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SIEGE DE CITJDAD R.ODRIGO,
En Janvier L812.
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tactes (i). Surexcités par le combat, le vin et la débauche, ils tirèrent les uns sur les autres , et menacèrent jusqu'aux officiers qui voulaient mettre un terme à cette furie : tant il est vrai que le carnage et l'ivresse rendent le soldat insensible à la voix de l'honneur et de la discipline (2)...
Le devoir de l'historien est de flétrir les abus de la force et les sauvages représailles des conquérants; nous ne faillirons point à ce devoir; mais, tout en le remplissant , nous devons protester contre la malveillance des écrivains qui font remonter au duc de Wellington la responsabilité des excès commis à Ciudad-Rodrigo.
« La ville, dit M. Thiers, quoique alliée, fut pillée, le duc « étant obligé de concéder cet acte de barbarie à l'esprit de « ses soldats. "Nous respectons profondément la nation ance glaise et sa vaillante armée, mais il nous sera permis de « faire remarquer que l'on n'a pas besoin d'un tel stimulant « auprès des soldats français. »
A notre tour, qu'il nous soit permis de faire observer que rien, absolument rien ne justifie ce reproche adressé au général anglais ; quant au certificat de bonne conduite donné aux soldats français, nous nous contenterons de rappeler le sac d'Évora,ceuxd'Oporto,deLeyria,deCordoue, de Médina, l'incendie de Manrésa, les massacres d'Uclès et les terribles exécutions de Tarragone, à propos desquelles M. Thiers se borne à faire cette froide réflexion : « Nos soldats, cédant à un sentiment « commun à toutes les troupes qui ont pris une ville d'assaut, « considéraient Tarragone comme leur propriété et s'étaient « répandus dans les maisons, où ils commettaient plus de « dégâts que de pillage. » Il y a loin de ce timide aveu à la rude franchise du maréchal Suchet, qui dit, en pro-
(1) L'incendie dura six jours et menaça de consumer toute la ville. — Belmas, t. IV, p. 279.
(2) Napier, Maxwell, Victoria ofthe british armies, et Shf.rer.
près termes : « L'assaut a été suivi d'un massacre effroya- « ble... 4,000 hommes ont été tués dans les rues : parmi « 10 ou 12,000 qui essayaient de se sauver en passant par- « dessus les murailles, 1 ,000 ont été sabrés ou noyés. »
L'historien du Consulat et de l'Empire, si sévère pour les Anglais, aurait dû, au risque de déplaire à ses compatriotes, signaler ces horreurs, que l'histoire ne peut absoudre.
Les pertes de la garnison de Ciudad-Rodrigo s'élevèrent à 500 hommes tués; 1,500 soldats et 80 officiers furent faits prisonniers (î). D'après un état officiel, les Anglais eurent, du 8 au 19, 178 hommes tués et 818 blessés, et pendant l'assaut, 6 officiers et 140 soldats tués, 60 officiers et 500 soldats blessés (2). On trouva dans la place une immense quantité de boulets , de bombes , *de cartouches , un dépôt considérable d'armes, un arsenal bien approvisionné et 150 pièces d'artillerie (-►), parmi lesquelles tout le train de l'armée du Centre.
Marmont, arrivé le 11 à Valladolid , apprit seulement le 15 que Ciudad-Rodrigo était assiégé. Son armée reçut aussitôt l'ordre de se concentrer à Salamanque; mais, comptant sur une longue résistance, elle mit si peu d'empressement à faire cette concentration, que les six divisions d'infanterie et la
(1) D'après Wellington, le nombre des prisonniers s'élevait à 1,700 soldats et 78 officiers. {Lettre au comte de Livcrpoot, 20 janvier 1812.)
(2) D'après Bclmas et Jones, les pertes totales s'élevèrent à 226 tués et 1,084 blessés; d'après Londondcrry, A 93 officiers et 1,217 hommes hors de combat. ; d'après les Victoires et conquêtes, à 1,000 hommes tués et blessés de part et d'autre, et d'après M.Thiers.à 13 ou 1,400.
Le lendemain de l'assaut, les soldats anglais sortirent dans un état de désordre inexprimable ; les uns avec des bottes de chasse, les autres avec des frocs, des épaulettes , des habits galonnés, quelques-uns portant des singes et des perroquets sur leurs épaules. En les voyant affublés de la sorte, dit l'auteur des Aventures ofa Soldier, Wellington s'écria : — Qui diable sont ces gaillards-là? « Who the devil are those fellows? » Et, en effet, rien n'égale le désordre et le débraillé que montrent en pareille circonstance les troupes anglaises , où l'on n'est jamais parvenu à introduire la régularité et le méthodisme qui distinguent les armées allemandes.
