‹ Histoire du duc de WellingtonChapitre 79 sur 86 · RAPPORT DU GÉNÉRAL GAZAN SUR LA BATAILLE DE VITTORIA · texte numérisé non relu

RAPPORT DU GÉNÉRAL GAZAN SUR LA BATAILLE DE VITTORIA

« L'armée du Midi était en position sur les hauteurs en avant de Pancorbo, lorsque le 1 8, à 2 heures de l'après-midi, je reçus l'ordre du roi de compléter la garnison du fort de Pancorbo à 600 hommes, et de porter l'armée sur la rive gauche de l'Ébro, passant par le pont d'Armunoz, prenant toutefois position en avant de ce fleuve pour couvrir la marche des troupes de l'armée du Centre qui, de Trevino et de Haro, se portait par la route de la Puebla sur Vittoria.

« En conséquence de cet ordre, l'armée du Midi commença son mouvement rétrograde à l'entrée de la nuit, et au jour je lui fis prendre position en arrière de Miranda. Vers midi, les troupes de l'armée du Centre ayant terminé leur mouvement, celles de l'armée du Midi reprirent le leur, en se dirigeant par la route de la Puebla sur Vittoria, où, d'après l'ordre que j'en avais reçu, le quartier-général de l'armée devait aller s'établir ; c'est par suite de cet ordre que le parc d'artillerie et les équipages de l'armée, qui depuis deux jours étaient établis à la Puebla, furent envoyés à Vittoria.

« En débouchant de la Puebla, je trouvai le roi qui faisait prendre position à la garde ainsi qu'aux troupes de l'armée du Centre, sur le plateau qui se trouve sur la rive gauche de la Zadorra, en face du village de Nanclarès, dans l'objet de soutenir des troupes de l'armée de Portugal qui se retiraient de Montevité ayant un faible engagement avec l'ennemi. Cet engagement étant terminé, et le général comte Reille ayant passé la Zadorra, je reçus l'ordre du roi de faire prendre position à l'armée du Midi sur la hauteur en avant du village d'Ariniz, plaçant les troupes à cheval sur la route, la droite près de la Zadorra, et prolongeant la gauche sur la montagne de Zubijana (de Alava).

« L'armée du Centre dut se former en seconde ligne, sur la hauteur de Margarita, et fut chargée de garder le pont de Villodas, et de Trespuentes. Les troupes de l'armée de Portugal qu'avait avec lui le comte Reille furent prendre position en troisième ligne, sur la même hauteur.

« La cavalerie m'étant inutile dans la position que prenait l'armée, la 4" division de dragons fut envoyée à Ali, et la 2* à Ariaga. La division de cavalerie légère resta à Ariniz, où le quartier général de l'armée s'établit.

« La colonne ennemie qui avait eu l'engagement avec les troupes de l'armée de Portugal établit son camp sur la hauteur en avant de Montevité, en portant ses avant-postes de gauche sur le village de Nanclarès, et ceux de droite sur la Zadorra.

« Le 20 au matin, je rectifiai la position que l'armée avait prise le 49 fort tard. La brigade d'infanterie de l'avant-garde, aux ordres du général Maransin, occupait le village de Zubijana. La petite route qui de Zubijana conduit à la Puebla fut reconnue, et de forts postes furent établis sur les hauteurs à la gauche de Zubijana pour observer la vallée de l'Ébro, celle de Trevino et le point de la Puebla. De cette position on voyait encore parfaitement celle du camp ennemi ; et aucun mouvement ne pouvait être fait sans qu'il fut aperçu.

« La journée du 20 se passa sans aucun événement et sans que l'ennemi fit aucune espèce d'observation sur le fond qui était occupé par l'armée.

« Dans la nuit du 20 au 21 , un déserteur ennemi arriva à mes avantpostes, et donna pour renseignement qu'il avait laissé, il y avait quelques heures, lord Wellington avec un gros corps de ses troupes sur la route de Bilbao à Vittoria; ce déserteur fut immédiatement envoyé au quartier-général du roi.

« Le 21, à 5 heures du matin, on aperçut beaucoup de mouvement dans le camp ennemi ; on y vit les troupes se former et les tentes disparaître. J'en fis immédiatement prévenir le roi, qui se trouvait dans ce moment sur la hauteur de Margarita, et qui se rendit immédiatement à la droite de ma ligne, d'où Sa Majesté apercevait le mouvement de l'ennemi.

« Peu de temps après, les rapports du général Maransin annoncèrent qu'une forte colonne arrivait à la Puebla, et qu'elle continuait son mouvement par la grande route, se dirigeant sur Ariniz, tandis qu'une colonne moins forte se dirigeait sur la crête de la montagne de Zubijana, par la petite route. Des ordres furent immédiatement envoyés au général Maransin de se porter, avec la totalité de ses troupes, sur la crête de la montagne, afin d'y devancer l'ennemi. Le général Darricau reçut ordre de remplacer, avec une de ses brigades, le général Maransin au village de Zubijana. Le général Maransin commença son mouvement, mais l'ennemi, qui de la Puebla s'était dirigé sur Zubijana, étant arrivé avant lui sur la crête de la montagne, ce général ne put parvenir à y monter et à s'y maintenir, d'autant plus que les troupes qui débouchaient de la Puebla par la grande route prenaient en grande partie la même direction, et qu'elles allaient

