‹ Histoire du duc de WellingtonChapitre 21 sur 86 · GG · texte numérisé non relu

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pensant que les Anglais dès ce moment ne resteraient plus vis-à-vis de Punhète (1).

Le duc de Dalmatie ne reçut d'instructions positives de l'empereur qu'à la fin de décembre (2).

Ces instructions lui prescrivaient de suspendre toutes ses opérations, sauf le siège de Cadix (3), et de diriger le 5e corps avec un équipage de siège sur Abrantès. C'était demander au maréchal Soult qu'il détruisît son œuvre pour faire réussir celle d'un rival. Il représenta au ministre de. la guerre que le 5e corps succomberait entre les Anglais qui l'attendaient (4) et les 15 à 20,000 Espagnols de la Romana qui le suivraient, et qu'en outre il aurait sur ses derrières cinq places fortes : Badajoz, Olivença, Elvas, Campo-Mayor et Albuquerque. Cette raison lui parut suffisante pour ne pas obéir strictement à l'ordre donné : toutefois, n'osant pas l'enfreindre d'une manière absolue, il consentit à porter le 5e corps sur la Guadiana, pour assiéger Badajoz (5).

Après avoir employé tout un mois à réunir l'équipage

(1) Cette résolution fut approuvée par la majorité des généraux. — Il résulte d'une lettre publiée dans les Mémoires de Kasséna, t. VII, p. 297, que le prince d'Essling aurait laissé seulement Ie6« corps sur la rive droite du Tage, et que, s'il avait été pressé trop vivement, toute l'armée se serait retirée dans l'Alentejo en repliant les ponts et en brûlant les barques : mesure extrême, qui aurait bouleversé entièrement le plan de campagne des Français, sans aucun avantage pour leurs opérations.

(2) Les lettres originales ayant été prises par les guérillas, Soult ne reçut que les duplicata. Les insurgés non-seulement interceptaient toutes les communications entre ce maréchal et M asséna, mais rendaient encore impossible tout échange de lettres entre le prince d'Esslinp , Napoléon et le ministre de la guerre. Dès que Masséna eut dépassé la frontière du Portugal , ses relations avec la France devinrent si incertaines, que la meilleure source d'information pour l'empereur furent les articles des journaux anglais.

(3) Ce malheureux siège de Cadix fut une des causes de l'insuccès de la campagne de 1810. Si Napoléon avait envoyé devant celte place les 18 vaisseaux réunis sous Ganteaumeâ Toulon, et 12 à 15,000 hommes de débarquement avec les munitions nécessaires, Cadix efil. été pris, et 30,000 hommes de renfort auraient pu être dirigés sur Lisbonne. Telle fut, du moins, l'opinion de Victor et en partie celle de Soult; presque au moment même où ce maréchal reçut l'ordre d'envoyer ses forces disponibles au prince d'Essling, il venait d'écrire à Napoléon pour demander 25,000 hommes d'infanterie, 1,000 marins et 1,000 artilleurs, dans le but de conquérir Cadix et tout le midi de l'Espagne.

(4) C'était le corps de Ilill, commandé en ce moment par Beresford ; il se trouvait à Abrantès, avait ordre de défendre les afilucntsdu Tage, et de se retirer ensuite dans le camp de Torrès-Vedras sans rien compromettre.

(5) Le général Pelet (voir sa note insérée, t. XXI des Victoires et conquêtes) dit que

de siège nécessaire à cette opération, Soult quitta les environs de Cadix le 21 décembre , circonstance dont Wellington fut informé le 29 à Cartaxo; il commença son mouvement offensif le 5 janvier avec 16,000 hommes d'infanterie, 4,000 de cavalerie et 50 bouches à feu. Cette petite armée se dirigea successivement sur Mérida, Olivença et Badajoz. La première de ces places ne se défendit point, et la seconde, en fort mauvais état, se rendit le 22 janvier, après dix jours de tranchée ouverte. Sa garnison se composait de 4,160 Espagnols, et son armement de 18 bouches à feu seulement (1). Badajoz présentait plus d'obstacles ; néanmoins , on pouvait en brusquer le siège, et gagner de la sorte un temps précieux. Au lieu de cela, Soult fit trois attaques qui, dans le commencement surtout, manquèrent de vigueur, à cause du peu d'hommes qu'il y employa (2). Heureusement pour le maréchal, les généraux espagnols Ballesteros et Mendizabal négligèrent toutes les mesures que Wellington avait prescrites pour empêcher l'investissement de la place, le passage de la Guadiana et de celui de la Gébora (s). Mendizabal nonseulement oublia de fortifier le pont qui existait sur ce dernier cours d'eau, mais commit encore la faute de le détruire et de rompre les gués par lesquels il aurait pu attaquer les Français au moment du passage de la Guadiana. Pendant les douze

l'empereur, dans une conversation qu'il eut avec lui, le 8 avril 1811, approuva la prise de Badajoz et les opérations de Soult; mais il faut noter qu'en ce moment Napoléon était exaspéré contre le prince d'Ëssling, qu'il voulait rendre responsable de toutes les fautes et de tous les désastres de la campagne.

(1) Belmas, 1. 1, p. 15G.

(2) Jusqu'à l'arrivée de la division Gazan, forte de (i.flOO hommes, Soult n'eut que 9 a 10,000 hommes pour faire ces trois attaques.

(3) Wellington l'avait prévu. « Avec des soldais de toute autre nation, écrivit-il, le succès « serait certain, mais on ne peut faire aucun calcul, préjuger aucune opération, quand ce « sont des troupes espagnoles qui doivent agir. » S'il n'envoya pas de meilleures troupes sur la Uuadiana, c'est qu'il attendait des renforts, et que Hasséna venait d'être rejoint (le 26 décembre) par 10,000 hommes du 9' corps, sous les ordres de Drouet. 14,000 hommes sous les ordres de Beresford avaient reçu l'ordre de se mettre en mouvement dès que les renforts attendus pour la On de janvier seraient arrivés. (Voir la lettre <lu 14 mars 1811, de Wellington an comte de l.iverpool.)

jours qu'il était resté inactif, il n'avait détaché aucune avantgarde sur son front , ni pris aucune mesure pour retrancher son camp de Santa-Engracia, qu'il eût été si facile pourtant de rendre formidable.

Profitant de cette négligence, Soult traversa le 19, au point du jour, la Guadiana et la Gébora , qui coule au pied même de l'escarpement où était situé le camp ennemi. Ce fut une véritable surprise, favorisée d'ailleurs par un brouillard épais. Mortier, qui dirigeait les mouvements, forma rapidement sa ligne de bataille. À huit heures, quand le brouillard se dissipa, la gauche des Espagnols était déjà entourée par la cavalerie française; au centre, les troupes de toutes armes erraient en désordre , et sur la droite il n'y avait plus un seul bataillon pour défendre San-Christoval. L'armée française s'avança en colonnes sous la protection de son artillerie : six bataillons sur le centre , Girard sur la droite, Latour-Maubourg sur la gauche. Ces forces , estimées à 9,000 hommes, attaquèrent les 15,000 Espagnols (î) avec tant de vigueur, qu'à dix heures le combat était terminé.

Mendizabal laissa sur le champ de bataille 900 morts, 6 drapeaux, 17 canons, 20 caissons et 5,200 prisonniers (2). La perte des Français ne s'éleva qu'au chiffre de 400 hommes. Trois mille fuyards (3) se jetèrent dans Badajoz.

Il) D'après Napler.— Londonderry évalue les forces espagnoles à 9,000 hommes ; Sherer, à 10,000; Belmas et Thiers, à 12,000; Toréno, à 8,000 fantassins et à 1,200 chevaux; Jones, à 9,000 hommes d'infanterie avec une brigade de cavalerie portugaise. Le même auteur estime les forces françaises à 6,000 hommes; Maxwell, à 7,000, dont 2,000 de cavalerie; Londonderry, Belmas et Sherer, à 6,000; Thiers, à 8,000.

(2) Thibaudeau, t. VIII, p. 479. D'après Helraas, les Espagnols eurent 850 hommes tués et 5,200 faits prisonniers ; ils perdirent 6 drapeaux, 7 canons, 20 caissons, un équipage de pont et un camp tendu.

Mendizabal, à cause de cet échec, fut si fortement blâmé par les Espagnols eux-mêmes que, pour se réhabiliter, il s'engagea comme simple soldat, et combattit en cette qualité à Albuera, trois mois après. — Belmas, 1. 111, p. 699.

(3) Victtires et conquêtes. D'après Jones, 500 hommes entrèrent dans Elvas, et 3,000 dans Badajoz ; la cavalerie se sauva, le reste fut tué ou fait prisonnier. D'après Londonderry, des 9,000 hommes de Mendizabal, 3,500 seulement échappèrent.

M. Thiers estime les perte* à 2,000 morts et à 5,000 prisonniers; Napler à 1,000 morts et à 8,000 prisonniers.

Dès ce moment, on put investir la place sur la droite de la Guadiana. « Si Soult avait voulu profiter de la circonstance pour accélérer la reddition de Badajoz, il aurait certainement terminé le siège avant le 1er mars (1). » Mais il reprit lentement les travaux réguliers, comme s'il eût été dans des conditions normales. Or déjà Masséna commençait à prendre ses mesures pour battre en retraite, tandis qu'un corps nombreux d'Anglais et de Portugais se disposait à quitter le Tage pour délivrer la place.

