THIERS
A Belchite, le général Blake se vit lâchement abandonné par ses soldats, au moment où il voulut les porter en avant.
A Salinas, les corps nationaux, « les meilleurs de ce genre, dit Napier, que l'Espagne ait eus, » jetèrent leurs armes après le premier choc.
A Valls, le maréchal Saint-Cyr défendit à son artillerie d'ouvrir le l'eu sur les bataillons de Reding , parce qu'il craignait que ceux-ci ne prissent la fuite avant que son infanterie eût pu les joindre. (Notez que les soldats de Saint-Cyr étaient des hommes de nouvelle levée, « le rebut de Naples et de Rome, de ces Etats d'Italie qu'on ne pouvait citer comme militaires sans les ridiculiser. » (1)
A Arzobispo, le corps d'Albuquerque, attaqué par le duc de Trévise, ne montra aucune consistance et s'engagea, — pour nous servir des expressions de Wellington, — dans une fuite honteuse.
Tout aussi pitoyable fut la conduite des Espagnols de Mendizabal, attaqués et mis en déroute par Soult, en 181 1 , sur la Gebora.
Pendaot la campagne de 1 809, l'armée de del Parque, attaquée par des forces inférieures en nombre, s'enfuit à Alba de Tormès en jetant ses armes.
A Falcet, en Catalogne, les Espagnols lâchèrent pied avant que les premières compagnies de flanqueurs les eussent abordés (2). Ils essuyèrent encore, peu de temps après, une déroute complète à Ventallas.
En 1809, 1 amiral Colingwood écrivit , à propos des opérations de Saint-Cyr (3) : » Tout va mal en Catalogne depuis la chute de Roses. Les Espagnols sont en force, et, pourtant, dès que l'ennemi paraît, ils sont frappés de terreur et se dispersent. »
Cette même année, les volontaires de la Romana , culbutés par le maréchal Ney, jetèrent leurs armes et rentrèrent dans leurs foyers.
En 1812, à Valence, le général Blake, quoiqu'à la tête de
18,000 hommes des meilleures troupes que la Catalogne eût formées,
fut assez pusillanime pour se rendre. Avec un peu d'audace, il aurait
facilement traversé les lignes d'investissement de Suchet.
Cette même année, le général Drouet, avec des forces inférieures en
(1) NAPIER, t. III, p. 128.
(2) NAPIER, t. VII, p. 42.
(3) Colingwood gardait avec sa flottille les côtes de la Catalogne. Il était bien inrorme de ce qui s'y {tassait.
nombre, lit éprouver un échec sanglant au corps de Morillo à Almagro.
Cette même année encore , O'Donnel , avec 6,000 baïonnettes , 700 chevaux et 8 pièces de canon , fut attaqué et mis en fuite par 1,500 Français, sous le commandement de Delort. O'Donnel eut 3,000 hommes tués, pris et blessés, tandis que son adversaire laissa à peine 200 hommes sur le terrain.
Au mois de juin 1813, le général Harispe, avec 8,000 hommes, mit dans une déroute complète 25,000 Espagnols à Alcira sur le Xucar.
Nous n'en finirions pas si nous voulions citer tous les combats qui mirent en évidence la faiblesse des troupes espagnoles et l'incapacité de leurs généraux.
Au reste, les témoignages invoqués dans le texte (chap. XIV, p. 319 et suivantes) ne sauraient laisser aucun doute sur ce point.
Nous nous bornerons à compléter ces témoignages par la lettre suivante du brave et chevaleresque duc d'Albuquerque.
Le duc d'Albuquerque à M. Freyre.
Taïavera, 3ï juillet 1809.
« Pendant nos marches, nous nous arrêtions pour nous reposer, comme des troupeaux de moutons, sans prendre aucune position , de sorte que si l'ennemi l'avait su, il nous aurait battus partout où il nous eût attaqués. Si, dans la soirée du 26, je ne fusse pas sorti de la ville avec ma division, et que je n'eusse pas réussi à arrêter l'ennemi, toute l'armée eût été dispersée, toute l'artillerie et les bagages qui étaient dans les rues de San-Ollalla eussent été perdus. On peut juger de ce qui fût arrivé, si l'ennemi, qui était à portée de fusil, n'eût été arrêté; car un assez grand nombre de soldats avaient déjà jeté leurs armes, etc. ; les commissaires avaient abandonné plus de quinze mille rations de pain ; les charrettes obstruaient les rues, etc. Je le répète, nous sommes journellement exposés, et notre marche ressemble à une caravane de pèlerins. Nous n'avons aucun égard pour la distance, l'ordre ou la discipline; et nous menons toujours avec nous le parc d'artillerie, qui devrait rester à deux ou trois lieues en arrière. »