TROISIÈME QUART
De raidi à quatre heures du soir.
Le soleil s^approche du méridien ; et malgré les feux que ses rayons perpendiculaires versent sur nos têtes, le pont du navire offre un mouvement inaccoutumé aux autres heures de la journée. Les officiers» armés chacun d'un sextant, cherchent à prendre la hauteur méridienne.
Le capitaine, sans discontinuer son d)servation, s'adressa ainsi au second du navire, vieux marin qui avait plus vécu de la vie de matelot que de celle d'officier :
— Monsieur John, le quantième, s'il vous plaît?
— Le 20 de mars, jour astronomique» à midi, capitaine.
— Pas encore... il s'en maqque de quatre minutes de mon vernier. Voilà.... Mais^ diable! que faites-vous, monsieur John? nous sommes dans l'hémisphère nord, et vous prenez la hauteur méridienne vers le pôle nord?
— Pas possible!
— Voyez plutôt le compas.
— Par saint Georges! c'est vrai. Mais!...
— Quoi donc?
— J'y perds ma rhétorique î Je suis bien cette fois tourné au.sud... je.tourne, ou le ciel tourne ! L'un des deux tourne, mille tonnerres!
— Quoi^ un prodige?
— Un sort! dit entre ses dents le vieux marin exaspéré; un tour de maudite femme ! Âh, gare dessous ! madame }ofan .
— Qu'avez- vous donc à démêler ainsi avec vous-même? Calmez-vous, mon brave !
— Figurez-vous, capitaine, que j'ai beau tourner sur mes talons, comme le compas de l'habitacle sur son pivot, que je trouve par tout 90<* pour hauteur méridienne !
— Eh bien, donnez-nous la latitude que vous donne cette hauteur.
— Vous me glosez, capitaine. Gomment puis-je retirer une latitude d'une hauteur si ridicule?
— Monsieur John, vous n'avez donc jamais navigué dans les eaux de l'empire du Tropique? Gare le baptême !
— Est-ce que nous sommes sous la ligne?
— Vous avez encore besoin d'étudier votre Hydrographie. Lorsque le 20 mars on trouve la hauteur du soleil de 90% on assiste au splendide passage de Pastre radieux sur PËquateur. En ce moment notre navire fait comme le soleil; la seule différence est que nous passons dans l'hémisphère sud, lorsque lui s'avance vers le pôle nord. Nous nous croisons sur la Toute. »
Un des furets du bord, un mousse, écoutait malicieusement la mésaventure du second. Ayant appris la joyeuse nouvelle que nous touchions la ligne équatoriale^ il courut en avertir l'avant; et bientôt se formèrent sur le pont des groupes de matelots > chuchotant entr'eux d'un air mystérieux, ainsi que des conspirateurs. Ce qui nous fit présumer qu'ils méditaient déjà la cérémonie du baptême, lequel, dans les us et coutumes, devait être sanctifié le lendemain, au lever du blond Phébus.
UtTDIMEJVTS ASTRONOMIQUES. 137
— le crois que nousjaurons demain de la comédie, dis-je . au capitaine/ • ,
—Oui ; nojis avons là des gaillards qui me paraissent ne il . pas vouloir encore laisser perdre les antiques traditions^
— Les bonnes choses ne se perdent pas ainsi* Des cérémonies symboliques de l'antique philosophie payenne, que nous est-il resté? les joyeuses fêtes du carnaval, saturnales que tous les peuples célèbrent encore avec empressement, sans se douter le moins du monde du sel mystique de leur origine. »
Le capitaine me quitta pour aller régler le point. Puis, après avoir donné quelques ordres à Pentrepont, il revint vers moi.
— Maintenant, à nous deux, moderne Newton, me dit-il; détaillez-moi votre nouvelle mécanique du ciel.
— Le moment n'est guère propice à ma verve. Ce soleil la tue. •
— En nous plaçant derrière la brigantine, nous recevrons le petit vent frais qui traverse la voile. Cette prévoyance annulera pour nous l'ardeur du soleil. »
Efifectivement, nous pouvions braver dans cette position les feux de cet astre au zénith; et nous nous trouvions fort à l'aise sous cet abri improvisé* Ce qui m'engagea à recom* mencer nos discussions astronomiques. Je commençai ainsi :
— Avec vous, dis-je au capitaine, je n'ai pas besoin d'entrer dans de grands préliminaires; des faits seuls vous suffi-
"^sent. Je rentre à l'instant en matière.
> Vous devez vous rappeler que dans le premier quart je me suis largement complu à vous persuader que chaque corps solide, quel qu'il soit, est pourvu d'une atmosphère à lui propre et inaliénable ; car elle est constituée d'éléments qui , jadis combinés avec le solide planétaire, donnaient à ce dernier son primitif état de fluidité. Cette atmosphère est inaliénable, c'est-à-dire ne peut être détournée ou enlevée de la planète ; car elle est adhérente à sa surface par l'invincible puissance de l'affinité de ses constituants pour chacune des
molécules solides. Il n'existe pas dans la nature un pouvoir qui puisse, même momentanément, lui en dérober un atome.
> Nous sommes convenus de voir dans le principe de toute combinaison et de toute affinité, dans Toxygëne enfin, l'élément attracteur, celui de la solidification, et ainsi l'antagoniste d'effets pour le calorique. Donc, là où il y a attraction, là il y a de l'oxygène, soit dans le corps solide, soit dans son atmosphère. Les atmosphères des corps solides étant des composés, contiennent de l'oxygène ; donc, tous les globles célestes étant des solides^ possèdent des atmosphères, et ces atmosphères recèlent d'autant plus d'oxygène que leurs masses sont, non-seulement plus grandes, mais encore plus condensées : car un corps en se condensant, ne fait que pressurer l'oxygène de ses pores; comme cet oxygène, lequel ne peut jamais rester à nu, absorbe du calorique, il adhère, dans cette combinaison avec le calorique, sur la surface du corps qu'il quitte, et vient augmenter la masse de son atmosphère.
» Cette atmosphère est donc d'autant plus profonde que la masse du corps qui la constitue est plus grande, et que sa densité est plus forte. Les atmosphères planétaires sont adhérentes à leurs planètes par cela, l"" que l'oxygène de la combinaison atmosphérique ne peut employer, dans son union avec le calorique, toute la capacité d'appétence qu'il a pour les corps, puisqu'il lui en reste encore une valeur assez puissante pour qu'il retienne toute l'atmosphère planétaire avec une force invincible d'adhérence à la surface du globe planétaire.
— Mais qui vous prouve que l'union de l'oxygène et du calorique laisse ainsi inoccupée une partie de la capacité de l'oxygène?