Le gouverneur don José de Imar fut informé par le général Leith de ce double fait (2), et néanmoins il eut Ja lâcheté de se rendre le 11 mars, bien que la brèche ne fût pas encore praticable , qu'il y eut dans les magasins des vivres et des munitions en abondance (3), que la garnison comptât près de 9,000 hommes, et que les forces de Soult, réduites par les maladies, ne s'élevassent qu'à 11,600 combattants (i)\

Immédiatement après la reddition de Badajoz, le maréchal Mortier se dirigea sur Campo-Major, et Latour-Maubourg sur Albuquerque et Valencia-d'Alcantara, dont il s'empara sans difficulté.

Sur ces entrefaites , le maréchal Soult ayant été prévenu que les Anglais avaient essayé de faire lever le siège de

(1) THlElts, t. III, p. 475.

(2) Toréno, Jones, Lamare, Augoyat et le major Belmas ne jettent aucun blâme sur la conduite cTlmar, et Soult dans sa lettre du 12 mai 1811, au prince Berthier, exalte même les qualités du général espagnol en disant : « Imar, qui remplaça Menacho (tué), voulut « faire ses preuves, ce qui occasionna une plus longue résistance. » Mais il est démontré que, le 6 ou le 7, Imar reçut la lettre qui lui annonçait l'arrivée des renforts ; que cette lettre ne fut pas communiquée au conseil de défense, et que le gouverneur se prononça contre la capitulation, lorsque déjà tous les autres membres s'étaient prononcés pour. — Voir Augoyat, p. 285. — Wellington eut raison de qualifier cette conduite de lâche.

(3) Wellington : Lettre du 16 mars 1811, au comte de Liverpool. D'après Belmas, la brèche était aussi large , aussi accessible qu'on pouvait le désirer, et toutes les défenses du front d'attaque détruites. Augoyat et le colonel Lamare prétendent seulement que la brèche était praticable. Au moment de la reddition, 7,880 hommes déposèrent les armes; il y avait 1,100 malades et blessés dans les hôpitaux. La place contenait 170 bouches à feu, 80,000 livres de poudre, 300,000 cartouches, beaucoup de projectiles et deux équipages de pont en fort bon état. La garnison sortit par la brèche avec les honneurs dus à une belle défense.

(4) D'après Napier, la garnison était de 8,000 hommes et le corps de Soult de 14,000.

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Cadix (1), retourna dans son gouvernement, où sa présence devenait de plus en plus nécessaire. L'expédition, d'ailleurs, était manquée : il l'avait entreprise quinze jours trop tard.

Dès que Wellington avait eu connaissance de la défaite de Mendizabal, il s'était mis en mesure de prendre l'offensive à l'arrivée des renforts, espérant que pour cette époque les ruisseaux et les routes seraient praticables. En même temps, il avait fait inviter le gouverneur de Badajoz à tenir le plus longtemps possible (2).

Son plan était d'attaquer de front l'armée française (du côté de Trémès), pendant que Beresford, passant le fleuve à Abrantès, tomberait sur ses derrières.

Cependant, la situation de Masséna empirait tous les jours. Les vivres étaient devenus si rares, que, vers la fin de février, les deux tiers de l'armée devaient battre la campagne

(1) Cette tentative eut lieu le 5 mars 1811. Elle échoua par la faute du général espagnol la Pena, qui laissa Graham exposé aux coups de Victor, sans faire aucun mouvement pour venir à son secours. Soit ignorance, soit pusillanimité, il resta spectateur de la lutte. Heureusement que les troupes anglaises déployèrent dans cette occasion un courage des plus remarquables. Malgré l'infériorité de leur nombre, elles parvinrent à repousser l'attaque du duc de Bellune et à rentrer dans Cadix, sans autres pertes que 50 officiers et 1,260 hommes laissés sur le champ de bataille. Du côté des Français, les pertes s'élevèrent à 2,400 hommes, 6 canons et une aigle, (tiubaudkau, t. VIII, p. 481) L'indigne conduite de la Pena et la honteuse capitulation de Badajoz provoquèrent en Angleterre de violentes récriminations contre l'ingratitude et la mollesse des Espagnols, qui partout abandonnaient les Anglais à eux-mêmes.

Les forces de Graham s'élevaient à environ 4,000 hommes ; celles de la Pena a 12,000, dont 800 de cavalerie, et celles de Victor à 9,000. M.Thiers est dans l'erreur quand il attribue à Victor 5,000 hommes d'infanterie et 500 chevaux, à Graham 9,000 hommes, et aux Espagnols 11,000. Il n'est pas vrai non plus que Graham perdit 2,000 hommes, et que l'honneur de la journée fut pour le maréchal Victor. Les Victoires et conquêtes se trompent tout autant en affirmant que Graham avait 12,000 hommes, que les Français combattirent un contre deux, et que les alliés perdirent 3,500 hommes, 3 drapeaux et 4 canons.

(2) 11 ne fut plus question alors de secourir Badajoz en renforçant l'armée espagnole : « La « bataille du 19 ayant anéanti cette armée, dit Wellington, il m'eût été impossible de détail cher un corps assez fort pour atteindre ce but , même après que j'aurais été rejoint par « les renforts que j'espérais voir arriver dans le Tage à la fin de janvier. Je résolus donc d'at- « taquer l'ennemi dans ses positions dès que les renforts seraient arrivés, et que les routes <• seraient praticables. Les renforts sont arrivés dans les premiers jours de mars, mais il s « n'ont pas encore rejoint l'armée. » (Lettre du 14 mars au comte de Ltverpool.)

pour en trouver. « Tel était l'épuisement du pays, que « le peu d'habitants qui restaient étaient réduits à vivre de « racines, de glands et d'herbages (1).» «Beaucoup de soldats, écrivait le maréchal, ont des chaussures faites avec des peaux fraîches; la viande est épuisée, la paille entièrement consommée, et les chevaux sont mis au vert depuis plus d'un mois. » Les maladies et les privations avaient diminué considérablement l'effectif, et la maraude, organisée depuis cinq mois , avait relâché tous les liens de la discipline (2) ; enfin les chefs, mécontents les uns des autres , continuaient à se plaindre amèrement et à faire surgir sans cesse de nouvelles complications (3).

Toutes ces circonstances engagèrent le prince d'Essling à v battre en retraite sur Coïmbre, pour s'établir derrière le Mondégo (4). L'empereur lui-même avait désigné cette ligne, dans l'intention de faire, au mois de septembre, après les récoltes, une nouvelle expédition contre les Anglais avec les armées du Portugal, du Midi et du Centre (5).

Quoique la situation des Français autour de Santarem fût intolérable, on a lieu de s'étonner cependant que le prince d'Essling, après avoir attendu si longtemps, prit la résolution de battre en retraite, juste au moment où il pouvait compter sur l'assistance très-prochaine de Soult. C'estencore, probablement, un résultat de la funeste rivalité qui existait entre les maréchaux français, à tout moment blâmés pour ce fait, et toujours incorrigibles ! Aucun d'eux ne voulait concourir à l'élévation, ni réclamer l'assistance d'un rival, quelque

(1) Masséna à Berthier, 6 mars 1811.

(2) Voir Belmas, 1. 1, p. 164, et la Correspondance de Masséna.

(3) « Le projet de mettre Salnt-Cyr a la tête de l'armée d'Espagne n'était nullement abandonné. » (Napier.)

(4) Masséna aurait pris cette résolution bien plus tôt, si son armée avait eu aussi peu d'illusions que lui sur l'arrivée de Soult.

(5) Voir la lettre du 29 mars 1811, de Berthier à Masséna, et l'ordre dicté par Napoléon dans la nuit du 29 au 30 mars, pour le prince de Neufcbatel. — Belmas, 1. 1, p. 495, 517.

dommage qui dût en résulter pour le service de l'empereur (1).

Il est à remarquer aussi que l'armée de Portugal, réduite à 40,000 combattants, non compris les 9,000 de Drouet, cantonnés à Leyria, avait peu d'espoir de maintenir sa position étendue contre l'attaque que préparait Wellington (2); Napier pense que ce fut la principale raison qui décida le prince d'Essling à lever son camp, et, pour justifier son opinion, il fait observer que l'ordre de battre en retraite ne fut donné que lorsque les fidalgos eurent informé l'état-major français de l'arrivée des renforts de la Grande-Bretagne.

Quoi qu'il en soit, ces renforts (3), débarqués le 2 mars, après une traversée de six semaines, n'avaient pas encore rejoint l'armée de Wellington, quand le 5, à la chute du jour, le prince d'Essling donna le signal du départ. Déjà la veille au soir, il avait fait partir les malades et les gros bagages en annonçant que cette évacuation avait lieu pour faciliter la concentration à Punhète , point où l'on supposait que l'armée française passerait le Tage (4). Sonprojet, comme nous l'avons vu, étaitde franchir le Mondégo àCoïmbre,de gagner Oporto,

(1) Belmas prétend que Masséna, au moment de se retirer, était dans la conviction que Soult, dont il n'attendait plus rien, avait été obligé de rentrer en Andalousie. Cette opinion est corroborée par une lettre du prince d'Essling, en date du 6 mars 1811, au prince Berthier, lettre où il dit : « que depuis vingt jours il n'entendait plus le canon de Badajoz, et que, par conséquent, il n'avait plus de coopération à attendre. »

(2) D'après le général Pelet, Masséna, au moment de la retraite, n'avait que 28,000 fantassins en état de combattre.

Le même général dit que jamais, dans cette campagne, l'armée de Masséna ne s'est élevée à 40,000 hommes.

L'un et l'autre chiffre sont inexacts.

(3) Ces renforts, dont Wellington fit la 7e division, rejoignirent le 28 mars. Ils se composaient de 7,000 hommes.

(4) « Mais ces bruits et d'autres, quoique habilement répandus, ne trompèrent pas la agacilé de Wellington. » (Mémoires de Masséna, t. Vil, p. 336). Le duc ne changea rien â ses antonnements ; il se borna à rappeler les troupes de Beresford.

