DE VAUDONCOURT
(4) C'est par erreur, selon nous, que plusieurs historiens ont avancé que Ney attaqua le centre uniquement parce qu'il avait rencontré devant sa gauche un ruisseau formant un bas-fond bourbeux où il était impossible dépasser avec de l'infanterie. Aucun témoignage solide ne confirme cette version.
(5) D'aprèsde Vaudoncourt.— VonDamitz,la Oestreictiischemi/itairZeitunget les Victoires et conquêtes en portent le nombre « 80; Jomini à 100.
sur ce point; mais elle n'eut pas de grand résultat, à cause de l'éloignement des pièces (i).
A deux heures, Ney forma le 1er corps en quatre colonnes serrées par bataillon, qui se portèrent en avant par échelons, l'aile gauche en tête. Ces colonnes étaient évidemment trop profondes pour l'attaque et trop rapprochées pour le déploiement (2). Celle de droite, sous les ordres de Durutte, se dirigeait sur Papelotte pour contenir l'extrême gauche de l'ennemi, de concert avec la cavalerie de Jacquinot; en queue des trois autres colonnes marchait la cavalerie de Milhaud. L'artillerie fut obligée de rester en place à cause de l'état du terrain, et cette circonstance, jointe à la profondeur des colonnes, fit essuyer aux Français des pertes considérables. La première colonne, sous les ordres de Quiot, laissant la Haie-Sainte à gauche, attaqua et mit en déroute la brigade néerlandaise de Byland; mais en arrière de cette brigade se trouvait, abritée par un pli de terrain, la division anglaise de Picton, qui brisa l'effort des assaillants par ses feuxbien dirigés et par un habile mouvement qu'exécutèrent les 42me et 92me régiments sur la gauche de la colonne. Pendant cette lutte opiniâtre, l'intrépide commandant de la division anglaise tomba glorieusement à la tête de ses troupes. La deuxième colonne, formée de la division Doucelot, allait entrer en action quand Wellington, profitant de la faute qu'avait commise le maréchal Ney en négligeant la Haie-Sainte (d'où l'on pouvait déboucher sur le flanc des Français), envoya la brigade de dragons Ponsonby attaquer à revers la colonne à demi ébranlée de Quiot. Cette
(1) Cette faute , comme beaucoup d'autres commises dans cette mémorable journée , tenait a ce que l'armée française avait mal reconnu la position de l'ennemi et le terrain en avant.
(2) On ne connait pas au juste l'élément de formation de ces colonnes: d'après les uns, ce fut le bataillon; d'après les autres, la compagnie. Les écrivains militaires ne sont pas d'accord non plus sur la manière dont se fit l'attaque, ni môme sur le nombre des colonnes.
colonne, mise en déroute par un choc si formidable, s'appuya sur la deuxième, qu'elle entraîna dans son mouvement rétrograde. Les escadrons anglais, passant alors entre les colonnes Marcognet et Doucelot, s'avancèrent jusqu'à la ligne d'artillerie, qui venait de se porter imprudemment en avant pour soutenir les troupes engagées (1). Ils sabrèrent un grand nombre de chevaux et désorganisèrent une quinzaine de pièces (2). Mais cette cavalerie fut arrêtée à son tour et ramenée vigoureusement par deux brigades de Milhaud et de Jacquinot, envoyées au secours du prince de la Moskowa par ordre de Napoléon. Le général Ponsonby reçut un coup mortel en chargeant à la tête de ses dragons.
Dès que le maréchal Ney eut reformé le 1er corps au pied de la hauteur et donné à son artillerie le temps de se remettre un peu, Napoléon lui expédia l'ordre d'attaquer la Haie- Sainte.
L'opération commença par une charge vigoureuse de la cavalerie de Milhaud et d'une brigade de la cavalerie légère de la garde. Cette vaillante milice traversa la première ligne anglaise au cri de Vive l'empereur! mais la seconde lui opposa une barrière infranchissable. Là se trouvait, formée en carrés, la célèbre division du général Alten, admirablement secondée par la cavalerie de Somerset et par celle du général néerlandais baron Trip. Pendant que les escadrons de Ney soutenaient le choc de ces troupes d'élite, son infanterie attaquait la Haie-Sainte avec un élan irrésistible. Les munitions des alliés commençaient à manquer sur ce point; leur feu se ralentit et
(1) D'après de Vaulabelle, ce fut Ney qui donna à ces pièces l'ordre de s'avancer pour prendre position sur le plateau et foudroyer l'ennemi de près. Comme elles étaient du calibre de 12, elles restèrent embourbées au pied delà hauteur. Quand Napoléon les vit dans cette situation , il envoya au maréchal l'artillerie légère de la garde qui, malheureusement , ne produisit que peu d'effet, à cause de la faible portée de ses bouches à feu.
(2) De Vaudoncourt. — D'après d'autres auteurs, la charge de Ponsonby mil trente à quarante pièces hors de combat; d'après les Victoires et conquêtes, sept pièces seulement.
bientôt la ferme tomba au pouvoir des Français. 11 était quatre heures environ (1).
Pendant ce temps les batteries "d'obusiers de la gauche avaient mis le feu au château d'Hougoumont, où les gardes anglaises continuaient h se défendre au milieu des flammes et des décombres. Cette résistance, toutefois, ne donnait plus d'inquiétude à l'empereur; son attention était entièrement concentrée sur le centre, où d'un instant à l'autre le dénoûment pouvait surgir.
La situation de Wellington, en effet, paraissait extrêmement grave. Les troupes anglo-néerlandaises commençaient à s'impatienter de rester sur la défensive, exposées à des pertes énormes (2). Il était temps que les secours arrivassent ; aussi remarquait-on que le général en chef dirigeait fréquemment sa lunette vers la gauche.
Blùcher avait promis de déboucher sur le champ de bataille vers une heure de l'après-midi ; mais l'état des chemins lui avait fait éprouver des retards considérables (3). Il était sept heures quand le canon prussien se fit entendre du côté d'Ohain.
Pour détruire l'effet de cette diversion, l'empereur fit dire sur toute la ligne que c'était le corps de Grouchy qui approchait (4) : inutile subterfuge, dont l'armée ne fut dupe qu'un
(1) Quelques auteurs prétendent que la ferme fut prise seulement vers sept heures ; mais ils se trompent.
(2) La 5e division, forte de 5,000 hommes, après une charge, ne ramena que 1,800 combattants. Le 27° régiment perdit 400 hommes sans bouger et sans tirer un seul coup de fusil ; il eut tous ses officiers, sauf un, hors de combat. Le92e, au moment de charger, n'avait plus que 200 hommes. Le 53e dut rester sur place, faute d'un nombre suffisant de soldais pour manœuvrer. (Voir Mudford et Maxwell, t. III, p. 486.)
(3) Ce retard peut être estimé à deux heures. Bulow eu avait éprouvé un autre à Wavrc, (entre sept et huit heures du matin); son avant-garde était déjà au delà de cette ville, quand un incendie violent éclata dans la grande rue par laquelle son corps d'armée devait forcement passer. La colonne principale se mit à éteindre le feu; pendant ce temps, l'avantgarde se forma à Saint-Lambert (onze heures), où elle ne fut rejointe par le restant des troupes que dans l'après-dinée (deux heures).
(4) Fait avoué par Napoléon, et confirmé par Heymès et par le comte d'Erlon.
instant. Il eût été plus habile, peut-être, de faire considérer cet événement comme une chose prévue et nullement inquiétante.
Dès que Wellington s'aperçut qu'il n'avait plus rien à craindre sur la droite, il renforça le centre pour faire face au danger qui menaçait ce point depuis la prise de la Haie- Sainte. Déjà, antérieurement, il avait fait venir la brigade Mitchell et le contingent de Brunswick, établis en arrière d'Hougoumont. Entre trois et quatre heures, la brigade hanovrienne de la division Picton prit position sur la chaussée en avant de Mont-Saint-Jean , pendant que les troupes de Clinton accouraient de la droite vers le centre (1), et que celles du général Chassé, demeurées à Braine-l'Alleud , s'établissaient entre Merbes-Braine et la route de Nivelles. (Voyez et suivez la ligne A A du plan.)
En voyant déboucher les premières colonnes de Bulow, vers quatre heures et demie, l'empereur eut un moment la pensée de faire un changement de front en arrière, en donnant Hougoumont pour pivot à la gauche et Planchenoit pour point d'appui à la droite ; mais il abandonna bientôt cette idée, parce que, dit-on, il avait encore l'espoir d'être rejoint par Grouchy, et que, d'un autre côté, ses derniers renseignements lui donnaient la conviction que les alliés n'étaient pas en état de faire une plus longue résistance (2). Cette version, toutefois , ne semble guère admissible, au moins en ce qui regarde l'arrivée probable de l'aile droite, puisque l'empe-
(1) Le centre avait été affaibli par le départ de la brigade Byng , envoyée au soutien du poste d'Hougoumont.
(2) C'est la version de de Vaudoncourt (t. IV, p. 42). Celle de Gourgaud est un peu différente : « Napoléon, dit-il, balança un instant s'il ne changerait pas sa ligne d'opération « pour la placer sur la route de Nivelles, en débordant la droite de l'armée anglaise, au lieu « de la gauche, et en marchant sur Mont-Saint-Jean par la route de Nivelles, après s'être « emparédeBraine-l'Alleud. » Le général Gourgaud ajoute que ce plan fut abandonné, parce qu'il eût compromis Grouchy et favorisé la réunion des alliés; au surplus, le terrain entre la Haie et Planchenoit convenait mieux que tout autre aux troupes chargées de contenir Bulow.
reur lui-niêine aiïirme que, vers quatre heures, il reçut la fâcheuse nouvelle qu'à dix heures (i) du matin, Grouchy n'avait pas encore quitté Gembloux, et que les éclaireurs de Domont n'en avaient aperçu aucune trace. Il est plus probable que Napoléon fut dominé par la conviction qu'il pouvait écraser les Anglais avant l'arrivée des Prussiens, et, dès lors, on comprend qu'il n'ait pas voulu perdre son temps à faire un changement de front en arrière.
