NAP1ER
(2) NAPIER, t. IX,p. 96.
(3)«On assure, dit Thibaudeau, t. IX, p. 105, qu'une négociation avait été commencée avec les cortès et Joseph avant la bataille de Salamanque. » Ce fait, nié par plusieurs auteurs, est confirmé par les Mémoires de Joseph. Voir t. VIII, p. 268.
l'hostilité de la régence (î), l'inertie de ses principaux agents (2), l'indifférence du peuple, la mauvaise organisation des milices, les intrigues des fidalgos et la duplicité du cabinet brésilien, continuaient à se manifester dans toutes les circonstances où l'action prompte et énergique des forces alliées était la plus désirable. Wellington cependant, soutenu par lord Castlereagh, intimida le prince régent, au point d'en obtenir certaines réformes dans l'administration et la destitution de Souza, ainsi que celle des autres membres de la régence qui lui feraient obstacle; toutefois, quoique Souza et l'évêque d'Oporto fussent ses ennemis personnels, il n'usa point de l'autorité dont il venait d'être investi (3) : un jugement sûr et toujours calme lui faisait dédaigner les vaines satisfactions de l'amour-propre froissé. Ayant reconnu que le mal provenait moins de la fiévreuse activité de ces agitateurs que de l'appui qu'ils trouvaient à Rio-Janéiro , il craignait avec raison d'augmenter leur importance en les faisant passer pour des victimes de l'étranger. Nous citons ce fait, parce qu'il prouve que Wellington avait non-seulement les talents, mais encore le caractère d'un véritable homme d'État.
Les plus grandes difficultés du général en chef provenaient de ce que le gouvernement de Lisbonne, se reposant entièrement sur les secours et les subsides de l'Angleterre (4), ne prenait aucune mesure pour mettre les ressources du pays à
(1) « Le gouvernement de Lisbonne avait renoncé à une opposition active, mais n'en « déjouait pas moins tout projet de Wellington et de Stuart par sa conduite évasive, soit en « proposant des lois non appropriées aux circonstances, soit en souffrant que la non-exécu- « tion des mesures les plus urgentes restât impunie. » — IYapier, t. IX, p. 110.
(2) Ces agents servaient d'intermédiaire entre le général en chef et les membres de l'administration. Leur hostilité ou leur indifférence entravèrent presque tous les efforts de Wellington et de Stuart.
(3) Ce fut avec le même désintéressement d'amour-propre et la même prévoyance politique que Wellington, à cette époque, pria le prince régent de venir soit à Lisbonne soit aux Açores, où son autorité serait plus efficace, et que plus tard, lorsque cette demande eut été rejetée, il s'opposa au projet de Stuart d'établir eu Portugal un gouvernement militaire capable de briser toutes les entraves.
(4) voir une lettre de Wellington à Charles Stuart, le 26 avril 1812.
la disposition de l'armée. Affectant la même insouciance, les employés civils éludaient les règlements militaires, ou les faisaient exécuter d'une façon vexatoire. Wellington fit de vains efforts pour obtenir du prince régent la réforme de ces abus déplorables (1) , qui , après s'être glissés dans les taxes, dans les administrations, dans les dépenses générales et dans l'exécution des ordres confiés aux magistrats inférieurs, épuisaient toutes les forces vives et paralysaient toutes les ressources de la nation ; et, malgré la multiplicité de ses affaires, malgré la part active qu'il prit aux moindres opérations, il trouva le temps de rédiger des mémoires sur la nature de ces maux et sur les moyens d'y remédier, mémoires qui témoigneront, devant la postérité, de la vigueur et de l'étendue de son jugement (2).
Ses efforts, secondés par la suspension du subside, produisirent cependant quelques réformes partielles; mais la faiblesse de caractère et l'obstination du prince régent étaient des obstacles insurmontables à une réforme générale ou permanente. Voilà pourquoi Wellington eut à lutter jusqu'au dernier moment contre des difficultés sans cesse renaissantes, et dont la moindre eût suffi pour décourager un général moins habile, moins ferme, moins résigné.
Telle était l'incurie du gouvernement de Lisbonne, que le duc , au lieu de tirer du Portugal la subsistance de son armée, fut obligé de nourrir en quelque sorte la nation tout entière. Afin de suffire à ces immenses besoins, il dut entreprendre un commerce de grains sur une vaste échelle , opération que la guerre des colonies, l'humeur capricieuse des habitants de l'Afrique , les querelles de l'Angleterre avec les
(1) Il offrit de prendre sur lui toute la responsabilité, tout l'odieux même de ces mesures, certain qu'après leur adoption, il pourrait satisfaire aux exigences de la guerre et supprimer les impôts vexatoires dont les pauvres gens étaient accablés.— HAPIER, t. IX, p. 122.
(2) IVapier, t. IX, p. 108.
États-Unis, l'absence de numéraire, la dépréciation des bons Anglais (1) et l'impossibilité de faire des emprunts (2) rendait extrêmement difficile.
Il parvint toutefois, avec l'aide de Charles Stuart, à conserver la neutralité du Portugal et à se procurer de la sorte, au moyen de licences, des farines de l'Amérique jusqu'à la fin de la guerre : ce fut à la fois une précieuse ressource et un acte de bonne administration ; car les farines, payées en marchandises anglaises, se revendaient avec un profit considérable qui rentrait dans la caisse de l'armée (5).
Telles étaient les difficultés politiques, administratives et financières au milieu desquelles Wellington devait poursuivre le cours de ses opérations.
Nous avons vu qu'à l'issue de l'expédition du Beira, le duc avait résolu d'isoler Marmont et de l'écraser avant l'arrivée des secours sur lesquels ce maréchal comptait. Il fallait pour obtenir ce résultat entrer en campagne après la saison des pluies et avant que la récolte permît aux Français de marcher par corps nombreux ; — il fallait mettre Suchet dans l'impossibilité d'envoyer une partie de ses forces à l'armée du Portugal ; — enfin, il fallait empêcher Soult d'envahir le Portugal par la vallée du ïage de concert avec l'armée du Centre, et de tourner le flanc droit des alliés en Castille.
Pour retenir au loin les forces de Suchet, 10,000 Anglais, venant de la Sicile, et 6,000 Espagnols, organisés à Mayorque, aux frais de la Grande-Bretagne, reçurent l'ordre de débarquer sur la côte orientale de la Péninsule, et de se réunir sur ce point aux forces d'O'Donnel, dans le but d'ex-
(1) Eu 1812, ce papier baissa de 20 p. c, par suite des menées sourdes de quelques financiers anglais.
(2) Cette circonstance tenait en grande partie au système continental et aux mesures financières de Napoléon, qui avaient rendu les emprunts et rémission du papier-monnaie extrêmement difficiles.
(3) NAPIER, t. IX, p. 121.
citer la Catalogne et Valence à prendre les armes (1), et d'empêcher Soult d'envoyer une partie de ses forces en Portugal. En même temps, le général Hill, cantonné avec 20,000 hommes à Almandralejos (2), reçut l'ordre d'enlever le pont de bateaux d'Almaraz, seul moyen de passage de l'armée d'Andalousie (5) entre Tolède et la frontière portugaise. Cette opération a été regardée comme téméraire par la plupart des auteurs français (4), et de fait, la tête de pont d'Almaraz était protégée à distance par trois divisions des armées de Portugal, du Centre et d'Andalousie (5) ; 9,000 hommes de cette dernière , sous les ordres de Drouet , se trouvaient même plus rapprochés de Mérida que ne l'était Hill à Almaraz, de sorte que la retraite de ce dernier aurait pu être gravement compromise (6). Wellington, cependant, prit si bien ses mesures et donna si adroitement le change à ses adversaires (en affectant de vouloir envahir l'Andalousie), que 6,000 Anglais se rendirent maîtres des forts d'Almaraz, par une attaque brusque, dans la journée du 19 mai (7).
(1) JONES, t. II, p. 47.
(2) D'après Belmas, Hill se mit en marche avec 15,000 hommes et 16 bouches à feu; d'après Sherer , avec 10,000 fantassins et 1,200 chevaux; d'après Sarrazin, seulement avec 10,000 hommes.
(3) Il faut noter que l'équipage de pont de Soult avait été pris dans Badajoz. Le passage d'Almaraz était couvert, sur la rive gauche, par la tète de pont de Lugar-Nuevo, fort à quatre bastions, entouré d'un mur crénelé de lm50 d'épaisseur, où l'on avait établi un grand dépôt de munitions. En avant de ce réduit, et pour le préserver d'un commandement dangereux, se trouvait le fort Napoléon , espèce de redoute demi-circulaire en terre, pouvant recevoir une garnison de 450 hommes, et protégé à la gorge par un réduit carré renfermant une tour en maçonnerie. Plus en avant encore, et à une lieue de distance duTage.on avait construit sur la montagne qui borde la rive gauche du Tage le fort de Hirabete, dans les gorges que traverse la route de Truxillo, seul passage praticable à l'artillerie. Enfin, sur la rive droite du fleuve , le pont était couvert par une lunette et par le fort Raguse, construit sur un mamelon à 100 mètres du Tage. Tous ces ouvrages étaient armés de 18 bouches a feu et gardés par un bataillon et demi d'infanterie, une compagnie de sapeurs et une vingtaine de canonniers. — Voir Belmas.
(4) Voir entre autres le général Sarrazin, p. 287.
(5) Foy occupait la vallée du Tage , d'Armagnac était à Talavera et Drouet à Hinojosa de Cordova.
(6)« Si Drouet se fût posté à Torre-Mocha, sa droite à Arroyo dcl Molinos, sa gauche à Cacerès, et si un corps de troupes légères avait été détaché vers Truxillo pour surveiller la marche de Hill, pas un homme n'aurait échappé. » —Général Sarrazin, p. 287.
(7) Hill se présenta le 18 sur la montagne de Mirabete et tourna le fort établi sur cette hau-
Le pont de bateaux ayant été coupé trop tôt par les détachements de l'autre rive, la garnison du fort Napoléon, poussée à la baïonnette à travers les différents retranchements de cet ouvrage et de la tête du pont, fut jetée en grande partie dans le fleuve. « Ce désastre, dit le général Hill, produisit tant « d'effet, que la panique se communiqua aux troupes de la « rive droite, et que le fort Raguse fut subitement abandonné « par sa garnison, qui s'enfuit dans le plus grand désordre à « Naval-Moral (1). » Les Anglais se hâtèrent de détruire les ouvrages de fortification , les magasins , les munitions , les ateliers et l'équipage de pont. Ils regagnèrent ensuite Mérida sans être entamés, bien que les divisions françaises les entourassent de tous côtés.
Cette expédition, aussi funeste pour l'armée du Sud que pour l'armée du Portugal, eut le grand avantage de préparer l'exécution des mouvements de Wellington sans dévoiler aucune partie de son plan (2).
Soult, trompé par les mouvements du corps de Hill, crut
leur en gravissant les rochers de Manaderos. Il descendit pendant la nuit vers le fleuve avec une colonne d'infanterie, et, à la pointe du jour, 2,000 hommes donnèrent l'escalade au fort Napoléon, dont ils s'emparèrent. Les soldats du bataillon étranger qui gardaient la tête de pont de Lugar-Nuevo, s'enfuirent avant même d'être attaqués, et non moins lâche, le commandant du fort Raguse se retira avec sa troupe à Naval-Moral. Le général Hill fit brûler le pont et les munitions, et revint ensuite sous Badajoz.— Voir Belmas, t.I, p. 222, et le Rapport de Hill dans le recueil de Gurwood.
(1) Les Anglais firent 260 prisonniers; ils eurent 33 tués et 144 blessés (état officiel). Les pertes des Français s'élevèrent à 450 hommes.
Le général Sarrazin et les auteurs des Victoires et conquêtes estiment la force de la garnison à 500 hommes environ. Dans ce dernier ouvrage, on porte le total des tués et des blessés anglais au chiffre exagéré de 300 hommes.
(1) Le maréchal Jourdan, rentré en Espagne depuis le mois d'octobre 1811, avait peut-être seul, à cette époque, une idée nette de la situation. (Voir t. VIII des Mémoires de Joseph, le mémoire qu'il mit sous les yeux du roi le 28 mai 1812). On lit, en effet, dans ce mémoire : « [1 « ne faut pas espérer un grand résultat des mouvements combinés des deux armées de Soult « et de Marmont, séparées par une si grande distance... Il y aura quelque catastrophe si les « choses restent dans l'état où elles sont, et si lord Wellington marche avec toutes ses forces « sur l'armée du Midi ou sur celle de Portugal... »
Pour remédier au mal, Jourdan proposa d'établir autour de Madrid un corps de réserve de 15 à îO.OOO hommes, toujours prêt â marcher. Ce sage conseil toutefois demeura sans effet, et cela parce que Soult, Suchet et Caffarelli refusèrent d'obéir au roi, qui, cette fois du moins, fit tout ce qui dépendait de lui pour arriver à un bon résultat. (Voir notamment sa lettre du 1" juin 1812.)
fermement que les alliés allaient envahir les provinces du Sud (1) ; Marmont, ayant une conviction tout opposée (a), demandait que Soult et Jourdan réglassent leurs opérations comme si l'attaque devait avoir lieu au Nord (3) ; enfin, Joseph, qui, de son côté, avait de sérieuses inquiétudes au sujet de Madrid, voulut faire partager ses craintes aux chefs des deux autres armées. On pouvait à la rigueur faire toutes ces suppositions, car Wellington, par la prise de Badajoz et de Ciudad-Rodrigo, était en mesure de menacer à la fois le nord, le centre et le midi de l'Espagne. Voulant profiter de cet avantage , le duc tâcha de confirmer Soult et Marmont dans la fausse idée qu'ils avaient conçue de ses projets, et fit si bien, que les deux maréchaux continuèrent à discuter tout le mois de mai et une partie du mois de juin sur la convenance des mesures à prendre, ne se doutant pas du danger qu'ils couraient. Informé de ces discussions par des lettres interceptées, lord Wellington sut les mettre à profit avec autant d'adresse qu'il en avait montré à les faire naître. Dès la mi-juin, tous ses préparatifs étaient faits. Nous les indiquerons sommairement pour donner une idée du soin avec lequel Wellington, que l'on a si souvent dépeint comme un général plus heureux qu'habile, savait préparer le succès de ses opérations et mettre de son côté les chances de la fortune.
Pour diminuer les transports par terre, le duc avait rendu le Tage navigable jusqu'à Malpica, près d'Alcantara, et le Douro jusqu'à Barca de Alba ; dans le même but, il avait établi des magasins sur ces deux lignes, et principalement à l'embouchure du Douro; et pour faciliter sa jonction avec le général Hill, détaché sur la rive gauche du Tage, il avait
(1) voir sa lettre du 8 juin à Joseph.
(2) Voir sa lettre du 3 mai â Joseph.
(3) Voir les Mémoires de Joseph, t. VIII, p. 184.
fait réparer le pont d'Alcantara qui lui assurait une ligne de communication intérieure plus courte et plus facile que celle dont l'ennemi était obligé de se servir depuis la destruction du pontd'Almaraz : par suite de ce dernier avantage, la réunion des troupes alliées pouvait se faire en moins de temps que celle des armées du Sud et de Portugal.