Londonderry prétend que les Anglais n'eurent aucune connaissance des mesures que Masséna avait prises depuis longtemps en vue de cette retraite : « Nous continuâmes, dit-il, jusqu'à la fin, à jeter des regards inquiets sur Abrantès, dont la sûreté nous donnait encore de viTs sujets de crainte.» (T. il, p. 193.) D'après M. Thiers, Wellington avait été fixé sur la retraite dès le 4, en apprenant les mouvements ordonnés par Masséna.

en traversant un pays encore intact, et de rester aux environs de cette ville jusqu'à ce que les opérations de Soult attirassent l'armée anglaise sur un autre point, ou que l'arrivée de Bessières avec l'armée du Nord lui permît de reprendre l'offensive. C'était sans doute le meilleur parti auquel on pût s'arrêter; mais pour réussir, il fallait opérer un changement de front perpendiculaire, l'aile gauche en arrière, devant un ennemi supérieur en nombre, qui occupait les environs du pivot ainsi que les débouchés de la ligne principale de retraite sur la route de Leyria, et qui avait à l'autre extrémité de la ligne, près d'Abrantès, un pont au moyen duquel il pouvait s'avancer dans la direction d'Ourem et de Thomar.SiWellington prévenait Masséna sur Leyria, l'armée française devait livrer une bataille douteuse ou renoncer à Coïmbre pour gagner la mauvaise route d'Espinhal.

Voici comment le prince d'Essling se tira de ce pas difficile : il manœuvra de façon à laisser croire qu'il voulait franchir le Tage à Punhète, ou se retirer derrière le Zezère pour gagner Castelbranco. Tous les bateaux furentréunis à l'endroitdésigné, et l'on simula les apprêts d'un passage. Tandis que l'ennemi surveillait ces apprêts, le 2e corps se replia le 5, à 8 heures du soir, de Santarem sur Thomar et Espinhal, et le 8e, de Trémès et d'Alcanhède sur Pernès. En même temps, Ney, avec le 6e corps et la cavalerie de Montbrun, réunis à Leyria, contenait l'ennemi sur la Liz et menaçait de se porter vers Torrès-Vedras. Par ces habiles manœuvres, le prince d'Essling donna le change à Wellington, et parvint à lui dérober quelques marches. Le 7, Reynier était à Thomar, Junot à Ourem, Ney à Leyria, et Loison à Punhète, où il attendait la fin du jour, pour livrer aux flammes le merveilleux , mais inutile équipage de pont du général Eblé (î). Le 8, toute l'armée se trouvait hors d'atteinte.

(I) Les auteurs des Victoires et conquêtes se trompent en disant que « Masséna fit brûler

Wellington ne commença la poursuite que lorsqu'il fut définitivement fixé sur le but de l'ennemi (1); jusque-là, il eût craint de dégarnir ses lignes. Dès le 6, cependant, il avait mis l'armée anglaise sur les traces de l'ennemi ; le même jour, il avait écrit de Santarem au général Leith, gouverneur d'Elvas, pour le prier d'instruire le commandant de Badajoz que Masséna se retirait, et qu'on allait diriger sans retard des secours sur la place. Ces secours, en effet, se mirent en marche le 8, au moment où l'on acquit la preuve que la retraite de l'ennemi était sérieuse (2).

Junot avait pris les devants pour occuper Coïmbre et le Mondégo.

Drouet devait soutenir le maréchal Ney, et celui-ci, placé à l 'arrière-garde, avait pour mission de tenir ferme à Pombal et à Redinha.

Le 11, l'arrière-garde eut un premier engagement avec Wellington à Pombal. Si elle avait été plus forte, et si Drouet avait montré plus de bonne volonté (3), l'armée anglaise aurait eu beaucoup plus de peine à la déloger. Mais, faute de cet appui, la résistance de Ney fut pour ainsi dire nulle. On pouvait et on devait attendre mieux du duc d'Elchingen. Mais, s'il faut en croire l'auteur des Mémoires de Masséna, l'opinion de Ney, au début de la retraite, était qu'il fallait

« les pontons quelques jours avant de commencer le mouvement, et que cette mesure pré- « maturée ne laissa à Wellington aucun doute sur les véritables intentions du maréchal. »

D'après le général Pelet, les ponts furent brûlés le 7 au matin. Belmas confirme ce fait. Wellington n'en parle pas : ce n'est donc pa3 l'incendie des bateaux qui trahit la retraite de Masséna.

(1) Wellington écrivit cependant à lord Llverpool, le 14 mars 1811, que dès le 6, au matin, il avait mis l'armée anglaise en marche; mais la suite de celte lettre fait voir que la poursuite sérieuse ne commença que le 11.

C2) Alord Liverpool, 14 mars. Toutefois, pour être en force le 11, Wellington retint ces troupes jusqu'au 13. Bans la nuit de ce même jour, on apprit au quartier général la prise de Badajoz. Les troupes destinées à cette place continuèrent néanmoins à s'avancer, parce que leur présence sur le Tage était nécessaire pour couvrir le ilanc droit des alliés, menacé par rétablissement des Français sur la Guadiana.

(3) Il partit le 10 , à minuit , prétendant que ses instructions ne lui permettaient pas de rester oi'i il était. L'affaire de Pombal ne coûta que 50 hommes aux Français. Ney incendia la ville pour couvrir sa retraite.

gagner l'Espagne par le plus court chemin. Cette opinion et la persistance de Drouet à se considérer comme n'étant pas sous les ordres du prince d'Essling, exercèrent une influence fâcheuse sur toutes les opérations de l'armée française.

Coïmbre était le point sur lequel les deux armées cherchaient à se prévenir. Le 12, elles étaient à trois heures de marche seulement l'une de l'autre. Ney, avec 6,000 hommes d'infanterie, soutenus par quelques escadrons et des pièces de campagne, occupait un plateau élevé en avant du village de Redinha (î). A la manière dont les troupes anglaises furent reçues, Wellington s'imagina que ce poste était occupé par des forces considérables. Il ordonna en conséquence vers trois heures une attaque générale parfaitement appuyée, dans l'espoir de surprendre le passage du défilé de Redinha. Un coup de canon, parti des rangs anglais, donna le signal du combat. En peu d'instants, 30,000 hommes faisant irruption des montagnes boisées, se rangèrent dans la plaine sur trois lignes et s'avancèrent confiants dans la victoire. La cavalerie et l'artillerie chargèrent les bataillons français, qui les reçurent par une volée générale, dont la fumée servit à les masquer entièrement. Lorsque cette fumée se fut dissipée , les bataillons avaient disparu. Ney traversa à leur tête le village de Redinha, pendant que son artillerie et une partie de ses forces contenaient l'armée anglaise ; il rejoignit ensuite Masséna à Condeixa sans être entamé : ce fut un beau fait d'armes (2).

Le 13, le prince d'Essling se trouvait adossé aux défilés qui

(1) D'après M. Tliiers, Ney avait 6 à 7,000 hommes à Ponibal et 13,200, dont 1,200 de cavalerie, à Redinha. De ces 13,200 hommes, 7,000 seulement Turent engagés.

(2) THIBAUDEAU, t. VIII, p. 483.

D'après les Mémoires de Joseph, ce combat coûta aux Français 150 hommes; d'après M.Tiiiers, aux Français 200, et aux alliés 1,800, ce qui est exagéré; d'après Napier, aux Anglais 212, et environ autant aux Français.

mènent à Coïmbre; Montbrun, chargé d'aller prendre cette ville , y trouva le petit corps de Trant, qui avait détruit les ponts et disposé la ville pour une défense vigoureuse. Il crut que c'était le renfort anglais débarqué le 2 à Lisbonne, et fit part de cette opinion à Masséna qui, sur ce vague soupçon, n'hésita pas à changer sa ligne de retraite et à se diriger par un chemin des plus difficiles sur Murcelha.

Telle est à peu de chose près la version de Napier, celles de Thibaudeau, des Victoires et Conquêtes et du général Pelet (i).

L'auteur des Mémoires de Masséna explique autrement cet épisode, et nous croyons que son opinion, basée sur la correspondance du maréchal (2), doit être adoptée de préférence. Il prétend que Montbrun, en arrivant le 11 à Coïmbre, ne trouva qu'une seule arche du pont démolie, et que le colonel du génie Valazé, après une reconnaissance du fleuve faite le 12, demanda trente-six heures pour établir un bon passage en face de Pereira. En conséquence, Masséna enjoignit à Ney de tenir en avant de Redinha le plus longtemps possible. Le duc d'Elchingen disputa le terrain depuis six heures du matin jusqu'à midi; mais un peu plus tard, il se replia sans aucun motif (3) derrière Redinha, ce qui fit réussir l'attaque

(1) Ce dernier toutefois ne rend pas Masséna responsable de la non occupation de Coïmbre- « te maréchal Ney, dit-il, avait ordre, dès le 10 mars, de faire marcher dans cette direction « la brigade Marcogriet, qui se trouva retardée ; enfin le général Montbrun, au lieu de se « porter sur Coïmbre, y envoya des officiers, dont le rapport fut qu'avec quelque infanterie « on aurait pu s'emparer du pont. »

(2) Voir entre autres la lettre du 19 mars 1811 à Berlhier, où le prince d'Essling justifie son changement de ligne de retraite, en disant que le Mondégo était gonflé, le pont de Coïmbre ruiné, la rive droite occupée par les troupes de Trant et de Sylviera,et défendue par du canon. Il aurait fallu plusieurs jours pour opérer le passage, et pendant ce temps l'armée aurait eu les alliés sur le dos.