Au reste, la concentration des troupes entre Hougoumont et Planchenoit n'aurait pas beaucoup amélioré l'état des choses. La bataille serait devenue indécise, Napoléon aurait gagné Genappes dans la nuit, et, avant le 19 au matin, la jonction de Grouchy eût été un fait accompli. Mais, pendant ce temps, Blùcher et Wellington se seraient également réunis ; le but de la campagne eût été manqué, et l'empereur se serait vu obligé de rentrer en France pour garder la défensive contre un demi-million de soldats alliés (2).
Après l'enlèvement de la Haie-Sainte, le combat du 1er corps fut suspendu par ordre de Napoléon, qui voulait avoir des indications précises sur les mouvements de Bulow.Ney devait se borner à soutenir ce poste pendant que la division Durutte attaquerait les fermes de Papelotte et de la Haie.
Cependant, vers cinq heures, Wellington, ayant conçu l'espoir de reprendre le parcd'Hougoumont et la Haie-Sainte, lança les Hanovriens sur ce dernier poste en même temps qu'il dirigea les Anglais de lord Hill sur l'autre. Ney repoussa énergiquement cette attaque ; mais, contrairement à
(1) Le général Gérard, dans une lettre au général Huiot (voir le Spectateur militaire t. IX, p. 433), affirme que Grouchy donna à sept heures l'ordre de partir a huit, et que lui, Gérard, ne se mit en marche qu'une heure après. Il se peut donc très-bien que la totalité de l'aile droite n'ait quitté Gembloux qu'après dix heures.
(2) Gourgaud dit que Napoléon, en voyant approcher Bulow, eut un moment la pensée de changer sa ligne d'opération et de la transporter sur Nivelles; mais ce mouvement aurait isolé complètement Grouchy, et par suite n'aurait pu être utile à l'armée française-
ses instructions, il résolut de profiter de son avantage pour occuper la position du centre, abandonnée par l'ennemi. N'ayant point d'infanterie à sa disposition, il fit demander une brigade de cavalerie, qui exécuta son mouvement au trot. On ne sait par quel mal entendu cette brigade fut suivie de toutes les réserves, sans en excepter celle de la garde, dont la règle invariable était de n'obéir qu'à ses propres officiers et aux ordres de l'empereur (1). Cette masse énorme de cavalerie, forte de 15,000 chevaux, se précipita avec plus de courage que de discernement sur le plateau, où elle exécuta sans résultat plusieurs charges brillantes. Le colonel Heymès pense que la garde s'était portée en avant, parce qu'à la suite d'une attaque de Ney, il lui avait semblé que l'ennemi était en retraite, opinion que l'appel d'une brigade de cavalerie tendait à confirmer. « Ce faux mouvement, dit-il, se fit sous « les yeux de l'empereur, qui aurait pu l'arrêter, et qui ne le fit « point (2)... » Mais Napoléon, dans ses Mémoires, prétend « qu'il envoya le général Bertrand rappeler sa réserve ; que malheureusement elle était engagée quand ce général arriva, et que tout mouvement rétrograde dans un pareil moment eût présenté de grands dangers. » Quoi qu'il en soit, cette faute, volontaire ou non, exerça une influence funeste et fut, comme nous le verrons plus loin, la cause principale, sinon de la perte de la bataille, au moins de la déroute qui la suivit.
(1) C'est la version de Heymès, premier aide de camp du maréchal Ney. D'après les Victoires et conquêtes, les cuirassiers de Hilhaud (division Delort etWattier) gravirent la hauteur sur l'ordre du duc d'Elchingen : ils furent suivis par les chasseurs et les lanciers de la garde (division Lefebvre-Desnouettes). Peu après, Napoléon fit soutenir ces divisions, prématurément engagées, par celles de Lhéritier et de Roussel d'Urbal, du corps de KcIIermann. Dans le même moment, Ney fit également avancer la division de grosse cavalerie de la garde, sous le général Guyot (ce général a déclaré depuis, « qu'à partir de trois heures de l'aprèsmidi, il avait été misa la disposition du prince de la Moscowa. ») — T. XXIV, p. 217.
(2) D'après Gourgaud, Jomini et de Vaudoncourt, l'empereur fit au contraire soutenir Ney dès qu'il vit que celui-ci, malgré ses ordres, avait engagé sur le plateau les cuirassiers de Milhaud et la cavalerie légère de la garde. « Il envoya, dit Gourgaud , les cuirassiers de Kel- « lermann soutenir la cavalerie que nous avions sur le plateau, de peur qu'elle ne fût a repoussée par la cavalerie ennemie. »
Quelques auteurs ont soutenu avee raison, que si l'énorme masse de cavalerie engagée sur le plateau avait été appuyée par une réserve d'infanterie, le dénouement aurait pu avoir lieu entre cinq et six heures; mais il ne paraît pas qu'à ce moment de la journée il y eut encore de l'infanterie disponible. Le colonel Heymès prétend en effet que, vers six heures, Ney l'envoya demander quelques bataillons à Napoléon, qui lui répondit en présence de Drouot et de Jérôme: Où voulezvous que j'en trouve? Voulez-vous que j'en fasse ? Son opinion, d'ailleurs, était qu'il fallait repousser ou contenir Bulow avant de percer le centre anglais, et c'est ce qui lui fit dire aux officiers qui se réjouissaient de l'attaque de Ney : Voilà un mouvement prématuré qui pourra avoir des résultats funestes pour celte journée (1)
Nous avons laissé le corps de Bulow attaquant les troupes établies en potence sur l'aile droite de l'armée française. Le comte Lobau , malgré l'infériorité de ses forces , lui opposa une résistance énergique. Peu à peu, cependant, il fut débordé par les lignes prussiennes et obligé de battre en retraite. Déjà Bulow s'était emparé de Planchenoit, quand Napoléon envoya Duhesme avec une division de la jeune garde, un régiment de la vieille garde et 24 pièces de canon soutenir le corps engagé. Les Prussiens , assaillis par ces troupes d'élite, furent obligés, à leur tour, de céder le terrain et d'évacuer le village qu'ils venaient d'emporter.
En ce moment, la division Durutte venait de prendre suc-
(]) Nous donnons ces paroles sous toute réserve, parce qu'elles sont rapportées seulement par Gourgaud , qui a consigné avec une grande inexactitude plusieurs faits relatifs aux événements de 1815. Le seul témoignage qui confirme le dire de Gourgaud, est ce mot attribué par M. Capeligue et par d'autres historiens à Napoléon, rentrant aux Tuileries : « Ney, « s'écria-t-il, s'esl conduit comme un fou; il a fait massacrer ma cavalerie. » (Les Cent jours, t. II, p. 217.)
cessivement Papelotte, la Haie et Smohain(i). Il était alors six heures passées : les Prussiens paraissaient avoir engagé toutes leurs forces. Au centre, la cavalerie se soutenait sur le plateau, et, malgré le feu terrible des Anglais, avait enfoncé plusieurs carrés et pris trois drapeaux (2). Un certain flottement se remarquait dans la ligne ennemie; toutes ses réserves étaient engagées, et déjà, au dire de quelques témoins oculaires, beaucoup d'hommes et de voitures se précipitaient dans les chemins de la forêt (5). Enfin, le canon de Grouchy, entendu sur la droite , à deux ou trois lieues de distance , (croyait-on) faisait espérer que le restant de l'armée de Blùcher serait contenu. Il était alors sept heures et demie.
L'empereur pensa que le moment était venu de faire une attaque décisive et de terminer la journée (4). Il rappela à cet
(1) Van Lubensels regarde ce fait comme inexact (quoique affirmé par tous les auteurs français), parce que les documents hollandais n'en font pas mention.
(2) « Sur ce point, dit de Vaudoncourt, on se battit avec un acharnement dont il n'y a « peut-être pas d'exemple dans l'histoire... La brigade du général Halkett reçut à elle seule « onze charges; le carré du 65e régiment anglais fut taillé en pièces, et les deux tiers des autres « couchés par terre. Ce combat effrayant dura dans le même état jusqu'à sept heures du soir. u Le duc de Wellington, le prince d'Orange et lord Uxbridge, au milieu de cette mêlée, obli- « gés de s'enfermer eux-mêmes à chaque instant dans un carré , ne pouvaient qu'encoura- « ger leurs troupes à tenir ferme... Un déploiement aurait entraîné la déroute de l'armée. « Il est probable que cette brillante charge aurait obtenu un résultat plus important si elle « avait été dirigée par une seule tête ; mais, faute d'un homme tel que Murât, chaque régi- « ment et chaque escadron, pour ainsi dire, chargeait à volonté, où bon lui semblait. Il eu « résulta un tournoiement nuisible A l'effet générai. »
(3) M. le général Jomini prétend (dans son Histoire de Napoléon) qu'à la fin de la journée, la route de Bruxelles était encombrée d'artillerie démontée, de chariots et de blessés, et qu'il ny avait plus moyen de se retirer .- « Wellington sentait, dit-il, qu'il y allait de toute sa renommée. II était décidé à vaincre ou à mourir. »
Nous croyons que telle était, en effet, la résolution du général anglais ; mais, quanta l'impossibilité de la retraite, nous n'en sommes pas convaincu.
