‹ Histoire du eiel et de la terre: nouvelle physique célesteChapitre 19 sur 22 · CINQUIÈME QUART · texte numérisé non relu

CINQUIÈME QUART

De quatre heares à kil heures du soir.

Si je voulais aller chercher le lieu où siège l'égoïsme de Phomîïie, je prendrais l'estomac.

L'estomac est tout, non-seulement pour la vie animale, inais pour la moralité et la gestion des choses humaines. De tous nos organes, il est le plus prévoyant. Je serais presque porté à croire que c'est de lui que nous vient notre logique la plus militante. Quoi qu'il en soit^ il est certain que c'est l'estomac qui, dans certaines idées sociales, apporte le plus d'opiniâtreté.

Cette proposition , ami lecteur, peut te paraître plus que paradoxale. Cependant elle est si vraie> qu'il ne m'est pas difficile de te le prouver.

L'estomac plein n'e$t pas méchant; mais il est aveugle et d'une lourdeur stupide. Il ne veut et ne recherche que le repos. Pour lui tout est bien : il est optimiste. Si vous allez troubler son sommeil par vos cris de misère, il ne voudra pas croire à vos maux; il vous engagera à vous taire. Si vous continuez, il vous traitera de séditieux. Il est heureux; vous devez l'être.

L'estomac vide est, au contraire, essentiellement actif et terrible, pour l'estomac plein, par sa turbulente intelligence.

Les luttes sociales dans lesquelles s'agite l'humanité reposent uniquement sur ces deux états de Pestomac humain ; et ces luttes dureront tant qu'il y aura dans les sociétés des estomacs vides et des estomacs pleins. Car ces derniers se refuseront toujours à toutes les améliorations sociales, ne pouvant, de leur nature, s'élever aux conceptions de l'organisme social demandé par les estomacs vides.

Des honunes, qui longtemps avaient été de la catégorie des estomacs pleins^ n'avaient jamais pu croire que les sociétés que Phomme jusqu'ici s'est faites étaient mauvaises. Mais ils les trouvèrent détestables dès que des revers de fortune les eurent jetés dans la catégorie des estomacs vides. L'intelligence humanitaire leur était venue avec le besoin. A quelque chose malheur est bon !

Il y aurait des volumes de dissertation» à faire sur les propriétés morales de l'estomac. Les quelques réflexions de cidessus me vinrent en voulant me rendre compte, à part moi, de la béatitude dans laquelle s'épanouissait tout mon être« et que je m'imaginai être universelle, en quittant une excellente table, où nous venions de faire un dîner dans lequel avait apparu tout le luxe gastronomique que la mer peut permettre.

Absorbés par cette félicité égoïste des estomacs pleins» longtemps, le capitaine et moi, nous poussions silencieusement de nos lèvres vers le ciel , comme un hommage de reconnaissance, la fumée odorante de nos cigares.

Mais cette extase, sommeil de l'âme, s'évanouit avec les dernières bouffées de tabac ; et nous ne tardâmes pas à nous rappeler que nous avions encore â parler des grandes questions astronomiques. Je commençai ainsi :

— Au dernier quart, je vous ai promis de traiter de la lumière et de la thaleur que les planètes reçoivent du soleil, et des météores lumineux et magnétiques qui en résultent.

le tout retiré des conséquences d'une théorie nouvelle qui est à moi. Mais, pour cela, je dois commencer par battre en brèche le système de Laplace, qui, jusqu'ici, s'est couvert d'un semblant de vérité accueilli par tous nos astronomes et par vous-même.

— Les calculs de Laplace sur la lumière et la chaleur que les planètes reçoivent du soleil sont d'une vérité si patente, qu'il n'est pas possible à la critique de pouvoir les attaquer.

— C'est ce que nous allons voir.

» Laplace, en faisant du soleil un vaste globe en combustion éternelle , ne fit pas grand effort d'imagination ; il accepta tout entière la croyance du peuple, qui, jugeant des choses par les sensations qu'elles donnent, crut toujours, depuis l'origine de l'humanité, que le soleil est une masse en ignition continuelle. Cette erreur prit tant de crédit par le temps qu'elle dura, qu'elle semble s'être enracinée dans la science.

» Des hommes de haut génie furent amenés par elle à se dire : puisque le soleil est un corps eu combustion, et que toute combustion a un terme, celle du soleil ne doit pas toujours durer : elle doit s'affaiblir insensiblement. Il arrivera donc une époque où, s'éteignant pour toujours, le soleil laissera les. mondes planétaires dans des ténèbres éternelles ; et ces globes, privés du seul foyer qui les échauffe et les anime, ne seront plus alors que des glaciers, domaines de la mort.

» Épouvantés de cette menace , ils cherchèrent l'heure de cet anéantissement général du règne organique ; nos savants firent à ce sujet de fort beaux et fort longs calculs. Quelquesuns crurent même trouver qu'un hémisphère du soleil était déjà, en comparaison de l'autre, assez avancé dans sa carbonisation, pour que sa combustion fut déjà tellement affaiblie qu'il ne pouvait plus envoyer aux planètes autant de lumière et de chaleur que dans le temps passé.

» Newton et Laplace, eux-mêmes, crurent à cette émission de lumière et de chaleur par le soleil . Laplace fit plu»: il

calcula leur intensité. Il ne suffît que de rapporter ses calculs pour vous faire comprendre combien était grande, je ne dirai pas son erreur , mais son inconséquence, ou si vous voulez mieux, sa négligence.

— Je préfère cette dernière expression ; elle choque moins Pesprit de nationalisé dans la critique d'une des belles célébrités françaises.

— Voilà la base des calculs de Laplace sur la lumière et la chaleur qu'expédie le soleil aux planètes.... Le soleil étant un corps sphérique lumineux, on le conçut comme le centre commun d'une infinité de rayons de lumière et de calorique transmis aux globes qui roulent autour de lui.

> On décompose ainsi cette émission en considérant le soleil coinme un point radieux A [Fig, 4"*). Si une planète B se trouve placée devant ce point radieux  , elle reçoit un certain nombre de ses rayons, qui, partant tous d'un point commun A, forment une pyramide dont la base B est mesurée par la surface de l'hémisphère planétaire tourné vers le soleil, et le sommet A est cet astre. Les rayons arrivent donc divergents sur la surface B de la planète; cette divergence se mesure par l'angle GCF ou ECD {Fig. 5"™*) , qu'ils forment entre eux. Cet angle est d'autant plus ouvert que la planète est plus proche du soleil ; et vice versa,

» Gomme les rayons qui forment cette pyramide A B sont divergents, la base va toujours en s' élargissant à mesure que la planète s'éloigne du soleil. En conséquence, cette planète est de moins en moins éclairée et chauffée, puisque sa surface, restant la même, reçoit de moins en moins de rayons solaires ; car à deux distances le diamètre de la base de la pyramide est double de ce qu'il est à une distance, et son aire est quadruple. Donc, sur un espace donné, les rayons y sont quatre fois aussi rares. Ainsi la lumière et la chaleur qui viennent directement par émission du soleil , s'affaiblissent en raison du carré de la distance.

— Voilà une théorie sur la lutniëre et la chaleur dont les principes sont si palpables dans leur vérité, que vous ne de- Tez pas être tenté dVo faire la critique»

LUiMIÈRE ET CHALEUR ^SOLAIRES. 223

— Je ne suis pas de votre avis lorsqu'on les applique aux globes planétaire. Voyez dans quels égarements ils ont poussé Laplace, qui ne se servit que de ces seuls principes pour chercher le degré de température et de lumière que chacune des planètes reçoit du soleil,

» Il sait que la distance de la terre au soleil étant 1^ celle de Mercure est 0, 387, et qu'ainsi la distance de la terre au soleil est ( 1 : 0, 387 =r) 2, 58 fois celle de Mercure à cet astre; donc, d'après le principe que la lumière et la chaleur du soleil s'affaiblissent en raison du carré de la distance , la lumière et la chaleur que Mercure reçoit du soleil sont 6, 66 (carré de 2, 58) fois plus considérables que celles qu'en reçoit la terre.

> Ainsi> d'après les calculs de Laplace, la température de Mercure dépasse celle de l'eau bouillante; et si un jour un pauvre habitant de la terre allait s'égarer dans ce monde brûlant, il serait bientôt réduit à l'état de homard cuit, s'il tombait dans une mer de cette planète, en supposant, ce qui alors serait peu probable, que Mercure puisse avoir des mers, ayant une si haute température ; car les eaux doivent être constamment chez cette planète à Pétat de vapeur.

j» D'après Laplace, voilà un globe bien inutile à l'organisation animale et végétale. On ne peut guère lui reconnaître d'utilité qu'en croyant qu'il ne fut créé que pour, par sa température dévorante, faire l'office du Tartare de la Fable aux âmes des damnés d'ici-bas. Dans l'intérêt de votre philosophie, qui vous fait renier jusqu'aux vérités matérielles du christianisme, vous ne pouvez donc croire qu'il y ait dans l'univers un tel lieu créé pour une telle fin.

— En effet , ce serait donner trop de prise à nos théolo^ giens modernes ; et je crois même que les gaillards se sont déjà avisés, d'après les températures calculées par un savant tel que Laplace pour chacune des planètes , de faire de ces globes des enfers progressif pour les âmes pécheresses.

— Tous offriraient, effectivement, dans la ^température de chacun d'eux, des supplices proportionnés aux crimes.

— Maïs je n^en veux pag, moi, de ces nouTelles impostures théologiques !

— Il y en aurait pour tous les degrés de péchés : enfers terribles, enfers moyennement terribles, purgatoires sévères, purgatoire à douces corrections; ce dernier serait la planète Vénus. C'est peut-être là où vont se purifier les âmes qui ont trop aimé ici-bas? Dans ce cas, ce serait la planète où il y aurait plus d'âmes féminines que de masculines, et Vénus, quoique purgatoire, serait assez bien dénommée.

— Encore une fols, je n'en veux pas, moi, de ces enfers et purgatoires !

— Chez Mars, la peine est plus prononcée; il doit être le purgatoire antagoniste à Vénus. Il est donc le lieu de punition des gens d'humeur froide, les indifférents, les âmes pour qui rhomme fut toujours une chose, et la fraternité une duperie. Comme il ne peut guère se produire sur Mars que du foin, vu les pâturages superbes que lui donne sa température humide, je serais assez porté à croire que cette planète est le purgatoire des âmes qui, de leur vivant, avaient les inclination un peu bestiales. Les fameux conquérants, par exemple, ne seraient pas déplacés dans Mars. Il leur serait devenu itnpossible de se repaître du carnage , dont leur ambition couvre notre terre ; car le règne animal ne doit pas encore exister sur Mars, ou s'il existe, il ne doit être qu'aux premiers échelons de l'organisme.

> Combien devraient donc souffrir sur Mars les âmes des Alexandre, des César, qui, sur la terre , portent leur ambition à se faire passer pour plus que l'homme, et qui, sur ce purgatoire , pourraient tout au plus avoir la prétention du cornichon à se faire concombre. Mars ne peut-être ainsi qu'un purgatoire principalement affecté aux âmes masculines. Les planètes Junon, Pallas, Cérès et Vesta ne sont que des petites maisons, succursales de Mars.

— Puisque vous plaisantez, je vous écoute.

— Mercure, Jupiter, Saturne , Uranus et tous les satellites, voilà de terribles enfers encore placés par échelons!

» Sur Mercure sont portées toutes les âmes qui bnf mérité les peines du feu, et ainsi les plus grands criminels de Thu* manité : les théologiens fanatiques, inventeurs des auio-dafé ; les parricides; les traîtres ; ceux qui ont vendu leur pa> trie et vivent du sang et des sueurs de leurs frères ; et comme ces crimes sont fort rares et que c'est toujours l'esprit de lucre qui les cufanlc, le lieu de leur punition est fort petit et s'appelle Mercure, nom qui, étant celui du génie du vol et de la rapine, lui convient parfaitement d'après sa destination infernale.