(3) D'après Sliércr, 300 bouches a feu ; d'après Belmas, 163, dont 119 en batterie.
division de cavalerie destinées à se porter en avant (1), ne se trouvèrent réunies et prêtes à partir que le 20. Or, ce même jour, le duc de Raguse, à son grand étonnement, reçut avis que la place était au pouvoir des Anglais. Il fut d'autant plus affecté de cet échec, qu'il n'avait alors aucun moyen de reprendre la position qu'on venait de lui arracher (a).
L'empereur, vivement irrité de la perte d'une place si importante, accusa Marmont et Dorsenne (5), qui essayèrent de se disculper en se chargeant l'un l'autre. Jusque-là rien d'étonnant, puisque les généraux français en Espagne, depuis quatre ans, ne donnaient pas d'autre exemple à leurs subordonnés ; mais ce qui passe toutes les bornes et mérite un blâme sévère, c'est la conduite du duc de Raguse, se permettant d'appeler le général Barrié « un misérable qui n'avait pas su défendre le poste confié à son honneur (*). » Dorsenne ne se montra ni plus digne, ni plus juste à l'égard du défenseur de Salamanque, qui cependant avait fait tout ce qu'il était possible de faire avec une garnison réduite à 1 ,000 hommes valides au moment du double assaut de la place.
Le siège de Ciudad valut à Wellington le titre de comte et une rente annuelle de 2,000 livres. Le gouvernement espagnol le nomma grand d'Espagne de lre classe et duc de Ciudad-Rodrigo; et la régence de Portugal, qui jusqu'alors
(1) Ces divisions formaient un effectif de 45,000 hommes : quand Marmont connut le sort de Ciudad-Rodrigo, il les fit rétrograder sur Valladolid.
(2) Le colonel Napier pense qu'une attaque contre la place aurait pu réussir, les pluies ayant gonflé la rivière au point que toute communication entre l'armée et la ville était devenue impossible. Mais nous croyons que celte opération eût été pour le moins imprudente, car les brèches étaient déjà réparées et la place pourvue d'une bonne garnison, lorsque Marmont se trouvait encore à Salamanque, à quatre marches de Ciudad.
Quant au débordement de l'Agueda, il pouvait disparaître en quelques heures. On trouve dans la Péninsule plusieurs cours d'eau soumis à ces brusques variations de régime, qui trompent les prévisions des généraux.
(3) Berthier écrivit le 11 février 1812 A Marmont : « L'empereur ne me permet pas de vous dissimuler que la honte de l'événement retombe sur vous. » Le duc de Raguse essaya de se disculper par sa lettre du 6 février, insérée dans l'ouvrage de Belmas. — Voir aussi la lettre du 23 février de Dorsenne à Berthier.
(4) Thiers, t. IV, p. 117.
n'avait conféré aucun titre , aucun honneur aux officiers anglais, le créa marquis de Torrès-Vedras.
La perte de l'importante forteresse de l'Agueda mit le duc de Raguse dans la nécessité de se former un nouveau point d'appui. Il chercha, en conséquence, à mettre Salamanque en état de soutenir un siège. En même temps , il proposa à l'empereur une mesure qui aurait pu sauver Badajoz et peut-être changer la situation respective des belligérants : c'était de réunir en un seul commandement les armées du Nord, du Centre et de Portugal : mesure excellente, mais réclamant peut-être un général d'une capacité supérieure à celle du duc de Raguse, et que l'empereur, à cause de cela même, ne voulut point admettre. Il répondit à Marmont « qu'il se mêlait de choses qui ne le regardaient pas ; que Badajoz n'était plus confié à ses soins; qu'il n'avait qu'à bien défendre le nord de la Péninsule contre les Anglais, qu'on ne lui en demandait pas davantage ; que c'était à l'armée d'Andalousie à garder Badajoz, et qu'elle suffirait parfaitement si les Anglais n'attaquaient cette place qu'avec deux divisions, c'est-à-dire avec le corps de Hill renforcé; mais que s'ils l'attaquaient avec cinq, c'est-à-dire avec la presque totalité de leur armée et lord Wellington en tête, alors il y avait pour l'armée du Portugal un moyen assuré de leur faire lâcher prise, c'était de passer sur le corps des détachements laissés le long de l'Agueda, de s'enfoncer sur Coïmbre, de marcher même sur Thomar; dans ce dernier cas, lord Wellington serait bien obligé de rebrousser chemin et de renoncer à prendre Badajoz (i). »
Nous verrons que ces idées, quoique justes en principe, étaient peu en harmonie avec la situation des choses, dont l'empereur, à la distance où il se tenait, ne pouvait se rendre
(1) Histoire du Consulat et de l'Empire, t. IV, p. 119.