Les auteurs des Victoires et conquêtes (t. XXIV, p. 214) prétendent que déjà, à quatre heures, la route de Bruxelles était couverte de fuyards, et que le duc de Wellington allait donner l'ordre de la retraite, quand il reçut une dépêche du feld-maréchal Blùcher qui rengageait avec instance à tenir jusqu'à la dernière extrémité. Le noble lord dit alors aux officiers qui l'entouraient : « Perdu pour perdu, autant vaut-il tenter une dernière chance ; « II y a plus de danger à s'en aller qu'à rester encore sur le champ de bataille. »
Rien, absolument rien ne confirme cet épisode, du reste en opposition avec tous les faits connus et les témoignages les plus respectables.
(4) Les auteurs des Victoires et conquêtes se trompent en disant que les mouvements dont il s'agit avaient pour but de faire faire à l'armée française un changement de front oblique sur le centre, l'aile gauche en avant, et que les huit bataillons de la garde
effet quelques bataillons et un certain nombre de batteries de la garde qui avaient été détachés vers Planchenoit.
Le général de Vaudoncourt, dont la relation est très-favorable aux Français, prétend que « plusieurs généraux, présents à la bataille, furent d'avis qu'à cette époque de la journée l'empereur montra un peu d'hésitation... Il était six heures, dit-il, quand Bulow fut ramené. » En portant, par un mouvement rapide, le deuxième corps et toute la garde sur le plateau, on aurait pu, avant sept heures, enfoncer le centre des Anglais avec une masse de 18,000 hommes. Il suffisait de laisser une division devant Hougoumont.
Ce plan fut exécuté, mais trop tard, et avec quatre bataillons de la garde au lieu de dix.
Peu d'instants auparavant, Wellington avait appris que le corps de Pirch était sur le point d'atteindre la colonne de Bulow, et que Bliicher en personne, avec le corps de Van Ziethen (1), débouchait d'Ohain sur la gauche de la ligne anglaise. Cette heureuse nouvelle produisit un effet magique sur les Anglo-Néerlandais, qui commençaient à faiblir devant les charges réitérées de la cavalerie française.
A sept heures et demie, Reille reçut l'ordre d'aborder la ligne ennemie en débouchant par la droite d'Hougoumont, En même temps, et sans attendre que toutes les troupes destinées à la dernière attaque fussent réunies, Napoléon fit avancer quatre batteries de réserve et autant de bataillons de la moyenne garde, sous les ordres du général Friant. Luimême accompagna ce faible noyau jusqu'à la Haie-Sainte pour le faire soutenir par tout ce qu'il y avait encore de cavalerie disponible. Des officiers d'état-major se répandirent
étaient destinés à former le marteau de la nouvelle ligne de bataille. Ce fut seulement après l'attaque dont nous allons parler que l'empereur se décida à faire un changement de front, et il était alors trop tard pour exécuter un pareil mouvement. (1) De Vaudoncourt se trompe en disant que Bliicher marchait avec la colonne de Bulow.
sur toute la ligne pour annoncer l'approche de Grouchy (1). Les quatre bataillons de la garde, conduits par Ney en personne, prirent à gauche de la Haie-Sainte. Derrière eux marchait une ligne de cuirassiers, suivie elle-même à très-grande distance par six bataillons de la vieille garde (2). Ils attaquèrent les lignes anglaises avec une rare impétuosité ; mais à peine furent-ils sérieusement engagés, qu'un cri d'alarme se fit entendre à la droite : c'était l'annonce de l'arrivée de Blùcher qui, avec le corps de Ziethen (5), venait d'emporter sans grande résistance (4) la Haie et Papelotte. Un mouvement général s'ensuivit dans toute la droite des Français, qui se trouva bientôt coupée du sixième corps. Les bataillons de la vieille garde, au lieu de se porter en avant et de soutenir les quatre bataillons engagés de la moyenne garde, durent faire un mouvement à droite pour servir de réserve et de point de ralliement aux troupes expulsées de la Haie (5). Ils se formè-
(1) Il y eut un moment où toute la droite et l'entourage de Napoléon lui-même crurent à la réalité de cette nouvelle. En débouchant sur la gauche, Bliicher se trouva en présence des Nassau , commandés par le prince de Saxe-Weimar ; ces soldats avaient encore les uniformes qu'ils portaient dans l'armée impériale. Bliicher les prenant pour des ennemis les chassa de leur position. Quelques officiers français, ;ï la vue de ce mouvement rétrograde, se mirent à crier -l'aile gauche recule; voilà Grouchy! Ce mot vola de bouche en bouche; mais bientôt il fut remplacé par le cri décevant et sinistre : Voilà les Prussiens ! [Lettre écrite par le prince B. de Saxe-Weimar à son pore ; citée par Van Lobensels.)
(2) Ces bataillons furent réunis et mis en marche un quart d'heure après ceux de la moyenne garde. Gourgaud et de Vaudoncourt en portent le nombre à huit, mais il paraît qu'il n'y en eut que six. (Voir Van Lobensels, p. 299.)
(3) Presque en même temps, le corps de Pirch entra en action pour seconder Bulow.
(i) D'après le général Jomini , cette attaque avait déjà commencé et provoqué la retraite d'une partie du corps de d'Erlon, quand Napoléon porta les bataillons de la garde en avant. Nous croyons, sur la foi d'autres versions, que les choses se sont plutôt passées comme nous les racontons.
Le même auteur prétend qu'avant d'attaquer avec sa vieille garde , Napoléon s'était flatté de ramener la fortune sous ses drapeaux, en refusant sa droite et en portant ses efforts par sa gauche sur Hougoumont et Mont-Saint-Jean : changement de front hardi qui nécessitait l'abandon de la ligne de retraite sur Charleroi, pour en prendre un autre sur la chaussée de Nivelles, et qui de plus eût intercepté toute communication avec Grouchy. « Mais, ajoute <• le général Jomini, il avait été impossible de mettre ce plana exécution, et même d'attendre « que la réunion de toute la garde put s'opérer- » — P. 214.
(5) Nous suivons ici la version de Gourgaud. Napoléon accuse la division Durulte d'avoir mollement défendu la Haie ; il prétend en outre que c'est dans ses rangs qu'ont été poussés les cris de : Sauve qui peut! Mais le maréchal Ney, qui était près de là et qui abandonna le champ de bataille un des derniers, affirme ne pas avoir entendu ces cris. (Voir sa lettre au ducd'Otranle.)
rent en carrés, par bataillon , en travers du champ de bataille.
Sur ces entrefaites, la moyenne garde, soutenue par une ligne de cuirassiers, enfonça les Brunswickois et les bataillons de Nassau. Le prince d'Orange, menant ces derniers au feu, reçut une blessure à l'épaule qui l'obligea à quitter le champ de bataille.
La cavalerie française fut un moment sur le point de rompre la ligne ennemie; mais la brigade Chassé arriva juste à point de la droite pour rétablir le combat. La garde soutint le choc de ce nouveau corps avec une énergie sans égale : ses rangs tombèrent comme foudroyés sous le feu des lignes ennemies. Le maréchal Ney, qui avait eu cinq chevaux tués sous lui, combattait à pied avec ces triaires de l'armée française. Comme à Iéna, à Elchingen, à Borodino, il resta pendant quelque temps exposé à tous les coups, ayant mille chances d'être tué et ne recevant pas même une égratignure. Que n'est-il mort ce jour-là, au milieu d'un des carrés de la garde! c'eût été une fin digne de celui que l'armée avait surnommé le brave des braves !
En voyant la marche offensive des Prussiens et la retraite confuse de l'aile droite, les quatre bataillons engagés perdirent confiance. Les six autres, formés en carrés derrière la droite, se trouvaient dans une position tout aussi fâcheuse. Attaqués par un nombre croissant de troupes fraîches, leurs rangs s'éclaircirent à vue d'œil : bientôt il ne leur resta plus d'autre perspective qu'une mort glorieuse. Ce fut dans ce» moment que Wellington dirigea sur le centre de sa position les deux brigades de cavalerie Vandeleur et Vivian, que l'arrivée des Prussiens rendaient inutiles à l'aile gauche. Ces brigades poussèrent entre la Haie-Sainte et le corps de Reille, et tournèrent les bataillons de la vieille garde pour se jeter sur l'extrême droite en retraite. Napoléon les fit charger par ses quatre escadrons de service, seule cavalerie encore disponible.
Mais que pouvait cette faible troupe contre la masse et l'ardeur croissantes des alliés ? Il aurait fallu avoir en ce moment toute la réserve; or, depuis longtemps, cette force était engagée, épuisée, anéantie... Malheur irréparable qui, empêchant la retraite de se faire convenablement, changea un échec ordinaire en une déroute sans exemple (1) !
Tandis que Ziethen écrase le corps de d'Erlon et déborde la gauche du crochet formé par celui de Lobau et par la jeune garde, Pirch tourne Planchenoit, déjà attaqué de front par Bulow. L'extrême droite de l'armée impériale, débordée et entourée par des forces quadruples, se pelotonne enfin et cherche un refuge dans la fuite.
Le même désordre signale la retraite du corps de d'Erlon. La garde seule conserve une attitude imposante ; le brave général Michel tombe devant ses rangs éclaircis en s'écriant : La garde meurt et ne se rend pas!
