CHAPITRE II
Maximilien entreprend le siège de Padoue avec le secours de la France. — Belle conduite de Bayart à l'assaut des quatre Carrières. — . Difficultés du siège. — Exploits de Bayart pendant qu'on canonne la ville. — Deux épisodes.
— Le jeune Gulffrey, un autre héros de 17 ans. — Le Nain fait le Géant prisonnier. — Maximilien décide Tassant. — Une demande mal accueillie. — Un dîner chez la Palice.
— Opinion de V Hercule de la France : le fantassin et l'homme d'armes. — Les gentilshommes allemands reAisent de combattre à pied. — Le siège de Padoue est levé.
A la requête de Maximilien , Louis commanda au seigneur de la Palice de prendre cinq cents des plus vaillants hommes d'armes qui fussent en Italie , et de s'en aller au service de Tempereur qui descendait au Padouan. Le seigneur de la Palice, qui ne demandait que de telles commissions, car la guerre était toute sa vie, résolut de faire ses préparatifs ; et comme il sortait du château de Milan, il trouva le Bon Chevalier et lui dit : « Mon compagnon, mon ami, ne voulez- vous pas que nous soyons de compagnie? » Et il lui déclara l'affaire au long. Bayart, qui ne demandait pas mieux, lui répondit gracieusement, « qu'il pouvait disposer de lui, selon son bon plaisir. »
De cette même entreprise furent le baron de Béam, qui menait une partie de la compagnie du duc de Ne-
mours, le baron de Conti qui avait cent hommes d'armes, le seigneur de Trivulce, Jules de Saint-ëéverin, le seigneur dTmbercourt, le capitaine la Clayette, de la Cropte. Aux cinq cents hommes d^armes se réunirent plus de deux cents gentilshommes, et entre autres, le fils aîné du seigneur de Bussy, cousin germain du grandmaître, seigneur de Ghaumont^ lequel lui donna vingt de ses hommes d'armes et deux vaillants gentilshommes. La Palice ayant achevé ses préparatifs, se dirigea sur Pescaire. Le roi de France reprit la route de son royaume, laissant en paix son duché et ce qu'il avait conquis sur ses ennemis^.
Dès que les Vénitiens eurent repris Padoue, ils s'en allèrent courir jusqu'à Vicence qui aussitôt se rendit, car elle n'était pas assez forte pour résister. Ils voulurent aussi s'emparer de Vérone, mais la Palice, qui en avait été averti, délogea avec ses compagnons, deux heures avant le jour, d'un lieu appelé Villefranche, et vint se présenter devant la ville. Les Vénitiens effrayés s'en retournèrent vers Vicence ; s'ils avaient pu gagner Vérone, le secours du seigneur de la Palice pouvait bien s'en retourner, car la ville est forte et traversée par une rivière fort impétueuse, si bien que pour la reprendre, il eût fallu tout l'effort de la gendarmerie. Bien prit au seigneur de la Palice de faire si bonne diligence, ainsi qu'au Bon Chevalier, qui menait toujours les coureurs. Il n'avait alors BOUS lui que trente hommes d'armes , mais il y en avait vingt-cinq qui méritaient d'être capitaines de cent. Toute , cette troupe de gendarmerie entra dans Vérone, où
1. Cette stalae faite par Laurent Mugiano, de Milan, en 1508, fnt tnunportée de cette ville au ch&teau de Gaillon chez GeorgM d'Amboiae. L'original se trouve au Louvre, la copie à Versaillea.
Statue de Louis XII.
{Musée de Ut Benaissancfy au Louvre.)
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révêque de Trente, qui était pour Tompereur, les reçut avec grande joie ; il avait eu une belle peur ; ils n'y restèrent que deux jours, quoique fort bien fêtés des habitants, et se dirigèrent vers Yicence. Aussitôt que ceux que la Seigneurie y avait mis le surent, ils délogèrent et se retirèrent, les unsà Padoue, les autres àTrévise. La Palice et ses compagnons demeurèrent cinq ou six jours à Vicence, attendant quelques nouvelles de l'empereur qu'on disait être déjà en campagne.
Cependant le seigneur du Hu arriva au camp des Français avec quelques hommes d'armes bourguignons et environ six mille lansquenets que conduisait un seigneur d'Allemagne, gentil prince, hardi et entreprenant ; il l'a montré tant qu'il a vécu ; on l'appelait le seigneur d'An* hait. Au commencement d'août, l'empereur arriva au pied de la montagne, au-dessous d'un château appelé Bassano : tout son équipage le suivait, et quoiqu'il n'y eût pas grande montagne à passer, huit jours s'écoulèrent avant qu'il fût dans la plaine. L'empereur vit le seigneur de la Palice et les capitaines français, leur fit grand ac* cueil. Pour lors se trouvait réunie une des plus belles armées qu'on eût vues depuis cent ans.
