CHAPITRE V
KOM.Uitlltli i
A peine de retour en Angleterre, Wellesley est désigné pour une expédition dans le Hanovre. — Cette expédition devient sans objet. — Sir Arthur est chargé de l'instruction d'une brigade à Hastings.— Il entre au Parlement en qualité de député du bourg de Rye.— Il est nommé chef secrétaire du duc de Richmont, lord lieutenant d'Irlande.— Il prend part à l'expédition contre le Danemark. — Il bat l'ennemi à Kioge. — Est chargé de négocier la reddition de Copenhague. — Reçoit les remercîments de la Chambre des Communes. — Prophétie de William Pitt. — État intérieur de l'Espagne. — Projets de Napoléon. — Traité de Fontainebleau. — Invasion et conquête du Portugal. — L'armée française prend possession de quelques forteresses en Espagne. — Coup d'État de Bayonne. — Insurrection générale. — Affaire de Baylen. — Députés des Asturies envoyés à Londres. —Wellesley, à la tête d'un corps de 9,000 hommes, est chargé de soutenir les insurgés.— Il offre ses services à la junte de la Corogne, qui les refuse.— Il débarque à l'embouchure du Mondégo.— Défait Laborde à Rorissa et Junot à Vimeiro.
— Convention de Cintra. — Évacuation du Portugal par l'armée française. — Mécontentement que soulève la conduite des généraux alliés.
— Wellesley traduit devant un conseil d'enquête. — On lui rend justice, mais le gouvernement , pour contenter l'opinion publique, le retient en Angleterre avec les généraux Burrard et Dalrymple.
Au moment où Wellesley quitta l'Inde, Napoléon était à Boulogne, ordonnant de grands préparatifs pour une expé-
dition navale. « Pendant quatre semaines, dit M. Thiers (1), il resta suspendu entre l'idée d'envoyer cette expédition dans les Indes et l'idée de franchir le Pas-de-Calais. ...»
« Le renversement de l'empire anglais dans la péninsule du Gange lui semblait un résultat tellement considérable, qu'il espérait être dispensé par là de risquer sa personne et son armée dans une tentative aussi hasardeuse que la descente (2). »
Ainsi, peu s'en fallut que sir Arthur Wellesley et Bonaparte se rencontrassent à l'extrémité opposée du monde, dix années avant le jour mémorable où ils fixèrent les destinées de l'Europe dans les plaines de Waterloo. Mais quelque influence que ce fait eût exercée sur la marche des événements, il est permis de croire que les succès de Bonaparte en Orient n'auraient point retardé la chute inévitable et nécessaire de l'empire français. Ce colosse mal étayé se trouvait dans les conditions des masses pesantes, qui, plus on les élève, plus leur tendance à tomber est forte, impérieuse...
Ce fut en septembre 1805, après neuf ans d'absence, que Wellesley rentra dans son pays natal, avec la satisfaction d'avoir pacifié, agrandi et consolidé le vaste empire de l'Inde.
(1) En mars 1805.
(2) Napoléon finit par donner la préférence au projet de descente, « parce qu'il regardait ce coup, dit M. Thiers, comme plus prompt, plus décisif et comme à peu près infaillible, si une flotte française arrivait à l'improviste dans la Manche. » Cependant, il n'abandonna jamais l'idée de détruire la colonie des Indes. Les faits suivants en donnent la preuve :
A la fin de 1807, débattant avec Alexandre la cession des provinces danubiennes ou le partage éventuel de la Turquie d'Europe, il écrivit à son puissant allié une lettre dans laquelle il admettait l'Autriche au partage, et posait, pour condition essentielle de ce partage, une expédition gigantesque dans l'Inde, à travers le continent d'Asie, exécutée par une armée française, autrichienne et russe.
Au mois de mai de l'année suivante, pendant son séjour à Bayonne, Napoléon prit toutes les mesures nécessaires pour ravitailler les colonies et envoyer de Lorient et de Brest à l'Ile de France un nombre suffisant de troupes et de vaisseaux pour mettre le général Decaen â même d'ébranler, ou de renverser l'empire britannique dans les Indes.
Le comte de Warren a fait connaître un autre plan d'invasion, conçu par le général Gardane (ambassadeur de France en Perse), et rédigé sans doute par ordre de son maitre. D'après ce plan, trouvé dans les bagages de Napoléon en 1812, 30,000 Français et autant de Russes devaient, à l'issue de la campagne de Moscou, se réunir à Asterabad et envahir l'Inde par la Perse et l'Afghanistan.
Son arrivée coïncidait avec le renouvellement de la guerre contre la France, par la troisième coalition européenne.
L'Angleterre faisait partie de cette coalition. Jusque-là elle n'était intervenue dans ces sortes d'alliances que pour assurer aux belligérants des vaisseaux et des subsides. Le moment approchait où son armée de terre, classée parmi les contingents de second et de troisième ordres, allait acquérir une influence prépondérante.
A cette époque, Wellesley jouit de trois années de repos, qui ne laissent pas d'offrir quelques incidents remarquables.
En novembre 1805, il partit avec l'expédition de lord Cathcart pour le Hanovre, en qualité de commandant d'une brigade d'infanterie; mais l'issue de la bataille d'Austerlitz rendit cette expédition sans objet, et les troupes à peine arrivées durent se rembarquer (février 1806).
De retour en Angleterre, Wellesley fut chargé d'instruire et de discipliner une brigade à Hastings, dans le comté de Sussex. Quoique cette mission dut froisser la susceptibilité d'un général qui avait commandé à 40,000 hommes dans l'Inde, et reçu pour ses victoires les félicitations du Parlement, sir Arthur s'acquitta du devoir imposé avec ce soin religieux et cette modestie rare qu'il apportait en toute chose.
Par suite de la mort de Cornwallis, sir Arthur obtint, en juin 1806, la place de colonel au 35e régiment de ligne, dans lequel il avait servi treize ans comme lieutenant-colonel.
Le 10 avril de la même année, il épousa Catherine Pakenham, troisième fille du comte de Longford, d'une trèsancienne et très-honorable famille anglaise. Il avait demandé la main de cette dame à l'époque où il n'était que simple capitaine d'infanterie. Agréé pas la demoiselle, mais rebuté par les parents, il était parti pour les Indes avec l'engagement réciproque de remettre le mariage à un autre
temps. Quelques mois après, miss Longford fut atteinte de la petite vérole et perdit toute sa beauté. Elle informa son fiancé de cette circonstance, et avec un noble désintéressement lui offrit de le dégager de sa promesse. Sir Arthur refusa de profiter de cette offre, et, plus tard, Catherine Pakenham devint lady Wellesley (1).
Deux enfants sont nés de ce mariage, le 5 février 1807 et le 16 janvier 1808. Entrés de bonne heure au service, ils avaient le grade de lieutenant-colonel à la mort de leur père.
Ce fut dans le courant de l'année 1806, que Wellesley entra au Parlement en qualité de représentant du bourg de
Rye-
Il trouva bientôt une occasion de se faire remarquer. Plusieurs députés remuants avaient proposé de mettre le marquis de Wellesley en accusation pour sa conduite dans l'Inde. A la tête de cette opposition tracassière était un certain M. Paull, qui accusa formellement l'ancien gouverneur général d'avoir dépensé, dans une expédition injuste, un et demi-million sterling sans l'autorisation de la Compagnie; d'avoir gaspillé annuellement 25,000 guinées par pure ostentation, et enfin d'avoir élevé la dette de 11,055,648 livres à 51,000,000. Ce député ayant été évincé du Parlement avant d'avoir obtenu le résultat qu'il poursuivait, lord Folkstone reproduisit les mêmes attaques en mars 1808, et cette fois la Chambre, mise en demeure de se prononcer, émit un vote entièrement favorable au marquis de Wellesley (2).
Sir Arthur, par ses explications simples et loyales, contribua pour une bonne part à ce résultat. « S'il ne réussit pas à ramener tous les Anglais à son opinion, du moins il ne laissa sur la mémoire du gouvernement de son frère aucune tache odieuse. Il prouva entre autres que le marquis avait augmenté
(1) The military and polilical life of Arthur Wellesley, p. 33.
(2) Ce vole fut émis a la majorité de 180 voix contre 29.
le revenu de l'Angleterre, dans l'Inde, de 6 à 7 millions de livres sterling (î) » et cet argument sans réplique ne laissa pas de produire un grand effet.
Au mois de septembre, la mort de Fox donna naissance à un nouveau ministère ayant pour chef lord Portland. Le duc de Richmond ayant été nommé par cette administration lord lieutenant d'Irlande, Wellesley l'accompagna au mois d'avril, en qualité de premier secrétaire. Cette charge importante, qui donnait entrée dans le conseil privé de la couronne, exigeait alors beaucoup de tact, de fermeté et de résolution. L'Irlande, mécontente de Y Union et du gouvernement des torys, commençait à s'agiter pour l'émancipation des catholiques ; l'ordre y était fréquemment troublé par des manifestations libérales. Sir Arthur s'appliqua à prévenir ces excès et à calmer les esprits; mission ingrate, et qu'il accomplit néanmoins avec un rare bonheur en s'attirant l'estime de tout le monde (2). Il introduisit dans l'administration plusieurs réformes utiles, au nombre desquelles on doit citer une meilleure organisation de la police de Dublin, organisation qui produisit d'excellents résultats et servit, longtemps après, de base à l'admirable système des policemen, dont l'Angleterre est redevable à sir Robert Peel (3).
La connaissance que Wellesley avait acquise des intérêts et des besoins de l'Inde lui permit aussi de rendre quelques services à la colonie pendant cette période d'inaction militaire. Il eut notamment la satisfaction de faire renoncer le ministère à l'absurde projet de remplacer une partie des troupes anglaises, dans les possessions orientales, par des nègres, et dans les possessions occidentales, par des cipayes (4).
(1) Campaiyris ofthe ctukc of Wellington.
(2) « I did not hear one complaint against any part of bis conduct, either as public or private înan. » Barrington.
(3) Voir Maxwell, 1. 1, p. 224, et lord Ellesmere.p. 22.
(4) Sherer, t. 1, p. 67.
En 1807, sir Arthur fut appelé à prendre part à l'injuste et regrettable expédition de Copenhague (i).
Cette expédition se composait de 27 vaisseaux de ligne et d'un grand nombre d'autres bâtiments, à bord desquels se trouvaient plus de 20,000 hommes de troupes. Lord Cathcart en était le commandant supérieur; l'amiral Gambier dirigeait la flotte, et Wellesley commandait une division d'infanterie.
Cathcart mit à la voile sans faire connaître l'objet de sa mission.
Le ht août, la flotte jeta l'ancre entre le château de Cronemberg et Copenhague. La population danoise, bien qu'étonnée de cette apparition inattendue, ne montra cependant aucune inquiétude; parce qu'elle n'avait point de haine contre les Anglais, et que son gouvernement était dans les meilleurs termes avec la Grande-Bretagne (2).
Elle ne tarda point à connaître l'étendue de son malheur. L'armée expéditionnaire ayant été rejointe le 12 par la légion allemande de la Poméranie (3), lord Cathcart fit sommer le gouvernement danois de remettre à l'Angleterre, jusqu'à la conclusion de la paix générale, sa flotte et ses approvisionnements maritimes. Le prince royal rejeta fièrement cette proposition et se décida à tenter le sort des armes, bien que la faiblesse et la mauvaise organisation de ses troupes ne lui laissassent aucune chance de succès.
L'armée anglaise débarqua le 16, entre Elseneur et Copen-
(1) « Cette expédition, a dit M. Tbiers, était inique sous le rapport de la morale, et inepte sous le rapport de la politique. » Alison et les historiens torys la trouvent, au contraire, juste et intelligente : « L'Angleterre avait appris, disent-ils, qu'en vertu d'une clause secrète du traité de Tilsit, les deux empereurs s'étaient engagés à forcer les marines danoise et portugaise à rompre leur neutralité en faveur de la France. » Cela fût-il vrai, l'expédition n'en serait pas moins injuste, puisque le Danemark et le Portugal n'avaient point participé à la négociation. Au reste, la clause secrète ne fut publiée qu'en 1817, et tout porte à croire que l'Angleterre n'en avait qu'un vague soupçon quand elle résolut de bombarder Copenhague.