Cependant, le flot des alliés va sans cesse grossissant dans la plaine. Déjà cinq carrés sont rompus, exterminés... Voyant ce carnage affreux, ce dévouement héroïque devenu sans objet, ses derniers carrés encore debout, cernés de toutes parts, leurs officiers hors de combat et leurs rangs éclaircis par la mitraille, Napoléon veut mettre un terme à ce glorieux, mais inutile sacrifice. Il retire sa garde, toute rouge pour ainsi dire de cet ardent brasier, où elle eût laissé son dernier homme (2). La garde recule! dit-on, et ce mot, répété dans les ténèbres, vole de bouche en bouche et précipite la retraite (s).
(1) « SI à huit heures et demie, dit Napoléon, cette réserve eût existé, l'orage qui boule- « versa le champ de bataille eût été conjuré... » Mais quelques lignes plus bas, il avoue que son intention avait été d'engager la réserve à six heures. Il y a une sorte de contradiction entre ces deux passages.
(2) Elle disputa le terrain pied à pied et ne fut désorganisée par la masse des fuyards que sur les hauteurs de la Belle-Alliance, où se fit, un instant après, la jonction des armées anglaise et prussienne.
(3) Jusqu'à ce moment, le corps de Reille avait fait bonne contenance. C'est par l'intervalle
Wellington saisit à propos ce moment pour passer à une offensive vigoureuse. Toute sa ligne d'infanterie, appuyée par la cavalerie et l'artillerie, se porte contre les masses françaises, attaquées en même temps à revers par la cavalerie prussienne. Ce ne fut plus alors qu'une immense déroute.
A Rossomme (1), Napoléon espère un moment arrêter ce débordement inouï, en formant un carré du dernier régiment de la garde et en ordonnant à Gourgaud d'appuyer ce carré avec quelques pièces à demi démontées, et qui se trouvaient sur les lieux (2): vaine tentative! l'obscurité empêche les fuyards d'apercevoir ce point de ralliement, et le tumulte du champ de bataille rend l'action des cadres impuissante... Napoléon veut mourir dans le carré de Cambronne (3) ; mais Soult détourne son cheval en s'écriant : Ah ! Sire, les ennemis sont déjà assez heureux (*)! Alors l'homme du destin s'enfuit comme le reste. . . L'aigle n'était plus dans le secret des dieux.
Le carré cependant tient ferme pour donner à l'empereur le temps de s'éloigner. Rendez- vous! lui crie-t-on de toutes parts. Un mot soldatesque, mais digne de l'histoire, fut la seule réponse de Cambronne : aussitôt, comme si la mort n'arrivait pas assez vite au gré de ces héros, ils se précipitent tête baissée dans les rangs ennemis. Un dernier cri de Vive l'empereur! se fait entendre au milieu de la fumée et du cliquetis des armes ; puis l'on n'entend plus rien : la garde est morte, l'empire est fini...
Je ce corps et de la garde, formée en carrés, que la cavalerie de Wellington fit irruption sur le champ de bataille.
(1) D'autres disent sur la hauteur entre la ferme de la Belle-Alliance et la maison d'Ecosse.
(2") Un des boulets tirés par ces pièces emporta la jambe de lord Uxbridge.
(3) D'après M. de Sainl-Hilaire, auteur d'une Histoire de la garde impériale, le dernier carré de la garde fut commandé par le baron Martenot. Ce fait peut être vrai, mais toujours est-il que le général Cambronne s'est trouvé dans le carré avec l'empereur et un grand nombre d'autres officiers.
(4J Extrait du Journal de Gourgaud-
Cette glorieuse immolation console encore aujourd'hui la nation française du plus cruel échec qu'aient éprouvé ses armes illustres.
Si la valeur des troupes anglaises dans cette mémorable journée s'éleva jusqu'à l'héroïsme, l'armée française ne resta point au-dessous de sa brillante réputation, et on ne sait ce qu'on doit admirer le plus, ou de la fermeté de ces bataillons qui résistèrent pendant deux heures aux charges de 7,000 cuirassiers français, — ou de l'ardeur des troupes impériales, qui, après une nuit passée dans la boue, se mirent en route le matin, la plupart sans avoir mangé (1), et soutinrent les fatigues de onze heures de combat et de marche dans un terrain détrempé, sans se plaindre, sans faiblir sur aucun point, malgré les impressions fâcheuses qu'avaient laissées de récentes défections, malgré les poignantes déceptions du champ de bataille! Mémorable journée, où l'on vit de part et d'autre des soldats qui n'avaient jamais combattu égaler en audace, en constance, en courage les vétérans d'Austerlitz et de Wagram (2).
A neuf heures du soir, Wellington et le vieux Blûcher se rencontrèrent à la Belle-Alliance, où ils purent s'adresser de mutuelles félicitations.
Le général Gneisenau, officier plein de talent et de résolution, se porta avec toute la cavalerie prussienne sur les derrières de l'armée française. Les charges vigoureuses de cette cavalerie, favorisées par un beau clair de lune, rendirent tout ralliement impossible. Wellington appuya avec une
(1) Par suite du mauvais État des chemins, il y eut un retard fâcheux dans l'arrivée dps voitures de transport.
(2) L'armée impériale comptait un grand nombre de recrues : l'armée alliée en avait plus encore. De Vaulabelle évalue le nombre des soldats français n'ayant jamais vu le feu à la moitié environ dp l'effectif. Dans la garde elle-même, il y eut sur 18,500 hommes 4 à 5,000 conscrits.
partie de ses troupes le mouvement de Gneisenau, et se mit lui-même à la tête des poursuivants; mais la fatigue de ses soldats l'obligea de s'arrêter entre Rossomme et Genappes.
Les Prussiens continuèrent la poursuite avec une ardeur qui témoignait de leur empressement à venger les désastres d'Iéna, d'Auerstaedt et de Ligny (i). Arrivés à Genappes, ils trouvèrent les parcs de l'armée française abrités par des barricades; mais cette précaution, loin d'être utile aux vaincus, augmenta leurs pertes en encombrant le seul passage qui restât libre pour la retraite. C'est à Genappes que fut prise la voiture de l'empereur et les différents objets qu'on a depuis étalés dans un musée spécial, à Londres (2).
Jamais bataille ne fut livrée avec plus d'opiniâtreté et de courage. Environ 6,000 hommes des deux armées périrent dans l'attaque d'Hougoumont ; près de 10,000 Français y furent mis hors de combat ; la division Foy seule perdit 5,000 hommes (5). Les pertes totales s'élevèrent aux chiffres suivants : Anglais et Hanovriens, 11,678 (4); Néerlandais, 5,547; Brunswickois , 1,000; Nassau, 1,000; Prussiens, 7,454; total, 24,679. Les Français eurent 18,500 hommes tués ou blessés, et 7,800 faits prisonniers (5); ils perdirent en outre 227 bouches à feu (e).
(1) « les soldats de l'ennemi qui voulaient se reposer, dit Bïiicher, furent successivement « repousses de plus de neuf bivacs ; le clair de lune favorisait la poursuite, qui n'était qu'une « véritable chasse, soit dans les champs, soit dans les maisons. » Un grand nombre d'officiers et de soldats se dérobèrent par une mort volontaire aux coups furieux de cette cavalerie..- Les Prussiens n'accordèrent pas de quartier. i,e général Duhesme, entre autres, quoique blessé, fut massacré par eux à l'entrée de Genappes.
(2) Voir le Rapport de Gneisenau sur la bataille de Waterloo.
(3) Boot's narrative.
(4) D'après les états officiels, publiés par Gurvvood, les Anglo-Hanovriens curent à Waterloo 2,047 tués, 7,016 blessés et 1,023 manquants.
(5) 7,008, d'après Gourgaud.
(6) D'après Maxwell, les alliés prirent à Waterloo 142 bouches à feu, 195 voitures d'artillerie et 72 wagons de transport. Napoléon évalue les pertes totales pendant toute la campagne à 170 bouches A feu et â 41,000 hommes, dont 6,000 prisonniers. D'après la même source , les alliés eurent 63,000 hommes hors de combat, dont 38,000 Prussiens. D'après les Victoires et
Au nombre des morts se trouvaient, du côté des Français, les généraux Michel et Devaux, et, du côté des alliés, Ponsonby et Picton. Ce dernier s'était battu comme un lion, bien qu'il eût eu deux côtes enfoncées à la bataille du 16 (1).
En rendant compte de cette victoire au maréchal Beresford (2), Wellington écrivit: « Jamais je n'ai vu de mêlée aussi « effroyable. Des deux côtés, on ressemblait à ce que les « boxeurs nomment des gloutons. Napoléon n'a fait aucune « manœuvre. Il s'est avancé à la vieille manière, en colonnes, « et il a été repoussée à la vieille manière. La seule différence « c'est qu'il a mêlé sa cavalerie à son infanterie, et qu'il les « a soutenues par une énorme quantité d'artillerie. »
Non moins décisive que les journées d'Azincourt, de Poitiers, de Hochstedt et de Vittoria, la journée de Waterloo décida du sort de l'empire. On a attribué la perte de cette bataille à des causes diverses, les unes accidentelles, les autres provenant de fautes commises et d'ordres mal exécutés. D'après les historiens français, Napoléon eût été vainqueur sans les pluies qui rendirent le terrain impraticable avant le milieu du jour, sans la faute de Ney, qui engagea les réserves de cavalerie une heure trop tôt, et sans l'incurie deGrouchy, qui, après avoir négligé l'occasion d'être le 17 au matin à Wavre, dédaigna le conseil donné, vers onze heures et demie, par le comte Gérard, de marcher sur le canon de Waterloo. Mais on a vu plus haut que le retard de l'attaque ne doit pas être attribué au terrain : trois ou quatre heures d'un temps brumeux ne pouvaient guère le sécher. Quant à l'emploi intempestif des réserves, on ne sait encore s'il faut le reprocher à Ney ou à Napoléon. Des documents publiés jusqu'à ce
conquêtes, les Français perdirent du 15 au 19, 30,500 hommes,et les alliés près de 50,000 , dont 25,000 Anglo-Hollandais.
