CHAPITRE XIV
Mémoire de M. Pfaff* sur bes expériences d* Humboldt ; expériences et observations sur le Galvanisme 3 de MM. 2n-Mons9 Rit ter et Pfajf.
§. Ier. jyiéMOiRE de M. Pfaff ', sur les expériences dé Humboldt. Il sembleroit qu’en fait d’expériences,’ les résultats devroient être les mêmes pour tous les savans , lorsqu’ils répètent les mêmes expériences , et que ce qui est vu et touché par un premier , devroit également être vu et touché par un second , un troisième , et ainsi de suite ; car il n’en est pas des sens externes comme des internes : le raisonnement, le jugement, les idées , varient nécessairement , suivant la manière dont l’individu envisage l’objet qu’il examine, suivant sa prévention , ou la première idée qu’il a conçue de son explication. Devroit-il donc en être de même, lorsque l’objet est soumis aux sens externes , à la vue , au toucher , et lorsque les expériences présentent des phénomènes qui tombent sous ces sens } Comment ces phénomènes ne sont-ils pas
DU GALVANISME. e>9
toujours les mêmes pour tous les observateurs ? Quelle qu’en soit la cause , cela n’en a pas moins lieu tous les jours , et les expériences galvaniques ü Humboldt en vont fournir la preuve.
Peu de temps après que son ouvrage a paru , M. Pfaff a publié* * à Kiel , sur les expériences qu’il contient , un mémoire qui a fait beaucoup de sensation (i). Après avoir répété les expériences d 'Humboldt , il prétend avoir trouvé des résultats tout-àfait différens de ceux énoncés par ce savant. Il entreprend de prouver que l’action chimique des différens corps sur la fibre, telle que l’a supposée Humboldt , n’existe pas, et que tous ces corps n’agissent que comme faisant partie de la chaîne electnque. Il démontré en outre que les dilfei entes hypothèses d Humboldt , se contredisent les unes les autres ; et qu’après avoir lu son ouvrage , on n est guère plus avancé dans la connoissance de la physiologie des corps organisés. Il croit que
(i) Ce mémoire est inséré dans le i». cahier dW .journal qui a paru à Copenhague , vers l’automne de 1799, sous le titre d* 'Archives du Nord, pour la. physique tt la medecine , rédigées par le professeur Pfaff, à Kiel
* le docteur à Copenhague. L’indication des ma’
tières traitées dans ce journal, se trouve, page 100 du
tome IX du Recueil périodique de la société libre de médecine du Louvre.
nous devons plutôt avouer notre ignorance su£ le procédé inconnu de la vitalité, que de nous arrêter à des hypothèses aussi gratuitement imaginées que celles ü Humboldt. Il pense qu’une fausse application de la chimie à la physiologie du corps humain , fait reculer la science , au lieu de l’avancer.
«Nous nous berçons , dit-il , dans un rêve agréable : nous croyons savoir, et nous cessons d’examiner. Qui pourra jamais croire que deux ou trois gouttes d’alcali ou d’acide muriatique oxigéné, peuvent être capables de produire un changement chimique dans un grand nombre de muscles , qui tous entrent en convulsion , après l’application de ces substances? Humboldt suppose i°. que les alcalis fixes agissent par l’azote et l’hydrogène , que, selon lui , ils contiennent ; 2°. que deux bases oxidables , l’azote et l’hydrogène , avancent le procédé chimique de la vitalité, pendant que deux autres bases semblables , dans le gaz hydrogène-carbonné , l’hydrogène et le carbone , retardent ce procédé. Humboldt nous assure que deux substances, aussi différentes que l’alcali fixe et l’acide muriatique oxigéné , agissent de la même manière , tandis que les affinités chimiques de ces deux substances sont très-opposées. Non, non, ce n’est pas par des affinités chimiques qu’on pourra expliquer la vie. »
M. Pfaff prouve , par des expériences assez ingénieuses, que, dans ce cas, l’eau est, sinon le seul , au moins le principal agent. Il a trouvé qu’en se servant d’un morceau d’éponge, imbibé d’eau, on pouvoit produire les différens effets que produisent les expériences d 'Humboldt; et il est persuadé que le galvanisme n’est que l’électricité animale, connue depuis long-temps, reproduite par Galvani , Humboldt et autres , pour être ensuite oubliée de nouveau (i).
« On ne sauroit douter , dit M. Pfaff , que la chimie vitale , qui paroît être l’objet favori de la méditation des physiologistes de nos jours , n’ait reçu des éclaircissemens et une extension importante par les expériences ü Humboldt , sur l’excitabilité des muscles et des nerfs (2). Le zèle infatigable qu’a mis cet auteur à interroger la nature, l’esprit observateur et la sagacité, dont il a donné des preuves éclatantes dans une foule de recherches sur la physiologie, ont dû nécessairement le conduire à des résultats intéressans : sans doute que les conséquences
(1) Extrait des Annales de chimie , tome XXXIV * page 307.
(2) Voyc^ le Recueil périodique de la société de médecine de Paris , tome IX, page 318. Voye £ aussi Magasin encyclopédique, germinal an 8, n°. 21.
qu’il tire de ses expériences, ainsi que l’explication qu’il donne des phénomènes qu’il a observés, ne sont pas toujours assis sur une base solide. »
Les effets extrêmement remarquables , que les matières chimiques produisent sur la fibre sensible et irritable , effets dignes de fixer l’attention des physiologistes , sont susceptibles d’une explication différente de celle qu’a adoptée Humboldt ; c’est pour cela que M. Pfiiff en a proposé une autre, qu’il croit plus juste, et coïncidant mieux avec tous les phénomènes du galvanisme. Voici quels sont à cet égard ses raisonnemens , et quelles sont les expériences sur lesquelles il les fonde.