(2) STOCQUliLER, t. I,p. 30.
(3) MAXWFLL, t. I, p. 226.
hague, et se porta immédiatement en trois colonnes sur la capitale du Danemark. La flotte prit de son côté des mesures pour seconder les opérations de l'armée de terre.
Le 19, Cathcart enleva le poste de Frédérickswerk, où il fit 850 prisonniers. Cinq jours après, son aile droite investit la capitale et commença l'établissement de deux batteries de mortiers.
Les Danois cependant avaient réuni leurs troupes régulières et leurs milices à Rochild, sous les ordres du lieutenant général Castenskiold. Lord Cathcart jugeant que cette petite armée pouvait contrarier le siège et favoriser le soulèvement du pays, chargea Wellesley de la disperser avec une division de 4 à 5,000 hommes. Bien que les troupes ennemies s'élevassent à 14,000 combattants, Castenskiold se retira à l'approche de la division anglaise sur Kioge, où il pouvait présenter à l'ennemi un front protégé par des ouvrages de campagne.
Wellesley, après avoir observé la position, reconnut qu'elle donnait aux Danois une grande supériorité. Il dit aux officiers qui l'entouraient et qui montraient une certaine inquiétude : « Messieurs, nous aurons ici un chaude affaire (î). » L'armée danoise en effet déboucha le même jour (2) sur le front de la division anglaise ; elle était animée d'un esprit excellent, mais composée de jeunes soldats. Sir Arthur l'attaqua vivement et la mit en déroute après une action de peu de durée (3). Les Danois laissèrent un assez grand nombre de combattants et dix pièces de canon sur le champ
(1) Stocquf.ler, 1. 1, p. 31, et Bussy's life of Napoléon.
(2) Le 29 août.
(3) Les auteurs français ont rendu justice à l'habileté montrée par Wellington dans cette circonstance : « Wellesley, dit le général JominI, ne s'était pas moins distingué dans l'expédition de Copenhague que dans l'Inde. » Et le général Foy, dans le t. IV de son Histoire des guerres de la Péninsule, constate également que « dans la courte campagne de Copenhague, sir Arthur s'était fait remarquer a la tête d'une brigade. »
de bataille. On leur fit en outre 1,160 prisonniers, dont 60 officiers (î).
Le général Wellesley, après avoir obtenu ce résultat, s'avança dans l'intérieur de l'île, pour contenir et désarmer les forces irrégulières. Il s'acquitta de cette mission difficile avec beaucoup de modération et de douceur. Les Danois eux-mêmes ont constaté qu'il donna en cette circonstance de nouvelles preuves de cet esprit de justice et de conciliation qui l'avait animé dans ses rapports avec les Indiens, et qu'il montra dans la suite à l'égard des habitants de la Péninsule et de la France. Ses troupes furent maintenues dans l'ordre le plus parfait. Aucune plainte ne s'éleva contre elles; et on peut dire que les malheureux habitants des campagnes trouvèrent en Wellesley plutôt un protecteur qu'un ennemi; il punit sévèrement le moindre acte de pillage, et obligea ses soldats à payer exactement tous les objets dont ils avaient besoin.
Cependant Copenhague, bombardée depuis le 2 au soir par la flotte et les batteries de terre, demanda à capituler dans la soirée du 5. Lord Cathcart lui accorda un armistice de 24 heures, puis désigna le général Wellesley, sir Home Popham et le lieutenant-colonel George Murray pour arrêter les articles de la capitulation (2). Ces articles furent apportés au camp dans la nuit du 6 au 7, et le lendemain la malheureuse capitale du Danemark tombait au pouvoir de ses perfides ennemis.
La ville avait beaucoup souffert : elle brûlait encore sur plusieurs points. Mais quelque grands que fussent ces dégâts, ils n'approchent point de ceux que l'on commit après la reddition. Les marins anglais, livrèrent au pillage plusieurs
(1) Wellesley à lord Cathcart, 29 août. (C'est par erreur sans doute que Gurwood et Maxwell donnent à celte lettre la date du 19.) — Voir aussi Alison, t. IV, p. 225; Siif.rf.h, t. i,p. 69; Maxwell, 1. 1, p. 226.
(2) voir dans Gurwood, t. IV, p. 5, une lettre de lord Cathcart au vicomte Castlereagb, 8 septembre 1807.
quartiers dépouillèrent les arsenaux, culbutèrent les chantiers et détruisirent jusqu'aux outils et aux machines nécessaires à la construction des navires. Après avoir accompli cette barbare exécution, la flotte cingla vers l'Angleterre, traînant à sa suite 16 vaisseaux de ligne, 9 frégates, 14 corvettes et beaucoup d'autres bâtiments danois chargés de mâts, de cordages, de poutres et de toute espèce d'approvisionnements maritimes. L'opinion publique se prononça énergiquement contre cette violation de la neutralité d'un peuple ami, et ce ne fut qu'après des débats orageux que le ministère obtint un vote de remercîment pour les chefs de l'armée expéditionnaire (î).
Il est regrettable que l'on n'ait rien trouvé dans la correspondance de Wellington qui fasse connaître son sentiment sur l'inqualifiable agression du Danemark; mais le caractère franc et loyal du duc, son respect pour la légalité et sa scrupuleuse bonne foi; tous les actes de sa vie et les preuves multipliées de bonté et de clémence que fournit sa carrière militaire permettent de croire qu'il désapprouva dans son for intérieur la conduite des ministres anglais. Son silence même donne un grand poids à cette opinion. Au reste, quelques-uns de ses biographes ont attribué à l'horreur du spectacle qui s'offrit à ses yeux, lorsqu'il entra dans la malheureuse cité de Copenhague, la résolution qu'il prit ultérieurement de n'attaquer jamais aucune forteresse par la méthode des bombardements: résolution digne de son caractère chevaleresque, et à laquelle il se conforma strictement, en France comme dans la Péninsule. Malgré toutes les observations que lui firent à ce propos les officiers sous ses ordres, il aima mieux faire couler le
(1) Sir Arthur Wellesley étaltpréscnl a la Chambre des Communes quand, le 1" revrier 1808, le speaker se leva, et dans une courte allocution le remercia « pour le zèle, l'intrépidité et les talents qu*ll avait montrés dans les diverses opérations nécessitées par la conduite du sié;;c, la prise de la (lotte et de l'arsenal de Copenhague. » — Voir Gurvvood, t. IV, p. 7.
sang de ses braves soldats que d'écraser de paisibles ménages sous les ruines fumantes de leurs maisons (a).
Suivons maintenant l'heureux vainqueur des Mahrattes sur le théâtre de la Péninsule, et voyons par quels efforts de génie, par quelle suite de succès mémorables il éleva sa gloire et la réputation des armées britanniques à une hauteur si prodigieuse.
La grande lutte qui changea les destinées du monde, et qui eut pour point de départ l'insurrection du peuple espagnol, fut annoncée d'une manière prophétique par l'illustre fils de Chatam. Cette circonstance remarquable a été rappelée par Wellington lui-même, dans un dîner que le duc de Richelieu donna, en 1816, au corps diplomatique à Paris.
Vers la fin de 1805, Pitt avait réuni à sa campagne quelques hommes d'État et quelques militaires, parmi lesquels se trouvait sir Arthur Wellesley, tout récemment revenu de l'Inde. Pendant le dîner, Pitt reçut la nouvelle de la capitulation de Mack à Ulm et de la marche offensive de l'empereur sur Vienne.
Un des amis du premier ministre, en apprenant ce revers, s'écria : « Tout est perdu, il n'y a plus de ressources contre
« Napoléon! — Vous vous trompez, dit Pitt, il y a encore
« de l'espoir si je parviens à soulever en Europe une guerre « nationale, guerre qui doit commencer en Espagne! »
Et comme Pitt voyait à ces paroles l'étonnement se peindre sur tous les visages, il ajouta : « Oui, messieurs, l'Espagne
(1) J/illustre Vauban avait à cet égard la môme manière de voir : « Il faut, disait-il, Taire la guerre aux remparts et non pas aux toits des maisons, »
« sera le premier peuple où s'allumera cette guerre patrio- « tique, qui peut seule délivrer l'Europe. Mes renseignements « sur ce pays, et je les tiens pour très-exacts, prouvent que « si la noblesse et le clergé ont dégénéré par l'effet du mau- « vais gouvernement et sont aux pieds du favori, le peuple « a conservé toute sa probité, toute sa sobriété et toute sa « haine contre la France, haine aussi vive que jamais, et « presque égale à son amour pour ses souverains. Bonaparte « croit et doit croire l'existence de ceux-ci incompatible avec « ses desseins sur l'Espagne ; il essayera de les chasser : c'est « là où je l'attends , avec la guerre que je désire si vivece ment (1). »
En comparant ces paroles remarquables aux premières instructions de l'empereur sur la guerre de la Péninsule, on est frappé de la supériorité d'intelligence et des vues profondes que montra dans cette circonstance l'illustre chef de la politique anglaise.
Après avoir dissous par des victoires éclatantes la troisième coalition européenne, Napoléon, assuré de l'alliance de la Russie, peu inquiet encore sur les dispositions de l'Autriche et n'ayant à redouter que la politique anglaise , jeta un regard de convoitise sur la Péninsule ibérique, dont il n'avait pu jusqu'alors s'occuper avec suite.
Depuis longtemps déjà il nourrissait le projet, sinon de détrôner les familles de Bourbon et de Bragance, du moins
(1) Le comte Toréno dit que pendant son séjour en Angleterre, les mômes paroles lui ont été répétées par plusieurs personnes présentes audiner de Pttt. (T. II, p. 374.)
d'étendre sur leurs États la protection absorbante de son gouvernement. Le traité d'Ildefonse fut un premier pas dans cette voie; mais Godoï, intérieurement froissé d'avoir été forcé de souscrire à ce pacte humiliant, s'était promis de saisir la première occasion favorable pour donner satisfaction à son amour-propre; et en effet, il conclut bientôt un traité secret avec le baron Strogonoff, traité que signa également l'ambassadeur portugais , et en vertu duquel les deux royaumes de la Péninsule devaient déclarer la guerre à la France, au moment où ses armées seraient engagées contre l'empereur de Russie.
Pour entrer dans l'exécution de ce plan, Godoï fit une proclamation par laquelle il appela aux armes tous les bons et loyaux Espagnols, afin de délivrer le pays des maux qui le menaçaient.
Cette pièce parut au moment même où Napoléon ouvrit la campagne de 1806, contre la Prusse (1).
Le baron Strogonoff et l'ambassadeur portugais la trouvant imprudente, furent obligés de déclarer qu'ils n'y étaient pour rien, et Godoï, se voyant dès lors isolé, fit faire a l'empereur les plus humbles soumissions.
Mais le coup était porté : cette trahison et le souvenir de l'insulte que le Portugal avait faite autrefois à la république, en joignant dans la Méditerranée une escadre à la flotte anglaise (2), éveillèrent dans l'esprit de Napoléon des pensées de vengeance, que la politique se chargea de faire tourner au profit de son ambition.
Après la conclusion du traité de Tilsit, le moment lui sembla favorable pour établir la domination de la France sur la
(1) Celte proclamation est du 3 octobre 1806. Godoï, après la victoire de Jéna, chercha â persuader qu'elle était dirigée contre l'empereur du Maroc; mais Napoléon ne fut pas dupe de cette fourberie.
(2) Déjà, pendant son séjour eu Egypte, Bonaparte avait déclaré â ses soldats, que le temps viendrait où le Portugal payerait celte grave insulte a par des larmes de sang. »
Péninsule, où la Grande-Bretagne, déjà très-influente , pouvait tôt ou tard acquérir assez de prépondérance pour ruiner à jamais non -seulement le système continental, mais encore le système maritime de l'empire. Diverses circonstances poussaient d'ailleurs Napoléon à l'exécution de ce projet, encore mal digéré, mais déjà fermement arrêté dans sa vaste intelligence.
