CHAPITRE XIII
Extrait de V ouvrage sur le galvanisme , qui a pour titre : Expériences sur le galvanisme 3 et en général sur V irritation des fibres musculaires et nerveuses , par F rédéric- Alexandre Humboldt y traduction de V allemand y publiée y avec des additions y par J. Fr. N. Jadelot y médecin y m-8°. 1799 j» ari VU.
D ISCOURS PRÉL1MIN Al RE (l). On a donné le nom de phénomènes galvaniques , à la propriété , observée dans les nerfs des animaux , d’être irrités par les substances métalliques ou charbonneuses, et même par le simple contact
(1) Ce discours, et le détail des expériences qui sui- - vent 9 sont du C. Jadclot. Ce jeune médecin , très-instruit , en traduisant l’ouvrage d’ Humboldt , a fait, dans la disposition des matières traitées , quelques changemens , dont on 11e peut que lui savoir gré. D’ailleurs , la plupart de ces changemens ont eu lieu de concert avec M. Humboldt. Lorsque l’auteur d’un ouvrage et son traducteur ,
d’autres organes vivans; irritation qui excite des contractions et des mouvemens très-manifestes dans les muscles ou autres organes , pourvus de fibres musculaires , qu’on soumet à ces expériences. Le plus grand avantage qu’on ait jusqu’ici retiré de cette irritation, employée dans l’examen de la structure des insectes et des vers , a été de découvrir le système nerveux , jusqu’alors inconnu , de plusieurs de ces animaux.
Mais si ce seroit une folle prétention de vouloir expliquer, par l’influence et les effets du galvanisme , tous les phénomènes du système nerveux , il est au moins incontestable que cette découverte offre un progrès réel dans la connoissance des nerfs : elle fait plus , elle présente Tidée heureuse qu’on a conçue d’en faire l’application à la médecine ; idée qui peut être fondée sur ce qu’elle a été quelquefois employée avec succès, pour rappeler à la vie des animaux asphixiés. Les divers agens propres à exercer , sur l’action des nerfs , une influence quelconque, à la modifier de quelque manière que ce soit, doivent fixer l’attention des physiologistes et des médecins : il est maintenant hors
s entendent ainsi , c’est le public qui recueille les fruits de leur correspondance , et les progrès de la science en sont plus «tendus.
4o HISTOIRE
de doute que le galvanisme est évidemment un de ces agens les plus puissans.
Cette belle découverte est dûe au célèbre Galvani ; d’habiles physiciens, Volt a , Fontana , Spallan^ani , Aldini , Valli , Corradori , Vassalli et autres , ont suivi ses traces et ont donné , sur le galvanisme, des théories qui, quoique différentes de celle de Galvani en bien des points*, lui ressemblent cependant toutes , en ce qu’elles ont , comme elle , l’électricité pour fondement. Des expériences, subséquentes à celles de ces auteurs, ayant prouvé combien étoient inadmissibles , pour désigner le galvanisme , les expressions d’électricité animale et d’irritation métallique, elles ont été rejettées par tous les physiologistes soigneux d’éviter l’erreur ; et on n’emploie aujourd’hui que le mot galvanisme, qui n’indique aucunement la cause des phénomènes.
A char d , en Prusse , Abilgoard , en Dannemarck , plusieurs autres savans déjà cités, en Allemagne , en Angleterre , ont tenté un grand nombre d’expériences sur le galvanisme : on en a fait aussi à Madras, en Amérique. On s’est livré presque par-tout à des recherches aussi variées que multipliées. Dès l’année 1792, plusieurs Membres de l’Académie des Sciences , avoient commence à ce sujet des travaux que sa suppression a suspendus , et qui ont été repris
par la Commission que l’Institut a nommée , pour examiner et vérifier les phénomènes du galvanisme. Elle s’en occupoit, lorsq xCHumboldt vint à Paris : il répéta , en sa présence , quelques-unes de ses expériences, dont le résultat a été inséré dans le compte rendu par elle à l’Institut national (1).
L ouvrage d 'Humboldt offre le développement de ces expériences , l’exposé des formules simples et commodes qu’il a imaginées pour les exprimer brièvement, et qui ont pour base principale , la distinction très-fondée des substances , sous le rapport galvanique, en excitatrices, qui sont tous les métaux et les corps charbonneux; et en conductrices, qui comprennent toutes les substances humides. Quand Humboldt a publié son ouvrage, il a voit déjà reconnu, et étoit convaincu, par ses expériences, que les effets galvaniques ne sont point dus à l’électricité : aussi les attribue-t-il à un fluide propre aux animaux vivans , auquel fluide il suppose de l’analogie avec le magnétisme et l’électricité. Son ouvrage contient, indépendamment de beaucoup de vues physiologiques tout-à-fait neuves , le résumé de tous les livres qui ont été publiés
(1) Voyei le chapitre précédent. La commission a admis le C, Jadelot à ses séances.
4i HISTOIRE
avant le sien, sur le galvanisme, et supplée en conséquence à cette multitude de productions que l’Italie , l’Allemagne et rAngleterre ont vu naître sur ce sujet, et de la plupart desquelles on trouve un extrait dans la Ir e. partie de cette histoire.
Expériences . Le discours préliminaire est suivi du détail d’expériences tentées avec Venturi , professeur de physique à Modène , avec des étudians en médecine très-instruits , et répétées avec le professeur Halle , sur le cerveau et sur le prolongement rachidien ; dénomination adoptée par le professeur Chaussier , à la place de celle de moelle épinière, qu’il trouve impropre. Ces expériences, faites sur des grenouilles, ont produit des extensions dans les membres thorachiques et des flexions dans les membres abdominaux, de légères contractions dans le9 muscles de la cuisse , des mouvemens très - forts dans les yeux , des contractions très-violentes dans le diaphragme , muscle qui s’est toujours montré le plus sensible à l’irritation galvanique ; des irritations sur les nerfs fémoral et sciatique , ont excité des contractions très-fortes dans les muscles de la cuisse. Les expériences sur le cœur et sur l’estomac ont produit très -peu d’effets, et seulement le renouvellement des contractions sur le coeur d'un chien, séparé de l'animal, et qui
avoit cessé de se contracter , et un mouvement lent dans les endroits de l’estomac touchés par le zinc. D’autres expériences répétées ont eu àpeu-près les mêmes résultats.
Comme l’efficacité des différentes substances, propres à occasionner les phénomènes galvaniques, et les modifications qu’elles y apportent, Exoient alors l’attention des physiciens, bien plus que les effets eux-mêmes du galvanisme sur l’économie animale ; c’est la raison qui a déterminé à diriger spécialement vers ce dernier but les expériences , dont il vient d’être question. La cause du galvanisme paroissant résider dans le corps des animaux vivans, et n’être qu’excitée à agir par les corps extérieurs , c’est de l’observation des phénomènes que les animaux présentent, qu’on doit attendre le plus d’éclaircissemens sur cet objet. Puisque les fluides électrique et magnétique, qui ne sont ni particuliers aux corps vivans , ni sécernés dans les organes, comme le fluide galvanique semble l’être, ont cependant une influence marquée sur le corps humain , dans l’état de santé et de maladie (1); ne peut-on pas en conclure que
(ï) Voye { Observât, et recherch. sur l’usage de l'aimant , en médecine , par Andry et Thouret , mém. de la société ci-devant royale de médecine, 1779, p. 531. —
les recherches galvaniques méritent autant l’attention clu médecin , que celle du physicien et du naturaliste , et que le premier peut concevoir 1 espoir d’employer utilement le galvanisme pour la guérison de certaines maladies? Quelques succès de Maunoir , dans le traitement du tic douloureux , des essais multipliés , faits dans les cabinets de l’ecole de médecine de Paris , et que nous ferons connoître dans le chapitre qui traitera de l’application du galvanisme à l’art de guérir , semblent promettre une réussite , et îont espérer qu’il pourra devenir un jour , en médecine, un nouveau moyen curatif.
Dans cette science, comme dans la physique , il n’y a de stable et de certain que les. faits. Les théories , enfans de l’opinion , sont variables comme elle.
Résultats. Les premières expériences d ’Humboldc attestent , i °. que les effets du galvanisme sont assez constamment différens sur les diverses parties des animaux, et que des tentatives multipliées à ce suj et, et bien combinées , pourraient offrir l’avantage de faire apprécier assez bien les forces respectives
ibid. 1782 , p. 204, Mémoire sur le tic douloureux , par Thourct. — Mém. sur l’électricité animale par Mauduyt * ibid. 1776, etc.
