‹ Histoire du duc de WellingtonChapitre 49 sur 86 · AU · texte numérisé non relu

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l'armée de Blùcher devait longer la forêt et prêter le flanc à Grouchy, qui était censé sur ses talons (1). Au reste, que l'empereur ait eu ou n'ait pas eu cette opinion, il paraît certain que, dans la matinée du 18, il ne comptait pas sur l'arrivée des Prussiens; dès lors, on ne doit pas s'étonner qu'il ait attendu pour engager la bataille que le ciel se fût éclairci et le terrain un peu séché (a).

Wellington occupait en avant de Waterloo une position que traversent les grandes routes de Charleroi et de Nivelles. La droite de cette position était rejetée derrière un ravin près de Merbes-Braine, et la gauche s'étendait jusqu'au château de Frichermont, situé sur une hauteur au-dessus de la Haye. Des détachements gardaient les hauteurs de Merbes-Braine, de la Haye, de Smohain, ainsi que la ferme de Papelotte,Ies bâtiments et les jardins du château d'Hougoumont (3), situé en avant du centre droit, près de la route de Nivelles, et la ferme de la Haie-Sainte, établie en avant du centre gauche, sur la route de Genappes (4). (Voir plan n° XX.)

La division Chassé et la brigade d'Aubremé occupaient les environs de Braine-l'Alleud, sur l'extrême droite.

Cette aile était parfaitement appuyée; l'autre se trouvait plus ou moins en prise. Il aurait fallu y placer un corps de troupes, non-seulement pour la couvrir, mais encore pour assurer l'approche des secours avec lesquels cette aile devait rester en communication.

Wellington avait divisé l'armée anglo - néerlandaise en trois corps : celui de droite était sous les ordres deHill; — celui

(1) La preuve que telle était bien la pensée île Napoléon, c'est que, ilans ses Mémoires, il reproche à Wellington d'avoir acceplé la bataille en avant «le la foret, au lieu de l'accepter en arrière.

(2) Le général Jomlni n'admet pas l'excuse de l'état du terrain, et il a raison. Ce n'était pas quelques heures d'un temps brumeux qui pouvaient rendre le terrain meilleur, L'hypothèse du général de Vaudoncourt est plus admissible.

(3) Le véritable nom de ce château est Gomont: ses propriétaires sont les comtes de Gomont.

(4) Voir le Rapport de Wellington à lord Bathurst, sur la bataille de Waterloo.

du centre obéissait au prince d'Orange, — et celui de gauche avait pour chef le général Piéton. La cavalerie était commandée par lord Uxbridge, connu en Espagne sous le nom de sir Arthur Paget.

A la façon dont Wellington disposa ses troupes, on voit qu'il craignait d'être attaqué sur sa droite et tourné par Hal (1); c'est même en prévision d'une attaque de ce côté qu'il avait écrit, le matin de la bataille, au duc de Berry pour l'engager, le cas échéant, à faire filer la cour de France sur Anvers, par la rive gauche de l'Escaut. On ne s'explique pas que le duc ait pu attribuer à Napoléon un plan d'opération qui devait hâter la jonction des armées alliées, jonction que, depuis le commencement de la campagne, l'empereur cherchait à rendre impossible. Sauf cette réserve, on doit admettre, avec la plupart des historiens militaires, que la position de Mont-Saint-Jean fut bien choisie (2) et convenablement occupée. L'empereur, toutefois, et les généraux qui ont pris sa défense avec des idées préconçues, ne sont pas de cet avis (5); ils prétendent, au contraire, que ce fut une grande faute d'avoir livré bataille en avant de la forêt, qui, en cas d'échec, eût opposé à laretraite de l'armée vaincue un obstacle infranchissable.

« Wellington, dit l'empereur, ne pouvait rien faire de plus « contraire aux intérêts de son parti et de sa nation, à l'es-

(1) II laissa aux environs de celte ville un corps do 19,000 hommes, commando par le prince Frédéric d'Orange. Ce corps ne fut d'aucune utilité.

Wellington massa aussi plus de troupes sur sa droite que sur sa gauche, ce qui n'était pas très-judicieux.

S'il faut en croire les auteurs des Victoires et conquêtes, l'occupation de Hal fut la conséquence de l'envoi de 2,000 chevaux que Napoléon dirigea sur cette ville, dans la nuit du 17, pour menacer la droite anglaise et faire mine de gagner Bruxelles, en tournant la forêt de Soignes (t. XXIV, p. 196). Celle cavalerie, toutefois, rentra la nuit même dans son bivouac.

(2) « La position de Wellington, dit le général Jomini, était belle : c'est un glacis Ires-favo- « rablc à l'artillerie, et d'où l'on voyait tous les mouvements des Français » ( Napoléon au

tribunal de César, etc.)