un compte exact, et qu'elles contribuèrent en définitive à la perte de Badajoz , comme les instructions données au sujet de Valence avaient contribué à la perte de Ciudad-Rodrigo.
Wellington, vers ce temps, porta toute son attention sur Badajoz.
Dès le mois de décembre, un équipage de pont avait été dirigé d'Abrantès sur Elvas. Deux mille ouvriers étaient occupés dans cette dernière ville à la confection des matériaux de siège ; un parc de 78 bouches à feu y était arrivé secrètement de Lisbonne (1) ; enfin, des convois d'outils et de munitions, tirés de Ciudad-Rodrigo, avaient pris le même chemin. Les autorités, malheureusement, ne secondèrent point le général anglais dans cette circonstance: les voies de communication n'avaient pas été réparées, et les moyens de transport étaient toujours insuffisants ; néanmoins, le duc se trouvait en mesure d'investir Badajoz, à l'insu de l'ennemi, au commencement de mars. Afin de mieux dissimuler son plan, il avait laissé son quartier général le plus longtemps possible sur la Coa. Aucune de ces précautions n'était inutile, car il s'agissait d'emporter une place à la délivrance de laquelle trois armées françaises pouvaient coopérer.
Wellington devait prévoir le cas où Marmont envahirait
(I) Le train d'artillerie et les magasins tics ingénieurs furent embarqués ù Lisbonne, dans de grands vaisseaux. En mer, on transborda ce matériel sur des bateaux de faible tonnage, qui se rendirent à Alcacer do Sal, où les voitures du pays avaient pu être réunies sans faire naître de soupçons; ces voitures transportèrent ensuite le parc de siège aux bords de la Guadiana. Los fascines et les gabions furent confectionnés de manière à faire croire qu'on les destinait aux ouvrages d'EIras. 11 parait néanmoins que Phillppon reçut avis de ces préparatifs dès le mois de février. — Voir Belwas, t. IV, p. 310, et Jones, Journaux des sièges, p. 136.
soit la Galice ou le Portugal au nord du Douro, pour faire une diversion en faveur de Badajoz, soit l'Estramadure, pour combiner ses efforts avec ceux du maréchal Soult. Afin de pourvoir à cette double éventualité, il donna des ordres précis non-seulement pour ravitailler, réparer et fortifier Almeida et Ciudad- Rodrigo, mais encore pour défendre le passage des rivières et des défilés, dans le cas où l'armée française prendrait l'offensive : 25,000 hommes de troupes espagnoles et portugaises (1) furent chargées de ce soin ; elles avaient , en outre, mission de se jeter sur les derrières de Marmont, si, bravant les obstacles opposés directement à sa marche, il s'avançait pour effectuer une diversion en faveur de Badajoz ou de l'Andalousie.
Ces mesures prises, l'armée anglaise se mit en route au commencement de mars (2).
Le duc de Raguse se trouvait alors à Salamanque. Pour nourrir plus facilement ses troupes, il les avait de nouveau disséminées. Ce fut une circonstance éminemment favorable aux alliés, car si Marmont avait tenu son armée en masse sur la Tonnes, avec des avant-postes vers Ciudad, ils auraient couru les plus grands dangers. Wellington, en effet, exécuta sa marche à travers l'Alentejo, contrairement à toutes les règles de la stratégie, parce que les effets d'habillement de la troupe n'ayant pu être amenés sur les lieux, faute de moyens de transport , il dut envoyer ses régiments les chercher euxmêmes sur le Douro, le Mondégo et le Tage.
Cette dispersion de forces en présence d'un ennemi con-
(1) Celte petite armée se composait de milices portugaises, des corps espagnols de Sanchez et d'Espana et de l'armée de Galice, commandée par Abadia; elle était suffisante, appuyée aux places de Ciudad et d'Aluieida, pour contenir le duc de Raguse pendant la mauvaise saison, surtout depuis qu'il avait perdu son train d'artillerie.
