LETTRES DE WELLINGTON SUR DIVERS SUJETS
1°. Sur la difficulté d'obtenir des vivres Sir J. Cradock au maréchal Beresford
Catdas, 18 avril 1809.
« Vous ne pouvez vous faire une idée de la difficulté que nous avons à nous procurer des vivres. C'est pour moi un sujet continuel d'inquiétude que d'envoyer la cavalerie au fourrage; rien n'est assuré au delà d'un jour. Le pays ne peut pas seulement fournir de la paille. — J'ai prié M. Villiers de demander à la régence qu'elle envoyât ici un fondé de pouvoirs pour nous procurerdes vivres, si toutefois on en peut trouver. J'agirai comme les Français et ferai des réquisitions, à cette différence près que nous payerons tout au prix le plus élevé. »
Wellington à Charles Stuart.
Cartaxo, 2 février 1811.
« Malheureusement des réponses et des rapports de la junte des vivres ne sont pas des vivres. Je n'ai jamais adressé une plainte au gouvernement portugais que je n'aie reçu pour réponse des volumes de papier. »
2°. Campagne de 1809.
Wellington h lord Castlereagh .
Lisbonne, 24 avril 1809.
« J'ai l'intention de marcher contre l'armée de Soult aussitôt que j'aurai pris quelques dispositions pour défendre le Tage, et aussi
pour arrêter les progrès de Victor, dans le cas où il s'avancerait pendant mon absence. J'attaquerais de préférence ce dernier de concert avec Cuesta, si Soult n'était en possession d'une province fertile et de la ville d'Oporto, que l'on doit chercher à lui enlever. » . . •
3°. Wellington se plaint du peu de confiance que lui témoigne le gouvernement anglais.
Au comle de Liverpool.
Celerico, le 19 août 1810.
« L'importunité avec laquelle je sollicite des ministres de Sa Majesté de porter leur attention sur la guerre de la Péninsule sera, je l'espère, mon excuse de vous prendre quelques instants pour vous faire part de mes sentiments particuliers sur ce sujet.
« Rien ne peut m'être plus désagréable que les opérations qui ont eu lieu l'année dernière, et il est évident que la continuation du même système de prudence me fera perdre le peu de réputation que j'ai acquise, ainsi que la bonne opinion du peuple de ce pays. Rien donc ne serait plus désirable pour moi personnellement que de voir abandonner tout d'un coup cette guerre, ou de la voir continuer avec une force suffisante pour enlever à l'ennemi tout espoir de résistance.
« Dans l'un et l'autre cas, les censures dont m'accablent les ignorants de notre propre pays aussi bien que ceux d'ici, et les gens que je suis obligé de contraindre à se remuer pour protéger leurs personnes et leurs propriétés, retomberaient sur le gouvernement. Mais, comme je vois qu'en fin de compte il y a plus d'une chance de succès, si nous pouvons conserver notre position dans ce pays, quoiqu'il n'y en ait probablement aucune d'après notre système de défense circonspect, je ne remplirais pas mon devoir envers le gouvernement si je ne l'instruisais de la situation réelle des affaires, et si je ne le pressais , même jusqu'à être importun, de faire de plus grands efforts.
« J'avoue qu'il m'a semblé jusque dans ces derniers temps que le gouvernement lui-même n'avait pas foi dans les mesures qu'il avait prises pour ce pays, et il n'est pas arrivé d'Angleterre un seul officier qui ne m'ait dit qu'on s'attendait généralement au prochain embarque-
ment de l'armée ; j'ai même entendu dire par quelques-uns que cette opinion était celle de plusieurs ministres du roi. »
4°. Souscription en faveur des Portugais malheureux.
Au comte de Liverpool.
Pero-Negro, le 7 octobre 1810.
« Les troupes ennemies ont, comme à l'ordinaire, abîmé ce qu'elles ne pouvaient enlever ; il ne reste plus rien. Si donc le résultat de la campagne était que l'ennemi fût obligé de se retirer du Portugal, il est bien à craindre que la plus grande misère n'accable les districts que l'armée ennemie a traversés, et qu'il m'est impossible de secourir. Dans d'autres occasions , les riches habitants de la Grande-Bretagne, et surtout ceux de Londres, sont venus au secours des peuples étrangers frappés de calamités que leur infligeait soit la Providence, soit un ennemi puissant et cruel. Le peuple portugais a éprouvé les effets généreux de cette disposition charitable des sujets de Sa Majesté, et jamais il n'y eut de circonstance où ces secours aient été plus mérités, soit que l'on considère les souffrances du peuple, ou que l'on envisage sa fidélité à la cause qu'il a embrassée , ou son attachement aux sujets de Sa Majesté. Je déclare qu'il n'y a pas d'exemple qu'un Portugais, même de la plus basse classe, ait eu avec l'ennemi des rapports contraires à son devoir envers son souverain ou aux ordres qu'on avait donnés.
« Permettez-moi donc de recommander à la protection de Votre Seigneurie les malheureux qui ont le plus souffert de l'invasion de l'ennemi, et de vous prier "d'examiner les moyens d'attirer sur eux les bienveillantes dispositions des sujets de Sa Majesté dans le moment, qui , j'espère , n'est pas bien loin, où l'ennemi sera forcé d'évacuer le pays. »
5°. Retraite de Masséna.
Au comte de Liverpool.
Villa-Seca, 14 mars 1811.
« Je suis affligé d'avoir à ajouter à ce rapport que la conduite de l'ennemi, pendant toute sa retraite, a été marquée par des actes d'une
barbarie qu'on a rarement égalée et qu'on n'a jamais surpassée. Dans les villes de Torres-Novas, de Thomar et de Pernes, où les quartiers généraux et quelques-uns de ses corps avaient séjourné pendant quatre mois et où les habitants étaient restés, se fiant à la promesse qui leur avait été faite qu'ils ne seraient pas maltraités, il a pillé et détruit un grand nombre de maisons la nuit même de son départ ; il a brûlé ensuite toutes les villes et tous les villages qu'il a traversés. Le couvent d'Alcobaca a été incendié d'après un ordre émané du grand quartier général . Le palais de l'évêque et la ville entière de Leyria où le général Drouet avait eu son quartier général, ont éprouvé le même sort; il n'y a pas un habitant du pays, de quelque classe ou de quelque rang qu'il soit qui, ayant eu des rapports ou des affaires avec l'armée française, n'ait eu à s'en repentir ou à s'en plaindre. Voilà de quelle manière ont été tenues et remplies les promesses et les assurances données par la proclamation du général en chef, qui disait aux habitants du Portugal « qu'il n'était pas venu à la tête d'une puissante armée de 110,000 hommes pour leur faire la guerre, mais pour jeter les Anglais à la mer. » Il faut espérer que l'exemple de ce qui est arrivé dans ce pays apprendra au peuple, ainsi qu'à celui des autres pays, quel fond l'on doit faire sur de telles promesses et de telles assurances. »
6°. Evacuation du Portugal par l'armée anglaise. A l'honorable G. Berkeley, vice-amiral.
Celerico, le 30 mars 1811.
« Comme je sais que les ministres actuels se plaignent des dépenses de la guerre dans la Péninsule , que leurs antagonistes déclarent qu'ils en retireront l'armée anglaise et que la conduite des Espagnols fournit de bonnes raisons pour prendre ce parti , je crois qu'il est de mon devoir de n'être pas pris au dépourvu pour obéir à cet ordre s'il m'est donné, et d'être en état d'y obéir sans exposer aux insultes de la populace de Lisbonne le ministre du roi, moi-même et ceux des officiers et des sujets de Sa Majesté qui résident ici. D'après ce motif, j'ai résolu que les bagages des régiments resteraient embarqués sur les transports ou autrement. Les commandants'des régiments ont reçu l'ordre d'envoyer chacun à Lisbonne un oflicier de leurs corps pour faire cet arrangement et détruire les bagages qu'on jugera inutiles. Je vous serai obligé de vouloir bien, en attendant, approprier les bâti-
ments de transport pour y mettre le bagage d'un, de deux ou de trois bataillons appartenant à la même division. »
7°. Opinion de Wellington sur l'enthousiasme populaire. Au lieutenant général lord N. Bentinck.
Freneda, le 24 décembre 1811.
« L'enthousiasme du peuple est une très-belle chose et figure bien sur le papier ; mais je n'ai jamais vu qu'il ait produit autre chose que le désordre. En France, ce qu'on appelait enthousiasme , c'était le pouvoir et la tyrannie agissant par l'intermédiaire des sociétés populaires, qui ont fini par bouleverser l'Europe et par établir la plus formidable et la plus épouvantable tyrannie qui ait jamais existé. En Espagne, l'enthousiasme du peuple s'évapore en vivat et en vanteries impuissantes. Cet enthousiasme a empêché qu'on essayât même de discipliner les armées, et son influence pernicieuse a toujours été alléguée depuis comme une excuse pour la profonde ignorance des officiers, l'indiscipline et la mauvaise conduite des troupes.
« Je vous recommande donc sérieusement, quelque part que vous alliez, de ne vous fier en rien à l'enthousiasme du peuple. Donnez-lui un gouvernement fort, juste et bon, s'il est possible; mais surtout un gouvernement fort qui le contraigne à faire son devoir envers lui-même et envers le pays, et faites que les mesures de finances nécessaires pour entretenir une armée marchent de concert avec les mesures pour la lever. »
8°. Insuffisance du traitement de Wellington. Au comte Bathursl.
Madrid, le 24 août 1812.
« Il y a plus de trois ans que je reçois le traitement ordinaire de commandant en chef, 4 0 livres panjour , assujetti à diverses déductions, entre autres celle de la taxe du revenu , ce qui le réduit à environ 8 guinées. Mais il sera nécessaire que le gouvernement me donne une paye supplémentaire, comme indemnité de table, ou à tout autre titre, ou qu'il m'autorise à mettre à sa charge quelques-unes des dépenses, telles que les aumônes que je suis obligé de faire dans l'état actuel du pays; autrement je serai ruiné.
« Il n'est peut-être pas convenable que je parle des autres pays, mais je crois qu'il n'y en a aucun où un commandant en chef, ayant les charges que j'ai, soit aussi mal payé que je le suis. Il est de fait, autant du moins que j'ai pu m'en instruire, qu'il n'y a pas d'exemple d'un officier anglais chargé d'un commandement non interrompu qui ait reçu seulement 1 0 florins par jour, et encore avec des déductions. Tous reçoivent soit une allocation d'un gouvernement, outre le traitement de commandant en chef, soit une allocation sous toute autre dénomination : mais je doute que leur peine et leur responsabilité, ainsi que leurs dépenses, aient jamais égalé les miennes.
« Néanmoins, je n'aurais pas parlé de tout cela, sachant que le public aujourd'hui veut être bien servi, au meilleur marché possible, si je ne me trouvais dans une position qui m'oblige à faire des dépenses que je ne puis acquitter sans un grand préjudice pour moimême. »
9°. Insuccès de l'attaque de Burgos.
Au comte de Liverpool.
