‹ Histoire du duc de WellingtonChapitre 3 sur 86 · XII · texte numérisé non relu

XII

peuple libre, et l'arbitre de ses destinées, sans qu'on puisse lui reprocher un seul acte illégal ou despotique (1).

A ce respect inaltérable du droit, si rare chez les conquérants, il joignait une autre vertu, plus rare et plus précieuse encore : le respect de la vie de l'homme et une généreuse pitié pour les victimes de la guerre. Au milieu des scènes émouvantes du champ de bataille, il sut conserver intacte cette sensibilité du cœur et de l'esprit qui s'émousse à la longue chez les hommes les plus délicatement organisés, quand ils se trouvent fréquemment en présence de scènes de mort et de destruction. La perte de ses braves compagnons lui arrachait des larmes, et on peut dire de lui qu'il n'a jamais causé un dommage inutile ni fait tuer un soldat sans nécessité. Son nom, doublement illustre par les qualités de l'intelligence et du cœur, ne rappelle que des actes honorables, des services réels, des souvenirs glorieux, et c'est ce qui le fera vivre éternellement dans la mémoire des hommes...

Les nations les plus sérieuses se passionnent quelquefois pour les génies entreprenants ou bizarres qui frappent leur imagination par des entreprises extraordinaires ; mais elles n'accordent une estime et une admiration solides qu'à ceux dont les actes, irréprochables au point de vue de la justice et delà dignité humaine, sont empreints du double caractère de l'utilité publique et de la grandeur morale !

Alexandre, qui brigua l'empire du monde; César, que la même ambition conduisit à sa perte, et Napoléon, qui, pour donner des trônes à sa famille, courba tant de peuples libres

(I) Aussi Benjamin d'israéli, chancelier de l'Échiquier, put-il «lire avec raison, en faisant l'éloge de Wellington à la chambre des communes :

« We présent to the world tbe niost sublime and louching spectacle that human circumstances can well produce — the spectacle of a senate mourning a hero ! »

sous le joug de la France, ont moins de grandeur réelle que ce petit prince de Nassau qui fonda la république batave, et que ce modeste citoyen des États-Unis qui assura à sa terre natale une indépendance absolue, des institutions libres et les éléments d'une prospérité sans égale dans le monde !

Si Wellington n'a pas les mêmes titres à l'admiration publique et à la reconnaissance du peuple anglais, il a du moins le mérite d'avoir contribué, dans une large proportion, à l'établissement des principes sur lesquels repose l'équilibre européen, et d'avoir fondé par les succès inespérés de ses armes la puissance continentale de la Grande-Bretagne. On peut dire de lui et de Nelson, le fondateur de la prépondérance anglaise sur mer, qu'ils ont plus fait pour la gloire et la prospérité de leur patrie qu'Alexandre et Napoléon, malgré leur génie incomparable, ne firent l'un pour la Macédoine, l'autre pour la France.

Voilà pourquoi aussi les vainqueurs de Waterloo et de Trafalgar ont recueilli de leur vivant, et ce qui est plus extraordinaire, après leur mort, tant de témoignages d'estime et d'admiration. Les plus illustres souverains de l'Angleterre n'ont pas eu plus de gloire et de popularité. Heureuse la nation qui élève de la sorte au dessus des distinctions de la naissance et de la fortune les services éminents rendus à la patrie et à l'humanité !

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