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LIGNES DE TORRES-VEDRAS

(Notes extraites du Mémoire du colonel John Jones.)

Les côtes du Portugal , hérissées de rochers , offrent peu de points favorables pour une communication avec la mer ; et, dans tout l'espace que devaient couvrir les lignes projetées, on n'en put trouver qu'un seul qui fût convenable; c'est une petite baie qui n'a pas 180 mètres de profondeur, et qui n'est qu'en partie abritée contre les tempêtes de l'Océan par le fort Saint-Julien , situé à l'embouchure du Tage. La mer y est tellement agitée par intervalles, que, durant des jours entiers, une barque ne pourrait s'en approcher sans danger.

Les retranchements destinés à couvrir le point d'embarquement devaient remplir trois objets :

1° Former une position d'une étendue telle que l'armée tout entière pût y trouver place, et y mettre en sûreté son artillerie et ses

magasins, dans le cas où le mauvais temps relarderait l'embarquement;

2° Contenir un ouvrage fermé , servant de réduit à la ligne principale, d'une étendue et d'une force telles qu'il pût être défendu par un petit nombre de troupes , si un coup de vent venait contrarier l'opération après qu'une partie des troupes aurait déjà été embarquée, ou même dans l'hypothèse où l'armée ferait, pendant son mouvement de retraite, avant de parvenir au lieu d'embarcation, des pertes assez graves pour lui ôter la possibilité d'occuper l'enceinte extérieure;

3° Enfin, fournir sur le rivage un petit poste d'une force suffisante pour protéger l'arrière-garde de l'armée, et assurer son embarquement.

On remplit le premier objet au moyen d'une ligne de redoutes détachées et d'ouvrages intermédiaires, dont la droite était appuyée au Tage , près du fort das Maias, et la gauche sur l'Océan, en arrière du canal, à la tour ou petit fort de la Junquiéra. Les ouvrages de cette ligne extérieure commandaient la ville d'Oeiras, et comprenaient en dedans de leur tracé, dont le développement était de 3,000 yards (2,700 mètres), tout le promontoire, à l'extrémité duquel est le fort Saint-Julien. On atteignit le second objet de la défense en construisant un grand ouvrage irrégulier et fermé, sur le sommet de la hauteur démesurée de ses escarpes et l'extrême profondeur de ses fossés, qui le mettent à l'abri de toute attaque de vive force, si les défenseurs opposent la moindre résistance.

Dans l'hypothèse d'une série d'opérations conduites sur la rive gauche du Tage, on avait établi à Sétuval, comme point secondaire d'embarquement, une ligne d'ouvrages destinés à couvrir la rive droite de ce port et à assurer sa communication avec la mer. Ces ouvrages, composés en partie d'une ligne continue, et en partie de redoutes détachées, avaient leur droite défendue, à petite distance, par le fort Saint-Philippe, et leur gauche appuyée à un escarpement. Le développement de leur front était au plus de 1,500 yards (1,300 mètres); et, comme ils occupaient les points les plus favorables à la construction de batteries qui auraient incommodé les transports, ils formaient, avec le fort Saint-Philippe, un poste très-imposant, dans lequel une division pouvait se maintenir pendant l'embarquement du principal corps d'armée, et ensuite effectuer sa retraite en sacrifiant une faible arrière-garde dans le fort.

La principale ligne de défense, qui prit dans la suite le nom de

seconde ligne , avait été établie d'après les conditions suivantes :

1° Qu'il n'y a que quatre grandes routes qui conduisent à Lisbonne, entre la mer et le Tage, au-dessous du point où ce fleuve, ayant acquis une largeur et une profondeur considérables, devienl, militairement parlant, une barrière insurmontable pour une armée;

2° Que trois de ces routes, à des points presque en ligne droite, passent sur des cols ou entre des hauteurs qui offrent de grands moyens de défense , savoir : dans les défilés de Mafra, de Montechique et de Bucellas ;

3° Que la quatrième, qui borde le Tage, où le terrain présente moins de ressources pour la défense, passe à Alhandra, au pied d'une forte chaîne de montagnes qui se trouvent à environ deux lieues en avant de la droite de la ligne des défilés dont on vient de parler ;

4° Enfin, que le pays situé entre ces routes étant montueux et accidenté, une armée ne pouvait, sans éprouver les plus grands retards et d'extrêmes difficultés , le traverser sur aucun point avec son artillerie.

On proposa de fermer les passages entre les montagnes par des ouvrages très-forts, et d'élever sur les différentes chaînes de montagnes qui s'étendent d'un passage à l'autre une ligne de retranchements présentant une barrière continue à travers la Péninsule; de sorte qu'une armée d'invasion se trouvât dans la nécessité de forcer cette ligne par une attaque de front, avant de pouvoir se porter sur Lisbonne.

La nature avait beaucoup fait pour l'exécution de ce projet.

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