(1) Robinson's memoirs ofPiclon, t. II, p. 362.
(2) 2 Juillet 1815.
jour, il semble résulter que c'est plutôt ce dernier qui doit en être responsable, puisqu'il n'arrêta point le faux mouvement de la cavalerie, et qu'il négligea de remplacer au commandement général de la garde le duc de ïrévise, éloigné momentanément pour cause de maladie (1).
Les fautes reprochées à Grouchy ont certes une haute gravité, mais des juges impartiaux ont émis l'opinion, que si ce maréchal avait reçu des instructions précises, et si l'on avait pris toutes les précautions nécessaires pour lui faire parvenir les ordres expédiés dans la nuit du 17 et la matinée du 18, il serait arrivé à temps sur le champ de bataille. Toute la question est de savoir dans quelles circonstances il se serait présenté, et quel résultat aurait produit son apparition.
Au milieu des conjectures auxquelles ce problème a donné lieu, voici, d'après nous, la plus vraisemblable : le 17 au soir, Blùcher était avec toute son armée autour de Wavre. Grouchy n'avait pu s'opposer à cette concentration, ayant reçu seulement vers midi l'ordre de quitter Sombreffe. Jusqu'ici, on n'a donc rien à lui reprocher. — Sa grande faute, dit-on, est de s'être arrêté à Gembloux. Eh bien, supposons que le maréchal, se conformant aux intentions de l'empereur, se fût présenté le 18 au matin devant Wavre; aurait-il empêché une armée deux fois et demie plus forte que la sienne (2) de l'écraser, ou d'envoyer un détachement au secours de Wellington (5)? Personne n'oserait le soutenir. La seule résolution qui
(1) Au moment de l'entrée en campagne, Mortier avait ressenti une attaque de scialique. Cette maladie, selon quelques historiens, fut un prétexte pour ne pas suivre Napoléon, que la plupart de ses anciens lieutenants regardaient déjà à cette époque comme un homme uni.
(2) Quelques auteurs portent l'effectif de Bliicher à 80,000 hommes; mais nous sommes portés a croire que ce général n'avait plus que 75,000 combattants: 50,000 furent dirigés sur Waterloo et 25,000 restèrent avec Thielman, a Wavre.
(3) Napoléon pensait que si Grouchy avait campé dans la nuit du 17 devant Wavre, Bliicher n'aurait fait aucun délaclicment pour sauver Wellington. (T. IX, p. 174, de ses Mémoires.)— Cette opinion s'explique par la fausse idée qu'avait l'empereur de la force numérique et de la situation morale de l'armée prussienne.
dans cet état de choses aurait pu donner de grands résultats, c'était d'attaquer les colonnes prussiennes en flanc, par une marche exécutée le 18 au matin de Gemhloux sur Mont- Saint-Guibert (1). On a lieu de croire, en effet, sans avoir toutefois la moindre certitude à cet égard (2), que Blùcher aurait arrêté ou suspendu son mouvement sur Ohain et Saint- Lambert, si, dans l'après-dîner, il avait entendu le canon des Français dans cette direction. Mais, comme le dit fort bien le général Jomini, « bien peu de généraux eussent pris la « résolution de se jeter ainsi sur Saint-Lambert sans savoir « ce que le gros des forces de Blùcher entreprendrait. » En résumé donc, Grouchy ne fit du tort à l'armée française que parce qu'il ne fut pas dans cette circonstance grand capitaine. Il est vrai qu'à onze heures et demie (3), à Sart-lez-Walhain, Gérard lui conseilla de marcher sur le canon de Waterloo ; mais le maréchal invoqua de nouveau ses instructions, qui lui ordonnaient de suivre les Prussiens et de se diriger sur Wavre (4). Au reste, quand même Grouchy, se tenant à l'esprit de ses instructions plutôt que la lettre, eût suivi le conseil de Gérard, il ne serait point arrivé sur le champ de bataille avant
(1) « Il fallait, dit le général Jomini, à la pointe du jour, diriger Vandamme et Gérard sur « Housticr, la cavalerie de Pajol et la division de Teste sur Wavre, à la poursuite de Parie rière-garde. »
(2) Une circonstance qui permet de croire que Blùcher ne se serait point arrêté, c'est qu'il pensa, jusqu'au dernier moment, n'être suivi que par le 3e corps. C'était aussi l'opinion du duc de Wellington; car on lit dans une lettre adressée par lui au comte Balhurst, et datée du ca tenu, le 22 juin: « Le 3e corps, qui, comme j'en ai informé Votre Seigneurie,
«dans mes dépêches du 19, a été détaché pour observer l'année prussienne fait sa
« retraite par Namur et Uinant. »
(3) D'après les Victoires et conquêtes, Grouchy ayant mis le gros de son armée en mouvemement à dix heures, arriva seulement à Walhain entre midi et une heure.
(4) Ce mouvement rentrait si bien dans les intentions de l'empereur, qu'il le prescrivit de nouveau dans l'ordre expédié le 18, à dix heures du matin (ordre que le maréchal reçut à quatre heures de l'après-diner). Voici l'extrait le plus important de cette pièce : « 1,'em- « pereur me charge de vous prévenir, qu'en ce moment Sa Majesté va faire attaquer l'ar- « niée anglaise... Ainsi, Sa Majesté désire que vous dirigiez vos mouvements sur Wavre, « afin de vous rapprocher de nous, «le vous mettre en rapport d'opérations et lier les com- « munications, poussant devant vous les corps de l'armée prussienne qui ont pris cette « direction...»— SI cet ordre était arrivé à midi et demi, comme on l'avait espéré, et comme cela était possible, Grouchy n'aurait pas agi autrement qu'il n'a fait.
sept heures et demie du soir (1), puisque de Sart-lez-Walhain à Frichermont il y a six lieues et demie de poste, et que les chemins dans la journée du 18 étaient si mauvais, que l'armée prussienne mit neuf heures pour faire les quatre lieues qui séparent Wavre de Mont-Saint-Jean.
Il résulte de ce qui précède, que les 52,000 hommes détachés sur la droite, s'ils s'étaient conformés aux instructions de Napoléon, n'auraient point empêché les Prussiens de secourir Wellington ; et que s'ils avaient suivi les conseils du commandant du 4e corps, ils seraient arrivés trop tard (2).
Napoléon n'aurait pu vaincre à Waterloo que s'il avait commencé l'attaque à neuf heures du matin, ou si Grouchy avait eu à un haut degré le génie des grandes combinaisons militaires.
La question de savoir ce qui serait arrivé si le commandant de la droite avait reçu à temps les ordres expédiés le 17, à dix heures du soir, et le 18, à dix heures du matin et à une heure de relevée, est beaucoup plus difficile à résoudre et ne sortira probablement jamais du champ des conjectures (s).
(1) Le comte Gérard pense qu'on serait arrivé plus tôt. D'après lut, il ne fallait que trois heures et demie pour aller de Sart-lez-Walhain à Frichermont ; d'après les Victoires et coni/uéles, trois heures seulement. C'est une erreur : la distance en ligne droite de ces deux points est de 11,000 toises; par les chemins existants, elle était de 13,000 environ : et ces chemins se trouvaient alors en si mauvais état, que le général d'artillerie Battus déclara à Grouchy que les pièces n'y pourraient pas suivre l'infanterie. Comme la discussion s'était prolongée dans le jardin de l'hôtelier de Sart, il eut été environ une heure, quand on se serait mis eu route, et au moins sept heures, croyons-nous, quand les deux corps auraient atteint Planchenoit. Les retards éprouvés par l'armée prussienne, en route depuis le malin » donnent à cette opinion une certaine autorité.
(2) Voici un autre fait invoqué contre Grouchy. Le 18, a 2 heures, le général Berthezène, arrivé à une lieue de Wavre, sur la hauteur de la Baraque, vit les colonnes de Ziethenetde Pirch se diriger en toute hâte vers Mont-Saint-Jean : elles étaient en ce moment engagées dans les défilés de Saint-Lambert. Le maréchal, prévenu de celte circonstance, répondit qu'il étaitsur la bonne route, et continua à marcher sur Wavre. Que serait-il arrivé s'il s'était jeté sur le flanc des colonnes en marche? Nous croyons qu'il aurait été attaqué par Thielman, et que Bliicher n'en eût pas moins continué sa route. Le caractère aventureux du maréchal, la promesse faite à Wellington d'arriver à son secours avec au moins deux corps, et l'ordre donné à six heures, quand il entendit la canonnade de Wavre, tendent à justifier cette opinion.
(3) L'ordre expédié le 17 au soir n'arriva point. Celui, daté du Caillou te 18, à dix heures
Au reste, supposons que le retard apporté dans ce cas à la marche de Bulow eût rendu le 6e corps disponible pour l'attaque du centre, et que cette attaque eût obtenu le résultat qu'en attendait l'empereur ; quel avantage l'armée française aurait-elle retiré de sa victoire? Probablement elle eût eu le lendemain une nouvelle bataille à livrer, et si ce n'eût été le lendemain, quelques jours après un demi-million de Russes et d'Autrichiens l'auraient forcée à rétrograder sur Paris.