» Jupiter, Saturne, Uranus et les satellites sont des enfers d'un genre de punition tout opposé à celui de Mercure. Comme Jupiter, Saturne et Uranus ne sont toujours, d'après les calculs de Laplace , que de vastes glaciers progressif , c'est sur ces planètes que vont se retirer les âmes qui n'apportèrent â l'amitié, à la fraternité que les glaces de la mort. Là se trouvent les mauvais pères et les mauvais fils, les mères et les filles méchantes, enfin, tous les mauvais cœurs; et comme , grâce à nos institutions sociales par lesquelles l'égoïsme individuel est le mobile de tout, ces vices sont trèsnombreux; il n'y a pas de trop des masses telles que Jupiter, Saiurne, Uranus et de celles de tous les satellites et anneaux de quelques-unes de ces planètes, pour supporter cette foule croissante de criminels, et M. Leverrier voudrait en découvrir encore une nouvelle pour suppléer à l'excès de ces âmes damnées qui chargent les anciennes.

» En prenant la chose au sérieux^ vous pouvez, d'après ce simple exposé, juger à quels rêves ridicules les calculs de Laplace peuvent donner naissance , et à quels dangers ils conduiraient l'humanité, si la métaphysique religieuse les exploitait.

— Certainement, car le dogme des récompenses et des punitions après la mort ne tend qu'à rendre l'homme indifférent sur les biens de son existence réelle. Inculquer aux peuples cette croyance que le bonheur de l'homme n'est pas de ce monde, mais d'une vie imaginaire, d'une vie future et des plus problématiques, c'est vouloir en faire des victimes

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dociles de la plus sacrilège et de lu plus odieuse des exploitations ; c'est abâtardir le génie humain par le fanatisme et par de vaines terreurs ; c'est lui arrarlier, par une castration impie, les germes fécondants de toute bonne organisation sociale que Thommeest appelé à se donner.

» Car^ pourquoi nous occuper des biens de cette vie mortelle et si courte, lorsqu'une de délices éternels nous attend? lorsque d'infâmes imposteurs, afin de faire entre eux une orgie des biens que les peuples leur abandonneraient stupidement, nous persuadent que nous recevrons dans une vie future , qu'ils font éternelle, d'autant plus de félicités que nous serons misérables ici -bas? Cette dnperie des siècles passés est, de nos jours, trop grossière pour qu'elle puisse encore trouver de nombreuses victimes ; mais n'en trouveraitelle qu'une, que ce serait encore de trop poup n'être pas une honte pour notre humanité.

— Que Dieu me pardonne ! je ne vous connaissais pas philosophe aussi audacieux ! Comme vous y allez ! Heureusement qu'un océan nous sépare de Rome. C'est cependant au maintien de ce dogme, dont le nom seul vous remue si vertement la bile, que tentent tous les calculs de Laplace touchant la température de chacune des planètes.

— Laplace s'est trompé!

— Ah! vous voilà donc arrivé !... Ce n'est pas sans peine! Il fallait, comme il faut toujours, que vous fouillassiez à deux pieds une de ces choses absurdes qu'on appelle vérité métaphysique, pour vous élever à une vérité réelle Oui,

Laplace s'est trompé ; et vous avouez qu'il s'est trompé par cela seul qu'il favorise un dogme métaphysique? c'est mettre en principe que la métaphysique est mère de toutes les erreurs qui égarent le génie humain. C'est une nouvelle école que vous faites-là. Je ne chercherai pas si elle est meilleure que ses aînées; mais je sais fort bien que ces dernières sont toutes détestables et que nos vices sociaux, ainsi que les misères humaines, sont nés d'elles.

» Si Laplace mit tout en ébullition sur Mercure, il fit de Vénus une planète dont la température et la lumière ne se-

raient quel, 912 (carré de 1, 383, quotient de la distance de ia terre et de Vénus) fois celles de la terre.

• Comme Mars a sa distance au soleil i, 52i fois celle de la terre, sa lumière et sa température ne seront ainsi que 2, 310 (carré de 1 , 524) fois moindres que celles de la terre.

• Maisquel vaste glacier Jupiter serait-il, lui, dont la distance au soleil est 5, 20 fois celle de la terre ! La lumière et ia chaleur qu'il recevrait du soleil serait ainsi 27, Oi (carré de 5, 20) fois moindres que celles reçues par notre planète.

• Et ce pauvre Saturne, quel vieillard glacé et ténébreux ne serait-il pas? lui, dont la distance est 9, 55 fois celle de la terre? La chaleur et la lumière qu'il recevrait du soleil serait 90 (carré de 9, 53) fois moindres que celles de notre planète.

i> Uranus serait sous une influence frigorifique encore bien plus considérable que celle de Saturne; car sa distance au soleil étant 19, 18 fois celle delà terre, sa lumière et sa chaleur, toujours d'après les calculs de Laplace, seraient 367, 87 (carré de 19, 18) fois moindres que celles de notre globe. Si cela était réellement vrai, pour quels usages ces vastes globes auraient-ils été créés? Dieu aurait-il fait des ^nres de matières particulières pour chaque planète, et produit des différences d'actions si diamétralement opposées, que ce qui produirait, sur un globe, de la lumière et de la chaleur serait, pour un autre, une cause de froid et de ténèbres, et vice versa,

» Outre qu'une conduite si bizarre de la part du Créateur ne pourrait nous donner de lui une idée bien flatteuse, la loi de gravitation universelle, k laquelle sont soumises toutes les sphères du firmament, prouve assez suffisamment que toutes sont composées d'une matière homogène. Ainsi, il doit se former sur chaque globe planétaire tout ce qui naît sur la terre, lorsqu'il est sous l'influence de la même température de cette planète. Une seule réflexion suffit pour démontrer le peu de vraisemblance résultant des calculs de Laplace, c'est que, d'après leurs conséquences, si Saturne recevait réellement du soleil une lumière qui serait 90 fois moindre que celle de

la terre, il ne pourrait, h la ççrande distance où il est de nous, être aperçu à Pœil nu, comme il Pa été depuis la plus haute antiquité.

— Cependant , la base des calculs de Laplace est géomélri- (|uement vraie. Il est impossible d*eu trouver une meilleure aux calculs de la quantité de fluide lumineux que le soleil déverse sur chacune des planètes, puisqu'il est avéré, par l'observation comme par la théorie, que la lumière qui vient d'un point radieux s'affaiblit en raison du carré de la distance : ce qui est une loi provenant de la divergence des rayons que lance autour de lui tout corps sphérique lumineux. Il y a donc encore dans le mode d'éclairage et de chauffage des planètes par le soleil quelque chose de bien mystérieux^ d'insaisissable pour le génie humain?

— Il n'y a pas dans la science astronomique de problème dont la solution soit aussi facile. Laplace, comme ses prédécesseurs dans l'explication des niouvemeuts planétaires, n'a résolu qu'à moitié les problèmes. Il est bien vrai que la himière qui vient directement d'un point radieux s'affaiblit en raison du carré de la distance; mais il est vrai, aussi, qu'à cette cause de diminution de lumière provenant de la divergence des rayons lumineux, on doit encore ajouter celle-ci : que la densité de Patmosphère solaire, diminuant comme le carré de la distance augmente, la divergence des rayons solaires est augmentée aussi proportionnellement à la décroissance de la densité de cette atmosphère ; car il est reconnu en dioptrique que les rayons divergents, comme le sont ceux du soleil, deviennent plus divergents en passant d'un milieu plus dense dans un plus rare, et cela proportionnellement à la décroissance de la densité du milieu.

» Vous voyez que Laplace est encore au-dessous de ses calculs, et que la lumière et la chaleur de Mercure ne peuvent pas être, comme il le dit, 6, 66 (carré du quotient de sa distance et de celle de la terre) fois celle de notre planète, mais bien deux fois ce carré et ainsi 13, 32. La lumière et la chaleur de Jupiter ne seraient pas non plus 27, 04, mais bien 54, 08 fois moindres que celles de la terre. La lumière

et la chaleur de Saturne ne seraient pas non plus 90^ mais i80 fois moindres que celles de notre globe; elles ne seraient pas non plus 367, 87, mais bien 735^ 74 fois plus grandes que la lumière et la chaleur d*Uranus.

» Laplace commit donc une erreur grave dans la base mênoie qu'il donna à ses calculs des températures des planètes. A Mercure il fit son degré de lumière et de chaleur le double moins fort de ce qu'il devait être, lorsqu'à toutes les autres planètes il donna ce degré le double trop fort. Vous voyez qu'il est matériellement impossible que, d'après le mode des calculs de Laplace, la lumière et la chaleur que les planètes reçoivent du soleil puissent venir uniquement d'une émission par cet astre ; car ce que Jupiter, Saturne et Uranus recevraient de cette émission serait trop minime pour être significatif.

» Cependant Laplace était dans la bonne voie; mai$ il s'est arrêté au milieu de la solution du problème. Ainsi que ses prédécesseurs, il fut trop ébloui par les rayons de la vérité qu'il entrevoyait pour pouvoir pousser plus loin. Il aurait dû dire, quoique ça n'aurait pas encore été la vérité entière : oui , la lumière qui vient du soleil s'affaiblit eu raison du carré de la distance, ainsi qu'en raison de la décroissance de la densité de l'atmosphère solaire ; mais toutes les planètes sont enveloppées d'une atmosphère dont la profondeur des couches, sans avoir besoin de la calculer géométriquement, est proportionnelle aux masses des planètes, et qui, sans crainte d'erreur, peut être considérée comme étant de quel-^ ques centaines de lieues.

» Or, la densité des atmosphères planétaires augmentant comme le carré de leur profondeur diminue, et les rayons divergents du soleil devenant, par cet accroissement de densité, de divergents convergents, en passant insensiblement d'un milieu plus rare dans un plus dense, il suffit d'accorder, ce qui est le ndnimum de la réalité, deux ou trois cents lieues de profondeur aux atmosphères planétaires pour que de leurs régions moyennes, à trente ou quarante lieues de la surface, les rayons du soleil, de divergents qu'ils étaient de 200 à 300

lieues, en rentrant dans l'atmosphère planétaire, soient, à la hauteur de trente à quarante lieues, rendus parallèles en (ra • versant ce milieu donl la densité augmente comme diminue le carré de sa profondeur. Du point où les rayons deviennent parallèles, la densité du milieu ne cessant d'augmenter dans le même rapport jusqu'à la surface du globe, de parallèles ils convergent pour se réunir vers le centre de la planète. Voilà ce qu'aurait dû dire Laplace.

t Cette réfrangibilité des rayons lumineux provient de FafGnifé ou attraction des corps pour te fluide lumineux. Comme la somme de l'influence attractive d'un globe est vers son centre» les rayons solaires sont donc attirés dans la direction de ce centre. Tous tendent à converger vers ce point, qui serait le foyer où tous se réuniraient, si la surface opaque de la planète ne les coupait pas par son inlerposilion. Ainsi, les rayons solaires étant toujours attirés dans la direction du centre d'une planète, celle cause, seule existant, les ferait rentrer obliquement dans l'atmosphère inférieure de ce globe, quand même la constitution de celle-ci ne les ferait pas aussi converger dans cette direction.

> Tout dans une planète, sa forme sphérique et ses constituants atmosphériques, travaille à faire converger les rayons solaires vers un foyer unique, en rassemblant dans les régions supérieures de son atmosphère les rayons divergents du soleil pour les réunir en une masse pyramidale, dont le sommet se dirigerait dans la direction du centre de la planète, si la surface opaque de celle-ci ne s'interposait pas à leur passage.

» Les rayons solaires, formant ainsi une pyramide dont le sommet est vers le centre de la planète, occupent donc, à nombre égal, un espace qui diminue comme diminue le carré de leur distance à la surface delà planète; car, à une distance double, ces rayons y sont quatre fois plus rares. Il est reconnu en optique que, de quelque manière que les rayons solaires son t réunis, ils produisent une chaleur et une lumière d'autant plus actives qu'ils se trouvent rassemblés en plus grande quantité dans un plus petit espace. Ainsf, le pou-

voir lumineux et calorifique des rayons solaires qu'une planète rassemble dans l'espace et attire dans la direction de son centre, diminue, de sa surface vers le firman^nt, comme le carré de la profondeur de son atmosphère augmente. L'interception des rayons solaires par la surface opaque des planètes coupant leur pyramide, celle-ci se trouve ainsi tronquée; mais ses conséquences touchant ses degrés de lumière et de chaleur n'en suivent pas moins les mêmes rapports. Ce qui fait que tout le maximum de lumière et de chaleur des rayons solaires se trouve à la surface de la planète ; car c'est à ces régions qu'ils sont en plus grande quantité dans un plus petit espace.

