S'EST RETIRÉ
(2) Cet avis, expédié à neuf heures, a dû parvenir à l'empereur vers dix heures.
(3) M. le général Joniini, dans sa Correspondance avec le fils de Ney, prétend « qu'un engagement sérieux aux Quatre-Bras (à deux heures, au moment où commençait la bataille de Ligny), était un véritable malheur à cette heure-là, »
çais, à 4,140 hommes (1), et du côté des alliés, à 5,750. Les Anglais eurent 516 tués et 2,156 blessés; un de leurs régiments, le 92e (écossais), eut 28 officiers et 500 soldats hors de combat. Parmi les morts se trouvait le duc de Brunswick.
Napoléon, qui avait donné la matinée du 16 à Blùcher, donna celle du 17 à Wellington. Il était dix heures quand il résolut de se porter avec sa réserve et les corps de Ney contre les Anglais, pendant que Grouchy, avec ses 7 divisions d'infanterie et ses 2 corps de cavalerie , se mettrait à la poursuite des Prussiens. Ce fut seulement après midi que les troupes de ce dernier, fortes de 52,000 hommes (w), se mirent en route (3). Grouchy prétend qu'il reçut « sans autres « commentaires, l'ordre de diriger sa poursuite sur Namur « et la Meuse, et que s'étant permis de témoigner le désir « de ne pas s'éloigner autant de l'armée, Napoléon lui de- « manda avec humeur s'il prétendait lui donner des le- « çons. »
Une lettre, écrite le 17 par Soult au maréchal Ney, confirme ce renseignement (4).
L'ordre de marcher sur Gembloux, donné seulement dans l'après-midi, ne changea rien, d'après Grouchy, à l'objet primitif de sa mission, qui était « de suivre les Prussiens. » Cet ordre, trop ponctuellement exécuté, eut des conséquences désastreuses ; il fut modifié, à la vérité, par d'autres instruc-
(1) Gourgaud cslime les pertes des Français à 4,1-40 hommes, et celles des alliés à 8,000 environ ; les Victoires et conquêtes portent le chiffre des pertes à 4,000 du cote des Français, et a près de 9,000 du cote" des alliés.
(2) D'après Gourgaud, 36,000 hommes; — d'après de Vaudoncourt, 25,460 hommes d'infanterie, 4,870 de cavalerie et 96 canons; — d'après Grouchy, 32,000 hommes de toutes armes.
(3) Le gros des forces de Napoléon se mit en route a onze heures. Le corps de Gérard ne quitta Soinbreffe qu'après trois heures.
(4) Documents, etc. p. 46.
tions, mais aucune ne parvint au maréchal en temps opportun, de sorte qu'il se trouva jusqu'au 18, à sept heures dusoir, en présence de l'instruction formelle reçue la veille.
On doit attribuer les retards de la journée du 17 et la fausse direction de l'aile droite au jugement que l'empereur avait porté sur l'armée prussienne. Il croyait cette armée en pleine déroute, se repliant vers la Meuse et ne songeant plus à se présenter sur le champ de bataille; opinion erronée, qui domina l'ensemble de ses dispositions jusque bien avant dans la journée de Waterloo.
Les troupes de Wellington passèrent la nuit du 16 au 17 sur le terrain où elles avaient combattu; leur quartier général fut établi à Genappes.
Il semble résulter de deux ordres expédiés de cette dernière ville, le 16, avant minuit, que le duc s'attendait à ce que toute l'armée prussienne se réunît aux Quatre-Bras (î). Von Damitz affirme (2) que ce fut seulement le 17, à sept heures du matin, qu'il reçut avis de la perte de la bataille de Ligny et de la retraite de Bliicher surWavre (3). Cette marche, qui éloignait l'armée prussienne et l'obligeait à chercher en arrière un point de ralliement avec l'armée anglo-néerlan-
(1) n avait, en effet, été convenu, entre Bliicher et Wellington, au moulin de Bussy, que le premier qui serait libre d'agir marcherait au secours de l'autre, et que, dans tout état de choses, la concentration se ferait à Mont-Saint-Jean.