(3) D'après les Victoires et conquêtes, Ney se retira parce qu'il était menacé d'être tourné et coupé (t. XXI, p. 183). Napier, plus favorable encore au duc d'Elchingen, trouve que ce maréchal resta un « peu trop longtemps » dans sa première position. Nous avons adopté la version des Mémoires de Masséna, quoique l'auteur de ces mémoires se montre en général trop sévère pour Ney.

C"est ici l'occasion de faire observer que les Victoires et conquêtes accusent Wellington d'avoir commis une faute « énorme » en laissant échapper a Redinha l'occasion de forcer Mas-

ordonnée par Wellington, à quatre heures de l'après-midi.

Il ne restait plus dès lors qu'un seul moyen d'occuper Coïmbre, c'était de prolonger la défense de Condeixa. Si cette défense venait à manquer, il fallait se retirer sur l'Alva.

Par précaution, Masséna dirigea, dans la nuit même du 12, ses blessés et ses bagages par le chemin de Miranda de Corvo. La conduite de Ney dans la journée suivante ne justifie que trop cette mesure. Voyant son aile gauche menacée par la colonne de Picton, le duc d'Elchingen crut l'arrière-garde en danger et se retira vers deux heures , après une insignifiante démonstration, bien que le général en chef eût pris des dispositions pour entraver le mouvement de Picton. « En présence de ce fait, dit le général Koch, Masséna comprit enfin, ce qu'il n'avait jusqu'alors point voulu soupçonner, que toutes les manœuvres de son lieutenant depuis Pombal avaient eu pour objet de l'empêcher d'établir l'armée derrière le Mondégo (1). »

Montbrun se trouva complètement coupé par le mouvement

séna de mettre bas les armes « Un ennemi plus habile, sachant son adversaire dans la nécessité « absolue de se retirer, aurait dirigé de Thomar une forte division en droite ligne sur Espin- « bal... Ces troupes seraient venues se placer avant les Français sur la haute montagne en « pain de sucre qui se trouve en avant de Miranda, et qui détend si avantageusement l'ap- « proche de cette petite ville. Alors l'armée française n'aurait plus eu de retraite... »

Cette critique, faite après l'événement, tombe devant la sim pie remarque que, pour exécuter l'opération dont il s'agit, Wellington aurait dû savoir trois ou quatre jours avant l'affaire de Redinha que l'armée française ne franchirait pas le Mondégo. Or, il ne le sut d'une manière certaine que le jour où il vit l'arrière-garde prendre position à Condeixa.

Au reste, les Victoires et conquêtes raisonnent dans la supposition que la ville de Coïmbre était assez bien défendue pour résister à une attaque de vive force. « Le bruit courait, « disent les auteurs de cet ouvrage, qu'il y avait alors dans la ville 15 à 18,000 hommes ; » bruit dénué de tout fondement, et que les Victoires et conquêtes n'auraient pas dû admettre pour en faire la base d'une critique acerbe des opérations du général anglais.

(1J Mémoires de Masséna, t. VU, p. 374. Cette opinion est confirmée par une lettre de Masséna à Berthier, insérée dans lesdits mémoires, t. VU, p. 425. Pour être juste cependant, nous devons faire observer que le général Pelet, alors lieutenant-colonel et premier aide de camp de Masséna, est beaucoup moins sévère que le général Koch pour la mémoire du duc d'Elchingen. D'après lui, Masséna prit la résolution de changer de ligne de retraite après le combat de Redinha, « parce que le Mondégo était gonflé et le pont coupé de manière à exiger un « passage de bateaux, et à rendre presque impossible une attaque de vive force. » Le seul reproche fait â Ney est de n'avoir pas tenu assez longtemps entre Redinha et à Condeixa pour permettre l'évacuation de cette dernière ville (le maréchal avait promis de tenir quarante-huit heures, et il ne resta que la moitié de ce temps). Enfin le général Pelet affirme

précipité de Ney; il fut néanmoins assez heureux pour rejoindre l'armée, qui, à partir de ce moment, n'eut d'autre ressource que de gagner Almeida et Ciudad-Rodrigo par un chemin abrupte et dangereux.

La journée du lendemain, beaucoup mieux employée par l'arrière-garde française, prouva que Ney, quand il voulait s'en donner la peine, était un tacticien de premier ordre.

Jusqu'à ce moment, Wellington avait montré moins d'habileté et de résolution que son adversaire. Maintenant, c'est lui qui va prendre le dessus , malgré le talent remarquable avec lequel sera dirigée l'arrière-garde française.

L'armée de Portugal se retira en bon ordre par l'étroite zone comprise entre les montagnes et le Mondégo, où elle ne trouva plus ni vivres, ni habitants, ni ressources d'aucune espèce. En avançant, elle détruisit les bagages, les munitions, les chevaux et les bouches à feu qui la gênaient. Les fortes positions qu'elle rencontra sur sa route furent défendues avec opiniâtreté ; mais Wellington , par des mouvements de flanc bien combinés et par de vigoureuses attaques, se rendit maître de toutes ces positions avec des forces inférieures en nombre (1), et quelquefois même réussit à les faire abandonner presque sans opposition, en menaçant les défilés en

que les premières altercations entre Pfey et Masséna n'eurent lieu qu'a Miranda de Corvo, le 14 mars.

(1) Des qu'on eut dépassé Pombal, la plupart des troupes nationales se trouvèrent hors d'état d'aller plus loin ; les brigades commandées par le général Pack et le colonel Ashworlh, quoique toujours sous les armes et journellement engagées avec l'ennemi, manquaient de pain depuis quatre jours. Beaucoup de soldats étaient morts de faim pendant la marche, et il fallut, pour éviter de plus grands malheurs, que l'armée anglaise partageât ses provisions avec les troupes portugaises. « Il en résulta , écrivit Wellington dans une lettre au comte m Liverpool en date du 16 mars 1811, que les vivres destinés à l'armée anglaise étaient épui- « ses, et que cette armée fut obligée de s'arrêter jusqu'à ce qu'il lui en arrivât de nouveaux.» Dans une autre lettre à Charles Stuart, il dit : « Les mules de l'artillerie sont, par manque de « nourriture, hors d'état de traîner les pièces d'ici à quelque temps... Trois hommes delà « brigade Pack moururent de faim dans la marche d'hier, et 150, dont plusieurs ont dû suc- « comber, tombèrent de faiblesse par la même cause. »

La nouvelle de la prise de Badajoz, apportée à Wellington dans la nuit du 13, l'obligea a faire de nouveaux détachements dans l'AIentéjo.

Le 16, il n'avait plus que 25,000 hommes sous la main.

arrière des colonnes ennemies. On peut citer comme trèsremarquable, sous ce rapport, le combat livré le 15 dans la forte position de Foz d'Arunce.

Wellington s'étant aperçu que Ney avait, laissé une partie de ses troupes (deux divisions) en deçà de la Ceira , surprit et enveloppa ces divisions, qui fuirent en désordre vers le pont (1). C'était entre quatre et cinq heures du soir. Le maréchal ramena les fuyards, s'élança sur le pont et prit à son tour l'offensive avec assez d'avantage pour faire replier les Anglais. Malheureusement les Français , trompés par l'obscurité, tirèrent les uns sur les autres, ce qui augmenta leurs pertes (2). Pendant la nuit, Masséna se retira derrière l'Alva : Ney se maintint sur la rive gauche de la Ceira jusqu'à ce que tous les bagages fussent hors d'atteinte. Il fit sauter ensuite une partie du pont, envoya le gros de l'arrière-garde en avant, et resta avec un faible détachement sur la rive droite. Cette ferme contenance sauva l'armée.

Ici se termine la première partie de la retraite. « Malgré « toutes les précautions de Masséna, dit Londonderry (3) , « l'armée française aurait essuyé une perte totale, si les « provisions et les munitions avaient pu suivre les troupes « alliées. Le 16, Wellington était au dépourvu, et une halte « de quelques jours devint nécessaire. » Les eaux d'ailleurs avaient fortement gonflé la Ceira, qui n'était plus guéable.

Masséna, contrarié de n'avoir pu s'établir derrière le Mondégo, à Coïmbre, aurait voulu rester quelque temps derrière l'Alva, à Ponte de Murcelha ; mais la défense de cette position, susceptible d'ailleurs d'être tournée, exigeait des approvisionnements qui n'existaient plus. D'un

(1) Victoires etconquéles, t..XXI, p, 195, et Mémoires de Masséna, t. VU, p. 387. Plusieurs soldats se noyèrent : une aigle tomba au fond de la rivière et disparut.

12) Les pertes s'élevèrent à 500 hommes d'après Piapier, à 400 d'après les Victoires et conquêtes, et à 150 seulement, d'après les Mémoires de Masséna.

autre côté, le général Reynier, chargé de couvrir la gauche de Ney, s'était éloigné pour vivre plus à l'aise, et avait dispersé ses troupes dans les villages (1).

Ainsi trompé dans tous ses calculs, Masséna dut continuer sa marche sur Célerico et Guarda, qu'il atteignit le 21 .

Wellington, en attendant l'arrivée des vivres de Lisbonne, s'était concentré, le 19, sur le Serra deMoïta, où on lui remit plusieurs dépêches de son gouvernement, pleines de récriminations sur les dépenses que nécessitait son système de guerre. Ces missives étaient écrites avec tant d'amertume, qu'elles semblaient annoncer le rappel prochain de l'armée.

