‹ Histoire du gentil seigneur De BayartChapitre 36 sur 53 · Célèbr* cheval du roi de Macédoine · texte numérisé non relu

Célèbr* cheval du roi de Macédoine

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Voilà donc Bayart bien joyeux d'être échappé d'un si gros danger et remonté sur un cheval incomparable ; mais il lui manque encore un casque. Il était fort dangereux d'aller tête nue aux affaires de ce temps-là! Il avise un gentilhomme de ses amis qui fait porter le sien par son page :

«Compagnon, dit-il, cette longue trotte à pied m'a mis tout en sueur; j'ai peur de me morfondre. Je vous prie, faites-moi donner votre armet pour une heure ou deux. •

Le gentilhomme le lui prêta sans défiance et, Bayart s'en arrangea, car il ne le rendit que le lendemain, vers dix ou onze heures , après la bataille.]

[Au point du jour la bataille interrompue avait recommencé plus acharnée encore et plus meurtrière que la veille, et ce qui décida de notre immortelle victoire fut ^ne dernière charge que Bayart, Fleurange, Bussy d'Amboise et autres poussèrent avec une vigueur qui valut à cette bataille le nom de combat de géants, auprès duquel tous les autres ne furent que jeux d* enfants, suivant l'expression du maréchal Trivulzio, qui avait assisté à dix-sept batailles rangées ! Six mille Français restèrent sur le sol, et à côté d'eux environ quinze mille Suisses.

Le soir, sous la tente du roi, il y eut grande joie au camp: on parla de bataille; tous furent jugés s'être bien conduits. Les pertes subies et les bons coups donnés, on plaignit entre tous les morts le brave d'Ymbercourt, le comte de Sancerre et le seigneur de Mouy ; mais nul ne fut plus loué que le Bon Chevalier. François !«', qui l'avait vu à l'œuvre, l'honora d'une marque d'estime éclatante et nouvelle.]

Revenant aux vieux principes de la chevalerie, selon lesquels un chevalier seul peut faire un chevaUer, le jeune prince, qui ne l'était pas encore, choisit pour le devenir cette occasion solennelle, oii certes il avait noblement gagné ses éperons, et c'est à Bayart qu'il demanda l'accolade. Autour de lui pourtant il voyait les plus grands personnages de France et d'Italie, le connétable de Bourbon, les ducs de Savoie, de Ferrare et de Lorraine, les maréchaux de la Trémouille, d'Aubigny, la Palice et Trivulzio ; il préféra le simple capitaine, et il avait bien raison, car de meilleur n'eût su le prendre.

t Nul, dit-il, ne doitporterenvie au seigneur de Bayart, puisque nul n'a eu Theur de se trouver en tant de batailles, assauts et rencontres à pied et à cheval, et de donner plus de preuves de sa vaillance, expérience et bonne conduite. Bayart, mon ami, je veux être aujourd'hui fait chevalier de votre main, parce que je ne connais personne qui, plus dignement que vous, ait porté les éperons d'or. — Sire, répondit Bayart, celui qui est couronné, sacré, oint de l'huile sainte, et qui est roi d'un si noble royaume, est chevalier sur tous les chevaliers. — Allons, Bayart, hâtez- vous ! Il ne faut alléguer ni lois ni canons * d'acier ^ de fer ou de cuivre ; faites mon vouloir et commandement, si vous voulez être de mes bons serviteurs et fidèles sujets. — Sire, quoique indigne, j'obéirai. »

Il tira son épée, en frappa trois coups sur l'épaule du roi incliné, et répéta l'antique formule : t Sire, autant vaille que si c'était Roland ou Ollivier, Grodefroy ou son frère Baudouin. Certes, vous êtes le premier prince que

1. Encore un calembour. — Canon signifiait règle avant de signiQcr pièce iTartiUerie,

Bayart arme François 1*' chevalier.

(Par Fragonard, Musée du Louvre et de Versailles.)

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jamais on fit chevalier. Dieu veuille qu'en guerre vous ne preniez la fuite. »

Puis, ']parlant à son épée qu'il tenait dans sa main droite : c Tu es bien heureuse d'avoir aujourd'hui à si beau et si puissant roi donné Tordre de ciievalerie ! Certes, ma bonne épée, vous serez, avec honneur, comme relique, gardée et honorée^, et jamais je ne vous porterai, sinon contre les Turcs, Sarrazins ou Maures. » Alors, embrassant son épée, Bayart sauta deux fois joyeusement et la remit au fourreau.

Le roi, à son tour, conféra aussitôt Tordre à un grand nombre de ses gentilshommes, et le duc de Lorraine, à son exemple , accorda la même faveur à la plupart des siens.

Peu de temps après, maître du Milanais, ayant en une conférence avec le pape à Bologne et conclu la paix avec les Suisses, François I** revint en France, laissant son duché à la garde du connétable de Bourbon*.

1. On dit que cette épée est aujourd'hoi en la pessession d'un Anglais, dans le palais de Garlton-house.

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