» La surface toi aie de l'hémisphère planétaire tourné vers le soleil, et qu'on appelle hémisphère éclairé, mesure la troncature de cette pyramide, dont Taxe est la droite qui joint le centre de la planète au centre du soleil. Tout le maximum de la lumière et de la chaleur solaires pour l'hémisphère éclairé d'une planète est aux régions où tombe directement cet axe ; et de ce point, l'intensité de la lumière et de la chaleur solaires va en décroissant, proportionnellement à l'augmentation de la langeante des latitudes. La démonstration de ce que je vous avance ici est trop complexe, et il doit en sortir des solutions de phénomènes trop intéressantes et trop nombreuses, pour que je puisse me dispenser de vous tracer une figure.

» Soit S le soleil ( Fig. 6""®), avec un faisceau de ses rayons lumineux ; soit T la terre, et A B C D £ les régions moyennes et inférieures de son atmosphère, et F G H I K L les supérieures; PT» l'axe de la terre; MTQ sou équateur, et YVQTMZRS la verticale qui passe par les centres des deux globes. La planète T, avec son atmosphère, est ainsi plongée dans les rayons solaires, qui tous sont divergents, excepté MZRS; l'atmosphère supérieure FGHIKL du globe T en intercepte la quantité qui vient frapper l'arc ^ Z 0. Mais en pénétrant dans ce milieu atmosphérique , dont la densité augmente comme la distance à la surface P M 5 diminue, ces rayons éprouvent une réfraction crois-

'i32 PHYSIQUE CÉLESTE.

santé vers T, réfracfion qui , de divergents qu'ils étaient en Irappant l'arc N Z 0, les rend insensiblement parallèles dès Tare bedCy oi]r commence Tatmosphère inférieure ABC DE; et la densité du milieu de cette atmosphère augmentant, ainsi que celle de la supérieure^ comme le carré de la distance à la surface PMf diminue, de cet arc bcnde la réfraction continuant^ les rayons solaires de parallèles deviennent convergents vers y ^t non pas vers T^ centre de la planète.

— Vous voilà en contradiction avec vous-même. Vous venez de me dire que tous les rayons solaires étaient attirés vers T, centre de la planète; et maintenant vous voulez que, dans leur convergence, leur foyer ne soit pas en T, mais bien en V, hors de la terre et bien au-delà même de sa surface, dans l'atmosphère de rhémisphère obscur.

— 11 est facile de vous démontrer que, si les rayons solaires n'étaient pas arrêtés par la surface du globe T, ils ne se réuniraient pas en T, centre de ce globe, pour en faire leur foyer, mais bien en V. En effet, l'atmosphère inférieure A B C D E, dont la densité augmente comme diminue le carré de sa profondeur, ne doit-elle pas être considérée ainsi qu'un globe transparent dont la surface est une courbe parfaite et que les rayons solaires, excepté celui RZMV, pénètrent obliquement dès le cercle bcde^ Le rayon RZMY, seul restant parallèle, seul passerait par le ceutre T de la planète en suivant une ligne droite ; les autres rayons sont réfractés et convergent vers un foyer commun, qui ne peut tomber que sur la droite de ce rayon R Z M V Y.

Or, en considérant un moment une planète, en raison de son atmosphère ABC DE, comme un globe transparent ou comme une lentille dont la surface' est une courbe parfaite, la distance du foyer des rayons qui la pénètrent obliquement, dès la surface b cde^ est toujours égale au diamètre a V de la sphère. C'est une loi d'optique qui est démontrée mathématiquement. En supposant toujours que le globe T soit transparent, les rayons solaires n'auraient donc pas leur foyer en T, centre de la planète, mais en V; parce que la distance a V est égale au diamètre de la sphère atmosphérique ABC DE

que pénètrent 1rs rayons convergents. De ces. principes, qui sQnt ceux de l'optique, nous tirons cette conclusion : que le foyer des rayons solaires ne serait pas au centre de la sphère, si ces rayons pouvaient se réunir, niais qu'il serait hors de cette planète, à une distance V, égale au diamètre aVde la sphère atmosphérique ABC DE, de la surface bcadeY de laquelle ces rayons sont, de parallèles, devenus convergents. Ainsi, les rayons solaires, ayant leur impulsion vers V, la conservent jusqu'au moment où ils frappent la surface solide P M 8 du globe T qui les intercepte.

— Je comprends maintenant.

— Tant mieux ; car à l'inspection de notre dessin (Fig, G""), je vois sortir de son intelligence de nombreuses solutions de phénomènes météorologiques... Tous les rayons en partant du soleil conservent toujours entre eux, quoique s'écartant dans leur divergence de plus en plus Tun de l'autre, im espace qui est le même pour tous à une égale distance du soleil. Mais, lorsqu après avoir Jtraversé l'atmosphère d'une planète ils viennent frapper sa surface solide P M « , cet espace entre eux est loin de rester le même , ainsi que vous pouvez le voir à la seule inspection du dessin.

t Divisons la surface P M et M « du globe T en six parties égales de 30® chacune. De M, point équatorial de cette surface, jusqu'aux 30*' parallèles la quantité de rayons solaires contenue dans cet espace de 30*^ est 5, lorsque de ces 30*' parallèles jusqu'aux 60*' cette quantité de rayons n'est plus que 4, quoique l'espace qui la contient soit toujours de 30^; depuis les 60*' parallèles jusqu'aux p6les P et s, la quantité de rayons solaires contenue dans le même espace de 30*" diminue encore plus brusquement, car elle devient 1 1|2.

t Or, la chaleur et la lumière des rayons solaires étant d'autant plus puissantes que ces rayons sont réunis en plus grande quantité, la lumière et la chaleur solaires diminuent donc insensiblement de l'équateur aux pôles, où elles se trouvent réduites à la plus faible puissance qu'elles puissent avoir sur la surface des planètes. Par la même raison, si l'on suppose que les points P et « de la planète T, au lieu d'être ses

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pôles, soient ses points d'Est et d'Ouest, le soleil, à midi, produit beaucoup plus de lumière et de chaleur qu'il en produisait à 10 heures du matin, et qu'il en produira à 2 heures de l'après-midi ; mais à 10 heures du matin et à 2 heures de l'après-midi, il en produit beaucoup plus qu'à 8 heures du matin et qu'à 4 heures du soir, etc., etc.

— C'est donné aux phénomènes météorologiques une solution mathématique.

— Ne Yoyez-vous pas aussi que ce dessin (Fig. 6"*«) explique le phénomène du crépuscule? Supposons toujours que P et s soient les vrais points d'Est et d'Ouest d'un méridien MQ; un observateur placé en r aura jk pour horizon; un autre observateur placé en t aura p q pour le sien. Or, en raison de la réfraction des rayons solaires contenus dans les espaces/N et ^f 0, chacun de ces deux observateurs a déjà vu des flocons de lumière d'abord éclairer le ciel jusqu'en u et X, puis ensuite la surface des régions où ils se trouvent, longtemps avant que le soleil soit apparu sur leur horizon, ou longtemps après qu'il en soit disparu. Ce phénomène s'appelle crépuscule.

t De cette disposition des rayons solaires, il existe encore un autre phénomène, qui est à peu près semblable à celui du crépuscule ; mais on a l'habitude de le regarder comme lui étant étranger. La réfraction des rayons Nw et a;, en les faisant converger dans la direction de V, les empêche toujours de toucher la surface de la terre ; ces rayons s'étendent, dans les hauteurs de l'atmosphère, en forme de lance ou pyramide, dont la base est à l'horizon et le sommet se perd dans le ciel. Ce phénomène lumineux, qui est plus sensible là où il y a plus de rayons solaires réunis, a toujours son siège au zodiaque; aussi se nomme- 1 -il lumière zodiacale, et il précède le crépuscule du matin et suit celui du soir; car il en est en quelque sorte le prélude. Les époques où ce phénomène doit être le plus apparent pour les latitudes moyennes seront celles du printemps et de l'automne.

» Faisons les points P et s de la planète T ses points d'Est et d'Ouest (Fig. 6««), et Q M son axe, et Q son pôle nord; et

LUMIÈRE ET CllALEUR SOLAIRES. 235

considérons le soleil entre Téquateur de la terre et le solstice d'hiver. Les rayons solaires N u et Oâ? sont, de tous ceux qui rentrent dans l'atmosphère de la terre, les plus réfractés; et ils sont si obliques qu'ils ne peuvent pas touclier la surface du globe T. Ils continuent donc à converger dans l'atmosphère vers V, leur foyer commun, et où ces quelques rayons Nî<y et Ox V, perdus pour la surface des régions polaires Q , se rencontrent et se réunissent. Ces quelques rayons solaires ne peuvent pas se réunir à leur foyer commun Y sans produire à ce point de l'atmosphère polaire une combustion lumineuse analogue à celle que nous voyons au foyer d'une lentille. Au point atmosphérique V, il doit donc y avoir un embrasement de l'atmosphère. Or, cette atmosphère est-elle combustible? et comment doit -elle se comporter sous la flamme incessante du foyer V des rayons solaires NV et V? Voilà ce que nous allons chercher.

» Une fois leur court été terminé^ les moyennes régions atmosphériques des zones polaires s'épurent bien vite du peu de vapeurs d'eau restant des évaporations faites par le soleil. Ainsi, les rayons solaires NV et OV, dès qu'ils se rencontrent au point Y, leur foyer commun, dans les régions moyennes épurées de l'atmosphère polaire, y produisent le phénomène d'une combustion atmosphérique réelle. Sous cette flamme continue d'un foyer si puissant, comment doit se comporter l'atmosphère polaire de la région Y? Elle est des plus pures, c'est-à-dire elle est privée de toute particule d'eau. Ne contenant ainsi dans sa combinaison que de l'azote et de l'oxygène unis à du calorique, elle offre constamment à l'activité de la flamme du foyer Y un mélange pur de gaz azote et de gaz oxygène.

t Or, l'expérience nous démontre que la combustion fixe une partie des substances gazeuses de ce mélange, ou, autrement dire, qu'elle force l'azote de ce mélange à s'oxyder, à se charger d'une grande quantité d'oxygène. Une pareille combinaison de l'oxygène se produit à la région Y de l'atmosphère polaire Q; car cette région est à ce point Y sous l'influence d'une flamme puissante et continuelle* Il y a donc

là une combustion réelle de l'azote, car combustion veut dire oxydation. L'azote, se chargeant de plus en plus d oxygène, ne tarde pas à fixer en lui une quantité d'oxygène qui devient le double de son poids.

» Ce degré d'oxydation de l'azote se nomme oxyde d'azote, ou, autrement dire, gaz nitreux. La quantité qu'en produit le foyer V dans l'atmosphère polaire doit être très-considérable et continue, car l'activité de ce foyer est considérable et continue. De la région Y de l'atmosphère polaire, où se réunissent les rayons solaires, se forme et s'échappe constamment une masse considérable de gaz nitreux, qui se répand dans l'atmosphère en nuages flottants.

• Mais le gaz nitreux mêlé à l'air atmosphérique devient rutilant, c'est-à-dire apparaît sous des vapeurs rouges, dont l'éclat est d'autant plus vif que l'atmosphère est plus pure, c'est-à-dire plus oxygénée. L'atmosphère des régions polaires est toujours, surtout celle des boréales^ dans cet état d'oxydation propice pour donner de l'intensité aux vapeurs rutilantes du gaz nitreux ; car elle est la région atmosphérique de la terre la plus oxygénée, puisqu'elle est presque toujours hors de l'action solaire, laquelle fait dégager le calorique du milieu atmosphérique, phénomène qui ne peut se faire sans désoxygéner Tatmosphère. Je vous le démontrerai plus tard.