continuellement renforçant celles qui étaient déjà arrivées sur la crête. « Le général Maransin se maintint sur le revers de la montagne. La brigade de la 6e division, qui s'était portée sur Zubijana, s'établit sur la hauteur en arrière de ce village, en arrêtant, par un feu soutenu, le mouvement de l'ennemi. L'artillerie de la 6e division ainsi que la gauche de cette ligne prirent part à l'action, et le village de Zubijana fut repris. La colonne qui avait continué son mouvement parla grande route fut vivement canonnée par l'artillerie de la division de cavalerie légère, qui était dans la batterie nouvellement construite, et par celle de la 6e division, et fut arrêtée dans son mouvement par le feu du 88e régiment qui défendait la batterie , et par les troupes qui défendaient l'approche du bois; elle prit position et ne chercha plus à pousser vivement son attaque. Pendant que -cette attaque avait lieu sur la rive gauche de la Zadorra, le corps ennemi qui était campé à Montevité s'était rapproché de la Zadorra; toutes les troupes qui le composaient s'étaient massées en arrière du village de Nanclarès, d'où une partie filait sur Villados, mais n'avait encore rien entrepris. Cette tranquillité de la part de l'ennemi sur ma droite donnait à penser que son attaque sur la gauche n'était point la vraie, et qu'en la faisant il n'avait d'autre intention que celle de nous obliger à dégarnir notre droite, en portant nos forces sur ce point. J'en fis l'observation au roi, mais elle ne fut point goûtée. M. le maréchal Jourdan ayant annoncé ouvertement et publiquement que tous les mouvements que faisait l'ennemi sur notre droite n'étaient que de fausses démonstrations, auxquelles on ne devait faire aucune attention, et que si nous perdions la bataille ce serait parce que la montagne qui était à la gauche de Zubijana resterait au pouvoir de l'ennemi, en conséquence je reçus l'ordre de reprendre cette position, et de m'y maintenir; et le général Tilly fut envoyé, par l'ordre direct du roi, avec sa division de dragons pour observer le débouché de la vallée de Trevino sur Vittoria, par où l'on présumait que l'ennemi se dirigeait. Je crois même que M. le général comte d'Erlon reçut l'ordre de faire observer le même point par une de ses divisions, et le roi quitta la ligne de la droite pour se porter à la gauche de la 4° division ; sans doute pour être mieux à même de diriger le mouvement de troupes qui allait s'exécuter dans cette partie. — En conséquence de cette disposition du roi, la 3° division, aux ordres du général Villatte, reçut l'ordre de partir de sa position en arrière d'Ariniz , de se porter sur la hauteur à la gauche du village de Zumelzu, d'y former ses troupes, et d'attaquer, par la crête des montagnes, les troupes que l'ennemi y avait établies. Les généraux

Darricau et Maransin furent prévenus du mouvement du général Villatte, et reçurent l'ordre de le seconder dans cette attaque en attaquant à leur tour les troupes qu'elles avaient sur leurs fronts, afin de les empêcher de renforcer celles que le général Villatte allait attaquer. L'artillerie, qui était à la gauche de la 4e division, fut renforcée par 4 pièces, et le feu le plus soutenu recommença. Ces diverses dispositions furent ponctuellement exécutées. — Le général Villatte attaqua l'ennemi avec sa vigueur ordinaire; rien ne put résister au choc de sa division. La position qui devait nous assurer le gain de la bataille fut reprise, ainsi que la hauteur qui se trouve sur le front de Zubijana, et l'ennemi fut culbuté sur tous les points. L'affaire était dans cet état à l'armée du Midi, lorsque des avis parvenus au roi annoncèrent que les troupes qui étaient établies le long de la Zadorra étaient fortement attaquées; que l'ennemi passait cette rivière sur le pont de ïrespuentes, et que le général Avy, qui gardait celui de Villados, avec le 27e de chasseurs à cheval, et 2 pièces de canon, ne pouvait plus s'y maintenir. Sur ces différents avis, le roi me donna ordre de cesser toute attaque sur l'ennemi et de replier l'armée du Midi sur une position plus en arrière qui me serait indiquée. Un mouvement pareil était trèsdifficile à faire, puisque les deux tiers de l'armée étaient engagés avec l'ennemi, et qu'il me fallait beaucoup de temps pour faire prévenir le général Villatte, qui se trouvait dans les montagnes et en avant de la ligne que l'armée allait abandonner. J'en fis l'observation à Sa Majesté. Je lui dis même que si elle avait les moyens de résister aux attaques quel'ennemi ferait sur la Zadorra, je croyais pouvoir lui répondre de me maintenir dans la position que j'occupais; mais sa réponse fut qu'il fallait se retirer. Dès lors, je dus m'occuper à rallier le plus possible de mes troupes en donnant l'ordre aux divisions Conroux, Darricau et Villatte, et à la brigade Maransin de se replier de position en position jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés sur celle qui devait m'être indiquée par M. le maréchal Jourdan. Ces ordres une fois transmis, je me portai sur la hauteur en arrière d'Ariniz, où je donnai l'ordre à la division Levai de se rendre, après avoir toutefois fait occuper le village d'Ariniz par un de ses régiments. Ce mouvement n'avait pour but que de contenir la colonne ennemie qui marchait par la grande route, et celle aussi qui allait déboucher par le pont de Villados, afin de donner plus de facilité au restant de l'armée qui était à la gauche de se retirer. Ce mouvement s'exécuta avec calme. L'artillerie de la réserve, celle de la 3e division, et celle de la première et de la cavalerie légère qui s'y réunirent firent un si grand feu qu'elles arrêtèrent le mouvement des colonnes en-

nemies, et donnèrent une grandVfacilité aux troupes de la gauche de se replier. Mais me trouvant débordé sur ma droite par l'ennemi qui avait passé la Zadorra, je dus penser à me replier pour venir prendre position sur une hauteur en arrière du village de Margarita, qui était occupé par des troupes de l'armée du Centre, lesquelles étaient fortement engagées avec l'ennemi. Ce mouvement s'exécuta encore. — L'artillerie et la 1" division, que je dirigeai personnellement, s'y formèrent de nouveau et recommencèrent leur feu. Mais la droite de la ligne se trouvant continuellement débordée, ne recevant point d'ordre pour prendre la position dont le roi m'avait parlé, et l'ennemi étant déjà aux portes de Vittoria, je dus continuer mon mouvement sur cette ville, après toutefois avoir encore pris position à..., toujours dans l'intention de soutenir, avec ma division de droite et mon artillerie, la retraite du restant de l'armée qui, sans cette disposition, se serait nécessairement trouvée compromise, s

ANNEXE Nft 14.

lettres sur divers sujets relatifs a la guerre

d'espagne.

Joseph à Napoléon.

Briviesca, 23 août 180$.

« Votre Majesté ne rend pas justice à son frère lorsqu'elle pense qu'il n'y a pas une tête ici : je ne manque ni de tête, ni de cœur; et quand je serais pétri de boue, j'ai trop vécu près de vous pour manquer de tête et de cœur.

« Le major général (1) ne me traite pas non plus en roi. L'adversité

(1) Berthier.