La droite de l'armée de Wellington était protégée par la destruction du pont et de la tête de pont d'Almaraz, par l'épuisement de la vallée duTage, et par la perte de l'équipage de pont de Soult; — la gauche n'avait rien à craindre.
Sylviera et d'Urban, établis dans le Tras-os-Montès, devaient menacer le flanc droit et les derrières de l'ennemi; Castanos, à la tête de l'armée galicienne, avait ordre d'assiéger Astorga, dès que les alliés paraîtraient sur la Tormès, et la 7e armée espagnole, de concert avec l'expédition de sir Home Popham, était chargée d'agir sur les côtes de la Biscaye^), afin d'attirer de ce côté les divisions de Cafarelli, que Marmont aurait pu appeler à son secours. En même temps, une expédition organisée en Sicile (2) devait menacer la Catalogne et Valence, de concert avec l'armée de Murcie, pour empêcher le duc d'Albuféra de soutenir le roi. Quant à Soult, on espérait que la garnison de Cadix, les troupes de l'île de Léon, l'insurrection du royaume de Cardoue et l'armée de Ballesteros l'empêcheraient d'avancer contre le général Hill.
On ne saurait trop louer ces mesures, combinées avec autant de prévoyance que de talent. Secondées par les circonstances, et plus encore par le génie du général en chef et par la bravoure des troupes anglaises, elles finirent par assurer le triomphe de la cause espagnole.
Cependant Wellington éprouva de vives inquiétudes au
(1) Cette expédition fut transportée sur la côte au moyen de 6 vaisseaux, 9 frégates et 6 bricks. — Belmas.
(2) La 7e armée fut embarquée sur 7 vaisseaux et 1G frégates ou corvettes.— Belmas.
sujet des approvisionnements. Il avait du grain, mais pas de viande; son crédit était nul et ses caisses vides. « Malgré « toutes les chances favorables, dit-il, je ne puis songer sans « frémir à la probabilité que nous manquerons bientôt de tout, « et aux conséquences qui peuvent résulter de notre pénurie « d'argent, au cœur de l'Espagne. »
Les forces réellement présentes de Wellington s'élevaient à 56,000 hommes (1); celles de Marmont à 52,000 (non compris un renfort de 12,000, en marche pour le rejoindre) ; celles de Soult à 56,000, et celles de l'armée du Centre, sous Joseph et Jourdan, à 17,000 seulement (2).
La santé des soldats anglais était si fortement ébranlée par les fièvres contractées à Walcheren , qu'un tiers de l'effectif encombrait les hôpitaux (3).
La discipline avait perdu de sa force, par suite de l'impossibilité où se trouvait le général en chef de punir efficacement les pillages et autres excès commis par la troupe. Malgré ses vives instances, jamais le gouvernement anglais ne voulut donner son approbation aux mesures énergiques qu'il avait proposées pour faire régner le bon ordre et la subordination devant l'ennemi.
La réparation du pont d'Alcantara et l'établissement de magasins de vivres à Cacerès, ayant enfin démontré à Marmont que c'était la Castïlle et non l'Andalousie que Wellington se proposait d'envahir, il renouvela avec plus d'instance
(1) Won compris 6,000 hommes en garnison à Cadix et y compris 24,000 Portugais.
Le corps de Hill se composait de 15,000 fantassins, de 2,000 cavaliers et de 24 pièces attelées.
Environ 36,000 baïonnettes, 3,500 chevaux et 54 pièces d'artillerie étaient sous le commandement immédiat du duc. Il avait en outre à sa disposition 3,500 Espagnols, sous d'Espana etSanchez.
12,000 hommes de cavalerie portugaise, sous le général d'Urban , étaient dans le Tras-os- Montès.
(2) Cette dernière, par suite de sa mauvaise administration, n'était pas encore prête à entrer en campagne : Wellington le savait par des lettres interceptées.
(3) Wellington constate ce fait dans une lettre écrite peu après la campagne de 1812. Il compare son armée à un hôpital mouvant.
ses demandes de renforts au roi, à Soult et à Caffarelli (î); mais cette nouvelle démarche n'obtint pas plus de succès que les autres. Joseph seul s'y montra favorable; à tel point même qu'il eût fait évacuer l'Andalousie, n'étaient les instructions de l'empereur, qui portaient la recommandation expresse « de conserver les conquêtes faites et de les étendre « successivement (2). » On verra dans la suite que cette recommandation , trop fidèlement observée par le duc de Dalmatie, fut la cause principale des désastres de l'armée française.
Marmont se proposait de garder la Tormès le plus longtemps possible (3), de réunir ses troupes sur le Douro, et de prolonger la défense des forts de Salamanque jusqu'à ce que les secours de l'armée du Nord le missent à même de repousser les alliés sur le territoire portugais (4).
Dès que les pluies eurent cessé, Wellington passa l'Agueda. Après quatre jours de marche, il se trouva, le 17 juin, sur la Tormès, qu'il franchit à gué en aval et en amont de Salamanque; une division de cavalerie légère en observation sur la rive gauche essaya vainement de lui barrer le chemin. Les habitants de Salamanque le reçurent avec les démonstrations d'une joie véritable (s). Toutes les maisons furent illuminées et des chants d'allégresse retentirent dans les rues et dans les lieux publics. Salamanque avait tant souffert pendant les trois années d'occupation française, que cet enthousiasme n'avait rien d'étonnant.
(1) Il demanda notamment que le roi envoyât à Drouet de l'artillerie et un équipage de pont suffisant pour passer le Tage à Almaraz. Drouet, en déflnitive, ne reçut que 2 bateaux; Soult d'ailleurs s'opposa constamment à son départ.
(2) Mémoires de Joseph, t. VIII, p. 181. — Voir, pour les démêlés du roi avec Soult, le même volume, p. 187, 188, 189, 258, 262.
(3) C'est-à-dire jusqu'à l'arrivée de toutes les forces de Wellington sur cette rivière.
(4) Les lettres de Marmont, publiées à la fin du t. VIII des Mémoires de Joseph , prouvent qu'à cette époque l'armée de Portugal manquait d'argent et de vivres. Ces lettres sont du mois d'avril.
(5) NAPIKR, t. IX, p. 142.-SARIUZ1N, p. 292.
Les ouvrages élevés autour de la place se composaient d'un fort irrégulier, au centre duquel se trouvait le couvent de Saint -Vincent (bâti sur un rocher très-escarpé, à 400 mètres en aval du pont de la Tormès), et de deux redoutes dont l'une défendait le couvent de San-Gayetano, et l'autre le couvent de la Merced : toutes deux occupant un plateau d'où l'on pouvait battre le Saint-Vincent en brèche. Le maréchal Marmont avait construit ces divers ouvrages, d'après les ordres de Napoléon, avec des ressources insuffisantes et dans l'espace de trois mois seulement (1). Comme postes devant résister à des guérillas ou à l'avant-garde d'un corps d'infanterie légère, ils étaient bien conçus et d'une force suffisante; mais contre une armée pourvue de canons de gros calibre, ils pouvaient à peine tenir deux ou trois jours (2).
Le duc de Raguse comprenant la nécessite de rallier toutes ses forces , éparpillées sur un espace de quarante lieues de longueur, retira ses troupes de Salamanque, dans la nuit du 16 au 17, laissant pour garde au fort Saint-Vincent le chef de bataillon Duchemin avec 600 hommes d'infanterie, une compagnie d'artillerie et 25 sapeurs (3).
Le 17, l'armée française prit position sur les hauteurs d'Aldea-Rubia , à trois lieues au-dessus de la ville, appuyant sa gauche à la Tormès , tout près de Huerta , et sa droite à Pitiega (4).
Wellington passa le même jour la Tormès au gué de Santa-Martha, à 1,800 mètres en amont de la ville, et au gué de Canto, à une lieue en aval. Aussitôt, la division Clinton investit les forts et les redoutes ; le reste de l'armée, chargée
(1) Une partie des travaux de défense du Saint-Vincent avait été exécutée par IVey en 1809.
(2) C'est l'opinion de Jones : Napier pense qu'ils auraient pu tenir une semaine.
(3) Jones évalue la force des trois garnisons à 800 hommes. C'est aussi l'évaluation de Sherer, qui porte à 700 le nombre des prisonniers faits après la reddition.
(4) Belmas, t. IV, p. 437.
de couvrir le siège, alla prendre position sur les hauteurs de San-Christoval à une lieue et demie de la ville.
Wellington ne s'attendait pas à trouver les forts de Salamanque dans un état aussi respectable (1). « Les rapports adressés à l'armée alliée, dit Jones, et un dessin fait par un Espagnol non militaire , avaient représenté les ouvrages construits par les Français comme formant une réunion de couvents fortifiés, pouvant être enlevés par un coup de main (2). »
Cette erreur fut cause que l'on commença le siège avec des ressources insuffisantes. L'artillerie n'avait que quatre pièces de 18 et autant d'obusiers de 24 en fer, approvisionnés à raison de 100 coups par bouche à feu ; le parc des ingénieurs comptait seulement 400 outils de tranchée (3).
Eu égard à ces faibles ressources, il fut décidé qu'on battrait en brèche le mur principal du Saint-Vincent, et qu'on donnerait l'assaut immédiatement après.
Une batterie, commencée le 17, ouvrit son feu contre ce bâtiment le 19 : elle fut appuyée par deux pièces de 6, établies dans l'étage supérieur du couvent San-Bernardo et tirant à boulets et à mitraille sur l'artillerie du fort; une troisième batterie, composée de deux obusiers, lança des projectiles creux dans le but de mettre le feu au monastère. Le 20, une portion du mur de face et le toit correspondant s'écroulèrent avec un horrible fracas. Mais presqu'au même instant, Wellington, faute de munitions, se vit obligé de suspendre l'attaque, et de remettre la continuation des travaux jusqu'à l'arrivée des convois d'Almeida.
Cependant, le duc de Raguse, en apprenant le passage de
(1) Dans sa lettre du 25 juin au comte de Ltverpool, Wellington avoue « qu'il amena trop << peu de pièces, et qu'il dut en faire venir un nombre plus considérable, ce qui apporta du <( retard aux opérations. »
(2) Journaux des sièges, p. 197.
(3) JONES, p. 200.
la Tormès, avait réuni un corps de 25,000 hommes (1) et s'était porté, le 20, au secours des forts.
Prévenu à temps de cette marche, Wellington retira de Salamanque une brigade de la 6e division , fit désarmer les batteries et envoya à tout événement les bouches à feu de l'autre côté de la Tormès. Ses dispositions furent si bien prises que Marmont, après une reconnaissance minutieuse de la position anglaise, jugea prudent de ne pas engager la bataille. De part et d'autre, on ne fit que se tâter au moyen d'escarmouches. Cependant, à la suite d'une vive canonnade, le duc de Raguse repoussa les avant-postes et occupa le village de Morisco, à portée de canon de l'armée anglaise.
Wellington croyant être attaqué le lendemain matin, passa toute la nuit couché par terre, au milieu de ses soldats (2).
Mais la journée du 21 s'écoula comme la précédente; elle fut signalée seulement par un engagement partiel, livré le soir, dans le but de déloger les Français du village qu'ils avaient pris la veille.
Si, au lieu de faire cette attaque à la fin de la journée, Wellington avait profité du mouvement intempestif de Marmont sur Morisco pour engager la bataille, très-probablement une belle victoire eût couronné ses efforts, car il avait ce jour-là une incontestable supériorité numérique sur son adversaire (3).
Le lendemain, en effet, Marmont reçut des secours qui, portant son armée à 40,000 hommes environ, lui permirent
(1) Calculs de Napier. — Belmas évalue les forces de Marmont à 30,000 hommes et celles de Wellington â 50,000. — T. IV, p. 444.
(2) Victories ofthe british armies.
(3) il avait trois fois plus de cavalerie, et son infanterie était plus forte du tiers; mais les troupes françaises étaient beaucoup plus manœuvrières que les siennes. « Wellington, dit Napier, pensa que si Marmont s'avançait pour combattre , il valait mieux défendre une position très-forle que de livrer bataille dans la plaine , l'infériorité numérique n'étant pas telle qu'elle ne laissât aucun doute sur l'issue d'une action si décisive ; au surplus, en cas d'insuccès, la retraite de l'armée, de l'autre côté de la Tormès, eût été trèg-diflicile. »— T.IX, p.161.
d'occuper une position beaucoup plus forte. Toutefois, comme le général Caffarelli lui annonça dans ce moment l'arrivée prochaine d'un corps de troupes, il jugea prudent de se retirer, pendant la nuit du 25, sur les hauteurs de Villa-Rubia.
Au jour , ses troupes passèrent la Tormès et dessinèrent une attaque que les habiles manœuvres de Wellington rendirent infructueuse (1).
Se voyant ainsi prévenu sur tous les points, Marmont perdit l'espoir de secourir les troupes imprudemment laissées dans les forts de Salamanque, et repassa la Tormès pour regagner successivement la Huerta et le Douro.
Le général Sarrazin fait observer avec raison que le duc de Wellington aurait dû profiter de la faute que fit le duc de llaguse, en s'aventurant, dans la journée du 25, sur la rive gauche delà Tormès, puisqu'il était plus facile de l'écraser sur ce point que dans les positions très-fortes, couvertes par le Douro, où les alliés allèrent le chercher quelques jours après.
Cependant Wellington profita de son demi-succès pour reprendre le siège des forts de Salamanque suspendu depuis le 20. N'ayant pas encore reçu les munitions d'Almeida, il commença par attaquer la redoute de San-Gayetano, qui entravait les approches du fort Saint- Vincent. L'artillerie lança, dans la journée du 25, contre la gorge de cette redoute, les derniers projectiles qui lui restaient, 60 boulets de 18 et 100 boulets de 24. Quoique la distance et l'obliquité du tir ne permissent pas de former une brèche suffisante, néanmoins, vers 10 heures du soir, Wellington donna ordre d'enlever la San-Gayetano et la Merced par une attaque de vive force. Le général Bowes, chargé de l'opération, ne négligea rien pour en assurer le succès ; mais sa colonne, assaillie par des
(1) Voir napier, t. IX, p. 164 et 165, et Sarrazin, p. 292 et 293.
forces supérieures, fut obligée de battre en retraite avec une perte de 120 hommes (1); lui-même resta parmi les morts.
Le 25 au matin , Wellington reçut d'Almeida 600 boulets de 24 et 400 de 18, avec un approvisionnement de poudre (2). Le tir des batteries contre la gorge de la redoute et le fort Saint-Vincent fut aussitôt repris.
Le 27, à 10 heures du matin, le feu éclata dans les bâtiments du fort avec une telle violence, que les assiégés perdirent tout espoir de l'éteindre.