L'empereur s'était fait longtemps attendre, il arriva dans la*plaine en empereur; et si ses troupes eussent bien voulu faire leur devoir, c'était assez pour conquérir un monde. 11 avait cent six pièces d'artillerie sur leurs affûts, dont la moindre était un faucon, et six grosses bombardes de fonte qui ne pouvaient se monter et étaient portées chacune sur une charrette ; quand on voulait fairu quelque batterie, on les descendait, et quand elles étaient à terre, on levait un peu, par le devant, la bouche de la pièce, pour mettre dessous une grosse pièce de bois, et
on les arrêtait solidement en arrière pour les empêcher de reculer. Ces pièces portaient des boulets de pierre (des boulets de fonte eussent été trop pesants) ; et encore ne^ tirait-on que quatre fois le jour.
L'empereur n'avait en sa compagnie que ducs , comtes, marquis et autres princes et seigneurs d'Allemagne^ au nombre de cent vingt, et environ douze mille chevaux, cinq ou six cents hommes d'armes de Bourgogne et du Hainaut, et plus de cinquante mille gens de pied ou lansquenets. Le cardinal de Ferrare vint pour son frère au secours de l'empereur ; il amena douze pièces d'artillerie, cinq cents chevaux et trois mille hommes de pied; le cardinal de Mantoue amena à peu près les mêmes forces; en sorte qu'en comptant les hommes d'armes français, on estimait que l'armée était de cent mille combattants. Mais le service de l'artillerie avait été mal entendu; il n'y avait équipage que pour la moitié, et quand on marchait, il fallait qu'une partie de l'armée demeurât pour la garder jusqu'à ce que la première bande fût arrivée au camp où on voulait séjourner, et alors le charroi retournait chercher l'autre; ce qui était d'un grand inconvénient. L'empereur se levait fort matin et faisait marcher son armée jusqu'à deux ou trois heures après midi, ce qui, vu la saison, n'était pas fait pour rafraîphir les gens d'arms^s sous leur armure. Le premier campement que fit l'empereur, fut près du palais de la reine de Chypre, à huit milles de Padoue^ Il y arriva mille ou douze cents aventuriers français, tous gens d'élite et d'escarmouche, sous la conduite du seigneur de Milhau,
1. On appelait ainsi, probablement, le palais où la Vénitienne Catbefine Cornaro, héritière des Lnsignan, s'était retirée, quelques années auparavant, après avoir vendu son royaume aux Vénitiens (i480}.
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jeane gentilhomipe de France, hardi et entreprenant capitaine, fils du seigneur d'Aligre, vertueux et sage chevalier. On résolut en ce camp même d'aller mettre le siège devant Padoae ; il fut décidé que les gentilshommes français feraient la pointe avec les lansquenets du prince d'Anhalt, l'élite des troupes allemandes.
L'armée vint tout d'une traite à un mille de Padoue, grosse et fière cité. Dans cette ville était le comte de Petigliano, accompagné de mille hommes d'armes, douze mille hommes de pied, et au moins deux cents pièces d* artillerie. Quelque effort que fissent les assiégeants, jamais ils ne purent enlever aux ennemis le passage d'un canal qui va à Venise , passe par Padoue et dont la longueur d'une ville à l'autre est de dix-huit milles. Le Bon .Chevalier reçut Tordre de faire les approches ; il avait en sa compagnie le jeune seigneur de Bussy et les capitaines la Clayette et la Gropte. Or, pour venir devant ia porte de Vicence , il fallait entrer dans un grand chemin tout en droite ligne, sur lequel les assiégés avaient fait quatre grosses barricades, à deux cents pas Tune de l'autre; à chacune de ces barricades ils avaient placé des hommes pour la défendre. Des deux côtés, ce chemin était bordé de fossés, de sorte qu'on ne pouvait les attaquer que par devant. Les murailles de la ville étaient garnies d'une nombreuse artillerie qui battait ce chemin et dont les projectiles, passant par-dessus les Vénitiens, tombaient sur les Français comme la grêle. En dépit de ces difficultés, le Bon Chevalier et ses compagnons commencèrent à escarmoucher, et vinrent vivement à la première barricade qui fut bien défendue; les coups d'arquebuse pleuvaient; toutefois elle fut prise et les enne* mis repoussés jusqu'à la seconde.