DU GALVANISME. 4ç
tîes divers muscles extenseurs et fléchisseurs. 20. que le diaphragme erfMans les' animaux à. sang chaud, le muscle, sinon le plus fortement, au moins le plus aisément irritable , étant le seul qui se contracte toujours violemment dans les expériences sans chaîne ; ce qui peut conduire à déterminer les degrés respectifs de l’irritabilité des différens muscles. 3 °. que d’après l’observation à9 Hum* boldc , les nerfs et les muscles vivans sont environnés d'une atmosphère active et sensible, et que l’action des nerfs s’étend au-delà des points ou ils se distribuent. 40. que, comme l’a observé encore Humboldt , le galvanisme peut exciter des mouvemens dans des organes tout-à-fait indépendans de la volonté , tels que le cœur et l’estomac. 50. que le fluide galvanique, provenant d’un animal à sang chaud, peut agir efficacement sur les nerfs de 1 homme. 6°. que les phénomènes galvaniques ont lieu sans l’intervention d’aucun corps extérieur ; ce qui prouve que la cause qui les produit résidé dans l’économie animale vivante. 7 .que ces phénomènes peuvent se manifester au moyen d’une chaîne établie entre deux points d’un meme nerf, et par adduction dans des organes mis en contact avec quelque partie de la chaîne. 8°. enfin , que la dernière des expériences offre aux naturalistes un moyen de découvrir, dans de petits animaux ; des distributions nerveuses trop
tenues pour être disséquées sans un tel sécours*
Introduction . C’est en comparant beaucoup de phénomènes des corps vivans , avec ceux de la nature morte, qu 'Humboldt a conçu l’idée d'expériences qui semblent mettre sur la voie du procédé chimique de la vitalité. Il espère parvenir à prouver que l’irritabilité des parties n’est pas uniquement dûe à l’oxigène , comme l’ont pensé des physiologistes modernes , que l’azote et l’hydrogène contribuent beaucoup à cette propriété des fibres animales , et qu’elle paroît dépendre principalement de l’action réciproque de ces divers principes.
Humboldt a commencé ses essais par les phénomènes galvaniques , parce qu’il croit prouver incontestablement, d’après ses expériences, que dans ces phénomènes étonnans, le stimulus provient en grande partie des organes, qui ne sont pas alors purement passifs. Abjurant toiite prévention théorique dans ses expériences à ce sujet, il les a dirigées comme s’il s’agissoit de prouver le contraire des principes reçus jusqu’alors sur l’irritation métallique. Il rapporte séparément, et dans l’ordre oii elles se sont présentées, les observations qu’il a faites pendant trois ans, tant sur cet objet en particulier , que sur l’irritabilité des muscles en général.
D ü GALVANISME, 47
Distrait par clés occupations entièrement étrangères, il ne pensoit pas à publier ses observations, lorsque l’ouvrage de Fowlzr{ 1), sur l’influence galvanique, lui ouvrit les yeux sur le résultat de ses expériences , qu’il croyoit lui être propres , tandis que d’autres physiciens en faisoient de semblables, telle que celle de G. Hun tfr, qui consiste à appercevoir des lueurs sans contact avec les y eux. Il commença alors à rassembler tout ce qui avoit paru sur ce sujet depuis le mémoire de Galvani , et à le comparer avec ce qu’il avoit observé. En parcourant l’excellent ouvrage de Pfaff sur 1 électricité et l’irritabilité animale ; il reconnut , dans le grand nombre d’expériences qu’il renferme , et qui sont accompagnées d’observations importantes, les mêmes résultats qu’il avoit obtenus par les siennes, quoique par des voies différentes : mais il fallut qu’il refondît de nouveau tout son travail , et qu’il supprimât la moitié de ses expériences. Sur les observations de MM. Jurinc , Pictet , Scarpa , Tralles et Volta, devant qui il les répéta, il rectifia ses idées, et leurs réflexions le conduisirent à de nouvelles recherches. Après avoir rassemblé
(1) Voye{, Irc, partie, chap. VIII , l’extrait de cet ou-
toutes ses observations sur l’irritation et l’incitabilité de la fibre sensible et irritable , il a commencé par l’histoire du galvanisme, parce qu'il conduit aux autres recherches. Trouvant inutile d’exposer fort au long le détail de ses observations , parce qu’il ne s’agit que des résultats, il se contente d’indiquer les principaux , sans liaison , et comme ils se sont présentés à lui, ce qui forme une espèce de table des sujets qu’il a traités.
j Division de l'ouvrage àl Humboldt. Dix chapitres ou sections , en composent tout l’ensemble , et contiennent ses diverses expériences , dont l’intelligence est beaucoup aidée par huit planches, qui renferment quatre-vingt-neuf figures. Cent trente et une notes , placées en outre à la fin de l’ouvrage , servent d’éclaircissement ou de commentaire au texte. Nous allons exposer en abrégé ce que contient chacun de ces chapitres (i).
Chap. 1. Dans la Ire. section , l’auteur disserte en général sur le rapport de l’irritation galvanique avec l’incitabilité et ses différens degrés. Celle-là
(i) un extrait très-étendu de cet ouvrage , tome
Ier., p. du Recueil de littérature médicale étrangère, rédigé par M. Sèdillot jeune , in-8°. Cet extrait a été fait , dans le temps , sur l’original de l’ouvrage.
n’agit
n’agit que sur les parties organiques , pourvues de fibres sensibles. Les expériences n’ont pas encore manifesté des effets indirects sur la matière inanimée, liée à des corps incitables. Hum- boldt a dirigé avec soin , et avec une grande attention , le fluide galvanique , à travers des liqueurs colorées ou saturées de sel. Il a répété long-temps ces expériences , sans jamais avoir remarqué la moindre altération dans la couleur , la température , l’évaporabilité , la crystallisation , et enfin aucune altération dans la combinaison chimique de ces liquides. Le même fluide galvanique n’a pas non plus produit sur l’électromètre , ni sur les anneaux intermédiaires de la chaîne galvanique, d’effet sensible qui se rapportât à l’activité électrique.
En considérant les effets du stimulus métallique sur la fibre irritable et sensible , l’auteur s est sur-tout attache à déterminer le degré de l’irritabilité et de l’incitabilité , degré qui influe autant sur la réussite ou la non-réussite des expériences, que le degré de force du stimulus meme. Humboldt a donc choisi, pour faire des expériences , les individus les plus incitables , et il a trouvé que les grenouilles les plus propies a son objet, etoient les femelles jeunes, vigoureuses , qui sortoient de l’état d’hibernation , et avoient ete nourries avec d’autres , IIe. Partie. D
dans une chambre chaude , pendant quelques jours. Il est en outre parvenu , par le secours de l'art, à porter lincitabilité à un degré supérieur à ce qu’on a remarqué dans l’état naturel : cette découverte est une des plus importantes qu’il ait faites. C’est en baignant les rçerfs des animaux dans une solution de sels alcalis , ou dans l’acide muriatique oxigéné , qu’il a obtenu des résultats inconnus jusqu’alors , et qu’il a même observé des phénomènes , dont on avoit nié la possibilité. Il examine, dans ce premier chapitre, les conditions nécessaires pour que les mouvemens ■aient lieu , dans les expériences galvaniques , et il réduit ces conditions à deux , dont la première est le sujet du deuxième chapitre.
Chap. II. C’est ce qu’ Humboldt appelle irritation galvanique, sans armature, et sans excitateurs métalliques ou charbonneux. Il a répété, à ce sujet , l’expérience faite par Cotugno , et publiée dans le Journal encyclopédique de Bologne , expérience qui a donné lieu aux recherches électriques de Vassalli , en 1789, et à celles de Galvani , en 1792 (1). On trouve ensuite le détail des expériences , aussi ingénieuses que variées , par lesquelles il est prouvé que , pour exciter des
(1) Voyt{ chap. I et II de la Irc. partie.
contractions, il n'est pas nécessaire d’employer des substances métalliques , ou contenant du carbone, et qu’il suffit de se servir, en guise d’excitateur, de matières animales humectées. Humboldt a excité , dans les cuisses détachées de grenouilles , des convulsions très-vives , en établissant une liaison entre les muscles et le nerf crural , au moyen d’un petit morceau de chair musculeuse fraîche , et encore mieux , d'une portion coupée du nerf crural même. Ce mode de liaison a encore exercé toute son énergie , lors même que les stimulus métalliques les plus forts ont à peine produit quelques légers fr.émissemens. Ces expériences ont convaincu Humboldt 9 de la vérité de la loi établie par concer-
nant les armures métalliques , savoir que les convulsions sont plus violentes, lorsque la chaîne, formée par des morceaux de chair , se termine à la cuisse , plutôt qu'au nerf crural.
Une chose remarquable dans ces expériences , étoit que si le morceau de chair , servant de conducteur entre le nerf crural et la cuisse, n’étoit plus frais , les contractions n’avoient plus lieu , et qu’elles reprenoient sur-le-champ , quand , sans rien changer au reste, on substituait un fil d’archal au tube de verre , pour pousser le morceau de chair contre la cuisse. Alors la partie métallique n'entroit pas dans la chaîne conductrice , et malgré
cela , elle exerçoit une grande influence sur les phénomènes galvaniques. Humboldt a même vu naître des convulsions , lorsque le moyen de liaison étoit formé par des parties animales hétérogènes aux nerfs. Jamais il n’a pu occasionner des convulsions , en fléchissant le nerf crural , détaché du tronc conjointement avec la cuisse, vers celle-ci , ou vice versa , au lieu qu’il survenoit de fortes convulsions , en repliant doucement la chair musculeuse de la hanche , vers le nerf sciatique, encore en connexion avec le tronc,
Chap. III. L’excitation , au moyen d’un métal ,N ou de parties métalliques homogènes , fait le sujet de ce chapitre. L’auteur examine des phénomènes qui ont été beaucoup observés , et qui , parce qu’ils sont compliqués, ont été les plus discutés et les plus combattus. Ils ont lieu dans un haut degré d’excitabilité , et ils consistent dans des contractions occasionnées par des substances métalliques ou charbonneuses. Humboldt les ramène à un petit nombre de faits simples , en distinguant deux cas principaux , savoir : l’irritation produite par des métaux homogènes , et l’irritation produite par des métaux hétérogènes. Il distingue les premiers , en ceux qui forment une chaîne complette, entre les organes animaux, et ceux qui n’en forment pas. Il expose ses
recherches , et détaille ses expériences sur les uns et sur les autres, ainsi que celles d 'Aldini^ de Galvani , de Berlinghieri , de Lind , de Pfaff, de Volta , qu’il termine par celle-ci , qui lui paroît très -concluante, relativement aux conducteurs homogènes.