» Ainsi, dès qu'il se forme, le gaz nitreux s'étend de Y dans l'atmosphère polaire en éclatantes vapeurs rouges, qui, toutes sortant du même centre Y, s'élendent au loin en flocons ou nuages lumineux, et produisent ainsi, dans toute sa majestueuse splendeur, le brillant météore des aurores polaires, phénomène dont la cause de la production étant, aux époques des équinoxes, au plus haut point atmosphérique où elle puisse se trouver, est aperçu, pendant le printemps et pendant l'automne, à des latitudes assez éloignées du pôle Q.

— J'étais loin de m'attendre ici à une explication des aurores polaires. Je n'ai jamais connu un savant aussi excentrique que vous dans ses travaux.

— £h ! qu'imporlc mes exccntricilés, si elles doivent apporter à la science humaine de nouvelles données! Mais je suis encore loin d'avoir tout dît sur les aurores polaires : il me reste à vous donner bien des preuves à la cause que j'attribue à leur formation».. Le gaz nitreux, que des rayons solaires^ réunis en un foyer commun, font dégager de l'atmosphère polaire, devient rutilant et lumineux dans l'acte d'absorption qu'il fait de Poxygène de l'air. Or, ce dernier, une fois combiné avec le gaz nitreux, le fait passer de gaz nitreux rutilant à l'acide nitreux invisible, dont l'affinité pour les vapeurs d'eau est si puissante qu'elle attire et fait transporter ses nuages de la région atmosphérique rutilante vers la direction de à et de /, jusqu'à ce qu'ils trouvent enfin dans l'atmosphère la quantité de vapeurs d'eau qu'ils peuvent absorber. Un tel déplacement dans l'atmosphère ne peut avoir lieu sans agiter cette dernière, et c'est au milieu de cette agitation atmosphérique que l'acide nitreux se mêle et se combine avec les vapeurs d'eau.

» Cette nouvelle combinaison gazeuse, étant de beaucoup plus pesante que l'air atmosphérique, ne tarde pas à descendre insensiblement sur la surface de la planète, et cela avec d'autant plus de facilité que les terres ah^lînes, l'alumine et les oxydes, qui sont répandus avec tant de profusion sur la surface de la terre, l'attirent vers eux par deux modes : 1*» en raison de son principe nitreux, 2"* et en raison des vapeurs d'eau qu'elle contient. £Ue forme avec ces terres des nitrites et des nitrates. Les hautes latitudes sont donc de toutes celles dont les terres doivent cpntenir plus de nitre ou salpêtre, et où ce sel doit se former, à l'air libre, avec le plus de rapidité et d'abondance. Vous savez qu'il en est ainsi, et que même certaines contrées du Nord de l'Europe et de l'Asie ont leurs terres si chargées de salpêtre, que souvent il forme sur elles une couche épaisse.

— Je vois qu'on ne peut être astronome parfait, si on n'a pas de connaissances en chimie, en physique et en géogénie. D'ailleurs, ne voulez- vous pas de toutes les sciences en faire une unique , que vous appelez la grande science humaine.

238 PïlYSlOtlE CÉLESTE.

— Nous ferons nos réflexions plus tard ; terminons la solution du problème des aurores polaires... Supposons que l'action du foyer V {Fig. 6"*) des rayons solaires N V et V se fasse dans un milieu atmosphérique Y qui soit chargé de vapeurs d'eau, comme cela a très-souvent lieu au pôle sud, aux époques équinoxiales ; car les régioûs australes, offrant depuis le i5' parallèle jusqu'au pôle antarctique une nappe immense d'eau , ne peuvent pas épurer leur atmosphère de ses vapeurs d'eau, comme le font les régions couvertes de végétaux de Phémisphère opposé ; puis, les eaux de l'océan méridional, communiquant directement de l'équateur au pôle par des courants continuels, ont une température qui ne varie que faiblement..

» Comment se fera donc en V (Fig, 6"»*) la conibustion de Pazote, ou autrement dire la formation du gaz nitreux, dans Patmosphère du pôle sud si chargée de vapeurs d'eau? Cette combustion aura, sans doute, beaucoup de peine à se produire ; elle arrivera très-rarement, mais elle ne sera pas impossible. Dans ce cas, la combustion de l'azote enlève à la vapeur d'eau son oxygène, et met ainsi son hydrogène à na en même temps que se forme le gaz nitreux (oxyde d'azote). L'étincelle du foyer Y, agissant constamment sur ce milieu atmosphérique composé de gaz nitreux et d'hydrogène, finit par l'enflammer en produisant au pôle sud une aurore polaire de couleur verte, comme l'est la combustion d'un mélange de gaz nitreux et d'hydrogène.

— Effectivement, dans mon dernier voyage à la pèche de la baleine, dans les mers du Sud, je me rappelle avoir vu, pendant une nuit entière, un météore de cette couleur verte dans la direction du pôle sud. Je n'ai jamais pu m'en rendre compte.

— La production d'oxyde d'azote par l'activité du foyer Y des rayons N Y et OY est, sans doute, une des causes des aurores polaires, mais elle n'est pas Punique : elle est la * cause chimique qui explique parfaitement les flocons ou nuages rouges de ces météores. Il existe encore deux autres causes travaillant simultanément à la production des au-

LUMIKRK KT CHALEnR SOLAIRKS. 239

rores polaires ; 1** Tune provient de Tétat électrique de l'atmosphère des régions polaires, T et l'antre des lois d'optique. Je traiterai de la première dans un autre temps; pour le moment je ne vais parler que de l'effet d'optique.

D L'aurore polaire n'est pas seulement un météore d'un rouge vif; elle contient aussi une longue zone de lumière blanche éclatante. En effet, il se produit dans l'atmosphère polaire un météore de lumière blanche, comme la lumière zodiacale, mais beaucoup plus vive, et qui sera vue de la surface des régions polaires pendant tout le temps que le soleil sera sous l'horizon. Mais la figure 6"*' est insuffisante pour vous expliquer parfaitement ce phénomène. Je vais vous en dresser une autre^ dans laquelle le pôle P sera vu de face.

» Dans ce nouveau dessin {Fig, T"'), P est un des pôles de la planète T , vue au travers des atmosphères FG H I K L, la supérieure, et ABC DE, l'inférieure, qui toutes deux enveloppent le globe T, et ij Imno est l'équateur de ce globe. Le soleil est vertical en M, sur Péquateur; la droite hz sépare l'hémisphère Y éclairé de l'hémisphère obscur X. Les rayons R représentent la portion des rayons solaires qui ne sont pas arrêtés par la surface de la planète, et qui se perdent dans l'atmosphère vers le pôle P ; ils viennent, par leur réfraction dans ce milieu atmosphérique^ converger au foyer y, à une hauteur de deux on trois lieues et ainsi dans l'atmosphère moyenne. Ce foyer n'est pas au-dessus de la surface du pôle, mais bien à une distance P V (Fig. 7"^*) de ce pôle.

» Comme à cette région de l'atmosphère polaire se trouvent converger en V les rayons solaires qui sont trop obliques pour pouvoir toucher la surface de la planète, il se produit dans l'atmosphère un éclatant météore de lumière blanche, faisant dégager en même temps dans la région atmosphérique y une forte quantité de gaz nitreux, qui vient mêler ses brillantes vapeurs rouges à ce splendide rayonnement de lumière blanche. La distance de ce foyer y au pôle P est Py, arc de 14® 1 1|2 environ.

B Ainsi, aux deux régions polaires de la terre, dans les régions moyennes de l'atmosphère, il se trouve, perpendicu-

laires sur les 75™" 1|2 parallèles^ des foyers puissants où viennent se réunir les rayons solaires qui se prolongent, en raison de leur excessive obliquité et réfraction , dans les atmosphères des régions polaires. C'est aussi sur ces 75°""* 1|2 parallèles que mes calculs trigonomélriques ont placé les pôles magnétiques de la terre.

> La pensée peut se rendre parfaitement compte de ce que doit être, sous les influences de la lumière solaire prolongeant ses brillants rayons au travers d'une nuée d'écarlate, la splendeur des aurores polaires, surtout si on considère que ce météore peut-être double, c'est-à-dire qu'un second est quelquefois superposé sur l'inférieur, de telle sorte qu'il semble n'en former qu'un.

» En effet, tant que les rayons solaires ne rencontrent pas, au sortir de leur foyer V, des vapeurs d'eau, lesquelles les absorbent, ils s'élancent en divergeant de Y, et se perdent dans les bautes régions de l'atmosphère X (Fig. 7""^), en s'iaclinant vers l'équateur. Alors le nouveau météore qu'ils produisent par ce rayonnement est visible même aux latitudes moyennes.

• Ainsi, pour les hautes latitudes, les aurores polaires embrassent tout le ciel; elles ont pour centre, au zénith, une espèce de pavillon lumineux, dont les amples rideaux se déploient majestueusement dans le vaste contour de l'horizon polaire. Mais pour les moyennes latitudes, ce phénomène, qui y apparaît fort rarement pour les raisons que je viens de vous dire^ se présente, au contraire, en pavillon ou pyramide lumineuse renversée, dont le sommet est sous l'horizon et les rayons s'élancent vers l'équateur, en divergeant et en se perdant en X^ dans les régions hautes de l'atmosphère.L'éclat de ce dernier genre d'aurore polaire est un diminutif de celui du premier.

> Dès l'instant c[ue le soleil quitte l'hémisphère du pèle P, les régions polaires de cet hémisphère se trouvent dans une nuit continue. Je vais vous démontrer ce phénomène par cet autre dessin (Fig. 8*"') , qui nous représente les rayons solaires dans leur direction sur la surface éclairée irjlsm du

LUMIËR1? ET CHALEUa SOLAIRES. 241

globe T, au solstice d'hiver. La droite ^ A; sépare l'hémisphère Y éclairé de Phémisphère X obscur. La verticale SZ du soleil tombe en M, sur le tropique du Capricorne, distance la plus petite du soleil au pôle austral s. En raison de la réfraction des rayons solsiresR, la surface des régions polaires australes est éclairée jusqu'au point m, recevant ainsi, par réfraction, les rayons solaires jusqu'à ce point de l'hémisphère opposé au soleil. Ces régions n'ont pas de nuit. Mais la surface des régions du pôle P ne reçoit alors des rayons solaires que jusqu'en i de Thémisphère tourné vers le soleil. Donc, au solstice d'hiver, la surface des régions polaires boréales est dans une nuit complète, lorsque celle des régions australes est sous une lumière continue. Reprenons maintenant la figure T™*^, qui nous montre les rayons solaires considérés dans leurs phénomènes optiques et météorologiques en pénétrant dans le milieu réfringent qui les fait converger en V.

» Au solstice d'hiver, toute la surface efPgV des régions boréales est privée de la lumière du soleil, quoique des rayons de cet astre convergent en un foyer V, dans les régions moyennes de l'atmosphère polaire, et y soient une des causes puissantes des aurores polaires. Effectivement, c'est à cette époque de l'année que ce splendide météore apparaît, dans ces régions polaires, ainsi qu'un immense pavillon lumineux, dont les rideaux, en se déployant majestueusement vers tous les points de l'horizon du pôle, semblent couvrir ces régions glacées d'une tente de pourpre lumineuse, au sommet de laquelle s'étendent, en rayonnant vers le ciel^ dans la direction de l'équateur, des jets de lumière, ainsi qu'un immense panache lumineux Xs'inclinant vers l'équateur, dans la direction contraire à celle où se trouve le soleil. C'est par ces diverses raisons que les jets lumineux de ce panache peuvent être vus, de 10 heures du soir à 2 heures du matin, des latitudes moyennes, lorsque l'atmosphère des régions qui séparent ces latitudes de la zone polaire n'absorbent pas ces rayons lumineux par des vapeurs d'eau.