« Une circonstance très-importante, dit -il, à laquelle Humboldt n’a pas fait attention , dans ses expériences sur l’influence des matières chimiques , comme moteurs de l’irritabilité , tels que les alcalis , les acides en général , l’acide muriatique oxigéné en particulier, le foie de soufre; c’est l’effet de ces mêmes matières , comme membres de la chaîne galvanique. Je les ai considérées, sous ce dernier point de vue , dans une suite d’expériences , et j’ai trouvé qu’elles sont en partie des chaînons aussi efficaces, et des excitateurs aussi puissans du galvanisme, que les métaux eux-mêmes. »
DU GALVANISME. 103 ,, Lci table que donne M. Uumboldi ^ pictmer volume de ses expériences, p. 183 ), des chaînons intermédiaires , des soi-disant excitateurs et conducteurs de l’électricité animale, doit être totalement changée , si elle doit représenter une échelle de forces conductrices et excitatrices de ces matières pour le galvanisme. Le foie de soufre, les solutions alkalines, l’eau de chaux, 1 acide muriatique oxigene, doivent être places avant toute autre matière , et immédiatement apres les métaux et le charbon. Le sang doit se trouxei dans un degré bien plus élevé. Je me suis convaincu, par des expériences réitérées, et faites avec l'attention et l’exactitude la plus scrupuleuse , que les solutions alcalines , l’eau de chaux, l’acide muriatique oxigène, et sur tout le foie de soufre , mis en rapport entre eux , produisent des effets aussi puissans que deux métaux hétérogènes , et que dans tous les cas ou l’on rapporte le retour des contractions a une augmentation d’irritabilité , produite par une action chimique, on est bien mieux en droit d’attribuer cet effet à leur propriété irritante , comme membre de la chaîne galvanique. »
» Ils forment , pour ainsi dire , une suite aux excitateurs métalliques , et doivent être rangés parmi ceux qui ont la plus grande affinité avec la matière métallique , c’est-à-dire avec le zinc et
le plomb. C’est pour cette raison que leur effet est si marqué avec l’or, l’argent et les minéraux métalliques. Ils ressuscitent aussi les contractions d’une manière très-efficace , lors même qu’ils ne sont pas appliqués immédiatement aux nerfs, mais seulement mis en relation avec eux par des conducteurs. Le sang et la bile doivent être rangés dans la même classe, quoique leur effet soit plus foible. »
» On sait qu’il suffit , pour produire des mouvemens convulsifs, dans une grenouille très-irritable , d’employer un métal homogène, par exemple , un déchargeur en argent , qui établisse une communication entre les muscles et les nerfs. Ces mouvemens convulsifs sont principalement produits par les métaux appelés nobles ; mais surtout par les minéraux métalliques , tels que la pyrite et la galène. Lorsque j’établissois une communication entre le nerf et la cuisse dépouillée , au moyen d’un morceau de pyriie , les convulsions se manifestoient, principalement lorsque cette dernière matière touchoit aux vaisseaux sanguins des nerfs. Lorsqu’une chaîne étoit consistante dans la cuisse, le minéral et le nerf ne produisoient plus d’effet, ou rétabîissoient les convulsions , quoique foiblement , en interposant dans la chaîne un morceau d’éponge mouillée, qui formoit, pour ainsi dire, une arma-
ture aux nerfs; mais ces effets n’étoient pas ordinairement de longue durée. En mouillant alors le nerf avec une goutte de sang, tirée de la grenouille soumise à l’expérience , ou bien de toute autre; et touchant ensuite ce sang avec l’excitateur métallique de cuivre ou d’argent, placé sur la cuisse, on voyoit naître aussitôt des convulsions très-vives. »
» Ici , la susceptibilité d’irritation fut évidemment augmentée par le mouillage du nerf avec du sang. Elle le fut même à un tel point , qu’une irritation galvanique plus foible, par le contact du petit morceau d’éponge mouillée , par exemple, avec l’excitateur métallique, se montroit de nouveau efficace ; cependant cette augmentation de contraction ne sauroit être attribuée à une influence immédiate du sang sur le nerf et sur l’irritabilité , puisque les mêmes phénomènes se manifestèrent exactement de la même manière, lorsque le sang, au lieu d’être appliqué immédiatement sur le nerf, l’étoit seulement sur un morceau d’éponge, ou sur tout autre corps conducteur, placé au-dessus de lui. Tout le succès de ces expériences dépendoit de 1 attouchement immédiat du sang; car aucun effet ne se manifestoit, toutes les fois que le nerf ou l’éponge étoient touchés aux endroits qui en étoient éloignés. C’est à l’addition du
sang qu’il faut sur-tout rapporter les propriétés des matières animales, comme membres de la chaîne galvanique. »