(3) Nous faisons une exception en faveur du général de Vaudoncourt, qui juge Napoléon sans parti pris, et qui néanmoins trouve la position de Wellington totalement contraire aux règles de la stratégie, (t. IV, p. 64.)

« prit général de cette campagne, et même aux règles les plus « simples de l'art de la guerre, que de rester dans la position « qu'il occupait. Il avait derrière lui les défilés de la forêt « de Soignes : s'il était battu, toute retraite lui était impos- « sible... » A cette objection, le savant auteur du Précis de l'art de la guerre répond que l'armée alliée avait derrière son centre la route de Waterloo; derrière sa droite celle des deux Braine, et derrière sa gauche celle de la Hulpe; — trois chaussées convergeant vers Anvers, sa base d'opérations ; — elle avait, en outre, un grand nombre de chemins se dirigeant, à travers la forêt, sut' Bruxelles. Cette armée se trouvait donc dans de meilleures conditions, pour opérer sa retraite, que si elle avait dû traverser une plaine découverte (i).

Presque tous les stratégistes dont les ouvrages font autorité se sont ralliés à cette opinion, confirmée d'ailleurs par quelques faits de guerre.

L'empereur forma son armée en bataille sur les deux côtés de la route de Bruxelles à Charleroi. En première ligne se trouvaient: à gauche de la chaussée, lecorps de Beille avec les divisions Jérôme, Foy, Bachelu et la division de cavalerie Pire; — à droite de la chaussée, le corps de Drouet avec quatre divisions d'infanterie déployées, comme les précédentes, sur deux lignes, à trente toises l'une de l'autre. En seconde ligne, derrière les ailes se trouvait la cavalerie, — et en troisième

(1) Précis de rart de la guerre, t. II, p. 15.-*le général Jomini ajoute, sous forme d'observation générale, « que la retraite d'une armée en position devant une forêt serait d'autant « plus sûre, si, comme c'était le cris à Waterloo, la forêt formait une ligne concave derrière « le centre, car ce rentrant deviendrait une véritable place d'armes pour recueillir les « troupes et leur donner le temps de Mer successivement sur la grande route.

Le colonel C. Smytli fait observer d'ailleurs que la forêt de soignes était praticable pour la cavalerie, pour l'artillerie et pour l'infanterie dans presque toutes les directions, (p. 324.)

lord Ellesmere assure (p. 40), « que Wellington était d'avis que ses troupes auraient parfaitement traversé et défendu la forci, jusqu'à l'arrivée des Prussiens, s'il avait dû battre en retraite avant sept heures. »

ligne, derrière le centre, le 6e corps (Lobau) et la garde impériale formant réserve (1).

Napoléon dit (2) que son intention était de porter sur la Haie-Sainte deux divisions du 1er et deux divisions du 6e corps, soutenues par dix divisions d'artillerie, pendant que les deux autres divisions du 1er corps se seraient portées sur la Haie. Il espérait ainsi tourner la gauche de la position , séparer les Prussiens des Anglais, obliger ces derniers à se replier sur Hal, et favoriser la jonction de l'armée principale avec le corps de Grouchy.

Ce plan d'attaque , qui rappelait ceux de Wagram et de Borodino, offrait d'autant plus de chances de succès, que l'aile gauche des alliés était la plus faible. On a prétendu qu'en attaquant la gauche seule, l'empereur eût obtenu les résultats décisifs qui signalèrent une attaque semblable faite par Frédéric II à la bataille de Leuthen; mais le général Jomini fait observer, avec raison, que ce mouvement aurait laissé la ligne de retraite de l'armée française à découvert, et jeté cette armée dans le pays fourré de Saint-Lambert, où une défaite eût été sans remède.

Vers onze heures et demie (3), la division Jérôme, soutenue par celles de Foy et de Bachelu, commença l'attaque du poste d'Hougoumont. Le bois, défendu par les gardes anglaises, fut pris et repris plusieurs fois; il finit cependant par rester au pouvoir des Français; mais le château fit une résistance

(1) Les troupes se mirent en mouvement sur onze colonnes, destinées : quatre a former la première ligne, quatre la seconde ligne et trois la troisième. A neuf heures et demie, les têtes des quatre premières colonnes arrivèrent sur le terrain où ellesdevaient se déployer. A dix heures et demie, tout le mouvement était achevé : l'armée française se trouvait rangée sur six lignes, les deux premières d'infanterie ayant la cavalerie légère sur les ailes, la 3' et la 4* de grosse cavalerie, les 5e et 6« de cavalerie de la garde, avec six lignes d'infanterie de la garde et le G« corps formé en colonne serrée. [Victoires et conquêtes, t. XXIV )

(2) Mémoires, etc.. t. IX, p. 118.