élève les hommes de ma trempe, et Alexandre traitait mieux ses ennemis vaincus. Je n'ai aucun reproche à me faire : humble, s'il lefaut,dans la prospérité, j'aurai dans la position où je suis la fierté d'un homme. Écrire au général Belliard, au maréchal Bessières, au général Monthion que Votre Majesté désapprouve mes opérations passées, c'est m'ôter la confiance dont j'ai besoin pour mes opérations à venir. Écrire à tout le monde ce qui ne doit être dit qu'au chef, c'est ôter à l'autorité l'ensemble et le nerf, non moins nécessaires à l'armée que dans le gouvernement. »

Joseph à Napoléon.

Miranda, 22 septembre 1808.

«s On m'oppose des lettres du major général : celui-ci doit avoir le 2e et le 12% celui-là le 55e et le 36°; toujours c'est la volonté de Votre Majesté qu'on oppose à la mienne.

« Je prie Votre Majesté de ne donner ses ordres qu'à moi, et je les ferai exécuter. Quelle m'autorise à ôter le commandement à celui qui répond par des conseils aux ordres qu'il reçoit, et surtout quelle pense bien qu'il n'y a personne dans l'armée moins talonneur que moi; et que j'eusse été le maître absolu de mes mouvements, ayant sous moi des chefs dociles cl décidés, tels que Ney, Lefebvre ou Merlin, l'ennemi serait en déroute partout. »

Louis Palafox au roi Ferdinand VII.

« Les provinces d'Espagne, depuis qu'elles sont sous le joug des

Français, sont dans un état critique causé par l'absence de Votre Majesté ; il n'existe pas d'autorité suprême, dirigée par une seule volonté, ce qui serait indispensable au bien de la monarchie. Chaque province est indépendante, et il faudrait, ou un chef suprême auquel elle obéirait, ou une direction unique.

« Les chefs et les juntes se croient supérieurs les uns aux autres, et de toutes ces prétentions, il résulte naturellement des désordres. C'est à ces abus qu'il faut s'en prendre, si je n'ai pas exterminé les Français, et si je ne les ai pas forcés à repasser les Pyrénées. »

Napoléon à Joseph.

Saint-Cloud, 19 octobre 1808.

« L'ennemi est-il à Burgos? Avez-vous laissé quelques troupes dans la citadelle, ou l'avez-vous détruite? Je ne sais absolument rien de ce que vous avez fait, sinon que c'est fâcheux. Je ne puis comprendre pourquoi l'état-major n'écrit pas dans le plus grand détail tous les événements, comme cela doit être, et ne m'envoie pas les rapports des généraux afin que je comprenne l'état de la question. A chaque escarmouche, je dois savoir combien de blessés et de tués, enfin le moindre détail. On me manque doublement en tenant une conduite si inexplicable. L'état-major doit écrire tous les jours trois pages. »

Joseph à Napoléon.

2 décembre 1808.

« Le duc de Dantzig refuse d'exécuter les ordres que je lui ai envoyés; il s'appuie sur des ordres contraires qu'il a reçus du prince de Neufchâtel. »

Napoléon a Joseph.

Rambouillet, 11 mars 1809.

« Mon frère, j'ai lu un article de la Gazelle de Madrid qui rend compte de la prise de Saragosse. On y fait l'éloge de ceux qui ont défendu cette ville, sans doute pour encourager ceux de Valence et de Séville.

« Voilà, en vérité, une singulière politique. Certainement, il n'y a pas un Français qui n'ait le plus grand mépris pour ceux qui ont défendu Saragosse (1). Ceux qui se permettent de pareils écarts sont plus dangereux pour nous que les insurgés. Je crois bien qu'O'lfarill ne l'a pas fait avec mauvaise intention; mais voilà deux fois que cela lui arrive. »

(1) « On voit que celle lettre «le Napoléon a été écrite dans un premier moment d'humeur, toujours terrible chez lui. En se plaçant au point de vue espagnol , il n'y a aucun mépris à avoir pour les défenseurs de Saragosse, au contraire. » — Ru Tasse.

Joseph à Napoléon.

Madrid, 19 avril 1809.

« Sire, le maréchal Jourdan vient de me communiquer une lettre du ministre de la guerre, du 9 avril ; elle contient des reproches assez vifs et, je crois, peu mérités, en ce qu'on se plaint qu'il n'y a pas en Espagne une impulsion centrale instantanée qui dirige tous les mouvements de l'armée.

« Le ministre de la guerre doit sentir que cette impulsion centrale et instantanée ne peut exister, dans l'état actuel des choses, que pour l'exécution des ordres qui arrivent de Paris en Espagne, à mesure de leur arrivée, puisque des ordres sont des ordres, et que je dois y obéir, d'autant plus qu'il arrive tous les jours que les divers généraux reçoivent des ordres pareils, et que je ne puis pas prendre sur moi de rien y changer, sans courir le risque de voir mes ordres inexécutés, en contradiction avec ceux qui arrivent de Paris.

« Si, au lieu de cette méthode, le ministre de la guerre prenait celle de ne correspondre, pour les mouvements des troupes, qu'avec le maréchal Jourdan, nous serions sûrs au quartier-général, et toute l'armée saurait aussi que l'action est imprimée du quartier-général d'Espagne; qu'ainsi elle est une et doit être réalisée sur-le-champ. Si, mieux encore, le ministre de la guerre, au lieu de transmettre des ordres qui doivent être exécutés, se contentait de nous faire connaître les intentions de Votre Majesté en masse , et nous donnait des instructions et des directions générales, qui dussent- être modifiées selon les changements survenus dans les affaires d'Espagne depuis que ces instructions ont été tracées à Paris ; si Votre Majesté, me donnant ses conseils, me laissait la faculté de les suivre ou non, selon les événements, et qu'elle me témoignât la confiance dont j'ai besoin pour moimême et pour les autres, alors il pourrait y avoir une direction centrale et instantanée, une impulsion qui partirait du quartier<général des armées d'Espagne, et qui naîtrait, autant que possible, des directions générales de Paris, subordonnées aux événements survenus et aux détails du moment; alors je pourrais, avec plus de justice, être responsable des mesures que j'aurais ordonnées. »

Joseph à Napoléon.

lllescas, 23 juin 1809.