(3) Il paraît que Taris certain de la retraite sur Wavre n'arriva que deux heures après. Une reconnaissance envoyée par Wellington, le 17, a sept heurts du matin, dans la direction de Sombreffe, n'apprit rien, sinon que la nuit on avait tué un aide de camp de Bliicher, et porteur de lettres pour le commandant en chef de l'armée anglaise. (Shkrer, de VAUDOrs'COUitT et les auteurs allemands.) La version de l'article de la Quarterly Revieiv, publiée sur les données de Wellington, est un peu différente. L'auteur de cet article prétend que le duc avait vu des Quatre-Bras, avec sa lunette, le combat de Ligny et la retraite de Bliicher; que l'escadron de Gordon, envoyé en reconnaissance, le malin à sept heures, s'était mis en rapport, à Sombreffe, avec Panière-garde prussienne, commandée par Ziethen, et que cet escadron revint par conséquent avec des indications complètes et non vagues , comme le dit Siborne.
daise (i), engagea Wellington à faire un mouvement correspondant. Il commença la retraite vers dix heures, en ayant soin toutefois de la dérober le mieux possible à l'ennemi.
Napoléon était arrivé aux Quatre-Bras vers neuf heures. Il aurait attaqué immédiatement, si les troupes du 6e corps et de la réserve eussent été présentes.
On put voir, des hauteurs au-dessus de Frasnes, que les Anglais étaient en pleine retraite. Wellington, pour masquer son mouvement et donner le change à l'ennemi, avait laissé une forte arrière-garde devant les Quatre-Bras, et posté sur les hauteurs des dragons démontés et quelques pièces volantes.
L'armée alliée se retira sur Genappes, et de là sur Waterloo, pour prendre position en avant de la forêt de Soignes(2).
Une division, composée de 4 bataillons anglais et de 5 hanovriens, avec 5 brigades d'artillerie anglaise (comptant 18 pièces), se trouvait, sous les ordres de Colville,à Tubise, où elle couvrait la chaussée de Mons (3).
Le prince Frédéric, à la tête d'un corps de l'armée des Pays-Bas, se tenait en communication avec cette division pour le même objet (4).
Wellington, craignant d'être tourné par la route de Ni-
(1) Cette marche a été vivement critiquée par l'empereur; nous y reviendrons plus loin. Pour le moment, il suffit de constater queBliïcher, ense retirant sur Wavre, avait pouf but de rallier le corps de Bulow, laissé en arrière.
(2) La retraite sur Mont-Saint-Jean a été glorifiée par Siborne comme un des plus beaux faits d'armes de Wellington. Il y a beaucoup d'exagération dans ce jugement ; on doit reconnaître, cependant, que l'opération offrait des difficultés sérieuses. Si le maréchal Ney avait poursuivi immédiatement l'armée anglaise, il lui eût fait éprouver des pertes considérables. Wellington fut, au reste, admirablement secondé dans sa retraite par la cavalerie de lord Dxbridge.
DeVaudoncourt prétend que ce fut la pluie qui empêcha Ney de voir le commencement de la retraite des alliés. Le fait est que la poursuite ne commença que deux heures après.
(3) C'est par erreur que la Situation anglaise porte les quatre bataillons de la 4e division comme ayant occupé Braine-le-Comte pendant la journée du 18. ( Voir Gurwood, t. Xll, p. 487.)
(4) Carmichael-Smyth, p. 315.
velles, ouverte aux Français depuis l'abandon des Quatre- Bras (1), n'osa point rappeler ces troupes, dont le concours lui était cependant bien nécessaire.
Napoléon se trouva en présence des alliés le 17 au soir. La journée était trop avancée pour livrer la bataille; il fallut attendre jusqu'au lendemain.