Les Bourbons de Madrid et de Lisbonne étaient plongés dans la mollesse. Un ancien garde du corps devenu le favori d'une reine impudique, et le chef méprisé de la monarchie espagnole ; — un roi imbécile couvrant de sa protection ce misérable instrument de son déshonneur, parce qu'il le déchargeait du poids de la couronne; — et dans la même famille, un prince astucieux et fourbe, qui enveloppait dans un égal mépris le roi , la reine et Godoï (1) ; — une nation abâtardie, mais encore assez noble cependant pour rougir des scandales et des turpitudes de sa cour, nation loyale , fidèle, attachée à ses souverains, docile dans sa servitude, mais terrible dans sa colère, agitée sourdement par un besoin de vie et de réformes que les classes élevées, soit orgueil ou insouciance, s'obstinaient à ne pas comprendre (2) ; — des finances délabrées ; une administration incapable et sans vigueur; une marine déchue; des colonies sur le point de se révolter ; les forces de terre négligées ; les arsenaux vides (5); — aucune prévoyance, aucune dignité
(1) Pour donner une idée du caractère de Ferdinand, il suffît de citer ce fait, qu'à la date du 22 juin 1808, il écrivit à Joseph pour le féliciter de son avènement au trône d'Espagne. L'histoire signale peu d'exemples d'une pareille bassesse.
(2) [.a théocratie était toute-puissante en Espagne. Elle avait inondé le pays de moines et de religieuses. D'après le recensement de 1797, publié par ordre du roi, en 1801, l'Espagne comptait 2,051 couvents d'hommes et 1,075 couvents de femmes. La population totale de ces communautés s'élevait 6 92,727 individus.
(3) « L'armée espagnole, qui, sous Charles V et Philippe II avait fait l'admiration de l'Europe, n'était plus qu'un objet de dérision et de mépris pour les militaires étrangers. Le peu de soldats qu'on avait gardé sous les armes n'étalent ni payés, ni habillés; les offîciers, sortis des plus basses classes de la nation, n'étaient pas honteux, même revêtus de leur uniforme,
dans les classes supérieures, — et dans les bas-fonds de la société, de sourdes rumeurs , des passions inassouvies, des haines invétérées, que l'ardeur du sang espagnol pouvait rendre féroces : telle était alors la situation de la Péninsule !
Essayer de faire renaître à la vie sociale un pays si misérable et si déchu n'était pas sans doute une entreprise dépourvue de grandeur; mais comment la mener à bonne fin, sans abandonner les avantages qu'on recherchait pour la France, sans provoquer un soulèvement général? Voilà où était la grande et peut-être l'insurmontable difficulté. Aussi l'empereur resta-t-il longtemps irrésolu sur le meilleur parti à prendre.
La honteuse violence commise par l'Angleterre à Copenhague pouvait lui inspirer une action analogue; mais, dans les premiers temps du moins, il ne crut pouvoir tirer de ce fait, que le droit d'agir sans ménagements envers le cabinet de Londres et envers tous les souverains qui embrassaient sa cause en Europe. Cette politique, juste en principe, mais appliquée sans discernement et à l'aide de moyens que la raison et l'équité réprouvent, conduisit les armées françaises à Lisbonne, et mit entre les mains de Napoléon un sceptre que la maison de Bragance avait seule le droit de porter, bien que par sa fuite honteuse elle s'en fût montrée indigne !
L'empereur, pour donner un prétexte à son agression, avait fait déclarer au prince régent, que, le 1er septembre 1807, il eût à rompre entièrement avec l'Angleterre, ou à se résigner à voir le Portugal envahi par les armées françaises-, qu'il
de se tenir ainsi que des domestiques derrière les chaises des grands. On n'aurait pu trouver une seule forteresse renfermant assez d'approvisionnements pour nourrir pendant un mois sa misérable garnison. Le travail des fonderies était suspendu, on ne le reprenait qu'a de longs intervalles. » — Voir londonderry, 1. 1, p. 19.
devait, en outre, réunir l'escadre portugaise à celles des autres puissances du continent pour écraser l'ennemi commun; ordonner la confiscation de toutes les marchandises d'origine anglaise , et faire arrêter, en qualité d'otages, les sujets de S. M. Britannique établis en Portugal. L'envoyé d'Espagne, qui négociait en ce moment un traité avec Napoléon, prêta les mains à cette iniquité, dont il ne tarda point à se repentir.
Le prince régent promit le secours de sa flotte, mais refusa d'accepter les deux autres conditions.
Napoléon, s'attendait à ce refus et même le désirait. Aussitôt qu'il en eut connaissance, il donna à Junot l'ordre d'entrer en Espagne, bien que la convention en vertu de laquelle le droit de passage devait être accordé ne fût point encore conclue (1). Cette convention, en effet, jointe au traité secret de Fontainebleau, porte la date du 27 octobre, et le 18, Junot avait déjà franchi la Bidassoa. Ses instructions étaient précises et ne laissaient aucun doute sur les projets de l'empereur. Elles portaient qu'il fallait se hâter autant que possible, pour donner à l'invasion du Portugal le caractère d'une véritable surprise. Fidèle à cette recommandation, Junot quitta Salamanque le 12 novembre, et arriva le 25 à Abrantès.
Lorsque le prince régent apprit que les Français avaient passé la frontière de ses États, une sorte de terreur s'empara de lui. Pour conjurer l'orage, il accepta toutes les conditions qu'il avait d'abord rejetées; ordre fut donné de saisir toutes les marchandises anglaises et de garder à vue tous les sujets britanniques qui se trouvaient en Portugal : inutile et lâche concession ! à laquelle on ne daigna pas même s'arrêter un
(1) «La colonne de Junot était près de Vailadolld quand le traité de Fontainebleau fut connu à Madrid. » — Mémoires de Joseph, t. IV, p. 257.
instant. Le 30 novembre, l'armée française entra sans coup férir dans Lisbonne, et la famille de Bragance, qui aurait pu défendre son trône avec avantage, ne trouva que le misérable expédient de fuir avec ses trésors et ses courtisans (1) !
Quoique favorable aux Anglais et toujours peête à trahir la France, cette famille, cependant, s'était enfin soumise à toutes les volontés de Napoléon, et celui-ci, dès lors, n'avait plus aucun prétexte de la renverser. Mais on conçoit qu'il ne convenait pas à l'empereur de traiter avec elle, et de renoncer au plan qu'il avait formé.
Wellington était d'avis que l'invasion du Portugal se rattachait bien moins dans son origine à de vastes projets politiques qu'au désir de créer de nouvelles ressources pour l'armée française , en dévastant le pays et en mettant la main sur les trésors de la couronne , ainsi que sur toutes les richesses navales accumulées pendant cinquante années de paix (2).
M. Thiers semble corroborer cette opinion en disant que « Junot reçut l'ordre de redoubler de célérité , de n'épar- « gner à ses soldats ni fatigues ni privations , afin d'arriver « à temps pour surprendre non la famille royale dont l'em- « pereur se souciait peu, mais la flotte portugaise et les im- « menses richesses appartenant aux négociants anglais (3). »
Quoi qu'il en soit, la conduite du chef de la nation française à l'égard de la maison de Bragance fut marquée au coin de la plus révoltante injustice. Elle souleva une réprobation unanime, moins grande toutefois et moins méritée que celle avec laquelle toute l'Europe accueillit la nouvelle de la chute des Bourbons de Madrid.
(1) De l'aveu môme des Français, 5 à 6,000 Portugais eussent anéanti en ce moment les troupes de Junot, exténuées par la faim et la .fatigue. — Voir Mémoires de Joseph, t. IV, p. 261.
(2) Voir notamment sa proclamation du 10 avril 1811 à la nation portugaise.
(3) THIEBS, t. It, p. 509.
Envers le Portugal, Napoléon n'avait été que violent; envers l'Espagne, il se montra fourbe, astucieux et au-dessous du rôle que lui assignaient son génie et sa position de souverain. Témoin des inimitiés qui divisaient la eour de Madrid, il imagina de les faire servir d'excuse ou de prétexte à ses desseins, de jouer le rôle d'arbitre intéressé, perfide, et de ne se prononcer pour aucun des partis, jusqu'à ce que les circonstances lui eussent inspiré une résolution définitive.
Il avait à choisir entre trois lignes de conduite, également injustes, mais non pas également utiles au succès de sa politique.
La première consistait à renverser le favori sans imposer aucun autre sacrifice à la couronne ; à flatter l'amour-propre et l'intérêt de la nation, déjà favorablement disposée par cet acte de vigueur, en unissant le Portugal à l'Espagne, et à gagner l'appui de Ferdinand , en lui accordant la main d'une princesse de la maison Bonaparte. Cette demande avait été plusieurs fois faite par le prince et par son père (1).
Le second plan, auquel M. de Talleyrand accordait une préférence peu justifiable, consistait à faire prendre les mêmes dispositions, moyennant toutefois une cession de territoire qui aurait assuré à la France les bords de l'Êbre, les côtes de la Catalogne et la jouissance commune des colonies espagnoles.
Enfin, le troisième projet, celui vers lequel Napoléon inclina de prime abord (2), malgré les sages avis de Cambacérès, consistait à détrôner les Bourbons et à les remplacer
(1) La première demande de Ferdinand porte la date du 11 octobre 1807; elle resta sans réponse.
On trouve cette lettre dans le tome I" de l'ouvrage du comte toréno.
(2) M. Thiers croit pouvoir affirmer que l'idée de renverser les Bourbons d'Espagne ne vint à l'empereur qu'en février ou en mars 1808. Il est certain que le premier document où cette idée se trouve nettement formulée est la lettre du 27 mars, par laquelle Napoléon offre le trône d'Espagne à son frère Louis. (Cette lettre importante n'a point été citée, par l'historien français ; on la trouve dans toréno, t. I, p. 100; dans les Documents historiques sur la Hol-
par une dynastie nouvelle, dont on n'exigerait aucun sacrifice territorial. Après mûre réflexion, l'empereur se prononça pour ce dernier système, plus radical, mais beaucoup moins équitable et moins prudent que les deux autres, et surtout que le premier. Toujours aveuglé par cette crainte ou cette haine des Bourbons qui lui avait fait commettre l'assassinat de Vincennes, il ne croyait pas à la possibilité de s'attacher l'Espagne et de gouverner l'empire sans expulser, du dernier trône qu'ils occupaient encore en Europe, les membres de cette illustre et malheureuse famille.
Mais ce n'était pas la seule considération qui le poussât à commettre une si grande faute et une si déplorable injustice : depuis longtemps il était dominé par la fatale résolution de donner des trônes à tous les Bonaparte, et peut-être aussi par le désir de renouveler la politique de Louis XIV, en réunissant dans un même intérêt la France, l'Espagne et l'Italie contre l'alliance des cours du Nord et la force navale de l'Angleterre.
Cette politique était avouable, grande même, et digne du vainqueur d'Austerlitz , mais elle aurait dû s'appuyer sur d'autres moyens que sur la ruse, et se produire dans un autre moment que celui où la France était obligée d'avoir
lande, par le comle de Saint-If.u, t. II, et dans Vllistoire générale des traités de paix, par le
comte DE GAB.DKN, t. XI, p. 200).
Depuis longtemps déjà, la conduite et le langage de l'empereur Taisaient présager quelque chose d'analogue. Ainsi, dès 1805, furieux de ce que le roid*Espagne ne voulait pas reconnaître Joseph, il s'était écrié : « Si Charles IV ne veut pas reconnaître mon frère comme roi dcNaples, son successeur le reconnaîtra. » (toréno, 1. 1, p. 8.) L'année suivante, comme pour préparer les voies a l'exécution de cette menace, il avait fait dégarnir l'Espagne de troupes, en demandant à Charles, devenu en apparence son allié, 5,000 hommes pour tenir garnison â Florence, puis 9,000 hommes pour être dirigés sur le Danemarck, où ils furent bientôt rejoints par ceux qui avaient pris la route d'Italie.