« Votre Majesté ne se doute pas que depuis plus d'un mois je fais

poursuivre dans les montagnes des troupeaux de 7 à 8 mille mérinos, conduits par des soldats du 1 er corps d'armée, devenus bergers pour le compte de quelques généraux, qui les dérobent ainsi à leurs drapeaux, et les mérinos à leurs propriétaires (1)... »

Joseph à Napoléon.

Madrid, 18 juillet 1809.

« ... Je dis plus : je pense que les deux mesures que je propose suffiront pour terminer les affaires d'Espagne comme Votre Majesté peut le désirer ; faute de les adopter, je crois que tout cela finira mal et trèsmal. T>

Joseph a Napoléon.

Madrid , 21 juillet 1809.

« Sire, j'adresse à Votre Majesté la lettre que je reçois de M. le maréchal Ney, en réponse à celles que je lui ai écrites de Madrilejos, le 3, et de Madrid, le 12. Je lui donnai l'ordre de se rendre auprès de moi; j'avais dès intentions très-bénévoles pour lui, comme le verra Votre Majesté : je comptais lui donner le commandement du 4e corps, et par là lui éviter le malheur de désobéir aux ordres de Votre Majesté, ou le désagrément de se trouver sous les ordres du maréchal Soult.

« Votre Majesté verra que le maréchal Ney a cru ne devoir pas obéir à mes ordres, et qu'il ne parait pas disposé à obéir à ceux du maréchal Soult.

« Votre Majesté fera bien de rappeler en Allemagne le maréchal Ney. Il ne servira pas bien avec le maréchal Soult. »

Joseph a Napoléon.

Madrid, 27 août 1809.

« Le maréchal Ney continue à ne point obéir ni au maréchal Soult, ni à moi

(1) « Nous pourrions citer un des officiers généraux dont veut parler ici le roi Joseph, qui fit venir 6,000 de ces mérinos à sa propre campagne. » — Du Casse.

« Les insurrections de la Galice et celles de la Castille sont dues en partie à l'exaspération dans laquelle on a mis les habitants du pays. Votre Majesté sait que je n'ai sur les troupes que l'autorité qu'elle me donne. Lorsqu'un maréchal ne m'obéit pas, que Votre Majesté le sait, et quelle permet qu'il continue de commander son corps, il ne me reste plus d'autre parti à prendre que de marcher sur lui avec les troupes qui voudront m obéir, ou a souffrir l'ignominie et la désorganisation de l'armée, ou à supplier Votre Majesté de donner le commandement de ses troupes à un homme autre que moi ; et comme la royauté tout entière de l'Espagne est aujourd'hui dans le commandement de l'armée française, je supplie Votre Majesté d'accepter ma 7'enonciation formelle au trône d'Espagne- Je désire qu'elle se persuade bien que, quel que soit le parti qu'elle prenne, je serai toujours, tant que je vivrai, n'importe où et dans quelle situation, son ami et son frère le plus affectionné. »

Napoléon à Clarke.

Schœnbrunn , 10 octobre 1809.

« M. le général Clarke, je désire que vous écriviez au roi d'Espagne pour lui faire comprendre que rien n'est plus contraire aux règles militaires que de faire connaître la force de son armée, soit dans des ordres du jour, soit dans des proclamations, soit dans les gazettes ; que lorsqu'on est induit à parler de ses forces, on doit les exagérer et les rendre redoutables, en en doublant ou en en triplant le nombre; et qu'au contraire, lorsqu'on parle de la force de l'ennemi, on doit la diminuer de la moitié ou du tiers ; qu'à la guerre tout est moral; que le roi s'est éloigné de ce principe lorsqu'il a dit qu'il n'avait en tout que 40,000 hommes... »

Joseph à la reine Julie.

Madrid, 8 novembre 1809.

« Le métier que je fais est intolérable tel qu'il est aujourd'hui. Si les rapports de l'empereur avec moi ne doivent pas changer, il faut que ma position change ; si sa conduite a eu pour objet de me dégoûter de l'Espagne, son but est rempli. Toute autre destination politique me conviendrait mieux. S'il lui convient de me laisser retirer au fond d'une province, loin des routes fréquentées, avec ma famille et un petit nombre de personnes peu signifiantes, je lui promets d'y vivre comme si je n'avais jamais connu d'autre état. Je ne paraîtrai jamais à

Paris : des livres, des arbres me distrairont, et mes enfants m'amuseront. Enfin tout genre de vie me convient, nul n'est au-dessus ni au-dessous de moi ; mais l'humiliante posture qu'on voudrait me faire tenir sur le trône d'une grande nation ne me convient pas. Je veux savoir ce qu'on veut de moi, et me retirer si ce qu'on me demande répugne à ma fierté. Je ne veux pas être sous la tutelle de mes inférieurs; je ne veux pas voir mes provinces administrées par des hommes qui n'ont pas ma confiance; je ne veux pas être un enfant couronné, parce que je n'ai pas besoin de couronne pour être homme, et que je me sens assez grand par moi-même pour ne pas vouloir monter sur des échasses... »

Ferdinand, prince des Asturies, à Joseph.

Valençay, 23 novembre 1809.

« Sire, Votre Majesté a bien voulu me permettre de compter sur son amitié. Je viens l'implorer aujourd'hui, en la priant de m'accorder son appui auprès de Sa Majesté l'empereur, son auguste frère, pour la réalisation du vœu cher à mon cœur, celui de voir mon sort uni au sort d'une nièce de Sa Majesté Impériale et Royale et de Votre Majesté Catholique, conformément à l'espérance que j'en ai conçue depuis longtemps. A qui puis-je plus convenablement m'adresser qu'à Votre Majesté Catholique pour un objet si important pour moi? Elle m'a donné le droit de compter sur son intervention, et Votre Majesté Catholique ne me la refusera pas en ma qualité de prince d'Espagne.

« Je la prie aussi de m'accorder la décoration de l'ordre qu'elle vient de créer sous la dénomination d'Ordre royal d'Espagne. J'ai le désir de prouver à Votre Majesté la sincérité de mes sentiments et ma confiance en elle.

