‹ Histoire du jeton au moyen ageChapitre 3 sur 70 · P. XVII · texte numérisé non relu

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aujourd'hui qu'un intérêt fort médiocre , attendu que les jetons des peuples anciens étaient tout simplement de petits disques d'os ou de corne, sans aucune représentation. C'est à la France, ainsi que l'a déjà dit Mahudel, et, suivant toute apparence, au xiii*" siècle, que revient l'innovation des jetons de métal, couverts de types et de légendes comme les monnaies. Le mot jeton lui-même est d'origine toute française, nonobstant les formes latines qu'on lui a données au moyen âge, telles que jacfator et jacto. Ce mot venait du y erhe jetter, getter, qui signifiait compter. Il est d'ailleurs peu de mots qui aient été orthographiés de tant de manières différentes; nous le retrouvons écrit sur les jetons mêmes : jetoir, jectoir, geioir, gietoir, gettoir, gectoir, gieUruoir, gietor, gitoer, gictoer, getoer, getouer, gectouer, gettouer, gecteur, gecton, getton, jetton, et enfin jeton, qui est la forme la plus moderne. Les formes gectz, giets, etc., que l'on voit sur quelques jetons et dans quelques textes , et qui ont parfois été données comme des mots complets, ne nous paraissent être que des abréviations. Les jetons étaient encore connus, au moyen âge, sous la dénomination de méreaux à compte, ou décompte (4), qui s'explique facilement, puisque le mot iUfereau, dans son acception générale et primitive, ne signifiait autre chose qu'une marque mobilisée, quel qu'en fût Tusage (2).

(1) On trouve sur un jeton duxiv* siècle la légende: lE SVI DE LAITON, MËRIAV A QTE, qui avait toujours été lue mériau à conte, mais où M. de Fontenay a récemment proposé de lire mériau acquitté.

Nous pouvons nous tromper, mais l'innovation ne nous paraît heureuse ni comme lecture ni comme interprétation , et nous pensons même qu'on ne saurait l'admettre sans méconnaître la valeur d'une des abréviations les plus usitées dans les écritures du moyen âge. On ne peut d'ailleurs, sans risquer de s'égarer, séparer la légende dont il s'agit de ses analogues: lE SVI DE LETTON POVR lETER; lE SVI DE LATON POR FER KVM (pte) ; CORONE SVI, MERAV DE LAT {on) , etc.

(2) 11 suffit, pour se convaincre de ce que nous avançons ici sur la signification générale du mot Méreau, de rapprocher entre elles les diverses

S'il existe des jetons de métal plus anciens que le règne de saint Louis , ou ils ont jusqu'ici échappé aux recherches, ou leurs types, peu caractéristiques de leur âge, et se ressentant encore de Tenfance de l'invention, n'ont pas, jusqu'à présent, permis de les classer. On n'en connaît même pas que l'on puisse attribuer à l'administration de ce prince lui-même ; mais il en existe un qui parait bien avoir appartenu à l'hôtel de sa mère, la reine Blanche de Castille; puis, à partir de Philippe le Hardi, il n'est pour ainsi dire pas de règne qui ne soit représenté par des jetons. Les rois et les seigneurs en faisaient frapper à des types particuliers pour les comptes de leurs domaines ou de leur maison ; et comme tout le monde comptait avec des jetons, dans le commerce et dans les ménages aussi bien que dans les administrations , les classes de la société qui n'avaient pas de jetons spéciaux s'en procuraient à des types banaux. L'usage des jetons de métal passa en Italie avec les princes de la maison d'Anjou-Sicile, et se répandit également de bonne heure en Angleterre, dans les Pays-Bas, et dans une partie de l'Allemagne.

Du xiir au xv^ siècle, les jetons étaient généralement en laiton ou cuivre jaune, et quelquefois en cuivre rouge; pour les classes les moins aisées, il y en avait en plomb ; pour les

citalions faites par Ducange, Ménage, Carpentier, Roquefort, verb. Méreau, Merallus, etc., ainsi que celles faites par M. Hermand, par M. Dancoisne et par les auteurs, dans les travaux rappelés ci-dessus.

