‹ Histoire du gentil seigneur De BayartChapitre 19 sur 53 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Campagne d'Italie. — Succès rapides. — Bataille de Fornoue. .— Premiers exploits de Bàyart. — Mort de Charles VIII, avènement de Louis XII. — Répudiation de Jeanne de France. — Nouvelle campagne d'Italie. — Visite de Bayart chez la duchesse douairière de Savoie à Carignan. ~ Un tournoi en Thonneur de la dame de Bayart. — Une bonne amitié. — Un jeune lion trop ardent. — Affaire qui commence mal et finit bien. — Ludovic le More et Bayart.

Les occasions et les causes pourquoi le roi Charles entreprit ce voyage sont assez contenues en autres his-* toires et chroniques ; c'est pourquoi en faire un long récit ne ferait qu'ennuyer les lecteurs et gâter du papier. Néanmoins^ comme chacun peut Favoir lu ou entendu dire, le bon roi Charles fit son voyage aussi honorablement qu'il est possible. Il planta ses justices dans Rome, fit venir le pape à raison, gagna entièrement le royaume de Nai)Ies, et y laissa pour son lieutenant

général et vice-roi le seigneur de Montpensier. Ensuite il reprit le chemin de la France, et ne rencontra aucun obstacle jusqu*en un lieu appelé Fornoue; là il trouva environ soixante mille combattants tous Italiens, envoyés par plusieurs souverains, tels que le pape, les Vénitiens, le duc de Milan. Ceux-ci avaient résolu de défaire le bon roi à son retour et de le prendre prisonnier, parce qu'ils étaient assurés qu'il avait laissé une partie de ses forces au royaume qu*il venait de conquérir, et qu'il n'avait pas avec lui plus de dix mille hommes. Néanmoins le bon et gentil prince, qui avait un cœur de lion, certain d'être bien servi du peu de gens qu'il guidait, prit le parti de les attendre et de les combattre ; ce qu'il fit avec l'aide de Notre-Seigneur. Les ennemis eurent une lourde honte et une grosse perte, et le roi une gloire iiïestimable ; car il ne perdit pas sept cehts de ses gens. Les ennemis en perdirent huit ou dix mille et des plus notables ; les plus grands capitaines de la seigneurie de Venise restèrent sur le champ de bataille. A la première charge, le Bon Chevalier se distingua entre tous, en la compagnie du seigneur de Ligny, son maître, et il eut deux chevaux tués sous lui. Le roi en fut averti et lui fit donner cinq cents écus ; mais en récompense le jeune guerrier lui présenta une enseigne de cavalerie qu'il avait prise à cette poursuite *.

De là le roi vint à Verceil où il trouva une belle troupe de Suisses qui étaient descendus pour le secourir, s*il en avait besoin. Il y demeura quelques jours avec son camp, car il voulait secourir le duc d'Orléans, que le duc de

1. Musée de Versailles, Rez-de-chaussée, salle 4, n* 45. Bataille de Fornoue par Féron. Bayart présente son enseigne au roi (Exposition de 1838).

Église abbatiale de Saint-Denis.

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Milan, Ludovic Sforce, et les Vénitiens tenaient assiégé dans Novare. Il y eut plusieurs allées et venues de gens qui se mêlaient de faire la paix; quelques préliminaires ayant été arrêtés, le roi se rendit à Lyon où il trouva la bonne reine sa loyale épouse, en compagnie de la duchesse de Bourbon, sa sœur. Beaucoup de gentilshommes ne rapportèrent pas de grands biens de ce voyage de Naples.

Le bon roi de France partit de Lyon pour aller visiter le bon patron à Saint-Denis en France ^ où ses prédécesseurs ont leur sépulture. Ensuite il passa deux ou trois ans à parcourir son royaume, menant très-bonne et sainte vie, et maintenant la justice de telle sorte que ses sujets en avaient contentement ; car il siégeait lui-môme en chaire de justice une fois par semaine pour ouïr les plaintes et doléances de chacun, et était affable pour les plus pauvres. Ayant appris que les Napolitains s'étaient révoltés pour Fernand, fils du roi Alphonse, que son lieutenant général le comte de Montpensier était mort et qtie tous ses capitaines revenaient en France, il se proposa de retourner en personne pour reprendre ce royaume, dès que le moment serait opportun.

Au mois de septembre 1497, le bon prince partit de Tours pour aller à Lyon, croyant faire son voyage de Naples, mais il l'interrompit, je ne sais à quelle occasion. Il revint à Amboise, et le 7 avril 1498, comme il allait en une galerie regarder jouer à la paume, il se heurta la tête contre une porte, tomba sans connaissance, et mourut peu après.

Par la mort du bon roi Charles et comme il n'avait point d'héritier mâle, Louis, duc d'Orléans, son parent le plus

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