« De Votre Majesté Catholique, le dévoué frère (1 ). »

Ferdinand.

Joseph a Napoléon.

Sanla-Maria, 18 février 1810.

« Je dois penser que Votre Majesté doit aussi désirer de me mettre

(1) Du CASSE, t. VII, p. 148 et 149

dans une position convenable vis-à-vis de tout le monde ; elle ne peut pas vouloir que son frère soit à chaque instant humilié par des ordres que lui transmettent des généraux qui lèvent des impôts, font des proclamations, émanent des lois, et me rendent ridicule aux yeux de mes nouveaux sujets.

« Les généraux Kellermann et Loison, entre autres, ont beaucoup fait de ces choses-là. »

Joseph à Napoléon.

Séville, 30 avril 1810.

« ... M. le maréchal Ney a poussé l'insulte jusqu'à faire enlever les caisses de mon receveur, dans la ville même d'Avila, par des troupes de son corps d'armée, qui y sont entrées et ont exécuté ses projets devant la garnison, à laquelle le gouverneur a heureusement donné l'ordre de laisser faire.

« Si Votre Majesté n'a pas autorisé le maréchal Ney à cet acte , et nul décret connu de moi de moi ne l'y autorise , le maréchal Ney sera puni par Votre Majesté, je n'en doute pas

« Depuis longtemps je ne suis pas bien traité. Le temps éclairera Votre Majesté; mais, dans aucun cas, Votre Majesté ne peut vouloir que son frère, quel qu'il puisse être, soit humilié et insulté. Je demande justice à Votre Majesté, et je m'abstiens de toute autre explication. »

Joseph à Napoléon.

Madrid, 18 août 1810.

« Je ferai en sorte que la réponse que j'attends de Votre Majesté me trouve à Madrid ; mais je la supplie de ne pas me faire attendre longtemps, car les choses sont plus fortes que les hommes; et, le jour où je serai entièrement abandonné par ma garde, par mon service, par tout ce qui constitue un gouvernement , je n'aurai plus d'autre parti que celui de rentrer en France pour me mettre à la disposition de Votre Majesté, en la priant de trouver bon que je me réunisse à ma famille, dont je suis séparé depuis six années ; il est temps que je retrouve dans l'obscurité domestique des affections et un calme que le trône m'a fait perdre, sans m'avoir rien donné en échange, puisque ce n'est pour moi qu'un lieu de supplice, d'où je contemple passivement la dévastation d'un pays que j'avais espéré pouvoir rendre heureux.

« Je ne puis plus même aujourd'hui, comme l'année passée, trouver un refuge à l'armée. En combattant les ennemis de Votre Majesté et de l'Espagne, mes yeux étaient distraits du spectacle qui m'afflige aujourd'hui, et du moins ma position était compatible avec l'honneur. Si tout ce qui est répandu par les officiers qui arrivent de Paris, rendu vraisemblable par la lettre du prince de Neufchâtel, du 14 juillet, se vérifie ; si Votre Majesté m'ôte le commandement de l'armée d'Andalousie, et affecte exclusivement les revenus de ces provinces à l'armée, je n'ai plus d'autre parti à prendre qu'à quitter la partie »

Joseph à la reine Julie.

Madrid, 21 août 1810.

« ... Si l'on veut tenir à l'Espagne ce qu'on lui a promis, me donner toute autorité sur l'armée, avoir en moi la confiance qui m'est due, l'Espagne sera pacifiée et amie de la France clans un an ; si l'on continue dans le système commencé depuis février, toute l'Espagne sera bientôt une ardente fournaise d'où personne ne se tirera avec honneur. On ne connaît pas cette nation. Oui, c'est un lion que le raison conduira avec un fil de soie, mais qu'un million de soldats ne réduira pas par la force militaire. Tout est ici soldat, si on veut gouverner militairement ; tout sera ici ami, si on veut parler de l'indépendance de l'Espagne, de la liberté de la nation, de sa constitution, de ses cortès. Voilà la vérité : qu'on choisisse. Le temps prouvera ce que je dis.

Conserve cette lettre, elle est prophétique. Quant à moi, je serai heureux de rester roi d'Espagne, si je puis faire le bonheur de la nation et m!acquitter envers la France en lui faisant de l'Espagne une bonne et utile amie; c'est ce que je ne puis faire qu'autant que l'empereur aura confiance en moi. S'il en est autrement, si l'on veut établir des gouvernements militaires, je ne suis pas propre à cela ; je ne puis pas être témoin de la flagellation des Français et des Espagnols. Je m'enveloppe de mon manteau, et il ne me reste qu'à me retirer. »

Joseph à la reine Julie.

Madrid, 18 novembre 1810.

« ... Je redeviens simple particulier avec plaisir dès que je ne puis plus remplir mes devoirs de roi d'Espagne ; je trouverai de la grandeur dans la vie privée, du moment qu'elle ne sera pas tous les jours un reproche que je me ferai à moi-même, comme celle que je mène ici depuis l'institution des gouvernements militaires.

« Ce n'est pas l'ambition qui m'a fait accepter la puissance ; mais c'est la raison et le sentiment de ma dignité qui m'en fait abandonner l'ombre, lorsqu'il m'est démontré que je ne puis plus rien pour le bien de l'Espagne et de la France, et que je me déshonore ici comme un idiot, ou un ambitieux intrigant et dissimulé. Je ne suis ni l'un ni l'autre, et je le prouve en quittant le palais des rois, en témoignant à l'empereur mes véritables sentiments. »

Joseph à Berthicr.

Madrid, 24 février 1811.

« ... Les Espagnols qui prennent du service ne désertent plus aujourd'hui, tant qu'Us sont payés; l'opinion publique ne leur fait plus abandonner les drapeaux; ce n'est que Iedénûment où ils se trouvent de tout, tandis que dans l'Andalousie on se livre à toutes sortes de profusions. Français et Espagnols, tout ce qui est auprès de moi est dans la plus affreuse misère. Aussi ne puis-je répondre de rien. »

Joseph à Berlhier.

Madrid, 13 mars 1811.

« ... Dois-je répéter si souvent que les troupes à mon service ne sont ni payées ni vêtues depuis huit mois? Celles de l'empereur n'ont pas de solde depuis sept; leur subsistance même est compromise aujourd'hui!... »

Joseph à Napoléon.