Enfin M. Thiers lui-même en convient , dans les premiers mouvements des troupes ordonnés par l'empereur, à la fin de 1807 on reconnaît Tintention d'effrayer les Bourbons d'Espagne'et de les engager à fuir : « Seulement, dit M. Thiers, pour prévenir les suites de cet éloignement au point de vue des colonies, on aurait fait arrêter la famille royale dans les eaux de Cadix. » Il n'est donc pas vrai que l'idée de renverser les Bourbons d'Espagne ne vint à l'empereur qu'en février ou mars 1808.
300,000 hommes entre l'Oder et la Vistule, pour s'assurer la soumission de l'Allemagne et l'alliance de la Russie, et 120,000 hommes en Italie, pour empêcher l'Autriche de repasser les Alpes.
On sait par quelle série d'intrigues et de perfidies, l'empereur entra dans l'exécution de cette politique, que M.Thiers appelle une politique digne de la fourberie du xvc siècle (î), et comment, sous prétexte d'assurer l'exécution du traité secret de Fontainebleau (2) et de surveiller les Anglais du côté de Gibraltar et de Cadix, il fit pénétrer ses colonnes en Espagne, enlever par surprise un grand nombre de forteresses (3), et planter ses étendards victorieux sur les tours de Madrid. Jusque-là, affectant les apparences les plus amicales , se déclarant hautement le protecteur de la nation et l'arbitre de la famille royale, flattant tous les partis, et donnant à tous l'espoir qu'il leur serait favorable, il n'avait rencontré aucune résistance, bien que l'entrée des troupes françaises eût excité de violents soupçons.
Mais bientôt la conduite de Murât , sa froideur marquée pour Ferdinand VII, que les troubles d'Aranjuez avaient élevé sur le trône, ses égards pour Charles IV, la reine et Godoï, que la vengeance populaire suivait jusque dans leur
(1) T. II, p. 604.
(2) L'art. 6 de la convention annexée au traite <le Fontainebleau, portait :« Un corps de « 40,000 hommes de troupes françaises sera réuni à Bayonne, le 20 novembre au plus tard, « pour être prêt à entrer en Espagne, à l'effet de se rendre en Portugal, dans le cas où les « Anglais y enverraient des renforts ou le menaceraient d'une attaque. Néanmoins cenou- « veau corps n'entrera en Espagne que lorsque les deux hautes parties contractantes auront « été mutuellement d'accord sur ce point. » Or les troupes françaises commencèrent à entrer en Espagne, sans qu'on eût pris à leur égard les arrangements que cet article imposait à l'empereur.
(3) Les Français, sous les apparences les plus amicales, avaient enlevé tout doucement aux Espagnols leurs principales villes. « Perfidie atroce, dit le comte Toréno, ruse déshonorante pour des guerriers blanchis dans la noble profession des armes, et indigne à coup sûr d'une grande et belliqueuse nation. »
Le maréchal Moncey s'était introduit jusqu'à Burgos et y avait établi son quartier général ; d'Armagnac s'était rendu maître de Pampelune; Duhesme, de Barcelone et de Figuières, et Thouvenot, de Saint-Sébastien.
retraite, firent douter sérieusement des bonnes intentions et de la sincérité de l'empereur des Français. Cependant il fallut, pour dessiller tous les yeux et changer en opposition formidable la débonnaire confiance du peuple espagnol, que Napoléon, par un machiavélisme sans exemple, attirât toute la famille royale à Bayonne (1), et là, faisant de son pouvoir le plus honteux usage, plaçât sur la tête de son frère la couronne de Charles-Quint et de Philippe II, arrachée des mains de ses légitimes possesseurs (2).
Quand ce ténébreux coup d'État , auquel le grand-duc de Berg et Savary prêtèrent la main, fut officiellement connu, il excita en Espagne et dans le monde entier la plus vive et la plus juste réprobation. Le colosse s'était fait nain; César était descendu au rôle de Borgia, il avait imprimé sur son front une tache indélébile !
L'histoire fait mention de quelques actions atroces qui ont abouti à des résultats utiles et durables. Le supplice de l'infortuné Charles Ier, pour ne citer qu'un seul exemple, amena une dictature qui fonda la puissance maritime et continentale de la Grande-Bretagne. Cromwell, en voyant les grandes choses qu'il avait réalisées, put un moment se croire absous ; mais la conscience de Napoléon lui refusa toujours cette consolation, et lui-même s'est accusé d'avoir, par sa politique à l'égard de l'Espagne, sapé les fondements de son em-
(1) Napoléon disait, à propos de l'entrevue de Bayonne : « On m'accusa dans cette affaire de perfidie, d'embûches et de mauvaise foi ; il n'y avait rien de tout cela » (Mémorial). L'empereur oubliait en ce moment ses instructions à Murât et au général Savary.
Il oubliait que ce général eut Tordre d'enlever le roi dans la nuit du 18. iu 19, s'il ne se montrait pas disposé à entrer en France de bon gré, et que, pour le déterminer à se jeter dans la gueule du loup, Savary s'était écrié: « je veux qu'on me coupe la tête, si un quart d'heure après l'arrivée de Sa Majesté à Bayonne, elle n'est pas reconnue par l'empereur comme roi d'Espagneet des Indes. » — Voir Toréno, 1. 1, p. 117 et les Mémoires de Joseph, t. IV, p. 276.
(2J Joseph arriva a Bayonne le 7 juin. Le 15, on réunit dans cette ville une assemblée de 91 Espagnols de marque, qui reconnurent Joseph comme roi d'Espagne et acceptèrent la constitution élaborée par l'empereur.
pire (i) : Il y a des fautes, dit-il un jour, qui sont pis que des crimes. Or le coup d'État de Bayonne était à la fois un crime et une faute; il détruisit le prestige de sa gloire, le rendit odieux à la nation espagnole et ouvrit sous ses pas l'abîme où la France et lui-même allèrent s'engloutir.
Déjà le 2 mai , c'est-à-dire trois jours avant la signature du traité d'abdication , le peuple de Madrid s'était soulevé pour empêcher le départ des infants, et une émeute terrible avait ensanglanté les rues de la capitale. Murât cependant était parvenu à rétablir l'ordre, mais il avait souillé sa victoire par des rigueurs inutiles, que Joseph lui-même a qualifiées sévèrement. La nouvelle de cette répression meurtrière et le retentissement douloureux de l'abdication mystérieuse de Bayonne, se répandirent avec la rapidité de l'éclair dans toute la Péninsule; elle détermina un soulèvement général.
Carthagène, dans les provinces de l'Est, et Oviédo, dans celles de l'Ouest, donnèrent, le 22 mai, le signal de l'insurrection : la Galice et l'Andalousie se soulevèrent presque le même jour, et l'Espagne entière, comme si une traînée de poudre eût mis ses provinces en communication, prit feu avec une rapidité sans exemple dans l'histoire (2). Jamais soulèvement plus général et plus spontané ne marqua la résurrection d'un grand peuple. Toutes les forces vives de l'Espagne se réunirent dans un même élan de patriotisme contre la plus odieuse des agressions , et cette résistance fut si éner-
(1) On lit, en f ffet, dans le Mémorial île Sainte-Hélène ; « Celle malheureuse guerre m'a « perdu; toutes les circonstances de mes désastres viennent se rattacher à ce nœud fatal. « Elle a compliqué mes embarras, divisé mes forces, ouvert une école aux soldats anglais, « détruit ma moralité en Europe... Les événements ont prouvé que j'avais fait une grande « faute dans le choix de mes moyens... Je crus nécessaire, trop légèrement peut-être, de « changer la dynastie... Les Espagnols en masse se conduisirent comme des hommes d'hon- « neur. » Napoléon a déclaré aussi à Sainte-Hélène, qu*il aurait du donner une constitution libérale à l'Espagne et charger Ferdinand de l'exécuter. Et en effet, que ce prince réussit ou ne réussit point, le résultat ne pouvait qu'être favorable a la France. — Voir le Mémorial.
(2) Toutes les provinces, sauf la Navarre et les provinces basques, se soulevèrent du 22 au 31 mal spontanément, et sans qu'elles se fussent concertées.
gique , si prompte , si terrible dans ses effets , qu'elle déjoua les profondes combinaisons à l'aide desquelles Napoléon se flattait de maîtriser l'insurrection et de rendre impuissantes ce qui restait de troupes régulières à l'Espagne.
L'État intérieur de la Péninsule était singulièrement propre à favoriser le mouvement insurrectionnel. Le peuple, courbé depuis deux siècles sous le poids du despotisme, subissait encore l'influence des nobles et des prêtres, qui exploitaient habilement son ignorance et sa crédulité. Les intérêts de ces deux castes étant menacés par l'introduction des idées françaises, elles se mirent les premières en avant, certaines d'entraîner les masses à leur suite.
L'action des prêtres surtout fut considérable. C'étaient les agents les plus actifs et les chefs réels de la révolte : ils donnaient et transmettaient les ordres, en surveillaient l'exécution, cachaient avec soin les défaites des troupes nationales, exagéraient les moindres succès remportés sur l'ennemi, inventaient même quelquefois des victoires; dans l'intérêt de la cause nationale, ils ne se faisaient aucun scrupule de répandre de fausses nouvelles, de prêcher la haine, d'encourager d'horribles représailles... C'étaient à la fois les missionnaires et les officiers d'état-major de la croisade. Ils empêchaient les paysans et le bas peuple de voir ce qu'il y avait d'avantageux dans les réformes annoncées par la France; ils leur fesaient croire que Godoï était la cause de tout le mal, et que Ferdinand seul pouvait sauver l'Espagne. Ces manœuvres étaient favorisées par l'absence de publicité et de communications rapides. Les nouvelles arrivaient de loin en loin et presque toujours par le canal des chefs, c'est-à-dire avec de notables altérations. Il était facile d'ailleurs de former des camps et des rassemblements de troupes dans un pays où les habitants, toujours armés, vivent sans la moindre répugnance en plein air. Sobres, agiles, insouciants, prompts à s'enflammer, terribles et persévérants dans leurs haines,
les Espagnols sont essentiellement propres à la guerre d'insurrection. Leur sol même offre des avantages remarquables pour soutenir longtemps ce genre de guerre. Dans certaines provinces, des bandes d'un millier d'individus, mal armés et mal vêtus, peuvent se soustraire presque indéfiniment à la poursuite d'une armée nombreuse, tout en faisant courir à cette armée des dangers sérieux.
Aussi, à peine l'insurrection eut-elle éclaté, que les corps disséminés de l'armée française se virent tout à coup privés de leurs communications et de leurs dépôts. Duhesme essaya vainement de se rendre maître, par une attaque de vive force, de Saragosse, de Manresa et de Gironne; Reille échoua dans une attaque semblable contre Rosas ; Moncey fut repoussé de Valence ; le général Dupont , victime fort à plaindre d'un moment de faiblesse et d'un concours inouï de circonstances fâcheuses, mit bas les armes devant les troupes insurrectionnelles de Reding et de Castanos ; enfin la capitale de l'Aragon, si justement célèbre, soutint un siège de deux mois contre les troupes de Lefebvre, prélude heureux d'un autre siège qui rappelle ceux de Numance, de Sagonte, de Jérusalem, et qui ne fut surpassé, croyonsnous, que par l'héroïque défense de Gironne (1); — à Cadix, l'amiral Rosily se vit dans la triste nécessité de se rendre avec son escadre, sans autre condition que la vie sauve. A la suite de tous ces désastres, le roi Joseph, à peine depuis dix jours sur le trône, dut abandonner sa capitale, faire lever le siège presque terminé de Saragosse et arrêter Ressières dans
( 1) Gironne n'avait pas comme Saragosse un système de terreur qui contrebalançait au dedans la crainte de l'ennemi. Ses ressources étaient plus faibles, et les assiégeants, proportion gardée, bien plus nombreux. Jamais population ne montra plus d'héroïsme.