— La propriété élastique et répulsive du calorique faisant que les molécules de cet élément se repoussent Tune et l'autre» l'oxygène, en se combinant avec le calorique, ne peut jamais, en raison même de sa grande appétence pour cet élément de la fluidité, s'en charger autant qu'il pourrait te faire; car les premières molécules de calorique qui se com-
RUDIMENTS ASTRONOxMIQUES. 139
iMnent avec l'oxygène, repoussent par leur élasticité les secondes que Toxygëne attire, et elles ne permettent jamais que celles-ci puissent s'unir avec Foxygène, quoiqu'il ait encore pour elles une très-grande capacité; aussi l'union de l'oxygène avec le calorique ne £Bdt-elle toujours qu'une combinaison fluide.
> Ainsi, il reste à l'oxygène des atmosphères planétaires, quoiqu'il soit en combinaison avec le calorique, une partie de sa puissance d'affinité et de capacité pour tous les corps de la nature. Et, je vous le répète, c'est à cette cause qu'il faut attribuer la puissance d'adhérence des atmosphères à la surface des planètes. Mais, en raison de la solidité ou densité de ces globes, leurs surfaces se laissent faiblement pénétrer par cet oxygène fluide. Il reste donc, dans les atmosphères planétaires, une masse énorme d'oxygène dans un état éternel d'appétence > d'amour de combinaison qui ne peut jamais être satisfait.
1 Cette quantité d'oxygène en demi-combinaison avec le calorique se presse, autant que l'élasticité du calorique le lui
permet, en masse vers la surface des planètes; mais cette masse gazeuse ne peut pas être chez les corps célestes d'une densité partout égale; car ces corps sont sphériques. La masse d'oxygène atmosphérique se trouve dans un espace qui va en s'élargissant à mesure qu'on s'élève de la surface. En conséquence, la quantité d'oxygène que contient l'atmosphère d'une planète diminue de la surface vers le firmament; car, à deux distances, la profondeur de l'atmosphère est double de ce qu'elle est à une seule distance, et son aire est quadruple. Donc, sur une profondeur donnée l'oxygène y est quatre fois aussi rare. Or, comme l'oxygène est l'élément unique de l'attraction et que sa puissance attractive est proportionnelle à sa quantité, l'attraction d'un globe céleste s'affaiblit dans son atmosphère en raison du carré de la distance.
— Vous me donnez là une cause un peu cavalière de l'attraction planétaire.
— Si vous pouvez la remplacer par une meilleure, je me soumettrai avec plaisir. Je crois qu'elle renferme en elle
quelque chose de vrai, car elle se plie à toutes les exigences de la critique. Elle démontre, non-seulement que Fattraction entre deux sphères est propagée par le milieu qui les sépare, mais elle explique comment cette attraction se fait. Effectivement, puisque les atmosphères des sphères enveloppent celles-ci et adhèrent à leurs surfaces avec une puissance d'affinité et d'appétence qu'elles ne peuvent jamais satisfaire, ces atmosphères ne peuvent pas être sans puissance et sans action sur les globes circonvoisins. La seule différence qu'il y a de l'attraction d'une atmosphère pour son prcqire noyau et de celle qu'elle a pour celui d'un globe voisin, c'est qu'elle est à son maximum pour le premier, et à son minimum pour le second.
> Primitivement, tout fut à l'état fluide. Nos savants s'accordent à le dire; car tout leur prouve qu'il en fut ainsi. Or, si tout ce qui est matière fut fluide dès le principe, les corps solides ne sont donc que des dépôts, des ségrégations d'éléments solidifiables d'avec le calorique ; et ce dernier, s'unissant aussitôt avec de Poxygène, forma ainsi des atmosphères dès que les dépôts commencèrent. La profondeur de ces atmosphères augmentait donc comme augmentait la masse de chaque dépôt; et elles comblaient dans l'espace le lieu que tenaient les substances déposées et solidifiées lorsqu'elles étaient fluides. Une planète avec son atmosphère occupe ainsi autant de place dans le firmament que tous ses composés en occupaient primitivement lorsqu'ils étaient à l'état fluide, et qu'ils occuperaient encore s'ils y revenaient* Ce travail de la solidification de la matière créatrice, que je nommerai enfantement des mondes, ne put se faire dans un milieu miraculeusement agité de l'ouest à l'est, comme le veulent les cartésiens, mais bien au sein d'un calme parfait d'un milieu paisible ; car ces mondes ne sont que des dépôts, et il n'y a pas de dépôt possible dans un milieu éternellement agité avec une violence extrême.
— Je prévois, d'après cette péroraison, que si réellement vous n'êtes pas sous l'empire de quelque égarement d'esprit, je serai forcé, moi qui ai toujours fait de la science astrono-
mique mon étude de prédilection, d'avouer que je ne suis
qu'un ignorant. Mais, mon cher, vous sapez les bases de la scîen^ astronomique actuelle ! De nos plus grands génies> à
peine voulez-vous en faire des écoliers !... Félicitez -vous
d'être né dans ce siècle de liberté de conscience.
— La vérité ne craint pas les préjugés du siècle : lorsqu'elle parle, les passions se taisent. Si, d'une main saintement sacrilège» je renverse le vain piédestal de la science des écoles anciennes, c'est que je sens que cette main a la puissance d'en établir un nouveau plus vaste et moins fragile.
— Voilà bien de l'orgueil !
— Moins que vous le croyez. J'ai à la tête de quoi faire, dans le monde de la science, un tapage infernal; et si je voulais, maniant l'emphase doctoriale, monter sur les tréteaux académiques, il y aurait plus d'un sot qui se laisserait prendre au brillant de ce nouveau marqvis de Clinquant. Mais je suis œllement convaincu que mes pensées doivent appartenir également à tous les hommes, ces frères dans l'intelligence, que je les donne à qui veut les ramasser. Tenez, je veux ici vous démontrer tout le mécanisme céleste !
— Vous m'en voulez donc bien pour vouloir, par distraction, me tirailler encore l'esprit par des A — B-|-CxD=E !
— Ne vous effrayez pas ainsi! Je ne veux pas vous traîner à ma remorque dans le labyrinthe algébrique des Laplace et compagnie. Non ; Dieu ne fait pas de l'intelligence de ses œuvres une chose aride que quelques génies privilégiés pourraient seuls comprendre, mais une chose dont l'explication ne se refuse pas au plus commun des hommes.
— Sur cette garantie, je vous écoute.