Au même moment, la brèche de la redoute fut déclarée praticable : on allait y donner l'assaut, quand la garnison fit demander deux heures pour se rendre; même proposition fut faite par les défenseurs du Saint-Vincent; mais craignant qu'on ne mît ce temps à profit pour éteindre le feu et réparer les dégâts, Wellington n'accorda aux uns et aux autres que cinq minutes. Ce délai ayant expiré sans apparence de soumission, les hostilités reprirent de part et d'autre. Une colonne anglaise se dirigea sur le San-Gayetano, l'attaqua parla gorge, et l'enleva au moment où une surprise rendait les Anglais maîtres du Saint- Vincent. Ce dernier épisode est raconté par Belmas dans les termes suivants : « On était encore à parlementer, lorsque des chasseurs portugais s'avancèrent au pied de la brèche, pour causer amicalement avec nos soldats, qui, sans défiance, les laissèrent s'approcher; mais bientôt ceux-ci se trouvant en nombre, gravirent la brèche et pénétrèrent de force dans le couvent. »
Le chef de bataillon Duchemin fut frappé d'un coup de baïonnette, et obligé de se rendre à discrétion (3). On trouva
(1) D'après Jones.— Belmas porte les pertes à 200 hommesfa) Le 24 étaient arrivés les six obusiers eu fer qui avaient été mis à la disposition de Hlll
pour l'attaque d'Almaraz; toutefois, on ne put tirer aucun parti de ces obusiers faute de
munitions. — Jones.
(3) il était parvenu a éteindre dix-huit fois le feu dans le couvent.
dans le fort de vastes dépôts d'habillements et des munitions de toute espèce (i).
Ce petit siège, qui coûta aux alliés environ 600 hommes (2), retarda de dix jours l'exécution de leurs projets et permit à Marmont de réunir toutes ses forces. Pendant ce temps , les armées du roi et de Soult auraient pu venir au secours du maréchal et battre Wellington ; mais chacun travaillait pour soi, et Joseph n'avait pas assez d'autorité pour mettre de l'ensemble dans les opérations. Les conséquences de cet état de choses furent nettement indiquées au ministre de la guerre par le maréchal Jourdan (3) : « Le duc de Raguse, dit- il, annonce d'une manière positive que lord Wellington va prendre l'offensive sur lui ; cependant le duc de Dalmatie , qui dans ce cas doit envoyer le comte d'Erlon au secours de l'armée du Portugal, n'en fait rien. Le duc d'Albuféra, qui doit diriger une division sur Madrid, s'y refuse, et le comte Caffarelli prétend qu'il ne peut envoyer aucun secours sans exposer les provinces du Nord à un danger imminent. Si donc Wellington marche avec toutes ses forces réunies, l'armée du Portugal devra seule combattre. Il est possible que l'ennemi soit battu ; mais s'il en était autrement, il pourrait en résulter des événements très-fâcheux et cela parce que les ordres du roi n'auraient pas été exécutés. »
Marmont espérait que les forts de Salamanque tiendraient au moins quinze jours. Il fut donc extrêmement surpris de recevoir, dans la nuit du 26 au 27, la nouvelle trans-
(1) Wellington àlord Liverpool, lettre du 30 juin. On trouva, dit Jones, dans les trois forts 36 bouches à feu.
(2) Jones évalue les pertes à 300 hommes, et Marmont, dans son Rapport du 31 juillet au ministre de la guerre, à plus de 1,300. Notre évaluation est conforme à celle de Belmas. Les rapports anglais portent le nombre des tués (du 10 au 27) a 115, celui des blessés à 412 et celui des manquants à 13.
(3) Voir sa lettre du 12 juin.— T. V1H, p. 190 des Mémoires de Joseph.
mise par des signaux, que le gouverneur, avant cinq jours, serait obligé de capituler (1).
Cette nouvelle le décida à faire des préparatifs pour passer la Tormès dans la nuit du 28 au 29; mais dès le 27, il apprit la reddition prématurée des forts.
Craignant avec raison les reproches de l'empereur, le maréchal écrivit, le 28, à Jourdan, et le 1er juillet au roi, que la chute de Salamanque devait être attribuée au mauvais vouloir de Caffarelli, qui l'avait trompé en lui annonçant, le 10 juin, qu'il était en marche avec des secours. « Je l'attendis pendant trois jours, dit-il, avant de me mettre en route, etquand j'arrivai, il était trop tard. » Ceci n'est pas tout à fait exact : le maréchal était encore dans son camp lorsqu'il reçut avis de la reddition des postes, et, de son propre aveu, il ne se disposait à partir que du 28 au 29, bien que depuis le 26 au soir il fût informé de la détresse de la garnison.
La prise des forts changea complètement la situation de l'armée française. Marmont fut obligé de battre en retraite dans la nuit même du 27. Il se dirigea vers le Douro par les routes de Tordésillas et de Toro. Chemin faisant, il retira la garnison d'Alba de Tormès.
Wellington, après avoir ordonné la destruction des ouvrages de cette dernière place (2) et des forts de Salamanque, partit le 28, et rejoignit le lendemain son armée qui suivait l'ennemi à petites marches, dans la direction de Valladolid; bientôt cependant il s'arrêta, convaincu de l'impossibilité de passer le Douro devant les positions fortifiées des Français. La prudence, dit-on, lui conseillait d'attendre qu'on vînt l'attaquer. Nous croyons, au contraire, que s'il avait réuni ses
(1) Voir pour ces détails la lettre écrite par Marmont le 31 juillet au ministre de la guerre. D'après Belmas, l'avis du télégraphe portait seulement qu'il était possible de tenir trois jours.
(2) Cette place avait été évacuée par les Français après l'abandon des forts de Salamanque.
troupes le 2 juillet, au lieu de les disperser sur le faux avis (1) que Marmont avait passé le Douro, la retraite de l'armée ennemie par le pont de Tordésillas aurait été marquée par un désastre.
■ Avant de continuer le récit des événements, jetons un coup d'œil sur la situation respective des armées belligérantes.
Wellington avait vu plusieurs parties essentielles de son plan de campagne ruinées par l'imprévoyance des agents anglais et par l'incapacité des chefs espagnols. Ballesteros avait été battu à Bornos et la cavalerie de Slade dispersée à Liera ; — Castanos avait perdu par sa lenteur l'occasion de se mettre en rapport avec Sylviera, ainsi qu'on en était convenu pour réprimer les fourrageurs et forcer l'ennemi à vivre aux dépens de ses magasins ; — Echevaria n'avait rien fait dans le royaume de Cordoue; — à Cadix, l'influence anglaise venait d'éprouver un échec décisif par le rejet de la médiation proposée en faveur des colonies; — enfin, les cortès se montraient de plus en plus favorables aux Français. D'autre part, les défaites de Mina avaient agi défavorablement sur les partidas du nord de l'Espagne; l'activité de ceux de Castille, au lieu d'augmenter, avait diminué sensiblement après le passage de la Tormès par l'armée alliée (2); les troupes de Sicile, sur lesquelles on avait compté pour tenir toute l'armée d'Aragon dans la partie orientale de l'Espagne, et même pour attirer l'attention du roi de ce côté, allaient, par ordre de William Bentinck, combattre l'Italie (3) et emporter pour leur
(1) Cet avis l'informait que Marinunt avait détruit le pont et gagné la rive droite du Douro, quand en réalité il était encore sur la rive gauche.
(2) « Leurs chefs paraissaient disposes à laisser le fardeau de la guerre entièrement aux .. allies. »— Napif.b, t. IX, p. 179.
(3) Voir la lettre de Wellington au comte Bathurst, 14 juillet 1812.
usage deux millions de dollars que Wellington était sur le point d'emprunter aux négociants de Gibraltar (t). On devait quatre moisde paye aux troupes, six à l'état-major, et presque une année aux muletiers (2). «Nous n'avons du pain que pour « aujourd'hui seulement, écrivait Beresford (le 8 juillet), et « le commissaire des vivres n'a pas un sou. Je ne sais pas « comment nous avancerons. » Le 15, Wellington s'exprima dans le même sens : « Je n'ai jamais été dans une détresse « pareille ; il en résultera certainement quelque grand malce heur, si le gouvernement n'envisage pas sérieusement ma « position et ne prend pas des mesures pour nous envoyer « régulièrement de l'argent (3). » La désertion dans l'armée portugaise augmentait en dépit des mesures les plus rigoureuses. Enfin, Wellington apprit par lettre interceptée que de tous côtés on venait au secours du duc de Raguse.
Ces renforts cependant ne furent pas aussi considérables qu'on pourrait le croire , et la mésintelligence des généraux français empêcha la plupart d'arriver à temps. Caffarelli retint les divisions promises à l'armée de Portugal (4) ; Soult ne voulut pas laisser partir Drouet (5), et le duc d'Albuféra
(.1) Cependant, sur les réclamation» de Wellington, le ministère enjoignit à Bentinck de renoncera cette expédition, qu'il avait d'abord approuvée, et de ne faire que la diversion convenue en Catalogne. Mais ces pourparlers retardèrent la descente et permirent à Suchet de faire des préparatifs pour s'y opposer.
(2) Voir la lettre de Wellington au comte de Liverpool, 30 juin 1812.
(3) Il ajoutait : « L'arriéré et la détresse du gouvernement portugais ne sont qu'une plai- « santerie auprès des nôtres, et si notre crédit ne valait pas mieux que le sien, nous mour- « rions certainement de faim. Au train dont vont les choses, si nous ne trouvons pas les « moyens de payer nos billets pour la viande de boucherie, la guerre sera finie tout d'un « coup. »— (Lettre à Charles Stuart.)
« Les ressources personnelles de Wellington, dues aux spéculations commerciales qu'il faisait avec la Galice et le Portugal, mettaient seules l'armée en état de garder sa position avancée. » — Napier, t. IX, p. 181.
(4) Caffarelli justifia sa résistance ouverte aux ordres du roi, en invoquant l'expédition de Popham, embarquée à la Corogne le 18 juin, sur 20 bâtiments de guerre. Ainsi, le but de Wellington se trouva atteint, bien que les troupes de cette expédition fussent obligées de se rembarquer le 19 juillet, après un combat où les partisans de Mina eurent le dessou s.
(5) Le roi, mieux inspiré dans celte circonstance que ses généraux , lui avait donné impérativement l'ordre d'envoyer 10,000 hommes à Tolède; mais a cet ordre, Soult avait répondu par une lettre de refus, datée du 16 juillet, dans laquelle il soutenait que l'envoi de 10,000 hommes entraînait l'évacuation de l'Andalousie.
refusa d'envoyer à Madrid plus d'une brigade (1) ; Bonnet seul obéit; mais son départ des Asturies exerça une influence plutôt nuisible qu'utile (2) , en agissant sur la détermination que prit Caffarelli de retenir les divisions destinées à l'armée de Portugal (3).
Il faut remarquer, au surplus, que toutes les dépêches des généraux français étaient interceptées par les guérillas, ce qui empêchait de mettre de l'accord dans leurs opérations : ainsi le roi reçut seulement le 19 une dépêche dans laquelle Marmont lui annonçait l'approche de Wellington et la marche de Hill vers le Nord (4).
« Dans un tel état de choses, ni Wellington, ni Marmont n'avaient de motifs pour combattre sur le Douro : Marmont, parce que sa position était si forte qu'il pouvait y attendre en sûreté les troupes de Bonnet (5) ainsi que celles de Caffarelli (6), pendant que le roi opérerait sur les communications des alliés ; — Wellington , parce qu'il ne pouvait attaquer les Français sans un grand désavantage , les gués étant peu connus et celui de Polios, très-profond (7). »
Le général anglais se proposa en conséquence d'attendre que les gués fussent plus praticables , ou que les opérations combinées des Galiciens et des guérillas obligeassent l'ennemi
(1) Le refus de Suchet, daté du 30 juin, était accompagné d'une offre éventuelle de démission. On trouve dans cette lettre le passage suivant: « Je doute que, dans l'état « actuel de l'Angleterre, lord Wellington ose hasarder une bataille. Il a trop â perdre, et « l'armée française a trop de gloire à acquérir pour qu'il s'engage aussi loin de ses vais- « seaux. »
Cet extrait montre quelle fausse idée les généraux français s'éaient faite du caractère et des talents de "Wellington.
(2) Il quitta les Asturies, après six jours d'occupation , sur l'ordre de Marmont, à la tête d'une division de 6,000 hommes. D'après les auteurs des notoires et conquêtes, cette division était forte de 8,000 hommes.
(3) Cependant, pressé par le roi, Caffarelli envoya le 13 juillet 1,800 chevaux et 20 pièces de canon, sans infanterie.
(4) Le maréchal se trompait en ce qui concerne Hill , qui était resté dans l'Eslramadure.
(5) Bonnet arriva le 8.
(6) Marmont ignorait encore la résolution prise par ce général de ne pas lui envoyer des secours.
(7) NAPiEB.t.IX, p. 175.
à faire des détachements, ou que le manque de vivres forçât le duc de Raguse soit à étendre ses troupes, soit à battre en retraite.
Dans ces entrefaites, Wellington fit presser le siège d'Astorga et réunir toutes les forces espagnoles disponibles sur l'Eisa, pour inquiéter le flanc droit de Marmont.
Les deux armées restèrent ainsi plusieurs jours en présence. Le temps était beau, le pays riche, les troupes de part et d'autre régulièrement nourries.
Dans cette situation, le duc de Raguse, couvert par le Douro, pouvait attendre en sécurité la division de Bonnet, la cavalerie de l'armée du Nord et l'arrivée du roi Joseph.
La prudence lui faisait même un devoir d'agir ainsi; néanmoins, comme s'il eût craint de partager avec le frère de l'empereur une victoire qu'il jugeait .certaine (1), il résolut de prendre l'initiative avant l'arrivée de ces troupes.
Son projet était de couper à l'armée anglaise ses communications avec Ciudad-Rodrigo , projet hardi , réalisable cependant, mais exigeant une vigueur d'exécution que ne possédait pas le duc de Raguse.
Dans la soirée du 16 juillet, deux divisions françaises, pour donner le change à l'ennemi , passèrent le fleuve à Toro (2) ; mais à peine établies sur l'autre rive elles furent rappelées et dirigées à marches forcées sur Tordésillas, où toute l'armée effectua son passage, dans la matinée du 17. Le même jour, les Français, après avoir repoussé les avant-postes de cavalerie anglaise, se trouvèrent réunis à Nava del Rey (3).
(1) La correspondance de Marmont avec le ministre de la guerre prouve que le duc de Raguse avait une grande confiance dans le résultat de ses opérations.
(2) Wellington dit, dans son Rapport du 21 juillet au comte Bathurst, « qu'il lui eût été totalement impossible d'empêcher l'ennemi de passer le Douro, celui-ci étant maître de tous les ponts sur cette rivière et de la plupart des gués. ><
(3) Quelques divisions avaient fait, pour atteindre ce point, 26 lieues en 48 heures, dont 14 à 16 lieues sans s'arrêter.
En ce moment, Wellington, induit en erreur par le mouvement de la veille, était encore aux environs de Toro. Il ne connut sa fausse position que dans la nuit du 17.
Aussitôt son armée se porta à la rencontre du duc de Raguse, qui, se voyant en présence d'une partie seulement des alliés, tourna leur aile gauche et marcha sur la Guarena, bonne et forte ligne de défense qu'il espérait emporter dans la première confusion du passage.
Le général anglais se tira avec beaucoup d'habileté de ce pas difficile, et fut assez heureux pour gagner, sans combat, le plateau de Vallesa, où Marmont aurait voulu le prévenir (1).
Le projet du maréchal, comme nous l'avons vu, était de menacer la communication avec Salamanque et Ciudad- Rodrigo, pour forcer les alliés à rétrograder sur Almeida (2), ou à frapper un coup décisif pour dégager la première ligne. Il eut atteint ce but en continuant le mouvement qu'il avait dessiné dans la soirée du 16 au delà de Toro, car son armée était alors plus près de Salamanque que celle des alliés.