« Pavois deux grenouilles , dit Humboldt , dont » les cuisses ne manifestoient que de très-foibles » contractions , avec des armatures de zinc et » d’argent : j’humectai le nerf crural de Tune , » avec une dissolution de carbonate de potasse , » et celui de l’autre , avec de l’acide muriatique »• oxigéné. A mon grand étonnement , il n’y eut » pas de contractions , quand une armature d’ar- » gent , appliquée- au muscle , fut mise en con- » tact avec une armature d’or appliquée au nerf. » Je cassai en deux un petit barreau de zinc bien » purifié ; je posai le nerf sur un des morceaux » de zinc , et à l’instant où j’unis , à l’aide de » l’autre morceau , le premier avec le muscle , » il se manifesta de fortes contractions. Trois » cuisses , ainsi traitées , présentèrent les mêmes » phénomènes , pendant plusieurs minutes. Peut- » on supposer , ajoute Humboldt , que deux par- » ties du meme barreau de zinc , soient moins » homogènes que ne le. sont de l’argent et de » l’or? La question de l’homogénéité, dans les » substances excitantes , est une preuve qu’il y
» a , en physique et en chimie , beaucoup de » cas oii les observations présentent des contra- » riétés : l’homme circonspect reste indécis et » mécontent. »
Chap, IV. Pour que des métaux hétérogènes , ou des substances charbonneuses , produisent des phénomènes galvaniques , dans l’état d’excitabilité exaltée des organes , il suffit qu’ils fassent partie d’une suite de substances conductrices , établies entre les organes sensibles et irritables , quelle que soit la longueur de la chaîne qu’ils forment. C’est ce que prouve un grand nombre d’expériences , rapportées par Humboldt , dans ce chapitre. Il s’en occupoit avec son frère aîné , lorsque le hasard le conduisit à une découverte intéressante , qui fait le sujet de l’expérience expliquée par la pl. IV, fîg. 32. Cette expérience lui fît voir que les armatures du nerf et du muscle étant homogènes , les contractions peuvent avoir lieu , même à un très-foible degré d’excitabilité , quand les armatures sont unies par des substances excitatrices , parmi lesquelles il s’en trouve une hétérogène , couverte , dans une de ses faces , d'un fluide en vapeurs. Cette observation fut faite, pour la première fois , au mois de germinal an 4. Elle surprit tellement Humboldt , qu’il la communiqua aussitôt après, à Sxmmeriu à Blutmnbach , a
Haï et à Goethe. Il n’avoit encore trouvé, clans les ouvrages publiés jusqu’alors sur le galvanisme, aucune expérience qui eût le moindre rapport avec sa découverte. Ce ne fut que lorsque parut l’ouvrage de Pfaff, sur l’électricité animale , qu’il y rencontra des expériences très-analogues aux siennes , avec quelques différences cependant , comme il le prouve par les passages de cet auteur , qu’il cite.
Chap. V ‘ Dans les quatre chapitres précédens* Humboldt a exposé les circonstances selon lesquelles les phénomènes galvaniques réussissent, et celles oii ils ne réussissent pas , en évitant soigneusement de confondre les faits avec les conjectures auxquelles ils pouvoient avoir donné lieu. Dans ce cinquième chapitre , il développe les signes adoptés pour représenter clairement et simplement toutes les conditions du galvanisme , les formules employées pour exprimer les cas négatifs et les cas positifs , et la grande réserve à apporter dans les conséquences à tirer des expériences négatives. Il distingue deux classes de substances actives , dans le galvanisme , qui comprennent , la première , tous les métaux , le charbon et les substances qui en émanent, la seconde, toutes les parties animales et végétales humides , la chair musculaire , l’eau , le drap mouillé, etc* Les premières substances
sont généralement désignées par le nom d’excitateurs , et les secondes , par celui de conducteurs du fluide galvanique. Humboldt observe que cette division des substances est fausse et contradictoire avec beaucoup d’expériences qu’il a faites. Aussi n’emploie-t-il pas, dans ses formules, ces dénominations hasardées et hypothétiques , selon lui.
Chap. VI. Pour embrasser toute l’étendue des phénomènes galvaniques , il ne suffit pas de considérer en général les circonstances qui les déterminent , il faut encore examiner les modifications qu’ils présentent, dans les organes des différentes classes d’animaux. C’est le sujet de ce chapitre, ainsi que la considération des substances , qui sont , dans la plupart des cas, nécessaires pour produire les phénomènes galvaniques. Les métaux à l’état de régule , les métaux carbonés et sulfurés , l’oxide de manganèse , le seul métal dont la combinaison avec l’oxigène jouit complettement de la propriété conductrice du fluide galvanique, le charbon de terre , le charbon de bois , dont l’efficacité reconnue est due à Volta , et non à Fontuna , qui l’a seulement fait connoître le premier, dans le Journal de physique, 1793 , page 291 , la blende charbonnée , le graphit , la pierre de Lydie, les schistes alumineux et sulfuriques , l’eau et tous les liquides, excepté l’huile , voilà
les métaux et les substances charbonneuses qui, soit seuls , soit réunis , sont privés de leur propriété conductrice du galvanisme, dès qu’ils sc trouvent enveloppés d’oxigène ou d’hydrogène.
On n’avoit fait , jusqu’au temps oii Humboldt a écrit , que très-peu d’observations sur les effets comparés des parties animales et végétales , employées dans la chaîne galvanique. Il a tenté, à ce sujet , des expériences exactes , trèscurieuses et très-instructives , sur-tout sur l’épiderme des végétaux et sur celui des animaux. En composant une chaîne de sept à huit personnes , il a observé quelquefois que les mouvemens des muscles n’avoient lieu , que lorsqu’une d’elles , faisant partie de la chaîne , en sortoit; et il ajoute que souvent on ne découvroit la personne non conductrice , que lorsqu’on avoitfait sortir successivement toutes celles qui composoient la chaîne. Il dit avoir vu des cas ou cette personne mouilloit ses mains inutilement, et sans les rendre conductrices, quoique , dans d’autres circonstances , ce moyen fût tres-efficace , ainsi que celui d’arroser le plancher sur lequel la chaîne se trouve placée.
"V oici un phénomène très-intéressant , et digne , suivant Humboldt , d’exercer la sagacité des physiologistes. Tout le monde connoît cette sensibilité, désignée sous le nom agacement, que les dents acquièrent par 1 action des acides végétaux
foibles , comme des raisins , des prunes , des pommes, des citrons, etc. Toute la couronne des dents , particulièrement la substance émaillee , qui est insensible dans l’état ordinaire, devient alors si sensible aux impressions, que le contact d’un morceau de laine ou de toile , de papier gris ou de liège , quelquefois même la seule appréhension du contact-deces substances , donne, suivant l’auteur , lieu à une sensation très-désagréable. L’attention des physiciens a été appelée sur cet objet, par Wedekind , alors médecin à Mayence. Le célébré physiologiste de Halle , Reil, a développe, sur la même matière, des idées très-ingénieuses (i). Qu’y- a-t-il véritablement de plus singulier , que de voir une partie de notre corps , dont la substance est principalement terreuse , et a laquelle la nature paroît avoir refusé toute sensibilité , en acquérir une aussi vive , lorsqu’elle est touchée par un acide ? On sait que l’expérience de Volta ne réussit pas , si , au lieu d’appliquer des armatures , l’une de zinc et l’autre d argent , par exemple , sur les deux faces de la langue , on pose un des métaux sur la couronne des dents, tandis que l’autre reste appliqué sur la langue. Humboldt , curieux de savoir si les dents conservent cette propriété isolante , dans leur état
(i) H'ùbner y dissert, de cœnesth^si. Hala. 1794 9 P* 33*
d’agacement , et si l’opinion de Wtdekind , qui l’avoit porté à croire le contraire , étoit fondée , a vu cette idée pleinement confirmée par les expériences qu’il rapporte.
Reil prononce , sur l’existence des fibres sensibles, dans les tendons et les ligamens , d’après les cas pathologiques recueillis par Whytt et par Murray , qui attestent la sensibilité de ces parties ( i ). Humboldt croit que plusieurs expériences , qu’il a faites , lui donnent le droit de douter de ces assertions , et les raisons , les preuves qu’il rapporte à l’appui de ses expériences , semblent démontrer que le droit qu’il réclame, lui est bien acquis.
Il a imaginé d’essayer si des champignons , dont la substance a beaucoup d’analogie avec celle des animaux , n’avoient pas une propriété conductrice, approchante de celle de la chair musculeuse. Il a fait , en conséquence , une suite d’essais , dont les résultats ont été , que toutes les espèces de champignons , qui répandent , en se putréfiant , une odeur animale , fade , cadavéreuse, sont, dans la chaîne galvanique , des conducteurs aussi parfaits que les organes des animaux eux-mêmes , et que les morilles , et sur-tout les trois espèces que l’on mange , savoir le phallus
(i) Voyc{ Gautier,, de irritabilitate , p. 20.
esculenius , Velvella mitra et Velvella sulcata (i),' jouissent de cette propriété. Au sujet des champignons , Humboldt fait la remarque très-juste , dans sa note 42, qu’il seroit à desirer que beaucoup de chimistes voulussent s’occuper de l’analyse des champignons , analyse qui semble leur promettre une riche moisson de découvertes. Il cite, à ce sujet , le travail de Gunther , sur Vagaricus campestris , qu’il a entrepris , d’après son invitation , et dans lequel il a trouvé une quantité considérable de sucre cristallisable.