(2) Joseph avait Tait son entrée à Madrid le 20 juillet 1808; il en sortit le 30. Ce départ précipité ne fut pas la moindre de ses fautes ; il aurait pu et dû tenir sa capitale ; le désastre de Baylen n'était pas sans remède, puisque, sur tous les autres points, les Français avaient battu les insurgés en campagne, et que ces derniers ne tenaient que dans les places.
sa marche victorieuse (2). La débâcle fut si rapide que, dès le mois d'août, le midi de l'Espagne était évacué, la capitale de l'Aragon affranchie , l'armée de la Catalogne ( la seule qui n'eût point battu en retraite ) enfermée dans Barcelone par les miquelets et la marine britannique , le corps de Dupont retenu dans une affreuse captivité et toutes les autres troupes cantonnées derrière l'Èbre, où elles se croyaient à peine en sûreté.
Le contre-coup de ces événements se fit sentir en Portugal.
Au mois de juin, il s'était formé à Oporto une junte dont le pouvoir, combiné avec celui de l'évêque, avait été reconnu par tout le nord du pays. L'un des premiers actes de cette assemblée fut d'ouvrir des négociations avec l'Angleterre en envoyant deux députés à Londres , elle conclut ensuite avec la Galice un traité d'alliance offensive et défensive (1).
Du Nord le mouvement s'étendit vers le Sud, et la position de Junot devint si grave, qu'il fut obligé, pour sa sûreté, de désarmer et de retenir prisonniers les soldats espagnols qui, en vertu du traité de Fontainebleau, avaient été mis à sa disposition.
Napoléon ne s'était pas attendu à ce soulèvement général de la Péninsule ; aveuglé par son ambition, il avait répondu à ceux qui essayèrent de lui faire entrevoir la possibilité de cette résistance : « Il n'y a rien à craindre d'une nation abrutie par les moines et l'inquisition (2). » La facilité avec laquelle on s'était emparé de quelques places et de Madrid l'avait confirmé
(1) TORÉNO, t.I, p. 265.
(2) Voirie livre de M. de Pradl sur les affaires d'Espagne; dans ce livre, écrit malheureusement avec trop de partialité, l'auteur affirme que Napoléon lui dit a Bayonne : « Si cette en- « treprise devait me coûter 80,000 hommes, je ne la ferais pas; mais 12,000 y suffiront : c'est «.un enfantillage. » La même confiance se remarque dans les lettres de napoléon à Joseph, et dans celles des généraux attachés à sa personne. Son major-général entre autres écrivit, le 11 août 1808, à Joseph : « Dans six semaines, l'Espagne sera soumise. »
dans cette opinion, mais bientôt son langage prit un autre caractère. Le 29 mars, dix jours après les troubles d'Aranjuez , il écrivit à Murât : « Cette affaire a singulièrement « compliqué les événements : je reste dans une grande per- « plexité. »
On le conçoit aisément. Les forces envoyées dans la Péninsule étaient insuffisantes pour résister à un soulèvement général, et cette circonstance, jointe à beaucoup d'autres, pouvait décider le cabinet de Londres à intervenir dans la lutte pour vaincre les derniers scrupules de l'Autriche, qui n'attendait qu'une occasion pour se rapprocher ouvertement de la Grande-Bretagne.
S'il avait prévu cette explosion formidable, Napoléon aurait sans doute reculé devant le coup d'État de Bayonne et traité avec plus de ménagements ce peuple de moines, qui devait être la cause première de sa chute.
Il redoutait maintenant la guerre et cherchait à l'éviter, quand déjà elle était devenue inévitable. Le 14 mars 1808, il écrivit à Murât : « J'espère que la guerre n'aura pas lieu, « ce que j'ai fort à cœur. »
Par une inconséquence singulière, dans ce même moment, l'empereur conduisait avec une déplorable habileté l'odieuse intrigue qui devait renverser du trône toute la famille de Charles IV, et pousser l'exaspération du peuple espagnol aux dernières limites.
Rien n'eût été plus grand et plus majestueux que le soulèvement spontané de ce peuple, si d'horribles excès n'avaient terni l'éclat de ses premières victoires. A Villa-Franca, à Valladolid, à Séville,à Cordoue, à Malaga, à Grenade, à Badajoz, à Valence, à Cadix, à Plasencia, à Carthagène et dans plusieurs autres villes, la démagogie, triomphante sous le manteau du royalisme, se montra aussi féroce que l'avaient été les égorgeurs de 1793.
Les plus illustres citoyens et les officiers généraux les
plus capables d'organiser les forces insurrectionnelles (1) : Filangie-ri , Solano del Aguila , Torre del Fresno , Francesco de Borja, don Miguel de Cévallos et tant d'autres furent massacrés, uniquement parce qu'ils n'avaient pas l'aveugle confiance et la forfanterie des exaltés, qui croyaient, après l'affaire de Baylen, ne plus devoir compter avec l'armée française, ni avec l'empereur Napoléon.
A Cordoue, un moine fanatique, du nom de Calvo, fit égorger en une seule nuit 530 Français , qui depuis longtemps habitaient la ville. Il est juste de dire cependant, que la majorité des citoyens déplora ces excès, et que les meurtriers furent généralement livrés au supplice, quand on parvint à rétablir l'ordre (2).
Cependant les résultats matériels obtenus par l'insurrection, et l'arrivée à Londres de deux députés de la junte des Asturies (3), chargés de réclamer des secours et des subsides, engagèrent la Grande-Bretagne, depuis longtemps indécise, à soutenir énergiquement la Péninsule, où elle voyait moins un principe à défendre qu'une partie à gagner contre l'empereur.
« L'Espagne fut envahie, dit Napier, parce qu'elle faisait partie de la grande aristocratie européenne, et elle fut délivrée, parce que l'Angleterre donna à cette aristocratie
(1) A cette époque, l'armée régulière d'Espagne était dispersée. la plupart des soldats avaient passé dans les rangs des insurgés.
(2) A Cordoue, le nombre des coupables qui furent pendus s'éleva à près de deux cents.
(3) L'un de ces députés fut l'historien comte Toréno. 11 raconte, t. I,p. 183, que son collègue et lui furent reçus le 7 juin par Canning, qui « n'hésita pas un instant à leur assurer que le gouvernement de Sa Majesté Britannique protégerait de tous ses efforts le glorieux soulèvement de la province qu'ils représentaient, * Toréno ajoute que leur présence à Londres et la nouvelle de l'insurrection contre Bonaparte, excitèrent un enthousiasme général, Indescriptible. Ce fait est confirmé par Alison et Southey.
les moyens de triompher, pour un moment, des principes de la révolution française. »
Dans les premiers moments , la Grande-Bretagne avait cru pouvoir se borner à faire sur les côtes de la Péninsule une diversion comparable à celles du Helder, de Saint-Domingue, de Quiberon, du Ferrol, d'Otrante ou de Stralsund (1) ; mais à peine le ministère de lord Portland eut-il ordonné l'embarquement de 9,000 hommes, réunis à Cork et destinés primitivement à l'Amérique du Sud, qu'il sentit la nécessité d'agrandir le caractère de la lutte et de faire partir de nouveaux renforts (2). Il fut poussé d'ailleurs à cette résolution par l'opinion publique, qui se montrait de plus en plus favorable aux Espagnols, et par les représentations énergiques de Shéridan et de Windham, qui, dans le Parlement, s'élevèrent avec force contre les expéditions lilliputiennes entreprises jusqu'alors par les ministères torys. Les hommes d'État de tous les partis commençaient à voir que le mouvement insurrectionnel de la Péninsule offrait à la politique anglaise des chances de succès que n'avaient pas présentées les diversions antérieures (3).
Pour la première fois, en effet, la Grande-Bretagne allait avoir pour auxiliaires contre Napoléon l'opinion publique et le fanatisme religieux, violemment surexcités.
Cependant, quand Wellesley s'embarqua avec les pre-
(1) « On croyait utile d'envoyer quelques mille hommes et de distribuer quelques mille « fusils aux patriotes. .. L'expédition, très-limitée, fut évidemment ordonnée sans idée « bien arrêtée sur le point de savoir où elle devait se rendre et sur ce qu'elle devait faire. » — Comte Grey, p. 78.
(2) Voir la lettre du 15 juillet de lord Castlereagh. — Gdrwoob, t. IV, p. 27.
(3) Dans le courant du mois de juin, Shéridan s'écria en plein parlement : « Jamais cir- « constance plus heureuse et plus opportune ne s'offrit à la Grande-Bretagne pour frapper un •< coup hardi et délivrer le monde. Jusqu'ici Bonaparte a remporté des victoires, parce qu'il « a eu à affaire à des princes sans dignité, à des ministres sans prévoyance, ou à des peuples « sans patriotisme ; Il n'a pas encore appris ce que c'était que de combattre des populations « animées d'un esprit hostile. » Le ministre Canning répondit a cet appel, en promettant l'appui du gouvernement à la cause des insurgés, malgré l'état de guerre qui existait entre l'Espagne et l'Angleterre.— Débats parlementaires de la Grande-Bretagne, t. XI, p. 886, 889.
mières troupes expéditionnaires, le gouvernement et le peuple anglais n'avaient que de fausses idées sur la situation de la Péninsule (1). Ils croyaient ce pays convenablement organisé pour la guerre, ils étaient pleins de confiance dans son enthousiasme, et discutaient les chances de la victoire sans presque tenir compte des immenses ressources dont l'empereur pouvait disposer, grâce à la conclusion de la paix de Tilsit. Les Espagnols, par leur forfanterie, accréditèrent cette erreur, que l'absence de tout concert et de toute unité d'action entre les dépositaires de l'autorité légitime rendait extrêmement dangereuse.
Sans la moindre entente des choses militaires, le cabinet de Londres avait expédié, en pure perte, des sommes énormes aux juntes, aux autorités locales et à une foule d'agents obscurs, dont les rapports ne méritaient aucune confiance. Sur la foi de ces documents inexacts, et peut-être aussi entraîné par le courant de ses passions , il s'imaginait que les armées espagnoles étaient formidables, que les généraux français étaient mécontents et leurs soldats sur le point de se révolter.
La même incurie et la même indécision se firent remarquer lorsqu'il s'agit d'intervenir par la voie des armes dans la Péninsule. Au lieu de concentrer toutes les forces disponibles, et de frapper les esprits par un coup décisif, lord Castlereagh tint les régiments anglais dispersés. Dix mille hommes, sous les ordres du général Moore, avaient été envoyés inutilement en Suède pour soutenir le roi dans sa lutte contre la Russie (2).
(1) Le ministère anglais avait envoyé en Espagne et en Portugal une foule d'agents peu versés dans les choses militaires, souvent peu honorables, dont la principale mission était d'entretenir l'esprit Insurrectionnel et d'observer les mouvements de l'armée française. « Le choix peu judicieux et le nombre de ces agents, dit le colonel Napier, furent cause de bien des maux. Leurs rapports donnaient les notions les plus erronées sur la force relative et sur la situation des armées espagnoles et françaises »
(2) Cette expédition, dont l'utilité et l'opportunité ont été généralement contestées, n'obtint aucun résultat, parce que le roi de Suède refusa ses services.— Voir Alison, t. VI, p. 356.
Gibraltar, avec aussi peu de nécessité, regorgeait de soldats, et la division du général Spencer, sans but déterminé, faisait de continuelles allées et venues entre Ceuta, Lisbonne et Cadix.