» Sous ce dernier rapport , le cœur de la grenouille, encore rempli de sang, présentait des effets très - remarquables , lorsque l’irritabilité étoit diminuée au point , que certains métaux hétérogènes , tels que l’or et l’argent, l’argent et le cuivre, ne produisoient plus d’effets , étant mis en contact : je pouvois ressusciter des convulsions très-vives, en plaçant le cœur de la grenouille sur son nerf, et en établissant une communication entre lui et la cuisse de l’animal, au moyen d’un excitateur métallique , formé d’un des métaux appelés nobles. J’établissois , de cette manière , une chaîne galvanique, dans laquelle il ne se trouvoit qu’un seul excitateur sec ; il est très - remarquable qu’au moment oii le cœur étoit touché par la pyrite ou l’argent , la cuisse étant agitée , il restoit tranquille , et que le système de ses pulsations n’étoit nullement interrompu dans sa régularité. D’autres parties de la grenouille , par exemple, des morceaux du foie, des entrailles, qui contiennent moins de sang, ne se montroient pas aussi efficaces; mais le cœur fut surpassé lui-même par le sang présenté en substance , et sur-tout dans un état concret. 11 étoit
étonnant de voir comment je pouvois , avec une goutte de sang, donner et retirer la vie au nerf, et comment cette même goutte, sans éprouver de diminution ou de changement sensible, rendoit toujours le même service. »
» Quelque effet que produisît le sang, il fut encore surpassé par les alcalis, l’acide muriatique oxigéné , et sur-tout par le foie de soufre , lorsque les excitateurs métalliques de la première classe, c'est-à-dire, les minéraux et les métaux nobles , l’argent sur-tout , ensuite les autres métaux et le régule d’antimoine , ne produisoient plus d’effet avec le sang , dont le nerf étoit humecté; on pouvoit, après l’avoir essuyé, et avoir mis une seule goutte d’huile de tartre par défaillance, à la place du sang, renouveller des convulsions très-vives , en employant les mêmes excitateurs métalliques. Cette chaîne galvanique, composée de muscles, d’argent, de pyrite ou de régule d'antimoine, d’un alcali et d’un nerf , étoit tout aussi efficace qu'une chaîne formée de muscles, d’argent, de fer ou d’étain , et d’un nerf. L’huile de tartre par défaillance , étoit , pour ainsi dire , l’armature active d’un nerf. Tous ces phénomènes se présentoient suivant les mêmes loix , qui règlent l’effet des armatures métalliques des nerfs. Dans ce procédé, l’huile de tartre par défaillance , se montrait presque
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aussi active , soit que le nerf, n'étant pas immédiatement mouillé , se trouvât en communication avec le muscle , au moyen d’un corps conducteur quelconque , soit qu’il se trouvât touché par l’excitateur métallique appliqué sur la cuisse , cet excitateur étant une sonde d’argent recourbée. »
» J’extrais de mon journal l’expérience suivante. Je mis de la chair musculeuse sur le nerf d’une grenouille , chez laquelle les métaux hétérogènes , l’argent et le cuivre , ne produisoient plus d’effet , et je touchai ce nerf avec une sonde d’argent qui étoit appliquée sur la cuisse : il n’y eut point de convulsions. Je mis une goutte d’huile de tartre par défaillance , sur la chair musculeuse : des convulsions très-vives se manifestèrent , aussitôt que la sonde d’argent fut portée sur l’huile de tartre. Je plaçai un second morceau de chair musculeuse sur le premier, et je portai dessus l’excitateur, sans déterminer des convulsions; mais à peine eut-il été humecté et touché comme le premier , qu’elles parurent. Je pouvois , de cette manière , établir plusieurs couches de nature différente , avec de la chair musculeuse et de l’huile de tartre par défaillance, et l’effet indiqué avoit lieu chaque fois que l’argent , ou mieux encore, la pyrite et le régule d’antimoine, touchoient immédiatement l’alcali. Le nerf ayant
été immédiatement humecté avec de l’huile de tartre par défaillance , une irritation galvanique plus faible, déterminée par l’or et par l’argent, par l’argent et le cuivre , se montroit de nouveau efficace, lors même qu’on n’avoit pas excité auparavant des convulsions. Mais il reste toujours à déterminer , si , dans ce cas , l’huile de tartre par défaillance n’a pas opéré comme armature de nerf plus favorable. C’est ainsi que l’argent et le cuivre excitent de nouveau des convulsions , quand le nerf étant armé avec du zinc , la cuisse reposant sur une lame d’argent , on établit une communication entre eux par du cuivre. En effet, dans ce cas , ce ne sont point le cuivre et l’argent qui opèrent ensemble, mais bien l’argent et le zinc , qui arment immédiatement ces parties animales humides. Mais ne seroit-ce pas exactement la même chose , si on humectoit le nerf avec de l’huile de tartre par défaillance ? Cette huile n’enveloppe-t-elle pas le nerf, comme une armature plus efficace que le zinc , et dans l’application de ces excitateurs foibles , le cuivre et l’argent , ce dernier n’opère-t-il pas de préférence au moyen de l’alcali , avec lequel il est seulement mis en liaison par le cuivre , comme conducteur intermédiaire ? »
» Ce doute n’est aucunement détruit par les expériences de M. Humboldt , Si l’huile de tartre par