Ciudad-Rodrigo, le 23 novembre 1812.
« Je vois qu'on est déjà disposé à attaquer le gouvernement, parce que le siège de Burgos a échoué. Le gouvernement n'a pas eu à s'occuper du siège. C'est une opération entièrement de mon fait. Quant aux moyens, il en existait de très-considérables à Madrid et à Santander pour le siège de la plus forte place. Ce qui manquait dans ces deux endroits, c'étaient les moyens de transporter l'artillerie et les munitions sur le lieu où l'on devait les employer.
« En Angleterre, le peuple, heureux comme il l'est à tous les égards, riche en ressources de tout genre, ayant à sa disposition des routes excellentes, voudra à peine croire que des résultats importants ont souvent dépendu de 50 ou 60 mules , plus ou moins , ou de quelques bottes de paille pour les nourrir : cependant rien n'est plus réel, quoiqu'on ne veuille pas y croire. Je n'ai pas trouvé les moyens d'emmener même un seul canon de Madrid. N*** est un homme qui se pique de vaincre tous les obstacles; il sait le temps qu'il lui a fallu pour nous envoyer environ cent barils de poudre et quelques cent mille cartouches. Quant aux deux canons qu'il tâcha de nous faire par-
venir, je fus obligé d'envoyer nos animaux pour les traîner, et nous éprouvâmes de grands embarras par l'absence de ces animaux dans les marches ultérieures de l'armée. »
10". Embarras suscités à Wellington par le gouvernement anglais. Au colonel Torrens.
Niza, le 22 janvier 1813.
« Quant à la dernière partie de votre lettre relative à la difficulté de mettre de côté et d'éloigner de l'armée en campagne les officiers généraux qui ont acquis avec honneur leur grade, il est impossible de la concilier avec la première partie , où vous parlez de la responsabilité ou plutôt de la haine qui s'attacherait à celui qui ôterait leur emploi aux officiers trouvés ou crus incapables de faire un service actif. Je demande qu'on ne m'envoie point d'officiers généraux; et quand on en enverra que je ne jugerai pas bons pour leur emploi, je demande qu'ils soient rappelés. Je supporterai alors la responsabilité ou la haine du retrait de leurs fonctions.
« Quelle position est donc la mienne? Il m'est impossible d'empêcher qu'on envoie des hommes incapables à l'armée; et quand je me plains qu'on en envoie, c'est moi qui suis responsable ! Assurément la responsabilité ou la haine de l'éloignement de pareilles personnes doit s'attacher à la « difficulté de les mettre de côté, » et non à celui à qui il appartient officiellement de représenter qu'elles ne sont pas capables de remplir leur emploi. »
11°. Milice anglaise.
Au comte Balhurst.
Lesaca, le 24 septembre 1813.
« Je suis tout à fait hors d'état de vous donner un avis sur le sujet de votre lettre du 1 1 , n'ayant jamais eu sous mes ordres plus d'un régiment de milice anglaise. J'ai trouvé, toutefois, la milice si complètement dépourvue d'économie intérieure, de discipline et de subordination réelles, que, quelque bien disciplinés que soient les soldats qui la composent sous le rapport de l'exercice et des manœuvres, je doute fort qu'une nombreuse armée de milice puissejamais servir en campagne,
autrement que pour un effort momentané. Mon opinion est que les officiers de milice ont tous les défauts des officiers de la ligne, mais à un bien plus haut degré, indépendamment de ceux qui leur sont particuliers. »
NOTES ET DOCUMENTS PROPRES A FAIRE CONNAITRE L'ÉTAT DE LA PÉNINSULE DE 1808 A 1814.
M. Stuart à M. Canning.
9 août 1808.
« Il n'y a pas de plan conçu en commun et conséquemment pas de concert dans l'action. Aucune province ne partagerait avec une autre les secours que lui accorde la Grande-Bretagne, alors même qu'elle n'aurait pas besoin de ce qui lui est donné. »
Le même au même.
12 août 1808.
« Tous les canons anglais destinés à la Galice ont été envoyés, par méprise, dans les Asturies; le secours a été distribué d'une manière absurde et tout est en désordre. »
Wellington a lord Liverpool.
2 février 1811.
« Les divers événements de la guerre vous auront prouvé que l'on ne peut faire aucun calcul sur les opérations dans lesquelles les troupes espagnoles sont engagées. »
Wellington à lord Liverpool.
23 février 1811.
« J'ai des raisons de croire que Badajoz manque entièrement de vivres, quoique depuis un an on s'attende à un siège. »
Le même au même.
23 février 1811.
« L'expérience m'a appris à ne mettre aucune confiance dans les efforts des troupes espagnoles, malgré les nombreuses preuves de bravoure qu'elles ont données...
« La brigade portugaise ne s'est pas beaucoup mieux conduite que les autres troupes (à Albuera).
« Le brigadier général Madden fit tout au inonde pour les engager à charger, mais vainement. »
Le même au même.
« Le nombre des forces portugaises est beaucoup réduit ; je ne sais quelle mesure recommander qui ait le pouvoir de les augmenter. Le gouvernement actuel de Portugal rejette ou néglige toutes celles qu'on lui présente ; si par hasard il en adopte une, elle est si mal exécutée qu'elle ne sert à rien. »
Général Graham à lord Liverpool.
Cadix, 2 février 1811.
« Outre la répugnance que les Espagnols ont mise à adopter quelques-unes des mesures les plus essentielles (pour la défense de la place), ils n'ont permis à nos gens d'exécuter le plan arrêté pour le retranchement de la partie gauche de la cortadura de San-Fernando, qu'après des délais et des discussions très-déplaisantes. »
Wellington à M.Forjas.
Septembre 1810.
« Nous perdons un temps précieux à discuter des choses qui devraient déjà être exécutées. »
Le même au même.
Pero-Negro, 31 octobre 1810.
« Si les vivres eussent été enlevés partout, les Français n'auraient pu rester ici une semaine
« D'après ce que je sais, ils pourront même maintenir leur position jusqu'à ce que la masse de l'armée vienne à leur secours.
« Il est douloureux d'entrevoir tout ce que l'obstination et la sottise peuvent causer de mal. i>
Le même au même.
Pero -Negro, 1er novembre 1810.
« Toute cette conduite doit être attribuée à la même cause, le désir d'éviter une mesure qui, bien qu'utile aux vrais intérêts du pays, dérangeait les habitudes indolentes et la douce vie des habitants, et l'envie de jeter sur moi et sur le gouvernement anglais tout l'odieux de cette mesure. J'avais avoué dans ma proclamation que j'en étais l'auteur, et le gouvernement pouvait se mettre à l'abri sous unetelle déclaration, mais il a eu pour principe, tout récemment il est vrai, de rechercher la popularité, et il n'adoptera rien de ce qui déplaît à la populace de Lisbonne. »
« En octobre 18121, les soldats anglo-portugais n'avaient pas reçu de paie depuis six mois; mais les armées françaises du Sud, du Centre et de Portugal étaient arriérées de toute une année. » Napier, t. IX, p. 352.
L'armée de Suchet seule était régulièrement payée. C'était la seule aussi qui fût bien disciplinée.
E. Vaughan à sir Charles Stuart.
Cadix, 3 août 1813.
« Les troupes espagnoles qui se trouvent en Catalogne et dans les autres provinces manquent de vivres, et le gouvernement ne pourvoit à leurs besoins que par les proclamations qu'il adresse aux intendants.
« Depuis que je m'occupe des affaires d'Espagne, jamais je n'ai vu le siège du gouvernement dans une plus mauvaise situation. Il existe ici un profond sentiment de haine contre les Anglais, et le parti jacobin agit avec la plus extrême violence. »
En 1813, Forjas, ministre de la guerre du Portugal, écrivait à Wellington : « Les Espagnols, par leur orgueil, ont nui au succès d'une « cause qui est celle de la liberté de l'Europe. 2
M. Vaughan à M. Sluarl.
Cadix, 27 février 1811.
(Andalousie). « Je suis affligé du peu d'efforts que font les Espa-
gnols, et ce qui m'afflige encore davantage, c'est de penser qu'on n'en obtiendra rien de plus. »
Générai Carrol à M. Stuart.
Olivenza, 29 avril 1811.
« Plût à Dieu que les armées espagnoles, ou, pour parler plus exactement, les cadres des armées espagnoles, fussent sous le commandement de Sa Seigneurie (Wellington) ! Nous pourrions, dans ce cas, faire de grandes choses ; mais, hélas ! notre orgueil semble augmenter avec nos malheurs et ne saurait être égalé que par notre ignorance. »
Général Doule au colonel Boche.
23 juin 1811.
« Est-il possible de concevoir rien d'aussi absurde, et je pourrais presque dire d'aussi infâme que la conduite de la junte ou du capitaine général de Carthagène ? On a ôté les fusils aux régiments envoyés au secours de Tarragone, afin sans doute qu'ils ne pussent faire qu'une vaine parade de leur patriotisme. »
Capitaine Codrington a sir Charles Cotton.
Villa-Nueva, 18 juillet 1811.
« Je ne puis vous peindre toutes les difficultés que m'a suscitées la marine espagnole avec laquelle j'ai été en communication sur la côte ; sa conduite a été détestable, et, si j'en excepte la frégate YAstrée et la corvette la Paloma, les commandants des vaisseaux de l'État n'ont montré ni courage devant l'ennemi, ni humanité envers leurs compatriotes. »
Le prince de Neufchâtel au roi Joseph.
Paris, 11 avril 1811.
« On voit par les gazettes anglaises que les Gortès rassemblées dans l'île de Léon ne sont qu'une misérable canaille et des gens obscurs qui n'ont d'autres projets que d'aller végéter dans les tavernes de Londres; il ne peut y avoir rien à faire avec des pareils hommes. »
Galice, en 1812.
« Toutes les classes avaient unanimement refusé de payer une con-
tribution extraordinaire imposée sur toute la province... L'armée déchirée par l'esprit de faction était devenue odieuse au peuple. » — Napier, t. IX, p. 29.
Aragon et Catalogne, en 1812.
« L'esprit de résistance diminuait de jour en jour et se serait infailliblement éteint sans les succès de Wellington, sans le bruit de la prochaine arrivée d'une armée anglaise en Catalogne. » — Napier, t. IX, p. 51 .
« Le changement opéré dans les sentiments du peuple annonçait visiblement les progrès de l'invasion ; l'enthousiasme était étouffé par la folie et la corruption des chefs qui, sans le vouloir, servaient la cause des Français. » — (Même écrivain.)
« Les troupes, réduites en nombre, manquaient de vivres, désertaient à l'ennemi, chose inconnue jusqu'alors en Catalogne... Les Français allaient librement d'un lieu à l'autre sans escorte, et les habitants des villes maritimes trafiquaient volontiers avec la garnison française de Barcelone, quand ni argent ni menaces ne parvenaient à faire fournir à l'escadre anglaise les choses dont elle avait besoin. » — Napier, t. IX, p. 52.
Valence, eu 1812.