— Pour obtenir le preniier mouvement des sphères, Descartes fait tournoyer la matière dans d'innombrables tourbillons de l'ouest à l'est ; et, au milieu de cette tourmente générale et des plus miraculeuses, il prétendit que se produisirent d'innombrables autres miracles. Buffon s'y prit plus maladroitement encore. Sans pouvoir donner une raison satisfaisante à la formation du soleil et des comètes (car il faut
toujours remonter à la source des choses >, il fait Tenir une énorme comète, qui, en passant près du soleil, astre*qu'il pr'ésume être, ce qu'il est loin d'être, un vaste globe lifuide, lui fait faire dans l'espace, soit par un coup de queue ou un coup de tête, de vastes éclaboussures, qui fort heureusement devinrent nos planètes. Ainsi, ce ne serait qu'à un pur hasard, à l'insolence d'un flibustier du firmament , que nous devrions, nous et nos mondes planétaires, l'honneur d'exister. Buffon n'aurait pas commis cette bévue s'il eût été religieux.
» Newton fut de tous les inventeurs de systèmes le moins ridicule. Ne pouvant trouver une cause satisEaisante aux premiers mouvements des sphères, il avoua ingénument son impuissance, non pas qu'il attribua cette impuissance à son génie propre (l'homme ne fait jamais de ces aveux), mais bien à celui de l'espèce humaine. Il prétendit que cette découverte était au-dessus de l'intelligence de l'homme : c'était se retirer adroitement d'embarras. Cependant il finit par se has2^pder à faire du premier mouvement un miracle, qui a réellejnent en lui un merveilleux pittoresque : il nous représente, à la création. Dieu lançant de sa main dans l'espace les globes du firmament avec toute la puissance de projection d'une force divine. De cette projection miraculeuse, de concert avec Pattraction, Newton fit sortir la marche orbiculaire.
» Malheureusement il fallait dans ce système un second miracle pour faire accepter le premier; il fallait que les globes, ainsi lancés, ne pussent plus s'arrêter. La chose n'était pas facile à expliquer, à moins de croire que Dieu ra* nime de temps à autre, par une nouvelle impulsion, les retardataires. Ce serait donner à Dieu une singulière occupation, laquelle accuserait, en outre, une faiblesse d'intelligence dans la conception de sa grande œuvre, la création.
» Cependant, où trouver la cause du mouvement étemel des sphères? Les milieux, quelques faibles qu'ils soient, offrent toujours une résistance aux corps qui se meuvent en eux, et toujours finissent par les arrêter. Si l'espace dans lequel nagent les sphères du firmament est un milieu, et par conséquent un corps résistant, depuis qu'elles ont reçu leur
mouvement de projection, les sphères se seraient insensiblement arrêtées. Gomme il est loin d'en être ainsi, et que leur mouvement reçoit, au contraire, une accélération. Newton crut encore se retirer d'embarras en disant que ce milieu résistant n'existait pas. Ainsi, ces champs immenses de l'infini seraient un vide ou néant au sein de la création. A cette hypothèse se rattache encore une insuffisance complète; car elle est incapable de donner la moindre notion de la route par laquelle Dieu fit marcher la création. Il en est de même de tons les autres systèmes.
» Rendons à l'espace la vie et la puissance; ne croyons pas que Dieu ait fait de ces plaines immenses une chose inutile, où règne, ce qui ne peut exister dans la création, le néant. Oui, ces espaces énormes qui séparent entre elles les sphères du firinament, ont leur utilité, leur puissance que le créateur leur imposa dès le principe. Je dirai plus : ils sont la causé unique des mouvements planétaires : je le prouverai.
— Parbleu ! je suis curieux de le voir.
— En faisant du firmament un plein gazeux constitué par l'entrelacement de chacune des atmosphères si profondes des globes, ce plein fluide est un composé pour le moins de deux éléments : l'un est le principe attracteur, que nous sommes convenus être l'oxygène, principe de toute combinaison ; et l'autre est le calorique^ principe de la fluidité, de la d^union, delà répulsion, de l'élasticité enfin. Le milieu qui sépare une planète du soleil porte en lui à la fois le principe attracteur et celui de la répulsion ; et la répubion est proportionnelle à la masse déplacée du milieu.
» Or, la valeur de cette masse dépend^ 1* de la densité du milieu ; 2* du volume qu'il en faut déplacer. Donc, plus cette densité et ce volume sont grands, plus la résistance du milieu est considérable. Mais ce volume qui doit être déplacé se mesure par la surface antérieure du globe qui se meut en lui, et par la vitesse de ce dernier, vitesse que mesure la force attractive de la planète sur le soleil, force qui diminue, ainsi que vous le savez, comme le carré de la distance augmente.
— Voilà déjà quelques principe». Vous ne travaillez pas entièremept dans Tidéal.
— Tant mieux que je vous inspire déjà quelque confiance ; car ce que je vais avancer est réellement une nouvelle et étrange chose parmi les connaissances actuelles de la science astronomique. Je n'entrerai pas dans les détails de la formation progressive des globes du firmament; cela serait trop long et assez inutile. Je vous dirai seulement que ces globes ne purent se former qu'isolément, chacun dans son coin, à part dans l'infini, et ainsi à l'abri de toute influence perturbatrice d'un voisin. Mais il advint un temps où les atmosphères de ces globes, s'étant étendues dans l'espace^ proportionnellement à l'accroissance des noyaux, vinrent à se mettre en contact avec les atmosphères des globes circonvoisins. De cet instant, ces sphères^ ne trouvant plus dans l'espace de matière à solidifier, avaient atteint toute leur croissance.
> Il y a à parier mille contre un qu'aucun de ces globes n'était d'une masse et d'une densité égales, quand même vous feriez partir la création du même instant ; car un grand nombre d'empêchements chimiques devait mettre obstacle à cette égalité de puissance. Cependant, il dût y avoir dans l'infini quelques-uns de ces globes qui purent parvenir à des masses colossales, lesquels, en vertu de leur excessive puissance, durent avoir entre eux moins de dissemblance. Les soleils ou étoiles ftirent de cette catégorie. Sans doute que chacun de ces globes, attiré également dans tous les sens par les autres soleils circonvoisins, se trouva fixé à tout jamais dans la région de l'infini où il s'était formé; car, en vertu de sa masse énorme, il ne pouvait pas se trouver dans les astres circonvoisins une masse beaucoup plus puissante que la sienne, et ainsi capable, par son attraction, de l'arracher totalement de son entrelacement attracteur avec les autres soleils. Ces astres restèrent ainsi éternellement dans la région de l'infini où ils furent engendrés.
p Mais pouvaient-ils réellement rester immuables? Non ; car il était impossible que chacun des soleils qui environnent un d'eux fûit d'une même masse. Admettez^ ce qui est présu-
sumable que, parmi ces globes énormes environnant notre soleil, il y en eût%n dont la puissance excédât celles des autres; ce sera vers cet astre que sera entraîné de préférence notre soleil. Ce dernier se dirigera vers lui, en comprimant leurs atmosphères sur les deux surfaces solides jusqu'à ce ^ue ces atmosphères^, arrivées à un degré de pression extrême, les repoussent Pun de Tautre. Ce mouvement des soleils l'un vers Tautre ne trace jamais une orbite, et se fait par une ligne qui serait une droite parfaite sans l'influence perturbatrice des astres circonvoisins.