Si la première lut bien défendue, celle-ci le fut mieux encore; le jeune seigneur de Bussy y fut blessé d'un coup d'arquebuse au bras , et il eut son cheval tué sous lui, mais néanmoins ne quitta pas la partie, et en ce jour aucun homme ne fit mieux que lui. Le capitaine Milhau arriva à cette seconde barrière avec cent ou cent vingt de ses rustres qu'il avait choisis et qui firent rage. Or, ces approches se faisaient vers midi ; aussi était-il aisé de voir quels étaient les meilleurs combattants. Après une bonne demî-heure de combat, cette seconde barrière fut prise et ceux qui la gardaient si vivement poursuivis, qu'ils n'eurent pas le temps de se loger à la troisième et durent l'abandonner sans combat; ils se rendirent à la quatrième^ où il y avait mille à douze cents hommes et trois ou quatre ftiuconneaux qui commencèrent à tirer le long du grand chemin, mais ne tuèrent que deux che-^ vaux. Cette barricade n'était qu'à un jet de pierre du boulevard de la ville, ce qui donnait aux gens de la Seigneurie grand courage pour bien combattre, et ils firent si bien que Tassaut dura une heure à coups de pique et d'arquebuse.
Quand le Bon Chevalier vit que cela durait si longtemps, il dit à ses compagnons : « Messeigneurs, ces gens nous amusent trop, mettons pied à terre et marchons en avant. » Ils descendirent de .cheval au nombre de trente ou quarante hommes d'armes, et, la visière levée, ils allèrent droit à cette barrière, la lance en arrêt. Le gentil prince d'Anhalt suivait toujours le Bon Chevalier avec le seigneur de Milhau et deux autres, l'un nommé Grand- Jean le Picard , l'autre le capitaine Maulévrier, qui faisaient rage. Mais les Vénitiens recevaient toujours des troupes fraîches. Ce que voyant, le Bon
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Chevalier dit tout haut : « Messeigneurs, ils noas tiendront d'une telle sorte six ans sans résultat; leurs gens se renouvellent à toute heure; donnons-leur un rude assaut et que chacun fasse comme moi. Allons ! sonne rtompette! > Puis, comme un lion à qui on a ôté ses lionceaux , il s'élance avec ses compagnons ; l'assaut fut si violent que les ennemis reculèrent de la longueur d'une pique. Alors en criant : c En avant, compagnons, ils sont à nous ! > il franchit la barricade ; trente ou quarante le suivirent. Quand les Français virent le danger oii se trouvaient leurs compagnons, ils se mirent à passer en criant : t France ! France ! Empire I Empire ! » Us firent une telle charge sur leurs ennemis que ceux-ci quittèrent la place, s'enfuirent, abandonnant tout, et se retirèrent en desordre dans la ville. Ainsi furent emportées les barrières de Padoue en plein midi, à la grande gloire des Français, tant cavaliers qu'hommes de pied, et surtout à celle du Bon Chevalier.
Ainsi se firent les approches : l'artillerie fut amenée sur le bord du fossé et y demeura six semaines sans déloger, jusqu'à la levée du siège *.
Les approches faites devant Padoue et Tartillerie assise, chacun se logea en son quartier, en trois camps, suivant Tordonnance ; il y avait tant de peuple que le camp tenait de tous côtés un espace de plus de quatre milles. Ce fut une chose merveilleuse que, pendant le siège qui dura environ deux mois, les fourrageurs n'allèrent jamais plus loin qu'à six milles du camp pour avoir du blé, de l'avoine, du foin, des volailles, du vin et autres
1. siège de Padoue, aveo la représentation des vieux instruments de siège d'après une vieille gravure allemande. Dictionnaire raisonné de t architecture françaite, par Viollet-Lednc. T. !•% p. 424.
choses nécessaires pour les hommes et les chevaux , et cela en si grande abondance qu'à la levée du siège, on brûla pour cent mille ducats de vivres dont on avait fait provision, croyant que le siège durerait plus longtemps.
Le lendemain de l'approche les canonniers commencèrent à faire un feu qui dura huit jours et fut le plus impétueux et le plus terrible qu*on eût vu depuis cent ans, car il fut tiré des trois camps plus de vingt mille coups d'artillerie. Si l'empereur et ses gens servaient bien d'artillerie les assiégés, ceux-ci leur rendaient la pareille, et plus encore, car pour un coup ils en donnaient deux. Enfin la ville fut si bien battue que, de trois brèches on n'en fit qu'une. Ces trois, brèches étaient de quatre à cinq cents pas, ce qui faisait un assez beau passage pour donner l'assaut. C'était peu de chose que les fossés ; mais le comte de Petigliano avait si bien fortifié la place que cinq cent mille hommes n'auraient pu remporter. Derrière la brèche, à l'entrée de la ville, il avait fait faire une tranchée ou fossé à fond de cuve, de la .hauteur de vingt pieds et à peu près de la même largeur. Il y avait fait mettre des fagots et du vieux bois recouverts de poudre à canon ; et, de cent en cent pas, il y avait un boulevard de terre garni d'artillerie, qui tirait le long de cette tranchée. Au delà de la tranchée, qu'on n'eût pu passer sans la grâce de Dieu, Tarmée des Vénitiens était rangée en bataille : il y avait une belle esplanade où pouvaient tenir en ordre vingt mille hommé^ de pied et de cheval; derrière cette esplanade se trouvaient des plates-formes oîi l'on avait monté vingt ou trente pièces d'artillerie qui pouvaient tirer par-dessus l'armée, droit à la brèche.