A la fin du xvi© siècle et surtout au xviie, le mot Méreau n'était plus guère employé que dans les églises, et on le définissait alors : un jeton de présence, donnant droit à des distributions; de môme que Ton avait dit précédemment du jeton que c'était un méreau de compte. Ainsi le mot Méreau, après avoir d'abord désigné le genre, ne désigna plus, par la suite, que l'espèce, tandis qu'au contraire la signification du mot Jeton s'étendait en s'éloignant de son étymologie. On distingua alors des jetons de présence et des jetons de compte. Cette dernière expression aurait précédemment été un pléonasme.

classes les plus aisées, il y en avait en argent , et Ton a la preuve qu'il en a existé quelques jeux en or.

Les jetons d'argent antérieurs au xv® siècle sont très-rares. Les lois soraptuaires du temps, qui empêchaient autant que possible d'employer l'argent à autre chose qu'à la fabrication de la monnaie , peuvent avoir été pour beaucoup dans les causes de cette rareté. On voit cependant que le receveur du comté de Flandre avait des jetons d'argent pour ses comptes dès 4337 (4). Ces jetons n'ont pas encore été retrouvés, que nous sachions. Le plus ancien jeton d'argent d'époque positive, qui nous soit connu en nature, est une pièce d'une beauté et d'un fini remarquables, portant le nom de Clarin le Paumier, maître à la Chambre des comptes, à Paris, du temps de Philippe de Valois, de 4345 à 1346. En 1372, 83 gettouers d'argent paraissent dans le compte du testament de la reine Jeanne d'Évreux, veuve de Charles le Bel (2). Au xv® siècle, et surtout depuis l'époque de Charles VII, les jetons d'argent devinrent d'un usage assez fréquent; on les retrouve alors, non-seulement à la cour de France, mais a celles des ducs de Bourgogne, de Bourbon, de Bretagne, d'Anjou , etc.

Quant aux jetons d'or , on sait que le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, en avait pour son usage particulier dès 1474 (3). On est autorisé à penser, par analogie,

(1) « A Nicolay Guiduche, recheveur de Flandres, bailliet vj" getoirs d'argent; coustèrenl x sols viij deniers de gros, valent pour xij parisisla pièche : vj 1. viij s. » (Compte de la monnaie de Gand de 1334 à 1337; Revue de la Numismatique bel^e, 1851, p. 301.)

(2) « IIII" iij gettouers d'argent prisé iiij francs et demy. » (Glossaire de M. de Laborde.)

(3) c( Là vient le duc (en la Chambre des finances) bien souvent, et ne se » cloent nuls comptes sans luy ou sans son sceu. — Luy mesmes il sied au » bout du bureau, jecte et calcule comme les autres, et n'y a différence en » eux, en iceluy exercice, sinon que le duc jecte eu ject* d'or, et les autres » de ject» d'argent. » (Olivier de la Marche, Estât du duc de Bourgogne; » Glossaire de M. de Laborde, p. 329.)

que les Rois de France en avaient au moins dès la même époque. Il n'est pas douteux, dans tous les cas, que Louis XII n'eût les siens, témoin les 60 getioirs ou pièces de plaisir en or, offerts par le maire et les échevins de Tours à ce souverain, à son entrée solennelle dans cette ville en 4498. Ces pièces, d'un fort beau travail , et dont le dessin, dû à Michel Colombe, a été reproduit dans la Revue numismatique (1) par M. Dauban, d'après un exemplaire conservé à la Bibliothèque Impériale , ont un relief et des dimensions qui les feraient prendre pour des médailles ; mais le nombre qui en fut donné à Louis XII indique assez l'usage auquel elles étaient destinées , et justifie le nom de getioirs , sous lequel elles sont désignées dans les annales de Tours (3).