Madrid, 28 juillet 1811.

« Sire, je ne puis assez redire à Votre Majesté que l'opinion est ici très-améliorée ; que je suis sans argent; qu'avec quelques millions nous ferions des progrès prodigieux, qui épargneraient bien du sang et des peines dans la suite. Toutes les bandes demandent à entrer à mon service; elles suivent le mouvement de l'opinion : mais je n'ai pas le sou, je ne puis payer personne. »

Joseph à Berthier.

Madrid, 10 août 1811.

« Si j'avais reçu les secours qui m'ont été promis à Paris, j'aurais

10,000 Espagnols au lieu de 5,000, et je pourrais sulfire à tout; mais, sans argent, je ne puis habiller, équiper, solder des troupes nouvelles. On ne se bat plus pour des opinions ici : je le répète, aujourd'hui l'opinion est pour nous. Avec de l'argent on aurait plus de soldats qu'il n'en faut, désertant moins que les étrangers qui sont dans l'armée française... »

Joseph à Bertliier.

Madrid, 24 août 1811.

« ... Si cet état de choses dure, avant six mois nous évacuerons l'Espagne, faute de vivres. L'ennemi n'épargne pas l'argent. Quant à moi , pour tout dire d'un mot, puisque j'ai un chiffre, je ne sais pas comment je payerai ma table dans huit jours ; tous mes employés sont encore pis.

« Il faut que l'empereur connaisse la vérité, et je vous prie de ne pas lui laisser ignorer le contenu de cette lettre. Et cependant, le moment d'un grand changement est arrivé; mais l'opinion cède à la force des choses.

« Sans argent, sans territoire, sans troupes, sans autorité, comment l'opinion peut-elle longtemps entourer un homme? Une seule chose me console : je n'ai pas mérité un pareil sort; mais ce qui ne me console pas, c'est que l'empereur use inutilement ses forces en Espagne, tandis qu'avec peu de moyens on pourrait tout terminer. »

Joseph a Bertliier.

Madrid, 5 septembre 1811.

« ... Je le dis avec regret, mais je le dis avec vérité : les affaires vont mal et très-mal en Espagne. H y a autant de despotes qu'il y a de gouverneurs, de généraux et même d'intendants. Chacun fait des lois à sa guise; il n'y a nulle unité, nul ensemble. Les peuples, tiraillés dans tous les sens, fatigués, dégoûtés, reprendront leur dernier courage, celui du désespoir

« Les mesures prises par M. le duc de Raguse sont une nouvelle preuve de cette vérité. On exaspère le peuple sans profit. Il frappe une contribution de quatre millions de réaux au moment même où il quitte la province de Tolède ; je n'en suis pas même prévenu, et la province de Tolède s'étend jusqu'aux portes de Madrid, et la province de Tolède T. m. 26

est presque en totalité occupée par ma garde, par des régiments espagnols!... »

Napoléon à Clarke.

Anvers, 3 octobre 1811.

« Monsieur le duc deFeltre, je vous envoie les lettresduducdeTarente. Donnez le commandement de l'armée de Catalogne au général Decaen.

Répondez au duc de Tarente qu'il ne doit correspondre en rien avec le roi d'Espagne, ni répondre à aucune lettre de ses ministres.

« Vous donnerez la même instruction au général Decaen. »

Joseph à Napoléon.

Madrid, 23 décembre 1811.

« Je suis aujourd'hui réduit à Madrid. Je suis entouré de la plus horrible misère, je ne vois que des malheureux autour de moi ; les principaux dénies fonctionnaires sont réduits à n'avoir pas de feu chez eux. J'ai tout donné, tout engagé; je suis moi-même tout près de la misère. Que Votre Majesté me permette de rentrer en France, ou que Votre Majesté me fasse payer exactement le million par mois qui m'a été promis à dater du 1 er juillet : avec ce secours, je puis me traîner ; sans cela, je ne puis pas prolonger mon séjour ici, et je serai embarrassé de faire même mon voyage : j'ai épuisé toutes mes ressources. »

Joseph à l'ambassadeur de France.

Madrid, 1« janvier 1812.

« En revenant en Espagne, il y a six mois, j'y ai rapporté de Paris la promesse de voir : au mois de septembre, le commandement et l'administration réunis dans un centre intéressé à la prompte pacification de l'Espagne; la promesse qu'il serait versé à mon trésor, à Madrid, le quart de toutes les contributions du royaume, celle du commandement des troupes des armées de Portugal et du Midi, qui se replieraient dans l'arrondissement occupé par l'armée du Centre.

« Aucune de ces promesses ne s'est vérifiée

« La misère des employés civils est si grande, que j'ai tel de mes principaux fonctionnaires publics qui n'a pas de feu chez lui, tel autre qui n'a pas de pain, et il n'est pas de jour , monsieur le comte, que je ne

donne à des gens à qui il est dû par l'État dix mille francs d'appointements, cent francs (et je vous les nomme)... »

Napoléon à Berthier.

Paris, 6 janvier 1812.

« Mon cousin, il y a dans les rêveries du maréchal de Saxe, parmi beaucoup de choses extrêmement médiocres, des idées sur la manière de faire contribuer les pays ennemis sans fatiguer l'armée, qui m'ont paru bonnes. Lisez-les, et mettez-en le contenu dans une instruction qui sera destinée à être envoyée à mes généraux en Espagne. »

Joseph à Berthier.

Madrid, 1" janvier 1812.

« L'empereur doit regarder comme une preuve nouvelle de l'intérêt qui, par toutes les raisons possibles, m'attache à son service et au bien de la France, l'observation que je renouvelle encore aujourd'hui de l'indispensable et urgente nécessité de centraliser dans les mêmes mains la direction des armées et de l'administration, et la direction à donner à l'opinion de toutes les provinces ; car le but de la guerre est un et dans l'intérêt des deux nations. Sans ces deux mesures principales, les affaires d'Espagne ne finiront jamais, ou finiront mal pour les armées de Sa Majesté Impériale. »

. Napoléon à Berthier.

Paris, 10 mars 1812.