Les Français furent avertis de ce terrible danger par des
Siége^de Padoue.
(D'après une estampe allemande du temps.)
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prisonniers qui étaient quelquefois faits aux escarmouches, et rendus après avoir payé leur rançon ; Petigliano leur montrait tous ces travaux, afin qu'ils en instruisis* sent le seigneur de la Palice'et les capitaines français; et, à leur départ, il leur disait ces paroles : « J'espère, mes amis, que le roi de France et la Seigneurie rentreront en amitié quelque Jour. Et si ce n'était pour les Français qui sont avec l'empereur, avant vingt-quatre heures, je sortirais de cette ville et j'en ferais lever le siège honteusement. • Je ne sais comment il eût fait cela, vu le nombre de gens qu'il avait devant lui. Ces propos farent rapportés aux seigneurs capitaines de France, mais ils n'en prenaient aucun souci, parce que leur maître les avait mis au service de l'empereur pour faire ce que celui-rci leur ordonnerait.
Durant le siège de Padoue, il y avait souvent des alarmes au camp de l'empereur, à cause des sorties que faisaient ceux de la ville et leurs gens qui étaient en garnison dans Trévise, bonne et forte ville qui est à vingt-cinq milles de Padoue.
Dans Trévise se trouvait; entre autres capitaines, messire Luce Malvezzi, homme de guerre fort entreprenant. Deux ou trois fois la semaine, il réveillait, sans trompette, le camp de l'empereur, et, si l'occasion était bonne , il n'épargnait pas ses ennemis; dans le cas contraire, il se retirait fort sagement, et jamais il ne perdit un homme. Il continua si longtemps cette manœuvre qu'il fit parler de lui merveilleusement. Cette manière de faire fâcha fort le Bon Chevalier; et sans grand bruit, par des espions auxquels il donnait tant d'argeat qu'au péril de leur vie ces gens ne l'auraient pas trahi, il connut beaucoup des allées et venues de Malvezzi, en sorte qu'il
résolut d'aller le trouver aux champs. Il alla vers deux des compagnons qui étaient logés avec lui , le capitaine Clayette et le seigneur la Cropte, et leur dit : « Mésseigneurs, ce capitaine Malvezzi nous donne bien de Fennui, il n'est guère de jour qu'il ne nous vienne réveiller, et on ne parle que de lui. Je ne suis pas jaloux de ses exploits, mais je suis marri qu'il ne nous connaisse pas autrement. J'en sais beaucoup sur son compte. Voulez* vous venir à une expédition; j'espère que nous le trouverons demain au matin : il y a deux jours qu'il ne nous a donné l'alarme. > Ses compagnons répondirent : c Nous irons où vous voudrez. — Faites donc armer, dit le Bon Chevalier, à deux heures après minuit, chacun trente hommes des plus hardis que vous ayez, et je mènerai ma compagnie et les bons compagnons qui sont avec moi : Bonnet, Mypont, Cessé, et, sans sonner la trompette, ni faire de bruit, nous monterons à cheval; sachez seulement que j'ai un fort bon guide. »
L'affaire s'exécuta comme il avait été dit, et la nuit du 2 au 3 de septembre ils montèrent à cheval ; leur guide les précédait, escorté de quatre archers. On lui avait promis bon payement s'il faisait bien son devoir, mais en cas de tromperie, il y allait de sa vie; le Bon Chevalier l'avait ainsi ordonné parce que souvent les espions sont doubles et font tourner la perte où il lemr plaît; mais celui-ci fit bien son devoir, car la nuit il mena la troupe environ dix milles. Au point du jour, ils arrivèrent à un grand chftteau où il y avait une longue clôture de murailles. L'espion dit alors au Bon Chevalier : « Monseigneur, si le capitaine messire Luce de Malvezzi sort aujourd'hui de Trévise pour aller visiter votre camp, il faut de toute nécessité qu'il passe ici. Si bon vous semble
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de vous cacher en ce logis où il ne demeure personne à causç de la guerre, vous le verrez passer et il ne pourra vous voir. » Cet a\is plut à tous les capitaines; ils se mirent dans le château, et deux heures après environ, ils entendirent un grand bruit de chevaux.