Les jetons spéciaux aux gens des comptes du Roi, qui formèrent par la suite la Chambre des comptes de Paris, remontent au moins au règne de Philippe le Bel. Il en est à peu près de même des jetons d'autres corps appelés à manier les deniers publics ou à en contrôler l'emploi, tels que les trésoriers de France et les maîtres généraux des monnaies. A ces jetons doivent être ajoutés, pour représenter plus complètement l'administration dû Hoi, sa cour et son entourage de famille, ceux de sa Chambre aux deniers et des offices de son hôtel, comme l'écurie, la vénerie, sans même oublier la cuisine ; ceux de la Chambre aux deniers et des offices de l'hôtel de la Reine, de

(1) 1856, p. 130 et 141. « Buste de Louis XII, tourné à gauche, coiffé du » mortier orné d'une enseigne ou médaillon ; au-dessus, une petite cou- » ronne royale dans la légende qui est placée entre deux cercles de grè- » netis, LVDOVIC. XII. FRANCORV. REX. MEDIOLANI. DVX.

« % Un poro-épic marchant à gauche; au-<lessus, la couronne royale ; » au-dessous, trois tours. Dans la légende contenue dans un double cercle » de grènetis, une tour et VICTOR. TRIVMPHATOR. SWfPER. AVGVSTVS. » Diamètre, 17 millimètres; poids, 27 grammes.

(2) Voir les Notices de M. Lambron de Lignim et de M. P. de Courcy sur Michel Colombe et ses ouvrages.

l'hôtel des enfants de France. On retrouve, pour ainsi dire, la même organisation jetonniëre chez les grands feudataires et chez d'autres seigneurs, plus ou moins compliquée suivant l'importance de leurs possessions, leur train de maison et le développement de leur administration financière. C'est ainsi que les ducs de Bourgogne de la branche des Valois, comtes de Flandre et ducs de Brabant, ont eu des jetons pour chacune de leurs Chambres des comptes de Dijon, de Lille, de Bruxelles, pour les gens de leurs monnaies, pour leur bureau des finances, etc. On connaît aussi des jetons spéciaux de la Chambre des comptes des ducs de Bretagne, de celle des ducs de Bourbon, du Contrôle de Navarre, de la Chambre aux deniers des ducs d'Orléans. Mais le plus grand nombre des jetons seigneuriaux , surtout quand il s'agissait de moins grands domainiers, indiquaient seulement, par leurs emblèmes ou par leurs légendes, pour le service de quel prince ou de quelle famille ils avaient été faits, sans désignation d'office particulier ; tels sont les jetons sur lesquels on retrouve les légendes suivantes : Monseigneur Robert d'Artois ; Pour la contoissed'Évre{u)s; Getoirs de madame la duchiesse d'Orliens; Les gecieurs de Ihurhonnois; Ce sont les getoirs le conte de Sain Vol; Getoirs des contes, fait pour le sire de Craon; etc. Il est à noter que ces légendes sont «au nombre des plus explicites ; bien souvent il en est de purement religieuses ou sentencieuses, qui n'aident en rien à l'attribution des jetons, comme, par exemple, sur les n**" 86, 94, 98 et 146 de nos planches, appartenant aux maisons d'Évreux, de Bourgogne et d'Anjou , où les armoiries sont les seuls moyens de classification.

On serait en droit de s'étonner que les villes, dont l'administration au moyen âge avait une individualité si prononcée, n'eussent pas eu leurs jetons propres ; aussi cette lacune n'existe-t-elle pas. La ville d'Alost, dans la Flandre germa-

nique, avait ses jetons dès 1402 (1); le nom de Jean de Saulx, qui était mayeur de Dijon en 1431, apparaît sur un jeton , autour des armoiries de cette ville ; nous publions d'autres jetons du même siècle, appartenant aux municipalités de Paris, de Rouen, et peut-être d'Angers.

L'usage, si commun chez les particuliers, aux xvi® et xvii* siècles, de faire frapper, à raison des charges ou des offices dont ils étaient investis, des jetons à leurs noms ou à leurs armoiries, bien que moins répandu dans les siècles antérieurs, n'y est cependant pas sans exemples. Nous pouvons citer notamment les jetons de deux maîtres de la Chambre aux deniers du roi Philippe de Valois, Pierre de Berne et Jean le Coq; celui de Clarin le Paumier, dont il a déjà été question ; les jetons de Pierre de Mate ou de Mantes, premier queux du roi Jean le Bon ; de Jacques Juvenel des Ursins, premier président à la Chambre des comptes; de Simon Charles, président, et de Raoul de Refuge, maître à la même cliambre, tous trois sous Charles VII ; de Charles de Gaucourt, lieutenant pour le Roi à Paris sous Louis XI, et de quelques autres.