Le 18, Wellington repoussa avec beaucoup de vigueur une tentative faite par les Français pour écraser sa gauche : la brigade de cavalerie du général Alten fit dans cette circonstance 240 prisonniers.
Le 19, dans l'après-midi, le duc de Raguse retira toutes les troupes de sa droite et se porta à gauche vers Tarazona, comme pour tourner la droite des alliés.
Dans la soirée et pendant la nuit, l'armée de Wellington passa la Guarena supérieure à Vallesa et à El Olmo, et fit ses préparatifs pour l'affaire qu'elle s'attendait à avoir le 20
(1) On a reproché A Wellington d'avoir étendu ses troupes le long du Douro, et d'avoir occupé, sur la droite, la mauvaise position de Castrejon, pour s'opposer au passage du fleuve. Il eût été, en effet, plus sûr d'attendre l'ennemi concentré sur la Guarena, et de pousser seulement des postes de cavalerie sur le Douro. De cette manière, l'armée alliée ne se fût pas trouvée dans le cas d'être surprise et tournée.
(2) ils auraient dû passer la Tonnes A Huerta, mouvement qui n'était pas sans danger.
au matin, dans la plaine de Vallesa. Mais trompant cette attente, le duc de Raguse, un peu après le point du jour, fit par sa gauche une manœuvre judicieuse, le long des hauteurs de la Guarena, traversa la rivière au-dessous de Cantalapiedra, et tourna le flanc droit des alliés, qui avaient conservé leur position de Vallesa (1).
Wellington ne s'attendait pas à ce mouvement, que du reste il redoutait peu à cause de la garnison espagnole qu'il avait eu la précaution de mettre dans le château d'Alba de Tormès; mais le duc de Raguse, mieux instruit, savait que cette garnison avait été retirée par d'Espana, à l'insu du général en chef.
Dès que l'armée anglaise vit le duc de Raguse se porter à gauche,ielle fit un mouvement correspondant à droite: quelque rapide cependant que fût ce mouvement, il ne l'empêcha point d'être débordée.
Marmont, assuré dès lors du commandement de la Tormès, pouvait à son choix livrer bataille, donner aux renforts le temps de rejoindre ou poursuivre les opérations commencées depuis le 16.
Dans ces conjonctures, il ne restait au général anglais qu'à battre en retraite (2). Guidé par sa froide raison bien plus que par le désir de s'illustrer, il se résigna promptement à ce sacrifice d'amour -propre, décidé cependant à couvrir Salamanque et la communication avec Ciudad-Rodrigo, jusqu'à la dernière extrémité.
Une lettre dans laquelle le duc fesait part de ce projet à
(1) Harmontalla camper, dans la nuit du 20 au 21, à Babila-Fuente età.Villoruela. Wellington fit un mouvement correspondant à sa droite sur Cantalpino, et campa cette même nuit à Cabeza-Vellos».
(2) Attaquer Marmont par le flanc de sa position, c'eût été courir sans nécessité urgente les chances d'un combat inégal. « Pour plusieurs raisons, dit Wellington, je ne jugeai pas à « propos de le faire. » [Lettre du 21 juillet à lord Balhurst.)
Dans celte même lettre, le duc annonça le dessein de traverser la Tormès, si l'ennemi en eût fait autant.
Castanos, fut interceptée par Marmont,qui prit aussitôt l'initiative des opérations, sans égard pour les mouvements de Joseph. Le 21 après-midi, la plus grande partie de ses troupes passa la rivière à gué, entre Huerta et Alba de Tormès; une garnison française fut jetée dans cette dernière ville, et la gauche de l'armée se dirigea en toute hâte vers Ciudad- Rodrigo.
Les alliés, qui jusqu'alors s'étaient tenus dans l'ancienne position de San-Christoval, passèrent la Tormès sur le pont de Salamanque et les gués voisins. Avant la fin du jour, ils occupaient une des fortes positions de l'autre rive (1). Leur droite se trouvait sur une des deux hauteurs appelées dos Arapiles, et leur gauche appuyée à la Tormès, au-dessous du gué de Santa-Marta.
A minuit, le général anglais reçut avis que le lendemain ou le surlendemain, 2,000 hommes de cavalerie sous Chauvel, et 20 canons, envoyés par Caffarelli, devaient rejoindre l'armée ennemie.
Il prit aussitôt la résolution de battre en retraite sur Ciudad- Rodrigo, à la pointe du jour, à moins que l'ennemi ne l'attaquât ou ne commît quelque faute grossière. Or c'est précisément ce qui arriva.
Le 22 au matin, on put reconnaître, à une certaine agitation dans le camp des Français, l'approche d'une grande bataille.
La division d'avant-garde, sous les ordres du général Bonnet, s'ébranla au point du jour et marcha dans la direction de Ciudad-Rodrigo. Bientôt cependant elle changea de direc-
(1) Wellington, dans son mouvement de retraite, fut suivi à petite distance, par le duc de Raguse. On eut ainsi le spectacle Imposant de deux armées, marchant parallèlement et souvent à mi-portée de canon l'une de l'autre.
Jourdan fait observer avec raison, dans ses Mémoires inédits, que puisque Marmont était décidé a livrer bataille, c'est ce moment qu'il aurait dû saisir. Il n'avait rien à gagner, en effet, à ce que Wellington allât s'établir dans sa forte position de San-Christoval. — Voir les Mémoires de Joseph, t. VIII, p. 200.
tion et s'empara de l'un des Arapiles, au moment où une partie de l'armée portugaise cherchait à s'y établir. Une batterie fut construite sur ce point, et le duc de Raguse vint s'établir non loin de là avec son état-major, pour embrasser l'ensemble des opérations.
Ce premier avantage des Français aurait eu des conséquences funestes pour Wellington , s'il avait perdu la bataille, car ses troupes auraient dû défiler sous le feu de l'Arapile qui dominait à petite portée la route de Ciudad-Rodrigo. Heureusement la bonne contenance des alliés empêcha les Français d'attaquer le deuxième Arapile, encore plus important que l'autre (1).
Voici quelle était en ce moment la position de l'armée française :
Les divisions Foy et Ferrey, soutenues par la division de dragons de Boyer, occupaient la droite, appuyées au plateau de Calvarasa et couvertes par un grand ravin. Les divisions Clausel, Sarrut,Maucune et Brenier étaient réunies en masse au centre, derrière le mamelon des Arapiles, où se trouvait Bonnet; à gauche, la divison Thomières, flanquée par la division de cavalerie légère de Curto, occupait un autre plateau protégé par 20 pièces de canon.
Le duc de Raguse , craignant que les alliés ne se retirassent avant qu'il eût achevé ses dispositions d'attaque, et ne voulant pas renoncer à son projet de couper la ligne de Ciudad-Rodrigo, résolut de s'emparer du pic de Miranda, situé à une demi-lieue de son extrême gauche, et de gagner ensuite Santa-Tome deRosados, sur la route de Tamamès(2).
(1) Le comte Toréno reproche à Wellington de n'avoir pas fait occuper le grand Arapile dès le 21 ; il a raison sur ce point, mais il se trompe en disant que, deux heures après l'enlèvemeût du poste en question, c'est-a-dire vers dix heures du matin, Wellington avait donné l'ordre de battre en retraite, « parce que l'ennemi, grâce à la position du grand Arapile, pre- « nait peu à peu une position oblique, compromettante pour les alliés. » T. V, p. 71.
(2) Voir Bf.lmas, 1. 1, p. 232.
Il chargea la division Thomières de cette opération et lui donna pour soutien 50 bouches à feu outre les divisions Curto, Maucune et Brenier. Toutefois, ces deux dernières divisions n'étaient pas encore en ligne quand déjà Thomières prit possession de la hauteur indiquée.
Le général anglais, qui suivait du haut d'une montagne cette évolution trop compliquée pour n'être par dangereuse (1), observa qu'elle tendait à séparer entièrement la gauche des Français de leur centre, et, sur-le-champ, avec une sûreté de coup d'œil et une vigueur remarquables, il prit les meilleures dispositions pour faire tourner ce mouvement à l'avantage des alliés. Sa lre division et la division légère, sous les ordres des généraux Campbell et Alten, furent postées à la gauche des Arapiles , formant l'extrême gauche de l'ordre de bataille ; les divisions Cole et Leith se placèrent sur deux lignes à droite de ce point ; les divisions Clinton et Hope et un corps d'Espagnols, sous les ordres de don Carlos d'Espana, se formèrent en colonne derrière le village des Arapiles ; enfin , la division Packenham , avec un gros corps de cavalerie, s'établit à l'extrême droite(2).(Foir/?/.XZZ7.)
Wellington dirigea en toute hâte cette dernière division, avec deux brigades d'artillerie et quelques escadrons, sous les ordres du général d'Urban, contre la gauche des Français. Les généraux Cole et Leith, soutenus par Clinton et Hope, reçurent en même temps l'ordre d'attaquer le front de l'ennemi; et la brigade portugaise de Pack fut chargée de reprendre celui des deux Arapiles qui avait été occupé le matin par la division Bonnet.
(1) te duc de Raguse excellait dans l'art de manier les troupes sur un terrain de manœuvres, il avait de plus une grande confiance dans son habileté. C'est ce qui lui fit écrire, le 16 janvier 1812, à Berthier: « Vous pouvez vous attendre à des événements heureux et glorieux « pour l'armée française. » Cette présomption sans doute contribua a l'échec qu'essuya l'armée française dans les plaines de Salamanque.
(2) Voir Jones, t. II, p. 62.
Quand Marmont vit toutes ces troupes arriver spontanément sur lui pour le surprendre au milieu de ses évolutions, il comprit l'étendue de sa faute et chercha à la réparer, en donnant à sa gauche l'ordre de se replier immédiatement sur le centre (1). Il n'était plus temps, car déjà Wellington, se souvenant des belles manœuvres de Frédéric à Rosbach et de Napoléon à Austerlitz, avait envoyé la moitié de ses troupes battre l'aile gauche, pendant que l'autre moitié attaquerait le centre...
Dès que la division Packenham se fut placée en travers du chemin que suivait Thomières, le duc de Raguse accourut sur les lieux, pour hâter la marche des troupes de soutien et venir au secours de sa gauche compromise; mais presque au même instant, un éclat d'obus lui fracassa le bras droit et l'obligea à quitter le champ de bataille.
Sur ces entrefaites, les troupes anglaises débouchèrent du village des Arapiles et détruisirent une partie de la division Brenier, qui, après avoir imprudemment engagé quelques troupes à l'entrée de ce village, s'était arrêtée pour les soutenir; elles écrasèrent ensuite la division Thomières, et la poursuivant de hauteur en hauteur, lui faisant environ 5,000 prisonniers (2) ; enfin , repoussant à le baïonnette la division Maucune, qui eut beaucoup de peine à se dégager, elles s'établirent sur le flanc de la position attaquée en ce moment de front par le reste de l'armée. Une charge vigoureuse de la cavalerie de Cotton compléta ce succès , que le général Marchant paya de sa vie.
(1) Plusieurs auteurs, et notamment ceux des Victoires et conquêtes, rendent Thomières seul responsable de ce mouvement excentrique, rien cependant ne prouve cette assertion. Le rapport du maréchal duc de Raguse n'est pas très-clair à cet endroit. Il dit seulement que la plupart des mouvements préliminaires furent exécutés avec irrégularité; qu'il lui eût été facile de remédier au mal, mais que sa blessure, en l'obligeant de quitter le champ de bataille, amena l'anarchie et le désordre, causes premières de la perte delà bataille. Rapport du 31 juillet !812.voir également la lettre de Marmont du 25 juillet au roi Joseph.
(2) Jones, t. il, p. 64.
Thomières, blessé dans le même moment, tomba glorieusement à la tête de sa division ; le désordre que cet événement produisit se communiqua rapidement aux troupes du centre. Par une fatalité singulière, le général Bonnet, appelé au commandement par droit d'ancienneté, fut mis hors de combat quelques minutes après Marmont.
Quand Clausel succéda à Bonnet, la déroute commençait à devenir générale. Le nouveau chef fut heureusement à la hauteur des circonstances. Homme de talent et de résolution, il prit sur-le-champ les seules mesures capables de sauver l'armée. Après avoir replié la gauche et le centre sur la droite , il gagna successivement les hauteurs en arrière d'Arriba. Mais telle est l'influence d'une première faute à la guerre, que l'habileté du général et le courage du soldat français n'eurent d'autre résultat que de permettre à l'armée de Portugal d'effectuer sa retraite en bon ordre.
Un moment cependant la victoire parut indécise entre les deux partis (1). C'était sur la gauche, près du grand arapile encore au pouvoir des Français. Les troupes chargées de la défense de ce point avaient repoussé la brigade portugaise de Pack et la 4me division de Cole, qui s'étaient portées simultanément contre la division Bonnet. Beresford , avec la brigade portugaise de la 5mc division, était accouru au secours de Cole; mais déjà il battait en retraite, quand Wellington fit avancer la 6me division de Clinton pour relever la 4,ae. Un combat terrible s'engagea sur ce point ; quelque temps indécis, il se termina enfin à l'avantage de la division anglaise, qui déblaya le terrain lentement, à la pointe de la baïonnette.
Cependant la droite de l'armée française tenait encore et
(1) Celte circonstance et les pertes de l'armée alliée prouvent que Wellington eut raison d'attendre pour livrer bataille a l'armée de Portugal, qu'il se trouvât dans des conditions éminemment avantageuses. .
se renforçait même graduellement par l'arrivée des troupes de la gauche. Son front était couvert par une redoutable artillerie, et ses flancs protégés par de forts détachements de cavalerie. Wellington envoya la lre division , la division légère et deux brigades de la 4e tourner l'aile droite de cette nouvelle position, pendant que Clinton, avec la 6e division, soutenue par les 5e et 5e, l'attaqueraient en front. Cette offensive, vigoureusement exécutée, mit les Français en pleine retraite.
Le jour était à son déclin : cette circonstance fut favorable à Clausel (i), qui rallia ses troupes au milieu des ténèbres et les mit en mouvement avec une grande habileté.
Wellington, bien que harassé de fatigue et même blessé légèrement (2), prit le commandement des troupes chargées de la poursuite, et poussa droit sur les gués d'Huerta et d'Encinas, où il espérait trouver l'ennemi en masses rompues et désorganisées. Mais d'Espana ayant retiré la garnison d'Alba de Tormès à l'insu du général en chef (2) , l'armée française put traverser la rivière sur ce point , et se diriger vers Peneranda, sans être inquiétée.
L'aile droite des Anglais aurait dû suivre l'ennemi dans cette direction; mais, fatiguée parles combats de la journée, elle ne quitta point le champ de bataille. Ce fut seulement le lendemain matin que l'on continua la poursuite au delà de la Tormès. La cavalerie allemande chargea l'arrière-garde française, sur une hauteur appelée la Serna, et fit prisonnière toute son infanterie, composée de trois bataillons. Les jours
(1) Lettre du 24, de Wellingtonà lord Balhurst.
(2) Vers la An de la journée, une balle perdue atteignit Wellington à la cuisse, mais sans occasionner de blessure grave. Quelques jours auparavant (le 18, à CasLrejon), il avait couru un danger plus sérieux : observant avec Beresrord les mouvements de l'armée française, il avait été enveloppé par une troupe de cavalerie, et ne s'était dégagé qu'en mettant l'épée â la main.