Le Bon Chevalier avait fait monter dans un colombier un vieil archer de la compagnie, appelé Monart, fort expérimenté en guerre, afin qu'il vit quels gens passeraient et en quel nombre. Cet archer vit venir d'assez loin messire de Malvezzi, accompagné, à son jugement, de cent hommes d'armes, Tarmet en tôte, et d'environ deux cents Albanais que conduisait un capitaine nommé Scanderberg ^, tous bien montés, et ayant bonne contenance. Ils passèrent à un jet de boule du logis où étaient embusqués les Français; quand ils furent outre, Monart* descendit tout joyeux et fit son rapport. Le Bon Chevalier ordonna de resangler les chevaux, et dit à ses compagnons : c Messeigneurs, il y a dix ans qu'il ne s'est présenté une si belle aventure ; si nous sommes braves, ils sont deux fois plus que nous, mais ce n'est rien, rejoignons-les. — Allons, » dirent les autres. Quand tous furent remontés à cheval, on ouvrit la porte, et ils se mirent au grand trot à la poursuite de leurs ennemis ; après avoir cheminé un mille, ils les aperçurent sur un beau grand chemin. Alors le Bon Chevalier dit au trompette : « Sonne, sonne, trompette, > et celui-ci obéit. Les capitaines vénitiens, qui n'auraient jamais pensé qu'il y eût des gens derrière eux, croyaient que c'était encore des leurs qui voulaient courir; toutefois ils s'arrêtèrent assez
1. Il ne faut pas le confondre avec le fameux héros Albanais, un des défenseurs de la chrétienté contre Mahomet II, Georges Castriot, dit Scanderborg, ou le cheTalier blanc de Valachie.
longtemps pour voir que c'étaient des ennemis. Ils furent un peu surpris de se trouver enfermés entre le camp de Vempereur et cette troupe, et de n'avoir aucune issue pour s'échapper; mais ils se rassuraient sur le peu de gens qu'ils voyaient. Le capitaine Malvezzi donna à tous ses gens le commandement de bien faire, leur remontrant que des deux côtés du chemin il y avait de grands fossés qu*un homme d'armes, sans être très-bien monté, ne se serait hasardé de franchir, de peur d'y demeurer ; ainsi il fallait combattre. Les trompettes commencèrent à sonner des deux côtés, et quand ils furent à la portée d'un jet d'arCi ils se mirent à courir les uns contre les autres, en criant d'un côté : c Empire ! Empire ! France ! France / • et de l'autre : c Marco ! Marco ! • C'était un vrai plaisir de les entendre.
La première charge fut terrible ; Bonnet d'un coup de lance perça de part en part un homme d'armes ; chacun ût très-bien son devoir. Les Albanais s'écartèrent du grand chemin et abandonnèrent leur gendarmerie, croyant prendre les Français par derrière ; le Bon GhevaUer qui s'en aperçut dit au capitaine la Gropte : f Compagnon, gardez les derrières, que nous ne soyons pas enfermés ; cela est important. > La Gropte fit, et quand les Albanais crurent approcher, ils furent si bien reçus et frottés qu'il en demeura une douzaine par terre et que les autres prirent la fuite. Le capitaine la Gropte ne les suivit guère, et retourna au gros de Taffaire ; à son arrivée il trouva les Vénitiens en déroute, et chacun prenait son prisonnier. Messire Malvezzi, qui avait réussi à s'échapper en sautant hors du grand chemin, prit la fuite vers Trévise avec les vingt ou trente des mieux montés. Ils furent suivis quelque peu, mais on eût perdu sa peine,
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car leurs chevaux allaient trop bien. Les poursuivants se retirèrent avec leurs prisonniers qui étaient en plus grand nombre que leurs gens, car ils en avaient bien pris cent soixante ou cent quatre-vingts ; ils leur ôtèrent leurs épées et leurs masses et les mirent au milieu d'eux ; ils arrivèrent ainsi à leur camp.
L'empereur se promenait en ce moment; quand il vit une grande poussière , il envoya savoir ce que c'était par un gentilhomme français de sa maison/ Celui-ci revint aussitôt dire à l'empereur: c Sire, c'est Bayart et les capitaines la Clayette et la Cropte qui ont fait la plus belle rencontre qui se vit de cent ans, car ils ont plus de prisonniers qu'ils ne sont de gens, et ils ont gagné deux enseignes. > L'empereur fut très-joyeux ; il s'approcha des Français auxquels il donna le bonsoir. Il loua chacun des capitaines en particulier, et dit au Bon Chevalier: « Seigneur de Bayart, mon frère, votre maître, est bien heureux d'avoir un serviteur tel que vous ; je donnerais volontiers cent mille florins de rente pour en avoir une douzaine de votre sorte. » Le Bon Chevalier répondit : • Sire, vous dites ce qu'il me plaît, et je vous remercie très-humblement des louanges que vous me donnez ; je vous avertis d'une chose c^est que, tant que mon maître sera votre allié, vous ne trouverez point de meilleur serviteur que moi. » L'empereur le remercia; • et Bayart et ses compagnons prirent congé et s'en retournèrent à leurs logis.