Ckap. VIL Après avoir , dans le chap. VI , traité des substances simples et composées qui produisent des phénomènes galvaniques , lorsqu’elles sont mises en contact avec des organes excitables ; Humboldt , dans le chapitre sept, représente, sous la forme de table, les substances conductrices , et celles isolantes du fluide galvanique. A l’égard des conducteurs , il observe que , lorsque les armatures sont immédiatement appliquées au nerf et au muscle, la longueur du conducteur ne paroit pas être limitée; que Valli s’est servi de conducteurs de 200 pieds ; qu 'Aldini a disposé
(1) Linn . System, végétal, p. 978, 979. — Schoeff. fung. tab. 199, fig. 2, 5 ,6, tab. 159. — Wildenov flot. Berol. n°. 1158.
des cordes de chanvre humide très -longues , autour de sa maison ’â Bologne, et que les expériences ont ainsi parfaitement réussi. Humboldt ajoute qu’on pourrait se servir, comme dans les expériences électriques de Jallabert , de Sigaud de la Fond , de le Monnier , de Winckler et de Watson , de conducteurs de 19,200 pieds de long, et même augmenter prodigieusement cet apperçu, en se servant , par exemple , des rivières comme conducteurs.
Dans l’emploi de conducteurs encore plus longs, il n’a jamais été possible à Humboldt de remarquer un intervalle entre l’instant où le muscle se contracte, et celui ou le contact du conducteur a lieu , le muscle et le nerf étant même éloignés l’un de l’autre de 200 ou 300 pieds, ce qui annonce une vitesse de 1200 pieds par seconde. L effet seroit le même, quand les conducteurs auraient 10,000 ou 20,000 pieds de long : ainsi Haller attribue (1) au fluide nerveux une vitesse suffisante pour qu’il parcoure 9,000 pieds par seconde ; Sauvages une de 3 2,400 pieds dans le meme-temps \ et l’auteur des essais sur le méchanisme des muscles, 576000 millions de pieds ( 24 millions de milles ) par seconde.
(x) Physiologie, 111-4". tome IV , p. 586.
La différence , au surplus , que l’on observe entre ces calculs , dépend des diverses sortes d'expériences sur lesquelles ils sont fondés.
Les expériences galvaniques doivent, de même que l’analyse chimique , nous procurer des éclaircissemens sur la nature et sur le mélange de la matière. La fibre nerveuse vivante sert en effet, comme les réactifs chimiques, à déterminer la nature de certaines substances ; on savoir depuis long-temps qu’un nerf divisé agit comme un hygromètre vivant : on connoissoit l’impression vive qu’éprouvent des personnes très-sensibles , lorsqu’il s’opère des changemens dans la température de l’atmosphère , ou à l’approche d’un orage, ce qui prouve que notre corps agit comme un thermomètre et comme un électromètre. Sœmmering a expliqué , d’une manière très-ingénieuse, la sensation désagréable qu’on éprouve quelquefois , à l’approche d’un changement de temps , dans un membre auquel on a fait l’amputation : il croit que l’humidité, que l’extrémité du nerf absorbe de l’air , comprimant ce nerf, est la cause de la douleur , et qu’elle dure jusqu’à ce que l’humidité ait été dissipée par un air sec (i).
Voici une expérience qu 'Humboldt a souvent
(i) Von bau clés menschlichen korpers. S. B.
répétée , et qui , quoique purement récréative , mérite d’être rapportée. Si quelqu’un applique une plaque de zinc sur une des faces de sa langue, et une plaque d’argent sur l’autre face, ces deux armatures ne se touchant pas, mais chacune d’elles étant pourvue d’un fil de fer un peu long , on peut faire passer ces fils de fer parallèlement à travers une porte , derrière laquelle on les rapproche et on les éloigne alternativement. La personne qui fait l’expérience détermine , par la saveur qu’elle éprouve , la situation des deux bouts du fil de fer.
Les expériences galvaniques nous offrent encore un phénomène qu’on auroit regardé , il y a huit ou dix ans, comme une chimère. Un nerf uni organiquement avec quelques lignes cubes de chair musculeuse , indique si deux métaux sont homogènes ou hétérogènes; s’ils sont à l’état de régulé pur , ou s’ils sont oxidés : il indique aussi si la coloration d un minerai dépend du carbone ou d’une oxydation. La fibre nerveuse vivante est un anthracoscopc vivant, un moyen de découvrir le carbone , presque aussi sûr que l’action du fer, et celle des alcalis.
HumboLdt répond affirmativement, d’après ses expériences , à la question , si les mouvemens musculaires et les sensations que le galvanisme
produit se prolongent après que la chaîne a été fermée. Entr’autres expériences , il eut le courage (i) de se faire appliquer deux vésicatoires sur chacun des muscles deltoïdes . L’une de ces plaies fut fermée avec une grande médaille d’argent , et la communication fut établie avec du zinc entre les deux plaies. Après un seul contact , les muscles de l’épaule et du col se contractèrent alternativement , et Humboldt éprouva une forte cuisson, aussitôt que la vessie formée par le vésicatoire fut ouverte : il distingua très-bien trois ou quatre corps simples, et souvent deux de ces corps ne se faisoient sentir qu’après que le zinc avoit été posé pendant quelque temps sur la peau mise à nu. Ce qui prouve que la force de ce phénomène ne dépend que du degré d’incitabilité des organes, c’est que les ulcères ayant été exposés à l’air, pendant une demi-heure , et le réseau de Malpighi. étant durci , un seul contact ne produisit plus qu’une seule contraction. Lorsqu’on eut répandu, dans une armature , quelques gouttes d’une dissolution
(i) Je dis eut le courage, car Humboldt a répété plusieurs fois la même application , dans d’autres circonstances , pour s’assurer des effets des expériences galvaniques. On verra , plus bas , qu’il a été encore plus courageux , en mettant un de ses nerfs à nu.
alcaline ,
alcaline , Pincitabilité des organes fut considérablement augmentée sur le champ , les douleurs devinrent très-violentes, et Humboldt sentit en même-temps les contractions renaître et se succéder trois à quatre fois de suite ; elles ne durèrent à la vérité qu'une ou deux secondes ; mais la cuisson se prolongea sans interruption et au même degré, tant que les armatures restèrent en contact.
En examinant ce qui se passe dans les substances conductrices animées , après avoir réfuté l’erreur de ceux qui pensent que l’irritation métallique n’agit que sur les organes auxquels les armatures sont immédiatement appliquées , Humboldt dit qu’il lui paroît qu’un fluide inconnu parcourt toutes les parties de la chaîne galvanique; mais que sa propriété excitante se manifeste plus fortement sur les organes qui sont armés immédiatement , que sur ceux qui sont éloignés des armatures, quand même ces organes seroient également excitables., idée qu’il appuie d’observations qui paroissent concluantes» Une personne qui croyoit beaucoup aux cures magnétiques et électriques , assuroit à Humboldt qu’elle éprouvoit un sentiment particulier de chaleur, toutes les . fois qu’elle faisoit partie dune chaîne galvanique. Humboldt fît enlever, IIe, Partie, E
sans qu'elle s’en apperçût , les armures métalliques et les animaux préparés. Le sentiment de chaleur continua : il étoit devenu même plus fort , lorsqu’il assura sérieusement cette personne qu’il avoir employé, dans la chaîne, de nouveaux moyens plus efficaces.
Les expériences , qu’il a faites sur les nerfs , font voir qu’un stimulus provenant de ceux d’animaux à sang froid, peut irriter ceux d’animaux à sang chaud; mais que l’irritation suit des loix différentes, selon la nature des organes dont la chaîne est composée. Les nombreux essais, publiés par plusieurs auteurs , sur la ligature des nerfs et des artères qui se distribuent dans les muscles ; les expériences faites sur des animaux à sang froid et à sang chaud , ont fait regarder comme constant le prin* cipe suivant : la ligature n’interrompt point les effets galvaniques , toutes les fois que la portion du nerf, comprise éritr’elle et le muscle, est environnée d’un corps isolant.
Les discussions élevées relativement à la ligature des nerfè et des artères , ont donné à Humboldt l’idéè de faire dès expériences sur des fibres sensibles coupées eh deux; ce qui lui a fait découvrir la propriété qu’a la fibre sensible vivante, d’agir à quelque distance, et
4e répandre autour d’elle une atmosphère irritable ; propriété qui est de la plus grande importance , pour l’explication de plusieurs phénomènes physiologiques et pathologiques. II laisse aux anatomistes habiles le soin d’en faire de nombreuses applications : il se contente d’examiner les phénomènes de ce genre , relatifs à la théorie du toucher et du goût , à la reproduction des nerfs , et à plusieurs effets sympathiques , comme dignes de fixer plus particulièrement l’attention. L’expérience la plus frappante qu’il rapporte , est celle sur les atmosphères irritables et sensibles , et qui ne peut être comprise qu’avec la figure. Elle termine le chapitre sept.
Chap. VIII. Il est essentiel, pour produire les phénomènes galvaniques , que le nerf qui doit exciter un muscle à se contracter , soit uni organiquement avec lui : c’est par l’établissement de cette vérité , que commence ce chapitre. Il est ensuite question de la chaleur des excitateurs, et des essais du docteur Wells sur leur frottement.