Pendant les loisirs que procura aux alliés le séjour de Masséna à Santarem , des généraux distingués , entre autres Fane et Crawfurd , s'étaient rendus sous divers prétextes en Angleterre, où ils avaient fait une opposition très-vive aux partisans de lord Wellington, et conjuré le ministère (pressé d'ailleurs par un parti nombreux dans la Chambre des Communes) de terminer une guerre ruineuse, dont le succès n'était rien moins que certain. Lord Wellington et son frère, le marquis Wellesley, avaient combattu ces officiers par d'adroites insinuations dans les journaux torys; néanmoins le premier s'attendait tellement à être rappelé, si les Français demeuraient encore quelque temps en Portugal , qu'en quittant ses lignes pour suivre l'ennemi dans sa retraite, il avait ordonné l'embarquement des bagages, et que, le 30 mars, il avait renouvelé cet ordre à l'amiral Berkeley, dans une lettre datée de Célerico (2).

(1) L'auteur des Victoires et conquêtes, Adèle à son système de critique exagérée, prétend que "Wellington aurait pu profiter de l'éloignement du corps de Reynier pour couper à l'armée française ses communications avec ce corps et sa retraite sur Célerico. 11 faut avoir une bien faible opinion du mérite des généraux français pour supposer qu'ils eussent laissé faire ce mouvement. Au reste, l'écrivain cité oublie que le 17, l'armée alliée n'avait plus de vivres, et que le seul but de sa démonstration était d'éloigner l'ennemi, dont la présence aurait gêné la marche des convois de Lisbonne.

(2) Mémoires de Masséna, t. VII, p. 399.

Ces circonstances que Masséna ne pouvait ignorer entièrement, expliquent le chagrin qu'il éprouva de devoir renoncer à la ligne du Mondégo et le désir qu'il témoigna de rester coûte que coûte en Portugal.

Jusqu'à Guarda, la retraite de l'armée française fut marquée par une suite d'incendies et de dévastations que ne justifiaient point les nécessités de* la guerre. Torre-Novas, Thomar et Pernès furent saccagées ; Leyria et le couvent d'Alcobaca (le Westminster du Portugal) devinrent la proie des flammes, et dans le district de Coïmbre, plus de 5,000 personnes furent mises à mort par une soldatesque effrénée. « Cette re- « traite, dit Wellington, se distingua par une barbarie qu'on a « rarement égalée, jamais surpassée. » L'esprit de vengeance pouvait seul inspirer de pareils actes de cruauté et de vandalisme.

Le général anglais avait prévu que telle serait la conséquence de l'invasion française, quand, en réponse aux proclamations où Masséna déclarait ne vouloir s'en prendre qu'aux Anglais , il engageait la nation portugaise à se défier de ce langage, et à ne chercher son salut que dans une défense énergique.

Cependant, pour être juste, nous devons dire que le prince d'Essling s'éleva plusieurs fois avec énergie contre les procédés barbares des soldats et des officiers sous ses ordres. A Leyria, entre autres, il enjoignit aux généraux de traduire les pillards devant un tribunal militaire : « Tous les jours, dit-il, « le soldat viole et pille sans s'inquiéter de l'effet moral que « produit une semblable conduite sur l'esprit de la nation « portugaise. En approchant de Lisbonne, nous devons « redoubler de rigueur, etc.. »

Dans une circulaire datée de Santarem, il prit un ton plus sévère encore : « J'apprends, dit-il, que des soldats détachés « pour chercher des vivres se portent aux excès les plus inouïs. « Les habitants qui ont déjà fourni toutes les subsistances

« en leur pouvoir, ou que la misère empêche d'en fournir, « sont victimes de leur barbarie : vous n'apprendrez pas « sans frémir qu'ils ont pendu quelques-uns de ces malheu- « reux. L'honneur des armes de l'empereur et la générosité « du caractère français se révoltent également contre de « semblables atrocités. Si l'on ne s'empressait de les répri- « mer, nous serions bientôt au ban de toutes les nations « civilisées... »

L'incendie de Condeixa, ordonné par le duc d'Elchingen pour couvrir la retraite, motiva une nouvelle protestation du général en chef :« Cet incendie, écrivit-il au maréchal, est « encore quelque chose de fâcheux; le système que nous « paraissons adopter doit nécessairement jeter une grande « défaveur sur l'armée française (1). »

Nous aimons à citer ces faits, parce qu'ils honorent infiniment le prince d'Essling, que notre impartialité ne nous a pas permis de trouver irréprochable en toute circonstance, et qui dans cette guerre eut le malheur d'être peu favorisé par le succès. Évidemment la fortune de l'empire commençait à baisser dans la personne illustre du héros de Rivoli, de Zurich et d'Essling. Cet avertissement de la Providence ne fut malheureusement pas compris, et le désastre de Moscou prouva bientôt à Napoléon qu'il avait été injuste en attribuant aux fautes de son lieutenant un échec qui était avant tout le résultat d'une politique imprévoyante et téméraire à l'excès !

Arrivée sur sa première base, l'armée française reçut l'ordre de marcher de Guarda et Belmonte sur Coria et Alcantara, pour établir une communication de l'autre côté du Tage avec Soult, et par la vallée même du Tage avec Joseph. L'historien du Consulat et de l'Empire prétend que l'intention du maré-

(1) Sapier affirme toutefois que Lcyria et le couvent iTAleobaca furent incendias par ordre de Massena,

chai fut de recommencer immédiatement la campagne sur d'autres plans (1) :« II lui restait encore, dit M. Thiers, 40,000 hommes, sans ceux de Drouet; mais c'était trop présumer de l'armée, et surtout des chefs. Dès que les ordres furent donnés, ils soulevèrent de violentes critiques dans toute l'armée. » On avait raison, en effet, de trouver inexécutable l'idée d'envahir de nouveau le Portugal avec 40,000 hommes sans équipage de pont , et n'ayant aucun espoir d'être secourus par Soult. Le corps de Ney, cantonné à Célerico (2), dans un pays pierreux et sans ressources, fut le plus mécontent de tous. Le maréchal écrivit à Masséna, qu'il lui était impossible de nourrir ses troupes ; qu'elles ne seraient pas mieux en Estramadure ; qu'il fallait absolument regagner la Coa ; qu'une nouvelle campagne sur le Tage n'aboutirait à rien, et que dans tous les cas la marche de flanc projetée par le général en chef était « une chose inconcevable, propre à entraîner la ruine entière des affaires en Espagne (3). » Ney réclama la production des ordres de l'empereur, déclarant en outre que sans cette garantie il se verrait forcé de désobéir (4). Une vive discussion s'engagea entre les deux maréchaux, à la suite de laquelle Ney fut remplacé dans son commandement par le général Loison. Cette mutation regrettable influa sur les opérations jusqu'alors si brillantes de l'arrière-garde, et

(1) Déjà, avant de quitter Santarem, Masséna avait entretenu l'empereur tic ce projet; et on a su depuis que le chef de l'État y avait donné son entière approbation. Mais a cette époque, Napoléon ne savait pas quelle était la véritable situation de l'armée de Portugal. — Voir les Mémoires de Masséna, t. VII, p. 401, 461 et 515.

(2) I.e corps de Reynler avait pour lieu de repos Belmonte, et celui de Junot, Guarda.

(3) Mémoires de Masséna, t. VII, p. 406.

(4) il écrivit à Masséna : « Dussé-jc être destitué ou y perdre ma tête, je ne suivrai pas le « mouvement dont votre excellence me parle sur Coria et Placencia, â moins, je le répète, « qu'il ne soit ordonné par l'empereur (lettre du 22 mars 1811).

A la suite de cette incartade, Ney se rendit â Salamanque, et de la partit pour Paris.

(Voir la lettre du 22 mars à Berlhier, où Masséna se plaint amèrement de la conduite du duc d'Elchingen, et celle du 31 mars, où il constate le relâchement général de la discipline, provoqué par la maraude.

A cette époque , la plupart des généraux de l'armée de Portugal étaient en état d'hostilité ouverte avec le commandant en chef.

rendit la tâche du général anglais beaucoup plus facile (1).

L'insubordination du duc d'Elchingen et le commencement d'exécution qu'il avait donné à son projet de retraite sur Almeida , ne permirent pas à Masséna de marcher immédiatement sur l'Elga (2). Croyant pouvoir se maintenir à Guarda à l'aide de l'armée du Sud, il ouvrit des communications avec le roi et avec Soult. Mais bientôt, recevant des renseignements précis sur l'insuffisance des ressources de l'Estramadure, voyant les approvisionnements de Ciudad et d' Almeida réduits au point que ces places n'auraient pu résister à un mois de blocus, et constatant que ses troupes étaient plus que jamais exaspérées contre l'idée d'une nouvelle campagne, il renonça à son projet qui, de fait, n'avait pas la moindre chance de succès dans ce moment.

Le prince d'Essling fut surpris d'ailleurs par l'apparition soudaine de Wellington, qui franchit la montagne de Guarda sur cinq colonnes, dans la journée du 29.

L'armée française abandonna sa position, l'une des plus fortes du pays, avec une extrême précipitation, et presque sans la défendre. Pour conserver la possibilité d'opérer sur Coria ou sur Ciudad-Rodrigo et Almeida, elle passa ensuite la Coa et alla prendre position à Sabugal. C'est là que Wellington lui livra, le 5 avril, un dernier combat, qu'il appelle, avec un peu d'exagération, l'un des plus glorieux où les troupes anglaises eussent encore été engagées (3). Les troupes de Reynier, dans tous les cas , ne se montrèrent pas inférieures à celles de l'ennemi.

Masséna ayant passé la frontière dans la journée du 5, se

tl) Ney avait conduit l'arrière-garde en personne; î.oison y mit le général Reynicr.

(2) Napikr; Thibaudeau, Mémoires de Masséna, t. VII, p. 408.