(2) A la date du 5, les brèches de Ciudad-Rodrigo étaient réparées et les magasins approvisionnés. Lord Wellington crut dés lors qu'il n'y avait pas d'inconvénient à remettre la place entre les mains des Espagnols.
centré aurait sans doute produit des résultats fâcheux si Marmont en avait eu connaissance, ou s'il s'était trouvé en mesure d'en tirer parti.
Le 1 1 , l'armée anglaise arrivait à Elvas : tous les préparatifs pour l'investissement étaient faits dès le G. Mais Evora, ville riche, et qui, depuis trois ans, avait peu souffert de la guerre, refusa obstinément de fournir aucune voiture, ce qui retarda l'investissement de quelques jours et obligea les alliés à exécuter les travaux du siège pendant les pluies de l'équinoxe (i).
Le projet de Wellington était calculé sur la possibilité d'enlever la lunette de Picurina (voir la pi. XI), d'ouvrir la seconde parallèle au pied de cet ouvrage, et de battre en brèche le corps déplace, dont l'escarpe était assez découverte, en quelques endroits, pour qu'il ne fût pas nécessaire d'approcher les batteries jusqu'au bord du fossé. Ici, comme à Ciudad-Rodrigo, l'essentiel était d'agir avec promptitude : une attaque méthodique n'eût pas permis d'atteindre ce but.
Le 16, Wellington établit ses pontons en travers de la Guadiana, à deux lieues au-dessous de Badajoz. Ayant assuré par ce moyen ses communications, il fit sur-le-champ investir la place. L'armée anglaise s'élevait alors à 16,000 hommes (2), déduction faite du corps de Hill, établi à Mérida (5), et de celui de Graham (4), détaché à Santa-Marta pour couvrir les opérations du siège contre l'armée de Soult, réunie dans la haute Estramadure.
(1) Wcllingtonau comte de Livcrpool, 27 mars 1812.
(2) D'après Belmas.
(3) Ce corps, composé de deux divisions d'infanterie cl de deux brigades de cavalerie» avait ordre de s'interposer entre Marmont cl Soult , si , comme cela élail probable, ces marécbatix essayaient de se réunir. La 5<; armée espagnole, dont le quartier généra! se trouvait à Valence d'Alcantara, devait concourir au même but.
(4) Le détachement de Graham, composé de trois divisions d'infanterie et de deux brigades de cavalerie, s'avança pendant le siège sur l.os-Santos, Zafra et Llerena, pour prévenir toute tentative de la part de Soult.
La division Leith était restée provisoirement en réserve à Campo-Mayor.
Le 17, voyant la place entièrement investie, le duc ordonna pour le soir l'ouverture de la première parallèle.
Badajoz avait pour gouverneur le bravegénéralPhilippon, qui s'était couvert de gloire au premier siège. Sa garnison se composait de 5,000 Français, Espagnols et Hessois, nombre insuffisant pour un développement d'ouvrages qui réclamait au moins 7,000 hommes. Il y avait dans les magasins pour quarante à cinquante jours de vivres, mais les projectiles fesaient défaut, et l'approvisionnement en poudre s'élevait à 150,000 livres seulement. D'un autre côté, les défenseurs manquaient de bois propre aux palissadements et aux blindages. Quant aux ouvrages de fortification, ils étaient convenablement réparés , et l'on avait même fait disparaître quelques-uns de leurs défauts. Ainsi, pour couvrir San-Christoval, on avait établi en avant de ce fort une lunette pourvue de bonnes défenses accessoires ; — on avait relevé les glacis qui laissaient voir le pied des escarpes; — on avait amélioré les travaux de mine, destinés à faire sauter les bastions attaquables ; — on avait construit un retranchement dans le château et une large cunette dans les fossés; — on avait fermé entièrement la gorge du fort Pardaleras ; — on avait formé une inondation en barrant le Rivillas ; — enfin dans quelques endroits, on avait approfondi les fossés en creusant le roc vif.
Le seul bastion assez découvert pour être battu de loin était celui de la Trinité (bastion n° 7); aussi l'attaque futelle dirigée sur ce point.
Les travaux avancèrent avec toute l'activité que des éléments imparfaits (î), un temps affreux, un terrain dé-
(l) « Wellington, dit Siierur, l. II, p. 159, manquait de mortiers et avait une artillerie, pro