CHAPITRE XYIL
Certainement nous ayons oublie plus d'une localité qui se signala dans ces temps orageux. Les chroniques nous ont transmis entre autres le nom de Saint-Haon-le-Châtel. Une d'elle rapporte que les habitants de cette petite ville, défendus par leurs murailles et leurs dix-sept tours, épuisèrent, sans se décourager, toutes les ressources du génie militaire de Gondé et de Marsillac*
Henri IV, heureux d'avoir reconquis le pays, s'occupa d'abord à l'organiser. Il récompensa ceux qui s'étaient signalés dans ces guerres, et ne négligea pas ceux qui avaient pris parti contre lui, comme nous avons vu.
En l'année 4598, le roi Henri IV envoya "k Anne le, titre de conseiller en ses conseils d'état et privé ; il voulut encore y joindre le collier de l'ordre du Saint-Esprit ; mais Anne ' le refusa, se réservant seulement le titre de conseiller (auquel il joignit depuis celui d'aumÔAier du roi), parce qu'il avait formé le dessein de quitter le monde , pour vivre dans la retraite; dessein qu'il exécuta en l'année 1599, époque à laquelle il fut pourvu de plusieurs dignités ecclésiastiques, et entre autres de celle de chanoine (comte) de Lyon. Attendu cette détermination d'Anne, due probablement au peu de réussite de son mariage, le roi nomma son frère Jacques bailli de Forez et capitaine châtelain de Montbrison, le 19 août 1599.
Henri afirànchit de tout impôt le p^t village de la Chambonnie, près de Noirétable^ pour lui avoir, dit-on, fourni des bots de lances» Nous avons déjà vu le même a^lroit en fournir à Pierre de Bourbon, lors de la cérémonie de réception de François L^' à Moulins* Ce genre d'industrie, comme celui qui était à La Fouillouse, est venu se perdre dans la fabrique d'armes de Saint-Étienne. On sait que Tindustrie de La Fouillouse était la fabrication des mrbalètes ; ses habitants en sont encore nomoaés arhalestrien dans un terrier du treizième ^ècle*
Les autres localités reçurent aussi des gages de paix : le ministre de Henri IV fit planter en plusieurs endroits des tilleuls, qui, à cause d^ lui, conservèrent le nom de Sully, et dont quelqueslins, qu'une végétation vigoureuse a fait traverser les siècles, servent encore à rappeler ces temps de troubles.
Néronde et Saint-Ândré-d'Apchon ont encore les leurs. Ceux de Saint-André servent d^ornement à la magnifique terrasse qui avoiâne le château.
Celui de Montbrison n'est détruit que depuis * peu de temps ! Il fut sans doute, comme ua rameau de paix, placé sur les ruines encore fumantes du château* Qu'avec bonheur nou^ nous rappelons le temps où, écoliers inscmciants, nous allions jouer sous son immense ombrage!
Pour nous d^uis les teunps d'os^ige^, $oa toit
CHAPIT E XVII. 26S
de verdure remplaçait encore Tantique château, qui jadis abrita d^orages plus sérieux les premiers enfants de Montbrison, les couvrant tous de son redoutable bouclier de pierre^ Lorsque nous nous servions du tronc décharné du tilleul séculaire comme d^une guérite, dans nos simulacres de guerres parfois sanglants, nous ne nous doutions pas que c'était là le gage de paix de la cruelle guerre de quarante ans qu'avaient soutenus nos pères. Oh! que n'a-t-on fait tout au monde pour le conserver ce vénérable ramçau! Vu de la plaine, sur le haut de notre butte aride, il rappelait le panache histo^ rique qui ornait le casque de Henri IV.
€ï^apitvt îrir«l)ttitim^.
Conclafion.
Il ne faut pas croire qu'avec son roi Henri IV, naquirent tout à coup pour la France le bonheur et la prospérité, comme le disent quelques écrivains. Pour notre pays, plus que pour tout autre, son ban mat ne fut qu'une amère dérision» Au reste, celui qui sur la fin de ses jours sacrifiait son royaume à une amourette presque incestueuse, ne prenait guère ses mesures pour nous faire avoir la pauh au pat.
Voltaire, qui ne doit pas être suspecté de sévérité à Tégaid de Henri IV, son héros, nous a feît connaître les grossières fautes d'économie
politique de ce roi ; il ne nous appartient pas de les relever ici ; mais ce que nous devons dire, c'est qu'en 1601 ^ Henri, pour payer ses Suisses, leur pçrmit d'engager le domaine de Forez, en spécifiant néanmoins, selon l'usage^ la faculté de rachat perpétuel. On voit que, pour cette guerre prétendue toute française, quelques portions de notre province étaient mises à l'encan pour payer des étrangers.
En 1603, pour obvier à la confusion, le nombre des villes qui pouvaient envoyer des députés aux états de la province, de dix-neuf fut réduit à treize» et au commencement de de 1605, parce que quelques huissiers s'étaient permis de violer les sauf--conduits des députés, il fut arrêté qu'aucune commission ne pourrait dorénavant être exécutée contre eux pendant le temps de leur légation, « assavoir leur voyage, se|oiir et retoiir. n Notre peiite chambre des députéâ jouissait, comme on voit, de quelques^ uu des privilèges de la chambre des députés d'aujourd'hui*
. it Quand le prince fat content, dit quelque part; Aaquetil^ en parlant du duc d'Alençon, il 8'imagina> selon la coutume des grands» que tons les autres devaient l'être. » De même Henri IV : étant devenu roi» il se figura que les protestants, auxquels il devait sa conronnei et dont mumite il avait déserté la cause» seraient satis£n£s en le voyant sur le ttdne.