(3) « Si j'avais su qu'il n'y avait plus de garnison à Alba, j'y aurais marché et j'aurais proba- « blement pris toute l'armée. » Wellington au général Graham, le 25 juillet 1812.
suivants, on poussa les colonnes en retraite dans la direction de Valladolid. Il s'en faut bien toutefois que cette poursuite fût remarquable par la promptitude et la vigueur des opérations. Les auteurs anglais eux-mêmes sont obligés d'en convenir.
La bataille de Salamanque est incontestablement la plus décisive que les alliés eussent livrée jusqu'alors dans la Péninsule. Elle affermit la réputation de l'armée anglaise, et fit particulièrement ressortir les brillantes qualités de son général : un jugement solide, un coup d'œil prompt et sûr, une exécution vigoureuse et une rare habileté à mouvoir ses troupes. ïhibaudeau a pu dire avec raison, que « la journée des Arapiles marqua la fin de l'occupation française en Espagne. »
Le duc de Raguse avait à Salamanque 42,000 hommes , et son adversaire 46,400, dont 3,500 espagnols (î).
La cavalerie de l'armée française était numériquement inférieure à celle de l'armée alliée; en revanche, l'artillerie de Marmont s'élevait à 77 bouches à feu (2), et celle de Wellington à 60 seulement, et d'un calibre inférieur (3).
L'action fut courte et meurtrière. Environ 9,000 Français et 5,224 alliés restèrent sur le champ de bataille (4). Le géné-
(1) Le comte Toréno estime les forces de part et d'autre à 47,000 hommes. Les auteurs des Victoires et conquêtes sont encore plus loin de la vérité ,en soutenant que 'Wellington avait des forces presque doubles de celles de Marmont, qu'ils portent â 40,000 hommes.
(2) D'après Jomini.
(3) Lettre du 21, au comte Bathursl. Dans ces 60 bouches à feu étalent comprises celles d'une batterie espagnole.
(4) Rapport de Wellington. Au nombre des prisonniers se trouvaient un général et 130officiers.
Belmas évalue les pertes des alliés â 5,000 hommes, et celle des Français, à 9,000 tués, blessés ou prisonniers.
Thibaudeau ne porte les pertes des Français qu'à 7 ou 8,000 hommes. Le comte Toréno estime le nombre des prisonniers français à 7,000, et les pertes desalliés
rai anglais Marchant fut tué; Cole, Beresford, Cotton, Leith et Alten , furent blessés. Les Français perdirent Forey , Thomières, Desgravières, et eurent quatre autres généraux blessés. Sur quelques points la lutte avait été si vive, que le 11e et le 61e régiment anglais ne comptaient plus ensemble, que 160 hommes à l'effectif.
Onze pièces de canon, plusieurs caissons, deux aigles et six drapeaux étaient tombés entre les mains des vainqueurs.
Sur la proposition de la régence, les cortès donnèrent à Wellington les insignes de l'ordre de la Toison d'or; le Parlement anglais lui vota des remercîments , et le prince régent l'avança dans la pairie sous le titre de marquis de Wellington.
Les résultats de la journée de Salamanque, quoique trèsimportants, auraient été plus remarquables encore, si l'expédition de la Sicile avait été faite à temps et avec un nombre suffisant de troupes (î). Dans ce cas, les Français auraient été forcés de se replier derrière l'Èbre, et de se tenir désormais sur la défensive. Une nouvelle campagne serait devenue sans objet, et l'Espagne eût été libre une année plus tôt.
à 5,520. D'après les auteurs des Victoires et conquêtes, l'armée du Portugal perdit 11 canons, eut 2,000 prisonniers, 5,000 tués et blessés.
Le général Sarrazin estime les pertes des Français à plus de 5,200 hommes tués et blessés, et à 6 ou 7,000 prisonniers.
Enfin le duc de Raguse, dans son rapport, évalue les pertes de son armée à 6,000 hommes environ et â 9 pièces de canon.
Dans le chiffre de 9,000, que nous avons admis comme le plus exact, se trouvent compris les hommes faits prisonniers pendant la bataille.
Les Espagnols n'éprouvèrent aucune perte, Wellington les ayant mis â la réserve, qui ne donna point.
(1) Cette expédition sent plusieurs semaines après l'époque convenue, avec 6,000 hommes seulement au lieu de 15,000, qu'on aurait pu réunir sans la moindre difficulté.
Napoléon apprit le désastre de Salamanque au fond de la Russie (i), et parut d'autant plus affecté de cette nouvelle, que l'Amérique venait de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne, circonstance qui aurait changé la face des choses dans la Péninsule, si Marmont et Joseph en avaient su profiter. L'empereur se montra d'une sévérité excessive pour le duc de Raguse et plein de ressentiment contre Joseph, qu'il accusa d'avoir marché trop tard au secours de l'armée du Portugal (2). « Ce mouvement, dit-il, aurait pu être fait un mois plus tôt. Après la bataille, l'armée du Centre aurait dû se porter sur leDouro et rallier les troupes battues. Pourquoi avoir abandonné si tôt les défilés du Guadarrama? Pourquoi n'avoir pas brûlé les magasins du Retiro, brisé les affûts, emmené les aigles et la garnison? Pourquoi Marmont prit-il l'offensive avant l'arrivée de Joseph? Pourquoi livra-t-il bataille sans ordre, et pourquoi ne voulut-il pas attendre deux jours la cavalerie de Chauvel (3), qu'il savait à portée de Salamanque, et les 15,000 hommes d'infanterie que lui amenait le roi ? »
« En faisant coïncider toutes ces circonstances, ajoute « l'empereur, on est fondé à penser que le duc de Raguse « a craint que le roi ne participât au succès de la bataille, et « qu'il a sacrifié à la vanité la gloire de la patrie et l'avantage « de mon service (4). » Ce jugement nous semble trop sévère, quoique vrai en plusieurs points. Il était assez naturel , en
(1) Le 2 septembre, ou cinq jours avant la bataille de Borodino.
(2) Tbibaudeau le justifie de ce reprocbe, en fes.int observer que Josepb refusa des secours à Marmont, quand 11 en reçut la demande le 1" juillet , mais qu'il partit ensuite « après réflexion » avec 14,000 hommes. (T. IX, p. 104.) Mais ni l'empereur, ni Thibaudeau n'ont tenu compte de ce fait, que le roi jusqu'au dernier moment donna les ordres les plus pressants à Soult et à Caffarelli d'envoyer des secours à Marmont, et qu'il partit seulement lorsqu'il eut la certitude que ces ordres ne seraient point exécutés.
(3) Forte de 1,500 hommes environ et détachée de l'armée du Nord par ordre du roi.
(4) Voir la lettre du colonel Desprez au roi Joseph, Paris, 3 janvier 1813, celle de Napoléon au duc de Feltre, datée de Ghiart, 2 septembre 1812, ot celle que ce dernier adressa, le 14 novembre, à Marmont, pour lui demander, au nom de l'empereur, des explications sur sa conduite.
effet, que Marmont cherchât à livrer bataille, quand il savait Wellington sur le point de battre en retraite. Ce n'est donc pas tant sa résolution de combattre tout seul qu'il faut blâmer, que le mouvement à l'aide duquel il essaya de tourner la droite des Anglais. Sans cette faute, il aurait pu réussir, puisque même après l'avoir faite, il y eut un moment où la victoire parut indécise.
Au reste, le maréchal a soutenu depuis, pour sa justification (1), que l'avis de la prochaine arrivée des troupes de l'armée du Nord ne lui parvint que le 21 au soir (lorsque son armée était déjà de l'autre côté de la Tormès), et que les lettres annonçant la marche de l'armée du Centre ne lui étaient pas arrivées du tout (2).
La déroute de l'armée du Portugal mit fin aux négociations secrètes de Joseph avec les cortès, ôta toute influence aux partisans du roi, réveilla l'énergie des Catalans, fit taire les clameurs de l'opposition anglaise , effraya le gouvernement provisoire de France, apparut à Napoléon comme un sombre présage au milieu des glaces de la Russie, et fut saluée, dans toute l'Allemagne et dans une grande partie de l'Europe, comme l'aurore d'une ère nouvelle.
Le règne de Joseph touchait à sa fin, et déjà l'on pouvait annoncer avec certitude la prochaine délivrance de la Péninsule.
Clausel, assez mollement poursuivi, se retira dans un ordre parfait sur Arevalo , qu'il atteignit le 24, au moment
(1) Cette justification (adressée à Clarke) estdatéc de Bayonnc, 29 novembre 1812.
(2) Voir les Mémoires de Joseph, t. VIII, |>. 213.
Cependant Joseph avait eu soin d'expédier a Marmont huit exprès, tous porteurs de l'ordre
où Joseph venait de faire halte à Blasco-Sancho (1). Aucune des deux armées ne soupçonna la présence de l'autre, bien qu'il n'y eût entre elles qu'un intervalle de quelques milles.
Le roi ignorait encore la résolution qu'avait prise Marmont de combattre seul. Le lendemain, une lettre de Clausel, datée d'Arevalo, lui fit connaître le résultat de la bataille et la nécessité où se trouvait l'armée battue de franchir le Douro, pour sauver le dépôt de Valladolid et établir de nouvelles communications avec l'armée du Nord.
Wellington ayant fait halte dans la journée du 25, Joseph aurait pu se réunir sans difficulté à l'armée de Portugal ; mais, croyant que cette dernière devait se joindre à l'armée du Centre et non celle-ci à l'armée de Portugal, il opéra sa retraite vers le Guadarrama. S'il avait eu dans cette circonstance plus de perspicacité et moins d'amour-propre, il aurait songé, comme le dit fort bien un auteur anglais, « qu'une armée battue et poursuivie n'a pas toute sa liberté d'action. » Mais la véritable cause de ces tiraillements et de ces fautes était l'absence de tout accord entre lés généraux français : Clausel voulait attirer le roi derrière le Douro, et le roi, au contraire, déterminer Clausel à marcher sur Madrid. Chacun de ces plans offrait des avantages, et l'adoption de l'un ou de l'autre eût changé la face des choses (2). Mais Joseph était trop
de réunir l'armée du Portugal à celle du Centre dans les environs de Penaranda (ordre du 21 juillet). Mémoires de Joseph, t. VIII, p. 263 et 265.
(1) Le roi avait quitté Madrid, le 21, avec 14,000 hommes, dont 2,000 de cavalerie et 30 bouches à feu.
Joseph aurait pu se mettre en marche le 18 avec 10,000 hommes, dont 2 à 300 de cavalerie ; mais il recula son départ, afin d'attendre la division italienne de Palombini.
(2) Si l'armée de Portugal s'était jointe à celle du Centre, Wellington n'aurait probablement pas franchi les défilés du Guadarrama, et si le roi s'était joint a Clausel, peu de jours auraient suffi pour réunir derrière le Douro 40,000 hommes d'infanterie (non compris les divisions de Caffarelli), 6,000 cavaliers et une puissante artillerie. Cette force eût sans doute empêché l'armée alliée, inférieure en nombre (malgré les renforts qui étaient arrivés après Salamanque, elle avait 3,000 hommes de moins qu'à l'époque du 22), de se porter sur Madrid, où 2,000 hommes, envoyés par Suchet, étaient arrivés le 30, et où 6 à 7,000 hommes d'autres troupes se seraient portés des places voisines, pour défendre le Retiro.
entêté pour céder, trop faible pour se faire obéir. Il se dirigea vers le Guadarrama et arriva le 27 à Ségovie, où il fit halte jusqu'au 31, dans l'espoir d'être rejoint par Clausel, qui de son côté attendait, aux environs de Tudela, le résultat d'une démarche qu'il avait fait faire pour attirer le roi. Enfin, dans la nuit du 29, l'armée du Portugal franchit le Douro et se dirigea sur Burgos (î). Elle eut beaucoup à souffrir des guérillas de la Vieille-Castille, répandues autour de l'armée britannique.
Le 31, Joseph continua sa marche rétrograde sur Madrid. Pendant ce temps, Wellington se rendit maître de Valladolid (2) et de Cuellar. Ainsi les armées du Centre et de Portugal se trouvèrent irrévocablement séparées. Ce résultat, obtenu dans des circonstances si difficiles, fait le plus grand honneur aux talents du général anglais.
Caffarelli, Suchet, Clausel et Soult n'étant pas à craindre pour le moment (3), Wellington se décida à poursuivre le roi dans la direction de Madrid, à s'emparer de la capitale, et à forcer ainsi les armées du Nord et du Sud à prendre une ligne de correspondance (4) plus longue et moins sûre que la ligne existante.
On a reproché à Wellington d'avoir préféré ce résultat à
(1) Le roi n'apprit ce mouvement sur Burgos qu'en arrivant à Madrid. Il s'en plaignit ouvertement, le général Clausel ayant pris rengagement de se tenir derrière le Douro. Cet engagement toutefois n'avait pu être tenu, parce que Wellington, avant de poursuivre l'armée du Centre, avait profité de sa position centrale pour forcer Clausel A chercher un point éloigné dans le but de réorganiser ses troupes.
(2) Le 30. Wellington établit son quartier général à Cuellar.
(3) Caffarelli était occupé dans le Nord et inquiété par la présence de Popham sur les cotes de la Biscaye ; le duc d'Albuféra était menacé par l'expédition de Sicile ; Clausel était hors d'état de prendre l'offensive avant quelques semaines, et Soult n'avait pas l'intention de quitter l'Andalousie.
(4) Cette nouvelle ligne ne pouvait passer que par Saragossc.
t)E SALAMANOUE,
2 Jinllrl 1812.
BATAILLE DE SALAMANOIE,
22 Juillet 1812.
Légende.
A Position des Franeais le a au matin B Mouvement, vers Ta gcuuhe pour interceptala route de tiudad -Rodrigo C Retraite desFraneais sur Alia île Tonnes D Brigade de Cavalerie Portugaise et .' escadrons
et,- Cavalerie Anglaise Y, Mouvement de la 3? Division (PàkenJutm /confie
Thomiires.Xe matin cette Divïitnit avec D. FCHIKLM Ligne de bataille des Anglais au, moment de l'attaque
0000 lu/ne de humilie des Français de l'attaque/.
a Position des Allies dans la nuit du /, /,/ île la .l'Dm". de lu brig. de Ca
,t des - escadrons Anglais
1 Brigade de Cao. de Bock — 2 Idem de Vletnr Altcn 3 Dm" légère — i l'Dinision — 'sjiri,/ de In i'Diuisi. 6 Brig Portfde Pari — 7 lc resU l,r ," 4' Division A ,7 Dm" —es 6'JHo^— io -'/Jw" n Brig, Portugaise a in/' Espagnole sous Don Carlos— 13 Brig'. de Cavaltn
I, Uni cliuitd li Idem de A/son
moment
SALAMAj-VQLE
J.,d, de Gugol 'i Stuplea
pis
la chance d'écraser par une vigoureuse poursuite les débris de l'armée de Portugal (1); mais un critique célèbre a réfuté victorieusement cette objection (2).