L'illustre chef de l'année française avait l'espoir d'écraser les Anglais sans être inquiété par les Prussiens, qu'il croyait hors de combat depuis l'affaire deLigny. Wellington, d'un autre côté, se flattait de garder sa position jusqu'après midi, époque de la journée où il devait, d'après les conventions faites avec Blùcher,. être rejoint par l'armée prussienne (2). Ses forces étaient numériquement un peu supérieures à celles de Napoléon (3), mais moins aguerries et composées d'éléments hétérogènes : Belges , Hanovriens , Allemands et Anglais. Les
(1) Celte crainte est exprimée dans plusieurs lctlrcsdc Wellington. •
(2) Von Damitz prétend que, déjà dans la matinée du 17, Wellington fit connaître à Bliichcr son intention d'attendre l'ennemi, le lendemain, dans la position de Mont-Sainl-.Iean, si l'armée prussienne pouvait lui envoyer deux corps, ce à quoi Bliicher aurait répondu qu'il viendrait avec toute son armée. D'autres affirment que cette promesse ne fut faite que dans la soirée du 17 (Militair IVochcnblalt, 1845, n° 17). Capeligue, dans son histoire des Cent jours, t. II, p. 188, prétend que tous les mouvements à exécuter le 18 furent réglés entre Wellington et Bliicher par l'intermédiaire du comte Tozzo di Borgo, qui fil, le 17, deux voyages au camp des Prussiens; Bliicher lui-même, d'après cet auteur, vit le général anglaisa Bruxelles. Sur ce point, Capefigue a été mal renseigné.
D'après l'article de la Quarlerly Revicw, Wellington resta, pendant la nuit du 17, eu communication avec le corps de Bulow par l'intermédiaire de patrouilles dirigées sur Ohain; le 18, une heure avant le commencement de la bataille, il vit la cavalerie de ce corps massée en deçà du défilé de Saint-Lambert, où les Français, d'après le témoignage de Soult, ne l'aperçurent que vers midi et demi.
(3) D'après Wagner, Wellington avait 68,000 hommes; — d'après C. Smyth, 60,750; — d'après de Vaudoncourt, 80,000 ; — d'après les Victoires et conquêtes, 68,000 et 240 canons ; — d'après Gourgaud, 85 à 90,000 avec 250 canons ;— d'après Sherer, 74,000; — d'après Von Damitz, 62,000 ; — d'après le général Jomini, 80,000.
Gourgaud évalue les forces de l'armée française a 67,100 hommes et 240 canons ; — C. Smyth, à 82,000 et 246 pièces ; — Jomini, à 70,000; — de Vaudoncourt, Craan, Wagner, Von Damitz et Van Lobensels à 68,000 ; — Sherer à 76,000.
Les états officiels portent le nombre des bouches à feu de l'armée alliée à 200; — de Vaudoncourt, a 258 ; — Von Damitz, à 230 ou 240 ; — les Victoires et conquêtes, à 250. D'après Napoléon (t. IX, p. 101 de ses Mémoires), l'armée française comptait 68,906 hommes, et l'armée alliée, 90,000. Celle-ci avait 255 canons, et celle-là 242 seulement. D'après les Victoires et conquêtes, Wellington avait plus de 80,000 hommes. Bliicher, dans sa relation officielle, évalue les forces anglaises à 80,000 hommes, et les forces impériales à plus de 130,000,
derniers seuls étaient bien commandés et bien équipés. C'est à peine s'il pouvait compter sur le dévouement de tous les corps de cette armée (i). Quant à l'unité d'action, si nécessaire un jour de bataille, il ne devait pas espérer l'obtenir avec des chefs qu'il ne connaissait pas, des soldats pour la plupart sans expérience, et des corps n'ayant jamais combattu ensemble (2).
Wellington croyait avoir affaire (sa correspondance le constate) à toute l'armée française, sauf le 5e corps, c'est-à-dire à un effectif de troupes bien supérieur au sien; et néanmoins il attendit avec une entière confiance le choc de cette redoutable armée, conduite par le plus grand capitaine de l'époque! Cette confiance admirable, téméraire peut-être, l'empereur la qualifia de faute, tant il se croyait sûr de vaincre. Voyant l'armée anglaise en position devant la forêt de Soignes, il s'écria, comme Soult à Orthez : Enfin, je les tiens! Neuf chances sur dix sont en ma faveur (0).
erreur provenant de ce qu'il croyait avoir eu affaire à toute l'armée française. D'après les états cites par Maxwell , les Français , au commencement de la bataille , eurent 70,428 hommes et 2'i0 canons , les alliés 69,894 hommes et 104 canons. A quatre heures et demie, arrivèrent 16, 546 Prussiens avec 83 canons ; à 6 heures et demie, il y eut 44,232 Prussiens et 107 canons, et à 7 heures, 49.886 Prussiens et 123 canons. Dans l'effectif dis alliés, les Anglais entrèrent pour 25,389, la légion germanique pour 6,793, les Hanovriens pour 10,995, les Brunswickois pour 6,303, les Nassau pour 2,926, et les Néerlandais pour 17,488.