(3; Au comte de Liverpool, 9 avril 1811. Les Français, d'après Shercr, laissèrent 300 morts sur le champ de bataille ; les alliés eurent 200 tués et blessés. D'après les Mémoires de Masséna, le 2* corps ne perdit que 250 hommes, dont 47 tués ; d'après les Victoires et conquêtes, les Français perdirent 1,400 hommes, et les alliés seulement 800.

dirigea sur Ciudad-Rodrigo et traversa l'Agueda (le 9 avril), malgré sa vive répugnance à quitter le territoire portugais (1).

Ainsi , le meilleur des généraux de l'empereur , celui qu'on avait surnommé YEnfant chéri de la victoire, fut obligé de se replier avec une armée réduite de moitié (2) , ayant perdu une grande partie de son artillerie, presque tous ses bagages et toutes ses munitions (3). Et ces mêmes Anglais, que son orgueilleux maître lui avait ordonné de balayer dans la mer, le suivirent jusqu'à sa dernière étape, après avoir sauvé Coïmbre, préservé le haut Beira, et rétabli leurs communications avec le nord de la Péninsule : résultat d'autant plus honorable pour Wellington, que les Espagnols avaient accumulé faute sur faute , lâcheté sur lâcheté ! La régence avait tiré Ballesteros de l'Estramadure au moment où cette province allait être attaquée; Mendizabal s'était fait maladroitement écraser, le 19, sur la Gebora, malgré les avertissements et les conseils de Wellington ; la garnison d'Olivenza s'était rendue intempestivement, enfin le gouverneur

(1) « si je trouvais des vivres, je ne quitterais pas les frontières d'Espagne et de Portugal.» {Masséna à Bessières. Guarda, 29 mars 1811.)

Le long circuit fait par Masséna Justine entièrement l'opinion de Ney; car pour gagner Ciudad-Rodrigo, le cbcmind'Almeida était plus court et plus sûr.

(2) Masséna avait envahi le Portugal avec 59,000 hommes, et il avait été rejoint à Santarem par 9,000 vieux soldats, sous le comte d'Erlon. Quand il leva son camp de Sanlarem, il avait perdu 27,000 hommes. (Jones, t. I, p. 198) Arrivé à Guarda il n'avait plus que 34,161 fantassins et 3,400 cavaliers. {Mémoires de Masséna.) « Sa cavalerie , ditBelmas, avait seulement « 2,000 hommes enétat de combattre; l'artillerie ne pouvait montrer que 12 pièces, et l'armée « était encore plus faible par le moral que par le nombre. » Jones évalue les pertes depuis le départ de Santarem à 5,000 hommes du côté des Français, et à 650 du côté des alliés. Napier estime que l'invasion du Portugal coûta aux Français 30,000 hommes environ, dont 14,000 tombés sur le champ de bataille ou faits prisonniers. D'après un état officiel, publié par Gurwood, Wellington eut, du 16 mars au 7 avril, 20 hommes tués, 147 blessés et 5 manquants, et d'après la situation du maréchal Masséna, les pertes des Français, du 1" mars au 11 avril, s'élevèrent à 1,534 hommes et à 1,955 chevaux.

(3) Voir les lettres des 14, 16 et 21 mars adressées par Wellington à tord Liverpool.

Masséna prétend (t. VII, p. 427 de ses Mémoires) qu'il ramena l'armée sans pertes d'artillerie, de caissons et de bagages; mais ce dire n'est exact que par rapport à l'artillerie. M.Thicrs est plus près de la vérité en affirmant que le prince d'Essling rentra en Espagne" sans matériel » (T. m, p. 49H). 11 est prouvé, en effet que Ney fit détruire une grande partie des bagages à Miranda de Corvo.

de Badajoz avait eu la faiblesse de signer une capitulation honteuse au plus beau moment de la défense !

Pour porter sur cette campagne un jugement équitable, il faut tenir compte à Masséna des difficultés de toute espèce qu'il eut à surmonter, et des circonstances qui vinrent en aide au général anglais : les instructions de l'empereur furent généralement incomplètes et quelquefois inexécutables ; l'armée de Portugal, trop faible par le nombre, manqua de matériel et de vivres; les gouverneurs indépendants de la Vieille- Castille et de la Gallice (Bessières et Dorsenne), refusèrent les secours demandés, ou montrèrent une indifférence coupable (1). Le général Drouet, qui, en vertu de ses instructions particulières, prétendait n'être pas sous les ordres de Masséna, fut plutôt un embarras qu'un appui; Soult, qui aurait pu faire une puissante diversion dans l'Alentéjo , ne sut prendre aucun parti décisif; enfin, Junot, Ney, Reynier, Loison, divisés entre eux et mécontents du général en chef, donnèrent un exemple funeste, qui réagit fortement sur l'esprit et sur le caractère du soldat.

Mais quelque influence que ces faits aient exercée sur le résultat final, toujours est-il que le prince d'Essling se montra dans cette campagne inférieur à lui-même et inférieur à Wellington (2). On ne peut reprocher à celui-ci qu'un peu de lenteur et d'hésitation dans la poursuite des colonnes françaises , au commencement de la retraite ; vers la fin , il se releva par l'habileté avec laquelle il sut manier ses troupes et profiter des accidents du terrain (5). Rarement il fit preuve de plus d'activité et de résolution : ainsi dans une de ses

(1) Voir les Mémoires de Masséna, t. VII, p. 121.

(2) M. Thiers, si dur pour le maréchal Ney et pour Soult, montre une bienveillance excessive pour Masséna, en aflirmant « que la principale et presque la seule faute de ce général , dans la campagne du Portugal, fut de n'avoir pas profité de l'île de Boavista pour passer le Tage.»— T. III, p. 476.

(3) « Les alliés ne purent pas faire^plus qu'ils n'ont fait dans cette retraite. «—Général Sarrazin, p. 178.

lettres, il révèle ce fait curieux que, n'ayant pu s'opposer au départ de quelques généraux (ses pouvoirs n'allaient pas jusque-là), il éprouva de tels embarras, que plusieurs fois il remplit, le même jour, les fonctions de général de cavalerie, de général d'avant -garde et de commandant de deux ou trois colonnes d'infanterie (1).

L'auteur des Mémoires de Masséna manque donc à la vérité, qui cependant distingue généralement ses appréciations, lorsqu'il dit : « Masséna fut suivi par 100,000 alliés « environ (exagération manifeste!) qui semblaient, jusqu'au « dernier moment, lui servir d'escorte d'honneur; s'il ne « fit pas tout ce qu'il voulut, ce ne fut pas Wellington « du moins qui dérangea ses combinaisons. » Si le prince d'Essling avait eu réellement affaire à un ennemi si peu décidé, il n'aurait pas manqué de mettre à profit une des occasions que lui offrit la retraite pour écraser cette prétendue escorte d'honneur. Or il ne le fit pas, au risque même d'encourir les reproches de Napoléon (2) , preuve qu'il avait une meilleure opinion que le général Koch de l'armée anglaise et du chef qui la commandait.

La campagne de Torrès-Vedras, si glorieuse pour Wellington, offre un exemple mémorable de ce que peut une nation qui ne recule devant aucun sacrifice pour maintenir son indépendance.

Le commandant en chef de l'armée anglaise avait compris que pour sauver le Portugal , il fallait commencer par le ruiner, et cette conviction, il eut le talent de la faire partager aux malheureux habitants, qui se résignèrent non-seulement à détruire ce qui faisait leur unique fortune, mais encore à fuir leurs pénates, auxquels ils étaient si attachés, et à vivre comme des bêtes fauves dans les antres et les bois des pro-

(1) 23 mars 1 Si 1, au comte de Liverpool.

(2) Mémoires de MassCna, t. VII, p. 490.

vinces méridionales. Un témoin oculaire, le colonel Jones, qui prit une large part à la construction des lignes de Torrès-Vedras, nous a laissé un tableau poignant de la misère de la population et de l'état du pays, au départ de l'armée française :

« Masséna, dit-il, au moment de quitter Santarem , avait perdu 27,000 hommes (depuis le commencement de la campagne). Des amas dégoûtants de boue et d'ordures , des restes d'aliments de l'espèce la plus malsaine, trouvés çà et là sur la route, l'apparence misérable et malpropre de la plupart des prisonniers français, l'état de dénûment et de négligence des hôpitaux et une mortalité supérieure à celle du champ de bataille, attestaient la déplorable condition à laquelle étaient réduits les envahisseurs. Les souffrances et les pertes des Français étaient peu de chose cependant en comparaison de celles que leur invasion avait fait éprouver aux Portugais. Environ deux cent trente lieues carrées se trouvaient depuis cinq mois sans habitant : tout ce que contenait ce grand espace avait été dévoré par l'ennemi ou détruit par la rigueur de la saison. La moisson se décomposait sur

la terre et le fruit tombait pourri des arbres Des troupes

innombrables de petits oiseaux se nourrissaient, sans être inquiétés, des raisins laissés sur les vignes; et les loups, délivrés de toute crainte par l'éloignement des habitants, ou rendus plus audacieux par la famine, hurlaient sur le passage des détachements envoyés en patrouille

« C'était un spectacle sublime, quoique triste, de voir, à l'approche des Français, la population entière quittant ses foyers, et sacrifiant ses propriétés au bien général, suivre d'étape en étape les colonnes de l'armée en retraite. Hommes, femmes, enfants, également effrayés, fuyaient, ne sachant ni quand, ni où ils devaient s'arrêter : 50,000 de ces fugitifs trouvèrent des secours et des consolations dans l'hospitalité et dans la bienfaisance des citoyens de Lisbonne. Les

autres allèrent s'établir sur la rive gauche du Tage , où ils restèrent longtemps exposés aux intempéries de l'air, et où une grande partie périrent misérablement de faim et de maladie, avant qu'on pût leur donner aucun secours. Quelque rigoureux que fût le sort de ces derniers, ils eurent moins à souffrir cependant que les villageois répandus sur les derrières de l'ennemi ou sur les confins de ses cantonnements. Plusieurs de ces malheureux passèrent toute la saison rigoureuse dans les bois ou dans les montagnes, ne subsistant que de racines et d'herbes; et, au retour des alliés, ils rentrèrent dans leurs habitations, le corps épuisé par la faim, l'esprit affaibli par une longue et continuelle appréhension : parmi ces infortunés, on remarquait des jeunes filles de seize ans qui, devenues imbéciles, ressemblaient, au physique, à des femmes de cinquante ans. Nombre d'enfants des deux sexes, ayant survécu à cette cruelle épreuve, s'assemblaient en troupes le long de la route, à mesure que l'armée anglaise approchait, et imploraient des secours d'une voix lamentable. Ils étaientsi maigres, si pâles, avaient les yeux si hagards, que plusieurs fois on vit les soldats les plus endurcis détourner la vue avec dégoût, tandis que pleins de compassion ils donnaient à ces victimes de la guerre , une portion de biscuit pour les soutenir jusqu'au lendemain !