« Il est certain, dit-il, qu'un second succès remporté sur « Clausel pouvait ramener les Français sur les Pyrénées. « Soult et Joseph eussent été fort embarrassés dans le Sud ; « mais le général anglais voulait aller par la voie la plus sûre « à la délivrance de la Péninsule, et l'effet moral de la prise « de Madrid devait ranimer le courage des Espagnols, qui « commençaient à se lasser de tant d'efforts , comme on l'a « vu par les négociations qu'ils avaient entamées avec Jo- « seph(5). » Au reste, la poursuite de Clausel n'aurait pu se faire sans exposer Salamanque et les Galiciens aux coups de Joseph, tandis que l'occupation de la capitale ne compromettait rien et assurait à Wellington l'avantage de prendre le Retiro (4), et de soutenir efficacement le corps de Hill, menacé par Soult.
Après avoir laissé 18,000 hommes sur le Douro pour contenir l'armée de Portugal (5), Wellington s'avança le 6 août contre le roi avec 28,000 Anglo-Portugais et les troupes nationales d'Espana (q). Quoique Joseph n'eût point reçu de Madrid les 10,000 hommes demandés à Soult (7), il avait ce-
(1) Le général de Beauciiamp, t. II, p. 87, trouve que Wellington, ainsi qu'Annibal après Cannes, ne sut pas profiter de sa victoire. D'après lui, le duc a lirait, du poursuivre à outrance l'armée de Portugal jusqu'aux Pyrénées, et abattre ensuite Soult isolément. Au lieu de cela, il assiégea Burgos et se mit dans le cas de devoir se replier devant les trois armées réunies.
(2) Général Jomim. — Sarrazin émet à peu près la même opinion : « Tous les mouvements a des alliés sur Madi-id et Burgos doivent être considérés comme des manœuvres habilement « calculées pour délivrer l'Andalousie de la présence des Français. » P. 316.
(3) Nous constaterons, en effet, que l'aspect desaffaires changea complètement dans toutes les provinces, après l'évacuation de Madrid par les Français.
(4) Le Retiro avait une grande importance comme arsenal et comme dépôt de l'armée française.
(5) A cette force, il faut ajouter la milice de Sylviera et les Galiciens, qui faisaient sous les ordres de Castanos le siège d'Astorga.
(6) Au nombre de 3,500 hommes environ.
(7) Ces hommes ayant été demandés le 19 juin, et plus formellement encore le 0 juillet, auraient pu arriver à temps; mais Soult refusa de les laisser partir. (Voir sa lettre du 16 juillet, dans les Mémoires de Joseph.)
pendant assez de forces pour défendre énergiquement les défilés du Guadarrama , mais il commit la faute de n'employer à cette défense que 8,000 hommes et de diriger sur la Sierra- Morena les 12,000 qui lui restaient, avec les bagages de la cour et les personnes attachées à sa fortune politique (i). Ce plan avait été arrêté à Ségovie ; c'est de là également qu'était parti l'ordre impératif au maréchal Soult d'évacuer l'Andalousie, et de venir rejoindre l'armée du Centre sur la frontière de la Manche.
De pareilles dispositions n'étaient pas de nature à donner de grands embarras au général anglais. Après avoir passé les défilés de la Guadarrama, dans la journée du 10 août, un simple combat d'avant-garde , livré le 11 à Majalahonda, lui ouvrit le chemin de la capitale (2).
En ce moment, le convoi de Joseph était encore en deçà du ïage. Rien n'eût été plus facile que d'acculer au fleuve cette immense quantité de voitures et de fuyards, entassés pêle-mêle dans un désordre affreux (3) ; mais soit pitié, soit calcul (c'était en effet un bien lourd fardeau pour Joseph), Wellington laissa filer le convoi librement. Il commit une faute cependant en ne cherchant pas à surprendre le roi sur le Tage
(1) Une preuve que Joseph ne tenait pas dans le principe à la coopération de Soult, « c'est « qu'il resta vingt-lrois jours sans lui écrire, lorsque Jes ennemis étaient en plein mouve- « ment, et que l'armée du Centre, forte de 14,000 hommes, se portait à la rencontre du duc « de Raguse. » Lettre de Soult au duc de Feltre ; Séville, 12 août 1812.
(2) D'après les Mémoires de Joseph, ce combat fut favorable aux Français, qui ne se retirèrent que parce qu'ils apprirent, par les prisonniers anglais, l'approche de toute l'armée de Wellington.
Les auteurs des Victoires et conquêtes prétendent que la cavalerie alliée laissa 3 canons et 600 chevaux sur le champ de bataille.
(3) Le train dont il s'agit se composait de 2,000 voitures, accompagnées de 10,000 Espagnols de tout âge et de tout sexe. Pendant sa marche sur Ocana, la presque totalité des soldats espagnols désertèrent Mémoires de Joseph, t. IX, p. 64.
« C'était un spectacle pitoyable ; la lisne de marché était encombrée de femmes au déses- « poir, d'enfants, d'hommes ayant perdu tout courage, de personnages du plus haut rang, « vêtus d'habits magnifiques, luttant avec de sauvages soldats pour leur arracher les plus « vils aliments, à l'aide desquels ils espéraient sauver leurs familles mourant de faim...
« Les malheureux individus qui suivaient la cour devinrent la proie d'une soldatesque « licencieuse.... Jourdan se donna des peines infinies pour rétablir un peu d'ordre au milieu « de cette horrible confusion- » — Napier, t. IX, p. 241 .
ou au delà, pour empêcher la réunion de l'armée du Centre avec celle d'Andalousie, par le défilé de Despena-Perros. Heureusement pour lui cette réunion, qui aurait pu amener de graves événements, fut contrariée par les circonstances.
A peine sur l'autre rive (1), le roi apprit que Suchet était menacé par l'expédition sicilienne, débarquée tout récemment à Alicante, et que Soult refusait d'évacuer l'Andalousie, malgré ses ordres les plus formels. Inquiet sur le sort de l'un de ses lieutenants et vivement irrité contre l'autre, il suspendit aussitôt sa marche sur la Sierra-Morena et se dirigea vers Valence (2).
A la suite de ce mouvement rétrograde, Wellington entra, le 12, sans obstacle, dans la capitale de l'Espagne. La population, qui s'était portée en masse au-devant de lui, le reçut avec les marques du plus vif et du plus sincère enthousiasme (5). Les rues étaient jonchées de fleurs , les façades des maisons couvertes de tentures et d'ornements; les cloches sonnaient à toute volée, et les dames, en costume de fête, ornaient les fenêtres et les balcons. On déploya des châles et des manteaux sur le pavé des rues que devait parcourir le duc, et quand il mit pied à terre, il fut, dit Stocqueler, violemment (vehemently) embrassé par des femmes, aux étreintes desquelles il eut peine à se soustraire (*). La ville pendant plusieurs jours lui donna des fêtes et des spectacles magnifiques (5); mais,
(1) I.c 13 au soir.
(2) Ainsi le premier résultat de l'expédition sicilienne Tut de prévenir la jonction de Soult et du roi.
Quelque temps après, elle empêcha Suchet d'envoyer à Madrid des troupes qui auraient permis à Soult de livrer bataille au corps de Hill, entre le Tage et les montagnes du Guadarrama.
(3) Histoire d'Angleterre, par David Hume, t. XIII, p. 216.
(4) Stocqueler prétend tenir ces détails de Wellington lui-même.
(5) BklmAS prétend, 1. 1, p. 235, « que celte ivresse fit bientôt place à d'autres sentiments « lorsque Wellington frappa Madrid d'une forte contribution. »
te même fait est affirmé parle général Sarrazin et par les auteurs des Victoires et conquêtes, qui portent à 2 millions de piastres fortes la somme exigée par le duc. Mais les uns et les autres ont tort, carjamais Wellington n'a Trappe de contributions sur aucune ville espagnole ; nous défions qu'on prouve le contraire.
livré à d'autres préoccupations, le général en chef ne donnait à ces plaisirs qu'une attention distraite.
Dès le premier jour, il eut à s'occuper du siège du Retiro, espèce de forteresse qui commande la position de Madrid, naturellement forte, mais qui alors ne se trouvait pas dans des conditions à pouvoir résister longtemps; ses fortifications notamment étaient trop considérables pour une garnison dont l'effectif ne s'élevait qu'à 1,700 hommes (1).
Les Anglais se rendirent maîtres de la première enceinte dans la nuit du 15; leur premier soin fut de détruire l'aqueduc servant à l'alimentation des troupes. Le jour suivant, ils firent des préparatifs pour escalader la deuxième enceinte et ouvrir le feu d'une batterie de 18 pièces sur la manufacture de porcelaines située au centre de la troisième enceinte, faisant office de réduit. Le gouverneur cependant, pour échapper aux conséquences de cette double attaque, demanda à capituler (2).
On trouva dans le fort 180 pièces de canon, 20,000 fusils, un grand nombre de voitures, les aigles de deux régiments, et de riches approvisionnements de guerre et de bouche. Les prisonniers français furent dirigés sur le Portugal, sous l'escorte de soldats espagnols, qui en route eurent la lâcheté de piller et de massacrer ces malheureux sans défense. Quelque noble, quelque sacré que puisse être le motif d'une guerre, ces sortes d'actions, où la cupidité se mêle à la cruauté, ne peuvent qu'avilir ceux qui s'en rendent coupables. Les troupes nationales, sous ce rapport, ont plus d'une fois déshonoré la cause qu'elles servaient.
Cependant Wellington ne perdait pas de vue les événe-
(1) D'après Belmas et Jones. D'autres écrivains prétendent que Joseph laissa dans le Retiro 2,000 hommes, non compris les malades.
(2) L'auteur des Mémoires de Joseph, le général Sarrazin et les Victoires et conquêtes se trompent donc en disant que le gouverneur, le colonel Lafont, se rendit à la première sommation. Ce gouverneur, au reste, donna pour justifier sa conduite une raison péremptoire : c'est que le puits de la China, le seul qui restât à la garnison, était à sec.
ments extérieurs, et prenait à Madrid toutes les mesures nécessaires pour continuer les opérations. Quoique victorieux, il avait encore bien des dangers à courir et bien des embarras à surmonter: ses troupes étaient dans un grand dénûment, et les environs de la capitale ne lui offraient aucune ressource. Les Espagnols criaient viva (1) , et se montraient pleins d'enthousiasme, tandis que leur gouvernement laissait l'armée anglaise manquer de tout. C'est ce qui résulte clairement d'une lettre, adressée par Wellington, le 28 juillet, à lord Bathurst : « Je vous prie, écrivait-il, de ne pas oublier de nous « envoyer des chevaux pour la cavalerie et l'artillerie, ainsi « que de l'argent. Nous sommes absolument ruinés. (Weare « absoluty bankrupt.) » A cette pénurie se joignaient d'autres complications non moins sérieuses. Ainsi le général en chef avait été successivement informé que l'armée de Clausel, dans le Nord, s'était considérablement accrue; que la jonction des forces du roi , de Soult et de Suchet était sur le point de se faire ; que l'expédition de la Sicile avait échoué ; que l'armée galicienne, sous Santocildes, était repoussée par Clausel; que Ballesteros, commandant l'armée d'Andalousie, refusait d'obéir aux ordres de l'état-major anglais (2); que O'Donnel avait été battu à Valencia par Suchet, enfin que Castanos ne donnait plus signe de vie , bien qu'il eût promis de rejoindre l'armée alliée, après Salamanque (3).
Quelques-uns de ces embarras furent heureusement écartés par la faute des généraux français, qui persistèrent à se contrecarrer l'un l'autre.
Ainsi le maréchal Soult refusa catégoriquement d'obéir
(1) Lettre du 23 août 1812, à Henri Wellesley.
(2) L'orgueil de ce général, dit Sarrazin, fit échouer le plan de campagne de lord Wellington. Il fut assez peu circonspect envers son gouvernement pour lui écrire, « qu'il ne se « croirait pas digne d'être né dans le royaume d'Arragon, s'il n'informait le gouvernement « qu'il ne pouvait passe soumettre à une détermination qui ternissait l'honneur des armées « espagnoles. »
(3) Voir sa lettre du 24 août 1812, au ministre de la guerre.
aux ordres du roi et d'évacuer l'Andalousie (1). Sacrifier cette province avec toutes ses ressources, dans l'unique but de récupérer Madrid, lui semblait un acte de folie. «Pourquoi se retirer, écrivait-il au roi? où est le mal que les alliés possèdent le centre de l'Espagne?... Que votre majesté réunisse l'armée du Centre, l'armée d'Aragon et, s'il est possible, celle de Portugal, et qu'elle vienne en Andalousie, quand bien même le royaume de Valence devrait être évacué... J'aurai soin que les armées trouvent en Andalousie des magasins de vivres et des munitions, ainsi que des places d'armes. Du moment où 80,000 Français seront réunis dans cette province, le théâtre de la guerre sera changé. Le général anglais devra se replier pour sauver Lisbonne ; l'armée de Portugal pourra le suivre jusqu'au Tage, la ligne de communication avec la France se rétablira par la côte orientale, et le résultat définitif de la campagne sera en notre faveur... Évacuez au contraire l'Andalousie, et vous perdez l'Espagne... »
Frappé de la vigueur et de l'opportunité de ce projet, Napoléon, du fond de la Russie, proclama Soult la seule tête militaire qu'il y eût dans la Péninsule (2). Mais le roi n'était pas homme à comprendre les hautes conceptions de ce général. N'ayant de souci que pour Madrid, il renouvela ses ordres, et décida enfin le duc de Dalmatie à marcher sur Valence de concert avec Drouet, qui jusque-là avait tenu en échec le général Hill avec des forces inférieures en nombre. Ce mouvement commença le 25 août, par la levée du blocus de
(1) Voir sa lettre du 12 août 1812, où il déclare vouloir attendre de nouveaux ordres avant de partir. Dans celte lettre, il renouvelle la proposition faite au roi, dès le 16 juillet, de jeter toutes les rorces disponibles en Andalousie. « Je ne crois pas, dit-il, les a n'a ires d'Espagne assez désespérées pour prendre un parti aussi violent que révacuation de cette province. »
Le roi, outré de la résistance du duc de Dalmalie, renouvela énergiquenient son ordre dans une lettre datée deTohoso, 17 août.
(2) Ces paroles furent dites au colonel Desprez, aide de camp de Joseph, le 8 octobre 1812, à Moscou. (Voir dans la correspondance de Joseph une lettre de cet officier datée de Paris, 3 janvier 1813.)
Cadix, annoncée par la destruction de 1,000 pièces de canon, d'une énorme quantité de munitions et de tous les ouvrages de Chiclana, de Sainte-Marie et de ïrocadéro (1).
Wellington fit harceler et poursuivre la colonne française par toutes les troupes alliées de l'Andalousie et de l'Estramadure (2) ; mais Soult parvint à surmonter ces difficultés avec un rare bonheur. Il rencontra l'avant-garde de l'armée d'Aragon à Hellin, et, le 3 octobre, toutes les forces françaises se trouvèrent réunies (3). A cette époque, il y avait cinq semaines que Wellington était parti de Madrid.