défaillance agissoit en produisant line augmentation d’irritabilité , l’effet devrait aussi se montrer , lorsque le nerf a été soigneusement essuyé , avant l’application de l’irritation galvanique plus foible. C’est cependant ce que je n’ai pas trouvé, par mes expériences. M. HumboLdt appliquoit toujours ses plus foibles excitateurs , pendant que les nerfs étoient encore humectés avec l’huile de tartre par défaillance, ou avec toute autre matière chimique propre à augmenter la susceptibilité d’irritation. Que l’on compare, sous ce rapport , les différens endroits ou il traite de l’augmentation de la susceptibilité d’irritation par les alcalis. Il dit , p. 370 : « Je fis voir les éclairs gal- » vaniques aux personnes qui ne pouvoient les » appercevoir dans l’expérience de Hunter , en » leur frottant la gencive des dents supérieures » avec une solution alcaline. Deux pièces d’or » se montrèrent efficaces sur des plaies du dos, » lorsque celles - ci furent humectées avec de » l’huile de tartre par défaillance. » Il dit encore, page 398 : « Lorsque les troncs princi- » paux des nerfs d’un organe de mouvement , » sont préparés soigneusement , et qu’ils sont » enveloppés avec des vessies humides , de ma- » nière que l’humidité irritante mouille seule- » ment la chair musculeuse , et le peu de filets déliés des nerfs qui y sont contenus , on observe
DU GALVANISME, m
» rarement une augmentation d’irritation , tandis » quelle a constamment lieu , lorsque ces troncs » principaux sont humectés sous les muscles. » Page 3 99 , il dit : « On rappela la vie des cuisses de » grenouilles , fatiguées par l’acide muriatique oxi- » géné , de manière que l’irritation métallique eut » de nouveau son effet. Il est remarquable que les » convulsions étoient les plus fortes , lorsqu’une » grande partie des nerfs étoit mouillée et immé- » diatement touchée par l’argent. » Dans tous ces cas , et sur-tout dans les expériences relatives à l’influence des matières chimiques sur l’irritabilité , les nerfs restoient toujours mouillés par elles ; ils dévoient en conséquence , dans tous les cas d’application des métaux , opérer aussi comme chaînons, ou membres de la chaîne galvanique. Les conséquences doivent donc , pour le moins , rester incertaines. »
» Je n’ai pu observer aucune différence remarquable entre ces alcalis , considérés comme chaînons galvaniques ; cependant l’huile de tartre par défaillance paroissoit .opérer avec plus d’efficacité. Les effets de l’eau de chaux étoient les mêmes que ceux des autres alcalis , excepté seulement qu’ils étoient moins forts. Elle gardoit , pour ainsi dire, le milieu entre les alcalis et les substances qui occupent un degré inférieur. L’acide muriatique oxigéné m’a paru à-peu-près aussi actif que
l’huile de tartre par défaillance ; dans quelques cas seulement, ce dernier ingrédient provoquent des convulsions plus longues. J’observai aussi , dans quelques cas de l’usage de l’acide muriatique oxigéné , un phénomène que m’avoient offert les armatures métalliques des nerfs , c’est-à-dire , que les convulsions se manifestoient seulement à l’instant ou le contact du nerf, humecté avec une goutte d’acide muriatique oxigéné, cessoit. Ici encore tous les effets dépendoient entièrement de l’attouchement immédiat de l’acide muriatique oxigéné. Ils avoient lieu de nouveau , lorsqu’on en versoit une goutte sur un morceau de chair musculeuse , qu’on plaçoit sur le nerf. »
§. II. Expériences et observations de M. Ritier. Nous avons dit plus haut(i), que la première nouvelle de l’appareil galvanique de Volta , fut communiquée par lui, le 2 mars 1800, à sir /. Banck9 président de la Société Royale de Londres , que Nicholson et Carliste , tentèrent avec cet appareil les premières expériences , et décomposèrent l’eau; qu’ils firent rougir la teinture de tournesol, et précipitèrent la solution des métaux dans les acides, que M. Cruiskanks de Woolwich ,
(i)Chap, IX et X.
annonça
DU GALVANISME. u3
annonça dans le journal of natural history , vol. IV, p. 187, rédigé par M. Nicholson , qu’il avoit formé des arbres de Diane , et qu’il croyoit avoir produit de l’acide et de l’alkali; que M. Henri de Manchester a dit avoir décomposé l’ammoniaque et l’alkali fixe, et avoir trouvé que l’air n’étoit pas un bon conducteur du galvanisme. M. Ritter , bien connu en Allemagne par ses Beitrage %ur nahren kenntuiss der galvanismus , n’en connoissoit que la première notice , donnée dans le journal de Bruxelles. Il avoit déjà fait la plus grande partie des découvertes des savans cités plus haut, lorsqu’il les a reçues. Voici un précis de ce qu’il a trouvé jusqu’au 30 sept. 1800(1).
Il a fait 16 expériences, dont la plupart ne peuvent être bien comprises, qu’à l’aide des figures qu’il y a jointes. Dans la première , on a remarqué qu’un fil de zinc, nul à l’œil, qui communique avec un autre métal, qu’on touche avec le doigt mouillé, pour former la chaîne galvanique , fait voir , en regardant à la
(0 Voye^ Précis des expériences faites en Allemagne avec 1 appareil galvanique de Volta , communiquées à l’Institut par le docteur Friedlander , de Berlin. (Journal de physique, pluviôse an 9, page 101.)
IIe. Partie.
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colonne , une couleur bleue , qui devient rougeâtre , dès qu’on ôte le doigt. Mais avant qu’il en saisisse l’effet, il faut que l’œil soit un peu accoutume à cette expérience : alors le phénomène devient constant.