» Il est prouvé par l'observation que le soleil de notre système planétaire a réellement, avec toutes ses planètes, un mouvement de translation. Le soleil ne peut obtenir ce mouvement que de l'influence prédominante d'une puissante étoile circon voisine. Je suis tenté de croire que ce mouvement lui vient de Sirius, qui nous paraît la plus grande des étoiles du firmament, en raison, sans aucun doute, de Fénormité de sa masse ou de sa distance la plus rapprochée dû soleil, en comparaison des masses ou des distances des autres étoiles. Or, si notre soleil reçoit de Sirius un mouvement presque rectiligne de va-et-vient, il doit dans un temps se rapprocher de cette étoile avec tout son système, et dans un autre temps s'en éloigner en s'avançant vers les étoiles d'Hercule, point du ciel diamétralement opposé à celui où se trouve Sirius. Vous savez que nos astronomes ont, dans ces derniers temps, observé qu'effectivement le soleil, avec toutes ses planètes, avait un mouvement vers la constellation d'Hercule. Ainsi, notre soleil serait dans son mouvement de répulsion de Sirius, lorsque dans les âges antiques il aurait été dans son mouvement d'attraction.
> Mais avant que les étoiles eussent atteint toute leur puissance et qu'elles vinssent ainsi mettre en contact leurs atmosphères, il se trouvait entre ces globes énormes une immense étendue de fluide procréateur, qui enveloppait leurs atmosphères. Dans cette étendue de matière primitive se procréaient d'autres sphères, qui, soit par la multiplicité de leur nombre, soit par la proximité de grands centres attrac*
leurs les arrêtant, dans leur croissance, soit enfin par des causes physico-chimiques alors nonabreu^, n'avaient encore pu atteindre, en comparaison de Fénormité des masses solaires^ qu'un chiffre médiocre de matière solidifiée, lorsqu'elles mirent leurs atmosphères en contact avec celles des colosses solaires. Et ces petits globes, enfants mineurs de la grande œuvre, devinrent les planètes, filles soumises de la création , lorsque les étoiles, se couronnant d'une auréole de feu, se proclamèrent les reines dû firmament.
— Vous prétendez donc que les 'planètes furent jadis en dehors de l'atmosphère solaire?
— Tout vous prouve qu'il en fut ainsi : le mouvement elliptique des planètes et l'observation des comètes, corps qui sont encore de nos jours des ébauches retardataires de la création, et qui demandent leur perfection à ces voyages lointains au travers des atmosphères solaires. Les planètes, comme les soleils, jouissaient primitivement de la fixité dans leur désert, soutenues par les profondeurs du milieu dans lequel elles nageaient ; et, soutirant paisiblement du sein de ce milieu les éléments nourriciers qui formaient leurs masses, elles vinrent, par cet accroissement progressif, à mettre leurs atmosphères en ccmtact avec celle du soleil. Forcées d'obéir à la puissance jalouse du potentat, de filles libres de la création, elles devinrent sujettes; car dès lors elles perdirent à tout jamais leur indépendance.
> Captives sous l'impression attractive du soleil, eUes s'ébranlent> et s'avancent, lentement d'abord, vers ce foyer at* tracteur. Aux limites extrêmes de l'atmosphère solaire , ses couches sont au minimum de leur densité. Primitivement, tous les constituants atmosphériques et solides des sphères étaient très-peu condensés ; car je vous ferai remarquer plus tard que ces globes reçurent successivement des condensations de plus en plus grandes, et je vous calculerai même les époques où elles eurent lieu. Ici je vous dirai seulement que les planètes, à l'époque reculée où elles devinrent globes voyageurs, étaient loin d'être des globes parfaitement solides; elles devaient tenir beaucoup de l'état gélatineux.
RtJIMMENtS ASlRONmiÏQUES. 147
J^r celle cause et par le peu de densité et de résistance du tniiieu de Tatmosphére solaire, il leur était d'autant plus facile de pénétrer dans ce milieu, que leur mouvement était des plus lents; et vous savez que la résistance des milieux diminue comme diminue le carré de la vitesse du corps qui se meut en lui. Les planètes pénétrèrent donc totalement dans l'atmosphère solaire, et cela avec tous leurs composés solides et fluides, sans en abandonner un seul atome en arrière. Le vide qu'elles produisaient à la place qu'elles venaient de quitter était à l'instant comblé par l'atmosphère solaire, qui ainsi les enveloppa,
~ Les planètes entrèrent donc imparfaites dans le système solaire?
— Sans aucun doute. Elles durent être d'une densité si faible, qu'elles ne pouvaient être que d'une consistance gélatineuse. Quelques-unes pouvaient même avoir plusieurs centres d'attraction, que finit par réduire en un seul la résistance du milieu dans lequel se trouvent ces corps, résistance amenée par la vitesse croissante de la planète, et vitesse qui augmentait comme le carré de la distance au soleil diminuait. Je me réserve de vous retirer de ces quelques principes, non-seulement la physique des comètes, mais encore celle du soleil. Pour le moment, je me contenterai de chercher, d'après ma théorie, la cause de chacun des mouvements planétaires, le chiffre de ces mouvements pour chaque planète, la masse, le poids et la densité de ces globes, les rapports entr'eux du temps qui s'est écoulé depuis le moment qu'ils rentrèrent dans l'atmosphère solaire et devinrent planètes, ou autrement dire l'âge de ces corps comme planètes.
— Quelle audacieuse entreprise ! Vous êtes un homme qui «e connait de borne en rien.
— Ce que je vous annonce n'est pas de la métaphysique ; c'est de la science, c'est du positif ; c'est Dieu qui parle par ses œuvres : je ne fais que répéter ce qu'il dit à l'homme depuis la création.
— Vous faites l'humanité bien sourde!
— Elle est plutôt aveugle. La métaphysique, toujonrs guidée par l'intérêt grossier et une politique égoïste, la priva jusqu'ici de la vue intellectuelle que donne l'observation des mouvements de la nature.
— Quel heureux siècle que celui qui donna le jour à un clairvx>yant tel que vous !