« Le peuple trouvait le gouvernement des envahisseurs moins oppressif que le sien. » — Napier, t. IX, p. 57.
Wellington à ....
Pero-Negro, 31 octobre 1810.
« Les artilleurs ordenanzas commencent à déserter les ouvrages, quoiqu'ils soient nourris et soignés comme l'armée anglaise. »
Wellington à lordStuart.
Carlaxo, 18 janvier 1811.
.. Depuis que je suis ici, j'ai toujours vu l'armée portugaise dans le même embarras et les mêmes difficultés, et il est avéré qu'elle se fût débandée plus d'une fois si l'armée anglaise n'eût partagé avec elle ses vivres, ses munitions, son argent.
« Sa Majesté devrait sommer l'évêque d'Oporto de dire clairement t. m 22
dans quel but il refuse de concourir aux mesures nécessaires pour obtenir de l'argent et mettre le pays en état de continuer la guerre. »
Lettre de don Antonio Rocca.
« Tant que nous aurons dans notre gouvernement (Catalogne) des hommes avides, ignorants et perfides, il ne peut nous arriver rien de bon. Il faudrait être fou pour espérer que notre situation s'améliorera. »
Général comte Doyle au capitaine Bullen.
Ripol (Catalogne), avril 1811.
« Pourrez-vous croire que dans cette ville, la seule qui possède une fabrique d'armes, six mois se soient passés sans qu'on ait fabriqué un fusil! »
Sir Edward Pellew au capitaine Codrington, à bord du Caledonia.
22 juillet 1811.
« L'indécision, l'inactivité et la désunion visible des chefs espagnols ont été les principales causes des tristes résultats de cette lutte si pénible ; on les a remarqués principalement dans les derniers événements de la Catalogne. »
Capitaine Codrington au général Lacy.
18 février 1812.
« Les juntes et les autorités municipales ont caché les fusils qu'elles avaient à leur disposition et ont refusé au peuple la permission d'attaquer l'ennemi. Pendant ce temps, la classe pauvre de la Catalogne, dont le cœur brûle du plus pur patriotisme, meurt de faim, et la classe opulente fournit à l'ennemi du blé et autres provisions. »
Le général Doyle à Stuarl.
8 mars 18H.
« 11 y a un fort parti français dans Valence. »
Le colonel Roche à Sluari.
Carthagène, 20 juin 1811.
« Depuis trois ans qu'on a abandonné l'armée de Murcie à ellemême, elle est resiée dans l'état misérable où elle était au commencement de la révolution... La chose du monde la plus agréable aux Espagnols, pour le moment, serait de pouvoir rester neutres, et de laisser l'Angleterre et la France poursuivre seules la guerre et en payer tous les frais. »
M. Tupper à sir H. Wellesley.
Du 22 au 27 janvier 1812.
« Mon opinion est que les gens placés à la tête des affaires (dans les provinces de Valence et de Murcie) sont disposés, en les laissant aller si misérablement, à se soumettre au joug français. »
Le général Graham à Smart.
9 mai 1810.
« La majeure partie de la population est indifférente à ce qui arrivera... Les habitants aimeraient assez qu'on fit tout pour eux sans qu'ils s'en mêlassent, et qu'on chassât l'ennemi afin qu'ils pussent aller manger des fraises à Chiclana. »
Wellington au marquis Wellesley.
Deleytosa, le 8 août 1809.
« ... Ces mesures sont aussi nécessaires à l'armée espagnole qu'à l'armée anglaise.
« Aucune troupe ne peut rendre de bons services, si elle n'est pas régulièrement sustentée, et c'est une erreur de croire qu'un Espagnol, un homme ou un animal de quelque pays que ce soit, puisse se livrer à aucune fatigue s'il n'est pas nourri.
« Il est vrai que les troupes espagnoles réclament plus vivement leur nourriture, et que, si elles ne la reçoivent pas régulièrement, elles sont plus tôt épuisées que les nôtres... Le plan d'opérations que je conseillerais à la nation espagnole serait généralement de se tenir sur la défensive. Il faut, tout en évitant les batailles rangées, qu'elle tire avantage de tous les points formidables que le pays lui offre pour se défendre et harasser l'ennemi. »
Wellington au vicomte Castlereagh.
Merida, le 25 août 1809.
« Il n'y a rien de pire que les officiers de l'armée espagnole, et il est extraordinaire que, lorsqu'une nation s'est dévouée à faire la guerre, comme l'a fait la nation espagnole, en y employant tous les moyens qu'elle a réunis dans ces deux dernières années, il y ait eu si peu de progrès accomplis dans les diverses parties du métier des armes, et que l'on y comprenne si peu tout ce qui regarde une armée. Ce sont de vrais enfants dans l'art de la guerre ; ils ne font rien comme il faut, et ils ne savent que s'enfuir et se rassembler tumultueusement, comme dans l'état de nature.
« Je crois réellement qu'on doit attribuer en grande partie au gouvernement actuel de l'Espagne ce qu'il y a de défectueux dans le nombre, dans la composition, la discipline et l'activité de l'armée. On a tenté de gouverner le royaume en révolution en s'en tenant aux vieilles règles et aux vieux systèmes, à l'aide de ce que l'on appelle de l'enthousiasme ; mais ce n'est pas l'enthousiasme qui peut aider à accomplir quoi que ce soit ; ce n'est qu'une excuse pour le désordre qui règne partout, et pour le défaut de discipline et de subordination dans les armées.
« On est très-disposé à croire, en général, que c'est l'enthousiasme qui a dirigé les Français dans leur révolution, et qui a engendré tous les efforts qui leur ont fait presque conquérir le monde entier : mais en examinant les choses avec soin, on reconnaîtra que l'enthousiasme n'a été qu'un nom, et que la force seule a fait surgir ces grandes ressources qui, sous le régime déjà Terreur, arrêtèrent les alliés, et que la persévérance dans le système d'appliquer forcément tout le monde et toutes les richesses au service de l'armée est la cause réelle qui leur a depuis fait conquérir l'Europe. »
Wellington au maréchal Beresford.
Badajoz, le 8 septembre 1809.
« Nous nous trompons en croyant que ce qui manque aux armées portugaises et espagnoles, c'est de la discipline proprement dite.
« Elles sont dépourvues de toute habitude et de tout esprit militaires; il n'existe pas de commandement dans ces armées ; pas d'obéissance, pas de confiance mutuelle entre les officiers et les soldats; mais ce qui leur manque par-dessus tout, c'est une ferme résolution, de la part
des supérieurs, d'obéir aux ordres qu'ils reçoivent, quoi qu'il arrive, — ou la franchise de dire la vraie raison pour laquelle ils n'y obéissent pas. »
Wellington au comte de Liverpool.
Badajoz, le 14 novembre 1809.
« Votre Seigneurie verra, par ce que je lui exposerai dans la suite de cette lettre, qu'il est absolument impossible que le gouvernement, portugais supporte la dépense de cette augmentation de solde des officiers de l'armée. Si je suis bien instruit de sa pensée, il sent la nécessité de cette dépense, mais il ne veut pas donner d'ordre à cet égard avant d'être certain d'avoir les moyens d'y faire face, etc.. »
Wellington au major général Stewart.
viseu, le 27 février 1810.
« Les revers qu'on a éprouvés pendant toute la guerre sont dus au caractère trop présomptueux des Espagnols. Ils n'ont en vue que le succès, et par suite négligent toute mesure propre à l'assurer. Jamais ils n'ont prévu une guerre prolongée, jamais ils ne s'y sont préparés, et tous ceux ou presque tous ceux qui ont eu à se mêler de leurs affaires, se sont imprégnés du même esprit et des mêmes sentiments.
« Sans faire attention aux énormes armées qui se répandent journellement en Espagne, ajoutées à celles qui s'y trouvaient auparavant et qui étaient déjà supérieures en nombre aux alliés, — sans s'arrêter au fait qu'il n'y a maintenant d'autre armée en campagne que l'armée anglaise, ils songent à des opérations offensives appuyées sur Cadix, et regardent l'île de Léon plutôt comme le camp retranché d'une armée (à peine mérite-t-il ce nom) que comme un poste fortifié à la possession duquel ils doivent tout sacrifier à l'avenir. »
Wellington au lieutenant général Hill.
Celorlco, le J8 mai 1810.
« ... C'est une partie du système suivi par toutes les autorités espagnoles pour nous engager à prendre part aux opérations éphémères qu'ils vont entreprendre.
« On use de faux rapports et de supercheries de toute espèce, et en-
suite on nous fait insulter par le peuple pour nous faire voir ce qu'on pense généralement de notre conduite. Néanmoins rien de tout cela ne me fera dévier de la voie où je suis entré dans l'intérêt de la cause que je sers. »
Wellington à M. IV.....
Alverca, 23 août 1810.
« Dans cet état de choses, je ne suis pas peu surpris que vous m'adressiez aussi légèrement des plaintes évidemment non fondées, et que vous donniez l'exemple d'un refus de logement à un officier, parce qu'il est marié et qu'il a des enfants.
« Il n'est agréable à qui que ce soit d'avoir des étrangers logés chez soi ; il n'est pas non plus très-agréable à nous, qui sommes étrangers et qui avons de bonnes maisons dans notre pays, d'être obligés de quêter des logements ici. Nous n'y sommes pas pour notre plaisir. C'est la situation de votre pays qui exige notre présence ; et vous, homme de bonne famille, ayant de la fortune et beaucoup à perdre, vous ne devriez pas être le premier à vous plaindre de notre présence parmi vous.
« Je fais tout ce que je peux pour alléger les inconvénients dont tout le monde doit souffrir.
« Nous payons tout ce que nous recevons à des prix fous et avec une ponctualité sans pareille, et j'ai établi pour règle de rechercher et de redresser les moindres torts que font les troupes sous mes ordres : c'est ce qui aura lieu notamment pour le tort que vous accusez N *** de vous avoir fait par sa conduite à l'égard de votre domestique. »
Wellington au comte de Liverpool.
Cartaxo, le 21 décembre 1810.
« Votre Seigneurie pensera peut-être que ce tableau de la situation de la Péninsule est bien triste ; mais elle peut compter qu'il est fidèle.
« L'état des affaires en Espagne est dû aux défauts du caractère national, exagérés par les faux principes d'après lesquels toutes les affaires du pays ont été conduites, depuis qu'il a tenté de secouer le joug delà France. Les Espagnols n'ont ni armée, ni moyens d'en lever une; ni pouvoir de discipliner celle qu'ils lèveraient; ni ce qu'il faudrait
pour armer, équiper, habiller ou nourrir ce qui pourrait être rassemblé sous le nom d'armée.
< La guerre dans la Péninsule, pour ce qui regarde les Espagnols, ne peut donc pas prendre une forme régulière. Il faut qu'elle se borne à des opérations de guérillas, sur lesquelles on ne peut établir des combinaisons comme sur les opérations de troupes régulières. »
Wellington à M. Charles Stuart.
Cartaxo, le 27 décembre 1810.