A toutes ces difficultés venaient se joindre l'inexpérience de l'année et le manque absolu de confiance de la nation anglaise dans le succès d'une lutte continentale. Malgré les améliorations notables que le duc d'York avait introduites dans la discipline et l'organisation des troupes (i). Plusieurs considérations entretenaient encore la répugnance du ministère à faire figurer l'armée sur le vaste théâtre de la Péninsule. « On doutait, dit Londonderry, que nos généraux pussent entrer en lutte avec les généraux habiles et expérimentés de la France.» — « Nous n'avions jamais entrepris, excepté dans les Indes, une guerre de longue haleine, et encore pensait-on que pour assurer le succès d'une campagne dans cette région lointaine, de grands talents n'étaient pas nécessaires. Ensuite, on jugeait qu'il n'était ni prudent ni juste de jeter au cœur de l'Europe une poignée de troupes qui, éloignées de la mer et privées de toute communication avec l'Angleterre, pouvaient à chaque instant, par la trahison ou l'incurie de notre allié, se trouver compromise. » Les exemples ne manquaient point d'ailleurs pour justifier ces craintes.
Si l'on excepte , en effet , la courte campagne d'Egypte et l'affaire isolée, quoique brillante du Maïda, toute la période depuis 1795 jusqu'au commencement de la guerre de la Péninsule ne présentait aucun fait d'armes digne de l'ancienne renommée de la Grande-Bretagne ; car la conquête de quelques îles des Indes occidentales, la prise de Toulon, presque aussitôt abandonné, les combats livrés en France et au ïexel,
(I) voir Londonderry, 1. 1, p. 4.
même la réduction de Copenhague, ne pouvaient raisonnablement ajouter un nouveau lustre à la réputation militaire de l'Angleterre (1).
L'expédition projetée mit à la voile le 12 juillet, à Cork; elle se composait de 9,000 hommes seulement.
D'après les instructions de lord Castlereagh, Wellesley devait en avoir le commandement effectif (2); mais d'autres instructions, écrites le même jour (3), donnaient au général Spencer le droit de commencer à volonté les opérations du Sud, sans en référer à Wellesley, et autorisaient l'amiral Purvis (4) à entreprendre de ce côté quelque chose que ce fût, et « même à disposer d'une partie des troupes de sir Arthur, lorsqu'il le jugerait convenable. » Il résultait de toutes ces instructions qu'aucun officier de terre ou de mer ne savait exactement quels étaient ses pouvoirs (5).
Rien n'était précisé, et le chef de l'expédition ne se trouvait guère fixé que sur ce point, qu'il devait agir en Portugal et venir en aide à l'insurrection espagnole (ô).
La flottille cependant était à peine en mer, quand lord Castlereagh, par une inconséquence plus grave que toutes les autres, remplaça Wellesley par Dalrymple, et le mit au quatrième rang, dans une armée pour le commandement de
(1) LONDONDERRT, t. I, p. 2.
(2) Ces instructions étaient du 30 juin.
(3) Castlereagh au général Spencer, 28 et 30 juin.
(4) Castlereagh à l'amiral Purvis, 28 juin.
(5) Ceux de Purvis seuls étaient bien définis. Ils lui donnaient de fait le commandement en chef, puisqu'ils lui permettaient de disposer des troupes de Wellesley.
Sans les circonstances qui modifièrent les ordres ultérieurs du ministère, on aurait donc pu voir un amiral à la tète de l'expédition.
(6) « That corps must be employed under your orders, in counteracting the designs of the enemy, and in affording to the Spanish and Portuguese nations every possible aid in throwing of the yokc of France. -"—Castlereagh to lieutenant gênerai Wellesley, ZOlhjune 1808 : j
laquelle il avait reçu, quinze jours auparavant, les instructions les plus étendues (1).
Le général Moore, par suite d'une injustice semblable, fut à la même époque placé sous les ordres de sirHarry Burrard, qui lui était notoirement inférieur en capacité et en expérience militaire. Ainsi deux hommes inconnus, comparativement à Wellesley et à Moore, remplacèrent dans le commandement les seuls généraux anglais dont les talents fussent éprouvés et dignes de confiance.
« Les motifs d'une telle conduite, dit le colonel Napier, ne sont pas si cachés qu'ils puissent échapper à l'investigation ; mais cette tâche n'appartient pas à l'historien ; c'est assez qu'il expose les effets de l'envie, de la trahison, de la ruse et de la bassesse, sans faire remonter le reproche de ces vices jusqu'à ceux qu'ils déshonorent (2). »
Les instructions du ministère, établies sur des prévisions
(1) « Ces instructions, dit Napier, lut conféraient jusqu'au pouvoir de favoriser la création d'un papier monnaie dans la Péninsule. » Nous n'avons pas trouvé la confirmation de ce fait, qui semble au moins douteux.
(2) On a expliqué le remplacement de Wellesley par cette considération, qu'il était peu convenable de donner le commandement d'un corps expéditionnaire, dont la force devait être portée insensiblement à 33,000 hommes, à un lieutenant général, nommé depuis deux mois seulement. Cette raison pourrait être jusqu'à un certain point acceptée, s'il était prouvé que la résolution d'envoyer au secours de la Péninsule tout ce qu'il y avait de troupes disponibles sur le territoire et dans les ports de l'Angleterre, n'avait point été prise â l'époque où Castlereagh proposa à ses collègues et fit nommer sir Arthur Wellesley. Or nous ne croyons pas que cela puisse être soutenu, puisque les instructions du 30 juin prévoyaient le cas où Wellesley serait obligé d'attendre de nouveaux renforts, indépendamment des troupes de Spencer déjà misesà sa disposition. Au reste, quand il s'agit de conférer les hautes fonctions du commandement en chef, ce n'est pas l'officier le plus ancien, mais le plus digne qui doit être désigné. A l'époque où Bonaparte fut mis à la tête de l'armée d'Italie, il était un des plus jeunes généraux et avait sur ses collègues moins de supériorité que Wellesley n'en avait sur Burrard et Dalrymple. Alison attribue la conduite du ministère à son ignorance profonde des choses militaires (t. VI, p. 356); mais Castlereagh n'était pas si simple. Il appréciait Wellesley; sa correspondance le prouve. Lorsqu'il avait besoin d'un avis ou d'un conseil, c'est à sir Arthur et non â Burrard ou à Dalrymple qu'il s'adressait. (Voir entre autres la remarquable lettre écrite par Wellesley, le 5 septembre, en réponse à celle par laquelle le ministre lui demandait son opinion sur l'état de la guerre d'Espagne et sur le résultat probable des opérations ultérieures).
De toutes les explications, la plus satisfaisante est celle du comte Grey, qui prétend (p. 77), qu'à l'époque dont il s'agit, Wellesley était en butte à l'hostilité jalouse et tracassière des )io«eguards (bureaux de la guerre), qui invoquaient contre lui les traditions, jusqu'alors respectées, dans la distribution des commandements européens.
fausses et des renseignements inexacts, étaient en opposition avec les règles de l'art, et, ce qui est plus inconcevable, remplies de contradictions.
Ainsi le 15 juillet, le jour même où Dalrymple fut nommé commandant en chef, Castlereagh écrivait à Wellesley : « Il convient à Sa Majesté que l'attaque sur le Tage soit considérée comme l'objet principal que l'on se propose ; » et il terminait sa lettre en disant : « Si Cadix est sérieusement menacé, c'est à l'officier commandant dans le Tage de détacher, sur la réquisition qui lui en sera faite, une force suffisante pour mettre cette place importante hors d'un danger immédiat, alors même que cela suspendrait pendant quelques temps les opérations sur le Tage. »
L'occupation de Cadix était alors le projet favori du ministère. Il ne comprenait pas que sans cette place on pût songer à défendre la Péninsule. Wellesley heureusement ne fut point de cet avis. Avec son jugement sûr et son coup d'œil si prompt, il avait vu de prime-abord qu'il serait difficile, peutêtre impossible, de créer un établissement solide autour d'une ville où les partis étaient ouvertement hostiles l'un à l'autre, et très-mal disposés pour l'Angleterre.
Il lui semblait donc préférable d'organiser une bonne base d'opération en Portugal, sur le flanc des lignes françaises et dans une situation où la flotte pouvait efficacement venir en aide à l'armée de terre. Nous verrons plus loin avec quel talent cette idée fut réalisée, et comment elle devint la cause principale des succès de la guerre.
Quand Wellesley s'embarqua, l'armée française, portée à 120,000 hommes environ, occupait toutes les places fortes du Portugal et une grande partie de celles de l'Espagne.
L'armée anglaise, vers la même époque, ne s'élevait qu'à 30,000 hommes, disséminés autour de Cadix, sur la côte du Portugal, dans la partie orientale de l'Angleterre et dans la Manche. Cette armée n'avait pas de réserve, et devait agir sur une double ligne d'opérations. Les Français, au contraire, avaient une bonne réserve à Bayonne, un système d'opérations combiné par le plus grand général de l'époque, et une armée forte de 400,000 soldats aguerris, prête à soutenir les troupes de la Péninsule, si les circonstances l'exigeaient.
« Heureusement le plan du ministère anglais ne fut pas suivi par les généraux chargés de l'exécuter. Plusieurs causes se combinèrent pour amener ce résultat : d'abord la catastrophe de Baylen, qui déjoua les grandes combinaisons de l'empereur, ensuite le hasard, qui réunit toutes les divisions éparpillées de l'armée britannique ; enfin la viguenr décisive de sir Arthur Wellesley, qui sut, en mettant de côté de si misérables projets, obtenir tout le succès que les mauvaises dispositions du cabinet pouvaient encore permettre (i). »
Le lendemain de son départ, Wellesley passa à bord du Crocodile et prit les devants pour se concerter avec les juntes et déterminer le point de débarquement des troupes. Il arriva le 20 juillet à la Corogne (2), où il apprit le résultat de la bataille de Rio-Seco, livrée le 14. Voyant la junte consternée par cet échec, il lui offrit immédiatement ses services. On ne pouvait les présenter dans un meilleur moment. Néanmoins la junte les refusa, déclarant quelle n'avait besoin que de secours en argent et en munitions (3).
« Ce refus, dit le comte Toréno (4), venait d'un certain
(1) Napier.
(2) Le marquis de Londonderry prétend que le port de la Corogne fut désigné à Wellesley comme un point favorable pour commencer les opérations.— Voir t. l,p. 114.
(3) Mémoire adressé par Wellesley à la cour d'enquête (convention de Cintra). Londonderry prétend que Wellesley remit à la junte de Galice une somme de 5 millions de francs — Voir 1. 1, p. 119.
(4) t. II, p. 42 et 43.
orgueil national, louable sans doute, mais peu intelligent, en ce qu'il ne se fondait point sur l'expérience. Au reste, les troupes anglaises étaient tombées en discrédit depuis le début de la révolution française, toutes leurs expéditions ayant mal tourné. »
Nous croyons plutôt que les hommes exaltés et violents qui dominaient la junte refusèrent les secours de la Grande- Bretagne parce qu'ils se méfiaient de l'armée d'un gouvernement aristocratique, ou parce qu'ils jugeaient cette armée inutile, à cause de la haute opinion qu'ils avaient de la bravoure et de la solidité des soldats espagnols (1).
Quoi qu'il en soit, dès que Wellesley eut reconnu le mauvais vouloir des autorités asturiennes et galiciennes (2), il n'insista plus et se rendit à Oporto. Là, un colonel du nom de Bowne le mit à même de constater que l'armée portugaise, dont on lui avait fait une description si pompeuse, ne se composait que de 6,500 soldats mal équipés et de 10 à 12,000 paysans sans armes, concentrés sur le Mondégo. A cette première déception succédèrent une foule d'autres mécomptes du même genre. Wellesley ne tarda point à se convaincre que les affaires de la Péninsule étaient dans la plus grande confusion ; que l'armée insurrectionnelle n'avait ni armement ni discipline; que son organisation était détestable; que son effectif était notablement inférieur à ce qu'on le supposait (3), et que ses chefs montraient autant d'ignorance que de présomption.
(1) D'après Londonderry, 1. 1, p. 119, la junte fit observer que l'ennemi était maître des rives du Douro et interceptait toute communication entre la Galice et les provinces du Sud et de l'Est; que, par conséquent, il valait mieux débarquer en Portugal. (Cet avis du reste s'accordait avec les instructions et les vues particulières de Wellesley.
(2) Voir sa lettre du 21 juillet 1808 à lordCastlereagh.
