SIEGE DE BADAJOZ
Mars ri Avril 1812.
Fort île Par&aleras
. haïatja rie A?' Ji/it/racu
Gravi pai
trempé (i) et des moyens de transport insuffisants (s) permettaient d'y imprimer. Le 19, à une heure de l'après-diner, le gouverneur ordonna une sortie avec 2 bataillons, 100 sapeurs, 40 cavaliers et 1 canon. Ces troupes, commandées par le général Veiland, détruisirent une partie de la parallèle et emportèrent 455 outils de sape; mais bientôt l'ennemi, revenu de sa surprise , fit rétrograder la sortie avec une perte de 20 tués et 160 blessés. Du côté des Anglais, il y eut 150 hommes mis hors de combat, parmi lesquels le lieutenant-colonel Fletcher, directeur des attaques. Une petite sortie, exécutée dans la nuit du 20, fut repoussée avant d'avoir produit aucun résultat. En ce moment, la partie basse de la parallèle était envahie par les eaux. On employa toute la matinée du 22 à la vider, et, pour éviter le retour de ce même accident, on releva le fond de la tranchée avec des fascines. Mais, à quatre heures de l'après-midi, il survint une pluie torrentielle qui remplit toutes les tranchées indistinctement. Le pont de pontons sur la Guadiana fut emporté, et le courant devint si rapide que les ponts volants ne purent être manœuvres qu'avec la plus grande difficulté. On commença dès lors à douter sérieusement de la possi-
portion gardée, trop faible, composée seulement de 16 pièces de 24, 20 de 18 et 16 obusiers de 24 en fer coulé. » — Voir aussi Jones, p. 142.
Les approvisionnements du génie étaient de 3,000 outils de tranchée, 8,000 sacs à terre, 1,200 gabions et 700 fascines. — Jones, idem.
M. Thiers ignorait-il ces chiffres quand il écrivait, t. IV, p. 120 : « Wellington amenait au moins 50,000 hommes et un immense matériel? » Pour être dans le vrai, il aurait dû dire que le général anglais amenait un matériel insuffisant.
(1) « Les troupes étaient enfoncées dans la boue de* tranchées jusefu'au milieu du « corps; au plus fort de nos embarras, la Guadiana grossit, emporta notre pont et rendit « inutile pendant quelque temps notre pont volant. » [Lettre de Wellington, du 28 mai, au général Murraj:)
(2) Se plaignant de la négligence que mettait le gouvernement portugais à lui fournir des moyens de transport, Wellington écrivit au comte de Liverpool : « En ce moment, les poudres « pour le siège, beaucoup de projectiles et d'objets nécessaires aux ingénieurs, ne sont pas « arrivés à Elvas, ce qui nous oblige à consommer les munitions destinées à cette place. « Je ruine leséquipages de l'armée en faisant transporteries munitions d'Elvas sur le terrain « du siège, parce que le pays ne nie prête aucun secours, ou que celui qu'il m'a prêté est « au-dessous des besoins du service. » {Lettre du 27 mars.)
bilité de recevoir encore des vivres et de conduire dans les batteries les canons et les munitions nécessaires. « Tout le « monde crut, dit le colonel Jones (1), qu'on serait obligé v de se retirer de devant la place (2). »
Wellington déployaune grande énergiepourvaincre ces difficultés (3). Le pont ne tarda point à être rétabli, et, dès le 25, les premières batteries furent en état de commencer le feu. Ce jour-là, à onze heures du matin, 23 pièces de gros calibre entamèrent les revêtements de la lunette Picurina, de la face gauche du bastion 7 et des ouvrages du front 8-9. Le saillant de la lunette ayant été fortement dégradé par ce tir, on résolut de l'attaquer de vive force, dans la nuit du 25 au 26. En conséquence, 700 hommes, sous la conduite du général Kempt, se portèrent contre cet ouvrage, défendu par 200 combattants et par 7 pièces de canon. Après une résistance de trois quarts d'heure, que le général Philippon trouva insuffisante (4), la lunette tomba au pouvoir des assaillants, qui tuèrent une grande partie de ses défenseurs (5).
Aussitôt, on commença à cheminer sur la lunette Saint- Roque, qui couvrait l'inondation du Rivillas, obstacle sérieux établi en avant du front d'attaque.
Quelques auteurs prétendent que jusqu'à ce moment Wellington avait eu l'intention d'attaquer le front 8-9, et que la prise du fort Picurina l'engagea à faire choix du front 6-7.
(i) Jones, Journaux des sièges, p. 151.
(2) « Lord Wellington éprouvant la plus grande difficulté à recevoir des vivres, à amener « et à approvisionner son armée, appréhenda sérieusement d'être obligé de lever le siège.»—
BELMAS, t. IV, p. 327.
