‹ Histoire du duc de WellingtonChapitre 22 sur 86 · IX · texte numérisé non relu

IX

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repoussé l'ennemi et empêché le ravitaillement d'Almeida (1) .

Le 6 au soir, avant de commencer son mouvement rétrograde, le prince d'Essling avait envoyé à la garnison d'Almeida l'ordre de se frayer un passage les armes à la main , après avoir fait sauter les remparts (2).

Il n'y avait pas de honte à prendre cette résolution, puisque la place était sans vivres et ne pouvait plus tenir.

Dans la nuit du 10 au il , le général Brenier mit le feu aux mines et immédiatement après sortit à la tête de 1 ,400 hommes. Le général Campbell, chargé du blocus, avait mal pris ses mesures (3) ; la gauche de sa ligne et les rives de l'Agueda étaient faiblement gardées. Cette circonstance permit à la colonne Brenier de s'ouvrir un chemin à travers les piquets ennemis et d'arriver au pont de Barca de Puerco, où le 2* corps se trouvait en bataille pour le recevoir. La jonction toutefois ne se fit pas sans coup férir : au moment d'atteindre le pont , la queue de la colonne fut attaquée par six bataillons anglais, qui lui firent éprouver des pertes sensibles. Brenier, dans son rapport au duc de Raguse (4), évalue ces pertes à 560 hommes, dont 150 tués. Les troupes de Campbell n'eurent que ht morts, 16 blessés et autant de manquants.

« Masséna, dit un auteur anglais (5), se réjouit du bon trait « de Brenier, et Wellington en fut très-mortifié. » Le mé-

(1) Nous avons fait la relation de la bataille de Fuentes d'Onoro d'après les rapports de Wellington et de Masséna, complétés par les récits contradictoires de Pfapier, Pelet, Jomini, Belmas, Londonderry, Koch et les auteurs des Victoires et conquêtes.

(2) « L'empereur avait permis le démantèlement de cette place ou de Ciudad-Rodrigo, comme trop rapprochées et inutiles l'une à l'autre. » Général Pelet, Victoires et conquêtes, t. XXI, p. 342.

(3) « Lord Wellington, dit M. Thlers, avec une injustice peu digne de lui, s'en prit au général Campbell, qui n'avait pas été plus coupable que le reste de l'armée, pas plusque le général en chef lui-même, car personne dans le camp britannique n'avait prévu que telle serait l'issue de celte courte campagne- » (T. 111, p. 511.)

Il y a une double erreur dans cette phrase, puisque le général Campbell fut réellement coupable d'avoir mal surveillé les abords de la place, et que Wellington, malgré cette faute, ne l'accusa point.— Voir aussi Sherer et Vtctories ofthe british armies.

(4) Rapport du 17 mai. (Voir Belmas, t. I.)

(5) londonderry, t. n, p. 232.

contentement de ce dernier se fit jour dans deux lettres qu'il adressa, sous la date du 15 mai, à lord Liverpool. On remarque que toutes les opérations auxquelles il ne présidait pas en personne étaient conduites avec négligence et tournaient à mal.

Napier prétend que la bataille de Fuentès d'Onoro « révèle plus de fautes que de talents des deux côtés. » Le lieutenantgénéral Pelet, dans une note insérée dans le t. XXI des Victoires et conquêtes, est arrivé à la même conclusion; seulement, il a formulé ses critiques en termes injustes pour le chef de l'armée anglaise: « Lord Wellington, dit-il, aurait dû appuyer contre le défilé la droite de son armée, et faire des dispositions le long des ravins, d'autant mieux qu'il était averti par l'attaque du 5 et les mouvements de toute la matinée du 5. Si ensuite Wellington avait conmi l'art des batailles, il aurait rétabli parfaitement celle-ci en débouchant sur notre centre, ou, encore mieux, en envoyant sa cavalerie battue prendre une revanche contre le général Reynier, qui n'avait pas quitté Alameda. A la première nouvelle d'une attaque contre celui-ci, il fallait songer sérieusement à notre ligne de retraite sur Ciudad- Rodrigo. L'excessive supériorité numérique du général anglais lui donnait le moyen de tout entreprendre. Il s'est montré dans cette campagne, et même ailleurs, fort étranger à la stratégie comme à la tactique! »

Nous pourrions opposer à ce témoignage passionné celui du généralJomini et celui d'autres écrivains distingués, mais les faits exposés plus haut suffisent pour établir que Wellington mania ses troupes avec plus d'habileté que ne le fit le prince d'Essling, et qu'il montra surtout plus de sang-froid au moment décisif de la bataille, alors que toutes les chances étaient contre lui. Le seul reproche qu'on soit en droit de lui adresser est d'avoir accepté la lutte avec une armée trop faible, et dans une position trop étendue, ayant sur ses der-

rières la place d'Almeida, encore au pouvoir de l'ennemi, et la Coa, dont les rives escarpées eussent été fort dangereuses en cas de retraite précipitée (1).

Ainsi le général dont on a fait en France un modèle de timidité et de circonspection , s'est exposé plusieurs fois à être justement blâmé pour sa témérité (2)...

