause de l'empereur (4).
Wellington entra dans son camp, le 8 octobre, avec 22,000 hommes d'infanterie anglaise, 3,000 hommes de cavalerie et 50,000 hommes d'infanterie portugaise (5).
(1) La preuve de sa lenteur résulte de ce fait, qu'il ne quitta Viseu pour marcher sur Coïmbre que dix jours après avoir passé le Pinhel.
(2) Le 7 octobre.
(3) ces blessés, dont Napier porte le nombre à 5,000, étaient gardé* par une compagnie de marine de la garde impériale. Ils furent dirigés sur Oporto et donnés pendant trois jours en spectacle â la populace de cette ville.
{i) Masséna écrivait, Is 29 octobre 1810, a Berthier : « Nous n'avons pas trouvé un seul habitant dans tout le pays que l'armée a parcouru, et, ce qu'on aura de la peine a croire, pas même dans les grandes villes, comme Coïmbre, d'une population de 20,000 âmes. Depuis que je suis devant Lisbonne, je n'ai pu y Taire pénétrer un seul homme- La classe moins aisée du peuple s'est réfugiée dans les bois; les riches ont suivi l'armée anglaise à Lisbonne. »
(5) Jonks, Mémoire, etc., p, 57.
Ce camp se composait de trois lignes de défense. La première s'étendait depuis Alhandra sur le Tage, jusqu'à l'embouchure du Zizandre : elle suivait le pli des montagnes et avait 9 1/2 lieues de longueur (i): un peu en arrière de cette ligne, à Pero-Negro, se trouvait le quartier-général de Wellington, où venaient aboutir les télégraphes destinés à établir de promptes communications avec toutes les parties du camp (2) .
— La seconde ligne, située à 12 kilomètres environ de la première, avait un développement de 8 lieues. — La troisième, destinée à couvrir un embarquement forcé, était beaucoup moins étendue, et se trouvait en moyenne à 8 lieues de la seconde : cette dernière, la plus forte des trois, constituait une défense indépendante de la ligne avancée (3).
Le front de la position était hérissé de tous les obstacles que l'art et la nature peuvent créer : ses flancs s'appuyaient d'un côté à l'Océan et de l'autre au Tage, dont les rives avaient été solidement fortifiées; sa gorge était protégée par une flotte redoutable (4), et son espace intérieur avait été disposé de manière à offrir aux troupes alliées un champ de bataille avantageux, de quelque côté que vînt l'attaque.
Toutes les ressources de l'art avaient été mises à contribution pour rendre ce vaste camp retranché digne du rôle qu'il devait jouer : des redoutes occupaient les terrains abruptes ;
— les pentes des hauteurs étaient taillées aussi verticalement que le permettait la nature du sol ; — des lignes redoublées d'abatis obstruaient les vallées ; — des retranche-
(1) La première ligne avait un développement de 48 kilomètres ; la seconde ligne, de 40 kilomètres, et le réduit de 3 kilomètres.
(2) En sept minutes, on échangeait les nouvelles d'une extrémité de la li»ne à l'autre. JONES, Mémoire sur les lignes de Torrès-Vedras, p. 56.
(3) Pour de plus grands détails, voir Victortes of the brilish armies, Leith-Hay, Vieussebx et Jones (annexe IV).
(4) « 20 vaisseaux et 3 ou 400 bâtiments de transport, du fret de 24,000 tonneaux, stallon- « naient dans le Tage. » — Belmas.
D'autres auteurs n'estiment qu'à 200 le nombre des voiles qui se trouvaient en rade de Lisbonne.
ments continus défendaient les cours d'eau; — les rivières étaient enfermées dans des écluses, et celles que les pluies ne faisaient pas déborder naturellement étaient pourvues de barrages ; — des abatis soutenus par des redoutes défendaient les parties boisées.
Une nombreuse artillerie, braquée sur les points accessibles, commandait les différentes approches et donnait une certaine égalité de défense à toute la ligne; — les routes favorables à l'ennemi avaient été détruites, les autres élargies; — de nouvelles communications avaient été créées pour faciliter les mouvements des troupes et l'arrivée des secours ; — les ponts avaient été minés; — enfin l'on avait pris toutes les mesures nécessaires pour favoriser au besoin un mouvement offensif des troupes alliées.
A l'époque où Wellington entra dans ces lignes, elles se composaient de 126 ouvrages fermés, défendus par 29,751 hommes et 247 pièces de canon. Les ouvrages de Sl-Julien, destinés à couvrir le point d'embarquement, exigeaient 5,550 hommes et contenaient 94 bouches à feu (t).
Il n'existe pas d'exemple d'une position si habilement et si fortement retranchée (2).
(1) En 1812, les deux premières lignes, complètement achevées, se composaient de 152 ou vrages distincts, armés de 534 pièces d'artillerie- Ces ouvrages exigeaient 34,125 hommes de garnison. — Jones, Mémoire, etc., p. 157, 158.
(2) Ce qui faisait la force de cette position, c'était 1° que l'attaque ne pouvait avoir lieu que par un petit nombre de points ; 2» que les défenseurs pouvaient allerplus vite d'un point à l'autre que les assaillants ; 3» que le terrain en arrière offrait un champ de bataille avantageux aux réserves, de quelque côté que vînt l'attaque, et 4° que les Anglais étaient maîtres de l'Océan, qu'ils ne manquaient de rien, et qu'ils avaient l'appui des habitants.
L'auteur des Victoires et conquêtes est pour ainsi dire le seul militaire qui ait trouvé la position de Torrès-Vedras défectueuse. L'opinion qu'il émet, t. XX, p. 97, tend a prouver que l'on aurait pu faire essuyer à Wellington un désastre dans cette position. « Loin, dit-il, de regarder à Torrès-Vedras la chance de succès comme certaine en sa « faveur, lord Wellington ne devait-il pas être frappé de justes craintes? Les dispositions « qu'il avait prises pouvaient être contrariées, rendues nulles et même entraîner par suite « la perte de l'armée anglo-portugaise... Un général d'armée ne doit il pas frémir lorsque « l'avenir lui offre de semblables probabilités, et lorsqu'il s'est mis dans une parelle posi- « lion?»
Nous ne pouvons nous rendre compte des motifs qui ontjdicté cette opinion, si contraire aux faits et aux témoignages les mieux établis.
/'/, Vil
Gravé par J. C/aes.
Vage 336.