‹ Histoire du duc de WellingtonChapitre 74 sur 86 · ÉTAT DE L'ARMÉE ANGLAISE DANS LA PÉNINSULE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE L'ARMÉE ANGLAISE DANS LA PÉNINSULE

On connaît les brillantes qualités du soldat et de l'officier anglais ; dans cette note, il ne s'agira que de mettre en lumière quelques-uns de leurs défauts.

Wellington au lieutenant-colonel Barnes.

9 février 1813.

« Il est extraordinaire que la résistance à l'autorité soit aussi fréquente qu'elle l'est de la part des officiers et des soldats anglais... Je tâcherai d'obtenir des cours martiales générales qu'elles fassent sentir leur mécontentement d'une pareille conduite avec plus de force. »

Ordre général du 19 mai 1809.

« Les officiers doivent surveiller leurs hommes dans les quartiers, aussi bien qu'en marche, sinon l'armée ne sera bientôt plus qu'une troupe de bandits. »

Ordres généraux des 20 janvier et 25 mars 1810.

« Les soldats de l'armée ont reçu constamment les meilleurs traitements de la part des habitants du Portugal; tandis que les exemples

réitérés de vols, de violences et de meurtres, commis sur leurs personnes par des soldats qui s'écartent des détachements en marche, sont une honte pour la réputation de l'armée et de la nation anglaise. »

Dans son ordre du 10 novembre 1810, Wellington se plaint des fréquentes désertions à l'ennemi, « crime inconnu, dit-il, jusqu'ici dans les armées anglaises. »

il fit publier les noms des déserteurs, leur signalement, le lieu de leur naissance et le nom de leur paroisse, «afin, dit-il, que leurs amis, « instruits de leur crime, s'apprêtent à les regarder comme perdus « pour toujours, et à les livrer à la justice, s'ils revenaient jamais dans « le pays natal. »

Ordre du 16 février 1812, daté de Freneda.

Le général en chef se plaint, dans cet ordre, des dégâts commis par plusieurs régiments d'une division anglaise qui, en 1810, avait brûlé la ville d'Alcoenlre, détruit l'année suivante les cantonnements de la troisième division, à Aldea da Ponte, et brûlé récemment la charpente du couvent de San-Francisco, au grand dommage du service.

Ordre du 12 décembre 1810.

« Le commandant en chef apprend avec peine que, malgré ses ordres réitérés et les désagréments qu'ont éprouvés les officiers et les soldats de l'habitude de brûler les portes, les fenêtres, les meubles et les boiseries des maisons, cet abus continue encore... Le commandant en chef est honteux d'avouer que les troupes anglaises ont ainsi, dans plusieurs occasions, fait plus de mal au pays (le Portugal) que l'ennemi. »

Wellington au comte Liverpool.

Fuente de Guinaldo, 10 juin 1812.

« Les violences commises par les soldats anglais appartenant à cette armée sont devenues si atroces, et elles ont produit sur l'esprit du peuple de ce pays un effet si préjutliciable à la cause et en même temps si dangereux pour l'armée elle-même, que je prie Votre Seigneurie d'y apporter la plus sérieuse attention. »

Wellington à...

16 novembre 1812.

« Le nombre des soldats qui s'écartent de leur régiment, sans autre raison que de piller, est un malheur pour l'armée et donne la preuve évidente du degré de relâchement de la discipline dans les régiments, et de la négligence des commandants et des officiers dans l'observation de leur devoir. »

(Voir aussi la lettre du 19 novembre, au comte Balhursl.)

Napier, t. IX, p. 375, dit, à propos de la retraite de Burgos: « Pendant que l'arrière-garde était ainsi engagée, l'ivresse et l'insubordination, suites ordinaires de la retraite d'une armée anglaise, jouèrent un grand rôle à Torquemada, dont les vastes magasins de vins devinrent la proie des soldats : on dit que 12,000 hommes furent vus à la fois dans un état d'ivresse complète. »

Ordre du 28 novembre 1812, aux commandants des divisions.

« C'est avec peine que j'ai remarqué que l'armée sous mes ordres était tombée à cet égard (la discipline), pendant la dernière campagne, au-dessous de ce que j'ai jamais vu dans aucune autre armée. Cependant, nous n'avons éprouvé aucun désastre, aucune forte privation. Il est évident, pour tous les officiers, que, du moment où les troupes ont commencé leur retraite des environs de Burgos d'une part, et de Madrid de l'autre , les officiers ont perdu toute autorité sur leurs hommes... Je n'hésite pas à attribuer ce mal à la négligence habituelle des officiers dans l'accomplissement de leur devoir. »

Wellington au comte Batliurst.

29 juin 1813.

Wellington se plaint, dans cette lettre, des actes d'indiscipline et de pillage dont les soldats anglais se rendirent coupables après la bataille de Vitloria. (Un extrait de cette lettre est cité dans le

texte.)

Wellington au général Barnes.

6 octobre 1813.

« Dernièrement, l'adjudant du 15e régiment portugais a été tué par des soldats anglais qu'il tâchait d'empêcher de piller Saint-Sébastien; dans une autre circonstance récente, des soldats d'infanterie ont tiré sur un officier et un piquet de 1 4 dragons qui s'efforçaient de les faire sortir d'un cabaret... Si cela continue, si l'on admet les excuses d'un soldat pour avoir levé la main sur son officier, ou sur un officiel* non commissionné en service, nul ne pourra plus remplir son devoir. C'en est fait de toute subordination, et même de l'état militaire chez nous. »

Ordre du 4 octobre 1813.