(S) D'après 'Wellington et Gneiscnau, la bataille commença vers dix heures; d'après le général Alava et de Vaudoncourt, A onze heures et demie ; d'après Napoléon et Drouet, à midi ; d'après le maréchal Ney et le colonel Heymès, à une heure.

désespérée. Vers deux heures, il fallut suspendre l'attaque et songer à détruire ce bâtiment par d'autres moyens. Si de prime abord on l'avait foudroyé avec une batterie d'obusiers, on n'aurait pas eu ce fâcheux retard à déplorer. « L'opinion générale, dit Van Lobensels, est que Napoléon, après avoir pris le poste d'Hougoumont, voulait se rendre maître de la Haie-Sainte et décider ensuite la bataille par un coup violent de sa réserve sur le centre ennemi (i). » Mais, comme le château résistait plus longtemps qu'on ne l'avait cru, l'empereur jugea prudent de ne pas attendre la fin de cette attaque pour commencer le mouvement projeté. En conséquence, le maréchal Ney reçut l'ordre de se tenir prêt à marcher.

Vers midi et demi (2), Napoléon aperçut au loin, sur sa droite, une espèce de nuage que les uns prirent pour des troupes en marche, les autres pour une colonne au repos, et quelques-uns pour des arbres. Environ un quart d'heure après, on sut, par un hussard prussien, chargé d'une lettre pour Wellington, que c'était le corps de Bulow qui approchait. Le major général duc de Dalmatie expédia sur-le-champ au maréchal Grouchy le rapport verbal du hussard et la lettre interceptée, avec l'ordre de marcher sur Saint-Lambert et de prendre le corps ennemi à dos. L'officier porteur de cette missive (s) avait quatre ou cinq lieues à faire ; il était donc impossible que Grouchy arrivât sur le champ de bataille avant huit heures du soir. Au reste, on a su depuis que cet officier, par suite

(1) Précis de la campagne de 1815, etc., p. 273. Cette opinion est confirmée par Gourgaud dans les termes suivants : « Ces dispositions indiquaient le projet de l'empereur de percer le centre de l'armée anglaise... et de couper la retraite à la droite et à la gauche de la ligne. »

(2) Napoléon et Gourgaud soutiennent que ce fut vers onze heures que l'on aperçut Pavant-garde de lîulow ; ils se trompent, car la lettre de Soult, écrite immédiatement après l'interrogatoire du hussard prussien, est datée de une heure. On peut, au reste, facilement rectifier cette erreur par le récit même de Napoléon. (Voir ses Mémoires, t. IX, p. 120 et suivantes.)

(3) Le colonel Zenowitz. — M. deVaulabelle prétend que ce colonel fit un détour de onze lieues par Genappes, les Qualre-Bras, Sombreffe, Gembloux et Sart lez-Walliain.

d'un retard inexplicable, ne rencontra le maréchal qu'à sept heures (1). Un retard semblable fut cause que la dépêche expédiée le matin, à dix heures, n'arriva que vers quatre heures.

Pour parer au danger qui menaçait sa droite, l'empereur envoya le 6me corps (Lobau), avec deux brigades de cavalerie légère (Domont et Subervic), « prendre une position où il pût, « avec 10,000 hommes en arrêter 50,000. » Ces forces devaient attaquer Bulow en front, dès que les 6 à 7,000 hommes de Grouchy l'attaqueraient par derrière (2).

Comme ces dispositions privaient Napoléon du corps dont il avait besoin pour l'attaque combinéedu centre et de la gauche, il dut modifier son plan de bataille, « n'ayant plus, dès lors, assez de troupes sous la main pour remplir le vide qu'un mouvement à droite aurait laissé entre le 1er et le2mc corps (3). »

Ney reçut donc l'ordre de percer le centre et de pousser droit sur la route de Bruxelles (4). C'était évidemment le moyen de faire le plus de mal possible à l'armée anglaise. En débordant sa gauche, on l'aurait à la vérité séparée de Blùcher ; mais cette opération, la rejetant sur Braine-l'Alleud, lui eût permis de se retirer tout entière par Hal. Il ne faut pas oublier, du reste, qu'à cette heure de la journée, Napoléon avait encore la conviction que les trois autres corps prussiens n'arriveraient pas sur le champ de bataille.

Le maréchal Ney, avec beaucoup de peine, parvint à mettre 62 bouches à feu (5) en batterie sur un terrain détrempé, devant la gauche des Anglais. Une vive canonnade s'engagea

(1) Rapport de Grouchy, du 20 juin 1815.

(2) Napoléon raisonnait comme si son ordre de la veille avait été exécuté, et comme si les trois autres corps prussiens ne devaient pas suivre celui de Bulow.

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