(1) Napoléon, dans ses Mémoires, t. IX, p. 52, dit : « la Belgique et les quatre départements « du Rhin tendaient les bras, appelaient à grands cris leur libérateur, et l'on avait des intel- « ligences dans l'armée belge. » En dépit de cette affirmation, nous croyons que les troupes néerlandaises étaient bien disposées a f.iire leur devoir. Rien, dans leur belle conduite aux Quatre-Bras et à Waterloo, ne prouve qu'elles fussent travaillées par l'influence française; au contraire.
(2) « Je crois vraiment, écrit-il à lord Bathurst, neuf jours après la bataille (Jaucourt, « 25 juin), qu'à l'exception de ma vieille infanterie espagnole, j'ai non-seulement la plus mau- « vaise armée, mais encore la plus mal équipée et le plus mauvais état-major qu'on ait « jamais réuni.» — Voir également sa lettre du 6 mai, au comte de Blacas.
Napoléon lui-même, dans ses Mémoires, déclare que deux soldats hollandais, prussiens ou de la confédération ne pouvaient compter que pour un Français.
(3) Paroles citées par Napoléon lui-même dans le t. IX de ses Mémoires.
Mais son major général, dit-on, répondit : « Sire, je les connais ces Anglais ; ils mourront « sur le terrain avant de le quitter. » CAPEFIGCE, t. II, p. 189 et 191.
Quelques auteurs ont fait dire à Foy : « L'infanterie anglaise, en duel, c'est le diable. » Si ce mot n'a pas été prononcé devant l'empereur, du moins il est admissible que Foy et Soult,
Cependant Grouchy, au lieu de se lancer résolument à la poursuite de l'année prussienne, s'était arrêté à Gembloux, sans savoir où se trouvait cette armée. Il apprit seulement, le 17 au soir que Blùcher, après avoir rallié le i",c corps, s'était concentré autour de Wavre. L'empereur, qui supposait le commandant de son aile droite aux environs de cette même ville, lui expédia, à dix heures du soir, un courrier pour l'informer qu'il y aurait le lendemain une grande bataille ; — que l'armée anglo-hollandaise était en position devant la forêt de Soignes, sa gauche appuyée au village de la Haye, — et qu'il devait, en conséquence, diriger avant le jour, un détachement de 7,000 hommes de toutes armes et 16 pièces de canon sur Saint-Lambert, afin de renforcer la droite de l'armée, et pour agir de concert avec elle. Napoléon recommandait en outre à Grouchy d'appuyer le détachement fait sur Saint-Lambert aussitôt qu'il serait assuré que le maréchal Blùcher aurait évacué Wavre, soit pour continuer sa retraite sur Bruxelles, soit pour se porter dans toute autre direction (î).
On a su depuis que cet ordre n'arriva point à destination.
A onze heures du soir, l'empereur reçut une lettre datée de Gembloux, cinq heures de l'après-dinée, par laquelle Grouchy lui fesait savoir qu'il ignorait la position de l'armée prussienne, circonstance à peine croyable, puisque cette armée n'était qu'à trois lieues de ses cantonnements.
comme vétérans des guerres de la Péninsule, aient eu une plus haute opinion que Napoléon de la bravoure du soldat anglais et du talent de Wellington.
Chateaubriand rapporte que Soult ayant fait quelques observations sur le plan d'attaque de l'empereur, reçut pour toute réponse ces mots dédaigneux. « Parce que Wellington vous a battu, vous croyez que c'est un grand général. » Quoique lu témoignage de l'illustre romancier n'ait pas une grande valeur à nos yeux, cependant il parait certain que Soult fit observer que ce serait perdre inutilement de la cavalerie, que d'essayer d'enfoncer les régiments anglais , observation dont l'empereur ne tarda point a reconnaître la justesse.
(I) Mémoires, t. IX, p. 102.