Pour développer toutes les circonstances dans lesquelles les phénomènes galvaniques réussissent , il faut aussi considérer le milieu dans
lequel se trouve placée la chaîne formée par les métaux et les organes vivans. Ces phénomènes sont-ils les memes dans les différentes espèces de fluides, dans ceux qui sont susceptibles de former des gouttes , et dans les fluides gazeux, dans l’air raréfié , et dans l’air condensé : c’est sur ces objets qu 'Humboldt a cru important de faire une suite d’expériences . avec l’appareil pneumatique. Il a fait des essais dans sept espèces de gaz , dans le vide , dans l’air condensé et dans les liquides : il a présenté les phénomènes galvaniques qu’on observe dans les plantes : il avoit déjà confirmé l’existence de la fibre irritable dans, le règne végétal, par ses expériences rapportées dans sa physiologie chimique des plantes : elles avoient répandu un. nouveau jour sur l’origine, le mélange, la nutrition , l’incitabilité et l’irritabilité de la fibre végétale, et avoient mis son analogie avec la fibre animale dans une plus grande évidence. Mais si les végétaux ont des nerfs , si les fibres sensibles sont unies chez eux aux fibres irritables, où doit-on les chercher ? N’est-ce pas dans les membranes des vaisseaux ? quoiqu’on distingue à peine le cours de quelques-uns , à l’aidq même des meilleurs microscopes , et encore,, sont-ce des faisceaux de vaisseaux qu’on distingue.
et non des vaisseaux séparés (1). Joignez à ces difficultés, la densité du tissu des plantes. Que de raisons pour prononcer que l’irritation métallique doit présenter une inefficacité, au moins apparente , sur les plantes ?
A quel phénomène devroit-on reconnoître l’effet du galvanisme sur des graminées , ou sur un chou , .si ce n’est à la contraction accélérée des parois des vaisseaux, à la circulation plus rapide des sucs, aux secrétions augmentées ?• Or comment s’appercevoir de ces effets dans une substance dépourvue, pour ainsi dire, de l’organisation vitale, au moins sensible ? Ce sont toutes ces difficultés , et d’autres non moins fortes , qui décident Humboldt à abandonner ce vaste champ de conjectures et d’hypothèses , pour s’occuper de véritables observations , et. des expériences galvaniques sur les vers , les sangsues , les lombrics , et les différentes espèces de sèches. Les phénomènes galvaniques ont réussi dans les plus petits vers aquatiques : la présence de la fibre sensible est très-remarquable, dans les naïades, espèce de vers qui surpassent, par leur faculté
(1) Voyez Hedwîg dissert, de fibrâ vcgetablli p. 2.2 ^ et Flora friberçcnsis , par Humboldt, §. VII, p. 152.
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reproductrice, tous les lombrics et toutes les sangsues que nous connoissons. On a fait également des expériences sur les lernées, les tænia , les différentes espèces d’ascarides , dont on peut accélérer , pendant quelques minutes , les mouvemens avec l’acide muriatique oxigéné. Mais c’est aux dépens de leur vie.
Comme il résulte des observations les plus exactes , que l’irritation galvanique n’agit que sur les nerfs ; le peu de connoissance qu’on a sur ceux des insectes (i), a déterminé Hum boldt a faire , pendant trois ans , des recherches sur les libres sensibles de ces animaux. Plusieurs considérations, dit-il, portent à croire que la grande irritabilité qu’on admire dans les insectes , est unie à une force nerveuse , qui lui est proportionnée. Il cite à l’appui de cette idée, les effets de Falcohol et de l’électricité, que Fon tana a reconnus sur la fibre sensible seulement. Il n’est parvenu à suivre, dans aucun insecte, les nerfs avec autant d’exactitude , que dans le
(i) Il semble , d’après ce que dît Haller , dans ses Primez linece physiologicæ , §. 402, qu’il refuse tout-àfait des nerfs à beaucoup d’insectes, et aux polypes. L’excellent ouvrage de Lyonnet. , ne nous fait pas connoître une seule veine dans la chenille.
Cerambyx ctrdo , dont les plus grands, qui se propagent dans ses extrémités postérieures , sont plus gros que des crins.
Après avoir rendu compte de ses expériences galvaniques sur les insectes , Humboldt donne le détail de celles qu’il a faites sur les poissons. Leur organisation nerveuse est magnifique : aussi
lorsqu’on les a disséqués, est -on convaincu à priori que cette classe d’animaux est extrêmement propre aux expériences galvaniques. J’ai vu, dit-il, des poissons , auxquels on avoit coupé la tête une demi-heure auparavant , frapper avec leur queue galvanisée , de manière que tout leur corps sautoit assez haut sur la table ou ils étoient posés. Lorsqu’on exaltoit leur incitabilité par des dissolutions alcalines , ou de l’acide muriatique oxigéné , on avoit peine à se rendre maître des poissons, sur-tout des anguilles et des tanches. Le moindre contact des métaux les faisoit s’élancer très-loin.
Ch'ip.lX. C’est dans la classe des animaux amphybies que les phénomènes du galvanisme ont été découverts , et observés le plus souvent. Les grenouilles , qu’on peut se procurer par-tout et en quantité, qui sont douées de nerfs très-forts* qui possèdent une irritation presque indestructible,
qui ont la chair des muscles nette et pro*pre , et dont le corps est presque transparent , ont fixé , pour leur malheur , l’attention des physiologistes. L’usage que Halkr , Rosel et surtout Spallan^ani , et avant eux Nollet , ont fait des grenouilles dans leurs expériences, n’étoit qu’un f©ible avant-coureur du sort qui les sttendoit à la fin du dix-huitième siècle, dans toutes les parties de l’Europe et dans l’Amérique septentrionale.
HumboLdt observe que le sommeil d’hiver des amphybies ( i) augmente leur irritabilité , et il en explique les causes. Il donne la preuve que l’exercice des facultés intellectuelles débilite les fibres musculeuses et les vaisseaux secrétoires : suivent des observations physiologiques sur les grenouilles, les lézards, les crapauds et les tortues. Cellesci , et sur- tout celles de rivières , ont une irritabilité qui dure très-long-temps. P. Mlchadis a
(i) L’exemple du sommeil le plus long, ou delà plus longue suspension apparente de la vie , est celui qui est tiré du Vorticclla rotatoria , que Fontana, a fait revivre, dans l’espace de deux heures , en l’humcctant avec quelques gouttes d’eau , après l’avoir conservé sec et sans mouvement, pendant deux ans et demi. ( Fontana , sur le venin de la vipère. )
excité des contractions musculaires très -vives dans une tortue, à qui on avoit ôté le cœur, et qui étoit disséquée et exposée , depuis 1 8 heures , au froid pendant l’hiver. Herembstads a vu la chair musculeuse de la tortue ordinaire , tes tudo curopœa , affectée par l’irritation métallique, lors même qu’elle étoit déjà en putréfaction.
Les expériences galvaniques sur l’homme sont sans doute les plus importantes. Humholdt fixe l’attention de ses lecteurs sur quelques observations dont on n’a pas encore parlé , ou sur lesquelles on n’a donné que de légers apperçus; telles que l’apparence lumineuse, qui peut être provoquée de quatre manières différentes ; phénomène dont la découverte et la publication sont dues à George Hunter. Humboldt explique par quelles anastomoses nerveuses le galvanisme affecte alors l’organe de la vue , et quelle est la sympathie , dans un sens inverse, entre le nerf nazal et le nerf maxillaire supérieur. Il dit n’avoir jamais remarqué, non plus que Pfaff, des contractions ou des dilatations de la pupille ; il ajoute que les expériences contradictoires de Fowler s’expliquent par ces sympathies nerveuses, qui font qu’une lumière vive, en agissant sur l’organe de la vue, excite 1 eternuement; et que l’ammoniaque, en stimulant l’organe de l’odorat, produit la dilatation de la pupille. On n’avoit jusqu’alors aucun
exemple d’action galvanique semblable à celle de la lumière. Le docteur Monro étoit- tellement excitable par le galvanisme , qu'il saignoit du nez , lorsqu’ayant enfoncé très - doucement du zinc dans ses fosses nazales , il le mettoit en contact avec une armature appliquée sur sa langue : l’hémorrhagie avoit toujours lieu , au moment oîi les lueurs paroissoient. Ce phénomène , très-instructif pour le physiologiste , démontre comment les nerfs , qui entourent les petits vaisseaux sanguins, les irritent et augmentent leurs contractions : il confirme encore ce que les anatomistes ont dit de l’influence de la honte et de la joie sur les nerfs de la «5e. paire et principalement sur ceux de la face.
Humboldt croit que cette violente irritation pourroit être d’une grande utilité dans certains cas pathologiques ; idée qu'il appuie de faits qui semblent favorables : il propose et indique les moyens d’employer le galvanisme sur des malades, dont la vue paroît perdue sans retour.
En parlant des expériences de Volta sur la langue , Humboldt observe qu’elles avoient déjà été entrevues, trente ans auparavant, dans un ouvrage de Suider , intitulé : Nouvelle théorie des plaisirs , publié en 1767; et que si alors la considération de la situation superficielle des nerfs de la langue, eût conduit à découvrir un nerf
artificiellement, la grande découverte de l’irritation métallique se seroit présentée dans le temps des Haller , des Franklin , des Trembley, des Camper, et des Buffon. Que de progrès n’auroit pas fait cette découverte , si ces savans nous eussent transmis, il y a trente ans, la théorie et les expériences que nous laisserons à nos successeurs ?