« Vous avez parfaitement raison d'attribuer toutes les fautes du gouvernement au manque d'argent.
« Il pourrait y suppléer, j'en suis convaincu, par les moyens en son pouvoir ; mais il ne veut rien faire, à moins d'y être contraint. Je suis très- mécontent du gouvernement, et s'il ne change pas complètement de système, j'informerai nos ministres que la guerre ne peut marcher tant que les choses resteront dans l'état où elles sont. »
Wellington h M. Charles Stuart.
Cartaxo, le 18 janvier 1811.
« Il y a quelque chose de très-extraordinaire dans la nature du peuple de la Péninsule. Je le crois réellement, surtout celui du Portugal, rempli de loyauté, dans les meilleures dispositions, et haïssant cordialement les Français; mais il y a dans sa conduite et dans ses habitudes une indolence et même une imposibilité de se remuer, soit pour sa propre sûreté, soit pour celle de son pays et de ses alliés, qui déconcertent tous nos calculs et tous nos efforts. »
Wellington à M. Charles Stuart.
cartaxo, le 16 janvier 1811.
« Il doit être évident pour le patriarche et pour tous ceux qui connaissent la situation réelle des affaires en Portugal, que si le gouvernement ne fait pas de grands efforts pour mettre de niveau les ressources avec les dépenses nécessaires, tous les plans et les systèmes d'opérations se vaudront, car l'armée ne pourra en suivre aucun. En ce moment, quoique tous les corps soient concentrés dans le voisinage de leurs magasins, avec des moyens faciles de transport par le Tage, les
troupes portugaises manquent souvent de vivres, parce qu'il n'y a pas d'argent pour payer les frais de transport ; et tous les départements de l'armée portugaise, y compris les hôpitaux, sont également dépourvus de fonds pour acquitter leurs dépenses indispensables et faire leur service. Cette pénurie et ces difficultés ont toujours existé depuis que je connais l'armée portugaise ; et il est notoire qu'elle se serait débandée plus d'une fois, si elle n'avait reçu des secours en provisions et munitions de l'armée anglaise. En désirant que Sa Majesté et le prince régent m'ôtent le commandement de leurs armées, Son Éminence l'évêque d'Oporto cherche à se débarrasser d'une personne qui, dans sa conviction, ne peut ou ne veut pas remplir les devoirs de sa charge ; en s'opposant à améliorer les ressources du pays, elle décèle un changement d'opinion sur la guerre, un désir de perdre les avantages qu'on avait obtenus, et d'abandonner l'indépendance de son pays, ainsi que la protection des existences et des propriétés de ses compatriotes, *
Wellington au maréchal Beresford.
Cartaxo, le 34 janvier 1811.
« Je dois faire observer que si personne ne veut rester dans une situation qui ne lui convient pas, et si tout le monde ne veut faire que ce qui lui plaît, nous avons entrepris une tâche au-dessus de nos forces. Bienquej'ysoisaccoutumé,jedéclarequejen'ai ni la santé ni le courage de surmonter tous les embarras du service, traversé et contrarié comme il l'est par les besoins qu'éprouvent les armées espagnoles et portugaises, par l'obstination avec laquelle on continue à contrecarrer et à rendre inutiles toutes les mesures prises pour les mettre en bonne voie ou pour les sauver, et par les difficultés semées sur notre chemin par notre propre gouvernement et par nos officiers. »
Wellington au marquis Wellesleg.
Cartaxo, le 26 janvier 1811.
« ...Il n'y a ni subordination, ni discipline parmi les officiers et les soldats de leurs armées; on n'a même pas essayé (et c'eût été en vain qu'on l'eût essayé) d'y établir l'une et l'autre. C'est, je crois, ce qui a été la cause de la lâche conduite dont nous avons été si souvent témoins chez les troupes espagnoles. Leur pays les a prises en haine ; et les habitants paisibles, dont un grand nombre délestaient les Fran-
çais pour les maux que ceux-ci leur avaient faits, souhaitaient presque l'établissement du gouvernement de Joseph pour être protégés contre les attentats de leurs propres troupes. Il faut donc payer et faire vivre ces armées si l'on veut en tirer quelque service; or, quant à présent du moins, je ne vois d'autre chance pour qu'elles soient payées que de recourir à la bourse des Anglais. »
Wellington à M. Charles Slnart.
Cirtaxo, le 2 février 1811.
« Malheureusement des réponses et des rapports de la junte sur les vivres ne sont pas des vivres ! Je n'ai jamais adressé une plainte au gouvernement portugais que je n'aie reçu pour réponse des volumes de papier. »
Wellington au comte de Liverpool.
Louzao, le 16 mars 1811.
« Le maréchal sir W. Beresford et moi nous avions pressé plusieurs fois les gouverneurs du royaume de prendre des mesures pour approvisionner régulièrement les troupes, et d'entretenir des établissements pendant que l'armée était dans ses cantonnements sur le Rio Mayor. Ils n'eurent aucun égard à ces représentations, et quand l'armée dut aller en avant, les troupes portugaises n'avaient ni provisions, ni moyens de s'en faire apporter. Elles avaient à traverser un pays ravagé et épuisé par l'ennemi. Il est vrai, à la lettre, que la brigade du général Pack et celle du colonel Ashworth n'eurent rien à manger pendant quatre jours, quoiqu'elles fussent constamment en marche et aux prises avec l'ennemi. Je fus obligé d'ordonner au commissaire général anglais de fournir des vivres aux troupes portugaises pour qu'elles ne mourussent pas de faim. Il en est résulté que les vivres destinés à l'armée anglaise sont épuisés, et que nous sommes obligés de nous arrêter jusqu'à ce qu'il nous en arrive, ce qui aura lieu, je l'espère, aujourd'hui.
Wellington à M. Charles Stuart.
Pombeiro, le 18 mars 1811.
« Il est inutile de proposer aucune disposition sur ce point ou sur tout autre, si le gouvernement portugais n'en exécute aucune. Je ré-
pète que les choses ne peuvent continuer à aller ainsi. Il faut que le système du gouvernement soit radicalement changé pour l'alimentation des troupes, ou bien je prierai le gouvernement de Sa Majesté de retirer son armée.
« L'opinion dominante de quelques membres du gouvernement, c'est que les troupes portugaises n'ont besoin que de peu de nourriture, et même qu'elles peuvent s'en passer tout à fait.
« Dans le nombre des bonnes qualités qu'elles possèdent, elles ont surtout celle de supporter les privations avec patience ; mais on ne peut pas faire le métier de soldat sans manger.
« Trois hommes de la brigade du général Pack sont morts de faim nier en route ; 1 50 autres environ sont tombés de faiblesse, et dans ce nombre beaucoup sont morts par la même cause. »
Wellington au lieutenant général Graham.
Santa-Marinlia, le 25 mars 1811.
« La conduite des Espagnols dans toute cette expédition est conforme à ce que j'ai toujours remarqué. Ils font marcher les troupes jour et nuit, sans vivres et sans repos, et ils injurient quiconque propose de s'arrêter un moment pour donner l'un et l'autre aux soldats affamés et harassés de fatigues. Ils atteignent l'ennemi dans un état tel qu'ils ne peuvent faire le moindre effort, ni suivre aucun plan, si tant est qu'il y ait un plan de formé ; alors quand arrive le moment de l'action, ils sont tout à fait incapables de se mouvoir ; on dirait qu'ils ne sont là que pour être témoins de la destruction de leurs alliés ; puis le combat terminé, ils injurient ces alliés de ce qu'ils ne continuent pas à faire, sans être soutenus, des efforts au-dessus de la nature humaine. »
Wellington à M. Charles Stuart.
Villa-Mayor, !e 8 avril 1811.
« ... Je leur recommande de donner une attention sérieuse à la nature de la tâche qu'ils ont à remplir.
» La popularité, toute désirable qu'elle soit pour les individus, ne formera, ne nourrira, ni ne payera une armée; elle ne la mettra pas en état de marcher et de combattre ; elle ne lui donnera pas l'énergie nécessaire pour des services longs et pénibles. Les ressources qu'un gouvernement sage doit se procurer à cette fin, il faut qu'il les tire du
peuple, non par des mesures qui donneront de la popularité à ceux qui entreprennent de gouverner un pays dans des circonstances critiques, mais par des mesures qui doivent avoir momentanément un effet contraire.
« L'enthousiasme du peuple pour un individu quelconque n'a jamais sauvé un pays. Il faut imposer à ce peuple des lois et des règlements qui l'obligent à faire les sacrifices, et à payer les contributions nécessaires pour mettre le gouvernement en état de conduire la guerre à bonne fin. »
Wellington à M. Charles Stuart.
Villa-Formosa, le 11 avril 1811.
« Je vous prie d'informer le gouvernement portugais que je me propose d'écrire par le prochain paquebot aux ministres de Sa Majesté, que mon avis est qu'ils ne peuvent pas décidément continuer à risquer une armée anglaise dans ce pays, quand le gouvernement portugais ne fait d'efforts d'aucun genre pour la soutenir. »
Wellington a M. Charles Stuart.
Elvas, le 22 mai 1811.
« Mais je suis fermement d'avis, qu'à moins que le gouvernement portugais ne change tout à fait de système, il sera impossible à l'armée anglaise de rester dans le pays, si nous ne sommes pas en état de garder notre supériorité, et j'encourrais une responsabilité trèsgrave si je ne communiquais pas mon opinion aux ministres du régent. Y a-t-il eu jusqu'à présent un magistrat puni ou destitué pour avoir négligé de remplir son devoir?
« A-t-on apporté le moindre changement au vieux système qui permet à chaque benêt de faire ce qu'il veut, pourvu seulement qu'il crie vivat et qu'il se présente aux levers des membres du gouvernement et des ministres? A-t-on réellement pris les mesures efficaces qui ont été recommandées, soit pour faire venir au trésor de l'argent dont on a tant besoin, soit pour lever des recrues pour l'armée et pour la milice, afin de donner à la première une force égale à son nombre, ou pour obliger la dernière à faire son devoir?
« Une nouvelle invasion nous retrouverait exactement tels que nous étions l'année dernière, et je ne pense pas qu'il serait sûr d'engager l'ar-
mée du roi dans ce pays après des circonstances aussi décourageantes, et après la connaissance que l'ennemi a acquise du pays, de ses routes, etc., etc. »
Wellington au général sir B. Spencer, chevalier du Bain.
Elvas, le 22 mai 1811.
« Je suis allé hier à Albuera, et j'ai vu le champ de bataille. Nous occupions une très-bonne position, et je crois que nous aurions remporté une victoire complète, sans éprouver de grandes pertes, si les Espagnols avaient manœuvré; mais malheureusement ils ne le peuvent pas. »
Wellington à H. Wellesley.
Elvas, le 23 mal 1811.
« ... Quelle pitié que les Espagnols ne s'appliquent pas sérieusement à discipliner leurs troupes ! Nous faisons maintenant tout ce que nous voulons des troupes portugaises ; nous les faisons manœuvrer sous le feu de l'ennemi comme les nôtres, et nous avons quelque confiance en elles ; mais ces Espagnols ne font autre chose que de rester comme des thermes, et nous nous estimons très-heureux lorsqu'ils ne s'enfuient pas. »
Wellington au comte de Liverpool.