Dans une infinité de comptes, royaux, seigneuriaux, de villes et d'établissements religieux, il est fait mention des dépenses occasionnées par l'achat des jetons qui ont servi aux compteurs, à leurs clercs ou aux clercs de différents offices, dans

(1) M. Pinchart, dans la Revue numismatique belge (1852, p. 20S), cite un extrait d'un compte en flamand, de la ville d'Alost pour Tannée 1402, où Ton voit figurer une dépense de 9 sols 6 deniers pour Tachât de 72 jetons. « Ce jeton, de cuivre probablement, ajoute M. Pinchart, n'est pas encore connu, que nous sachions, des numismates. » — Les auteurs possèdent un jeton en cuivre jaune, de la ville d'Alost, qui paraît bien de cette époque. D'un côté est un écusson à l'aigle partie, figurant les armes de l'Empire, et au revers un écusson où les armes de la ville d'Alost sont représentées par une épée en pal, accostée à dextre d'une aigle partie et à senestre d'un lion rampant. Cette pièce, d'une belle conservation pour les types, est malheureusement oxydée sur les bords, ce qui ne permet pas de reconnaître la légende, dont il ne reste que peu de traces.

le courant des années auxquelles les comptes se rapportent. Dans les comptes de la Chambre aux deniers du Roi, qui ordinairement étaient rendus deux fois par an, une dépense nouvelle de jetons pour les cinq offices paraissait à chaque semestre (1) ; mais ce n'était pas une règle uniforme pour toutes les administrations royales ; le renouvellement des jetons n'y avait généralement lieu qu'une fois par an, et Ton jugera que c'était bien assez, si ce n'était trop, pour des choses aussi inusables. Il en était de même dans les administrations des ducs de Bour gogne. La dépense était assez faible lorsqu'il ne n'agissait que de jetons de laiton, comme pour les agents subalternes ; mais elle augmentait sensiblement pour les jetons d'argent qui étaient distribués, au xv* et même quelquefois au xiv® siècle, aux officiers compteurs d'un rang supérieur (2). Cette distri-

(1) V. plus bas, aux descriptions.

(2) Il n'est pas sans intérêt de rassembler ici, à ce sujet, divers extraits de comptes des hôtels des monnaies des Pays-Bas, sous la domination des ducs de Bourgogne, extraits épars dans les notices de M. Pinchart sur les graveurs belges. (Revue numismatique de Bruxelles, 1851 et 1852.)

Compte de 1413 : « A Jehan Gobelet, maistre particulier de la monnaie » de Gand, pour ij« iiij»« xix jettoirs d'argent par lui délivrés en la Chambre » des comptes à Lille, pour jetter et besogner illec pour les affaires de » Monseigneur, pesans ensemble iiij marcs vj onces et xij esterlius , qui » valent iij 1. xij s. v d. gros- »

Compte de 1430 : « Payé à Testart du Biés, tailleur des fers de la mon- » noyé, à Gand, pour avoir taillé ij pilles et iiij tourseaux, aux armes de » Monseigneur et de Madame, pour faire des jectoirs pour la Chambre des » comptes à Brouxelles : xx s. gros. » — Les armes de Monseigneur et de Madame étaient celles du duc de Bourgogne Philippe le Bon, et de sa femme Isabelle de Portugal.

Compte de 1431 : « A Thierry de Stavre, maistre de la monnoye (de Lou- » vain) pour iij* jectoirs d'argent délivrez en la Chambre des comptes à » Brouxelles , pesans ensemble iiij mars v onces xij esterlins d'argent à » xj d. ob. d'aloy, au prix de xxvij s. le marc.

» A luy pour iijc jectoirs de ceuvre et pour la façon d'iceulx et lesdiz jec- » toirs d'argent, x s. gr. »

Compte de 1434-35 : « Aux maistres de la monnoye (de Louvain) pour » iiije jectoirs d'argent, pesans ensemble vj mars ij onces, pour les maistres

bution, qui n'était d'abord qu'une marque accidentelle de la munificence des souverains et des seigneurs, se reproduisit si

» et clercs des comptes à BrouxeUes et autres quMl appartient, àxxiiij s. gr. » le marc.