Dans la seconde expérience , une grenouille galvanisée à la manière ordinaire , qui ne donnoit plus de mouvement après une demi-heure, en donnoit encore après cinq heures et demie, lorsqu’on employoit l’appareil de Volta.
La flamme d’une lumière , le verre chaud et l’air raréfié sont conducteurs du galvanisme, àpeu-près comme de l’électricité : ils ne peuvent donc pas servir à l’isoler. Quand on approche deux fils de métal dans le tube de verre , formé à-peuprès comme le galvanomètre de M. Robertson , il ne se produit aucun effet ; ce qui arrive aussi quand on éloigne trop les fils. L’étain, le plomb, le fer, le cuivre, le bismuth, donnent des forces galvaniques différentes et proportionnelles au degré d’oxidabilité des corps employés : le mercure et l’argent produisent le même effet ; l’or ne souffre aucune oxidation. En l’employant de deux côtés, M. Ritter a observé qu’il se formoit des bulles d’air provenant des deux fils, que celles de l’un étoient plus grandes que celles de l’autre : il en tira la conséquence que la pesanteur spécifique de l’un de ces airs,
devroit surpasser celle de l’autre. Il inventa un appareil particulier, qu’il a fait graver, pour séparer les deux airs. Sa théorie à cet égard et ses expériences , ne peuvent être bien saisies qu’à l’aide des figures.
Dans sa onzième expérience , il chercha à trouver un corps qui pût servir de conducteur à la matière galvanique, sans se décomposer. Il n’en trouva pas parmi les corps solides, puisqu’il avoit vu l’or produire la décomposition de l’eau. Il employa l’esprit-de-vin et la naphte de l’acide sulphureux : ils ne produisirent pas d’air; mais ils n’étoient pas de bons conducteurs. Il prit des dissolutions alcalines concentrées : elles étoient meilleures conductrices ; mais elles donnoient des gaz. Il trouva à la fin que l’acide sulphurique concentré blanc ne donnoit aucun gaz , étant un bon conducteur. Les figures montrent de quelle manière il s’en servit.
De ses expériences 1 1 , 1 2 et 1 3 , il tire la conclusion, que les deux airs ne peuvent pas être regardés comme les parties constituantes de l’eau ; mais comme deux matières qui sont produites par une partie de l’eau combinée avec le fluide galvanique, et que la génération de l’un, n’est pas du tout dépendante de la production, de l’autre. Il faut voir, a l’endroit indiqué, le récit de ses autres expériences, qui ne peuvent,
ti6 HISTOIRE
nous le répétons encore, être bien comprises, sans le secours des figures qui les accompagnent.
Chacun a dû être frappé de la manière dont l’hydrogène et l’oxigène se développent dans l’eau , par le moyen de l’appareil galvanique de Volta (ij. L’hydrogène naît à celui des fils qui est en contact avec le zinc , c’est-à-dire , avec le côté négatif de l’appareil, et c’est le fil oppose qui s’oxide, quelle que soit leur position respective. Lorsqu’on emploie des fils d’un métal non oxidable, d’or, par exemple, l’oxigène se manifeste à l’état de gaz. Il étoit naturel de rechercher si ces deux gaz , qui paroissent à des ' points assez distans l’un de l’autre , étoient produits par la décomposition de la même particule d’eau. Pour cet effet, il falloit séparer la portion d’eau, dans laquelle plonge le fil électrisé positivement, de celle dans laquelle plonge celui électrisé négativement, par quelque matière qui, sans être de l’eau, laissât cependant passer l’action galvanique.
M. Ritter imagina d’abord d’insérer chacun des fils dans un tube séparé , et de réunir les deux tubes par un troisième fil ; mais il trouva du gaz oxigène et du gaz hydrogène, dans l’un
(j) Voye{ le Bulletin delà société philomatique, plu— \ iô$e an 9 , n°. 47.
et dans l’autre, comme cela auroit été dans un tube seul. Après de longues recherches , il découvrit enfin , comme il a été dit ci-dessus , que l’acide sulfurique concentré blanc , étoit le moyen le plus propre pour remplir ses vues. Il prit donc un tube de verre courbé comme un V. Il en remplit le fond de l’acide susdit , et versa , avec précipitation , de l’eau distillée dans le reste de chaque branche : cette eau , restant tranquille , n’a point dissous l’acide , et n’a point rougi les sucs bleus végétaux. Ayant mis alors, dans une des branches, le fil qui tenoit au zinc de l’appareil, et dans l’autre, celui qui tenoit à l’argent, il vit les deux gaz se développer, chacun à l’extrémité de son fil , comme cela seroit arrivé dans la meme eau.
M. Ritur a aussi observé , que si on emploie un mélange d’eau et d’acide nitrique , sans moyen de séparation , et si on y insère deux fils de cuivre , sans les faire toucher à l’appareil, ils commencent à se dissoudre l’un et l’autre, comme il leur arrive ordinairement dans un pareil mélange; mais si on fait en sorte qu’ils touchent l’appareil, celui qui est du côté de l’argent augmente subitement la rapidité de sa dissolution , tandis que celui du côté du zinc cesse de se dissoudre.