— Encore des sarcasmes avant de pouvoir me juger!... Croyez, capitaine, qu'il y a loin de pouvoir m'enorgueillir de mon caractère : ce n'est qu'à un vice de ma nature, le seul vice qui ne trouve pas grâce dans notre société actuelle ; ce n'est qu'à l'insouciance de moi-même , que je puis rêver aux grands faits du Créateur. Et pour vous montrer aussi combien je suis bon diable, c'est que, malgré vos épithètes» je vais vous faire gratuitement don de l'explication des plus grands phénomènes de la mécanique céleste.
— Vous êtes prodigue !
— II n'y a pas de prodigalité à distribuer à tous ce qui appartient à tous... Les planètes, en pénétrant dans l'atmosphère solaire avec tout ce qui les constitue, éprouvèrent de la résistance des fluides au travers desquels elles se mouvaient; car ces fluides ou milieux, étant matériels, résistent aux efforts des masses qui tendent à les déplacer, efforts que mesure la vitesse du corps, c'est-à-dire sa force attractive. Cette résistance du milieu étant proportionnelle à la masse du fluide déplacé, il advint que, lorsque les planètes se furent approchées du soleil à la distance qui contenait la masse de milieu capable de faire, par sa résistance, équilibre à leur puissance attractive, elles ne purent pénétrer plus loin. La masse du milieu sur laquelle une planète s'appuie augmente d'abord sa résistance comme le carré de la distance diminue, puisque la biasse de ce milieu augmente comme la densité de l'atmosphère solaire, laquelle densité augmente aussi dans ce rapport ; mais la résistance de cette masse de milieu augmente encore comme le carré de la vitesse de la sphère qui se meut dans ce milieu. En effet, il est prouvé en physique que )a résistance des milieux croit à mesure que la vitesse du mo-
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bile augmente; elle ne croit pas simplement comme la vitesse, mais comme le carré de la vitesse : de sorte que si Ton suppose deux corps égaux  et B, qui se meuvent tous deux dans le même milieu, et que  se meuve avec une vitesse triple de celle de B,  éprouvera une résistance neuf fois aussi grande que celle qu'éprouvera B; car quand des corps semblables se meuvent à travers le même fluide avec des vitesses différentes, cette résistance croit en proportion du nombre des particules frappées dans un temps égal> et ce nombre est comme Fespace parcouru dans le même temps, c'est-à-dire comme la vitesse. Mais, de plus, cette résistance croît en proportion de la force avec laquelle le corps heurte contre chaque partie, et cette force est comme la vitesse du corps. Par conséquent, si la vitesse est triple, la résistance est triple à cause du nombre triple de parties que le corps doit écarter : elle est aussi triple à cause du choc trois fois aussi fort dont elle frappe les particules. C'est pourquoi la résistance totale est trois fois aussi grande.
— Ainsi, un corps qui se meut dans un fluide est retardé, partie eu raison simple de sa vitesse, et partie en raison doublée de cette même vitesse; et quand cette vitesse est arrivée à un certain point, le corps frappe le fluide plus vite qu'il ne peut céder, et ce fluide sert de point d'appui. Appliquons à la mécanique céleste ces principes de la résistance des milieux. La résistance du milieu qui sépare une planète du soleil augmente donc de trois manières sous la force attractive qui la produit : 1° Elle augmente comme le carré de la distance au soleil diminue, parce que la densité et ainsi la masse de ce milieu augmente comme diminue le carré de la distance au soleil ; 2" Elle augmente comme le carré de la distance au soleil diminue, parce que l'attraction de la planète, et ainsi sa vitesse^ augmente comme diminue le carré de la distance ; 3" Elle augmente encore comme le carré de la distance au soleil diminue^ parce qu'elle n'augmente pas seulement comme la vitesse,*mais comme le produit de cette vitesse par elle-même, c'est-à-dire comme le produit du carré de l'attraction par lui-même. De ces conséquences^ je retire que la force d'attraction ou ( enlripède augmente comme le
t >0 ^HYSh^riK CKLESTK
f an é de la d^slaoce diminue^ lorsque la force de répulsion ou centrifuge augmente comme trois fois le carré de la distance diminue.
» Ainsi remarquer que la force répulsive du milieu qui sépare une planète du soleil étant h la force attractive comme li estai, je me trouve dans toutes les conditions exigées par la mécanique pour faire tracer à la planète une ligne courbe autour du soleil. Car, pour que le mobile A, que je suppose être une planète ( Fig. 2"*), soit sollicité à se mouvoir autour du point S, désignant le soleil, il faut nécessairement qu'il soit sous l'influence de deux puissances A B, AC, dont les directions fassent entre elles un angle droit au point A, et dont la force AB soit à la force AC coiwme 3 est à 1.
• Le mouvement composé de ces deux forces commencera par Arf, et continuera vers /, 7?i, D, si rien ne changeait dans ces forces. Mais si, une fois cette nouvelle direction imprimée, la puissance qui était en A C se trouve placée en e/H,. faisant encore angle droit avec la nouvelle direction c/D, comme elle le faisait d'abord avec la direction AB, le mouvement se composera de nouveau, et le mobile ira de c/ en e : si alors cette puissance se trouve placée en el , faisant encore angle droit avec eE, le mobile se portera de e en /: la pareille chose continuant d'arriver, le mobile se portera de/ en gr, puis en /i, etc., etc., de sorte que ces directions, continuant de changer ainsi, finiraient par aboutir au point A^ après avoir fait le tour entier du point S.
— Dans ce mouvement en ligne courbe je ne vois qu'une difliculté, et elle est majeure : c'est que vous me donnez la force répulsive du milieu Sa dans la direction de AB, lorsqu'elle u*est réellement que dans celle de AR, diamétralement opposée à celle de l'attraction AS.
— Un peu de réflexion suffit pour faire résoudre cette difficulté qui vous parait si monstrueuse. Ne vous ai-je pas assez répété que l'espace SA, compris entr^le soleil S et une planète A, doit être considérée ainsi qu'une colonne immense constituée par un milieu résistant et attracteur tout à la fois. Or» cette distance SA est pour la planète A la différence de
ces deux forces diamétralement opposés de direction, dont l'une, l'attraction, est dans la direction de AS, et l'autre, la répulsion, dans la direction de SR. Placée entre ces deux forces opposées et incessantes, la surface de la sphère  est réellement sous Tinfluence de deux pressions énormes, dont l'une, l'attraction, se fait contre elle dans la direction RA, et l'autre, la répulsion, dans la direction SA, pressions puissantes se faisant chacune sur deux points extrêmes de la circonférence du globe et éloignés l'un de l'autre exactement de 180" degrés.