(3) En 1807, d'après les calculs d'Alison , l'armée espagnole, affaiblie par l'envoi de 16,000 bommes sous la Romana dans le Holstein, et de 6,000 hommes dans la Toscane, et par les garnisons des îles Canaries et Baléares, pouvait mettre seulement 70,000 hommes en campagne; et ces troupes, de l'aveu des auteurs espagnols eux-mêmes, étaient encore plus faibles par leur organisation que par leur nombre.
L'enthousiasme aussi était loin de justifier la haute opinion qu'on en avait au delà du détroit. Sans doute il se montraits ous des dehors bruyants dans quelques grandes villes ; mais, dans la plupart des localités, et même dans quelques provinces, il n'en existait pour ainsi dire aucune trace. Pour comble de malheur, l'intervention anglaise, au lieu d'être sympathique aux Espagnols, leur apparaissait comme une humiliation. Les généraux eux-mêmes éprouvaient ce sentiment, bien qu'ils fussent incapables de sauver le pays avec ses propres ressources, et qu'ils eussent approuvé l'appel fait par les juntes au gouvernement de S. M. Britannique. Ainsi Castanos, le plus modéré et le plus capable d'entre eux, s'adressant aux officiers français, après l'affaire de Baylen, leur dit en propres termes : « Que Napoléon n'insiste pas sur une conquête impossible; qu'il ne nous oblige pas à nous jeter dans les bras des Anglais; ils nous sont odieux, et jusqu'ici nous avons repoussé leur secours (i). »
Le Portugal se trouvait dans des conditions plus favorables.
Le projet de partage conçu par l'empereur (2) avait soulevé contre lui le sentiment national, qui fut bientôt surexcité par le système de guerre des Français, par l'arrogance de Junot, et par les exécutions sanglantes auxquelles donnèrent lieu les premiers actes de révolte.
Le sac d'Évora, par le général Loison, produisit une exaspération universelle (3). Néanmoins, l'insurrection portugaise eût été facile à comprimer, si l'arrivée de Wellesley,
(1) Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, t. 11 p. 676.
(2) On sait que, par le traité secret de Fontainebleau, le nord du Portugal était promis à la reine d'Étrurie, le midi au prince de la Paix, et la partie intermédiaire réservée à Napoléon, qui se proposait d'en disposer à sa convenance, après la guerre.
(3) « La ville est saccagée de fond en comble; et nos soldats, las de carnage, font enfin 2,000 à 3,000 prisonniers, restes de 8,000 miliciens ou habitants armés. Cette sanglante exécution assure au général Loison une triste célébrité dans ces contrées. » — Jomini : Fie de Napoléon.
coïncidant avec l'annonce de quelques avantages remportés par les Espagnols, n'était venue raviver à propos toutes les espérances et fortifier tous les courages.
Le maréchal Junot, que ces victoires et notamment l'insurrection de l'Estramadure mettaient dans l'impossibilité de communiquer avec les corps français de la Manche, se trouvait dans une situation des plus difficiles. Son armée, forte de 26,000 hommes (1), s'était affaiblie par de nombreux détachements, et les soldats qui la composaient avaient beaucoup moins d'expérience que ceux des autres corps. Toutes ces considérations, mais plus particulièrement la nature du terrain et la situation avantageuse du Portugal (2), déterminèrent Wellesley à faire choix de ce pays comme base de ses opérations futures (5).
Les premiers renseignements qu'il obtint lui donnèrent la conviction que le projet de descente à l'embouchure du Tage n'était pas réalisable. L'autre projet, mis en avant par le ministère, et qui consistait à débarquer au Sud pour agir de concert avec le général Spencer contre les troupes de Dupont, offrait moins de chances encore, par la raison que Bessières menaçant le nord du Portugal, et Junot occupant Lisbonne sur le flanc de la ligne d'opérations de l'armée anglaise (parallèle à la frontière), eussent compromis cette ligne, ou nécessité la présence d'une armée d'observation sur la Guadiana.
Les Espagnols, au surplus, venaient de refuser, par un
(1) D'après Thiébault, Junot avait, le 15 juillet 1808, 26,533 hommes et 3,274 chevaux.
(2) Par un bon vent, on pouvait en quatre jours se transporter des côtes de l'Angleterre à celles de la Corogne, aux bouches du Douro et du Tage.
(3) Le 26 juillet 1803, il écrivit au général Spencer : « prous ne pouvons rien faire qui soit « plus avantageux aux Espagnols que de prendre possession du Portugal et d'y organiser une « bonne armée. » (Du vaisseau le Crocodile, en dehors du Tage.)
Le 1er août, il proposa à lord Castlereagh la formation d'une armée de 30,000 hommes de troupes portugaises.
Ainsi, dès son arrivée, Wellesley indiqua les mesures qui ont assuré le succès de la guerre de la Péninsule. Son coup d'oeil et son jugement ne furent pas un instant en défaut.
sentiment de défiance exagérée, l'admission des troupes anglaises dans Cadix ; en sorte que Wellesley se fût trouvé, dans le Midi, sans place d'armes et sans bases assurées.
Il devait, par conséquent, chercher un point de débarquement convenable au Nord. Après en avoir délibéré avec l'amiral Cotton, il se prononça pour l'embouchure du Mondégo (1). Spencer reçut l'ordre de se rendre sans délai sur ce point. En attendant, on fit débarquer les troupes anglaises pour les mettre en bon état et rassurer les Portugais, qui s'étaient un peu alarmés de les voir rester si longtemps à bord (2).
Mais au moment d'exécuter ce dessein, Wellesley reçut la lettre du 15 juillet, par laquelle lord Castlereagh lui annonçait l'arrivée de renforts et la nomination de Dalrymple au commandement en chef. Cette nouvelle l'affligea, mais ne ralentit point son zèle ni son dévouement :
« Que je commande ou que je ne commande pas l'expédi- « tion, » écrivit-il au ministre, « je ferai de mon mieux pour « qu'elle réussisse. Le gouvernement décidera ensuite de « quelle manière il convient de m'employer, soit ici, soit « ailleurs. »
Sir Arthur ignorait encore en ce moment l'affaire de Baylen, qui lui fut annoncée tandis qu'il faisait ses préparatifs de descente. Appréciant avec son ordinaire sagacité toutes les conséquences de ce triomphe inattendu, il n'hésita point à ouvrir la campagne sans attendre Spencer, ni les 15,000 hommes que devaient amener les généraux Moore, Ackland et Anstruther (3). Cette détermination indique la
(1) Les raisons â l'appui de ce choix se trouvent Indiquées dans «ne Icltrc du l» août a lord Castlereagh.
(2) Mémoire de sir Arthur Wellesley à la cour d'enquête.
(3) Moore devait lui amener 10,000 hommes qui, à leur retour de la Baltique, étaient allés se reposer un peu en Angleterre. Les 5,000 hommes d'Ackland etd'Anstruther se trouvaient à Harwlch et â Ramsgale.
Il faut noter que, par sa lettre du 15 juillet, Castlereagh avait autorisé Wellesley à agir
froide et décisive fermeté de son caractère : car si d'un côté il était certain que la défaite de Dupont empêcherait Bessières d'entrer en Portugal (1); d'un autre coté, ses informations lui faisaient croire que Junot avait 16 ou 18,000 hommes (2), et ce chiffre, quoique au-dessous de la vérité, était suffisant pour faire réfléchir le général le plus hardi. 11 s'agissait en effet pour sir Arthur de débarquer avec 9,000 hommes, n'ayant aucune certitude que sa flotte pourrait rester un seul jour dans ces parages dangereux; très-certain, en revanche, qu'un autre chef allait profiter de ses succès, s'il en obtenait, et qu'un seul revers le perdrait dans l'esprit des Anglais, toujours disposés à se moquer de l'habileté d'un ancien général de l'armée des Indes (3).
L'opération du débarquement fut longue et difficile : commencée le 1er août, elle dura jusqu'au 5. Par un hasard vraiment extraordinaire, Spencer, qui n'avait pas reçu la dépêche de Wellesley, arriva le 3. Ce renfort porta l'effectif à 12,300 hommes(4). Cependant le général en chef ne tarda point à voir qu'il devait peu compter sur l'appui de l'insurrection, et cette circonstance, autant que la faiblesse numérique de la
comme il le jugerait convenable, aussi longtemps que Dalrymple et Burrard ne seraient pas arrives.
(1) Mémoire de sir jrlhur Wellesley à la cour d'enquête.
(2) Wellesley dit, dans son Mémoire à la cour d'enquêle, que ses informations portaient à 14 ou 15,000 hommes seulement l'effectif des troupes que Junot pouvait mettre en plaine. Mais dans ses lettres écrites, au moment du débarquement, il porte cet effectif à 16 ou 18,000 hommes.
(3) « La résolution de combattre immédiatement, dit M. Thiers, était parfaitement sage et dénotait chez le général anglais les qualités que sa carrière révéla bientôt : le bon sens et la fermeté, les premières de toutes, après le génie. »
Le générai Jomini approuve également cette résolution. « Le calcul de Wellesley, ditil, était juste; car Junot, forcé de contenir la population entière de Lisbonne, de défendre les forts et les batteries de cette ville et du port, et de garder les Espagnols désarmés, ne pouvait lui opposer que 10 à 12,000 hommes ; encore fallait-il attendre pour cela l'arrivée de Loison, qui venait d'Evor». »
Nous ferons observer cependant que la plupart de ces circonstances n'étaient pas connues de Wellesley, et ne pouvaient l'être ; de sorte qu'il y a dans sa résolution pour le moins autant de hardiesse que de calcul.
(4) Spencer avait, officiers compris, 4,793 hommes, et Wellesley, 9,280 hommes ; cette petite armée ne comptait que 200 chevaux et 18 pièces d'artillerie, d'après Gurwood.
Londonderry estime les forces anglaises a 13,000 hommes d'infanterie et 200 chevaux.
cavalerie anglaise, l'obligea à concerter ses mouvements avec beaucoup de circonspection. Il avait besoin d'ailleurs, avant de se mettre en route, de faire une remonte considérable et de réunir des moyens de transport suffisants pour ses bagages, ses munitions, etc.
Or, comme l'administration militaire était livrée à des fonctionnaires incapables et sans aucune expérience (1), il ne put, malgré toute son activité, partir que le 8 (2) ; c'est donc bien à tort que le général ïhiébault lui reproche d'avoir, par sa lenteur, permis aux troupes françaises de se concentrer et de rétablir les chances de la lutte.
Junot, en apprenant l'arrivée des Anglais, envoya Laborde avec cinq mille baïonnettes, 500 chevaux et 5 pièces d'artillerie (3) pour les observer et couvrir la marche de Loison, qui avait ordre de le rejoindre à Leyria. Ce point de concentration était trop rapproché (4) : Wellesley y arriva assez tôt pour couper la ligne de communication entre les deux corps, faire perdre à Loison plusieurs marches forcées, et obliger Laborde à risquer un combat avec des forces inégales. A Leyria se trouvait don Bernardin Freire avec 5 à 6,000 Portugais. Il était tout naturel de supposer que cette force se joindrait avec empressement à l'armée britannique. Il n'en fut rien cependant. Freire désirait que sir Arthur abandonnât la côte, et s'avançât au cœur du Beira pour ou-
(1) « Les gens qui administrent, écrivait Wellesley à lord Castlereagh le 8 août, sont ■ incapables d'administrer autre chose que des comptoirs de négociants. » Dans sa lettre du 5 septembre, il dit : « qu'avec de pareils employés, l'armée eût-elle des vivres en abondance, mourrait de faim. (Even if plenty could be expected to exist, we should starve in the midst ofit for want of due arrangement).