Elvas, le 22 mai 1811.
« A Talavera, l'ennemi aurait été détruit, si nous avions pu mettre en mouvement l'armée espagnole; à Albuera, la chose la plus naturelle était de faire soutenir les Espagnols de la droite par les Espagnols qui se trouvaient près d'eux; mais tout mouvement de la part de ce corps eût amené une confusion inextricable : on fut dans la nécessité de faire venir les Anglais au secours de la droite, et c'est ainsi que nos troupes essuyèrent de grandes pertes. C'est la même raison, je crois, la difficulté et le danger de mettre en mouvement les troupes espagnoles, qui fit que le général La Pena ne vint pas au secours du général Graham à Barrosa. »
Wellington à J. Villiers.
Elvas, 25 mai 1811.
« Ces circonstances m'ont mis en discussion directe avec ce personnage, et je me suis plaint de lui au prince dans une lettre écrite à ce dernier au mois de décembre passé, lettre que j'envoyai ouverte à la régence : j'y disais que, selon moi, il n'y aurait aucun avantage pour lui à nous garder en même temps à son service le principal Souza et moi. Le prince a fait à cette lettre une réponse qui démontre que l'intrigue est opiniâtre à l'œuvre au Brésil. Tout cela cependant me serait indifférent, de même qu'il m'est indifférent de savoir quels sont ceux qui gouvernent le royaume, si les choses n'avaient pas empiré de manière à menacer l'existence du pays, dans le cas où les Français viendraient encore à l'envahir. Nous ne pouvons obtenir du gouvernement qu'il fasse la moindre chose.
« Tous les départements de l'armée sont pires qu'inutiles; l'armée est loin d'être complète ; nous n'avons vraiment pas 20,000 hommes de troupes portugaises en campagne; et il s'est présenté dernièrement des circonstances qui ont démontré si bien le danger réel du système d'après lequel nous agissons, que je n'ai pu m'empêcher de déclarer à notre gouvernement qu'à mon avis, on ne devrait pas y soumettre l'armée anglaise, si les Français parvenaient de nouveau à prendre le dessus dans le pays.
« Forjas a envoyé sa démission; M. Stuart ne siège plus dans la régence; je n'ai plus de correspondance avec elle, et je pense que le pays est perdu, si nous ne pouvons pas rétablir l'influence de la Grande-Bretagne (non celle de N***) dans les conseils du Brésil. Après tout ce que vous avez fait ici, cet exposé ne vous sera pas très-agréable ; mais il est parfaitement vrai ; et je vous assure que je n'ai pas exagéré les conséquences qui résulteront, suivant toute apparence, de cet état de choses si les Français renouvellent leur attaque. Le pis est que je ne sais comment y remédier. L'éloignement du principal Souza du gouvernement ne suffirait plus maintenant, et je ne vois d'efficacité que dans un changement radical de système tant ici qu'au Brésil. »
Wellington au colonel Gordon.
Quinla de Grauicba, le 13 juin 1811.
« Ces malheureux gouvernements de la Péninsule en étaient venus à un tel état de décrépitude, qu'il n'y avait, je crois, aucune autorité
debout en Espagne et en Portugal avant que les Français eussent envahi ces contrées. L'invasion française n'a pas amélioré cet état de choses, et depuis ce qu'on appelle révolution en Espagne et restauration en Portugal, je ne sache pas qu'il y ait eu d'autre crime puni dans ces deux pays que celui d'être partisan des Français. Les malversations dans les charges , la négligence de tous les devoirs, la désobéissance aux ordres, l'inobservance des règlements, toutes choses qui, bien plus que les complots des partisans des Français, tendent au renversement des plans arrêtés pour les opérations militaires et à la ruine d'un État engagé dans une guerre, ont passé inaperçues ; et malgré les plaintes nombreuses que le maréchal Beresford et moi nous avons formulées, je ne sache pas qu'aucun individu ait été puni ou même privé de son emploi. La cause de ce mal est dans le principe erroné d'après lequel les gouvernants se sont conduits. Ils se sont figuré que le plus solide fondement de leur pouvoir était dans une popularité basse et vulgaire, qui se manifestait par les cris de la populace de Lisbonne , et par la présence régulière à leur lever, par les révérences et les courbettes des gens en place, dont le temps aurait ■ dû être mieux employé. Pour obtenir ces niaises adulations, le gouvernement en Portugal, de même que les divers gouvernements en Espagne , ont négligé de remplir le devoir essentiel de tout gouvernement, c'est-à-dire de forcer tous ceux qui sont haut placés à faire leur devoir, d'où il serait résulté que depuis longtemps ces pays auraient été hors de danger
« Outre les embarras de toute espèce qui nous environnent de toutes parts, j'ai encore à lutter contre l'ancienne inimitié des deux nations, semblable à celle qu'on voit entre chien et chat. Ni le sentiment du danger commun, ni l'intérêt commun, ni rien autre ne peut l'emporter sur cette inimitié, même chez les particuliers.
« Nos transports, qui sont le grand levier du commissariat , se font en grande partie , sinon entièrement , par des muletiers espagnols. Pour obliger M. Kennedy, ils porteraient probablement une ou deux fois des vivres à un régiment portugais; mais ils aimeraient mieux nous quitter et passer aux Français plutôt que de se voir forcés à faire constamment ce service. »
Wellington au capitaine général don F. X. Castanos.
Porlalègre, le 24 juillet 1811.
« 11 est inutile de songer à des plans de coopération entre mon
armée et celle de l'Espagne, plans qui devraient être basés sur les opérations actives et offensives de toutes les parties des armées de chaque nation. Je m'abuserais moi-même, je vous tromperais ainsi que les gouvernements des deux pays, si j'entrais dans votre idée; l'exécution d'un semblable plan me ferait courir le risque de perdre mon armée sans aucun résultat. »
Wellington à Son Excellence Charles Stuart.
Portalègre, le 24 juillet 1811.
« J'espère bien que le temps n'est pas éloigné où l'armée anglaise, fatiguée de tels procédés, fera partager à la nation anglaise le dégoût qu'ils doivent inspirer, ainsi que le désir d'abandonner à son sort un pays dont le gouvernement et les classes les plus élevées l'ont traitée si indignement. »
Wellington au très-honorable H. Wellesley.
Castello-Branco, le 2 août 1811.
« Les Espagnols oublient que c'est la folie et la trahison de leurs propres généraux qui les ont mis dans l'état où ils sont maintenant. Nous ne leur rappelons pas assez souvent que la cause pour laquelle nous nous battons est essentiellement la leur, quelque grand que soit l'intérêt que nous y avons. Qui, malgré nos avis et nos supplications, a perdu la bataille d'Ocana, et par suite l'Andalousie ? Qui a livré traîtreusement Badajoz quand nous marchions à son secours ? Est-ce nous qu'il faut blâmer, si les armées espagnoles sont dans un état tel qu'on ne peut les mettre en face de l'ennemi, ou si les Cortès ont négligé de faire leur devoir, si elles ont usurpé les pouvoirs du gouvernement exécutif, et perdu leur temps en débats inutiles? Est-ce à nous la faute si la mauvaise administration des colonies américaines a privé l'Europe des espèces monnayées qu'elles fournissaient ordinairement, et si la Grande-Bretagne surtout est dans l'impossibilité de trouver de l'argent pour conduire ses propres opérations ou pour aider ses alliés ?
« Examinez tout ce qui se passe en Espagne, et l'inexpérience et la folie des principaux personnages de ce pays vous sauterontauxyeux, J'ai informé N***de mon intention d'attaquer Ciudad-Rodrigo et du plan que j'avais formé pour cela; lui seul a reçu cette confidence. Le succès dé-
pendra surtout du temps pendant lequel je pourrai cacher mon projet à l'ennemi : or des femmes espagnoles de Portalègre ont appris le secret, et l'ennemi le saura bientôt ! Pourtant N*** est un de ceux qui valent le mieux parmi les Espagnols. »
Wellington au comte de Liverpool.
Fuente-Guinaldo, le 13 septembre 1811.
« J'ai déjà, grâce à la négligence du gouvernement portugais, livré une bataille sur cette frontière avec des équipements défectueux de tous genres; je suis à la veille d'en livrer une autre; mais je ne le ferai point. Il n'y a pas d'officier dans l'armée qui souffrirait ce que j'endure journellement pour empêcher que la machine ne se détraque : cela ne peut pas durer. »
Wellington au comte de Liverpool.
Freneda, le 4 décembre 1811.
« Les Français commencent à s'apercevoir qu'ilssont dans l'impossibilité de tenir leurs grandes armées réunies pour toute opération de longue durée, et qu'ils ne peuvent rien faire avec de petits corps.
« Le malheur est que nous éprouvons à peu près les mêmes difficultés. Nous ne pouvons rien entreprendre avec un petit corps de troupes , et un corps considérable mourrait de faim. Mais nous jouissons dans la Péninsule d'avantages que n'ont pas les Français. Nous tenons toutes les rivières navigables, dont nous nous servons pour transporter nos vivres aussi loin que possible, et la puissance sur mer de la Grande-Bretagne protège l'arrivage de ces vivres et l'établissement de nos magasins sur la côte. »
Wellington au comte de Liverpool.
Gallegos, le 7 janvier 1812.
« Que pensez-vous de chariots vides qui mettent deux jours à faire dix milles sur une bonne route? Après tout, je suis forcé de paraître content, autrement ils déserteraient tous ! »
Wellington au très-honorable H. Wellesley.
Freneda, le 9 février 1812.
« tl n'y a rien de nouveau ici ; nous continuons à travailler aux ou-
vrages de Ciudad-Rodrigo ; non-seulement nous en payons toutes les dépenses ainsi que celles des magasins de la place , mais nos soldats sont les ouvriers qui les exécutent. Voilà ce qu'on appelle l'enthousiasme espagnol ! Je n'ai aucun doute sur la bonne volonté du peuple ; mais j'en ai sur les talents de ses chefs pour le faire agir. »
Wellington au général don Carlos de Espana.
Badajoz, le 20 mars 1812.
« Votre Excellence ne m'avait pas dit que, faute du secours de 1 5 ou 20 soldats anglais artificiers, et dont les services sont nécessaires pour d'autres objets essentiels à la cause espagnole, tout l'ouvrage resterait en suspens. Est-il possible que Votre Seigneurie parle sérieusement ? Est-il possible que la Castille ne puisse fournir 1 5 ou 20 tailleurs de pierres, maçons et charpentiers pour réparer ce poste important? Comment donc tous les grands ouvrages que nous voyons dans ce pays ont-ils été faits? Mais la lettre de Votre Seigneurie me suggère cette triste réflexion, que tout ce qui regarde la guerre, comme tout ce qui est d'une exécution difficile, doit être fait par des soldats anglais. Il est de mon devoir de porter positivement ce fait à la connaissance des armées alliées. »
Wellington au comte de Liverpool.