» La planète uepeut alors rester immobile en A, suspendue au-dessus du soleil S; car elle est de forme sphérique, et reçoit, à 180° degrés de l'un de lautre, le maximum des deux forces comprimantes sur deux petits segments de sa circonférence, lesquels offrent d'autant moins d'étendue de surface plane que le volume de la sphère est plus petit. Le globe A se trouve donc dans les meilleures dispositions possibles pour fuir de ces deux puissantes et incessantes pressions à direction diamétralement opposée, en s'échappant par la langeante AB, c'est-à-dire à 90° degrés de chacun des deux points où se tient le maximum des deux forces agissantés. Le corps A s'élance d'autant plus facilement vers B qu'il a devant lui un milieu qui lui offre une résistance qui est la racine cubique de la résistance de AS..
» Ainsi, toutes les planètes étant simultanément attirées et repoussées du soleil, aucune ne peut se dérober à l'influence de cet astre, comme aucune ne peut venir, dans une chute parfaite, se perdre sur sa masse. Toutes tenteront en vain à s'échapper de leurs pressions ; elles fuiront seulement par la langeante en glissant suivant le prolongement du rayon SA que présente sa dislance au soleil. Or, elles ne peuvent ainsi glisser sur ce prolongement sans tracer un cercle autour du soleil, puisqu'elles ne cessent d'être sous l'impression de leurs deux forces combinées. Ce cercle ne peut non plus être parfait tant que ces deux forces ne seront pas devenues égales; et ainsi, tant que les planètes seront encore pour le soleil dans le ras de corps en chute, elles traceront autour de cet
IVl PHYSIQUE CÉLESTE,
asiro une ellipse plus ou moins allongée, selon l'époque plus ou moins reculée de leur entrée dans le système solaire.
— Ah î voilà donc nne cause nouvelle du mouvement orbiculairc trouvée!... Elle nous débarasse des difficultés des anciennes théories.
— Cet échappement des planètes par la tangeante n'est pas moins sollicité par les raisons que je viens de vous donner que par la rotation propre du soleil, qui, présentant à l'action planétaire des points de sa surface toujours dissemblables, doit engager toutes les sphères qui pèsent sur lui à suivre, dans leur échappement par la tangeante, la direction du mouvement de la rotation de sa masse. En effet, la rotation du soleil se fait de l'occident vers l'orient, et c'est dans cette même direction de l'occident vers l'orient que toutes les planètes s'échappent par la tangeante, c'est-à-dire marchent dans leurs orbites. Il est impossible qu'un corps qui, ainsi que les sphères planétaires, fuit par la tangeante ki contrainte de deux pressions à direction opposée, dans un mi lieu résistant, ne puisse pas avoir, dans son mouvement de translation, un second mouvement, celui de rotation sur son axe^ dans la même direction du mouvement orbiculaire, de l'ouest à Test.
— -vLa rotation des planètes se trouverait donc engendrer par la cause qui produit le mouvement orbiculaire?
— Par cette même raison, la rotation des planètes qui possèdent des satellites doit être d'autant plus accélérée, eu égard à la différence des masses à mouvoir, que ces masses ou planètes ont plus de satellites. Nous reviendrons sur ce sujet ; pour le moment, il nous sufQt que nous soyons bien convaincus que la force qui lance les planètes dans leurs orbites est l'exc^i de la puissance répulsive du milieu sur leur attraction. Car la force répulsive est toujours à la force attractive comme 3 est à i. Or, une partie de la force répulsive SA du corps planétaire A (Fig. 2""*), s'emploie pour lutter contre la force attractive dont la direction est RAS, et dont la puissance augmente comme le carré de la distance diminue, lorsque la seconde se perd pour le déplacement du milieu
RUDIMEXTS ASTRONOMIQUES. 153
AB, qui offre à la planëte> s'échappant par cette tangeaule, une résistance proportionnelle à sa masse^ laquelle augmente aussi comme le carré de la distance AS diminue; la troisième partie de la force répulsive reste donc pour lancer la planète dans Torbite A A ayec une vitesse qui augmente de même, eu égard toutefois à la masse planétaire à mouvoir^ comme le carré de cette distance A S diminue.
— Il résulte de tout ce que vous venez de me dire que l'attraction augmente comme le carré de la distance diminue, lorsque la résistance de la masse du milieu comprimé augmente comme trois fois le carré de cette même distance. Alors les planètes recevant du soleil trois fois plus de répulsion que d'attraction, comment auraient-elles pu s'approcher de lui de manière que leur répulsion devienne 3 lorsque leur attraction reste 1.
— Votre réflexion serait très-bonne si vous pouviez ignorer les belles expériences de Mariette sur l'élasticité des gaz, lesquelles vous démontrent que leur résistance est, il est vrai, directement proportionnelle aux pressions qu'on exerce sur eux, mais que leur volume est inversement proportionnel. Ainsi, la pression de la masse du milieu qui sépare la terre du soleil est bien égale à trois fois le carré de la diminution de la distance de ces deux astres, lorsque l'attraction n'est que le carré de cette diminution ; mais le volume de cette masse de milieu est inversement proportionnel à sa pression, et n'a, par conséquent, pour étendue que la racine cubique du chiffre de la force répulsive, qui n'est autre que le chiffre de la distance de la planète au soleil. C'est par cette diminution du volume de la masse du milieu, proportionnée à sa pression, que, quoique les planètes reçoivent une augmentation de pesanteur sur le soleil comme diminue le carré de la distance , elles peuvent cependant comprimer une masse du milieu de l'atmosphère solaire capable de. produire une force de répulsion qui est 3 lorsque l'attraction est 1.
— £n raison de cette diminution du volume de la masse du milieu comprimé, une planète s'approche ainsi beaucoup
154 PHYSIQUE CÉLESTK.
plus prés du soleil qu'elle ne le ferait sans cette dîminutiofi de volume; et comme ce rapprochement fait augmenter la masse du milieu, dont la densité augmente comme la carré de la distance diminue^ je conçois maintenant pourquoi Tattraction d'un globe planétaire, passant de son aphélie à son périhélie, semble l'emporter sur la force répulsive.