Le professeur P faff] sans connoître les recher~
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ches de Ritter , a travaillé comme lui, et a obtenu des effets tout à fait semblables. Voici comme il procède : Il emploie un vase de bois ou de marbre , partagé en deux par une cloison , et dont chaque moitié est remplie d’eau. La cloison est percée vers le bas par un trou, qui est bouché exactement avec un linge humide. Cette substance étant un très-bon conducteur de l’action galvanique, on place chaque £1 dans une portion du vase , et on approche leurs extrémités du bouchon de liège. Au moment ou les fils sont en contact avec l’appareil , le dégagement des gaz a lieu; et si on en reçoit les bulles dans des cloches pneumato-chymiques, on voit que toutes celles qui naissent de la portion d’eau , oii est le fil du côté positif, sont du gaz oxigène, et les autres du gaz hydrogène. M. Pfaff a continué cette expérience pendant un grand nombre de jours, sans y observer d’interruption; et comme ni l’une ni l’autre eau restante , n’avoient éprouvé aucun changement dans leur nature , il pense que l'on peut convertir à volonté une quantité d’eau donnée , en oxigène ou en hydrogène.
MM. Ritter et Pfaff tirent , de leurs expériences , des conclusions contraires à la théorie de la décomposition de l’eau. Il nous semble que, pour qu’elles fussent plus concluantes, il auroit
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fallu qu’ils eussent trouvé, pour séparer les deux eaux, une substance qui, elle-même ne contînt point d’eau : or, un liège humide en contient nécessairement; et quelque concentré que soit l’acide , il est difficile de croire qu’il soit entièrement privé d’eau.
On lit, dans le bulletin de la société philomatique (i) , le détail communiqué par M. Pfaff, des expériences de M. Ritterdejtna , par lesquelles il cherche à prouver l’identité du galvanisme et de l’électricité. M. Pfaff avoit reconnu, depuis long-temps , qu’en approchant une feuille d’or battu , attachée à un fil métallique communiquant avec une des extrémités d’une pile galvanique, d’un autre fil en communication avec l’autre extrémité , cette feuille d’or étoit sensiblement attirée, et qu’on en faisoit jaillir de très - vives étincelles. Des expériences analogues ont été * répétées par d’autres physiciens. Depuis , M. Ritter non seulement a démontré, de la manière la plus évidente, ces phénomènes d’attraction et de répulsion , que les autres n’avoient fait qu’indiquer; mais il a donné encore, par les mêmes expériences différemment modifiées , de nouveaux moyens pour déterminer l'es lois du galvanisme. Toutes ses expériences ont
(i) Thermidor an 9 , n°. <53.
no HISTOIRE
été faites avec une pile galvanique, composée de plaques de zinc et d’argent, au nombre de 841, et l’appareil étoit une cloche de verre, à laquelle on avoit adapté deux pistons , un à la partie supérieure, et l’autre sur le côté, de manière à pouvoir rapprocher perpendiculairement les deux extrémités renfermées dans la cloche, et les éloigner à volonté , ainsi qu’à pouvoir mettre en communication avec la pile les extrémités extérieures de ces pistons. A l’extrémité du piston supérieur , renfermé dans la cloche , s’attache une feuille d’or battu , de la longueur de cinq lignes.
Dans cet état , si l’on fait communiquer l’extrémité extérieure du piston latéral avec la partie inférieure de la pile, qui est zinc , et l’autre piston avec la partie supérieure , qui est argent ; et que l’on approche, à la distance de quelques lignes , le piston latéral de la feuille d’or , celleci est attirée avec une force analogue à celle de la pile : mais si l’on fait le vide sous la cloche , l’attraction est sensible à une distance beaucoup plus grande ; de plus ces attractions ont lieu , soit lorsque le piston latéral n’est plus en communication avec la pile, soit lorsque la chaîne est interrompue avec le piston supérieur : mais les effets sont toujours plus grands, lorsque la communication est établie plutôt avec
DU GALVANISME, la partie supérieure de la pile , qu’avec l’inférieure.
Dans cette dernière expérience , lorsque la communicaiion n’est établie qu’entre la partie supérieure de la pile et le piston supérieur de la cloche , la lame d’or est alternativement attirée et repoussée, jusqu’à ce qu’elle arrive à l’état de repos , dans sa situation verticale. Dans cette même expérience , M. Ritter a observé que le piston latéral, sans communication avec la pile , étant à une distance convenable de la feuille d’or, l’attraction avoit lieu, même lorsque la communication entre le piston supérieur et la partie supérieure de la pile , étoit encore interrompue par un espace très-sensible. L’expérience faite d’une manière inverse , a offert un effet beaucoup plus foible; d’où M. Ritter conclut que l’influence de la pile est plus grande du côté de l’argent , que du côté du zinc.
Si, après avoir établi la communication entre la partie supérieure de la pile et le piston supérieur de la cloche, on détruit subitement cette communication , et que l’on approche au même instant la feuille d’or du piston latéral , qui ne communique point, l’attraction se manifeste très -sensiblement. Dans ce cas, si l’on touche le piston supérieur avec un corps déférent, on n’observe plus aucun effet; mais si on ne touche ce piston, que quand la feuille d’or
est repliée vers le piston latéral , l’effet n’est détruit que pendant le contact, et il a lieu de nouveau, dès que le contact cesse.
Enfin , si l’on fait communiquer le piston supérieur avec la partie supérieure de la pile , et qu’on établisse une communication entre la partie inférieure de la pile et le piston supérieur, on n’éprouve aucun effet, lorsqu’on approche la feuille d’or du piston latéral.