» Mais dès que le soleil s* éloigne du tropique du Capricorne, et de M s'avance (Fig. 8"«) vers c, l'équateur, pour se

le

242 raY^IQUB CÈLEStE.

rendre vers r, tropique du Cancer, une grande partie des rayons solaires qui convergent vers le foyer V {Fig. 7*"*), quittent insensiblement ce point, en descendant vers la surface proportionnellement à la diminution de leur obliquité.. La marche du soleil continuant, les rayons de lumière ne tardent pas à toucher la surface polaire et ainsi à Féclairer; alors le météore atmosphérique s^anéantit. L'effet contraire a lieu pour les végions polaires australes.

» Un foyer si considérable d'activité chimique, tel que Test le foyer V (Fig. T"**) agissant sans cesse dans l'atmosphère e P y et ^ P/, ne doit-il pas tenir cette région atmosphérique polaire dans un état de combinaison telle, que de puissants phénomènes magnétiques puissent en naîlre au point de son contact avec le reste de l'atmosphère terrestre? Comme le foyer V ne peut pas s'écarter du pôle P de plus de 1 4° 1 12 environ, ce sera donc vers les TS"®» 112 parallèles que ce contact et cette combinaison atmosphérique incessants auront lieu, et que se produiront les causes des grands mouvements magnétiques. Mais je réserve pour plus tard de traiter de ces grands effets de météorologie.

. • Vous voyez, d'après ces nombreuses solutions de phénomènes d'optique et de météorologie que je retire du système même de l'émission de la chaleur et de la lumière pas le soleil, combien Laplace et ses disciples sont au-dessous des grands faits qui en naissent naturellement. Laplace s'est arrêté en route. Il aurait dû dire : l'intensité de la chaleur et de la lumière émises du soleil est relative au nombre des rayons solaires réunis dans un espace donné; le degré de chaleur et de lumière que chaque planète reçoit du soleil, n'est pas seulement en rapport du carré de sa distance de cet astre, mais il est aussi en rapport de l'étendue ou diamètre de son atmosphère. Car une planète attire et intercepte d'autant plus de rayons solaires que son atmosphère leur oppose une plus grande étendue. Comme le diamètre ou étendue de cette atmosphère est proportionnelle au diamètre ou surface antérieure du globe solide, on peut prendre la surface antérieure d'une planète pour terme de comparaison.

D ÂiDsi, puisque Laplace n'a pas \ou\ii, ou plutôt n'a pas eu ridée de faire entrer, dans ses calculs sur la chaleur et la lumière que les planètes reçoivent du soleil, la différence des surfaces comparées entre elles, je compléterai son œuvre en réparant cette omission.

— Je voudrais pour quelque chose que Laplace soit encore de ce monde.

— Vous lui en voulez donc bien?

— Comme j'en veux à tous ceux qui donnent aliment aux rêves de la métaphysique!

— Ses enfers vous sont indigestes.

— J'espère que vous n'allez pas tomber, vous aussi, dans quelques absurdités, qui, tout en étant opposées à celles de Laplace, pourraient aussi servir de pâture à l'idéal théologique ; car depuis que vous vous flattez de me rendre le plus croyant des chrétiens, je me méfie un peu de vous.

— Ne peut-on pas croire à des révélations célestes sans perdre pour cela sa qualité d'homme sensé. Vous, comme bien d'autres, vous vous méprenez toujours sur l'expression de révélation. Vous vous imaginez que cela veut dire que Dieu s^est révélé en cachette à quelques êtres privilégiés, sans (pie ces derniers eussent mérité cette faveur par leur utilité à l'humanité.

Lors que Dieu se révèle» c'est à l'humanité entière; et comme il se révèle incessamment à cette fille aînée de la création, afin de la pousser dans la voie de la meilleure organisation sociale, il ne place ses révélations que dans l'étude des lois qu'il impose à la matière, étude qui est accessible à tous.

» Les révélateurs que Dieu emploie sont loin d'être ce que vulgairement on appelle prophètes; ils ne furent tous que des penseurs parvenus, pour leur siècle, à de hautes conceptions scientifiques. Moïse et le Christ sont dans ce sens les plus grands prophètes du monde; car, de tous lesenfipints de l'humanité, ils furent ceux qui touchèrent Dieu de plus près.

» 11 n'est pas une de leurs paroles qui ne soit point brûlante du souffle de Dieu. Je crofe à ces hommes, je crois à la sainteté de leur mission ; attendu qu'ils ne cessèrent de travailler au bien-être matériel de Inumanité. Leurs œuvres sont de toutes celles des hommes les seules immortelles ; elles sont et seront toujours les premières bases de l'organisation sociale, hors desquelles l'édifice des sociétés humaines s'écroule périodiquement, frappé par le vent des tempêtes révolutionnaires.

— Mais, mon cher, vous êtes schismatique et hérétique.

— Je ne sais si je suis chrétien orthodoxe; mais je me flatte d'être un peu initié aux secrets de la science chrétienne.

— Ahî voilà une science que je ne connaissais pas encore.

— Tant pis pour vous ; car c'est la science politique la seule vraie, et la seule qui, un jour doit être la science de Thumanité entière. Je suis tellement loin de chercher à atténuer le ridicule dont vous frappez mes convictions, que je vous dirai que, non-seulement je crois à la vérité morale de la doctrine du Christ, mais que j'ai foi aussi à l'avènement de l'homme dans toute la splendeur et la majesté que lui prête la prophétie. Il viendra, assis sur la nuée grosse des tempêtes révolutionnaires, imposer le niveau de la croix à l'humanité entière ! Il viendra foudroyer et précipiter dans les abîmes béants de la terre les faux apôtres, les soldats ténébreux de l'Antéchrist. Ce jour de la délivrance des nations est proche. La lutte des esprits du mal a pu le retarder jusqu'à ce siècle ; mais ce siècle les a vaincu ; car tous les peuples de la terre sont mus par cette convulsion intestine et mystérieuse qui les agitait sous la voix des premiers apôtres du christianisme. Oui, ce jour de la délivrance de Thumanité est proche ; et je prierais le ciel de m'en rendre témoin, si je pouvais prier.

Vous êtes le chrétien le plus extraordinaire que je connaisse !

— Ce ne furent pas les hommes qui m'instruisirent. Longtemps j'ai interrogé le ciel et la terre; et enfin le ciel et la

terre m'ont répondu. A leur voix, j'ai rassemblé leis lambeaux^ de la science divine qui étaient épars dans les nations, afin d'en faire ce seul tout que j'appelle science humaine, et qui donne le christianisme^ mais le vrai, pour morale.

» Dans cette œuvre, je crois avoir fait pour la doctrine du Christ et pour l'humanité, je ne dirais pas plus que les innomhrables écrits des théologiens orthodoxes; mais je crois devoir réparer les maux que ces derniers ont retiré de l'œuvre du Nazaréen, au lieu des bienfaits que Thumanité en espérait. Les orthodoxes n'ont-ils pas, en dénaturant Fesprit divin du Christ^ fait du christianisme une théologie ridicule, puisqu'elle exige la foi aux dépens de la raison ? Ils ont faussé la doctrine la plus sainte ; et, spéculant sur les mots, ils ont placé i'égoïsme là où devait être la fraternité évangélique. Aussi, après douze cents ans de prêches libres et de la pro-> tection des grands de la terre, voyons*nous la théologie qui prétendait régénérer le monde et le délivrer du mal, n'apporter aux peuples que Tathéisme, poison de l'Ame, qui s'insinua ^ans toutes les institutions sociales, et qui ronge depui» longtemps le cœur de l'humanité.

> Le premier fondement d'une bonne religion, qu'est-il> si ce n'est la preuve de l'existence d'un Etre créateur aussi bon que juste, aussi puissant qu'immuable dans ses volontés? Un esprit capricieux dans ses œuvres est le stigmate de l'impuissance. Dieu, l'Etre fort, ne peut, par sa puissance même, donner à la matière qui constitue chaque globe céleste, comme chaque homme, des lois différentes pour la régir. D'ailleurs, les mouvements des sphères planétaires nous démontrent que toutes ont un unique moteur^ la gravitation. Ainsi, démontrer que la chaleur et la lumière solaire de chacune des planètes, causes de l'organiation végétale et animale^ sont semblables pour toutes, c'est, je crois, rendre un plus grand service à la sainte Raison du christianisme, que ne le font les calculs de Laplace, qui donnent ces mondes en pâture au fanatisme et à la superstition, honte et opprobre de toute croyance religieuse. Mais, pour le moment, laissons la théologie en repos.

— Je VOUS approuve; et faites-moi voir ce que vous avancez : que toutes les planètes possèdent, à fort peu de chose près, une chaleur et une lumière solaires semblables pour toutes.

— Pour trouver celte grande vérité astronomique, ii aurait suffi à Laplace de prendre le rapport du carré de la distance solaire d'une planète à sa surface sphérique. Je veux encore bien vous faire ces calculs pour chacune des planètes.

» Lorsqu'on fait 1 ou bien 15287873 myriamètres la distance observée de la terre au soleil, la moyenne observée de Mercure devient 0, 387 ou bien 5917938 myriamètres, qui est contenue 2, 58 fois par la moyenne de la terre. Or, 2, 58 est la racine carrée de 6, 66, chiffre qui est la valeur dont la terre, en raison de sa distance de 2, 58 fois celle de Mercure au soleil, reçoit moins de rayons solaires, comme Fa fort bien calculé Laplace ; puisque la divergence de ces rayons fait que leur nombre diminue comme augmente le carré de la distance.

» Donc la lumière et la chaleur que Mercure reçoit du soleil devraient être 6, 66 fois celles que la terre reçoit du même astre. Mais comme le nombre des rayons solaires est proportionnel aussi à Pétendue de la surface sphérique du globe qui les intercepte, il faut donc que la surface sphérique ou antérieure de la terre, comparée à celle de Mercure, augmente dans le même rapport que le carré du quotient des distances des deux planètes au soleil, pour que la terre puisse recevoir du soleil une. température et une lumière semblables à celles de Merciure, et qu'ainsi la surface de la terre soit 6,66 fois celle de Mercure.

» En faisant 1 le diamètre observé de la terre, celui de Mercure devient 0, 39. Ainsi, le diamètre de la terre est (i : 0, 39= ) 2, 58 fois celui de Mercure ; et comme le diamètre de la première est de 2865 lieues, celui de Mercure est donc de (2865 : 2, 58 = ) 1110 lieues. Carrant ce nombre, qui devient 1232100, et le multipliant par 3, 1416, valeur la plus rapprochée du diamètre à la circonférence, te produit 3870026 lieues est le chiffre de l'étendue de la

surface antérieure de Mercure, qui représente la quantité de rayons solaires qu intercepte l*hémisphère que Mercure oppose au soleil.

• Le diamètre de la terre étant de 2865 lieues, soti carré est 8208225 qui, multiplié par 3, 1416, rapport du diamètre à la circonférence, donne 25782033 lieues pour étendue de la surface antérieure de la terre, et qui représente la valeur des rayons solaires que notre planète intercepte par la surface de l'hémisphère qu'elle présente au soleil. Or, le rapport de 25782033 lieues, surface antérieure de la terre, avec 3870026 lieues, surface antérieure de Mercure, est ( 25782033 : 3870026=) 6,66; c'est-à-dire que la terre, en raison de sa surface 6,66 fois plus grande que celle de Mercure, intercepte 6,66 fois plus de rayons solaires que le fait celle de Mercure. Âinsi> lorsque par sa distance Mercure reçoit du soleil une somme de rayons solaires qui est 6, 66 ( carré de 2,58, quotient des distances), quand celle de la terre est 1 ; sa surface, étant 6, 66 fois moindre, lui en fait intercepter 6, 66 fois moins. Or, 6, 66 — 6,66 = 0; donc, la lumière et la chaleur que Mercure reçoit du soleil sont absolument semblables à celles de la terre. Et cette dernière planète n'est pas, je présume, à la température de l'eau bouillante.

— Je vous embrasserais de contentement !

— Oh! modérez -vous ! il n'y a pas un quart d'heure que vous étiez fort disposé à me traiter....

— Eh bien, oui, je m'en veux pour cela. Mais c'est, sublime ce que vous me démontrez !