Quand on songe que la belle armée de Soult ne fut d'aucun poids dans la campagne de 1812, on se demande si l'invasion de l'Andalousie ne fut pas une faute ou un malheur, et s'il n'eût pas été préférable d'établir l'armée du Sud en Estramadure, en ne tenant l'Andalousie que partiellement, à l'aide de corps détachés. Dans la Castille, Soult aurait couvert Madrid, se serait lié plus étroitement à l'armée du Centre, et, par sa puissante coopération avec Masséna, en 1810, aurait probablement obligé Wellington à quitter le Portugal (4). Il est certain que l'invasion du Sud, exécutée en vertu des ordres de l'empereur, et non par la volonté de Joseph, comme
(1) Malgré celle résolution, Soult continua son opposition systématique aux ordres du roi. Celui-ci dut enfin lui écrire le 12 octobre :
« Je vous réitère l'ordre d'exécuter littéralement les dispositions que je vous ai prescrites par ma lettre du 7; à défaut de quoi, je vous ordonne de remettre le commandement de l'armée du Midi au comte d'Erlon, et de vous rendre à Paris pour y rendre compte de votre conduite. »
(2) Soult avait réuni en tout 39,000 hommes d'infanterie, 6,000 de cavalerie et 72 pièces de canon. Hill avec 25,000 alliés menaçait son flanc gauebe; Ballesteros avec 20,000 son flanc droit ; Skerret et Cruz-Murgeon avec 4,000, ses derrières. Les partisans étaient partout nombreux, et Wellington pouvait l'inquiéter en descendant par le Despena-Peiros. L'armée d'Andalousie avait un bagage énorme, plus de 9,000 blessés et une multitude de familles
espagnoles â protéger. La retraite offrait par conséquent de grandes difficultés ; néanmoins, le maréchal s'en tira parfaitement. Il se dirigea de Séville sur Grenade, Huescar, Hellin et Almanza.
(3) La jonction du roi et des troupes de Suchet avait eu lieu près d'Almanza, le 25 août.
(4) YoirîUPlER.t. IX, p. 256.
certains critiques le prétendent (1), fut une cause de faiblesse pour l'armée française, et un élément de discorde entre les généraux. Napoléon s'y était résolu probablement parce que l'armée, pour vivre et subvenir à ses besoins, devait s'étendre et mettre pour ainsi dire toute l'Espagne à contribution. Peut-être aussi jugea-t-il important d'empêcher les Anglais de s'établir à Séville, le grand arsenal de la Péninsule, et à Cadix , dont l'occupation solide aurait compensé éventuellement la perte de Lisbonne.
Si Wellington, au moment de la fuite du roi, avait eu assez d'argent (2), et si la fièvre jaune n'avait pas régné si fortement à Murcie, il aurait poursuivi en toute diligence l'armée du Centre, rallié les débris des forces espagnoles et cherché, de concert avec l'expédition de Sicile, à battre le duc d'Albuféra avant l'arrivée de Soult; — ou bien, après avoir fait sa jonction avec Hill à Despena-Perros, il se serait jeté sur l'armée d'Andalousie en marche, bien que ce mouvement eût exposé sa communication avec le Douro (3). Mais, faute de pouvoir suivre l'un ou l'autre de ces plans, il se vit obligé d'attendre, pour agir contre Suchet, que le duc de Dalmatie eût évacué Cordoue.
L'invasion de la Catalogne présentait de grandes difficultés, parce que l'éloignement de l'armée anglo-portugaise rendait les lignes de communications incertaines et faibles. Aussi, pour diminuer le danger, le général en chef songea-t-il à se débarrasser d'une partie des forces ennemies, au moyen de l'armée anglo-sicilienne.
(1) Entre autres Napier, qui est souvent injuste envers le roi et le maréchal Jourdan.
(2) Les provinces de Valence et de Murcie étaient a peine en état de nourrir les armées françaises. Au surplus, Wellington devait, contrairement à ce que Taisaient les Portugais dans leur pays, les Espagnols et les Français partout, nourrir son armée sans réquisitions : de sorte que le manque d'argent l'empêchait de se mettre en mouvement.
Il aurait l'a 1 lu aussi que le général anglais, avant de s'éloigner de sa base d'opération, renforçât l'armée du Douro, pour empêcher, de ce côté, une diversion compromettante.
(3) Napier, t. IX, p. 310.
Il avait eu d'abord l'intention d'employer cette armée au siège de Tarragone ; déjà même des ordres dans ce sens avaient été donnés au général Maitland; mais celui-ci, trouvant que ses forces n'étaient pas en rapport avec la difficulté de l'entreprise, y avait renoncé et s'était embarqué pour Alicante, où il arriva le 11 du mois d'août.
Pendant que le duc de Wellington s'occupait à rédiger d'autres instructions, il reçut avis que le général Clausel avait repris l'offensive (i). Cette circonstance l'engagea à retourner immédiatement sur le Douro et à faire le siège de Burgos, place indispensable pour assurer sa ligne d'opération vers le Nord, et pour faciliter l'exécution des mouvements qu'il avait projetés contre les armées du Midi (2).
Toutefois il s'arrangea de façon à laisser autour de Madrid 30,000 Anglo-Portugais et autant de soldats espagnols, pour arrêter l'ennemi, dans le cas où il essayerait de reprendre cette ville.
D'après les calculs de Wellington , les Français ne pourraient diriger sur Madrid plus de 50,000 hommes, sans s'exposer à perdre Valence. Cette force, il est vrai, avait toute chance de battre en rase campagne l'armée hétérogène qui protégeait la capitale, mais le duc espérait qu'avant la réunion des armées françaises et le commencement de leurs opérations, les eaux auraient grossi, et que le général Hill dès lors pourrait défendre le terrain avec assez de succès pour donner à l'armée principale le temps de revenir de Burgos.
(1) Le 18 août, Clausel était entré a Valladolid avec 18,000 fantassins, 2,000 cavaliers et 50 bouches a feu... Foy était en marche sur Salamanque, dont il espérait se rendre maître sans grande difficulté, lorsque le mouvement de Wellington sur Arevalo engagea Clausel à le rappeler. (25 août ; jour même où le roi et l'armée de Suchet se réunirent à Almanza.)
(2) En effet, appuyé sur cette place, un faible corps aurait suffi pour tenir J'armée du Portugal en échec ; pendant ce temps, Wellington avec des forces considérables aurait envahi la Murcic où Baliesteros et les 16,000 hommes de l'armée d'Alicante seraient venus le rejoindre. La levée du siège de Burgos mit ce projet à néant.
Wellington quitta Madrid le 1er septembre, dirigeant sa marche sur Arevalo.
Les maladies avaient fait de si grands ravages dans l'armée anglaise, que près d'un tiers de l'effectif se trouvait dans les hôpitaux; l'équipement des Portugais était en fort mauvais état » et la régence ne prenait aucun souci de leur subsistance; d'autre part, les moyens de transport étaient insuffisants et défectueux au delà de toute expression.
Le 7, l'armée alliée entra à Valladolid, évacué par le général Clausel la nuit précédente.
Les Français opéraient leur retraite avec une habileté remarquable, offrant le combat chaque jour. Le 16, ils prirent position pour couvrir Burgos.
Wellington, rejoint à Valencia par l'armée galicienne, forte de 11,500 hommes (î), pensait attaquer Clausel le lendemain (2); mais celui-ci, voyant le nombre de ses ennemis augmenter, se retira le jour même; il traversa Burgos et, chemin faisant, rallia les troupes de Caffarelli et celles de la réserve, réunies par les soins de Napoléon dans les Pyrénées.
La poursuite des Anglais ne fut ni très-vive, ni très-remarquable. Si Wellington, au lieu de se diriger d'abord sur Arevalo pour mettre les Galiciens à même de le rejoindre, se fût porté rapidement sur Ségovie, la division de Foy (5) aurait été séparée de Clausel; et s'il avait ensuite pris la route d'Aranda à Lerma, il serait tombé sur les troupes de Clausel pendant leur marche , et les aurait forcées peut-être à livrer bataille, avec Clinton (4) et l'armée galicienne sur leurs derrières (5).
(1) D'après Jones, cette jonction eut Heu le 14 âPampliéga.
(2) Wellington au comte de Balhurst, 21 septembre.
(3) Elle était encore le 26 août à Zamora.
(4) Commandant des troupes alliées laissées au Nord.
(5) Il est probable que le manque d'argent et de moyens de transport empêcha Wellington de prendre ce dernier parti car la route, par Sommo-slerra était stérile et sans ressources. — Napier, T. X,p. 35.
Le général anglais prit possession de Burgos dans la journée du 18 (1); il donna immédiatement les ordres nécessaires pour commencer le siège du château, but objectif de la campagne (2).
Cette forteresse , qui renfermait le principal dépôt de l'armée française dans le nord de l'Espagne , avait naguère été renforcée par des travaux accessoires. Elle comptait trois enceintes de peu de valeur, mais défendues par 2,000 braves soldats (3), à la tête desquels se trouvait le général Dubreton, homme d'un courage et d'une habileté remarquables.
Le matériel des Français consistait en 9 pièces de gros calibre, 11 pièces de campagne, 6 mortiers et obusiers. Les approvisionnements de guerre étaient considérables, mais le bois manquait ainsi que les matériaux de siège, les bâtiments n'étaient pas à l'épreuve de la bombe (4) et il n'y avait aucun réservoir d'eau potable (5). Un bataillon fut placé dans l'ouvrage à cornes de Saint-Michel (voir le plan), qui dominait les deux premières enceintes à demi-portée de canon ; le deuxième bataillon occupait l'église San-Roman , poste essentiel, attenant au château du côté de la ville ; le bataillon restant fut disséminé dans les divers retranchements.
La première enceinte et la deuxième, sauf une longue branche, étaient revêtues; la troisième, qui enveloppait le donjon et l'église de Blanca, se composait d'un simple
(1) Caiïarclli avait jeté, le 17, dans te château une garnison que Wellington estima à 2,500 hommes.
L'armée française se trouvait en ce moment éparpillée derrière l'Èbre, entre Burgos et Vittoria.
(2) Belmas, en disant que Wellington aurait mieux Tait de poursuivre à outrance les débris de l'armée du Nord, oublie que cette armée était remise de son échec et même renforcée; de sorte que, pour la détruire, il aurait fallu livrer une nouvelle bataille.
(3) D'après Jones. Il y a des auteurs qui portent ce nombre à 2,500.
(4) Voir le rapport, du 13 septembre 1812, du major du génie Pinot, au ministre de la guerre, et la lettre du général Caffarelli au même, datée du 23 octobre.
(5} « Dès les premiers jours , la garnison s'était vue exposée à l'un des besoins les plus « affreux, celui de l'eau ; elle n'avait point d'abri, et le mauvais temps l'a forcée à être pres- « que toujours dans la boue et dans l'humidité. » CafTarelli au ministre de la guerre : lettre du G novembre 1812.
terrassement. Wellington comptait sans doute brusquer l'attaque de cette position, puisqu'il n'avait point amené de parc de siège avec lui, et qu'il rejeta la proposition d'en faire venir un de Santander ou de Madrid (1). Il possédait en tout 5 pièces de 18 et 5 obusiers de 24, avec un approvisionnement d'à peine 300 coups par bouche à feu (2). Les ingénieurs, au nombre de cinq seulement, y compris le général Burgoyne, directeur des attaques, manquaient des ressources nécessaires pour entreprendre un siège régulier. Ils n'avaient pas un mineur, pas un sapeur de profession, et le parc du génie ne comprenait que 900 outils de terrassier (3).
On dut nécessairement tenir compte de cette exiguïté de moyens en réglant le plan des attaques.
Wellington décida qu'on enlèverait de vive force l'ouvrage à cornes du mont Saint-Michel, et qu'on aborderait ensuite la partie du château située sous l'extrémité sud de l'église de la Blanca. Cette partie présentait le front le plus étroit, avait les retranchements les plus faibles et les plus défectueux sous le rapport de la construction. On pensait que des batteries élevées sur le mont Saint-Michel rendraient au bout de quelques heures un assaut sur ce point sinon facile, du moins possible.
Le 19, deux divisions investirent le château, pendant que le reste de l'armée alla prendre position à Monasterio , pour couvrir le siège (4). Le même jour, un fort détachement envoyé en reconnaissance s'empara des trois lunettes construites sur le mont Saint-Michel. Enhardi par ce premier avantage,
(1) Il fondait son espoir sur la rareté de l'eau et sur la possibilité d'incendier les magasins de vivres.
(2) «< Les munitions étalent en si petite quantité, que l'on payaitaux soldats chaque boulet qu'ils rapportaient. » — Napier, t. IX, p. 337.
(3) Bf.LMAS, p. 470, et JONES, p. 272.
(4) L'armée de siège se composait de 12,000 hommes, et l'armée d'observation de 20,00^.
Wellington donna l'ordre d'enlever l'ouvrage à cornes par escalade vers 6 heures et demie du soir.
Quatre colonnes, dont une destinée à l'attaque de la gorge, se mirent en mouvement à l'heure indiquée. Malgré quelques fautes d'exécution, l'entreprise fut couronnée de succès. La garnison, prise à revers par la colonne de la gorge, se fraya un passage et rentra dans le château, laissant 139 tués ou prisonniers et 59 blessés entre les mains des alliés. Ceux-ci eurent 80 tués et 334 hommes blessés ou égarés (î).
A la suite de ce fait d'armes , Wellington écrivit à lord Bathurst : « Je' crains que les moyens dont je dispose soient « insuffisants pour prendre le château ; cependant l'ennemi « est mal pourvu d'eau et ses magasins de provisions sont « dans un endroit exposé à l'incendie. C'est ce qui me fait « espérer que je le forcerai à se rendre, quoique je n'aie pas « les moyens d'enlever la place d'assaut. »
Le 20, on ouvrit la tranchée et l'on commença à établir des batteries de brèche à proximité de l'ouvrage à cornes. Toutefois, pour éviter aux troupes des fatigues inutiles (2), Wellington modifia son plan d'attaque et résolut de donner l'assaut à la première enceinte avant d'y avoir fait brèche (3).
En conséquence le 22, à 11 heures du soir, une colonne de 300 hommes, munis d'échelles, tenta l'escalade de cette enceinte ; mais la garnison fit si bonne contenance, et par ses feux causa tant de mal aux assiégeants , qu'elle les mit en déroute et les obligea à revenir aux procédés lents d'une attaque régulière (4).
(1) Jones, p. 240. D'après Belmas , les alliés curent 71 lues cl 349 blessés; et les Français 143 hommes hors de combat.
(3) Le revêtement de cette enceinte n'avait que 23 pieds de hauteur.
(4) D'après Joncs, l'attaque échoua parce que les tirailleurs négligèrent de soutenir les troupes d'assaut, et parce qu'un bataillon portugais , chargé de faire une démonstration, fut arrêté par le feu d'un corps de garde.
D'après Wellington (voir sa lettre du 23 novembre 1812, au comte de Liverpool), l'insuccès
Dans la nuit du 24, les sapes se trouvèrent assez rapprochées de la place pour que l'on pût commencer une galerie de mine destinée à faire brèche à la première enceinte; quarante-huit heures après, on ouvrit une seconde galerie à droite de la première. Malheureusement, on n'avait pas de moyens suffisants pour exécuter ces travaux en temps opportun. Il fallut y employer des hommes sans expérience, et à qui l'on ne pouvait donner pour outils que des pelles et des pioches de terrassiers (i).
Ce fut donc seulement dans la nuit du 29 que l'on fit jouer la première mine. L'escarpe se renversa par l'explosion ; mais les fourneaux ayant été mis trop près du mur, il n'y eut pas de talus, et le parapet resta intact; de sorte que les 500 hommes désignés pour l'assaut durent revenir sur leurs pas (2).