Volta a indiqué les différences que l’on observe dans les saveurs , par les expériences galvaniques sur la langue, selon la nature et la disposition des armatures. Humboldt a répété ces expériences, et en a fait de particulières, qui lui ont donné à-peu-près les mêmes résultats. Mais tous ces essais n’ayant présenté aucune contraction dans la langue , ils semblent constater la vérité de l’ancienne assertion de Galien, nouvellement confirmée par Scarpa, savoir que le nerf fourni à la langue , par la 3e. branche de la 5e. paire, sert exclusivement au sens du goût , et que la 9e. paire est exclusivement destinée au mouvement de la langue; ce que les expériences galvaniques sur ce nerf ont prouvé évidemment.
La terminaison dans la membrane pituitaire des nerfs de l’organe de l’odorat, qui tirent leur origine de la ie. paire et des deux premières branches de la 5 e.; l’observation des
j6 HISTOIRE
nombreux phénomènes de sympathie entre les organes de la vue et ceux de l’odorat et du goût , avoient fait présumer qu’en galvanisant les narines , l’odorat seroit affecté : mais cette supposition n’a point été confirmée par l’expérience.
Robinson et Hecker ont donné des observations contradictoires sur l’irritation des alvéoles des dents. Humboldt adopte celles du premier de ces savans. Il dit avoir vu survenir de l’inflammation à une plaie à la main. T par l’application de l’irritation métallique, et il en eut la preuve sur lui-même. S’étant écorché le poignet , avec issue d’un peu de sang , à l’endroit où l’artère radiale est très-superficielle , il plaça une armature de zinc sur la plaie , et il toucha le zinc avec une médaille d’argent. Pendant toute la durée du contact, il éprouva de la tension jusqu’au bout des doigts, un tremblement et un picotement dans tout l’intérieur de la main. La douleur devint manifestement plus aiguë, quand le bord de la médaille toucha le zinc : l’irritation augmenta aussi l’écoulement du sang. Dès que le sang se cailloit, l’armature produisoit un effet beaucoup plus foible. Humboldt fit alors avec un scalpel , des incisions très-légères , et le galvanisme, qu'il continua pendant plusieurs jours, produisit une inflammation très-marquée*
Deux vésicatoires , de la grandeur chacun d’un écu de six francs , qu’il se fit appliquer sur les épaules , et qui répondoient aux muscles irape{e. et deltoïde , furent soumis aux memes expériences , après l’ouverture des vésicules , et furent suivies d’un nouvel écoulement de sérosité , avec changement de couleur , avec douleur très-forte , rougeur , et inflammation. II répéta encore une fois sur lui-même la même expérience, qui fut suivie des mêmes phénomènes ; ce qui , dit-il , fait voir l’organisation de notre machine , dans tout ce qu’elle a de plus étonnant. La sensation que le galvanisme excita en lui, ne lui paroît pas avoir la moindre ressemblance avec celle que le fluide électrique occasionne : il dit que c’est une douleur d’une espèce particulière.
Il a déjà été question de semblables expériences, chapitre VII, lorsqu 'Humboldt a voulu s’assurer si les mouvemens musculaires et les sensations que le galvanisme produit , se prolongent après que la chaîne a été fermée; ce qui le détermina à se faire appliquer deux vésicatoires sur le dos. Le docteur Corradori (1)
(1) Commentant m edi ci , opéra periodica dei citadine L. Brugnatelli e V. L. Brera 3 irc, décade, tome Ier., partie Ire. Pavie-, 1797, in-8°.
a répété , sur une femme affectée d’ amaurose 9 la même expérience , dont il est ici question : la sensation fût la même que celle dont parle Humboldt , sans que la sérosité fut plus acrimonieuse : elle fut seulement plus abondante. Un sujet de cinquante ans ne peut supporter cette expérience : cependant elle fut faite sur deux vieilles femmes, sans offrir rien de particulier, d’oii il résulte que le docteur Corradori est d’accord avec Humboldt , dans ce rapport de la sensation seulement , et non dans celui de l’augmentation et de la nature de la sérosité; puisque, d’après les expériences de celui-ci , elle ne fut pas plus acre , mais seulement plus abondante. A l’égard des effets de l’irritation galvanique , Corradori pense comme Humboldt , qu’ils ne ressemblent en rien à ceux d’une secousse électrique; et il se fonde sur ce qu’ayant électrisé des malades , à leur insçu, aucun ne put faire la comparaison des effets , qui étoient différens.
Plus le nombre des nerfs , que le fluide galvanique parcourt , est considérable , plus les effets de l’irritation qu’il produit sur eux sont évidens. Achard de Berlin , dont on connoît la sagacité dans l’art de faire des expériences, est le premier qui ait établi communication entre la bouche et l’anus , avec du zinc et de l’argent. De cette manière il a excité des douleurs dans le
bas-ventre, augmenté l’énergie cle l’estomac , et opéré un changement dans les évacuations alvines. Hurhboldt considérant que tous les nerfs du tronc sont excités dans cette expérience , conçut l’idée d’essayer si une irritation aussi active ne poift*roit point rappeler à la vie de petits animaux très-irritables, lorsqu’ils sont atteints d’une mort apparente* Il a choisi, pour ses essais, des oiseaux. 11 attendit le moment où une linotte alloit expirer : elle avoit déjà fermé les yeux; elle étoit étendue sur le dos. L’irritation métallique d’une épingle, par sa pointe près de l’anus, ne produisit aucun effet de sensibilité. Humboldt se hâta de placer une petite lame de zinc dans le bec , et un petit morceau d’argent dans le rectum ; aussitôt après la communication fut établie entre ces métaux par une tige de fer. «Quel fut mon étonnement, dit -il, lorsqu ’au moment du contact , l’oiseau ouvrit les yeux et se releva sur ses pattes en battant des ailes. I! respira de nouveau pendant six ou huit minutes, et expira ensuite tranquillement. » Humboldt a répété avec succès cette expérience sur deux serins ; il ne doute pas qu’elle ne fournisse un moyen de rappeler à la vie les petits oiseaux élevés dans nos appartenons , et qui se noient quelquefois dans l’eau qu’on leur donne pour se baigner. La physiologie ne pourroit-elle pas
payer ainsi, ajoute-t-il, une partie de la dette qu’elle a contractée envers la nttture animée par les nombreux massacres qu’elle a occasionnés ?
Humboldt rapporte une observation très-intéressante du docteur Grapengiesser , médecin à Berlin , et qui est relative à l’influence de l’irritation des nerfs sur les mouvemens péristaltiques du canal intestinal. En voici les principales circonstances , telles qu’elles sont rapportées dans line lettre du docteur Grapengiesser ( i).
Un malade de l’hôpital militaire portoit depuis nombre d’années , une hernie scrotale trèsconsidérable, qui s’étrangla par accident, forma abscès, fut suivie d’une suppuration considérable, avec ouverture des tégumens , et issue d’une partie des gros intestins , c’est-à-dire du cæcum , du colon transverse et d'une partie du colon droit , qui étoient renversés de manière que leur surface intérieure étoit devenue extérieure. Quand le malade étoit assis , l’iléon sortoit avec le colon , et ces
(i) Le C. J. J. Sue , dans ses Recherches physiologiques sur la vitalité, dont il a été question, chap. VI, §. II , rapporte aussi , page 40, quoique dans des termes différens , cette observation , qui lui a été communiqués par Humboldt lui-même.
intestins
intestins pendoient jusqu’au genou : de chaque côté étoitune ouverture qui donnoit issue, Pune aux lavemens qu’on faisoit prendre au malade , l’autre aux excrémens , et à des alimens mal digérés. On appercevoit entre le colon et l’intestin grêle , un anneau gros et dur qui les séparoit exactement , et qui étrangloit tout ce paquet. L’auteur de ces observations suppose que c’est la valvule du colon qui a été fortement distendue par le renversement des intestins , et qui a perdu sa première configuration, depuis sept années que duroit la maladie.
Aussitôt qu’il eut examiné ce malade , M. Grapengiesszr résolut d’essayer sur lui le galvanisme; il se prêta de bonne grâce à ses expériences. Le docteur arma , en conséquence , une portion des intestins avec de l’argent, et l’autre portion avec du zinc. A peine le contact fut-il établi entre les deux armatures , que le mouvement péristaltique se trouva considérablement augmente, et que les ondulations se succédèrent rapidement. Le malade éprouva une cuisson d’une espèce particulière , dans les endroits touchés par les métaux. Le galvanisme parut augmenter l’action des glandes muqueuses et celle des vaisseaux exhalans , et rendre leurs secrétions plus abondantes , comme il avoit augmenté la secrétion de la sérosité dans les plaies, à la suite IIe. Partie, F
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des vésicatoires que s’étoit fait appliquer Humboldt sur le dos. De grosses gouttes de suc intestinal coulèrent en peu de minutes sur les métaux.
M. Grapmgiesscr se rappelant les expériences relatives aux effets des alcalis sur les nerfs , humecta légèrement la surface de l’intestin grêle avec du carbonate de potasse en déliquescence : le mouvement vermiculaire des intestins devint alors au moins six fois plus fort qu’il n’etoit auparavant , quoiqu’il n’y eût qu’une armature : le malade sentit en même-temps la cuisson augmenter.