« Mon cousin, faites connaître au roi d'Espague, par une estafette extraordinaire qui partira ce soir, que je lui confère le commandement de toutes mes armées en Espagne, et que le maréchal Jourdan remplira les fonctions de chef d'état-major. Vous informerez le roi que je lui fais connaître mes intentions sous le point de vue politique par le canal de mon ambassadeur... »

Joseph à Berthier.

Madrid, 17 avril 1812.

« Je n'ai aucune notion sur les forces ennemies, ni sur les forces de l'armée française, chaque général s'étant absolument isolé de moi

depuis l'institution des gouvernements militaires. Je ne doute pas que l'empereur ne veuille me donner toute la latitude indispensable pour changer l'état actuel des choses, et qu'il ne me continue les secours d'argent, dont j'ai plus besoin que jamais. Je n'ai point de nouvelles du duc de Dalmatie ; mais iln'est que trop probable que Badajoz doit être tombé au pouvoir de l'ennemi, et que Giudad-Rodrigo a livré à l'armée anglaise tous les moyens d'artillerie qui existent en Espagne.

« Les guérillas sont dans les gouvernements militaires des armées, car Mendizabal commande, à la tête de 42,000 hommes, à Potès; 3,000 sont sur l'Èbre, 3,000 aux portes de Tolosa.

« La famine est dans les villes; le désespoir est dans les campagnes, privées de tous moyens de transport et des moyens de labourage. L'armée n'est pas soldée depuis plus d'un an. L'officier est malheureux, et le citoyen ne sait plus que croire du présent et du futur. »

Don Miguel Azanza au ministre des affaires étrangères à Paris.

19 juin 1810.

«... L'opinion que les régiments et les corps espagnols sont nuisibles parce que ceux qui les composent désertent et vont augmenter le nombre des ennemis après avoir causé de grandes dépenses à l'État, est ici généralement reçue, et par conséquent prématurée.

« J'ai représenté au ministre qu'aucune mesure n'était plus nécessaire et plus politique que celle-là, parce qu'aucun gouvernement ne peut exister sans force; que quoiqu'il soit vrai que dans le commencement la désertion fût considérable, elle n'était pas si absolue ni si complète qu'on le disait, puisque toutes les masses d'insurgés qui avaient pris le nom d'armées ont disparu, et se réduisent à quelques partis de brigands qui présentent peu d'attraits à ceux qui ont pris du service sous les drapeaux du roi ; que tous les jours le nombre diminue à mesure que l'esprit public s'étend dans les provinces, et qu'il est à espérer que bientôt on n'en voudra plus; que les corps espagnols employés aux garnisons laissent libres les troupes françaises pour les opérations de la campagne, comme les généraux français le désiraient, quand ils se plaignaient d'être obligés de diviser leurs forces pour conserver la tranquillité dans les provinces déjà soumises... »

Joseph à Soult.

Madrid , 7 mai 1812.

« ... Le maréchal Marmont a l'ordre de suivre l'armée anglaise par l'Estramadure, en passant le Tage à Almaraz, si lord Wellington passe sur la rive gauche de ce fleuve, et fait mine de se porter en Andalousie. Le maréchal Marmont laisserait pour la garde de ses provinces la moitié de son armée.

« Vous, monsieur le duc, vous recevez par-la présente, l'ordre positif, à votre tour, de détacher le comte d'Erlon, avec le tiers de votre armée. Vous le chargerez de suivre le mouvement de l'ennemi sur la gauche du Tage, de l'observer sans cesse, de retenir sur cette rive le corps du général Hill ; et si ce corps passait sur la rive droite malgré sa présence, le comte d'Erlon devra se diriger vers le pont d' Almaraz, à l'effet de couvrir Madrid et d'être en mesure de prendre part aux événements qui pourraient avoir lieu. Le comte d'Erlon doit correspondre le plus souvent possible, par toute sorte de voies, avec le général Darmagnac, qui commande sur le Tage à Talavera , à Almaraz, etc., etc.

« Le succès des armées françaises en Espagne dépend désormais de l'accord qui doit exister entre les armées du Midi et de Portugal. Je suis placé au centre pour cela. Si le général anglais prend une offensive décidée sur l'une de nos armées, il doit y être battu, si le maréchal Marmont d'un côté, et vous de l'autre, monsieur le duc, vous exécutez ponctuellement les ordres que vous recevrez, et si vous pouvez obtenir que la correspondance devienne plus active entre ces divers corps, et par toutes sortes de voies. »

Joseph a Berthier.

Madrid, 18 mai 1812.

« ... 1° Un conseiller d'Etat, mon commissaire auprès du duc de Raguse, qui m'en fait l'éloge depuis un an, qui a beaucoup travaillé, est chassé par le général Foy comme un vil coquin, et pourquoi? parce que le général Foy veut faire à Talavera ce qu'il a fait, il y six mois, à Placencia; qu'il veut pouvoir tout faire. 2" La province d'Avila m'annonce des députations pour se plaindre d'un ordre du jour qui ordonne de brûler tous les villages qui ne fourniront pas ce que l'on demande, dans un moment où le peuple n'a pas de pain. 3° La province de Ségovie est envahie par l'armée de Portugal ; les mécontentements y grossissent; on défend au peuple d'obéir à toute autre autorité qu'à

celle du colonel du 50e régiment de l'armée de Portugal.

« Je n'ai point de nouvelles de l'armée du Midi, de l'armée du Nord ni de l'Aragon. Le général Dorsenne m'écrit qu'il n'est pas sous mes ordres ; le maréchal Suchet ne m'a pas écrit depuis vingt jours, et ne me rend compte de rien. Le duc de Dalmatie ne m a jamais écrit et paraît ignorer mon commandement. Que l'empereur ne tarde pas à se prononcer, sinon tout croulera dans ce pays, surtout si l'empereur part pour le Nord. »

Joseph a Clarke.

Madrid, 5 juin 1812.