» A eulx pour xijc jectoirs de cuyvre pour les dessusdis, pour estoffe et » façon, xvj s. gr.

» A eulz quMlz ont payé au tailleur qui a taillé les coings et fers desdiz » jectoirs, xx s. gr. »

Il résulte d*autres extraits de comptes en langue flamande que la Chambre des comptes de Brabant a fait faire des jetons à la monnaie de Louvain en 1451, 1452 et 1454. « II fut frappé, dit M. Pinchart, du premier 500 exemplaires de cuivre à 19 sous le cent; du second, 2,900 exemplaires de cuivre et 500 d'argent fm, pesant 9 marcs 5 1/2 onces, à 25 sous de gros de Flandre le marc et à 14 sous le cent pour la façon; et du troisième, 530 exemplaires d'argent fin , qui pesaient 9 marcs 3 onces 7 esterlins, à 20 sous le cent de façon. Jean Van Velpe (tailleur des coins de la monnaie) reçut, pour la gravure des matrices de fer des jetons de 1451 et 1452, une somme de 20 sous de gros de Flandre, et deux couronnes, de 6 sous de gros de Brabant la pièce, pour celle du jeton de 1454. »

Compte de 1456-57. 11 y est parlé, dit M. Pinchart, « de 12 marcs de jetons d'argent fabriqués à Bruges pour les maîtres auditeurs et les clercs de la Chambre des comptes de Flandre. »

Compte de 1459-61. « A George le Cabotre, maistre particulier de la » monnoie d'or et d'argent faite et forgée en la ville de Gand, pour ung » cent de jettoirs d'argent pesant j marc iiij onces iiij est., qu'il a délivrez » pour maistre Alard de la Porte, conseiller de Monseigneur et maistre » des comptes, la somme de xxv 1. » ^

Compte de 1467. « A Henri de Merende, garde de la monnoye de Bra- » bant, qu'il a payé par les mains des maistres, pour la matière et fachon » de xxiiijc jettoirs de letton qui lui estoyent ordonnez faire faire pour » Messieurs des comptes à Bruxelles, etc.

» Audit Henry pour xix esterlins d'argent qu'il a payé pour franité des ») xij mars de gettoirs d'argent a lui ordonnez faire faire, etc.

» A luy qu'il a payé pour cuins et fers taillez et délivrez pour la façon » desdicts gettoirs d'argent et de letton, xx s. groz. »

Compte de 1469. a Au maistre particulier George de Cabottre qu'il a payé » a Josse de Meraade, fils de Henry, la somme de xxx s. pour son voyage » de iij jours qu'il a vacquié à l'ordonnance de ceulx des comptes pour » illec avoir apporté les jettoirs d'argent damièrement forgiez au doubelW, » avec aussi certain compte touchant tous les jettoirs d'argent, etc.

bien, qu'elle devint en quelque sorte un droit pour les gratifiés, qui recevaient des bourses de jetons pour leurs étrennes au

» A lui qu'il a payé à Henry de Merende, pour avoir fait faire pour ceulx » des comptes xxvjc jettoirs de letton et xxiiijc jettoirs de cuivre, etc.

» A lui qu'il a payé à Jehan Van Orshagen, tailleur, pour la façon de troiz » paires de cuings à forgier tous lesdits jettoirs, pour chascune paire, » comme il est accoustumé en cas semblable, j lyon, font iij lyons. »

Compte de 1470 : « A Jacotin du Biez (tailleur des coins de la monnaie » de Flandres), pour le coing des jectoirs de messeigneurs des comptes » (de Lille) xiiij s. gr. »

Compte de 1471. « Aumaistre particulier (de la monnaie de Louvain) » George de Cabottre, pour, à Tordonnance de messeigneurs des comptes

» à Bruxelles, et en vertu de leurs lettres closes à lui sur ce envolées ,

» avoir fait forgier xij marcs de jettons d'argent fin.