— Qu'il faut peu de chose pour attirer votre admiration. Vous voyez bien que vous serez de tous les hommes que je veux forcer à devenir chrétiens, celui dont la conquête me sera très-facile !

— Que le diable vous emporte avec votre christianisme î

— Où voulez- vous qu'il m'emporte? Cène peut plus être sur Mercure, où je vivrais aussi à l'aise que sur la terre. Voyons si ce serait quelquefois sur la luxurieuse Vénus; car le génie

24» PHrSIQUE CÉLESTE.

de là lentatioB doit avoir là qnehiues reiations. La différence des distances moyennes de la terre et de Vénus esl de (1 — 0,723=) 0, 277 en plus pour la terre, et dont le carré 0, 07 est la valeur que la terre, en raison de sa plus grande distance, reçoit, de moins que Vénus, de lumière et de chaleur solaires. Pour qu'elle en reçoive tout autant que cette planète, il est besoin que sa sur£ace aiitérieure soit 1, 07 fois celle de Vénus»

» Or, en faisant 1 le diamètre de la terre, cehirde Vénus est 0, 97, qui est contenu 1,09 par celui de la terre, lequel étantde2865 lieues fait celui de Vénusde (2865 : 1,03=)2781 lieues. Carrant ce nombre, qui devient 7733961, et multipliant ce carré par 3,1416, vsQeur la plus rapprochée du diamètre à la circonférence, nous* obtenons 24292371 pour chiffre de la surface antérieure de Vénus, et qui est contenu 1,07 fois par 25782033, surface sphérique de la terre. Ainsi, la surface de cette dernière planète est de 1, 07 fois plus grande que celle de Vénus; ce qui lui fait intercepter, de tout ce chiffre, plus de rayons solaires. Mais comme, en raison de sa plus grande distance du soleil, ces rayons sont aussi 1 , 07 fois plus rares, et que 1 , 07 — 1 , 07 = 0, la terre reçoit donc tout autant de rayons solaires que Vénus et Mer-^ cure, et sa température et sa lumière sont absolument semblables à celles de ces planètes. Je vivrais donc tout aussi bien sur Vénus que sur Mercure et sur la terre.

> Il est cependant une petite planète qui déroge à cette règle, et je serais, pour cette raison, fort tenté à placer chez elle les petites maisons pour les fous de Mercure, de Vénus et de la terre. Cette planète est Mars, dont la distance au soleil contient 1, 52 fois celle de la terre; ce qui rend les rayons solaires qu'elle reçoit 2, 31 ( carré de 1, 52 ) fois plus rares que ceux qu'intercepte la terre.

B Lorsqu'on fait 1 le diamètre de cette dernière planète, celle de Mars devient 0, 56, et est contenu ( 1 : 0, 56 =) 1, 78 fois par le diamètre de la terre, lequel étant de 2865 lieues, fait celui de Mars de (2865 : 1,78 = ) 1665 lieues, dont le carré est 2772225 qui, multiplié par 3, 1416, valeur du dia-

mètre à la circonférence, donne 8707556 pour surface antérieure de Mars, laquelle surface est contenue 2, 96 fois par 25782033, surface de la terre. Ainsi > comme son plus de distance rend déjà la somme des rayons solaires reçus par Mars 2,31 fois moindre de celle de,la terre, et que sa surface, étant 2^ 96 fois moindre, en intercepte 2, 96 fois moins ; la lumière et la chaleur de Mars ne peuvent donc être que (^y 31 -{-2^ 96=) 5^ 21 moindres que celles de la terre. Aussi Mars nous paratt-il d'une lumière trouble et rougeâtre, qui doit être chez cette planète fort peu différente de celle de nos hautes latitudes. Par cette raison, les aurores polaires doivent se produire sur Mars avec une grande facilité et une grande intensité.

> En faisant 1 le diamètre de la terre, celui de Jupiter devient 11,56, et comme celui de la terre est de 2865 lieues, le diamètrede Jupiter en lieues est donc (2865X 11 , 56=) 33125, dont le carré 1097265625, multiplié par 3, 1416, valeur du diamètre à la circonférence, fait de 3446511328 lieues la surface antérieure de Jupiter, laquelle contient 134 fois 25782033, surface antérieure de la terre.

D Ainsi, lorsque la distance de Jupiter au soleil, étant 5, 20 fois celle de la terre à ce même astre, lui fait recevoir 27 ( carré de 5, 20 ) fois moins de rayons sofaires, sa surface, étant 134 fois celle de la terre, lui fait intercepter 134 fois plus de ces rayons. Alors > la quantité de rayons solaires, c'est-à-dire de chaleur et de lumière que Jupiter reçoit du soleil, ne peut être 27 fois moindre, mais bien (1 34 : 27=) 4^96 ou 5 fois environ plus grande que celle de la terre. Ce qui explique Féclat brillant sous lequel Jupiter nous apparaît

» Comme vous le voyez, Jupiter est loin d'être une masse glacée. Gardez-vous bien cependant de croire que sa température soit réellement 5 fois celle de la terre; car je me réserve de vous prouver que la même cause qui fait dégager du calorique des atmosphères des planètes par l'action du soleil sur elles, fait aussi que les satellites sont pour leurs planètes des puissantes causes frigorifiques. Dans la supposition que la lune, satellite de la terre, rentre pour 1 dans la di-

minution de la chaleur produite par le soleil sur la (erre, les 4 satellites de Jupiter rentrent pour 4 dans cette diminution ; et Jupiter doit jouir d'une température absolument semblable à celle de la terre.

» En faisant 1 la distance moyenne de la terre au soleil, celle de Saturne devient 9, 53, dont le carré 90 fit dire à Laplace que la lumière et la chaleur que cette planète reçoit du soleil sont 90 fois moindres que celles de la terre. Saturne serait donc un épouvantable glacier. Voyons s'il en est réellement ainsi.

> Le diamètre de Saturne est de 28936 lieues ; 727192096 est son carré; ce qui porte sa surface sphérique à 2315206273, laquelle contient 90 fois 25782033, surface sphérique de la terre. Ainsi, lorsque la distance de Saturne lui fait recevoir 90 fois moins de rayons solaires que la terre, sa surface, étant 90 fois plus grande que celle de la terre, lui en fait intercepter 90 fois plus. Donc, puisque 90 — 90^0, la lumière et la chaleur que Saturne reçoit du soleil sont absolument semblables à celles qu'en reçoit la terre.

— Oui ; mais Saturne possède 8 satellites qui, d'après votre théorie, doivent diminuer sa température.

— C'est très-vrai ; mais remarquez aussi que Saturne possède un anneau plan qui, élant incliné de 30'' sur l'orbite de Saturne, doit, sauf dans certaines positions astronomiques de la planète, lesquelles ne durent que quelques jours, intercepter des rayons solaires proportionnellement à l'étendue de sa surface. Donc, si la surface de Saturne fait, qu*en raison de la distance de cette planète au soleil, Saturne puisse recevoir de ce foyer une température semblable à celle de la terre, l'anneau plan de Saturne doit être aussi pour cette planète une cause considérable de chaleur et de lumière interceptées.

» Or, cet anneau ayant un diamètre de 74000 lieues, offre aux rayons solaires une surface de 16247856487 lieues, qui> combinée avec celle du |(|obe de Saturne de 2315206273 lieues, donne 18563063760 lieues pour surface absolue

que Saturne oppose aux, rayons solaires, laquelle surface contient 720 fois 25782033, surface de la terre. Ainsi, Saturne intercepte , par les surfaces réunies de son anneau et de son hémisphère tournées vers le soleil, 720 fois plus de rayons solaires que ne peut le faire la surface de la terre, et devrait avoir une température et une lumière 720 fois plus grandes que celles de la terre.

> Saturne, en raison de sa plus grande distance de 9, 53, dont le carré est 90, reçoit 90 fois moins de ces rayons ; donc la somme de lumière et de chaleur de Saturne est (720 : 90=) 8 fois plus grande que celle de la terre. Mais Saturne possède 8 satellites , à qui le Créateur imposa la fonêtion de le ra*fraîchir d une valeur parfaitement semblable à celle de son excès de chaleur. Donc, comme vous le voyez, nous vivrions aussi bien sur Saturne que sur Mercure, Vénus, Jupiter et la terre.

» Quoique nous n'ayons pas les éléments nécessaires pour calculer la température et le degré de lumière qu'Uranus reçoit du soleil, nous pouvons cependant essayer à lui trouver une approximative. Le diamètre d'Uranus est de 12892 lieues, dont le carré est 166203664; ce qui porte sa surface antérieure à 522046708, laquelle contient 20, 25 fois 25782033, surface antérieure de la terre.

» Or, comme la distance d'Uranus au soleil est 19, 18 fois celle de la terre, et que son carré est 367, la lumière et la température d'Uranus est donc (367 : 20,25=) 18 fois moindres que celles de la terre ; ce qui est énorme. Mais dans ces calculs nous ne faisons pas entrer un des éléments nécessaires, la surface de Panneau d'Uranus, dont nous ne connaissons pas encore le diamètre. Cependant, la théorie de mon astronomie pourrait nous aider à trouver le diamètre de cet anneau^ si nous connaissions tous les satellites d'Uranus.

» Rappelez-vous que j'ai fait rentrer Faction des satellites dans les condensations des planètes. Ainsi , nous avons vu que Mercure et Vénus étaient un tiers moins denses que la terre en raison de Tinfluence de la lune sur la terre ^ satel-

lile dont Mercure et Vénus sont privés. Jupiter est 5 fois , Saturne 9 fois plus denses que la terre ; car, en faisant entrer la lune pour 1 dans la condensation de la terre , les 4 satellites de Jupiter rentrent pour quatre dans la sienne» les huit de Saturne pour 8.

• Jusqu'ici les astronomes se sont demandé d'où pouvaient provenir ces anneaux solides qui couronnent Saturne et Uranus. Cet appel au génie humain n'a pas eu de réponse. Quant à moi, jugeant, d'après les conséquences de ma théorie astronomique, que la densité des planètes se trouve pour toutes en rapport au nombre de leurs satellites, je serai fort porté à croire que ces anneaux solides sont, chez Saturne et Uranus, les anciennes régions équatoriales de l'antique circonférence que ces planètes possédaient avant qu'elles reçussent leurs satellites. Car les régions équatoriales , étant toujours sous l'action directe du soleil, sont celles qui, de toute la masse du globe, sont les plus condensées ei- ainsi les plus solides.

• Aussi est-ce dans les régions équatoriales de la terre où nous trouvons l'or et le diamant, corps les plus denses de la nature. Cette partie des globes célestes dût être la première solidifiée. Et, sans doute, elle avait atteint sur Saturne et Uranus une solidité telle, que le choc de chacun des satellites de ces planètes ne put rompre et briser cette grande partie de matière très-solide ; et celle-ci forma ainsi un vaste cercle non interrompu , qui se détachait de la planète> tandis que le reste de la planète, se condensant^ diminuait de volume.

» Ce phénomène est facile à concevoir. Les satellites d'Uranus et de Saturne ne vinrent pas tous dans le même temps. Entre l'arrivée de l'un à l'autre, il put môme y avoir un assez grand laps de temps; ils travaillèrent donc l'un après l'autre à la condensation de leur planète. Ainsi , la puissance du choc isolé de chacun d'eux ne put rompre et briser ce grand cercle équatorial de matière essentiellement solide; ce qu'ils n'auraient pas manqué de faire s'ils avaient tous agi simultanément.

» De ces causes , Saturne et Uranus conservèrent en un cercle non interrompu, avec Tépaisseur que nous leur retrouvons, les anciennes régions équatoriales de la surface de leur première circonférence, anneaux qui, venant vers leur centre à se détacher de la surface nouvelle de ces planètes, devinrent pour chacune d'elles des couronnes solides, détachées de la surface de ces globes , sans cesser d'être retenues par leur attraction vers leur centre de gravité nouveau (leur nouvel équateur).