Toutes ces expériences ont été faites dans le vide*
J.- B. Van-Mons , professeur de physique expérimentale à Bruxelles, a lu, le 4 octobre 1798, dans la séance publique de la Société de Médecine et de Chirurgie d’Anvers , et a ensuite publié un mémoire allemand, appuyé d’expériences , sur les phénomènes du galvanisme et de l’électricité animale, in-8°. de 18 pages. C’est ainsi qu’il est annoncé, tome III de la 6e. "année du magasin encyclopédique, p. 418. Je n’ai trouvé dans aucun journal l'extrait de ce mémoire.
CHAP.ITRE XV.
Mémoire sur le Galvanisme , par M. Lehot. Expériences faites à Berlin. Rapport de M. Cuvier sur le Galvanisme y et expériences de MM. F ourcroy , Vauquelin et Thénard .
§. Ier. 1\1émoire de M. Lehot G)- Son objet est de
démontrer particulièrement , non seulement qu’il y a circulation d’un fluide très-subtil dans la chaîne galvanique , mais encore que , dans l’application des différentes chaînes aux arcs animaux , il existe des signes non équivoques de la direction du mouvement de ce fluide ; qu’à l’aide en outre de quelques règles générales , on peut déterminer à priori , dans un grand nombre de chaînes diff érentes , la direction du courant; que réciproquement, connoissant cette direction et la nature des parties de la chaîne,
(1) Lu à l’Institut national, le 26 frimaire an 9 , inséré dans le Journal de physique , pluviôse an 9, et par extrait, dans les Annales de chimie, tome XXXVIII, page 42. C’est parce que les expériences , en grand nombre , que contient ce mémoire , sont très-curieuses , et n’ont pas besoin de figures pour être comprises , que nous avons donné à cet extrait plus d’étendue qu’à plusieurs autres.
il est possible, du moins dans certains cas, de déterminer leur position respective ; qu’on peut encore, par l’interposition de nouveaux corps dans la chaîne, ou par le * changement de disposition des parties qui la composent, diriger, soit dans un sens , soit dans un autre, le fluide galvanique, où même le réduire au repos.
La connoissance de ces phénomènes tenoit à celle d’un fait, qui avoit entièrement échappé aux physiciens et aux physiologistes ; c’est que le fluide galvanique s’accumule dans le passage des organes aux armatures. C’est encore à l’aide du même fait, qu’on peut distinguer la nature des métaux , à plusieurs mètres de distance , par la seule influence galvanique. Voici les principaux résultats que les nouvelles expériences de M. Lehot lui ont donnés.
Expérience première. Si l’on prend , dans une de ses mains , une cuisse de grenouille fraîchement préparée, et qu’on mette le nerf en contact avec une lame de zinc , dont l’extrémité plonge dans du mercure, au moment de l’immersion des doigts de l’autre main dans ce fluide , la cuisse éprouve de fortes contractions. On obtient absolument les mêmes résultats , toutes les fois qu’on emploie pour armature des doigts , une des substances suivantes ; savoir : zinc, plomb, étain, mercure, bismuth.
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cuivre, argent, plombagine; et pour armature du nerf, une de celles qui la précèdent dans cette série. Quant au soin d’humecter les doigts , il est absolument indispensable; « c’est pourquoi dorénavant, dit M. Lehot , lorsqu’une des extrémités de l’arc sera terminée par les doigts , je supposerai toujours qu'ils sont humectés. »
2e. Expérience . Si , au contraire,on met en contact le nerf avec le mercure, et qu’on touche ce métal avec un morceau de zinc , que l’on tient dans la main mouillée , il ne se manifeste point de contractions, ou seulement de très-légères, pourvu que la suceptibilité ne soit pas très-affoiblie ; mais en séparant le nerf du mercure , ou , en général, en détruisant la chaîne , en quelque point que ce soit, les mouvemens musculaires ont lieu. On obtient absolument les mêmes résultats, toutes les fois qu’on emploie, pour armature des doigts , un métal de la série indiquée dans la première expérience; et pour armature du nerf, un de ceux qui le suivent dans cette même série. Ainsi, si on arme le nerf de plomb, et les doigts de zinc , lorsqu’on met ces deux métaux en contact , il n’y a aucune contraction ; mais si on détruit la chaîne en quelque point que ce soit , les contractions se manifestent. Au contraire , si , laissant le nerf armé de plomb , on arme les doigts d’argent, lorsqu’on forme la
chaîne, les convulsions galvaniques ont lieu (i).
3 e. Expérience. Si l’on place une plaque de zinc sur la langue , et qu’on la touche avec une pièce d’argent, qu’on tient avec les doigts humectés, à l’instant même il se manifeste une saveur particulière.
Les mêmes phénomènes ont lieu toutes les fois qu’on emploie, pour armature de la langue , un des métaux indiqués dans la première expérience, et un de ceux qui le suivent pour armature des doigts; mais si, la chaîne étant formée, on la détruit, il ne se manifeste aucune saveur.
4e. Expérience. Si l’on place une pièce d’argent sur la langue , et qu’on prenne , dans ses doigts humectés,' une plaque de zinc, lorsqu’on fera toucher cette dernière à la pièce d’argent, on n’éprouvera aucune sensation, ou
(1) Ces expériences, qui réussissent parfaitement avec le mercure , sans de grandes précautions , en exigent beaucoup pour donner des résultats constans avec les autres métaux. Non seulement il est nécessaire que la susceptibilité soit très— affoiblie , et qu’il n’y ait de communication entre l’armatufe du nerf et le muscle , que par le nerf lui-
même ; mais encore il faut empêcher l'espèce de mouvement d’oscillation que communique nécessairement aux parties de la chaîne , la main qui établit le contact. Pour cela , on peut employer, dit l’auteur, l’instrument que j’ai décrit dans mon mémoire, ou quelques moyens analogues.
du moins une très-légère. Mais toutes les fois qu’on détruira la chaîne en un point quelconque , on éprouvera la saveur , qui sera un peu plus foible que dans l’expérience précédente, et qui se propagera plus lentement.