Le marquis de Londonderry accuse Masséna d'avoir perdu à Fuentès d'Onoro une belle occasion de battre l'armée alliée. « Il aurait dû, s'écrie-t-il, jeter sa cavalerie sur le flanc droit de l'ennemi, traverser la Coa, s'avancer sur les lignes de communication de l'armée anglaise, arrêter ses convois, et, tandis que son infanterie aurait menacé de la tourner, pousser sur Sabugal et sur les villages voisins, afin de forcer Wellington à passer la Coa avec son artillerie dans les endroits les plus mauvais, et lui couper sa retraite la plus sûre... On craignait sérieusement que le prince d'Essling ne prît ce parti, et c'est ce qui fit hésiter le duc entre l'abandon de Sabugal et la levée du blocus d'Almeida. Sa présence d'esprit toutefois ne fut pas en défaut un seul instant. Ayant confiance en ses soldats, il aima mieux renoncer à une ligne de retraite avantageuse , que d'abandonner une opération dont le succès n'était ni douteux ni éloigné ; c'est ainsi qu'il se décida à livrer Sabugal plutôt que d'ouvrir à l'ennemi une communication avec Almeida : résolution hardie , mais

(1) Le général Pelet, toujours trop sévère pour Wellington, s'exprime dans les termes suivants :

« Je doute qu'il soit possible de justifier jamais une telle disposition du général ennemi, « quoique l'aveugle fortune se soit empressée de le sauver de là, comme de tant d'autres « occasions. Son front était fort, mais sa droite entièrement en l'air ; derrière lui, les préci- « pices de la Coa, vallée infranchissable, s'étendaient bien au delà de sa gauche, où se trou- « vait une place qui nous appartenait. — Refoulée par sa droite dans le cul-de-sac de la Coa m et du Douro, également infranchissables, cette armée n'avait pas de retraite et était fort « compromise. »

(2) La témérité de Wellington dut être bien grande pour qu'elle ait surpris SI. Saint- Nexant de Gagemon, qui a écrit un ouvrage dans lequel il cherche à prouver que le vainqueur de Salamanque est un général timide et sans talent, qui doit au hasard la plupart de ses succès.

prise après mûre réflexion, et justifiée du reste par le succès le plus complet (1). »

En historien impartial , nous devons dire cependant que Masséna fut mal secondé le jour de la bataille. La garde impériale refusa d'obéir à ses ordres. Loison, sachant qu'il était remplacé par le duc de Raguse, montra peu de zèle, et ses troupes, qui regrettaient leur ancien chef, étaient en outre mal disposées pour lui. Le comte d'Erlon, sur le point de rejoindre Soult, ménagea trop le 9e corps, et Reynier, qui espérait et demandait un corps séparé, ne fit pas tout ce qu'il aurait pu faire. Le renvoi de Ney avait d'ailleurs dépopularisé le prince d'Essling dans l'esprit du soldat.

Toutes ces circonstances expliquent le décousu et le peu de vigueur des attaques françaises. Elles auraient servi d'excuse au prince d'Essling, si l'empereur avait eu moins de dépit et de passion. Mais, aveuglé par les faciles et rapides succès de la campagne de Somo-Sierra, il s'était imaginé qu'avec un peu de talent et d'énergie , on devait soumettre l'Espagne et balayer les Anglais dans la mer. De là sa colère contre Soult et ses ressentiments injustes contre Masséna. Cet illustre guerrier, qui lui avait rendu tant de services, et qui, au début de l'expédition, avait été l'objet de tant de caresses et de prévenances , fut désormais critiqué avec amertume et remplacé dans son commandement par le duc de Raguse (2).

Ici finit la carrière du prince d'Essling et la belle époque de l'empire. On devait encore tirer l'épée , mais non plus

(1) LONDONDERRY, t. II, p. 225.

M. Ttiiers reproche au maréchal Masséna d'avoir vu trop tard le côté faible de la position de l'ennemi, d'avoir perdu la journée du 3 en attaques inutiles sur Fuentes d'Onoro, et celle du 4 en reconnaissances tardives.

Le 5, Reynier aurait dû être plus entreprenant devant Almeida, Drouet emporter Fuentes avec tout son corps d'armée, et Loison marcher plus vite et plus directement au véritable but de ses mouvements.

(2) « La nouvelle de cette disgrâce parvint à Masséna le 10, au soir (cinq jours après la bataille de Fuentes d'Onoro), tandis qu'il était à Ciudad-Rodrigo. » (Général Pelet.)

par nécessité, non plus avec le sentiment d'un devoir national , mais avec l'entraînement d'une passion aveugle , irréfléchie, criminelle! Du fond de la retraite où l'ingratitude l'avait relégué , le vainqueur de Zurich put voir bientôt ces belles armées françaises, qu'il avait tant de fois conduites à la victoire, battues et ramenées par des hordes barbares jusqu'au sein même de la patrie. S'il eût été mauvais citoyen, ce jour-là eût vengé son amour-propre blessé par d'injustes reproches et par une disgrâce imméritée...

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