Badajoz, le 27 mars 1S12.
« Mon intention avait été de commencer les opérations contre Badajoz du 6 au 8 mars, et toutes les dispositions étaient faites en conséquence ; mais la grande et riche ville d'Evora, qui n'avait souffert en aucune façon de la guerre, ne m'ayant pas fourni de chariots, je ne pus commencer que le 17, et les troupes furent ainsi exposées et contraintes à faire tous les travaux du siège pendant les pluies de l'équinoxe, ce que j'avais voulu éviter. En ce moment, les poudres pour le siège, beaucoup de projectiles et d'objets nécessaires aux ingénieurs ne sont pas arrivés à Elvas, ce qui nous oblige à consommer les munitions de cette garnison. Je ruine les équipages de l'armée en faisant transporter les munitions d'Elvas sur le terrain du siège, parce que le pays ne me donne aucun secours, ou que celui qu'il me prêle est au-dessous des besoins du service.
« J'espère que le gouvernement 4e Sa Majesté usera de l'influence qu'il a sur le prince régent de Portugal pour lui faire ordonner au
gouvernement local, non-seulement de porter une loi qui ait pour objet d'équiper les armées de manière à les mettre en état de défendre le pays, mais encore de faire que cette loi soit exécutée, et que le peuple du pays comprenne qu'il faut obéir à ses prescriptions. »
Wellington à Son Excellence Charles Stuart.
Fuente-Guinaldo, le 26 avril 1812.
« D'après ce principe de tromper le peuple, le gouvernement local du Portugal ne compte, en toute occasion, que sur les ressources et les secours de la Grande-Bretagne. Avec cette manière de voir, lorsqu'on lui recommande de réformer les abus dans les douanes ou dans toute autre branche de revenu , de supprimer les établissements inutiles, de mettre de l'économie dans ses dépenses, afin d'être en état de pourvoir aux besoins de la guerre, ce gouvernement s'y refuse, ou ne s'en occupe pas, et puis fait de nouvelles demandes d'emprunts et de subsides à la Grande-Bretagne.
« Dans le but de déguiser au peuple la véritable nature de la guerre, toutes les mesures qui ont été conseillées, pour mettre l'armée à même de tirer parti des ressources du pays, ont été rendues vaines. Le gouvernement de Portugal s'y serait opposé ou les aurait refusées, si cela eût été possible, après les ordres donnés en dernier lieu par le prince régent ; mais on les a adoptées de si mauvaise grâce, que ce qu'on a fait n'a servi de rien. D'après le même principe aussi, les magistrats n'ont exécuté ces mesures que dans l'esprit où le gouvernement les avait adoptées . »
Wellington au très-honorable sir H. Wellesley.
Fuenle-Guinaldo, le 3 mal 1812.
« Je connais assez bien le sentiment de quelques-uns de ces officiers, entre autres d'Alava lui-même, sur l'emploi des officiers anglais dans les affaires de l'Espagne, et je suis intimement convaincu que cette proposition n'est nullement due au désir d'améliorer le système militaire des Espagnols ; il ne faut l'attribuer qu'au désir de ne plus faire partie de la garnison de Ciudad-Rodrigo. Ils abhorrent la contraite qu'impose la garde d'une place forte. Ils abhorrent d'être exposés à mon inspection dans les visites que je fais parfois à la garnison,
et à mes reproches sur leur indolence et leur manque de discipline; reproches que j'ai acquis le droit de leur faire par les secours de toute espèce que je leur ai donnés. Ils abhorrent par-dessus tout la perspective d'être un jour ou l'autre attaqués dans Ciudad-Rodrigo. Ce dernier sentiment est commun à tous les Espagnols. Je vous ren voie là-dessus à ce que dit Roche avec tant de vérité : « lorsqu'un officier ou un soldat espagnol prend la fuite, le dernier endroit où il courra est une ville fortifiée, quoiqu'il soit sûr d'y recevoir toute espèce de secours »
« D'abord, je regarde les troupes anglaises comme les meilleures que nous ayons, et je ne veux pas les confiner dans une garnison. En second lieu, les troupes portugaises sont, après les troupes anglaises, les meilleures qui soient dans la Péninsule, et je ne mettrai dans les garnisons que celles que je serai dans la nécessité d'employer de celte manière. Je suis forcé d'avoir des troupes portugaises régulières à Elvas et un régiment à Abrantès ; mais les forts portugais, en général , sont occupés par la milice portugaise, qui, de même que toute autre milice, ne peut pas régulièrement être envoyée au delà des frontières du Portugal, et si on l'y envoyait pendant quelque temps , elle déserterait.
« J'insiste donc sur ce point, que les troupes espagnoles sont les garnisons qui conviennent aux forteresses espagnoles. Si le gouvernement espagnol diffère d'avis avec moi sur ce point, et s'il insiste pour que je mette des garnisons dans les forts que nous avons pris à l'ennemi et que je lui ai remis, ou s:il ne prend pas les moyens d'y mettre et d'y entretenir des garnisons suffisantes, je vous avertis que je détruirai Badajoz et Ciudad-Rodrigo. Il ne sera d'aucun avantage , ni pour le gouvernement espagnol , ni pour moi , que je sois attaché comme un esclave à la garde de ces deux places, pour les préserver des maux que ferait craindre le défaut ou l'insuffisance des provisions chez elles.
« Les troupes espagnoles, toutefois, ne seront pas meilleures pour former la garnison de ces places (à moins qu'elles ne soient disciplinées, payées et nourries), qu'elles ne le sont pour les autres services militaires, et je ne vois de chance pour elles de devenir disciplinées qu'autant qu'elles seront payées et nourries.
« Quant à l'emploi des officiers anglais dans les troupes espagnoles, je conserve à cet égard la même opinion que j'ai toujours eue. Des officiers anglais seront pires qu'inutiles, s'ils ne sont pas soutenus dans leurs efforts par l'autorité du commandant en chef, qui doit avoir
l'appui sincère du gouvernement, si l'on veut qu'il ait de l'autorité. Les officiers anglais, d'ailleurs, ont besoin qu'il y ait au-dessus d'eux une autorité très-forte et qui soit exercée avec une grande rigueur, afin de les retenir dans l'ordre et dans les limites voulues ; l'histoire de nos campagnes en Portugal fournira plus d'un exemple de la vérité de ces deux opinions. Les officiers anglais auraient plus de difficultés à vaincre en Espagne qu'ils n'en ont eu en Portugal, et plus de tentations et d'occasions d'abuser de leur autorité.
« Je conserve aussi la même opinion relativement au commandement des armées espagnoles qu'on voudrait me donner. Je pense que des troupes qui ne sont ni payées, ni nourries, ni disciplinées (et elles ne peuvent être disciplinées et avoir de la subordination qu'autant qu'elles soient payées et nourries), ne sont dangereuses que pour leurs amis, lorsqu'elles sont réunies en corps considérables. Comme guérillas, elles peuvent être de quelque utilité ; mais il vaut mieux, sans doute, que ces hommes soient sous les ordres d'un officier guérilla, plus au fait de son métier, que ce qu'on appelle un officier au service régulier d'Espagne ; connaissant mieux le pays, théâtre de ses opérations ; connaissant mieux aussi les habitants, et en étant mieux connu, n'ayant enfin aucune prétention à une réputation militaire.
« Je ne commanderai jamais de mon plein gré des troupes qui ne peuvent ni ne veulent obéir ; et conséquemment, je désire n'avoir rien de commun avec le commandement des troupes espagnoles, jusqu'à ce que j'aie vu adopter les moyens de pourvoir à leur nourriture et à leur paye, et jusqu'à ce que je sois certain que la satisfaction de ces deux besoins a eu pour effet d'introduire parmi elles un système régulier de subordination et de discipline. »
Wellington au comte de Liverpool.
Fuente-Ia-Pena, le 30 juin 1812.
« En même temps, je demande la permission d'exprimer à Votre Seigneurie combien il est impossible d'espérer que cette armée ou toute autre puisse mener à bien les opérations en Espagne, étant aussi mal pourvue d'argent qu'elle l'est. Nous ne pouvons rien obtenir du pays sans le payer comptant, et chaque jour de marche augmente notre éloignement de nos magasins et la difficulté de communiquer avec eux. La solde des troupes est arriérée de quatre mois et celle de
l'état-major de six. On doit près de douze mois aux muletiers, et nous sommes endettés pour les articles de fournitures de toute espèce.
« Je prie Votre Seigneurie de faire attention à l'impossibilité où nous sommes de rester plus longtemps dans la position avancée que nos succès nous ont permis de prendre, et de réfléchir aux conséquences qui, dans un pareil état de choses, résulteraient d'un échec. »
Wellington au comte Bathursl.
Flores da Avila, le 24 j ulllet 1812.
« L'armée alliée, à l'exception de la troisième division et de la cavalerie du général d'Urban, traversa également la Tormès dans la soirée, par le pont de Salamanque et les gués voisins ; je l'établis dans une forte position ayant sa droite sur une des deux hauteurs appelées dos Arapiles, et sa gauche sur la Tormès, au-dessous du gué de Santa-Marta. »
Wellington au comte Bathurst.
Sladrld, le 10 avril 1812.
« Je ne m'attends pas à beaucoup d'efforts de la part des Espagnols, malgré tout ce que nous avons fait pour eux. Ils crient vivat, ils sont très-épris de nous et haïssent les Français; mais ils sont, en général, de toutes les nations que j'ai connues, la moins capable de faire des efforts utiles. C'est le peuple le plus vain et en même temps le plus ignorant, principalement en fait de guerre, et par-dessus tout de la guerre qui a lieu dans son propre pays.
« Je ne puis rien faire avant que le général Castanos soit arrivé, et j'ignore où il est. Je crains bien que tout ce que nous avons de mieux à espérer d'eux ne soit de leur apprendre à ne pas se faire battre.
« Si nous pouvons y réussir, je me charge du reste. »
Wellington au très-honorable sir H. Wellesley.
Madrid, le 23 août 1812.
« Que faire de cette nation perdue? Quant à lever des hommes, exiger des vivres, ou prendre quelque mesure pour les mettre en état
de continuer la .guerre, il n'en faut pas parler. C'est une vérité, qu'il n'y a personne capable de les exciter à faire des efforts ou de profiter de l'enthousiasme du peuple et de son inimitié contre les Français. Les guérillas même se tiennent en repos dans les grandes villes, s'y divertissent et pillent ce qu'il y a de meilleur et de plus précieux. En attendant, personne ne s'occupe de faire des efforts , soit pour augmenter, soit pour consolider nos avantages. C'est là une fidèle peinture de l'état des affaires, et quoique j'espère encore pouvoir me maintenir-dans la Castille, et même accroître nos avantages, je tremble lorsque je réfléchis à l'immensité de la tâche que j'ai entreprise avec des moyens insuffisants pour faire la moindre chose, et sans secours d'aucune espèce de la part des Espagnols, je puis même dire sans l'aide d'aucun individu de la nation espagnole. »
Wellington au très-honorable sir H. Wcllesleij.