(3) « Pour encourager les travailleurs, dit Stocqueler, t. I, p. 155, Wellington se trouvait constamment dans les tranchées. »
(■i) Voir son Ordre du 26 mars et son Rapport sur la défense. Le colonel du génie Lamare, dans son Journal, trouve au contraire cette défense opiniâtre, et reproche seulement à la garnison de n'avoir pas su tirer parti des bombes et des artifices qu'on avait préparés pour la défense de la lunette.
(5) D'après Lamare, du côté des Français 83 hommes tués, 8G faits prisonniers, et 30 qui prirent la fuite; du côté des Anglais, 5 officiers et 50 soldats tués, 15 officiers et 255 soldats blessés ; Jones et Iiclmas confirment ces chiffres.
Mais le Journal des sièges, tenu par le colonel Jones, prouve que dès le premier moment on était convenu de battre en brèche la face droite du bastion 7, ainsi que le flanc gauche du bastion G, et que la seule résolution prise ultérieurement fut de mettre en brèche la courtine 6-7.
D'après ce plan, Wellington fit ouvrir la seconde parallèle à la gorge du fort, et construire immédiatement en avant, sur le plateau, deux batteries de brèche. Ces batteries, qui pouvaient découvrir le pied des escarpes, entrèrent en action le 50 et le 31 .
Comme dès ce moment il n'y avait plus de doute sur les points d'attaque, Philippon fit commencer, en arrière du front 6-7, un retranchement de 300 mètres de longueur (î).
L'une des batteries ouvrit la face droite du bastion 7 (la Trinité), et l'autre, le flanc gauche du bastion 6 (Santa- Maria), d'où l'on pouvait tirer sur la brèche de la Trinité. Du 29 au 30, une nouvelle batterie fut commencée pour ouvrir la lunette Saint-Roque et la courtine 7-8. (Voir la pi. XII.)
La défense, qui aurait dû contrarier ces établissements par un tir énergique, fut malheureusement obligée de ralentir son feu pour épargner la poudre et les projectiles.
Cependant le maréchal Soult, qui craignait peu pour la ville, mais qui s'attendait à une grande bataille, organisait avec beaucoup de soin un corps nombreux, auquel devaient se réunir Drouet et Daricau. Pour faire face à ce danger, Wellington avait fait couvrir le siège par une armée d'observation, et donné aux corps espagnols voisins de la basse Guadiana l'ordre de tomber sur Séville dès que Soult se porterait en avant.
(1) Au moment de l'assaut, ce retranchement n'avait pas encore le relief nécessaire pour offrir une résistance sérieuse.
A cette époque, on apprit au quartier général des alliés que Marmont concentrait son armée aux environs de Salamanque, dans le but de reprendre Ciudad-Rodrigo (1). Il importait donc plus que jamais de brusquer le siège. Wellington en attendait le dénouement avec une vive impatience, quand on lui manda la jonction de Soult avec Drouet et Daricau. N'étant pas assez fort pour continuer les attaques et livrer bataille à l'armée de l'Andalousie, il conçut le projet d'aller au devant de l'ennemi avec la plus grande partie de ses troupes et de l'attendre dans la position d'Albuera. Mais il changea de résolution, quand on vint lui annoncer que les brèches étaient praticables (2). Soult se trouvait en ce moment à Llerena : on pouvait donc espérer se rendre maître de la place avant d'avoir l'ennemi sur les bras. C'était à la vérité une entreprise des plus audacieuses ; mais il n'y avait pas à balancer.
Dans l'après-dîner du 5, le général en chef alla visiter les tranchées et reconnaître l'état des brèches. Il trouva que Philippon avait pris d'excellentes mesures, et que, pour livrer l'assaut avec des chances de succès, il fallait ouvrir une nouvelle brèche dans la courtine 6-7. Supposant avec raison que les huit jours employés par son artillerie à faire les premières brèches avaient été utilisés par l'ennemi pour construire, en arrière des points menacés, de solides retranchements, il pensait qu'en ouvrant la courtine (dont les vieilles maçonneries pouvaient être détruites en quelques heures), on tournerait ces retranchements, comme on avait tourné ceux de Ciudad-Rodrigo. En conséquence, le 6, à la pointe du jour, 14 pièces furent dirigées sur la courtine; cette batterie ren-
(1) Wellington redoutait peu celte diversion, parce que les rivières étaient débordées, et que le duc de Raguse n'avait pas encore reçu son artillerie de siège.
(2) Jones dit que ce fut Wellington lui-même qui reconnut les brèches et les déclara praticables. (P. 167.)