Les expériences du docteur Grapengiesser sont instructives à bien des égards. On voit que les intestins, dont le mouvement vermiculaire est, de l’aveu de tous les physiologistes, involontaire , obéissent à l’irritation métallique ; d’ou il suit que les physiciens italiens ont avancé une erreur , quand ils ont dit que le galvanisme n’agit que sur les muscles dépendans de la volonté. L’expérience précédente nous apprend encore que le mouvement péristaltique des intestins est uniquement l’effet de l’irritation des nerfs, parce qu’il est impossible d’irriter le canal intestinal, sans irriter les filets nerveux qui se distribuent dans le tissu cellulaire, les membranes et les vaisseaux des intestins ; et que le
stimulant galvanique n’agit que lorsque la fibre sensible est armée, comme l’a démontré Humboldt , au commencement de son chapitre VL
Schmuch est le premier qui ait observé l’in— citabilité du cœur par le fluide galvanique , ayant fait ses expériences cinq mois avant Fowlcr : mais ce dernier est parvenu le premier à changer les pulsations du cœur, sans lui appliquer immédiatement des armatures, et en les adaptant seulement , dans des animaux à sangchaud , au nerf récurrent du moyen sympathique et au grand sympathique. Pfaff ’, Ludwig , Crève et Webster ont confirmé les observations de Schmuch , en répétant ses expériences sur des grenouilles. Mais comme dans plusieurs de ces essais , la fibre musculaire a voit été touchée par des métaux, on soupçonna qu’il y avoir eu irritation méchanique; ensorte que ce fait important méritoit d’être examiné de nouveau. Le silence d’ailleurs de Scarpa , sur l’influence du galvanisme , sur les nerfs du cœur, étoit une raison de plus pour répéter les épreuves.
Humboldt a en conséquence entrepris une suite d’expériences; et pour éviter d’être induit en erreur , il les a faites sous les yeux de physiologistes célébrés , qui en ont observé avec attention toutes les circonstances : il en donne le
détail à la fin du chapitre IX, que nous analysons. Il assure que ses expériences galvaniques sur le cœur des grenouilles , des lézards et des crapauds lui ont presque toujours réussi. Celles sur le cœur des poissons, lui ont fait voir que , s’il est le plus incitable par l’acide muriatique oxigéné , il est aussi le plus excitable par l’irritation métallique. Il a disséqué en Pologne des poissons de laVistule, qui etoient tellement excitables , que le fer et l’argent , et même le cuivre et le plomb suffisoient pour occasionner des changemens dajis les pulsations du cœur.
D’après ses expériences, Humboldt ne doute plus que l’irritation métallique agisse et sur les muscles dépendans de la volonté, et sur ceux qui en sont indépendans, quoique plus faiblement sur ceux-ci ; et comme il a prouvé ailleurs que les phénomènes galvaniques ne sont déterminés qu’au moyen des fibres sensibles , ses expériences prouvent encore cette vérité très-importante , que les contractions du cœur sont modifiées par l’influence nerveuse. Sur la question de savoir pourquoi, dans un cœur galvanise, l’irritation est toujours la même , quel que soit le point du cœur où l’on applique les morceaux de chair musculaire, employés comme partie
clu conducteur, il répond que cela vient de la distribution très - multipliée des filets nerveux dans toute la substance de ce viscere; multiplicité prouvée par les descriptions 8 Andersch , par le grand ouvrage d’anatomie de Sœmmering , et sur-tout par les planches que Scarpa a données des nerfs cardiaques et glosso-pharyngiens.
Chap. X et dernier . Les chapitres précédens ont été consacrés à l’exposition des phénomènes galvaniques dans toute leur étendue : dans ce chapitre X , Humboldt considère ces phénomènes dans leurs rapports avec d’autres forces de la nature. Il se livre d’abord à l’examen des causes du galvanisme , et à celui de sa théorie. La première hypothèse devoit être , et a été en effet celle de Galvani.
On a vu, dans le chapitre premier, la foule d’objections qu’elle a occasionnées , et la manière victorieuse dont elle a été réfutée par M. Pfaff' La plupart des expériences üHumboldt l’ont également détruite, et sur-tout celles qui appartiennent aux figures neuf et douze des deux premières planches de son ouvrage. En abandonnant la théorie du galvanisme, qui a pour base 1 analogie de ses phénomènes , avec ceux de la bouteille de Leyde, théorie aussi peu tondee que l’ont été les calculs de Sauvages
sur
la vitesse des esprits vitaux, le nom de Galvani n’en souffrira pas : il ne périra jamais , et les siècles futurs , en profitant de sa découverte , reconnoîtront que la physiologie doit à Harvey et à Galvani , ses deux bases principales.
Humboldt passe sous silence la théorie de Valtiy parce qu’elle est analogue à la précédente, et parce qu’elle est si embrouillée , que chacune des expériences sur l’irritation métallique , lui sert de réfutation. Celle & Alexandre Volta , fondée sur la destruction de l’équilibre électrique , étoit la plus séduisante de toutes celles imaginées pour expliquer le galvanisme : c’est celle qui embrasse le plus de faits. Humboldt l’expose dans toute sa simplicité : mais ses expériences le forcent à se déclarer l’adversaire de Volta ; il emploie , dans sa réfutation , toute la circonspection qui est due à un homme , dont le génie inventif, l’esprit d’observation et la grande dextérité sont connus depuis long-temps.
Son opinion étoit d’abord , que l’irritation métallique ne dépendoit peut-être que d’une répartitiQn inégale du fluide électrique : mais ayant vu ensuite que plusieurs des faits , qu’il rencontra dans ses expériences , ne pouvoient être attribués à l’électricité extérieure ; il crut à un fluide particulier , inconnu , et accumulé dans la fibre sensible, qu’il appela électricité animale . Il
faut voir, clans l’ouvrage d'Humboldt , page 3 70, l’exposition de la théorie de Volta , telle qu’il la lui a exposée lui-même , et comme elle se trouve dans la lettre qu’il a écrite à /. Banks . Quoique fondée, comme il a déjà été dit, sur la destruction de l’équilibre électrique , quoique applicable à lin grand nombre4 de découvertes nouvelles , la théorie de Volta n’en paroît pas moins 'àHumboldt , complètement renversée par plusieurs de ses expériences , et par les faits qu’il cite , page 375 , qui sont en contradiction manifeste avec cette théorie.
Au moment de hasarder lui-même une explication de l’irritation métallique , et de ses différens effets sur les fibres musculaires, il n’entreprend pas de rapporter, à un seul et même principe, tous les phénomènes galvaniques, dont les degrés de complication sont si différens; ou de substituer une autre doctrine à celle de l’équilibre électrique : il se borne à comparer les faits, à fixer l’attention sur les rapports qu’ils présentent, et à indiquer la voie par laquelle on peut espérer d’arriver à des connoissances plus étendues. Il faudroit, pour bien faire connoître la théorie d ’Humboldt, copier ici tous les principes qu’il pose , tous les résultats des expériences qu’il a faites , et autres détails , qu’il est bien plus simple de lire dans son ouvrage même :
nous nous contenterons d’exposer quelques principes , quelques résultats qui établissent suffisamment sa doctrine , pour qu’on en ait une connoissance claire et distincte.
i°. Les organes pouvant manifester seuls, et par eux - mêmes , les phénomènes galvaniques , il est évident qu’ils renferment la cause stimulante. 2°. Exposition des conditions nécessaires pour que l’irritation métallique reste efficace dans les différens degrés d'affoiblissement de l’irritabilité. 30. Théorie de l’auteur, fondée sur l’existence d’un fluide particulier, dans les organes , et sur son accumulation , occasionnée par les obstacles qu’il rencontre. 40. Essai d’une explication de tous les phénomènes, établie sur un petit nombre de principes simples. 50. Différences- et rapports entre les fluides galvaniques, électriques et magnétiques. 6°. Effets particuliers de l’oxigène et du zinc. 70. Atmosphère active des organes vivans, et hypothèses qui y sont relatives. 8°. Doutes proposés sur l’explication du galvanisme donnée par Crève, qui croit avoir découvert la nature de l’irritation métallique, et prétend qu’au moyen de deux métaux, ou au moyen d’un métal et d’un morceau de charbon , l’eau qui entoure le nerf ou le muscle, est en partie décomposée, que l’oxigène attiré par les métaux et le car-
bone se sépare de l’hydrogène; que cette décomposition n’a lieu d’abord, que dans la portion d’eau qui est en contact immédiat avec les métaux , mais qu’elie s’étend ensuite au-delà. La chimie, la physiologie et la médecine pratique doivent, si l’on en croit Crève , tirer le plus grand avantage de cette découverte sur la nature de l’irritation métallique. Il espère même que son influence s’étendra sur les différentes branches des mathématiques et de la physique (1).
Dans cet extrait du savant ouvrage à'Humloldt , je n’ai pas rapporté la longue série d’expériences qu’il contient, i°. parce qu’elles sont aiijourdhui généralement connues ; 20.
parce que le plus grand nombre ne peuvent être bien comprises , qu’à l’aide de figures , qui sont à la fin de l’ouvrage : il suffit de rappeler que toutes se réunissent pour prouver qu’un animal, dont une partie est mise en contact avec un métal , qu’on peut appeler son armature , éprouve , plusieurs heures même après sa mort, des contractions , lorsqu’on touche , avec les deux
(1) Voye^3 chap. VIII, §. II, l’extrait de la découverte de Crevé , sur la nature de l’irritation métallique.
9o HISTOIRE
extrémités d’un second métal , d’un côté l’armature, et de l’autre les muscles voisins.