Villa-Toro, le 2 octobre 1812.
« J'ai le plus vif désir de faire tout mon possible pour arriver à atteindre le but légitime où tend la nation espagnole dans sa juste guerre contre la France, et je ne vois aucune objection à me charger encore de la peine et de la responsabilité qui devront peser sur moi, en me mettant à la tête des armées espagnoles. Mais je ne puis faire connaître que j'accepte l'honneur que m'ont conféré les cortès et le gouvernement, avant d'avoir obtenu le consentement de Son Altesse Royale le prince régent, à qui j'en écrirai immédiatement. »
Wellington au comte Balhurst.
Villa-Toro, le 5 octobre 1812.
« Je suis bien fâché de ne pas pouvoir dire que les troupes espagnoles ont fait des progrès sous le rapport de la discipline, de l'équipement, de l'organisation et de l'esprit militaire. Je ne doute pas que, réunies à nos troupes sur le même champ de bataille, elles ne se comportent bien, et il serait possible, par de bonnes dispositions, d'empêcher le retour de ces désastres terribles éprouvés par des corps détachés, et qui ont permis à l'ennemi de se répandre dans le pays et de mettre presque fin à la guerre. »
Wellington au très- honorable sir H. Wellesley.
Rueda, le 1" septembre 1812.
« Les projets pour lever des brigades et pourvoir les armées n'ont pas le sens commun.
« J'ai bien peur que la faible épreuve que le pays a faite du gouvernement des cortès ne l'ait dégoûté de cette assemblée. Les cortès sont très-impopulaires partout, et elles le méritent, à mon avis. Rien n'est plus cruel, plus absurde ni plus impolitique que leurs décrets contre les personnes qui ont servi l'ennemi. Par le fait, ils privent l'Etat de la plupart de ses meilleurs et de ses plus honnêtes serviteurs et ils soumettent à une enquête la conduite de personnes qui ont rendu les services les plus importants, mais secrets, et par conséquent jalousés.
« Il est extraordinaire que la révolution en Espagne n'ait pas produit un seul homme qui connaisse la situation réelle du pays. On dirait vraiment qu'ils sont tous ivres, s'occupant dans leurs pensées et dans leurs discours, de toute autre chose que de l'Espagne. Dieu sait comment tout cela finira ! »
Wellington au comte de Liverpool.
Ciudad Rodrigo, le 23 novembre 1812.
« Il n'est pas facile en Espagne de juger les forces des armées ennemies. La disposition des Espagnols à exagérer leurs avantages entraîne les mieux intentionnés d'entre eux à tromper; ils ne veulent pas admettre que les Français aient plus d'hommes qu'ils ne leur en ont vu. Le chiffre de l'armée actuellement en Castille m'a été annoncé être de 1 5,000 hommes, et depuis il a parcouru tous les nombres entre \ 5,000 et 90,000. Je ne me suis jamais trompé dans mon estimation des forces de l'ennemi, en m'en rapportant aux états, après avoir fait déduction raisonnable des pertes éprouvées pendant le temps écoulé depuis leur date. La seule fois que je me sois trompé gravement a été à Burgos, où je m'en rapportai au bruit du pays, et où je fus porté à croire que les opérations de sir H. Popham continuaient d'occuper Caffarelli. »
Wellington a don J. de Carvajal, ministre de la guerre, à Cadix.
Freneda, le 4 décembre 1812.
« Je suis désolé d'avoir à vous informer que la discipline des armées
espagnoles est au plus bas, et que leur puissance par conséquent est bien tombée. Les officiers ni les troupes n'ont point été payés depuis des mois, que dis-je ? depuis des années. On ne doit donc pas s'attendre à ce que les troupes soient en bon état, ou montrent beaucoup plus de subordination dans le service. Plusieurs circonstances qui sont venues à ma connaissance et ont frappé mes yeux dernièrement prouvent que le mal est profondément enraciné, et qu'il demande un remède plus énergique que la simple suppression des causes qui l'ont amené dans l'origine, je veux dire le défaut de solde, de vêtements et d'effets de première nécessité. Non-seulement vos armées sont indisciplinées et incapables , mais il existe encore parmi les officiers et les soldats une insubordination due au défaut de solde, de vivres, de vêtements et d'effets, et à la misère qui en a été la conséquence, et qu'ils ont eu à supporter depuis longtemps; mais les habitudes d'indiscipline et d'insubordination sont telles, que les corps qui ont été bien vêtus et régulièrement payés par mes ordres, et qui, à ma connaissance, ont rarement éprouvé des privations depuis plus d'une année, si même ils en ont éprouvé, sont en aussi mauvais état et inspirent aussi peu de confiance comme soldats que les autres. La désertion est considérable, même parmi les troupes dont je viens de parler en dernier lieu. Je puis assurer à Votre Seigneurie que les officiers de l'armée en général (à l'exception de quelques généraux et de quelques officiers d'étatmajor et des régiments) se donnent fort peu de peine pour remédier à ces maux ; et au total, je suis fâché d'avouer à Votre Excellence, que je crois avoir entrepris une tâche dont le résultat offre aussi peu d'espoir qu'on en a jamais eu dans aucune entreprise. »
Wellington au maréchal Beresford, chevalier du Bain.
Freneda , le 10 décembre 1812.
« Il faut que je voie jusqu'où je puis m'aventurer , en mettant l'armée espagnole en état de faire quelque chose. De votre vie , vous n'avez rien vu d'aussi mauvais que les Galiciens. Cependant, ce sont les plus beaux hommes et les meilleurs marcheurs que j'aie rencontrés. Dieu sait que la perspective du succès, depuis mon voyage, n'est pas brillante, mais il vaut encore mieux tenter quelque chose. »
Wellington au lieutenant général Graham, chevalier du Bain,
Freneda, le 31 janvier 1813.
« J'ai été à Cadix, où j'ai remis les affaires militaires sur un meilleur pied qu'elles n'étaient auparavant, et en voie d'organisation. J'ai pourvu aux moyens de payer et de faire subsister les armées, et nous commencerons avec quelque discipline. Je ne suis pas assez présomptueux, cependant, pour espérer que nous retirerons beaucoup d'avantages des troupes espagnoles au commencement de la campagne. O'Donnel est certainement un homme capable et bien intentionné dont on doit faire grand cas. »
Wellington au senor don Andres Angel de la Vega, infanzon.
Freneda, le 3 avril 1813.
« Je suis pénétré de l'importance qu'on a attachée dans toute l'Espagne, ainsi qu'en Angleterre et dans les autres parties de l'Europe, au fait de ma nomination au commandement des armées espagnoles, et les officiers d'état-major espagnols qui sont ici avec moi rendront justice, j'en suis convaincu, à l'intérêt, au dévouement et au zèle avec lesquels je tâche de mettre les affaires militaires du pays dans l'état où elles devraient être ; mais j'y perdrai ma réputation ; plus l'espoir qu'avait fait naître ma nomination était grand, plus sera vif le désappointement et le regret de voir que les choses ne seront pas mieux qu'elles ne l'étaienl auparavant.
« J'avoue que je ne me sens pas l'envie d'être la cause de ces impressions désagréables en Espagne, en Angleterre et dans toute l'Europe, et si l'on ne se met pas en devoir d'obtenir du gouvernement qu'il force le ministre de la guerre à remplir les engagements contractés avec moi, il me faudra bien, malgré moi, renoncer à un emploi que je n'aurais pas accepté si ces engagements n'avaient été pris, ou si j'avais cru qu'on ne les eût pas tenus. »
Wellington au lieutenant général sir John Murray, baronnet.
Freneda, le 16 avril 1813.
« En adressant un plan d'opérations pour les troupes dans la Péninsule, il est toujours nécessaire d'avoir présent à l'esprit leur incapacité
militaire, leur manque total de tout ce qui pourrait les maintenir en corps d'armée et de tous les équipements indispensables, fusils, canons, etc., etc., ainsi que leurs échecs réitérés dans l'accomplissement des objets même les plus insignifiants, malgré la bravoure personnelle de ceux qui composent les armées. Si j'avais eu à dresser un plan d'opérations pour de vrais soldats, moitié moins nombreux, bien équipés, et préparés à faire campagne, il eût été tout différent ; mais un pareil plan ne conviendrait pas aux instruments que je dois employer et ne pourrait être exécuté par eux. »
Wellington au comte Balhurst.
Freneda, le 2! avril 1813.
« Je pense que, par ces manœuvres, les cortès actuelles créeront la nécessité apparente de continuer à siéger après le mois d'octobre, époque fixée pour leur dissolution et la réunion des nouvelles cortès. Il est impossible de compter sur les desseins d'une pareille assemblée. Elle n'a aucun frein quelconque, et elle est conduite et gouvernée parla plus ignorante et la plus effrénée de toutes les presses effrénées, celle de Cadix. J2 crois qu'elle veut attaquer les décimes royaux et féodaux et les dîmes du clergé, sous prétexte d'encourager l'agriculture, et j'ai bien peur que, voyant que les contributions ne produisent pas autant qu'elle l'avait pensé, elle ne saisisse les rentes foncières de nos amis les grands d'Espagne. »
Wellington a don Juan O'Donosu.
Basa, le 21 avril 1813.
« C'est un fait, monsieur, que les troupes espagnoles, quoique en petit nombre, meurent de faim dans des provinces riches qui, l'année dernière encore, sustentaient abondamment dix fois plus de Français. Il est de fait aussi que cet état de choses provient de l'inexpérience, de la mauvaise administration et du mauvais emploi des fonds publics. »
Wellington au comte Balhurst.
Caseda, le 29 juin 1813.
« Il me semble que tant que l'Espagne sera gouvernée par les cortès, d'après des principes républicains, nous ne pouvons espérer
aucune amélioration stable. Menacer de retirer notre assistance sans le faire, si nous n'obtenons aucune amélioration, ce serait empirer les affaires. Vous êtes les meilleurs juges pour décider si vous pouvez ou si vous devez retirer cette assistance; mais j'avoue que je ne crois pas que l'Espagne soit une alliée utile, ou même soit jamais l'alliée de l'Angleterre, si le système républicain n'est pas mis à bas. »
Wellington au lieutenant général lord W. Bentinck, chevalier du Bain,
Irurita, je 8 juillet 1813.
« Je sais parfaitement dans quel mauvais état sont les équipements de toutes les armées espagnoles; mais j'ai fait tout ce que j'ai pu pour amener une amélioration qui n'a eu aucun effet jusqu'ici. Ni le gouvernement, ni les cortès ne me paraissent prendre beaucoup de souci de la guerre étrangère. Le premier n'est qu'un instrument, qu'une créature de l'autre. Tout ce dont ils s'occupent, c'est de vanter leur stupide constitution et de savoir comment ils feront la guerre aux évêques et aux prêtres. »
Wellington au très-honorable sir H. Wellesley, chevalier du Bain.
Le Saca, le 24 juillet 1813.
