TRESORIERS LE ROY
Quatre clefs à double panneton, réunies par un anneau commun formant une rosace à quatre lobes, et disposées en croix. Une fleur de lis dans chacun des quatre cantons. — ÇT. Écu semé de France, dans un entourage de six arcs de cercle. (Pi., fig. 29.)
(1) PubUé par M. Hucher dans la Revue numismatique de 1847.
Ce jeton peut remonter à Tépoque de Philippe de Valois, et l'on y voit quatre clefs. On trouve, au plus tard dès la même époque, deux clefs sur les jetons de la Chambre aux deniers du Roi, et une seule clef sur ceux de la Chambre aux deniers de la Reine. Sur quatre jetons connus de la Chambre aux deniers des Reines de France, dans la période de 1328 à 1463, trois ne présentent dans leurs types qu'une seule clef; ils sont de Jeanne de Rourgogne, femme de Philippe de Valois ; de Jeanne d'Auvergne , femme de Jean le Ron , et de Marie d'Anjou , femme de Charles VII ; le quatrième, qui est de Jeanne d'Auvergne, présente la croix à quatre clefs ; mais ce dernier type n'est que le résultat d'un caprice passager, après lequel on est revenu à la clef unique, comme le prouve le jeton de Marie d'Anjou. Sur les jetons de la Chambre aux deniers du Roi, on ne trouve jamais que deux clefs. Il paraît donc assez bien établi qu'à paf tir au moins de la seconde moitié du xiv" siècle, le nombre des clefs qui paraissent sur divers jetons, évidemment royaux, peut, jusqu'à un certain point, servir de moyen de classement pour ceux de ces jetons qui n'indiquent rien de bien précis par leurs légendes. En partant de ces données, et si l'on remarque qu'après le jeton n" 4, qui précède, on n'en trouve plus avec des légendes indiquant spécialement le service du Trésor, bien qu'il soit hors de doute qu'il ait continué à avoir ses jetons comme les autres grandes institutions financières, nous ne croyons rien hasarder de trop en attribuant au Trésor les jetons suivants :
* 5. + GETES. SEVREMENT = + LE COMPTE
TROVVERES.
Quatre clefs, réunies par un anneau commun formant une rosace à quatre lobes, et disposées en croix, dans un entourage de quatre arcs de cercle. — 1^, Écu en losange, semé de France, et entouré de quatre arcs de cercle. — Des fleurs de
lis séparent les mots de la légende à Tavers et au revers. Du côté de la croix, la légende est suivie d'un dragon sans ailes et dont la quelle se termine en rinceau. {PL, fig. 30).
Ce jeton paraît être de la seconde moitié du xiv* siècle.
L'écu en losange, qui devint au xvi® siècle l'attribut précis du blason des femmes, n'avait pas au moyen âge cette signification tranchée. On ne le retrouve que deux fois sur les jetons des Reines, tandis qu'il figure sur plusieurs autres jetons avec les armes pleines de France, et où il n'a rien de féminin.
Quant au dragon qui termine la légende du côté du revers, il est, comme les clefs, un signe de garde pt de sécurité, et l'on ne doit assurément pas être plus surpris de le voir sur un jeton du Trésor que sur mainte aubronière de coffre-fort du moyen âge, où il joue le même rôle. On sait que l'aubronière était la pièce qu'il fallait directement forcer pour ouvrir le coffre.
* 6. Jeton semblable au n° précédent pour les types principaux et les légendes, mais plus large, plus mince ; sans dragon dans la légende du revers; ayant des fleurons, des trèfles et des étoiles à la place des fleurs de lis qui séparent les mots sur le n° 5, et des annelets au lieu de trèfles aux points de réunion des quatre cintres qui entourent la croix clavigère ; accusant enfin par la forme des lettres et par son aspect général là seconde moitié du xv® siècle.
Les jetons n*"* 5 et 6 sont peu rares, et nous passons sous silence bon nombre d'exemplaires variés, qui diffèrent trop peu les uns des autres pour faire l'objet de descriptions spéciales, mais qui établissent cependant à la vue une transition entre ceux que nous considérons comme les plus anciens et les plus modernes de la série. Il n'est pas douteux qu'il n'en ait été frappé pendant près d'un siècle. Les jetons de cette série ne doivent pas d'ailleurs être confondus avec quelques autres, qui leur ont emprunté la croix clavigère, mais qui ne sont, pour la plupart, que le résultat d'une imitation banale, qui a trop
souvent fait perdre aux types originaux leur signification propre.
Nous ne connaissons pas de jetons personnels de trésoriers de France antérieurs au règne de Louis XII. On a, sous ce règne, celui de Jacques Hurault, publié par M. Duchalais (1), et celui de Pierre Legendre, cité par Mahudel, publié par M. de Fontenay (3), et dont il existe un fort beau pied-fort en potin dans la collection de M. Legras, à Paris.
(i) Revue Numismatique de 1847, pi. m.
(2) Manuel, p. 132.