Wellington signale encore dans cet ordre la fréquence des désertions « crime, dit-il, devenu très-commun et qui jusqu'en ces derniers « temps était inconnu dans l'armée anglaise. »

Déjà antérieurement, dans un ordre du 10 novembre 1810, il avait dit : « C'est un crime dont le commandant en chef n'a pas eu d'exemple dans toute sa carrière militaire, et qui était jusqu'ici inconnu dans les armées anglaises. »

Nous avons cité, dans le texte, les actes de barbarie et les dévastations commises à Ciudad-Rodrigo , à Badajoz et à Saint-Sébastien. On peut y ajouter le pillage du Retiro (1 ) et les désordres graves auxquels se livrèrent les soldats anglais après le passage de la Bidassoa. Wellington essaya dans cette dernière circonstance de mettre un terme au pillage en renvoyant plusieurs officiers en Espagne, et en faisant mettre les régiments les plus coupables à la queue de l'armée-

L'instruction pratique des olficiers avec lesquels sir Arthur Wellesley fit ses premières campagnes ne devait pas être bien étendue, à en juger par ses ordres du 23 mai 1803 et du 1 4 juin de l'année suivante. Le premier explique aux officiers comment une colonne de plusieurs régiments se forme en bataille, par la tête et par la queue, par le flanc ou obliquement à la ligne de marche ; le second rappelle aux commandants des corps d'infanterie « que lorsqu'un bataillon est en

il) Voir Napier, t. IX, p. 323.

« ligne, le poste de l'officier commandant est derrière, au centre a^ « bataillon. »

Wellington au colonel Peacocke.

26 octobre 1809.

« Les officiers de l'armée n'ont rien à faire dans les coulisses (du théâtre de Lisbonne), et il est fort inconvenant qu'ils se montrent sur la scène pendant la représentation... Je suis fâché d'apprendre que des officiers en uniforme, et le chapeau sur la tête, ont paru sur le théâtre pendant la représentation, et que quelques-uns d'entre eux ont commis des désordres et des violences dans les coulisses. »

Wellington au général Crawfurd.

23 juillet 1810.

« Tout cela ne signifierait pas grand'chose, si notre état-major et les autres officiers s'appliquaient à leur métier, au lieu d'écrire des nouvelles et de passer leur temps dans les cafés. Dès qu'il arrive quelque chose, tout officier qui sait écrire et qui a un ami pour le lire se met à son pupitre pour faire le récit de ce qu'il ne sait pas et donner des communications sur ce qu'il ne comprend pas. Ces rapports sont bientôt répandus et exagérés par les oisifs et les malveillants dont toutes les armées fourmillent. 11 en résulte que des officiers et des régiments entiers perdent leur réputation; qu'il se forme et s'entretient un esprit de parti qui est la peste de toutes les armées; la confiance n'existe plus, et il n'y a point de caractère, quel que soit son mérite, point d'action , quelque glorieuse qu'elle soit, à qui l'on rende justice ensuite. J'ai été assez heureux jusqu'à présent pour préserver mon armée de ce mauvais esprit, et je suis résolu à persévérer dans mes efforts. »

Wellington a lord Livcrpool.

15 mal 1811.

« Je suis obligé d'être partout, et si je ne suis pas présent à une opération, tout va de travers. »

Ordre du 18 août 1812.

« L'inobservation constante des ordres du... provient uniquement de la négligence et de la désobéissance aux ordres, dont les officiers ont trop contracté l'habitude. »

Ordre du 27 septembre 1812.

« Le commandant en chef éprouve le plus grand chagrin d'être obligé de se plaindre aussi souvent de ce que les officiers de l'armée n'obéissent pas à ses ordres; mais cette négligence est si fréquente, si évidente, et elle peut être suivie de conséquences d'une telle importance, qu'il ne remplirait pas son devoir s'il ne la relevait pas. »

Wellington au colonel Torrens.

6 décembre 1812.

« Personne dans l'armée anglaise ne considère un règlement ou un ordre comme devant être le guide de sa conduite;" on lit ces documents comme on lirait une nouvelle amusante ; il s'ensuit que lorsque des arrangements compliqués doivent être mis à exécution, chacun agit à sa fantaisie. »

(La même opinion se trouve exprimée dans un ordre du 29 novembre 1813 et dans une lettre du 18 juillet de la même année, au colonel Torrens.)

Ordre du 8 octobre 1813.

« Le commandant en chef a déjà décidé que les officiers qui ont montré une négligence si coupable (en tolérant certaines violences commises par les troupes sous leurs ordres) seront renvoyés en Angleterre... Il ne veut positivement pas commander à des officiers qui n'obéissent pas à ses ordres. »

Wellington au général Hope.

8 octobre 1813.

« Serions-nous cinq fois plus nombreux que nous le sommes, il y aurait danger à pénétrer en France, si nous ne pouvons pas empêcher les soldats de piller. »

La déposition suivante, faite par Wellington devant la cour royale d'enquête, donne une juste idée de l'état moral du soldat anglais: « Les ofliciers non commissionnés, dit-il, que je fis nommer dans la « Péninsule ne devinrent pas de bons officiers. Ils étaient en général « querelleurs, et ils arrivaient dans une société aux manières de la- « quelle ils n'étaient pas habitués. Ils ne pouvaient d'ailleurs rien en- « durer, échauffés qu'ils étaient par le vin et les liqueurs. »

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