« ... J'avais déjà écrit particulièrement au général Caffarelli et à M. l'intendant général Dudon (lettres n05 2 et 3 des Mém.), parce qu'il n'y avait pas un moment à perdre pour ramener l'armée du Nord au système de centralisation adopté par l'empereur, et auquel elle s'est jusqu'ici refusée. En effet, le duc de Raguse ayant insisté, ainsi que vous le verrez par sa lettre du 29 du mois dernier au maréchal Jourdan, qui vous la communique, pour obtenir le concours de l'armée du Nord dans le cas prévu par les instructions de l'empereur, je n'ai pas hésité à donner au comte Caffarelli les ordres positifs que vous trouverez consignés dans la lettre que je lui ai écrite le 3 de mois. J'espère que je serai obéi, et que ces dispositions ne rencontreront plus d'obstacles, surtout d'après les explications que contient votre lettre du h 2, et qui ne laissent aucune incertitude sur les intentions de l'empereur, que vous aurez sans doute fait connaître directement aux généraux en chef. J'ajoute à ces mesures celle d'envoyer un de mes aides de camp au duc de Dalmatie, avec les expéditions des lettres que je lui ai écrites les \ 9, 26 et 28 du mois dernier ; lettres qui ont toutes été communiquées à M. le prince deNeufchatel, et dont les copies sont actuellement entre vos mains. Je presse de nouveau l'exécution des ordres que j'ai donnés pour faire agir le comte d'Erlon dans les diverses hypothèses développées dans ces lettres.

« J'ai écrit aussi au maréchal Suchet, ainsi que vous l'aurez vu par ma lettre du 29 mai au prince de Neufchutel, pour faire marcher une division de l'armée de Valence. Ainsi, je pense avoir fait tout ce qu'il y a en mon pouvoir de faire pour soutenir l'armée de Portugal, ou la

dégager selon le mouvement de l'ennemi, et couvrir en même temps

Madrid

Le colonel Desprez à Joseph.

Séville, 13 juin 1812.

« J'ai enfin demandé à M. le maréchal Soult si, dans le cas où les troupes anglaises marcheraient sur le Nord, le comte d'Erlon recevrait l'ordre de passer leTage.On me répondit positivement que non. Je n'ai pas cru devoir prolonger la discussion, et je priai M. le maréchal de faire connaître lui-même à Votre Majesté ses intentions. »

Joseph à Soull.

Madrid, 30 juin 1812.

«... Les événements ont assez justifié les mesures quej'avaisprises, et prouvé l'erreur dans laquelle vous êtes sur les véritables projets des Anglais. Vous avez pu vous tromper; mais si vous avez formellement défendu au comte d'Erlon de passer le Tage, dans le cas où les Anglais qui sont en Estramadure se porteraient sur la rive droite de ce fleuve pour se joindre au gros de l'armée ennemie, vous aurez donné au comte d'Erlon des ordres contraires a ceux que j'ai donnés à vous et à lui-même; vous avez mis votre autorité au-dessus de la mienne; vous ne me reconnaissez pas comme commandant des armées en Espagne.

« D'après cela, placé, comme je le serais, dans l'alternative, ou de me priver de vos talents et de votre expérience militaires , ou de laisser briser entre mes mains, dès les premiers pas, le pouvoir que je tiens de l'empereur, je ne puis hésiter »

Joseph à Soult.

Toboso, 17 août 1812.

« Monsieur le maréchal, j'ai reçu votre lettre du 8. Je vois avec la plus vive peine que les nouvelles désastreuses du 22 juillet, que vous connaissez, n'ont pu modifier en rien la résistance permanente que vous avez mise en vous isolant entièrement des affaires du Nord. Je vois, d'après ce que vous me mandez, que beaucoup de mes lettres ne vous sont pas parvenues ; mais je vois aussi que celle du 9 juillet vous est parvenue huit jours après sa date. L'exécution de la mesure qu'elle prescrit eût sauvé Madrid et peut-être l'Andalousie. Si j'eusse été rejoint

par les 10,000 hommes que je vous ai demandés, lord Wellington n'eût pas impunément approché de Madrid ; il eût été inquiété dans le Nord ou suivi dans le Midi, quelle que fût celle de ces directions qu'il eût donnée à son armée. Mais le passé ne nous appartient plus, monsieur le duc; venons au présent... »

Joseph à Clarke.

Aleira, 13 août 1812.

« Monsieur le duc, il y a trois mois que je n'avais eu des nouvelles de France; je n'en ai eu ici que par les papiers publics. Rien ne m'est parvenu, ni de la grande armée ni de Paris, depuis le 2 juin. Je ne trouve pas de nouvelles de l'armée du Portugal ni de celle du Nord. »

Joseph à Clarke.

Valladolid, 10 avril 1813.

« Le maréchal Jourdan vous envoie exactement les nouvelles du Midi; elle sont on ne peut plus favorables. Le parti anglaisa le dessous. Les troupes de l'insurrection se désorganisent; et pour peu que les affaires générales de l'Europe le permettent, je ne doute point que dans l'année courante, nos affaires ne prennent dans la Péninsule un aspect plus favorable que pendant celle qui vient de s'écouler. »

Joseph à Clarke.

Torquemada, 5 avril 1813.

a Le temps ne fait tous les jours que me convaincre davantage que j'ai bien vu. Je n'hésite donc pas à répéter : battons les Anglais, les vrais ennemis de la France en Espagne; et les Espagnols redeviendront des alliés, et ils rentreront dans le système de la France, dans lequel ils ont été depuis cent ans, et qu'ils regrettent tous les jours davantage. »

Joseph à Clarke.

Saint-Jean-de-Luz, 4 juillet 1813.

« J'ai trop appris à mes dépens qu'il est impossible de commander des armées françaises organisées, conduites et administrées comme elles l'ont été ; que, roi d'Espagne et général en chef, l'un nuit à l'autre,

et que, finissant par n'être ni l'un ni l'autre, je nuis à la France et à l'Espagne en prolongeant les déchirements, tandis que je n'ai jamais eu d'autre but ni d'autre ambition que de servir l'une et l'autre. La pacification de l'Espagne par la force des armes est impossible ; je ne puis que répéter aujourd'hui ce que je dis depuis longtemps. »

Clarke à Jourdan.

Paris, 6 juillet 1813

« A l'approche de l'ouverture de la campagne, les dépêches de Sa Majesté ne m'entretenaieut que de la mésintelligence des Anglais et des Espagnols, des dispositions favorables de la nation pour le roi, et même des ouvertures de plusieurs chefs pour se rallier à lui et lui amener sous ses drapeaux des corps d'armée entiers. »

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