La France était divisée par les factions, épuisée, ruinée par vingt années de guerre. Toute l'énergie de 1792 et toute l'activité du vainqueur de Rivoli eussent été impuissantes à la sauver. Les alliés, d'un autre côté, avaient la ferme résolution de rétablir les Bourbons ; ils étaient plus unis que jamais, plus forts qu'à aucune époque de l'histoire; leurs armées étaient excellentes et leurs généraux avaient merveilleusement profité des dures leçons du passé. Aussi, malgré toute la confiance que devait avoir dans son génie le vainqueur de tant de coalitions, Napoléon n'a jamais pu croire au triomphe définitif de ses armes dans l'état d'isolement où la France se trouvait réduite par la déclaration du 13 avril. En passant la Sambre, il n'avait plus, en réalité, que la chance de bien finir. Sans doute des victoires éclatantes pouvaient encore illustrer ses aigles ; mais de succès en succès, il devait aboutir fatalement à une catastrophe. Waterloo n'a trompé ses espérances qu'en avançant de quelques jours un dénoûment prévu, mais dans tous les cas inévitable !
L'historien impartial reconnaîtra que la campagne de 1815,
du matin, n'arriva qu'à quatre heures de l'après -diner, et celui de une heure ne fut reçu qu'après sept heures du soir. La faute de ces retardsdoit êtreattribuée aux officiers chargés de transmettre les ordres, et surtout au maréchal Soult, qui les confia en un seul original et à un seul courrier.
quoique digne à son début des plus beaux exploits de l'empire, ne révèle pas à un baut degré les qualités et les talents extraordinaires qui ont immortalisé le vainqueur de Rivoli , de Marengo, d'Ulm, de Ratisbonne, de Champ-Aubert et de Montmirail.
Le 16 au matin, Napoléon perdit un temps précieux, qui permit à Blùcher de se reconnaître, et qui favorisa la concentration de l'armée anglo-néerlandaise par l'inaction où ce retard laissa les corps du maréchal Ney (i). Le même jour, l'empereur commit la faute de rappeler les troupes du comte d'Erlon dans un moment où le prince de la Moscowa en avait le plus grand besoin, et la faute plus grave encore de les laisser partir après qu'elles se furent montrées derrière Saint- Amand.
A cette double circonstance se rattache la perte de la bataille des Quatre-Bras et la réorganisation de l'armée prussienne après Ligny.
On a dit avec raison que l'échec de Blùcher eût été complet, irréparable si Napoléon, au lieu d'inspecter le champ de bataille et les troupes qui avaient combattu, se fût mis immédiatement à la poursuite des vaincus. On a reproché aussi à l'empereur d'avoir négligé l'occasion de séparer les Prussiens des Anglo-Néerlandais, en attaquant leur droite dans un ordre oblique prononcé ; — d'avoir laissé en arrière le 6e corps, dont l'effectif était de 11,770 hommes, et d'avoir
(1) « Napoléon aurait dû, dès six heures du matin, se mettre aux trousses des Prussiens, « ou bien tomber de toutes ses forces sur 'Wellington, dont la réserve de cavalerie, l'artille- « rie et une partie de l'infanterie n'étaient arrivées que dans la nuit, harassées de fatigue. « La nécessité de ne pas laisser la ligne de retraite <le Charleroi à la merci du général « anglais faisait une loi de se porter de préférence contre lui. » Jomini, p. 185.
Cette opinion se rapproche de celle que le maréchal Ney exprima dans sa lettre au duc d'Otranle. Le prince delà Moscowa aurait voulu qu'au lieu de livrer deux batailles le même jour, l'empereur eût fait surveiller les Prussiens par un corps d'observation, et marché ensuite avec le gros de ses troupes au secours des 1" et 2>= corps engagésaux Quatre-Bras. \insi l'armée anglaise exit été détruite entre les Quatre-Bras et Genappes, et séparée de Bliicher. L'empereur se serait retourné ensuite contre cette dernière, dont il aurait eu facilement raison.
massé sa cavalerie sur la droite, où elle ne pouvait pas agir avec autant d'avantage qu'à l'autre aile.
Le gros de l'armée française resta toute la journée du 17 aux environs de Fleurus, et ce fut seulement à midi que le maréchal Grouchy reçut l'ordre de quitter Sombreffe et de poursuivre les Prussiens dans la direction de Namur (1). Ainsi, après avoir laissé la matinée du 16 à Blùcher , Napoléon eut le tort irréparable de laisser la journée du 17 à Wellington.
A Waterloo, d'autres fautes furent commises. D'abord on ne se donna pas la peine de reconnaître exactement la position de l'ennemi. Ensuite l'empereur, convaincu que les Prussiens étaient hors de combat, commença la bataille plus tard qu'il n'aurait fait s'il avait craint l'arrivée de Blùcher. Il fit la première attaque contre la Haie-Sainte avec des masses trop profondes; il engagea ou permit qu'on engageât trop tôt sa réserve de cavalerie; enfin, il montra quelque hésitation quand, vers six heures, il eut acquis la preuve qu'un effort général sur le centre pouvait réussir. Cet effort, du reste, ne se fit pas avec assez de troupes, ni avec assez d'ensemble. En général, toutes les attaques faites dans cette journée eurent le défaut d'être mal soutenues. Les auteurs français eux-mêmes sont obligés d'en convenir (2).
Le maréchal Grouchy a quelque raison d'accuser l'empe-
(1) Il aurait fallu, de grand matin, assigner à Grouchy la direction intermédiaire entre Liège et Bruxelles, qui convenait dans toutes les hypothèses de retraite de Blùcher; l'occupation de la ligne de la Dyle aurait suffisamment couvert la droite de l'armée française.
Si Napoléon avait connu, le 17 au matin, la situation exacte de l'armée prussienne et les intentions de Blticher, il n'aurait pas dû envoyer 32,000 hommes â sa poursuite : c'était en effet un détachement trop faible pour empêcher 80,000 hommes d'arriver à Waterloo, et trop fort pour jouer seulement le rôle de corps d'observation. L'excuse de l'empereur est dans la fausse idée qu'il s'était faite de l'armée battue à Ligny.
(2) Le compte rendu de la bataille de Waterloo, publié par le Moniteur universel du 21 juin 1815, prouve que Napoléon n'avait pas, même à l'époque où il fit cette relation, une idée bien nette de ce qui s'était passé le 18. En effet, on a peine A s'expliquer les phrases suivantes, extraites textuellement du journal officiel : « Le comte d'Erlon attaqua le village « de Mont-Saint-Jean, et fit appuyer son attaque par 80 pièces de canon... » « Une brigade de
reur de n'avoir pris aucune mesure pour rester en communication avec l'aile droite. Cette aile ne fut ni défendue, ni couverte, et cependant la faiblesse de la gauche ennemie devait faire supposer que des secours arriveraient de ce côté.
On ne sait encore si c'est à l'empereur ou au major général que l'on doit attribuer le défaut de précision des ordres et la faute grave d'avoir confié à un seul courrier les dépêches destinées au maréchal Grouchy, d'où dépendait le salut de l'armée. Il aurait fallu, comme cela se faisait du temps de Berthier, envoyer plusieurs officiers porteurs du même ordre. Au reste, une des circonstances funestes de la campagne de 1815 fut incontestablement la faiblesse et la mauvaise organisation de l'état-major français. Du côté des alliés, au contraire, le service de ce corps se fit avec une intelligence et une précision dignes d'éloges. Les Prussiens surtout prouvèrent qu'ils avaient fait sous ce rapport de grands progrès depuis les funestes événements de 1806.
Dans la courte mais décisive campagne de 1815, lord Wellington et Blùcher montrèrent autant d'activité que de talent.
Le maréchal prussien concentra ses forces avec une habileté remarquable. Attaqué à Timproviste le 15, il se trouva le lendemain avec 80,000 hommes à Ligny; et quoique battu
« la 1« division du comte d'Erlon, s'empara du village de Mont-Saint-Jean... » avant la charge de Ponsonby !
Le nom du maréchal Ney ne se trouve pas une seule fois cité dans cette relation, et on n'y parle que de l'arrivée du seul corps de Bulow. Ce n'est pas à l'attaque des corps de l'irch etdeîiethen que Napoléon attribue la déroute, mais « à la terreur panique que produisit l'échec de quatre bataillons de la moyenne garde , culbutés par plusieurs escadrons anglais. »
Un peu avant cette catastrophe, « toute l'armée, dit-il, voyait avec satisfaction la bataille » gagnée et le champ de bataille en notre pouvoir. »
On ne dirait pas que ce rapport émane du commandant en chef de l'armée française. Pour nous, c'est un document inexplicable.
ce jour-là avec des pertes considérables, il put réunir toute son armée, le 17, à Wavre. Son chef d'état-major alla s'entendre le même jour avec Wellington pour les dispositions du lendemain (i), et, le 18, avant quatre heures du matin, le corps de Bulow reçut l'ordre de se diriger sur Saint-Lambert. Deux autres corps prirent la même route quelque temps après; de sorte qu'avant midi 50,000 Prussiens se trouvèrent engagés dans des chemins détestables, longeant une forêt et présentant leur flanc à un corps de 52,000 Français. Cette marche, déjà si dangereuse en elle-même (a), Bliicher eut la témérité de la poursuivre, bien que vers une heure (s) il entendit le bruit du canon dans la direction de Wavre. Le maréchal opéra sa jonction avec l'armée anglaise au moment décisif de la bataille; enfin, après la déroute de l'ennemi, il ordonna une poursuite remarquablement vigoureuse pour des troupes sur pied depuis dix-neuf heures. Ce sont là des faits qui rappellent les beaux jours du vainqueur de Lodi, et dont
(1) Voir Jomini, Précis delà Campagne de 1815, p. 224.