Le 4 octobre, une batterie ouvrant son feu sur le haut de la brèche fit ébouler assez de terre pour former une rampe praticable, de 20 mètres environ de largeur. Le même jour, à 5 heures de l'après-midi , la deuxième mine produisit une trouée de 30 mètres. Plusieurs colonnes assaillirent aussitôt les deux brèches. Après avoir chassé l'ennemi à coups de baïonnette, les Anglais se logèrent sur les rampes au moyen
de celte attaque doit être attribué à la négligence de l'officier d'élat-major chargé de la conduite des troupes. Cet officier fut tué, et les Français trouvèrent sur lui les instructions qu'il avait reçues ; « de sorte , dit Wellington , que l'attaque ne put être renouvelée. »
Les pertes des alliés s'élevèrent, d'après Gurwood, a 59 tués et 289 blessés.
D'après Belmas, ils laissèrent dans les fossés une quarantaine de morts et 5 échelles : les Français eurent 9 tués et 13 blessés-
(1) Voir Jones, p. 273, et Belmas, p. 482.
«Ces mineurs improvisés, dit Jones, mirent 108 heures à faire une galerie de 60 pieds en bon terrain. »
(2) C'est la version des auteurs français. Jones prétend que l'avant-garde de la colonne d'assaut ne trouva point la brèche, et qu'elle retourna en annonçant que la mine n'avait produit aucun effet. (P. 248.)
Wellington (voir sa lettre du 5 octobre, au comte de Liverpool) dit que les troupes de soutien, faute d'officiers du génie pour les conduire (un était tué, un autre blessé, le troisième malade et le quatrième chargé de conduire les cheminements), revinrent sur leurs pas sans avoir trouvé la brèche, tant l'obscurité était grande.
de quelques travaux de sape (1); mais le lendemain, à 5 heures du soir, une partie de ces travaux furent détruits par une sortie de 500 hommes.
Ce dégât ayant été réparé, les assiégeants se mirent en devoir d'atteindre la seconde enceinte : rien n'eût été plus facile, s'ils avaient eu des sapeurs -mineurs exercés ; mais les hommes de la ligne qui en tenaient lieu ne pouvaient avancer qu'à la sape volante, ne connaissant pas le mécanisme de la sape pleine (2). Aussi les alliés faisaient-ils des pertes considérables et peu de progrès. Les pluies leur donnaient en outre de grands embarras, en délayant les terres et en remplissant les tranchées d'eau vaseuse.
Le 8 , à deux heures du matin , 400 hommes sortis de la place surprirent la garde de tranchée , enlevèrent tous les outils et rasèrent complètement les travaux de sape entre les deux enceintes. A partir de ce moment, les alliés n'avancèrent presque plus (3). Cependant Wellington parvint à faire brèche avec l'une des batteries du mont Saint-Michel , à une partie de la seconde enceinte imparfaitement couverte. Cette brèche fut praticable dès le 8 au soir; mais, faute de cartouches d'infanterie (4), on ne put y donner l'assaut dans le moment même. Ce contretemps permit aux assiégés d'escarper la brèche, en déblayant les décombres qui se trouvaient au pied du mur.
Le 9, Wellington fit tirer à boulets rouges pour mettre le feu au couvent de la Blanca; toutefois cette tentative, renou-
(1) Ce quatrième assaut, d'après Gurwood , coûta aux alliés 399 hommes, dont 76 tués. Les Français d'après Belmas, eurent seulement 27 lues et 42 blessés.
(2) Voir JONES, p. 254.
(3) « I.e 16, ils essayèrent de construire un cavalier de tranchée, mais ils ne purent réussir, tant les hommes étaient peu au courant de ces sortes de travaux. » Jones.
Belmas est dans l'erreur quand il attribue le retard de l'assaut à la timidité des Anglais et à la longueur du chemin qu'ils eurent a parcourir. La véritable raison, c'est que Wellington craignait, en usant ses dernières munitions , d'être pris au dépourvu par l'armée française qui se réunissait à Briviesca.
velée à diverses reprises, n'eut aucun succès. Dans la même journée , les mineurs débouchant d'une maison voisine de l'église de San-Roman , entrèrent en galerie de mine pour faire sauter cet édifice (1) et prendre l'ennemi à revers.
Le 14, arriva de Santander le convoi de munitions qu'on attendait depuis plusieurs jours. Wellington fit aussitôt contrebattre les pièces du donjon ; mais telle fut la supériorité de ces dernières qu'elles réduisirent au silence, en moins d'une heure, les bouches à feu des alliés. On se borna dès lors à rendre la brèche de la seconde enceinte de nouveau praticable, et à dégrader les talus de la troisième enceinte de manière à pouvoir les franchir sans trop de difficulté (2).
Le 18, Wellington dicta l'ordre de l'assaut sur le terrain même des attaques (3). A quatre heures et demie du soir, on mit le feu à la mine sous l'église de San-Roman. L'explosion fit une brèche considérable dans le mur crénelé servant de clôture; à ce signal, huit bataillons, divisés en trois colonnes, s'élancèrent au pas de course. La première gravit la brèche de la deuxième enceinte, força les défenseurs à se retirer, s'élança ensuite sur le talus dégradé de la troisième enceinte et pénétra jusque sur le terre-plein du réduit , où elle fut attaquée de front en même temps que prise en flanc par les défenseurs des redans nos 14, 15 et 16 de la deuxième enceinte : cette double attaque rejeta les assaillants au delà des brèches avec une perte considérable (4).
(1) Belmas fait observer que les assiégés n'avaient pas le moyen de faire des contremines.
(2) Belmas parle d'une brèche faite A la courtine 1-2, brèche dont Jones ne fait aucune mention. Peut-êlre ce dernier n'a-t-il pas considéré comme brèche les dégâts que nous venons de mentionner.
(3j Cette instruction, en vingt articles, était basée sur le principe de l'emploi des troupes par détachements de 30 à 50 hommes. Le colonel Jones, et après lui le colonel Reid (Papers of Enyineers) ont critiqué ce principe, qui, en effet, est condamné par l'expérience.
(4) Jones dit que ce furent seulement quelques Allemands qui franchirent la troisième enceinte; mais nous croyons la version de Belmas, appuyée sur \eJournal de la défense, plus exacte cette fois que la version de l'auteur anglais
La seconde colonne, après avoir tenté l'escalade de la deuxième enceinte, en arrière de la première brèche ouverte à la mine (1), fut également obligée de se retirer sous le feu meurtrier de l'ennemi (2).
Pendant ce temps, la 3e colonne, sous les ordres du lieutenant-colonel Brown, s'était avancée contre l'église de San-Roman, par la brèche du mur crénelé, et avait fait replier les défenseurs de ce poste derrière la seconde enceinte. Mais à peine eut-elle pénétré dans l'édifice, pour se mettre à couvert d'un feu très-vif, que le chef de bataillon du génie Pinot mit le feu aux mines, préparées à cet effet, et ensevelit sous un amas de décombres plus de 300 hommes : le reste de la colonne s'enfuit épouvanté (3).
Le 19, les assiégés reprirent l'église, mais les alliés y rentrèrent le même jour.
Le lendemain , on apprit que l'armée française avait fait, dans la journée du 18, un mouvement offensif sur Monasterio, ce qui annonçait le dessein bien arrêté de faire lever le siège de Burgos. Toutefois , Wellington ne fit ses préparatifs de départ que lorsque déjà les coureurs de l'ennemi étaient en vue de la place (4). Le 21 (5), il donna l'ordre formel de commencer la retraite le lendemain à la pointe du jour (ô).
Pendant ce siège, les Anglais avaient fait jouer 4 mines et tiré 4,062 coups de canon, dont 903 avec des projectiles français; ils avaient ouvert 5 brèches et livré 5 assauts, dont
(1) C'est-à-dire l'escalade des redans 12, 13 et 14-
('!) Elle eut surtout beaucoup à souffrir du retranchement D, construit pendant le siège. (Voir, pour les détails de cette attaque, la lettre écrite par Wellington à lord Bathurst, le 26 octobre 1812.
(3) D'après Beimas. Le colonel Jones ne parle pas de ces 300 hommes ensevelis : le fait cependant est Indubitable.
(4) Journée du 20.
(5) Ce jour, au matin, Wellington avait reçu une lettre de Hf II , annonçant le projet de l'ennemi de se diriger vers le Tage, déjà guéable en plusieurs endroits.
(6) Dubreton dit que Wellington, avant de partir, mit le feu à l'arsenal de la ville, où il était resté beaucoup d'objets lors de la retraite de l'armée française. (Voir son Rapport du 22 octobre 1812.)
un seul couronné de succès (i). Leur perte s'élevait à 24 officiers et 485 soldats tués, 68 officiers et 1,487 soldats blessés (a).
La garnison avait fait cinq sorties, toutes heureuses; elle comptait 193 hommes tués et 443 blessés (5). Au moment de la levée du siège , elle avait encore 1 ,200 hommes sous les armes (4).
La belle défense de Burgos fit perdre à Wellington une partie des résultats que lui avait assurés la bataille de Salamanque ; elle produisit en Angleterre une émotion qui se révéla bientôt par des attaques violentes contre l'armée de la Péninsule (5).
Le général Dubreton reçut de grands éloges pour ce beau fait d'armes, et Wellington lui-même trouva plus tard une occasion de le féliciter (ô).
Les circonstances que nous venons d'exposer avec une scrupuleuse bonne foi servent de réponse aux attaques qui ont été dirigées contre Wellington et contre les ingénieurs anglais, à propos de ce malheureux siège.
Dans les conditions où se trouvaient les alliés, il eût été difficile de faire mieux, et en tout cas impossible d'observer
(1) Belmas. « La perte des alliés, dit le général Sarrazin, fut certainement très-considérable, mais elle n'est pas le quart de ce qu'aurait coûté une bataille contre Soult pour obtenir dans le Sud ce que lord Wellington sut lui arracher par ses mouvements stratégiques dans le Nord. » P. 317.
(3) D'après Dubreton, les défenseurs eurent 16 officiers et 607 sous-officiers et soldats hors de combat, dont 304 tués ou morts des suites de leurs blessures.
(4) Belmas.
(5) Le général Sarrazin prétend que ce fut par la négligence de Wellington que la place ne tomba point entre les mains des Anglais. « S'il avait envoyé un parlementaire pour sommer « la place de se rendre , le général Dubreton se serait rendu étant décidé, depuis la journée « du 18, à accepter une capitulation honorable. » Nous n'avons trouvé nulle part la confirmation de ce témoignage, qui doit être inexact.
(6) Ce fut en 1816, pendant le séjour de Wellington en France.
Sherer prétend que le duc, pendant le siège de Burgos, paya desa personne tout autantque le général Dubreton. « Il fut si souvent exposé, di-il, qu'il n'échappa que par un hasard remarquable. » — T. Il, p. 203.
strictement les règles de l'art. Vauban lui-même, sans outils, sans canons, sans projectiles et sans sapeurs-mineurs, avec un nombre insuffisant d'officiers du génie et des soldats exécutant les travaux de siège à contre-cœur, n'aurait peut-être pas obtenu de meilleurs résultats.
Le seul tort de Wellington est d'avoir entrepris le siège avec des ressources qu'il jugea lui-même insuffisantes en arrivant sur les lieux.
Faute de bons renseignements, il s'était trompé sur l'état réel des ouvrages de la place; et lorsqu'il eut reconnu son erreur, il commit la faute de ne pas faire venir des canons de Santander et de ne pas repousser, en attendant, l'armée de Clausel de l'autre côté de l'Èbre , opération conforme aux principes généraux de la guerre et qui, dans le cas particulier dont il s'agit, aurait eu l'avantage de retarder l'organisation de l'armée française (1).
Quant à l'opération même de la levée du siège, elle était devenue nécessaire après la lettre de Hill, annonçant que Joseph, parti de Requena le 18 octobre, se dirigeait par Cuença sur Tolède, avec 50,000 hommes d'infanterie, 8,000 cavaliers et 84 bouches à feu , dans le but de chasser les alliés du Tage (2). Presque simultanément d'ailleurs, Wellington avait reçu avis que Caffarelli était à Vittoria avec 8,000 hommes d'infanterie, 1,000 chevaux et 16 bouches à feu, et que l'armée de Portugal, nouvellement renforcée, comptait environ 55,000 combattants (3).
(li On doit critiquer aussi les détails de l'attaque, et notamment remploi des galeries de mine pour Taire brèche; mais cette critique atteint moins le général en chef que les chefs de l'an i lerle et du génie.
(2) 35,000 fantassins, 6,000 cavaliers et 72 pièces de canon provenaient de l'armée d'Andalousie. D'après les Mémoires de Joseph, l'armée du roi comptait 50,000 hommes et 84 canons.
(3) D'après Belmas, l'armée du Portugal reçut de France 10,500 hommes d'infanterie et 1,300 chevaux; elle fut rejointe par 9,500 hommes , 1,300 chevaux et 16 canons de l'armée du IVord- Se trouvant ainsi forte de 41,000 hommes, elle se mit en marche, le 17, vers Burgos. Soult, à la même époque, s'avançait avec 45,000 hommes, et l'armée du Centre avec 12,000.
Toutes ces circonstances devaient nécessairement l'engager à battre en retraite, puisque Souham, qui avait succédé à Clausel (1), pouvait d'un moment à l'autre se porter au secours du château, et que les forces alliées ne s'élevaient qu'à 20,000 Anglo-Portugais et 11,000 Galiciens, aussi peu redoutables en ligne que des guérillas. Les forces disponibles en arrière montaient à 5,000 hommes seulement. Ce n'était pas assez pour braver 44,000 Français. Hill, de son côté, ne se trouvait pas en mesure de tenir tête aux armées du roi (2) , d'autant plus que les 30,000 Espagnols chargés de menacer le flanc de l'ennemi et de retarder sa marche sur Madrid étaient restés à Grenade, par suite de l'insubordination de Ballesteros (s).
Pour faire face à cette situation, le général en chef ordonna à Hill d'abandonner la défense du Tage, pour se joindre à l'armée principale sur l'Adaja.
Le général Souham était convaincu que son adversaire avait plus de 60,000 hommes et attendait encore trois divisions de Madrid ; il ne songeait donc pas à attaquer, et craignait au contraire de l'être. Sa situation, du reste, commandait beaucoup de réserve, car la défaite de l'armée de Portugal eût ouvert aux alliés les portes de la France. Plus tard, informé de l'état véritable des forces de Wellington par la voie des journaux anglais (dont l'indiscrétion habituelle rendait les plus grands .services aux armées françaises), il rappela de Vittoria les troupes de Caffarelli , concentra les siennes à Briviesca , et se disposa à faire lever le siège de Burgos.
(1) Clausel était toujours souffrant de la grave blessure qu'il avait reçue au combat d'arrlère-garde, livré le lendemain de la bataille de Salamanque.
(2) La brigade Skeret , venue de Cadix , avait porté son armée à 40,000 hommes , y compris les troupes espagnoles irrégulières. Une multitude de guérillas occupaient les environs.
(3) Ballesteros devait se porter entre Alcaraz et le Tort de Chinchilla, qu'il avait mission de protéger .Soult enleva ce fort sans difficulté, le 9 octobre. (Voir la dépêche de Wellington du 26 octobre, à lord Bathurst.)