Nous croyons devoir placer ici une lettre de M. A. M. Vassalh-Eandi (i), sur les phénomènes de la torpille, parce qu’elle a quelque rapport avec ce qu’a dit , à ce sujet, Humboldt , dans son ouvrage , et parce qu’en outre ces phénomènes ont quelque analogie avec les effets galvaniques , que présentent les animaux.
« Paris, ce 14 messidor an VII. Après ma lettre du 21 ventôse dernier (2), sur le galvanisme , j’ai parcouru l’ouvrage de Humboldt ,
traduit de l’allemand par Jadclot , médecin , qui vient de paraître , et qui est le plus complet sur cet objet. J’y ai vu, avec satisfaction, qu’il pense comme moi, qu’il n’y a encore rien de certain sur le fluide galvanique; et qu’il étend ses doutes sur les phénomènes des autres poissons électriques ( page 451 ), dont il espère aussi de pouvoir s’occuper (page 452). Je ne doute pas que son génie n’enrichisse cette partie de la physique, par les découvertes les plus intéressantes, et qu’il ne recule les bornes des
(1) Foye{ le Journal de physique , tome XLIX, p. 69.
(2) Cette lettre est insérée , page 71 de la première partie de notre histoire.
autres parties, dans lesquelles il s’est déjà distingué , en prenant la meilleure route pour trouver la vérité. En attendant, je vous indiquerai mon opinion , soit sur ce qui reste à faire pour en découvrir la véritable cause , soit sur la théorie des phénomènes de la torpille. D’apord, je m’occuperai à vérifier les faits annoncés par Rcaumur , Valsh , Hunter , et par plusieurs autres. Je crois que je trouverai quelques vérités parmi les fables opé Aristote , Pline , Théophraste , et leurs commentateurs ont débitées sur la torpille. Je tâcherai de réduire à leur juste valeur les relations singulières que Schilling et Kempfer nous ont laissées sur cet objet. Mais les observations de Spallan{ani fixeront particulièrement mon attention; elles seules m’intéressent plus que toutes celles des auteurs qui l’ont précédé dans cette carrière, soit par l’amitié qui nous lioit, soit parce qu’elles tiennent de près à la théorie des poissons secouans , que j’ai proposée à notre ami Scnebicr en 1790. »
« Vous permettrez donc que je vous indique ces observations, avant de vous annoncer la théorie des phénomènes de la torpille, que je vais soumettre à vos lumières. Dès l'an 1790, me trouvant à Pavie , Spaüan^ani\ à qui j avois auparavant communiqué mon opinion sur les poissons secouans, me fît voir ses grandes
9i HISTOIRE
tables sur l’anatomie des organes électriques de la torpille , et me dit qu’ayant essayé de couper les trois grands troncs nerveux , qui , en se divisant, viennent embrasser les prismes remplis de matière molle, qui composent la plus grande partie du corps de la torpille, il observa qu$ l’animal perdoit la propriété de donner des secousses ; ce qui m’a fait dire dans la lettre que je vous ai adressée le 1 1 ventôse , et qui est insérée dans ce journal (i) , que dans la torpille les nerfs , expriment l’électricité contenue dans les muscles ; et qu’au contraire, lorsqu’on n’a point touché aux nerfs , on obtient encore de petites secousses de cet animal , quelque temps même après sa mort. »
« L’autre observation de Spallan^ani est que les fœtus de la torpille, dans le ventre de leur mère, sont unis à l’œuf par le cordon ombilical , et qu’en les retirant , ils donnent de légères secousses. Il me fit voir , dans le Muséum , ces torpilles attachées aux œufs , et dont il éprouva les secousses. L’histoire de ce qui a été observé sur d’autres poissons secouans , par Muscliembroek , Bajon , Vanderlot , Ftrmin , etc., me serviroit pour augmenter le nombre des expériences, de. même
(i) Germinal an 7, page 336.
que l’anatomie de la torpille et du gimnote, par Redl, Lorenyini , BorelLï , S renoue , Reaumur, H tinter , Bajon , etc. , donneroit lieu aux observations nécessaires pour déterminer la véritable structure de ccs animaux. C’est sur les faits qu’on trouve dans ces auteurs, que j’ai fondé ma théorie, à laquelle je donnerai une plus grande extension, si vous lui trouvez une base établie sur des principes certains; la voici en peu de mots : »
» Je soupçonne que les poissons secouans ont la faculté de condenser le fluide électrique dans une partie de leurs corps; et que, dans la position ordinaire de leurs organes intérieurs, ce fluide est retenu par un voile cohibant, qui devient ensuite différent par la raréfaction , ou par l’addition des humeurs, et laisse passer l’électricité condensée, chaque fois que le poisson veut donner la secousse. Dans cette théorie, l’air et la nourriture fourniroient l’électricité, comme aux autres animaux, et les oi'ganes électriques seroient la partie du corps , dans laquelle se condenseroit le fluide électrique : le milieu, dans lequel vit la torpille, ne peut présenter aucun obstacle à cette théorie, tant à cause de la structure de l’animal, que par la nature de l’eau, relativement à l’électricité. »
» Je ne chercherai pas à prouver la première
de ces propositions, ayant en elle-même le plus grand degré de probabilité, comme je l’ai dit dans la lettre sus - mentionnée ; elle démontre aussi que les différentes parties de l’animal ont, dans le même temps, des électricités contraires ; et la dénomination d’organes électriques , qui a été donnée par les auteurs aux muscles décrits par Redi et Fermin , me paroît confirmer la seconde proposition ; car ils ne donnèrent ce nom aux muscles des poissons secouans , qu’après avoir été persuadés que la secousse étoit électrique , et qu’elle venoit de ces organes. »
» Je pourrois encore appuyer mon assertion par la nature même des organes de la torpille , qui sont composés d’un très-grand nombre de tuyaux hexagones et pentagones : Humer en a compté 1182 dans un seul muscle d’une torpille longue de près d’un mètre , lesquels se partagent , selon Reaumur , en plusieurs autres tuyaux ou cellules remplies d’une matière blanche et glutineuse , qui paroît propre à retenir l’électricité. Si on examine ensuite la structure du gimnote, composé en grande partie de mucilage, qui se fond entre les doigts, si on a égard à la surface de son corps couvert de petits points jaunâtres ; lesquels sont autant d’orifices de petits tuyaux , dont le plus grand nombre se trouve sur la tête et sur les autres parties qui donnent les plus fortes secousses ;
on conviendra que cette structure s’accorde parfaitement avec mon opinion sur la cause de ce phénomène. »
» L’effort que fait la torpille, avant de donner la secousse, la contraction de son corps, qui, de convexe qu’il étoit, devient concave, et la dépression de ses yeux , qui a lieu en même - temps , peuvent expliquer la modification du voile cohibant, et la sortie du fluide électrique. Personne n'ignore combien nos organes intérieurs sont modifiés par nos passions et par la volonté : on sait , en outre , que les corps perdent de leur capacité, pour contenir l’électricité, à proportion que leur volume diminue : de -là il doit s’ensuivre, dans la torpille, la plus grande condensation de l’électricité, par la diminution de son volume, et la modification du voile cohibant, produite parla volonté ou par la passion , dans un même temps. En conséquence, la secousse ne sera qu’un effet des lois connues du fluide électrique, et de la physique animale : le décroissement des secousses successives , leur defaut frequent , et enfin total suivent aussi les memes lois. L’observation d’Abilgoard , qui a galvanisé, à Naples, la torpille, et qui n y a observe aucune irritation particulière (Humboldt , page 284 ), peut encore appuyer
l’action de la volonté dans les phénomènes de es poisson. »
» Les idées que je viens de vous présenter ici, ne sont que des apperçus , que je suis bien éloigné de prendre pour des raisons concluantes ; mais il me paroît qu’elles peuvent avoir quelque degré de probabilité , et je serois trèsflatté qu’elles pussent contribuer à l’explication des phénomènes de la torpille , en fournissant aux physiciens de nouveaux sujets, qui donneront lieu à nombre d’expériences et observations intéressantes. Si expérimenta expectationi non res pondent , tamen animum informant , dit Bacon ; par conséquent, les recherches sur un phénomène, qui reste encore à expliquer , ne peuvent qu’être bien précieuses pour les sciences. »
Nous ajouterons aux faits consignés dans cette lettre de T'assaini que les expériences de M. Walsh , dont il parle , et qui sont rapportées dans les transactions philosophiques de l’année 1773 , furent faites à la Rochelle , sur beaucoup de torpilles, et que ce savant physicien avoit toujours éprouvé des commotions, mais sans étincelle. En 1776, il fut à portée de faire des expériences sur l’anguille tremblante de Surinam, gimnotus electricus , et il éprouva la commotion avec l’étincelle électrique. Il l’éprouva aussi
à Londres , sur cinq qui étoient vivantes. M. Guisart fît aussi, à Cayenne , des expériences avec deux canons de fusil, qui touchoient, l'un la tête, l’autre la queue de l’animal, et il vit l’étincelle. Ainsi , il a ete bien prouvé que le phénomène que donne la torpille, est véritablement un phénomène électrique. Mais on ne l’avoit pas étendu à d’autres animaux, jusqu’à l’observation de Cotugno , rapportée dans le journal encyclopédique de Bologne, année 1786, n°* 8 ? et décrite , chap. i.er, page 1 , de cette histoire , observation qui donna lieu aux expériences de GalvanL
IIe. Partie.