Trois ou quatre jours après cette course, le Bon Chevalier fut averti par un de ses espions que le capitaine Scanderberg et les Albanais s'étaient retirés dans un château appelé Bassano > avec quelques autres arbalétriers conduits par le capitaine Rynaldo Contarini^
gentilhomme pftdouan ; que chaque jour ils couraient sur ceux qui venaient au camp et sur les lansquenets qui retournaient en Allemagne, avec le bétail qu'ils avaient pris sur leurs ennemis, en sorte que depuis deux ou trois jours ils en avaient défait plus de deux cents ^ et ils avaient recouvré plus de quatre ou cinq cents bœufs et vaches qu'ils avaient mis dans ce château de Bassano. L'espion dit encore à Bayart que s'il voulait se trouver un matin en un passage au pied d'une montagne audessous du château, il ne manquerait pas de les trouver. Le Bon Chevalier, que l'espion n'avait jamais trompé, résolut d'y aller sans en parler à personne; car il lui semblait bien qu'avec ses trente hommes d'armes , tous gens d'élite, il déferait facilement les ennemis qui n'étaient pas plus de deux cents chevau-légers en tout. Toutefois il avait encore avec lui huit ou dix gentilshommes qui étaient venus en sa compagnie au camp de l'empereur pour leur plaisir et» pour l'amitié qu'ils lui portaient; ils n'étaient pas gens à se laisser vaincre en peu d'heures. Bayart leur conta son entreprise , pour savoir s'ils voulaient en être ; c'était leur vie et ils ne demandaient pas autre chose.
Un samedi de septembre, une heure avant le jour, tous montèrent à cheval et firent quinze milles tout d'une traite pour venir à un passage où l'espion les mena; mais ce fut en se dissimulant si bien qu'ils ne furent pas aperçus , et ils n'étaient qu'à une portée de canon de la porte du château. Us s'embusquèrent en cet endroit, et bientôt ils entendirent sonner la trompette au château ; ce dont ils furent bien joyeux. Le Bon Chevalier demanda à son espion quel était, à son avis, le chemin que prendraient les Albanais ; l'espion répondit : « Quelque part
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qu'ils veuillent aller^ il faut nécessairement qu'ils passent un petit pont de bois qui est à un mille d'ici , et que deux cents hommes pourraient garder contre cinq cents. Quand ils auront passé ce pont vous enverrez quelques-uns de vos gens pour le garder de peur qu'ils ne reicrament.au château ; je vous mènerai par le derrière de cette montagne à un passage que je connais ; et vous ne pouvez manquer de les rencontrer dans la plaine entre cet endroit et le château de la reine de Chypre.— C'est un bon avis, dit le Bon Chevalier. Qui demeurera à ce pont ?» Le seigneur de Bonnet dit : « Mon compagnon Mypont et moi le garderons, s'il vous plaît, avec quelques hommes que vous nous donnerez. — Je le veux bien, dit Bayard ; Petit-Jean de la Vergne , six hommes d* armes et dix ou douze archers vous feront compagnie. » En devisant sur ce propos, ils aperçurent les Albanais et les arbalétriers qui descendaient du château ; ils semblaient aller à des noces et espéraient sans doute faire un aussi beau butin que les deux jours précédents.
