‹ Histoire du duc de WellingtonChapitre 71 sur 86 · LETTRE DE SIR J. MOORE SUR L'EXPÉDITION DE LA COROGNE · texte numérisé non relu

LETTRE DE SIR J. MOORE SUR L'EXPÉDITION DE LA COROGNE

Sir John Moore à lord Castlereagli.

Corogne, le 10 janvier 1809.

« Votre Seigneurie sait que si j'eusse suivi mon opinion comme militaire, j'aurais effectué ma retraite depuis Salamanque. Les armées espagnoles étaient alors battues ; il n'y avait aucune force à laquelle nous pussions nous réunir ; j'étais convaincu, par la nature du gouvernement et par la disposition des habitants, qu'ils ne feraient aucun effort pour nous aider, ni pour favoriser la cause dans laquelle ils étaient engagés. Toutefois, je savais qu'on ne voudrait jamais croire à l'apathie et à l'indifférence des Espagnols; que, si les Anglais se retiraient, la perte de celte cause leur serait imputée ; qu'il était nécessaire de se dévouer avec l'armée, pour convaincre le peuple anglais, aussi bien que le reste de l'Europe que les Espagnols n'avaient ni le pouvoir ni le désir de faire aucun effort. Ce fut pour cette raison que je marchai sur Sahagun. Comme diversion, cette marche a réussi : j'ai attiré sur l'armée anglaise tout ce que les Français avaient de forces disponibles ; et les prétendues armées espagnoles nous ont laissé poursuivre sans faire un seul mouvement pour favoriser notre retraite. »

ÉTAT DE LA NATION ET DE l' ARMÉE PORTUGAISES AU DÉBUT DE LA GUERRE D'ESPAGNE.

Voici quelques extraits de lettres propres à faire connaître l'état de la nation et de l'armée portugaises au début de la guerre d'Espagne.

Sir J. Cradock à sir J. Moore.

26 décembre 1808.

« M. Villiers et moi nous agissons de concert pour réveiller les Portugais et les rappeler au sentiment de leur situation. »

Colonel Kemmis à sir J. Cradock.

Eivas, 30 décembre 1808.

« On ne saurait dépeindre l'apathie des Portugais. Le général Leite est un homme à théories, et comme tous ses compatriotes un indolent. »

Cradock à sir John Moore.

9 décembre 1808.

« ...Je suis peiné de voir l'armée portugaise et tout ce qui a rapport aux choses militaires dans le plus mauvais état possible... »

Cradock a Villiers.

8 janvier 1809.

« Je suis prêt à agir avec la plus grande prudence ; mais quand Frère parle de troupes portugaises et de préparatifs, il bâtit réellement des châteaux en Espagne. »

Cradock a lord Castlcreacjh.

«... C'est un fait avéré que les régiments de cavalerie portugais sont sans chevaux, et, si je dois tout dire, que la moitié de leurs bataillons d'infanterie est sans armes et sans vêtements. 11 n'y a aucun moyen de régler tout ce qui a rapport aux vivres de l'armée; et mon opinion est que dans le cas d'une coopération on n'obtiendrait rien, quoique le Portugais paraisse bien disposé en faveur de la cause commune, qu'il y soit fidèle et que, dans de meilleures circonstances, il puisse devenir bon soldat. »

Le même au même.

3 avril 1809.

« On ne saurait compter sur les troupes portugaises dans l'état où elles sont. Si je disais qu'elles sont prêles à se révolter ou à se mutiner, je crois que je parlerais selon l'avis du général Beresford. Elles ne veulent pas être commandées par leurs propres officiers, et ne font que ce qui leur plaît. »

Le même au même.

30 mars 1809.

« L'anarchie toujours persistante dans Oporto, rendra nul tout ce qu'on pourra entreprendre pour la défense; la populace est irritée au

point qu'il serait très-difficile de dire quel parti elle prendrait, si la conduite des Anglais ne répondait pas à ses vues. »

Le même à Frère.

Lisbonne, 29 janvier 1809.

« Sans la force anglaise qui est ici, l'autorité de la régence serait méconnue, et les scènes d'Oporto se renouvelleraient dans Lisbonne. »

Le même au même.

29 mars 1809.

« La ville entière d'Oporto, l'évêque même, qui est censé la gouverner, tout est entre les mains d'une populace féroce et intraitable, qui a déjà commis les plus cruels excès. Je crains que le même esprit ne règne dans ce qu'on appelle l'armée portugaise. »

Villiers à Cradock.

15 février 1809.

« Je doute presque que les sujets anglais puissent rester en sûreté à Lisbonne. »

« La désertion qu'avait fait naître la première nomination d'officiers anglais (dans l'armée portugaise) devint si forte et tant d'individus quittèrent le pays au moyen des vaisseaux anglais pour se soustraire au service militaire, qu'il fallût défendre les embarquements par un édit.

« Beresford prévint la désertion pendant quelque temps, en condamnant les déserteurs à un travail pénible et en offrant des récompenses aux gens de la campagne qui les ramenaient ; mais la fatigue et la misère la rendirent très-fréquente au commencement de la campagne ; l'exécution de 49 coupables ne parvint pas même à la faire cesser. La cavalerie, qui n'avait jamais servi à grand'chose, était presque réduite à rien : les hommes étaient malades et découragés, les chevaux poussifs. » — Napieb, t. IX, p. 1 1 5.

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