On obtient absolument les mêmes résultats , toutes les fois qu’on emploie , pour armature de la langue , un métal de ceux indiqués dans la première expérience , et pour armature des doitgs , un de ceux qui le précèdent dans cette liste. Ainsi , armant la langue de plomb , et les doigts de zinc , et mettant ces deux métaux en contact , on n’éprouve point de saveur; mais en détruisant la chaîne, en quelque point que ce soit, la saveur se manifeste. Au contraire, si, laissant la langue armée de plomb, on arme les doigts d’argent, en formant la chaîne , on éprouvera à l’instant la sensation.
5 e. Expérience. Si l’on place la cuisse d’une grenouille sur une plaque d’argent, et le nerf sur une plaque de zinc ou de plomb ; au moment ou l’on mettra les armures en contact , il se manifestera de fortes contractions. Il en sera de même toutes les fois que l’armature du nerf, étant un métal pris dans ceux indiqués dans la première expérience , celle du muscle sera un de ceux qui le suivent dans cette série.
6e. Expérience. Si l’on arme le muscle de
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zinc et le nerf d’argent, les contractions ne se manifestent qu’au moment où l’on détruit la chaîne : mais , pour que cette expérience donne des résultats , il faut ne pas omettre les précautions énoncées dans la note, page 126; en substituant à l’argent des plaques de cuivre , de bismuth, de fer, de plomb, on obtient les memes effets.
Dans les Ie. , 3e. et 5e. expériences, les phénomènes se manifestent au moment où l’on forme le cercle galvanique ; le fluide contenu dans les parties de la chaîne , se met en mouvement , et pénètre immédiatement la langue ou les nerfs. En renversant la chaîne, le courant' doit avoir une direction contraire , c’est aussi ce qui a lieu ; car les phénomènes que présentent les ie. , 4e. et 6e. expériences, c’està-dire , celles où l’influence galvanique ne se manifeste qu’au moment où l’on détruit la chaîne, sont dus à une portion du fluide accumulé dans la langue ou les nerfs , aux points de contact de ces organes et de leurs armatures. Or , pour que le fluide soit accumulé ainsi , il faut qu’il ait pénétré ces organes dans la direction du muscle aux nerfs , ou des doigts à la langue ; ce qui fait voir que l’accumulation du fluide est un caractère certain de la direction du courant, et à l’aide duquel on peut, dans tous les cas, la déterminer.
D apres
D’après les expériences que je viens de détailler, et les faits déjà connus sur le galvanisme, il paroît qu’on peut établir les principes suivans :
i°. Toutes les substances excitatrices contiennent du fluide galvanique ; mais les substances humides et les organes des animaux en contiennent fort peu, et ont une capacité très-petite pour ce fluide, comparativement aux substances métalliques.
20. Lorsqu’on met en contact deux substances excitatrices , il se forme une nouvelle répartition du fluide galvanique; la substance qui se trouve avoir moins de capacité, perd une -portion de ce fluide , et l’autre s’en empare. Les substances métalliques et charbonneuses , disposées dans 1 ordre suivant : ^inc , plomb , étain , mercure, , bismuth, cuivre rouge, argent, plombagine, agissent de manière que l’une , mise en contact avec une de celles qui la suivent , s’empare d’une portion du fluide de cette dernière ; et que celle-ci , mise en contact avec l’une de celles qui la précèdent, perd une portion de son fluide.
30. Lorsque le fluide galvanique pénètre la langue, en se dirigeant de son extrémité vers sa racine , il y cause une saveur particulière plus ou moins forte , selon la plus ou moins grande quantité de fluide, et la susceptibilité de Toril6. Partie. I
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gane. Mais lorsque sa direction est telle , qu’il tend à sortir de l’arc animal par la langue , fait éprouver une saveur beaucoup plus foibie , et qui diffère d’autant plus de la première , que la quantité de fluide, mise en mouvement, est moindre; ensorte que, lorsqu’elle est très-petite , cette saveur est insensible. Mais le fluide ne sortant qu’avec difficulté de la langue , s accumule en partie dans cet organe; et loisque la cause qui a fait naître cette accumulation cesse, alors le fluide, retournant vers la racine, y cause la saveur galvanique.
4°. Lorsque le fluide galvanique, propagé par les nerfs, pénètre la substance musculeuse d’organes séparés depuis peu d’animaux vivans , il y produit des contractions. La susceptibilité étant exaltée, si le fluide propre de l’organe, par quelque cause que ce soit, se répartit inégalement , et s’accumule en quelques points , il peut en résulter des mouvemens musculaires. Mais si la susceptibilité est affoiblie , les contractions ne peuvent plus avoir lieu , que par le secours cl un
fluide étranger à l’organe.
Au premier degré d’affoiblissement de la susceptibilité des organes, les contractions se manifestent, quelle que soit la direction du fluide qui les pénètre; si la suceptibilité est plus affoiblie, la direction du courant n’est plus indifférente.