— Remarquez aussi que, dans ce mouvement, cette suprématie apparente de l'attraction sur la répulsion travaille elle-même à faire naître la puissance qui doit repousser la planète du soleil : elle tend le ressort qui, par son débandement, la chassera de son périhélie vers son aphélie. Quand une planète arrive à son périhélie, son attraction est à son maximum^ et lui donne sa plus grande vitesse dans son orbite, en même temps que la masse du milieu qui la sépare du soleil se trouve^ ainsi que sa pression, des plus considérables; et la répulsion de cette masse est augmentée comme trois fois le carré de la distance a diminué, lorsque latlraction n'a augmenté que comme a diminué ce carré. Il advient alors que le globe frappe le milieu plus vite qu'il ne peut céder; et ce milieu, en vertu de sa résistance poussée â son maximum , devient point d'appui à la planète. Celle-ci est instantanément arrêtée dans le mouvement accéléré de sa direction attractive, et ce point d'arrêt d'un instant suffit pour lui faire perdre spontanément toute sa prodigieuse impulsion de vitesse acquise dans sa chute vers le soleil. Alors elle ne pèse plus sur le milieu que du poids de sa masse, puisqu'elle vient de perdre subitement toute l'impulsion acquise dans sa chute. Là, les rôles changent : la masse du milieu, ne trouvant plus dans la planète arrêtée toute la puissance de la vitesse qui l'animait, tend, dès l'instant que celle-ci se perd, à reprendre le volume qu'elle possédait avant sa pression ; ce qu'elle ne peut faire qu'à l'aide de sa puissante réaction. Cette colonne ou masse de milieu comprimée, qui sépare la planète du soleil, se trouve alors en tout semblable à un ressort qui se débanderait entre ces deux globes.
— Vous appliquez aux mouvements planétaires les lois du choc des corps élastiques.
fUiDîMEXtS ASÎRONOMÎOnES. 155
— Les globes célestes ne sont-ils pas, en raison des puissantes atmosphères qui les enveloppent, des corps parfaitement élastiques? Les planètes, venant des profondeurs du firmament tomber vers le soleil avec une impulsion uniformément accélérée, ne sont-elles pas chacune dans le cas |du choc des corps élastiques fraisant une masse immuable, le soleil ? La colonne ou masse de milieu comprimé que mesure la dislance de chacune des planètes au soleil, n'est-elle pas un ressort constant se réargissant contre les surfaces des planètes et celle du soleil? La puissance de réaction de ce ressort venant dfi fluides comprimés dont la mobilité de leurs parties fait qu'il n*y a que celles qui choquent Tobstacle qui fassent effort, les autres no contribuant pas à cet effet (d'où vient que leur réaction demande du temps avant de pouvoir agir avec toute sa puissance); cette réaction du milieu, dis-je, est donc proportionnée aussi à l'étendue du volume ou grosseur des planètes ; car la surface antérieure de ce volume mesure l'étendue de la masse de milieu comprimée?
— Si, lorsqu'une planète est arrivée à son périhélie, la masse du milieu comprimé entre sa surface et celle du soleil est semblable à un ressort parfait se débandant entre ces deux globes, il y a donc un moment de repos avant cette réaction du milieu?
— Non; car il est certain qu'un corps à ressort qui vient frapper un plan (et le soleil, vu sa masse énorme comparée à celle de chacune des planètes, peut ici être considéré ainsi qu'un plan), se bande et diminue peu à peu le volume de son ressort en consommant petit à petit tout le mouvement qu'il a et qu'il emploie à bander son ressort. Quand une fois le ressort est totalement bandé et que le corps a perdu tout son mouvement, le ressort se débande aussitôt sans qu'il y ait d'intervalle entre le commencement du débandement et la fin du bandement. En effet, qu'elle serait la cause qui ferait que le ressort resterait bandé lorsque le mouvement du corps est entièrement cessé et que rien ne s'oppose au débandement du ressort? La masse du milieu se débande donc aussitôt, et rend par degrés à la planète, se trouvant à son
périhélie, tout le mouvement qu'elle vient de perdre, précisément comme un pendule qui retombe après avoir en montant consommé tout son mouvement; et le bandement et le débandement se font dans un tenaps parfaitement égal.
— Mais le ressort de cette masse de milieu comprimé a-t-il en se débandant la puissance de chasser la planète de son périhélie à son aphélie?
— Il ne peut plus vous rester de doute sur ce que les globes célestes doivent être considérés, vu les puissantes atmosphères qui les enveloppent chacun, comme des corps élastiques dont le ressort est parfait. Or, il est prouvé par l'expérience que la réaction résultant du choc de deux corps parfaitement élastiques produit toujours une impulsion de mouvement double de Fimpulsion qui engendre le mouvement primitif du choc. Le boulet qui s'échappe de la bouche du canon s'élance avec une grande impétuosité ; car il est sous l'influence d'une réaction doublée du ressort de la poudre enflammée, qui, se débandant entre le boulet et la culasse du canon, se réagit avec [sa puissance totale sur le boulet seul, puisqu'il trouve dans le poids du canon une masse qu'il ne peut ébranler.
» Dans cette expérience, le boulet est sous l'influence de la réaction doublée de la poudrC;, et il en est de même d'une planète, lorsqu'elle vient choquer la masse énorme du soleil qu'elle ne peut ébranler, quelque grande que soit la vitesse avec laquelle elle le frappe. Toute la réaction de la masse comprimée du milieu qui sépare les deux globes au périhélie ne pouvant donner un mouvement rétrograde qu'au plus petit globe et ainsi à la planète, celle-ci se trouve alors obéir seulement à la réaction totale du milieu, réaction qui la repousse du soleil et la chasse à son aphélie, en lui donnant dans ce mouvement une impulsion double de celle que lui donne en sens opposé son attraction ; aussi retourne-t-elle de son périhélie à son aphélie.
» Si, une fois qu'une planète est à son périhélie, l'attraction du soleil cessait tout à coup, la réaction du milieu agissant seule sur le mouvement de la planète, celle-ci serait
lancée de son périhélie vers son aphélie avec une vitesse douhle de celle du mouvement qu'elle possédait en descendant de son aphélie à son périhélie; mais comme Tattraction est incessante sur la planète, et que son action est diamétralement opposée de direction à la réaction du milieu, elle diminue de moitié Pimpulsion de la répulsion. Alors la vitesse du mouvement de la planète de son périhélie à son aphélie, résultant de cette différence, n'est plus que sous une vitesse simple de la réaction du milieu, laquelle lui donne ainsi un mouvement parfaitement semblable en vitesse à celui de son aphélie à son périhélie. £n ceci je suis conforme aux lois du choc central des corps élastiques, lesquelles prouvent que la vitesse respective est la même avant et après le choc.
— Que les partisans de Buffon prétendent encore qu'une comète brutale est venue frapper le soleil, et que notre monde peut fort bien redouter de pareilles avanies! Jamais deux globes un peu puissants en surface ne pourront confondre leurs masses.
— Il est un autre accord qui n'est pas moins précieux pour cette théorie nouvelle que j'applique à la mécanique céleste. Comme Newton, je trouve que les corps planétaires tournent autour du soleil par l'effet d^un mouvement dont l'impulsion augmente comme le carré de la dislance au soleil diminue. Ainsi que Kepler, je trouve que les carrés de la vitesse de ce mouvement pour deux planètes comparées sont entr'eux comme les cubes de.leurs distances au soleil. Si, à cette théorie, vous pouvez en opposer une autre qui puisse donner une satisfaction meilleure aux mouvements sidéraux, je conviendrai que je suis dans l'erreur.