« On peut se faire une idée de la perte qu'éprouva le Portugal dans cette invasion, quand on pense qu'au départ des Français , il y avait des districts étendus , sans une tête de bétail et sans un objet de subsistance. « Les villes et les vilce lages abandonnés ; les moulins détruits ; le vin coulant « dans les gouttières; des monceaux de blés brûlés; les meu- « blés brisés; pas un cheval, pas une mule, pas un âne, pas « une vache, pas même une chèvre! » Telle est la description que les Français eux-mêmes ont faite du pays à l'époque de la retraite, et, à l'exception du vin coulant dans les gouttières, cette description est d'une rigoureuse exactitude.

Pour ménager l'approvisionnement de Ciudad -Rodrigo, le prince d'Essling alla réorganiser ses troupes à Salamanque.

La place d'Almeida se trouvant abandonnée par ce mouvement, Wellington la fit investir pendant que lui-même, avec une armée d'observation, s'établit en avant de la Coa (i). Toutefois, il ne resta pas longtemps à la tête de cette armée , jugeant nécessaire de se rendre à Badajoz, où le maréchal Beresford se trouvait en présence de difficultés sérieuses.

Peu de temps après, Masséna, qui avait recueilli dans l'Estramadure quelques détachements , entre autres , une excellente division de cavalerie, reçut l'ordre de faire une tentative pour délivrer Almeida (2). Sachant Wellington en ce moment sous Badajoz, il crut pouvoir mener cette entreprise à bonne fin, avant le retour du général. Mais il fut trompé dans ses calculs par les obstacles inattendus que lui créa le duc d'Istrie. Ce maréchal, qui, d'après les ordres de l'empereur, devait coopérer à l'expédition avec une partie de l'armée du Nord, montra si peu de bonne volonté, que le prince d'Essling, malgré de nombreuses et pressantes sollicitations, n'en put obtenir que la brigade de cavalerie légère de Watier, forte de 800 hommes, un détachement de cavalerie de la garde, fort de 700 hommes, une batterie de 6 pièces et 50 attelages (3). Ce secours, amené par le maré-

(1) S'il avait eu plus de troupes disponibles, il aurait également assiégé Giudad-Rodrigo; force lui fut de remettre cette opération à un autre temps.

(2) Wellington apprit l'existencede cet ordre àElvas parune lettre de Spencer, datée du25. Il se mit aussitôt en marche et arriva le 28 au quartier général de Villa-Hermosa. Si donc Masséna avait commencé son mouvement le 26, il aurait pu ravitailler Almeida sans difficulté.

Ou doit admirer les soinsque Wellington avait apportés dans l'organisation du service delà correspondance etde l'espionnage, car il fut, en général, promptement et très-bien informé de ce qui se faisait à Paris ou en Espagne.

(3) Dans une lettre écrite de Rambouillet le 19 mai 18U, Berthier adressa, au nom de l'empereur, un blâme sévère au duc d'Istrie « pour la faute énorme qu'il commit en n'envoyant « pas à Masséna une dizaine de mille hommes. Sa Majesté, dit-il, aurait vu dans cette dispo-

chai lui-même, plusieurs jours après l'époque fixée (1), ne se trouva à Ciudad-Rodrigo que le 50 avril, et ne rejoignit le gros de l'armée que dans la journée du 2 (2).

Bien que Wellington eût pris la ferme résolution de ne pas s'exposer à de grands risques pour maintenir le blocus, et que, sous le rapport du nombre, la cavalerie française eût une incontestable supériorité surcelle des alliés, il accepta la bataille qui lui était offerte, ayant pleine confiance dans la valeur de ses troupes, et voulant à tout prix maintenir l'ascendant moral qu'il leur avait assuré (3).

L'armée française traversa l'Agueda le 2 mai, au pont de Ciudad-Rodrigo (i). Wellington l'attendait de pied ferme.

« sition une nouvelle preuve de votre attachement à sa personne et de la haine que vous < portez aux Anglais. »

Le blâme était juste, mais, comme le dit fort bien Thibaudeau :« chacun pour soi, telle était la devise des lieutenants impériaux »(t. VIII, p. 480).

Les Mémoires de Masséna fournissent des preuves multiples de la mauvaise foi de Bessières. —Voir t. VII, p. 486 et suivantes, et surtout la lettre que le prince d'EssIing écrivit au duc d'Istrie le 28. (Mémoires de Masséna, t. Vil, p. 543.)

(1) Le mouvement de Masséna avait été fixé pour le 22, puis pour le 26.

(2) Mémoires Je Masséna, t. VII, p. 519.

(3) Son armée comptait en ce moment 32,000 hommes d'infanterie, dont 11,000 Portugais et parlidas, 1,200 de cavalerie mal montée et 42 pièces de canon.» L'infériorité de ma cavalerie, dit-il, provient surtout du piteux état de nos chevaux, causé par les dernières fatigues et par la pénurie de fourrages » (8 mai, an comte de Liverpool). Masséna avait 44,000 hommes, dont 7,000 de cavalerie. Ces chiffres sont de Napier. Sherer évalue les forces de Wellington a 32,000 hommes d'infanterie et 1,500 de cavalerie, et celles de Masséna à 44,000 hommes, dont 4,000 de cavalerie. D'après le comte Toréno, Wellington avait 32 à 34,000 hommesd'infanterie, 1,500 de cavalerie et 43 canons, et d'après Masséna, 40,000 d'infanterie et plus de 5,000 de cavalerie.

Londonderry évalue les forces de Wellington à 29,000 Anglo-Portugais, dont 15 à 1,600 de cavalerie, et celles de Masséna à 45,000, dont 4,000 de cavalerie. M. Thieis porte l'effectif de Masséna à 32,000 hommes d'infanterie, 3,500 de cavalerie « incomparable » et 46 canons; et l'effectif de Wellington, à 27 ou 28,000 Anglais, 12,000 Portugais et 2 a 3,000 Espagnols. Belmas prétend que Wellington avait 45,000 hommes, non compris les milices et les bandes espagnoles. Le général Pelet et les Victoires et conquêtes tombent dans une exagération plus grande encore, en disant que l'armée de Wellington était plus forte des deux cinquièmes! Enfin Bessières, dans un rapport du 12 mai 1811 à Berlhier, ne craint pas d'affirmer qu'il y avait à Fuentes d'Onoro 50,000 Anglais et 25 a 28,000 Français ! La vérité est que, d'après les situations officielles, Masséna avait, le 1er niai 1811, 42,123 hommes présents A l'effectif, dont 4,5I8de cavalerie, et que le lendemain Bessières lui amena encore 1,500 cavaliers et 6 pièces attelées, ce qui porta son effectif à44,000 hommes environ.

L'armée de Wellington, à la même époque; ne s'élevait qu'à 35,000 hommes. (Voir les situations dans Napier, t. VI, p. 328 et dans les Mémoires de Masséna , t. VII , p. 596.)

(4) Et non le 3, comme le dit par erreur Bessières dans son rapport du 12 mai 1811

« Nos insuccès, dit M. Thiers, commençaient à le rendre plus hardi. Il n'en était déjà plus au temps où il ne voulait livrer que des batailles inévitables. » Son armée occupait en force Fuentès d'Onoro, position importante qui couvrait la principale communication des Anglais avec le Portugal, par le pont de Castelbom , sur la Coa. Privé de ce pont , il ne lui restait qu'un passage (au-dessous d'Almeida) fort insuffisant pour une armée en retraite, surtout pour une armée vivement poursuivie.

La gauche de Wellington s'appuyait à l'ancien fort de la Conception, sur la route d'Almeida, et servait ainsi à compléter le blocus de cette ville, confié à la brigade Pack et à un régiment anglais, sous la haute direction de Spencer. Le centre occupait le sommet des collines qui bordent le Rio Dos Casas, à gauche de Fuentès, et la droite touchait au bois marécageux de Pozo-Belho. Au delà de ce bois, les troupes espagnoles de Julian Sanchez, soutenues par la division Houston, gardaient la montagne de Nave de Avel, séparée de la Coa par un terrain coupé , que le général en chef jugea impraticable (»). Le front de cette position, de plus de deux lieues de développement (2), était protégé par la gorge profonde de Dos Casas. Un autre ruisseau tout aussi encaissé, le Turones , coulait parallèlement derrière la ligne de bataille. A droite et au centre, l'armée n'avait pour effectuer sa retraite qu'un seul chemin carrossable, celui de Castelbom; enfin sur ses derrières se trouvait la Coa , dont les bords escarpés n'offraient partout que des précipices.