« Ce dont je me plains, c'est que le gouvernement, après avoir pris des engagements avec moi, sans lesquels je n'aurais ni pu ni voulu conserver le commandement de l'armée, les a rompus non pas en une, mais en mille circonstances, et qu'il semble le faire de gaieté de cœur, parce qu'il connaît ma répugnance à abandonner le commandement à cause du mauvais effet que cet abandon produirait pour la cause en Espagne ainsi que dans toute l'Europe. La conduite du gouvernement est outrageante, et parce qu'elle est indigne, et parce qu'elle m'ôte tout pouvoir sur l'armée. Il faut qu'on me donne satisfaction à cet égard. »
Wellington au comte de Liverpool.
Le Saca, le 25 juillet 1813.
« Votre Seigneurie doit connaître assez le caractère des espagnols et leur conduite à notre égard pour savoir qu'il ne servirait de rien de
les presser de prendre des mesures qui ne leur plairaient pas. Je n'ai pas vu chez eux la moindre envie d'employer des officiers anglais à discipliner leurs troupes, de manière à ce qu'on en put tirer quelque parti utile; et je crois que l'une des raisons pour lesquelles ils m'aiment tant, c'est que, contrairement à leur attente, je ne les ai pas pressés de prendre des officiers anglais. D'ailleurs, ainsi que je l'ai dit plus haut à Votre Seigneurie, les troupes espagnoles ne manquent pas de discipline, si par discipline on entend l'instruction ; ce qu'ils n'ont pas, c'est un système d'ordre qui ne peut être basé que sur une paye régulière, sur des vivres, de bons soins et des vêtements assurés. Tout cela, les officiers anglais ne peuvent le leur donner , et quoique les Portugais soient aujourd'hui les coqs de l'armée, je crois que nous devons leurs qualités plus au soin que nous avons pris de remplir leurs bourses et leurs estomacs, qu'à l'instruction que nous leur avons donnée. A la fin de la campagne, ils se sont comportés excessivement mal en plusieurs circonstances , parce qu'ils étaient dans une misère extrême, le gouvernement portugais ayant négligé de les payer. J'ai obligé le gouvernement portugais à s'arranger de manière à les payer régulièrement cette année, et tout le monde sait comment ils se sont comportés. Nos propres troupes se battent toujours, mais l'influence d'une paye régulière se fait bien sentir dans leur conduite, leur santé et leur vigueur. Quant aux troupes françaises, il est notoire qu'elles ne font rien si elles ne sont payées et nourries régulièrement. »
Wellington au très-honorable sir H. Wellesitij, chevalier du Bain.
vera, le 16 octobre 1831
« Les calomnies contre moi et contre l' armée n'en finissent point, et je n'aurais le temps de rien faire, si je m'occupais à les réfuter, ou seulement à en prendre connaissance. Tout nouvellement, on a pris occasion d'un libelle publié dans un journal irlandais et rapportant une conversation supposée entre Castanos et moi (libelle dans lequel on m'impute d'avoir consenti à changer de religion pour devenir roi d'Espagne), pour m'accuser de briguer la couronne ; et là-dessus, ces imbéciles de duc de N... et de vicomte de N... protestent formellement qu'ils ne sont pas du nombre des grands qui ont consenti à un pareil arrangement! Que faire avec de semblables libelles et de pareilles gens,
sinon de les mépriser et de poursuivre son chemin, sans faire attention à eux!...
« Il est bien évident pour moi que si nous ne renversons pas la démocratie à Cadix, la cause est perdue ; mais comment s'y prendre? Dieu seul le sait ! »
Wellington au comte Bathurst.
Saint-Jean-tle-Luz, le 21 novembre 1813.
« Ils sont dans un état si misérable, qu'il est réellement bien difficile d'espérer qu'ils s'abstiendront de piller un superbe pays où ils sont entrés en conquérants, et surtout lorsqu'ils se rappelleront les misères que leur propre pays a eu à souffrir de ses envahisseurs. Je ne puis donc pas risquer de les ramener en France, à moins que je ne sois en mesure de les nourrir et de les payer. La lettre officielle que j'adresse à Votre Seigneurie par ce courrier lui fera voir l'état de nos finances et quelle est notre perspective. Si je pouvais à présent faire avancer 20,000 bons Espagnols payés et nourris, j'aurais Bayonne. Avec 40,000, je ne sais pas où je m'arrêterais. J'ai maintenant sous mes ordres à la frontière, ces 20,000, et même ces 40,000 Espagnols : mais je ne puis m'aventurer à les faire marcher en avant, faute de moyens de les payer et de les entretenir. Sans paye et sans nourriture, il faut qu'ils pillent, et s'ils pillent, nous sommes perdus. »
Wellington au comte Bathurst.
Saint-Jean-de-Luz, le 21 décembre 1813.
« Au moyen des 30,000 hommes environ qui tiennent la campagne dans la Péninsule, le gouvernement anglais a, depuis cinq ans, nécessité l'emploi d'au moins 200,000 hommes des meilleures troupes françaises ; car il est ridicule de supposer que les Espagnols ou les Portugais eussent résisté un seul instant si l'armée anglaise se fût retirée. »
Wellington au général Morillo.
Saint Jean-de-Luz, le 23 décembre 1813.
« Je n'ai pas sacrifié des milliers d'hommes ni conduit mon armée
sur le territoire français pour que les soldats pillent et maltraitent les paysans français, au mépris de mes ordres; je vous prie donc, ainsi que vos officiers, de vous bien mettre dans l'esprit que je préfère une petite armée qui obéisse et garde la discipline, à une armée nombreuse, insoumise et indisciplinée. Si les mesures que je suis obligé de prendre pour forcer à l'obéissance et au bon ordre me font perdre des hommes et diminuent mes forces, cela m'est indifférent ; la faute en reviendra à ceux qui, par la négligence de leur devoir, souffrent que leurs soldats se livrent à des désordres qui doivent faire tort à leur pays. »
Wellington au général don M. Freyre.
Saint-Jean de-Luz, le 26 décembre 1813.
« Je viens de recevoir votre lettre du 26. Il résulte de la correspondance du général Morillo que vous m'avez envoyée, qu'à plusieurs reprises j'avais averti ce général (pas moins de quatre fois) , des plaintes formulées contre ses troupes ; et quoique Morillo nie que ses troupes aient fait du mal, il a dit lui-même au général Hill a que ce mal, il « serait impossible de l'empêcher, parce qu'il n'y avait pas un « soldat ni un officier qui ne reçût des lettres de sa famille, en « Espagne, pour lui dire que se trouvant en France, il devait faire « fortune. »
Wellington au général don M. Freyre.
Saint-Sever, le 5 mars 1813.
a II serait fort déshonorant pour l'armée espagnole que la conduite dont on se plaint ne fût pas modifiée; ayant pris des mesures pour fournir régulièrement aux. soldats leur paye et leur nourriture, je déçire vivement que l'on prévienne ces plaintes continuelles. »
Wellington au comte Bathurst.
Aire, le 11 mars 1814.
« Je puis faire rentrer plus d'Espagnols en campagne, mais je n'ai pas les moyens de les entretenir eux et les troupes supplémentaires
anglaises et portugaises. Cependant, nécessité n'a pas de loi, et je les ferai venir, si les Anglais et les Portugais que j'attends n'arrivent pas bientôt. »
Wellington à lord Liverpool.
19 janvier 1811.
« Les circonstances dont je vous ai informé montrent à Votre Seigneurie que le système militaire de l'Espagne ne s'est pas beaucoup amélioré, et qu'il n'est pas fort aisé de combiner ou d'exécuter des opérations avec des corps si mal organisés, doués de si peu d'intelligence, et sur lesquels on ne peut compter. On aura peine à croire que ce soit ici que le général Mendizabal ait reçu la première nouvelle de la réunion des troupes ennemies à Séville. Toute combinaison soit pour la retraite, soit pour la défense, aurait été rendue inutile par les ordres de la régence, qui détacha le général Ballesteros dans le condado de Niebla, le 21 décembre, le jour même où Soult s'avança de Cadix sur Séville avec un détachement d'infanterie. »
Du même au même.
2 février 1811.
« Les divers événements de la guerre auront fait voir à Votre Seigneurie que l'on ne peut faire aucun calcul sur les opérations dans lesquelles les troupes espagnoles sont engagées. »
Lord Wellington à M. Forjas.
Gouvea, 7 septembre 1810.
« Cette mesure (la dévastation du pays) paraîtra nécessaire à tous ceux qui réfléchiront à la position dans laquelle se trouve le pays ; elle est d'accord avec toutes les autres mesures que, depuis un an, j'ai recommandées au gouvernement, afin d'empêcher, ou à tout le moins,
retarder les progrès et l'établissement de l'ennemi dans ce pays. Mais il paraît que le gouvernement a découvert récemment que nous avions tort tous tant que nous sommes ; et, à l'imitation de la junte centrale, il demanda à grands cris la bataille et de prompts succès. Si j'avais eu quelque pouvoir, j'aurais empêché les armées espagnoles de répondre à un tel appel, et la cause serait gagnée ; maintenant que le pouvoir est en mes mains, je ne laisserai pas échapper la seule chance qui me reste pour sauver la cause, en donnant la plus petite attention aux suggestions insensées du gouvernement portugais.
« J'avoue que ce changement de conduite de la part du gouvernement me blesse fort; et comme je dois l'attribuer aux personnes qui sont nouvellement arrivées au pouvoir, ce m'est une raison de blâmer leur nomination ; si leur conduite me donne de nouveaux sujets de plaintes, j'en écrirai au prince régent.
« Vous êtes libre de communiquer à la régence tout ou partie de ma lettre, selon que vous le jugerez convenable. »
Lord Wellington à M. Forjas,
Pero-Ifegro, ]« novembre 1810.
4 Le fait est que le gouvernement, après la nomination du principal Souza comme membre de la régence, s'imagina que la guerre pouvait être faite sur la frontière seulement (ce que moi et les officiers de ce pays nous avons toujours dit être chose impossible), et, au lieu de donner des ordres positifs pour toutes les mesures que nécessitait l'événement le plus probable, la retraite des alliés, le gouvernement a perdu beaucoup de temps à discuter avec moi sur la convenance d'une mesure entièrement impraticable, et a oublié d'ordonner ce qu'il fallait pour l'évacuation du pays situé entre le Tage et le Mondego.
« Je puis m'êlre trompé sur le système de défense à adopter pour ce pays, et le principal Souza, ainsi que d'autres membres de la régence peuvent être meilleurs juges que moi de la capacité des troupes ainsi que de la nature des opérations à faire. Dans ce cas, ils doivent désirer que Sa Majesté et le prince régent me retirent le commandement de l'armée. Mais ils ne peuvent douter de mon zèle pour la cause dans laquelle nous sommes engagés, et ils savent que je n'ai pas une heure, une
pensée, qui ne soient employées à faire triompher cette cause. Les annalesdu gouvernement portugais montreront ce que j'ai fait, et pour le gouvernement et pour le pays. »