— Si la résistance du milieu croît comme trois fois le carré de la distance diminue, lorsque l'attraction ne croît que comme le carré de cette diminution, le mouvement des planètes dans leurs orbites ne naît pas de l'attraction proprement dite, mais bien de la répulsion, puisque ce mouvement vient de l'excès de la force répulsive sur la force attractive. Newton s'est donc trompé en prétendant que le mouvement dans l'orbite venait de la force attractive.
— Comme le chiffre de ce mouvement est îe même, soit qu*on l'attribue à la répulsion ou à l'attraction, il semblerait qu'il serait indifférent qu'on les fît sortir de Tune ou de l'autre. Cependant il ne doit pas en êlre ainsi; car si vous l'attribuez à l'attraction seule, comme le lit Newton et tous les astronomes qui le suivirent, vous vous liez les mains ; vous rendez inexplicable la cause de la force répulsive, la cause vraie de la marche dans un orbite elliptique, et celle de la rotation sur un axe ; d'immenses dccouveiles vous échappent. Enfin vous arrachez à Tastronomie les germes de la robuste vitalité qui doivent la rendre mère des progrès futurs de Tintelligence humaine.
— Je conçois maintenant, grâce à votre théorie, qu'une planète puisse de son périhélie retourner à son aphélie, et que la vitesse de ce mouvement rétrograde soit en tout semblable à celui que ce globe avait lorsque son attraction la faisait tomber de son aphélie à son périhélie ; je conçois que ce dernier mouvement ait lieu dès l'instant que s'est usé tout l'excès de la réaction du milieu contre la force attractive, et qu'alors la planète retombe de nouveau à son périhélie pour retourner aussitôt à son aphélie, et vice versa,
— Retenez bien aussi que, pour chaque globe planétaire^ la vitesse dans l'orbite est après le choc sur le soleil la même qu'elle était auparavant. C'est une loi imposée par le Créateur au choc des corps élastiques.
— Ce pauvre soleil ! vous le battez comme enclume. Que doit être sa densité sous l'action incessante de toutes ses planètes!
— Cette grande densité du soleil est une chose indispensable à sa puissance suprême ; car s'il possède une atmosphère attractive immense, il la doit à l'énorme densité de sa masse.
— Mais cette densité doit être prodigieuse?
-- Malgré l'excessive densité du soleil, que nous ne pouvons pas calculer, puisqu'il nous est impossible de connaître toutes les planètes du système, la masse de cet astre ne possède-t-elle pas encore un volume qui est 1 ,326,480 fois celui
de la terre. C'est en raison de sa masse cotossale que le soleil ne peut recevoir du choc d'une planète^ quelque puissante qu'elle soit, un mouvement rétrograde; ce qui d'ailleurs serait impossible, puisqu'étant au centre des mouvements planétaires, il est retenu fixe à ce centre par les planètes agissant simultanément sur tous les points de sa circonférence. Ainsi, vu la masse énorme du soleil, cet astre reste immuable sous les chocs répétés des planètes, auxquelles, en raison de leurs chocs, il transmet un mouvement de rétrogradation, comme le ferait une masse inébranlable plane et parfaitement élastiqne.
* Quelque prodigieuse que soit sa masse, le soleil ne doitil pas cependant recevoir de la somme des actions planétaires sur lui un mouvement quelconque ; car, en raison de^sa forme sphérique, il ne faut pas une force bien grande pour être ébranlé? Dans le choc des corps élastiques, comme le sont toutes les sphères du firmament, la puissance d'impulsion du corps choquant se communique au corps choqué suivant le rapport des masses. La réaction double toujours dans le corps choqué (qui est ici le soleil) la somme d'impulsion que celui-ci acquiert par communication. Ainsi, le soleil est toujours sous l'impression de la même réaction du milieu qui repousse toutes les planètes à leurs distances de lui, réaction dont la puissance est 3 lorsque celle de l'attraction est i . Le soleil est donc constamment sous l'impression de toute la somme des réactions des planètes contre lui. Comme, outre l'énormilé de sa masse qui ne peut lui permettre un mouvement de rétrogradation, il est au centre de Torbite de chacune des planètes, il ne cessera pas d'être fixe; mais, vu sa forme sphérique, il lui faudrait une force bien moindre que celle du choc de toutes les planètes sur lui, pour recevoir un mouvement de rotation sur lui-même, mouvement d'autant plus facile à lui être imprimé que chacune des planètes tourne autour de lui avec des puissances différentes de l'une de l'autre et à des points toujours dissemblables de sa circonférence.
— Voici une cause de rotation du soleil dont j'étais loin de me douter. Quoi ! ce globe superbe n'a pas toutes le& pré-
rogalivcs! la plus modeste planële peut lui revendiquer quelque chose de sa toate-puîssance!
— - Chacune peut même lui réclamer une part au travail de sa brillante auréole; car ce sont les planètes qui, par le concert harmonieux de leurs puissances réunies, engendrent cette atmosphère de feu> qui couvre le maître ainsi qu'un manteau royaL
— C'est plus fort ! Voilà maintenant les planètes qui éclairent le soleil ! ... Je ne serais pas étonné de vous entendre dire aussi qu'elles Réchauffent!
— Certainement, elles produisent sur lui ces deux effets.
— Vous êtes fou !
•— L'aî-je prouvé par ce que je vous ai déjà démontré?
— Vous me jetez à la face des choses si étranges, si dissemblables des croyances professées jusqu'alors, qu'on peut fort bien présumer que l'originalité de votre génie est un pur dérangement de cerveau... Prouvez-moi alors votre bon sens en me prouvant la réalité de vos suppositions; car j'aime à croire que ce ne sont de vous que des suppositions.
— Non pas ! je vous affirme que ce sont des vérités.
— Si vous ne m'aviez pas déjà donné au sujet du magnétisme et de la combinaison des forces planétaires des résultats satisfaisants, je vous tournerai le dos.
— Oh ! je ne tiens pas à vous imposer des croyances nouvelles ! restez donc dans votre ignorance scolastique. Brisons là-dessus, et ne parlons plus d'astronomie!
— Ne nous fâchons pas. Pardonnez-moi si j'ai tant de peine à me résoudre à ne plus croire ce que j'ai toujours cru. Diable! ce premier sentiment d'incrédulité est très-naturel! Je sais que vous n'avancez rien dont vous ne soyez certain de la solution. Allons, je vous écoute!
— A demain. C'est ma vengeance!
— Ah! traître...
HOUYËHËIVTS PLAIVÉTAIRËS.