» La terre, dont la surface démontre évidemment un déchirement produit par un défoncement total de son antique Surface, nous laisse encore ostensibles les régions de son ancien équateur. Comme ces régions étaient , avant l'arrivée de la lune, de toutes les parties de la surface de la terre, les plus condensées et ainsi les plus solides, nous devons les retrouver dans ces trois-quarts de couronne granitique, qui , ainsi qu'une écharpe, repose sur l'axe actuel de la terre ; car le granit, qui constitue la charpente osseuse de notre globe, est de toutes les substances celle qui est la plus avancée dans la marche de la nature. C'est dans les terres qui recouvrent les débris de ces antiques régions équatoriales de la planète, que nous devons aussi retrouver Tor et le diamant, substances qui sont aussi les plus avancées dans la nature. Cet arc des antiques régions équatoriales de la terre représente, dans son ensemble, tout à la fois les contrées les plus hautes de la terre, et dans le sein desquelles se trouve le plus d'or et de diamant. Ce qui serait facile de prouver par une mappemonde.

— Pilotin, une mappemonde Je brûle de vérifier ce

que vous m'avancez. »

Le pilotiu apportant une mappemonde. — Voilà, capitaine.

— Merci. Ayez l'œil au timonier, et plein les voiles. Ce maraud ralingue, et fait faseyer toute la voilure. Il semble marcher déjà au gibet. >

Ce reproche, adressé indirectement par le capitaine au maladroit timonier, en rendant celui-ci plus vigilant sous la

surveillance du pilotin, nous permit de porter toute notre attention sur la configuration des continents de la mappemonde, et je continuai ainsi :

— Que frappe le plus votre regard dans cette inspection de notre globe? Ne voyez-vous pas que cette chaîne de montagnes qui traverse, à Toccident, les continents américainsdans toute leur étendue et forme leurs plus hautes régions , commence au cap Horn> se continue jusqu'au détroit de Bering, où^ passant en Asie, elle redescend,vers le sud-ouest, dans la Sibérie , la Tartarie , la Turquie d'Asie , la Palestine , puis enEgyptC) en se rendant de la Nubie, par l'intérieur de l'Afrique , au cap de Bonne-Espérance, où elle se trouve subitement coupée à pic? Dans cette immense trajectoire, cette chaîne de montagnes ne trace-t-elle pas toutes les régions les plus hautes du globe, et en même temps les pins granitiques et les plus aurifères ? Or, cette vaste chaîne, qui n'est que faiblement interrompue à trois endroits, n'est-elle pas un arc véritable des débris des antiques régions équatoriales de notre globe ? Elle en offre tous les éléments et les conséquences. Cet arc, dont le rayon est bien un âers. plus grand que le rayon de la circonférence actuelle de notre planète, ne fait-il pas à la terre une écharpe brillante d'or et de diamants plus riche même que la ceinture actuelle que lui fait son nouvel équateur?

— En effet, j'ai assez de connaissance en géognosie pour savoir qu'il en est ainsi de la minéralogie des contrées que traverse cet arc formant les plus hauts lieux du globe.

— Mais, c'est principalement aux contrées où l'ancien équateur de la terre coupe son nouveau, et ainsi dans Tintérieur de l'Afrique, à la Colombie et au Pérou, où l'or et le diamant doivent être le plus abondants. Car ces régions correspondent aux points du ciel sur lesquels pivota, dans son virement, l'axe de la terre ; elles se sont donc toujours trouvées sous la ligne équatoriale, et n'ont jamais cessé d'être sous l'influence directe du soleil , de laquelle , sans aucun doute, toutes ces précieuses substances sont sorties. En recueillant toutes les traditions des antiques nations, traditions

qui ont persévéré dans les nouvelles, on retrouve une même race d'hommes occupant primitivement les régions de cette zone de Tantique équateur de la terre ; cette race est la jaune, qui semble porter, comme en livrée^ la couleur du précieux métal, de Por qu'elle foulait sous ses pieds. Aussi cette r^ce est-elle la première née de Phumanité, désignée sous le nom d'Adam, dont la traduction littérale de l'hébreu de la Bible est : c Fait de terre rouge, »

» Cette infortunée race adamienne (jaune), jadis si puissante d'intelligence et de force physique que lui donnait sa stature superbe, resta telle que le Créateur Pavait créée, tant que Patmosphère de notre globe conserva dans son sein la quantité d'éléments nécessaire à la puissance de sa vitalité; mais elle déchut dès le moment où une tourmente planétaire, produite par Tarrivée d'une étoile nouvelle dans le monde (le satellite), déchira les entrailles de notre planète jusques alors riante et chargée de fruits produits sans culture.

» Cette tourmente générale, qui arracha pour toujours à la terre les germes de sa primitive et luxuriante fécondité, était, pour l'Egyptien et l'Hébreu, peinte en traits astrologiques darïs cette lutte terrible du ciel et de la terre, dans la révolte des anges (les constellations du firmament) contre le Très-Haut; dans le combat des Titans qui, en bouleversant la terre , la couvrirent de montagnes; dans la rébellion du plus bel ange, du Satan des Hébreux contre Dieu; dans la mutilation de l'Osiris égyptien (le soleil) par Typhon (le génie du mal), depuis laquelle catastrophe Isis, la vierge inconsolable (la lune, femme d'Osiris), plane dans le ciel en pleurant sur la terre»

« Sans Papparition de la Vierge céleste dans le monde, disait dans sa science mystérieuse le prêtre égyptien , le mal n'aurait jamais pénétré dans le monde, et l'homme aurait continué à être heureux sur la terre avec ses générations. »

» Le mage disait : c L'entrée du mal sur la terre date de la venue de la femme céleste dansle monde. » £t dans sa science astrologique, qui lui faisait croire à une réhabilitation humanitaire, à une restitution semblable à celle qu'amène

256 PHYSIQUE CÈLESTB.

dans le firmament la marche des étoiles, il s'était fait des espérances chimériques du retour matériel du primitif biènétre de l'humanité. Suivant sa science, qui lui faisait croire que les mouvements du ciel se percutaient dans les mouvements humanitaires, ce nouveau règne du bien devait être annoncé et daté par l'apparition d'une nouvelle étoile, comme le règne du mal l'avait été par l'arrivée de son étoije.

• Mariant cette croyance avec l'observation de la rétrogradation des points éqninoxiaux, le mage avait fixé à l'aspect sidéral que le firmament présenta au siècle du Christ, Tépoque, heureuse et iatale tout à la fois, du rachat de l'humanité. Une vierge d'origine céleste (un nouveau génie céleste) semblable à la première femme (la lune, la femme céleste, non conçue de l'humanité), devait être alors la libératrice de l'humanité; elle devait réparer le mal que l'arrivée de la première femme céleste avait apporté au monde.

1 Le savant donna aux peuples cette prophétie astrologique, comme étant une vérité divine et consolatrice à laquelle il croyait lui-même. Afin qu'elle ne puisse se perdre parmi les temps , afin que toutes les générations futures eu soient constamment informées et puissent la lire, il la traça sur la voûte étemelle du firmament, à l'aide d'un classement ingénieux de ses étoiles , lesquelles forment encore entre elles les traits symboliques de cette écriture savante.

1 Je lis dans la Bible cette prophétie : Le temps de la délivrance de l'humanité sera venu, lorsque la Vierge pure, Pupilla libéra, Koré, la Jeune Fille qui écrase la tête du Serpent sous ses pieds, enfantera le Bélier plein de lumière, l'Agneau fibérateur; et je retrouve ces mêmes paroles écrites au del dans le langage sacré des prêtres égyptiens, c'est-àdire en signes hiéroglyphiques , rendant les choses qu'ils veulent reproduire par les images de ces choses mêmes.

» Je retrouve la Jeune Fille sans tâche , la Vierge-mère du libérateur de l'humanité; et, comme dans la prophétie, elle écrase réellement la tête du Serpent séducteur, du Serpent céleste, je retrouve cette Vierge-mère dans la constellation de la Couronne boréale , qui , en effet , jusqu'au der-

nier temps du moyen âge, fut désignée en astrologie par le nom i&PupUta libéra, jeune fille très -pure. Nous voyons les prêtres du paganisme, de concett avec les astrologues, cadier dans la constellation de la Couronne boréale un grand mystèfe auquel se rattachaient les destinées de l'humanité, et que tous conservaient religieusement. Les différents noms de cette constellation renferment même en eux un sens mystique> qui prouve toute Timportance que l'ancienne science astronomique attachait à cette constellation ; mais son influence nous paraît toujours fatalement dévastatrice et malheureuse pour rhomme.

• Les Caldéens lui donnaient le nom de Persephon, qu'on a voulu traduire ainsi de leur langue par Pher, Couronne, et j^pAon, boréale; mais ce qu'il y a de plus certain, c'est que les Grecs adoptèrent aussi ce nom qu'ils prononcèrent Persephone (dont les racines grecques sont perthein, dévaster, et phonos, meurtre), nom qu'ils donnèrent à la constellation de la Couronne boréale, et que l'astrologue traitait de fille de Gérés. On lui donne aussi le nom de Koré, Pupilla^ qui, du grec et du latin, se traduisent aussi bien par )E^iie//a, jeune fille, que par pupUla, prunelle de l'œil. Loin que ces noms* aient été donnés à la constellation de la Couronne boréale sans cause, sans un esprit tout scientifique, ils renferment entre eux un grand sens historique. Dans ses interprétations des songes^ Artémidore nous le prouve parfaitement par ce passage : « Bona est Ceres ad nuptlas et alias omnes res aggrediendas per se conspectu; non autem pari modo Koré propter historiam quœ de ipsafertur, Hœc enim sœpe etiam oculis somniantis periculum adduxit propter Koré, quod nomen in oculo pupillam significat. > (Lylio Gerald., 1. 1> p. 197.)

» Ainsi , la constellation de la Couronne boréale était , en astrologie, de mauvais augure , d'après Artémidore, nonseulement en vertu de l'histoire qu'on rapporte d'elle, non autem propter historiam quœ de ispajertur, mais propter nomen Koré, quod nomen in oculo pupillam , par la raison de son nom de iCoré, qui signifie prunelle de l'œil, prudence et danger. D'après ces explications des noms indifféremment

258 PHYSIQUE CÉLESTK.

donnés parles anciens astronomes à la Couronne boréale, on voit que la science, mais la science historique mêlée à Pastrologie, avait fait de cette constellation tout à la fois l'emblème d'un grand fait de l'histoire planétaire funeste a Thumanité, et la gardienne d'une période mystérieuse, dont un des aspects astronomiques de cette constellation devait désigner le terme et ramener fatalement le retour de la même calamité humanitaire.

» Outre ces noms que la science sacrée des prêtres du paganisme accordait à la Couronne boréale, cette constellation en porte un autre encore plus significatif : on l'appelle Proserpine {proSerpens, avant le *8erpent). Effectivement, la jeune fille qui figure cette constellation dans les anciens planisphères de l'astrologie, a les pieds sur la tête du Serpent représentant la constellation de ce nom. Il est inutile, je crois, de vous rappeler toutes les fonctions astrologiques et mythologiques que les anciens accordaient à Proserpine, le génie de la mort et de la destruction. Mais ce que je ne dois pas manquer de vous rappeler, au sujet du culte religieux de Proserpine (pro Serpens), la dispensatrice tout à la fois de l'abondance et de la stérilité, c'est que ses mystères furent de tous ceux du paganisme les plus vénérés, les plus respectés, et ceux qui se maintinrent le plus longtemps. Dans leurs initiations, auxquelles ne pouvait atteindre que l'élite des prêtres, la pomme et le serpent jouaient le principal rôle.

» Si l'antique Egypte semble le foyer de toutes les traditions humanitaires, on ne doit certainement pas attribuer cette propriété au génie inventif de ses premiers habitants, mais bien à l'état de civilisation et d'instruction fort avancé auquel étaient parvenus les prêtres de cette nation, doyenne des peuples anciens. Les prêtres mariaient Tautel à la science; et la mission à laquelle nous les vojons le plus s'attacher, était Tobservation incessante des mouvements du ciel. Aussi les institutions religieuses de l'antique Egypte , d'où sortirent toutes les nuances du paganisme , n'avaientelles été instituées que pour rappeler sans cesse à l'humanité les terribles épisodes qui bouleversèrent notre planète.