La première idée de Masséna fut de s'emparer de cette communication et de culbuter l'ennemi sur la basse Coa. Dans ce but, il fit attaquer le village de Fuentès d'Onoro, le 3 mai, à

(1) Ce fut seulement le 4, sur les instances du général Spencer, que Wellington étendit son aile droite jusqu'à Nave de Avel, et que dans la nuit du 4 au 5, il dirigea Houston sur Pozo-Belho.

(2) M. Thiers se trompe en évaluant cette longueur à trois lieues et demie.

une heure de relevée, par 5,000 hommes, sous les ordres du général Ferrey (1) ; mais, comme on devait s'y attendre, ce faible détachement fut repoussé. A 5 heures, le maréchal ordonna une seconde attaque, plus sérieuse, mais non assez puissante encore, avec toute la division Ferrey et une brigade de Marchand. Wellington, prévenu par la première attaque, se trouvait en force au point menacé; toutefois, après une lutte opiniâtre, qui se prolongea bien avant dans la soirée, les Français parvinrent à s'établir dans la partie basse du village. Le lendemain de bonne heure, Wellington essaya de les déloger; mais, n'ayant pas pu y parvenir, il occupa si fortement le haut du village, que Masséna dut renoncer à l'idée de forcer la position par une attaque de front. Après une reconnaissance minutieuse, le maréchal se décida à porter, dans la nuit du 4-, le gros de ses forces vers la droite de l'ennemi, avec l'intention de gagner la tête du ravin de Dos Casas, au delà du bois de Pozo-Belho, et de tourner la position par la plaine qui s'étend entre ce bois et la montagne de Nave de Avel. Ce plan, qu'il aurait pu et dû exécuter le 3, réalisait sa pensée première de jeter Wellington sur la basse Coa, en lui coupant la route de Castelbom (2).

Montbrun occupait l'extrême gauche; à côté de lui, et en face de Pozo-Belho, se trouvaient^ divisions du 6e corps ayant unedivisiondu8een réserve. Ces troupes, destinées à l'attaque enveloppante, comptaient environ 17,000 hommes. Dans la partie basse de Fuentès d'Onoro se tenait la division Ferrey, du 6e corps, laquelle formait avec le 9e corps, placé en

(1) D'après Thibaudeau, Pelet et Napier, ce fut le général Loison qui fit cette attaque, et sans y être autorisé ; la correspondance de Masséna prouve le contraire ; cependant, le général Pelet, alors premier aide de camp de Masséna, affirme que Loison attaqua malgré ses représentations le 3, vers le so\r. [Victoires et conquêtes, t. XXI, p. 338.)

(2) D'après le général Kocb, le prince d'Essling ne poussait pas ses prétentions jusque-là : il voulait seulement couper Wellington des chemins qui mènent au pont de Secerias et de Sabugal, en lui laissant Castelbom pour unique ligne de retraite. Resserrés ainsi entre le Dos Casas, le Turones, la Coa et Almeida, les alliés, avec un seul pont pour issue, auraient pu être culbutés dans le raviu de la Coa et perdre toute leur artillerie.

réserve derrière elle, le centre de la position. À droite était le 2* corps, dont la première division s'appuyait à Alameda, et dont la seconde occupait la place restée libre entre ce village et Fuentès d'Onoro.

Pendant que la droite converserait, on devait attaquer Alameda et Fuentès pour faire diversion. Ce plan était bien conçu, mais il fut mal exécuté.

Le 5 au matin, la cavalerie du général Fournier commença la bataille, en forçant Julian Sanchez à quitter Nave de Avel et à se retirer derrière le Turones. Dans le même moment, Montbrun déboucha sur les hauteurs de Pozo-Belho, où il trouva la première ligne du général Houston , couverte par 2 escadrons de hussards hanovriens et 6 escadrons de chasseurs portugais. Il chargea cette cavalerie et la dispersa; mais le feu de l'infanterie anglaise et les flots de mitraille vomis parles pièces qui la soutenaient, l'obligèrent bientôt à s'arrêter. Il fit demander en toute hâte des canons à l'artillerie de la garde; celle-ci, se fondant sur une règle dont on avait déjà senti les inconvénients à Wagram, répondit qu'elle n'avait d'ordres à recevoir que du maréchal Bessières. Il fallut alors s'adresser à Masséna, qui envoya 4 pièces, mais seulement au bout de trois quarts d'heure. Ce retard eut des conséquences funestes : il arrêta le mouvement offensif que la division Marchand , du corps de Loison , avait commencé à Pozo- Belho, sur la gauche de Houston (î) , et permit à Wellington de faire arriver la cavalerie de Cotton au secours de sa droite.

Cependant Montbrun ayant reçu quelques pièces, attaqua résolument la division anglaise, qui se replia avec des pertes sensibles, mais sans être entamée, derrière le Turones, grâce à l'appui qu'elle reçut de la division légère Crawfurd , dont les feux bien dirigés arrêtèrent de nouveau les efforts du gé-

(1) L'attaque de marchand sépara l'artillerie de Houston de la division qu'elle appuyait. Cette artillerie cependant parvint à se dégager.

néral français. Crawfurd, forma sa division en trois carrés, appuyés par une forte masse de cavalerie et par 15 pièces de canon. Les escadrons français attaquèrent résolument cette ligne, et déjà deux carrés étaient enfoncés (1), quand Montbrun, accablé par la mitraille, et voyant arriver à lui toute la cavalerie anglaise , fut obligé de se retirer, demandant avec instance la cavalerie de la garde et l'appui de l'infanterie.

Il y eut un moment où Montbrun aurait pu gagner la route de Castelbom, si le corps de Loison s'était jeté à propos dans le défilé formé par les ravins du Dos Casas et du ïurones (2). Peut-être même, sans cet appui , l'attaque de la droite eût atteint son but, si la cavalerie de la garde eût donné. Masséna l'avait fait demander à temps, mais le général Lepic déclara qu'il ne reconnaissait pour chef que le duc d'Istrie, et ne tirerait le sabre que sur son ordre (3).

Grâce à toutes ces circonstances, Wellington eut le temps de replier son aile droite dans le défilé et d'y faire venir sa réserve. Dès lors Montbrun se trouva dans l'impossibilité de renouveler son attaque.

Le prince d'Essling, cependant, prit des mesures pour frapper un coup décisif. Voyant que Loison, trop fidèle aux instructions de la veille, avait laissé Montbrun sans soutien, il lui donna l'ordre d'obliquer à gauche : un courrier fut envoyé à la recherche de Bessières pour obtenir le concours de la garde; Reynier et Ferrey qui, jusque-là, avaient attaqué mollement Alameda et Fuentès d'Onoro, reçurent l'ordre de faire une diversion puissante contre ces deux villages ; enfin lui-même, quittant Fuentès, où il s'était tenu jusque-là inu-

(1) Napier affirme que ces carrés demeurèrent intacts au milieu de la multitude en désordre, mais c'est une erreur.

(2) Les Victoires et conquêtes pensent que cette faute n'eût pas été commise si le prince d'Essling se fût tenu à la gauche, au lieu de rester inutilement près de Fuentès d'Onoro.

(3) Mémoires de Masséna, t. vil, p. 538.

tilement, se disposa à conduire l'attaque de la droite en personne. Il était alors cinq heures. On allait prendre l'offensive sur toute la ligne, quand le prince fut averti par le général Eblé qu'il restait fort peu de cartouches aux soldats, le maréchal Bessières n'en ayant point apporté (1). Cette circonstance engagea Masséna à suspendre l'attaque et à faire partir immédiatement ses attelages pour chercher des munitions à Ciudad-Rodrigo (2). En attendant, les troupes bivaquèrent sur le champ de bataille , mangeant les vivres destinés à Almeida.

Wellington, malgré la fatigue de son armée, employa toute la nuit à élever des retranchements à Fuentès, et entre ce village et Villa -Formosa. Cette circonstance et le mauvais esprit des généraux, engagèrent plusieurs officiers à dissuader Masséna de livrer une nouvelle bataille. Le prince se rendit à ces sollicitations, et prit aussitôt des mesures pour battre en retraite, immédiatement après l'exécution de ses ordres pour la démolition d' Almeida.

La bataille de Fuentès d'Onoro, en comptant les pertes du 3 et du 5, coûta aux alliés 235 hommes tués, 1,234 blessés et 317 prisonniers ; et aux Français, 308 tués, 2,147 blessés et 210 prisonniers (3).

Quoique cette bataille fut indécise, en ce sens que les deux armées conservèrent leurs positions, et que la partie basse du village de Fuentès ne resta ni à l'une ni à l'autre, cependant le résultat fut, somme toute, favorable à Wellington, qui avait

(1) Chaque soldat, d'après les Mémoires de Masséna et d'après le général Pelet, n'avait plus que trente cartouches.

Les Victoires et conquêtes omettent cette circonstance, et prétendent que Masséna cessa la bataille parce qu'à la suite du changement de front opéré par Wellington sur son centre,l'aile droite en arrière, c'eût été une faute que d'attaquer les alliés dans une position où ils devaient vaincre ou mourir. (T. XX, p. 210.)

(2) Bessières ne voulut pas les faire partir le soir même, parce que les chevaux étaient trop fatigués; ils ne les mit en route que le lendemain matin à six heures.

(3) D'après les situations officielles des deux armées.

BATMLLE DE FUENTES D'ONORO.

5 Mai |»l|

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