(2) Le général Muftling prétend que celte situation eût été la plus désavantageuse possible, si Wellington avait été battu, ut si Grouchy ét.iit arrivé pendant la bataille. « Le 1" corps, dit-il, était séparé du 2<=; celui-ci du 4e, et ce dernier à son tour du 1« par des déniés; tous l'étaient du 3e corps par l'ennemi même. Les chemins de traverse de la forêt de Soignes étaient devenus presque impraticables pour l'artillerie , par une pluie de deux jours, et les chaussées auraient été occupées par l'ennemi. » {Campagne de Waterloo, etc., p. 68.)
Il faut remarquer cependant que Bliicher ne croyait avoir sur son flanc et ses derrières que le corps de Vandamme, ce qui diminue un peu l'audace de sa résolution.
(3) D'après Grouchy, c'est vers 10 heures et demie que le général Excelmans atteignit l'arrière-garde prussienne, à la Baraque, à une petite lieue <le Wavre; mais le récit du général Gérard et d'autres témoignages prouvent que cette heure n'est pas exacte. Grouchy luimême déclare que, pendant le combat livré à l'arrière-garde prussienne, il entendit le canon de Waterloo, lequel ne commença à tonner que vers midi. Au reste, le 3e corps n'arriva à la Baraque que vers 2 heures, et le 4e plus tard encore. Quant à l'attaque de Wavre , elle n'eut lieu que vers quatre heures.
D'après les auteurs allemands, Bliicher ne reçut qu'à six heures l'avis officiel de cette dernière attaque ; il donna aussitôt aux corps de Pirch et de Von Ziethen l'ordre de continuer leur marche, et à celui de Thielman l'ordre de soutenir seul le choc de Grouchy, sauf à se retirer, en cas de malheur, sur Liège.
Si cet avis de même que le bruit du canon, entendu vers une heure, ne changèrent point la résolution de Bliicher de marcher sur Mont-Saint-Jean, il faut l'attribuer d'abord â la promesse qu'il avait faite à Wellington, et ensuite à ce qu'il se croyait suivi seulement par le 3° corps français. (Voir C. V. W. Geschichte, etc., p. 88, 97, 98.)
l'honneur revient en partie au général Gneisenau, l'habile chef d'état-major de l'année prussienne.
Le duc de Wellington et l'armée anglaise ne méritent pas moins d'éloges. On doit reprocher cependant au duc la dispersion de ses cantonnements à une époque où les troupes auraient dû être campées ; — une certaine hésitation dans les premiers ordres, donnés le 15 au soir ; — enfin le détachement qu'il fit sur Hal, où 17,500 hommes restèrent l'arme au bras, pendant toute la journée du 18 (î). Son plan de campagne, du reste, était bien conçu et on peut dire qu'il prit toutes les mesures nécessaires pour en assurer le succès.
Le choix des Quatre-Bras et de Sombreffe pour points de réunion des troupes anglaises et prussiennes était conforme aux principes de l'art, et la position en avant de Mont-Saint- Jean offrait, quoi qu'on en ait dit, un champ de bataille avantageux. Cette position fut convenablement occupée et trèsbien défendue. Toutefois, il eût été préférable de mettre plus de troupes sur la gauche et moins sur la droite, parce que le but essentiel de l'empereur était d'amener la séparation définitive des Anglais et des Prussiens.
Pour le reste, le vainqueur de Waterloo ne mérite que des éloges. Les tacticiens reconnaîtront qu'il eut le bon esprit d'épargner ses troupes, le plus longtemps possible, en mas-
(1) Le général de Vaudoncourt porte l'effectif du corps détaché sous les ordres du prince Frédéric A 19,000 hommes. Ce chiffre est trop élevé. 11 y avait à Hal, daus la journée •lu 18 :
La 6e brigade anglaise de la division Colville, forte de 2,673 hommes. La 6« » lianovriennc » » 2,515 »
La brigade indienne d'Anthing » >/ • 3,738 »
La 1" division néerlandaise » » 6,662 »
La brigade de cavalerie hanovrienne, sous les ordres du colonel Estorff. » 1,877 »
Total 17,465 hommes.
Quatre brigades hanovriennes, comptant 10,441 hommes, se trouvaient sous les ordres du général Van der Decken, à Anvers.
quant certains régiments derrière les plis du terrain; — que l'apparition inattendue de ces régiments dérangea les combinaisons de l'ennemi ; — que tous les mouvements ordonnés depuis le matin jusqu'à l'arrivée de Blùcher furent bien coordonnés, bien soutenus; — que le duc profita avec beaucoup de sang-froid et d'à-propos des circonstances favorables qui se présentèrent; — qu'il prolongea enfin trèshabilement la défense, en faisant entrer ses réserves lentement et successivement en ligne. Les troupes anglaises, d'ailleurs, animées par son exemple et rassurées par son maintien stoïque, le secondèrent admirablement. Jamais, au témoignage des Français eux-mêmes, on n'avait vu des carrés soutenir plus longtemps les charges réitérées d'une cavalerie aussi nombreuse et aussi redoutable que celle de la garde impériale. « Vers sept heures, dit le général de Vaudoncourt, on vint annoncer au duc que la division Picton, forte de 7,158 hommes dans la journée du 15, ne présentait plus que 1,500 à 1,600 combattants. // faut qu'ils restent en place jusqu'au dernier fut sa seule réponse, et ils restèrent... » Au général Hill, lui demandant ses intentions pour le cas où Sa Seigneurie serait mise hors de combat, il dit : Je n'ai pas d'autre pensée que de tenir ici tant que je pourrai (î). Obligé de s'enfermer à tout moment dans un carré pour se soustraire aux charges de la cavalerie française, il ne cessait d'exhorter ses braves soldats, en leur disant avec sa simplicité habituelle : Si nous sommes battus, que dira-t-on de nous en Angleterre ? (Stand fast 95 th! we must not be beaten, my friends : ivliat ivill they say ofus in England?) On rapporte que le spectacle du carnage accompli sous ses yeux l'impressionna si vivement, qu'il s'écria, ému jusqu'aux larmes : II faut encore quelques
(1) Uu officier général demande à faire relever sa brigade, réduite au tiers: C'est impossible, dit Wellington, lui et moi, et nous tous, nous devons mourir sur la place que nous occupons en ce moment... [Campaigns of the duke, etc.)
heures pour tailler en pièces ces braves gens : plaise au ciel que la nuit ou les Prussiens arrivent avant (1)/
Toutes les relations impartiales constatent que le duc ne montra jamais plus d'activité et de courage personnel que dans la mémorable journée du 18. Si nous avions besoin de réfuter les allégations de certains auteurs, qui représentent Wellington se tenant immobile et comme pétrifié sous un arbre, ne donnant aucun ordre et laissant faire ses soldats, jusqu'au moment où Blùcher vint le tirer de sa léthargie ; s'il était de la dignité de l'histoire de réfuter de pareilles calomnies, nous invoquerions le témoignage unanime des officiers présents à la bataille. Parmi ces derniers, il en est un qui, en sa qualité d'étranger et de général espagnol, est peu suspect d'avoir montré un excès de bienveillance pour le duc de Wellington, c'est le général Alava. Après la bataille, cet officier écrivait à l'un de ses compatriotes, don Pedro Cevallos : «Vers sept heures du soir, Bonaparte, à la tête de sa garde, attaqua la position anglaise avec une telle vigueur que, pour un moment, la victoire fut indécise et même plus que douteuse. Le duc, sentant que le dénoûment approchait, parla aux troupes avec cet ascendant que possèdent tous les hommes supérieurs; puis, se mettant à leur tête, il rétablit le combat, s'exposant aux plus grands dangers. Heureusement, à l'instant même, nous aperçûmes le feu du général Blùcher qui attaquait la droite de l'ennemi avec son impétuosité ordinaire. Le moment d'une attaque décisive étant venu, le duc se mit à la tête des gardes anglaises à pied, leur dit quelques mots auxquels ils répondirent par un hourra général, puis Sa Seigneurie, les guidant avec son chapeau, les fit marcher à la baïonnette, pour attaquer corps à corps la garde impériale (2). »
(1) Paroles citées par de Vaudoncourt et Stocqueler.
(2) Lettre citée par Le Mayeiir.
Un auteur français, M. de Beauchamp, rend à Wellington la même justice en disant que « dans les moments les plus crice tiques, il se porta au milieu du feu pour se montrer aux sol- « dats et les rassurer par sa présence. »
Le duc, avec cette parfaite équité et ce noble désintéressement dont il a donné tant de preuves, attribue, dans son rapport, le succès de la bataille de Waterloo à l'assistance cordiale et opportune qu'il avait reçue de l'armée prussienne (1).