Quand ils furent passés, Bonnet alla droit au pont avec ses gens, et le Bon Chevalier, avec le reste de sa compagnie, marcha vers le passage où l'espion le mena ; celui-ci le guida si bien qu'en moins d'une demi-heure il l'eut conduit dans une plaine où l'on aurait vu un homme à cheval de six milles. Bayard et ses compagnons aperçurent à la portée d'une longue couleuvrine leurs ennemis qui prenaient le chemin de Yicence où ils pensaient trouver leur proie. Le Bon Chevalier appela du Fay, son guidon, et lui dit : t Capitaine , prenez vingt de vos archers et allez à ces gens-là escarmoucher ; quand ils vous verront en si petit nombre , ils vous chargeront, n'en doutez pas. Tournez bride alors, paraissant
effrayé et amenez-les ici ; je vous attendrai au pied de cette montagne et vous verrez beau jeu. » Du Fay ne se le fit pas dire deux fois : il connaissait assez le métier de la guerre. Il marcha jusqu'à ce qu'il fût aperçu des ennemis. Le capitaine Scanderberg, joyeux de cette rencontre, commença à marcher fièrement avec ses gens ; quand ils aperçurent les Français aux croix blanches , ils les chargèrent en criant: « Marco! Marco! » Du Fay, qui savait sa leçon par cœur , fit Teffrayé et se mit en fuite. Il fut vivement poursuivi jusqu'à Tembuscade du Bon Chevalier qui , avec ses gens , Tarme en tête et Tépée au poing, fondit sur les ennemis, comme un lion , en s'écriant : « France ! France! Empire! Empire! » Dans cette première charge trente hommes furent renversés ; le premier assaut fut dur et âpre. Enfin les Albanais et les arbalétriers se mirent en fuite, au grand galop, croyant gagner Bassano. Les Français les poursuivent, mais leurs chevaux allaient trop bien , et le Bon Chevalier eût perdu sa proie sans le pont que gardait Bonnet. Celui-ci et Mypont son compagnon , avec leurs gens , barrèrent le passage aux ennemis ; le capitaine Scanderberg vit bien qu'il fallait combattre ou fuir à l'aventure ; il prit ce dernier parti et tous s'enfuirent à bride abattue ; cependant les Français jouèrent si bien de l'éperon qu'ils prirent soixante Albanais et trente arbalétriers avec deux capitaines.
Depuis six jours, un jeune gentilhomme duDauphiné de la compagnie du Bon Chevalier, nommé Guigo Guiffrey, fils du seigneur de Boutières, avait été fait archer ; il n'avait pas plus de seize à dix-sept ans, mais il était de bonne race et avait un grand désir de suivre l'exemple de ses parents. Pendant le combat, il vit que
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celui qui portait Penseigne des arbalétriers de Rynaldo Gontarini s'était jeté au delà d'un fossé et voulait se sauver. Ce jeune garçon voulant s'essayer , passa après lui ; avec sa demi-lance il lui donna un si grand coup qu'il la rompit et le renversa ; puis il mit la main à l'épée et lui cria : « Rends-toi, enseigne, ou je te tuerai. » L'enseigne, qui ne voulait pas encore mourir, se rendit et remit son enseigne au jeune enfant qui n'eût pas donné cette bonne fortune pour dix mille écus. Il le fit remonter sur son cheval et le mena directement où était le Bon Chevalier. Bayart faisait sonner la trompette pour la retraite. Bonnet vit venir de loin le jeune Boutières et dit: « Monseigneur, je vous prie, voyez Guigo, il a pris un prisonnier et une enseigne. » Le Bon Chevalier, quand il le vit, eut une grande joie et dit : « Comment , Boutières , avezrvous gagné cette enseigne et pris ce prisonnier ? — Oui , monseigneur, il a plu à Dieu ; cet homme a bien fait de se rendre , je l'aurais tué. » Toute la compagnie se mit à rire et le Bon Chevalier dit : « Boutières , mon ami , vous commencez bien; Dieu veuille que vous continuiez ainsi*. » Après ces propos , le Bon Chevalier dit à Bonnet , à Mypont, au capitaine Pierrepont, alors son lieutenant, et aux autres des plus considérables : « Messeigneurs, il faut que nous ayons ce château , car il y a gros butin dedans ; ce sera pour nos gens. — Ce serait bien fait, dirent les autres , mais il est fort et nous n'avons point
1. Ce qui arriva en effet, il mérita de devenir lieutenant des cent hommes d'armes que François l" donna à Bayart après la défense de Mézières ; plus tard lieutenant général du roi en Piémont, il décida, à la tète de l'avant-garde du duc d'Enghien, le succès de la bataille de Gérisoles. Le pronostic de Bayart semblait lui avoir porté bonheur, en doublant son courage.
d'artillerie. ^ Taisez- vous , dit-il , je l'aurai avant un quart d'heure. » Il fit appeler les capitaines Scanderberg et Rynaldo Gontarini auxquels il dit : « Seigneurs, foites-moi rendre ce .château à l'instant, car je sais que vous en avez le pouvoir ; si vous ne le faites je promets à Dieu de vous faire trancher la t^te devant la porte tout à l'heure. » Us répondirent qu'ils le feraient, s'il leur était possible; en effet, un neveu de Scanderberg qui le gardait, le rendit aussitôt que son oncle lui eut parlé. Le Bon Chevalier y trouva plus de cinq cents bœufs et vaches., et quantité de butin ; le tout fut également partagé et chacun fut content. Le bétail fut conduit à Vicence pour être vendu. Ils trouvèrent aussi dans ce château de quoi repaître leurs chevaux , et eux-mêmes firent très-bonne chère.