» Les plus grandes solennités religieuses des Égyptiens étaient en Thonneur dlsis et d*Osiris* Les Grecs, originaires d'Egypte, avaient empruntées les leurs de la mère-patrie ; mais, par la suite, ils tronquèrent ou traduisirent en une autre expression les noms des personnages allégoriques. C'est à cette cause que leurs solennités religieuses n'étaient pas en l'honneur d'Isîs , personnage qui n'avait pas d'autel en Grèce» mais bien en l'honneur de Cérès, surnommée, comme (sis l'était en Egypte, la bonne déesse. Aussi, les fonctions de ces deux divinités étaient identiques dans les deux contrées.

• Les mystères d'Isis ont été, en Egypte, plus religieusement gardés et plus scrupuleusement voilés sous l'allégorie, que le furent en Grèce les mystères de Cérès, qui nous laissent voir parfaitement dans Proserpine, la fille pure, la vierge sans tâche enlevée par Pluton (le génie de la mort), Pemblème de la fécondité primitive de la terre perdue et enlevée par Te mauvais principe qui régna après la perte du Paradis terrestre, et que la terre ou Cérès recherche et réclame en vain. Comme les mystères grecs et égyptiens avaient la même origine géogénique, ils étaient semblables par le fond. Ils ne différaient que dans quelques cérémonies et dans les noms des divinités; et toujours, lorsqu'on entrait au temple, lors de l'époque des initiations, on prenait à l'entrée de l'eau sacrée.

» Lorsqu'on Egypte on promenait, dans les processions religieuses des fêtes d'Isis, la table isiaque et le grand flambeau symbolique; à Athènes, on promenait dans les processions des fêtes de Cérès, une couronne sacrée faite de fleurs, qui représentait la couronne que Proserpine tressait des fleurs qu'elle cueillait, lorsqu'elle fut enlevée par Pluton. Cette couronne était suivie de femmes qui criaient par invalles : iCoir^^ (démêler). Les femmes portaient des corbeilles mystérieuses qui contenaient du sésame, du blé d'Inde, des pyramides y de la laine travaillée y un gâteau, un serpent, du sel, une grenade y du lierre et des pavots. Les corbeilles que portaient les filles renfermaient les mêmes emblèmes.

i Le père Tournemine avoue lui-même que ces mystères de Cérès et de Proserpioe signifient et le serpent qui trompa Eve et le Messie promis à nos premiers parents. D'ailleurs, ce qui confirme cette opinion du religieux catholique , c'est que, dans les initiations de ces mystères, on faisait circuler un serpent dans les vêlements de Padepte, et tous les assistants s'écriaient, avec l'accent de la terreur : Héval Héva! nom que le langage astrologique conserva longtemps au Serpent céleste. En Egypte , les processions faites en l'honneur d'Isis, avaient pour but avoué au peuple l'imitation des recherches dlsis pour retrouver Osiris , le bon et primitif principe qu'avait eu la terre, et que tua Typhon, l'esprit du mal. A Athènes^ ces processions étaient pour imiter Cérès cherchant sa fille Proserpi ne, enlevée par le dieu de la mort. Mais retournons à nos observations du ciel tel que le comprenaient les théologiens astrologues.

• Sous la constellation de la couronne boréale, sous les pieds de la Jeune Vierge très-pure ou Proserpine, se trouve directement, sur les mêmes méridiens, la tête du Serpent qui figure la constellation de ce nom , et dans laquelle les premiers astronomes ont placé le génie de la séduction et du mal. Or, les théologiens, comme leurs confrères les astrologues, ont aussi toujours fait de ce serpent céleste l'âme de la tentation et de la mort. A 180 degrés de la Couronne boréale et de la tête du Serpent céleste, c'est-à-dire au point du ciel qui est diamétralement opposé à ces deux constellations, se trouve la constellation du Bélier. Toutes les sciences ne peuvent, à leur début, avoir qu'un langage figuré. Lorsque les premiers astronomes voulaient désigner qu'une étoile était diamétralement éloignée d'une autre> les expressions géométriques leurs manquaient. Ils exprimaient alors cette pensée par la peinture de la disposition de ces étoiles à l'égard de l'horizon; en disant : Quand l'une se lève, l'autre se couche.

• Mais cette périphrase était longue et gênante ; d'ailleurs, elle était encore trop élevée en science astronomique pour qu'elle fût réellement la primitive expression de cet aspect

célesle. En effet, il y en avait une autre plus ingénue, plus cx)ncise en même temps, et qui s approchait plus du pittoresque et de la nature simple des premiers observateurs du ciel. Pour désigner qu'une étoile est diamétralement opposée à une autre» et ne pouvant rendre cette pensée que par l'aspect de ces étoiles à Thorizon, les premiers astronomes firent de Pétoile qui se couchait à Thonzon , la mère de l'étoile qui se levait au même instant à l'Orient. Cette expression peignait parfaitement la position de ces deux étoiles, dont l'une, par son coucher, donnait toujours naissance à Tautre. C'est de ce langage primitif de l'astronomie, langage toujours riche de pittoresque et de poésie, que découlent, lorsqu'on compare les aspects des étoiles et des planètes avec ceux du soleil, toutes les fables et les histoires mythologiques, ainsi que les filiations des dieux en génies-étoiles du paganisme.

n A l'aide de ce léger aperçu de l'esprit de la philosophie astrologique, nous pouvons expliquer la mystérieuse prophétie, tant caressée et redoutée tout à la fois par les peuples, sur la Vierge-mère, vierge toujours pure, écrasant la télé du Serpent, et de laquelle doit naître l'Agneau plein de puissance, génie céleste qui doit délivrer l'humanité de ses iniquités et des maux qu'elle souffre deptiis la perte de son Paradis terrestre.

> Sous les latitudes de l'Egypte et de la Palestine, lorsque la constellation de la Couronne boréale, ou, pour nous servir de l'ancienne dénomination de cette constellation , lorsque la constellation de Pupilla {pro Serpens) se couche à l'Occident, la constellation de l'Agneau apparaît à l'Orient sur l'horizon. PupUla est donc la mère de l'Agneau, puisqu'elle lui donne naissance par son coucher, et comme cette maternité n'est qu'une figure astrologique, la Vierge-mère ne cesse pas d'être vierge. Mais ce mouvement astronomique, ayant journellement lieu , me direz-vous, ne peut servir de date et fixer la venue de la grande période dont je veux traiter.... Sans doute, il en serait ainsi, si on considérait ces constellations hors des mouvements du soleil. La prophétie astrologique, cette grande promesse de réhabililation et de

restitution £aite à l'homme par le del lors de la perte du Paradis terrestre, ne dit pas simplement que cette délivrance de rhumanité arrivera lorsque la Vierge sans tâche enfantera TÂgneau, mais bien lorsqu'elle enfantera l'Agneau toutpuissant et plein de lumière. Ces adjectife complètent la pensée de la prophétie.

•L'usage astrologique était de traiter de puissants, d'anges pleins de lumière, les constellations dans lesquelles le soleil se trouvait pour l'époque dont on voulait parler. Les dénominations des douze constellations zodiacales > qui , encore sur nos calendriers, président à chacun de nos mois, attestent suffisamment cet esprit de la philosophie astrologique. Mais c'était surtout la constellation, dans laquelle se trouvait le soleil à l'équinoxe du printemps, qui était traitée de génie tout-puissant, d'ange de lumière; car, la croyance astrologique lui attribuait la victoire sur les génies infernaux et des ténèbres, sur les anges de la mort (les constellations inférieures que le soleil venait de parcourir pendant tout le toâipsdes frimas et de la mauvaise saison). Aussi, la constellation de l'équinoxe du printemps était-elle considérée comme le génie du bien , ayant la toute-puissance sur les animaux célestes. Elle était le général suprême, le premier génie des bons génies (les constellations supérieures). Au contraire, la constellation de l'équinoxe d'automne avait contre l'homme toutes les propriétés malfaisantes. Elle était le généralissime des dieux infernaux et méchants ; c'est-àdire elle était la première des constellations inférieures.

» Ainsi, lorsque la prophétie astrologique porte à l'époque de l'enfantement de l'Agneau plein de puissance et de lumière, par la Vierge qui écrase la tête du Serpent, la fin de la grande période d'infortune et de douleur par laquelle l'humanité devait fatalement passer pour atteindre à sa réhabilitation et reconquérir sa primitive félicité sur cett^ terre ; elle précise bien l'époque où ce grand événement humanitaire devait avoir lieu. Cette époque était le siècle du Christ, où la constellation de l'Agneau devenait effectivement équinoxe du printemps; car, dire en langage astrologique telle

LUMIÈRli: ET CHALEUR SOLAIRES. 263

chose doit arriver lorsque la Vierge pure (PupUla libéra), dont les pieds foulent la lêledu Serpent, enfantera l'Agneau tout-puissant et plein de lumière^ c'est fixer l'arrivée de cette chose à l'époque où la constellation de l'Agneau doit être équinoxe du printemps.

» Or, comme c'est précisément au siècle du Christ que la constellation de TAgneau devient constellation de Téquinoxe du printemps; c'était donc à cette époque qu'était fixée, par la plus fameuse des prophéties astrologiques, la restitution à l'humanité de son Paradis terrestre. Le Christ fut un des plus ardents prédicateurs qui se chargèrent de prévenir les nations de la prochaine destruction du monde, comme vous pouvez le voir dans ses Évangiles, Jésus est lui-même si intimement persuadé delà vérité de cette prophétie, qu'il, dit que son siècle ne passera pas avant que Tévènemcnt ait confirmé ses paroles. Certes , c'est une destruction de ce monde qu'il prophétise ainsi; car il a affirmé que ce monde doit fatalement périr, comme périt jadis le premier séjour de l'homme, afin de faire place aussi à un nouveau monde, mais qui, cette fois, devait être un lieu de félicité et de bonheur universel, semblable à celui perdu dans les temps par rhomme. Lisez les Évangiles; lisez V Apocalypse de saint Jean : vous y trouverez tout ce que je vous dis ici que sommairement. Rien de cette vérité n y est caché sous l'enveloppe allégorique; mais ces grands faits y soni rapportés seulement avec tout le feu du langage poétique de l'astrologie. On retrouve dans l'œuvre de saint Jean tous les détails des terribles épisodes qui se sont produits à la destruction du premier monde, le Paradis terrestre, et qui, d'après la philosophie astrologique, devaient se répéter à la destruction nouvelle de ce monde.

» Au siècle du Christ, l'aspect du ciel des fixes offre, dans tout son ensemble, le tableau astrologique désigné par tous les prophètes pour l'époque d'une destruction de ce monde, immédiatement suivie de l'éternelle délivrance de l'humanité et de la défaite du mal. L'Agneau est l'équinoxe du printemps; et la constellation du Serpent, ce terrible génie

du mal 9 vient d'être, par ta précpssîon des équinoxes, chassé du ciel supérieur (des signes supérieurs du zodiaque). Il est vaincu, précipité dans son empire infernal (la région du zodiaque où se trouvent les signes inférieurs); mais il reste toujours le maître de ces génies infernaux , de ces anges de la mort : car il est équinoxe d'automne.

vCette terrible et universelle révolution, prédite par toutes les générations des siècles , et dont le Christ et ses apôtres avaient pris la mission d en donner aux peuples Tévangile (nouvelle), et de les avertir que le moment était venu, devait bien être une révolution planétaire, une épouvantable secousse de toutes les puissances de la terre, qui frapperait brusquement Thumanilé ; car Jésus, dans ses Évaugiies, dit :

14. c Or, quand vous verrez Tabominalion de la désolation établi; alors que ceux qui seront dans la Judée s'enfuient sur les montagnes.

15. » Que celui qui sera sur la toiture ne descende point dans sa maison, et n'y entre point pour en emporter quelque chose.

16. » Et que celui qui sera dans le champ ne retourne point sur ses pas pour prendre son vêtement.

17. » Mais malheur aux femmes qui seront grosses ou nourrices en ces jours-lâ.

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