Quelques historiens se sont emparés de cet aveu pour revendiquer en faveur du maréchal Blûcher tout l'honneur de la victoire. Nous devons, dans l'intérêt de la vérité, protester contre cette injustice. Sans doute à l'arrivée du corps de Bulow, la position de Wellington était grave ; cependant, rien n'autorise à dire qu'elle fût désespérée. Jusque-là ses troupes n'avaient obtenu que des succès. La fortune, il est vrai, pouvait changer, et, suivant toute apparence même, elle se serait déclarée contre les alliés, si Blucher n'avait pas débouché sur la gauche de la position (2); mais enfin, si les Prussiens arrivèrent à propos et décidèrent la victoire, on le doit à Wellington plutôt qu'à l'initiative de leur général. Il est certain, en effet, que les opérations du 18 avaient été concertées entre les deux maréchaux. Cela résulte clairement du rapport de Wellington, où il est dit « qu'après l'affaire de Ligny, le lieutenant-colonel Gordon fut envoyé au quartier-général prussien pour s'entendre avec Blûcher relativement à la coopération de l'armée anglaise, qui avait ordre de se retirer dans la position en avant de Waterloo. » Le général Gneisenau, d'un autre
(1) El iiclier fut moins généreux; car dans son Rapport sur la bataille, il se plaît à constater qu'au moment de l'arrivée des Prussiens, la position de Wellington était très-menacée. On trouve à la vérité dans ce Rapport un éloge pompeux des troupes anglaises, mais pas un mot en faveur du général qui les avait si admirablement conduites.
(2) Châteaubriant, qui était alors à Gand avec Louis XVIII, affirme dans ses Mémoires d'Outre-Tombe, « que le 18, au malin, avant les premiers coups de canon, le due de Wellinj,i ton déclara qu'il pourrait tenir jusqu'à trois heures, mais que si les Prussiens ne parais- « saient pas, il serait nécessairement écrasé. »
côté, affirme (i) que Wellington avait annoncé, le 17 à Blùcher, sa résolution d'accepter la bataille, si l'on pouvait l'appuyer avec deux corps, et que le maréchal, en réponse à cette communication, avait promis devenir avec toute sonarmée(2). Il paraît même que le duc avait obtenu l'assurance que ce secours arriverait entre une et deux heures (:>).
On ne peut donc refuser à Wellington le titre de vainqueur de Waterloo, puisque c'est lui qui arrêta les mesures collectives pour la journée du 18, qui choisit et occupa le champ de bataille, qui dirigea pendant sept heures les opérations tactiques, et qui ordonna l'attaque décisive au moment où les Prussiens, conformément à leurs promesses, débouchèrent sur la droite de l'ennemi. Du reste, pour se convaincre que le génie du duc a présidé à toute cette campagne, il suffit de la comparer à celle de 1814, où Blùcher joua un rôle important. Que de fautes ont été commises dans cette dernière, et combien peu dans l'autre! A Montmirail, les corps de Sacken, d'York et de Kleist, forts de 40,000 hommes, furent attaqués, battus et jetés au delà de la Marne par 16,000 Français. Dans le même temps, Blùcher, avec 20,000 hommes, était contenu par Marmont, qui n'en avait que 4,000, et l'armée de Schwartzenberg, forte de 100,000 combattants, tenue en échec parles corps de Macdonald , Oudinot et Gérard , comptant à peine 18,000 hommes. Napoléon avoue que le souvenir de ces victoires le décida en 1816 à attaquer les alliés avec une armée beaucoup plus faible que la leur.
On a dit que Wellington ne s'attendait pas à vaincre, et qu'il fut étonné du résultat de la bataille (4). Ceux qui savent
(1) Dans sa Relation de la bataille de IVaterloo.
(2) Voir encore Alison, t. X, p. 464 ; Gurwood, t. XII, p. 477 et 478.
(3) Maxwell dit qu'en acceptant la bataille , Wellington comptait être livré A lui-même au plus pendant quatre heures. (T. III, p. 497.)
(4) L'opinion que Wellington avait gagné par hasard la bataille de Waterloo, et qu'il en fut lui-même tout surpris, a été générale en France, et s'y trouve encore acceptée par beau-
avec quel soin le duc a toujours cherché à mettre de son côté les chances de la victoire, n'accepteront pas ce jugement. Ils verront dans les dispositions même qu'il avait prises le gage d'un succès qui n'étonna que ses ennemis. Wellington eut si peu l'intention de faire un coup de tête et de finir sa carrière par un désastre éclatant, qu'avant la campagne, et le jour même du dénoûment, il avait écrit à plusieurs personnes pour témoigner de sa confiance inébranlable dans le résultat de la lutte.
On lit en effet dans une lettre du 8 mai, adressée au général Stewart : « Je n'ai rien à dire sur nos opérations défensives, « parce que je suis porté à croire que Blûcher et moi nous « sommes si bien unis et si forts, que l'ennemi ne peut pas « nous faire beaucoup de mal. Je me trouve au premier poste. « La plus grande partie des forces ennemies est devant moi, « et quand je suis rassuré nul ne doit avoir de crainte. »
Deux jours après, il écrivait au prince de Metternich : « Il « me semble impossible qu'avec la prudence et les disposi- « tions les plus ordinaires, nous échouions dans nos opérace tions militaires. »
Dans la matinée du 18 juin, quand déjà l'armée impériale se déployait pour le combat, le duc adressa à Charles Stuart le billet suivant : « Tranquillisez, je vous prie, les Anglais, « si vous le pouvez: qu'ils se préparent à partir; qu'ils n'y « mettent ni précipitation ni frayeur, car les affaires tour- « neront bien pour nous. » Enfin, au moment de montera cheval, il envoya au duc de Berry une lettre finissant par ces
coup de personnes. Nous nous rappelons avoir ru un portrait du général anglais avec ce quatrain qui, sous une forme piquante, rendait une pensée alors très commune :
D'où vient cet air d'étonnement Sur ce visage où dut briller la gloire? C'est que le peintre a, maladroitement, Peint le héros le jour de sa victoire.
mots : « J'espère, et de plus j'ai toute raison de croire que <c tout ira bien (\). »
Ces témoignages sont précieux; ils font non -seulement ressortir l'exagération des Prussiens, qui attribuent à Blùcher le succès de Waterloo , mais ils mettent encore en lumière le jugement solide et la froide impassibilité du général anglais.
En face du plus grand capitaine qui ait jamais existé, et d'une armée supérieure sous tous les rapports à celle des alliés, il n'eut qu'une seule crainte, peu sérieuse en elle-même (exprimée dans sa lettre au duc de Berry) : c'est la crainte d'être tourné par liai.
De nombreux témoins oculaires ont attesté que pendant la bataille, Wellington ne montra ni embarras ni hésitation (2). Presque toutes les personnes de sa suite furent mises hors de combat (3), et il y eut un moment où son état-major se trouva réduit à un seul officier. Après la charge décisive qui termina la journée, le duc se tint constamment à la tête des corps avancés, et comme on lui fit observer qu'il ne tarderait pas à être victime de cet empressement, qu'importe, dit-il, la bataille est gagnée, ma vie n'a plus de valeur (4) / Une nature plus vive et plus irritable ne permit pas à Napoléon de con-
(1) Napoléon parait avoir eu la même confiance, puisqu'on a trouvé dans ses papiers une proclamation aux habitants de la Belgique et de la rive gauche du Rhin qui devait être publiée après la déroute des alliés. Cette pièce renferme entre autres le paragraphe suivant : » Napoléon est au milieu de vous ; vous êtes dignes d'être Français ; levez-vous en masse, « joignez vous à mes phalanges invincibles pour exterminer le restant de ces barbares qui « sont vos ennemis et les miens. »
« Palais impérial de I.aeken, 17 juin 1815. » — Voir Maxwell, t. HT, p- 559.
D'un autre côté, le général Uneisenau,dans sa RelationolJïcieile de la bataille, affirme qu'à trois heures, Napoléon avait expédié à Paris un courrier pour annoncer que la victoire n'était pas douteuse.
(2) Le général anglais assigna lui-même à chaque régiment sa place de combat et surveilla l'exécution des moindres détails, il s'est trouvé cependant des auteurs qui ont osé affirmer que, pendant toute la lutte, il s'était mis à l'abri dans un carré d'infanterie.
(3) AL1SON, t. X, p. 468.
(4) 11 dit au colonel Harvey : >< Let them lire avay; tbe baille is over and my life is of no value now. » \ oir Alison, t. X, p. 473.
server ce calme précieux. Il se montra à Waterloo moins actif et moins opiniâtre que son adversaire (1). Des Français lui ont même reproché d'avoir abandonné trop tôt la partie (2) ; mais l'histoire impartiale protestera contre cette injustice. Elle dira, en l'honneur de ce grand homme, qu'il a quitté le champ de bataille un des derniers, et qu'il a voulu mourir d'une manière digne de lui, dans le seul bataillon resté debout (s)...
Avant de suivre les alliés dans leur marche sur Paris, nous devons nous arrêter un moment aux opérations de l'aile droite de l'armée française.
Grouchy avait eu le 19 un nouvel engagement avec le corps de Thielman. Il allait poursuivre son succès, quand il reçut avec l'annonce de la défaite de Waterloo (4) l'ordre de se diriger par les Ardennes sur Laon.
Le prince Jérôme, qui avait réuni 25,000 hommes derrière Avesnes, fut également dirigé sur ce point, où devaient se réunir successivement toutes les forces disponibles de la France.
L'empereur espérait que Wellington, par crainte de s'engager au milieu des places fortes, avancerait avec beaucoup de précaution vers la Somme. Il s'arrêta en conséquence pour attendre Grouchy, qui avait besoin de huit jours pour re-
(1) Gêné par une affection hémorrhoïdale, il resta assis, de onze heures à trois heures, sur une élévation près de Rossomme, d'où il pouvait découvrir tout le champ de bataille.