(2) L'avanl-garde seule se mit en route ce jour-là ; le gros de l'armée ne partit que le 10, â la demande des officiers portugais et dans l'intérêt de leurs troupes, qui manquaient de tout. {Mémoire à la cour d'enquête.) \
(3) D'après Jones, Thicrs et Jomlni, Laborde n'avait que 3,000 fantassins, d'après Thibeaudeau, 3,500; d'après Belmas, 2,200. L'évaluation de Foy est un peu inférieure à 3,000. riapier, Sherer et Toréno estiment les forces de Laborde à 5,000 hommes, Sarrazin à 6,000 hommes, et Wellesley â 6,000 hommes au moins. Thiébault et les auteurs des Victoires et conquêtes ne l'évaluent qu'à 1,900; mais ces derniers sont évidemment dans l'erreur.
(4) Il aurait fallu choisir Santarem.
vrir une campagne offensive. Il lui offrait, s'il voulait suivre ce plan, une abondante fourniture de vivres; mais le général anglais refusa de changer sa ligne d'opération, parce qu'il lui semblait dangereux de s'éloigner trop de la flotte (1). En conséquence, Freire déclara qu'il n'avancerait que si le commissariat anglais voulait s'engager à nourrir ses troupes durant toute la campagne (2). Wellesley se trouva dans l'impossibilité d'accepter cette proposition, d'autant plus ridicule, que le général portugais s'était déjà emparé des vivres réunis pour l'armée anglaise par les soins de l'évêque d'Oporto (3). Ayant prié Freire de lui assurer son appui à des conditions acceptables, celui-ci, pour toute réponse, fit savoir qu'il allait se retirer sur la ligne du Tage et agir d'après ses propres inspirations. La jalousie ou la défiance pouvaient seules expliquer une semblable conduite (4). Cependant, après bien des pourparlers, sir Arthur obtint du général portugais qu'il mît à sa disposition 1,400 fantassins et 250 hommes de cavalerie, et qu'il laissât jusqu'au 22 le restant de ses troupes sur les derrières de l'armée; Wellesley, de son côté, dut prendre l'engagement de nourrir, aussi longtemps qu'il en aurait besoin, les 1,650 hommes placés sous ses ordres.
Laborde, vigoureusement pressé par l'armée anglaise, fut obligé de s'arrêter le 16 à Rorissa (ou Roliça), parce qu'il eût perdu sa communication avec Loison, en continuant sa retraite sur Torrès-Vedras et découvert Lisbonne, en mar-
(1) Sherkr, t. 1, p. 108.
(2) A lord Castlereagh, 16 août 1808.
(3) Cet évêque avait formellement promis à Wellesley de nourrir ses troupes.
(4) « Je crois ne pouvoir attribuer sa persistance qu'à la crainte que nous ne fussions pas « en force suffisante contre l'ennemi. >> {Mémoire de Jfellesief à la cour d'enquête.) Siifkfr, t. I, p. 110, explique ainsi la conduite de Freire :
« Si les Anglais étaient battus comme il croyait qu'ils le pouvaient être, Freire ne se serait point compromis et aurait fait des conditions pour lui-même. S'ils remportaient, Il pouvait, en restant indépendant de l'armée anglaise, soutenir plus efficacement les vues de la junte d'Oporto, qui visait à l'autorité suprême. »
chant sur Alcoentre, d'où les secours devaient arriver. Sa position était forte d'ailleurs et il pouvait espérer d'y être rejoint pendant le combat par les 5 à 6,000 hommes que son collègue amenait de Rio-Mayor (î). Wellesley quitta ses bivacs le 1 7 au point du jour avec 13,480 baïonnettes, 470 chevaux et 18 pièces de canon (2). Ces troupes avancèrent en ordre de bataille sur trois colonnes : la colonne de droite, composée de 1,200 hommes d'infanterie portugaise et de 50 chevaux, devait faire un long circuit dans les montagnes pour tourner la gauche de l'ennemi et tomber précipitamment sur ses derrières; celle de gauche, formée des brigades Bowes et Fergusson, de 3 compagnies de voltigeurs, d'une brigade d'artillerie légère et de 40 chevaux, avait l'ordre de franchir les collines d'Obidos pour chasser tous les postes qui se trouvaient de ce côté de la vallée et tourner la droite de l'ennemi, appuyée à Rorissa ; elle était en outre chargée de surveiller les mouvements de Loison, dont on avait appris l'arrivée à Rio-Mayor depuis la veille, de combattre ce général en cas d'apparition, et avant qu'il pût communiquer avec Laborde. La colonne du centre , composée des brigades Hill , Oawfurd , Nightengale et Fane , avec 400 hommes d'infanterie légère portugaise, le reste de la cavalerie et deux batteries de 6 et de 9, fut destinée à l'attaque principale (3).
A peine les troupes du centre eurent-elles fait replier les tirailleurs français qu'on vit la brigade Fergusson descendre des collines et chercher à gagner la ligne de retraite de l'ennemi. Mais le général Laborde n'était pas assez imprudent pour se laisser couper de la sorte. Les postes qui couvraient sa position de la plaine ayant été emportés, il se
(1) Loison était parti le 15 de Sanlarem avec 4,800 baïonnettes, 40 chevaux et 6 canons. — Voir Sherer, t. I, p. 112.
(2) Dans cet effectif étaient compris les 1,650 hommes du corps deFreire.
(3) Voir LONDONDERRV, t. I, p. 112.
retira, en défendant le terrain pied à pied, dans une nouvelle et plus forte position, sur les hauteurs de Colombara. Wellesley, au lieu de le déloger de cette position en faisant tourner sa gauche, commit la faute de l'attaquer de front sur un point d'où l'on ne pouvait approcher que par des sentiers étroits, bordant et traversant de profonds ravins. Cette circonstance prolongea inutilement le combat et le rendit meurtrier. Laborde, assailli par cinq colonnes à la fois, se comporta vaillamment ; il n'ordonna la retraite sur Montechique que lorsque sa droite fut complètement tournée. Quoique blessé au cou dès le commencement de l'affaire, il ne quitta point le commandement. La lutte avait duré depuis 9 heures du matin jusqu'à 5 heures du soir, et le général français avait changé de position sept fois (î). Il laissa 5 canons et 600 blessés et tués sur le champ de bataille (2) : ses pertes eussent été bien plus considérables si Wellesley avait possédé assez de cavalerie pour charger les colonnes dans leur mouvement rétrograde. Les Anglais comptèrent environ 500 hommes hors de combat (3). Ils n'avaient engagé qu'une partie de leurs forces (4), ce qui témoigne honorablement en faveur de la bravoure et de la solidité de leurs troupes. « La victoire de Rorissa, dit le comte Toréno, leur rendit une confiance bien altérée par de précédentes et funestes expéditions. Ce fut là que prit naissance la renommée de sir Arthur Wellesley, qu'augmentèrent depuis des triomphes plus importants (5). »
(1) Thiébault.
(2) Évaluation de Napier et des auteurs des Victoires et conquêtes. D'après Londonderry, laborde eut 1,000 hommes hors de combat ou faits prisonniers.
(3) M. Thiers et les auteurs des Victoires et conquêtes sont dans l'erreur en estimant le chiffre des pertes à un minimum de 1,200 hommes; le général Thiébault commet une double exagération en portant l'efTectif des forces de Wellesley à 15 ou 18,000 hommes, et celui des pertes a 2,000; d'après les états officiels, ce dernier chiffre n'est que de 479 hommes; savoir : 70 tués, 335 blessés et 74 manquants.
(4) 4,000 hommes, d'après Napier.
(5) T. Il, p. 47.
Le colonel Napier pense qu'après cette victoire, le général anglais aurait pu marcher au-devant de Loison, l'écraser, l'acculer au Tage et atteindre le but de l'expédition, sans livrer une nouvelle bataille avec des forces inégales ; mais nous ne pouvons admettre cette opinion , attendu que Laborde et Loison se réunirent la nuit même du combat et marchèrent ensemble dans la direction du Montechique (1).
Cependant si Wellesley s'était avancé le 18 de grand matin sur Torrès-Vedras , il aurait pu empêcher l'arrivée du restant des troupes françaises, et obtenir ainsi le résultat que devait seulement lui assurer le gain de la bataille de Vimeiro. Il eut au reste le projet d'exécuter ce mouvement, et déjà même les ordres étaient donnés quand il reçut avis de l'arrivée des troupes du général Anstruther. Jugeant d'après ce qui s'était passé à Rorissa que l'appui de ces troupes n'était pas à dédaigner, il marcha le 18 sur Lourinha pour être à en mesure de protéger leur débarquement.
Le lendemain toutes ses forces réunies se trouvèrent à Vimeiro; dans le courant de la même journée, l'armée entière de Junot, forte de 12,700 fantassins, de 1,300 cavaliers et de 26 canons (2), prit position à Torrès-Vedras (0). Wellesley avait en ce moment 16,000 baïonnettes (4), 240 chevaux et 18 pièces de campagne (non compris les 1,400 fantassins et les 240 chevaux portugais). Son plan était de porter les premiers coups à l'ennemi, de le poursuivre de façon à l'empêcher de se rallier et de marcher ensuite sur
(1) Mémoire à la cour d'enquête.
(2) Junot, avec 3 bataillons, un régiment de cavalerie et 10 canons, avait quitté Lisbonne le 16, et était arrivé à Torrès-Vedras le 18, jour même du départ de Wellesley pour Lourinha ; le lendemain, il fut rejoint par Laborde, et le 20, par la réserve.
(3) Chiffres donnés par un état de situation trouvé sur le champ de bataille. Thiébault porte celle armée à 12,000 hommes ; Jomini a 11,500 ; Thiers à 9,000 ; les Victoires et conquêtes à 9,200; le général Sarrazin à 14,000, et Wellesley à 15,000. (Mémoire à la cour d'enquête.)
(4) Ce chiffre comprend la brigade d'Ackland, arrivée le 20 dans la baie de Maccira.
Lisbonne, tandis que Moore, débarquant au Mondégo, se porterait sur Santarem, pour protéger la gauche de l'armée anglaise, bloquer la ligne du Tage et menacer les communications des Français avec Elvas (1).
Cette double ligne d'opérations offrait moins de difficulté qu'une ligne simple et n'assurait à Junot, malgré sa position intermédiaire, aucun des avantages qui font rejeter en général l'emploi de ces sortes de lignes (2). Pour donnera ce plan un commencement d'exécution, sir Arthur se proposait de tourner, par une marche accélérée, la forte position de Junot (en suivant le chemin qui se trouve entre la côte et Torrès- Vedras), et de gagner Mafra avec une solide avant-garde, pendant que le gros de l'armée, en s'emparant des hauteurs les plus avantageuses à proximité de cette ville, intercepterait la communication des Français sur Montechique. Outre les avantages stratégiques assurés à cette opération, Wellesley pensait qu'il avait tout à gagner à prendre les chemins des montagnes, son armée étant en quelque sorte privée de cavalerie.
Déjà ses principales dispositions étaient prises, quand Harry Burrard arrivant dans la rade de Maceira, lui donna, à bord de son vaisseau, l'ordre d'attendre le corps de John Moore, qu'il avait dirigé sur cette rade (3).
En vain sir Arthur fît observer que ce renfort était inutile, que toutes les chances étaient pour l'armée anglaise, et qu'il valait mieux attaquer immédiatement que d'être attaqué le lendemain; Burrard ne voulut rien changer à son ordre,
(1) Wellesley pensait qu'après la bataille, l'ennemi chercherait à se retirer au delà du Tage, à Elvas, ou le long de la rive droite du Tage par Santarem et Almeida. C'était en effet le projet arrêts en conseil. Si donc John Moore s'était porté sur Santarem, il aurait pu couperla retraite a l'ennemi dans l'une ou dans l'autre de ces directions.
(2) Le colonel Napierindique parfaitement les faits et les circonstances qui justifient cette exception à la règle. — Voir t. I,liv. II, chap. VI.
13) Voir Maxwell, 1. 1, p. 325; Stocqueler, 1. 1, p. 42, et lonbonderry, 1. 1, p. 141.
\T DE RORISSA.
pz. ///
(kave par J Claes
iù'ons, C trois? ''position , D coZonne de ^Fèrausson , E 7>yr(/<i(7e Fane, briaacle. (hrm/iu-d /en réserve / I cïflonne eu' Tè-ant .