Le Bon Chevalier fit asseoir à sa table les deux capitaines vénitiens, et comme ils achevaient de dîner, le petit Boutières entra ; il venait voir son capitaine et lui amenait son prisonnier qui était deux fois aussi grand que lui et avait trente ans. Quand le Bon Chevalier le vit, il se mit à rire, et dit aux capitaines vénitiens: c Messeigneurs, ce jeune garçon , qui était page il n'y a pas six jours, et n'aura pas de barbe avant trois ans , a pris votre enseigne ; c'est une grosse affaire ; car je ne sais comment vous faites , mais nous autres Français nous ne rendons pas volontiers nos enseignes , sinon à plus forts que nous. » L'enseigne vénitien eut honte et vit en cette occasion son honneur fort abaissé ; il dit en son langage : « Par ma foi ! monseigneur , je ne me suis pas rendu à celui qui m'a pris par peur de lui; seul il n'était pas capable de me faire prisonnier, j'aurais bien échappé de ses mains, et de meilleur homme de guerre
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que lui , mais je ne pouvais pas combattre toute votre troupe moi seul. » Le Bon Chevalier regarda Boutières et lui dit: « Entendez- vous ce que dit votre prisonnier, que vous n'êtes pas homme pour le prendre ?» Le jeune enfant fut bien marri et tout courroucé, il répondit : • Monseigneur, je vous supplie de m'accorder ce que je vous demanderai. — Oui, vraiment, dit le Bon Chevalier, qu'est-ce? — C'est que je rendrai à mon prisonnier son cheval et ses armes ; je monterai sur le mien et nous irons là-bas ; si je puis le vaincre une seconde fois, il est sûr de mourir, j'en fais vœu à Dieu; s'il peut s'échapper, je lui dpnne sa rançon. » Jamais le Bon Chevalier ne fut plus aise d'entendre un tel propos ; il dit tout haut : « Vraiment je vous l'accorde. » Mais le Vénitien ne voulut pas accepter l'offre ; en sorte que le pQtit Boutières eut tout l'honneur.
Après le dîner, le Bon Chevalier et les Français montèrent à cheval et retournèrent au camp où ils emmenèrent leurs prisonniers. Il fut bruit de cette belle prise pendant plus de huit jours ; l'empereur , tous les Allemands et les gentilshommes du Hainaut et de Bourgogne en donnèrent grande louange au Bon Chevalier; la Palice entendit raconter avec grand plaisir le tour du petit Boutières , et l'offre qu'il avait faite à son prisonnier. Il ne faut pas demander si l'on en rit par tout le camp. La Palice dit qu'il connaissait depuis longtemps la race de Boutières et que les gentilshommes de cette maison étaient tous braves.
Cependant un matin , l'empereur , accompagné de ses princes et seigneurs , alla voir la brèche et fut émerveillé ; il se reprochait, vu le nombre de gens qu'il avait, de n'avoir pas fait donner plus tôt l'assaut, car il y
avait déjà trois jours que les canonniers ne tiraient qu' pierre perdue dans la ville, parce qu'à l'endroit où ils étaient il n'y avait plus de murailles. Quand il fu revenu à son logis , il appela son secrétaire français et lui fit écrire une lettre au seigneur de la Palice ; elle était ainsi conçue : « Mon cousin, j'ai été ce matin voir la brèche de la ville que je trouve plus que raisonnable pour qui voudra faire son devoir. J'ai résolu d'y faire donner l'assaut aujourd'hui. Aussitôt que mon grand tambourin sonnera, vers midi, je vous prie de faire tenir prêts tous les gentilshommes français qui sont sous votre charge à mon service par commandement de mon frère le roi de France , pour aller à l'assaut avec mes gens de pied , et j'espère qu'avec l'aide de Dieu , nous l'emporterons. » Il envoya la lettre par le secrétaire à la Palice qui trouva assez étrange cette manière de procéder. Toutefois il dissimula et dit au secrétaire : « Je m'étonne que l'empereur n'ait pas demandé mes compagnons et moi pour délibérer plus sûrement sur cette affaire ; vous lui direz que je vais les envoyer chercher et que je leur montrerai la lettre. Je crois qu'aucun ne se refusera à obéir à l'empereur dans tout ce qu'il commandera. »
Le secrétaire retourna faire son message, et la Palice demanda tous les capitaines français ; ceux-ci se rendirent à son logis. Il était déjà bruit par tout le camp qu'on donnerait l'assaut à la ville vers midi. Vous eussiez vu alors une chose merveilleuse t tous les prêtres étaient retenus à poids d'or pour confesser, chacun voulant se mettre en bon état, et il y avait plusieurs gens d'armes qui leur donnaient leur bourse à garder.
Quand les capitaines français furent arrivés au logis du seigneur de la Palice, celui-ci leur dit : « Messeigneurs, il