» A lui, pour avoir fait forgier iij™ vc jettoirs de leton, le cent au pris » de xvj d. gros, sans y comprendre aucune faiçon, veu que les ouvriers » n'en vouldrent rien avoir, mais en présentent leur labeur à mesdicts sei- » gneurs, valent à ce pris xlvj s. viij d. groz.

» A Jehan Van Velpe, tailleur de cuings, pour avoir taillé trois paires » de cuings pour forgier lesdits jettoirs d'argent et de letton, payé par » appointement sur ce fait avec lui par messeigneurs des comptes, pour » chascune paire xl patars; ensemble xx s. groz. »

Compte de 1469-71. Il y est fait mention, une fois de 11 marcs 4 onces, et une autre fois de 12 onces 9 esterlins d'argent, réduits en jetons pour la chambre des comptes de Lille. — Compte de 1471-73 , 11 marcs 4 onces d'argent employés au même usage.

Compte de 1472-74 : « A Jacques du Biez, tailleur (des coins de la mon- » naie de Flandre), pour avoir taillé les coingz des jettoirs de cuivre, » iiij livres. »

Aux extraits qui précédent et qui concernent les jetons des ducs de Bourgogne pour leurs Chambres des comptes établies dans les Pays-Bas, nous devons en ajouter un, publié par M. de Fontenay {Manuel, p. 334), et qui concerne les jetons de la Chambre des comptes établie dans leurs possessions bourguignonnes, le voici :

Compte d'Humbert Viard, maître de la monnaie de Dijon, de 1436 à 1438 : « A Messieurs des comptes de Dijon, la somme de soixante<leux livres dix sols tournois pour cinq cents gectoirs d'argent fin de soixantequatre aumarc^ qui poisent sept marcs six onces et demie, au prix de huit francs le marc, valent ladite somme Ixij liv. x. s. tournois.

» A Thevenin Boursier, pour la Êiçon desdits gectoirs et pour ouvraige et monnoyaige d'iceulz, Ixxviij s. ix d. t. »

renouvellement de chaque année (1), et qui finirent par en comprendre le revenu dans les émoluments de leurs offices. Le plus souvent la dépense était directement à la charge du fisc ; mais elle était aussi parfois à la charge de certains fermiers, comme cela avait lieu dans les Pays-Bas bourguignons pour les droits de jetons que les deux généraux maîtres des monnaies levaient sur les maîtres particuliers des différents hôtels. On remarque à ce sujet, dans les instructions pour le maître particulier de la monnaie de Flandre, remontant aux années 1504 et 1508, la clause suivante : « Sera tenu ledit » maistre payer à sa charge les généraux maistres, et à chascun

(1) L'origne des jetons d'étrennes remonte évidemment au moyen âge, mais les dépenses qu'ils occasionnaient alors étaient loin d'être comparables à ce qu'elles furent par la suite et notamment à partir du xvii^ siècle, époque où les jetons d'or des rois de France étaient déjà renouvelés chaque année. Sully, en sa qualité de surintendant des finances, ne manquait pas, à chaque nouvel an, de présenter les jetons d'or en étrennes à son maître; il fut même admis, un certain an, à les lui offrir, ainsi qu'à la Reine, pendant que Leurs Majestés étaient encore au lit. (Mémoires de Sully, passim; Critiques d'Amault, t. I, p. 146.)

On pourra se former une idée plus complète des prodigalités auxquelles ont donné lieu les jetons d'étrennes par les remarques qui suivent.

Le Mercure Galant^ de janvier 1680, contient ces lignes :

« En vous parlant des choses qu'on peut appeler du premier jour de » l'année, puisqu'elles sont faites pour être distribuées ce jour-là, je ne » dois pas oublier de vous apprendre que ce mémt^jour. Messieurs de ville » (les échevins de la ville de Paris), ayant M. le prévôt des marchands à » leur tête, se rendirent^à Saint-Germain, et eurent l'honneur de saluer le » Roi, la Reine, Monseigneur, Monsieur et Madame. Ils allèrent ensuite » chez tous les princes du sang, et s'acquittèrent de même envers M. le comte » deVermandois,M"edeBlois, aujourd'hui M™» la princesse deConti; M. le » duc du Maine, M. le comte de Vexin, M"« de Nantes et M"» de Tours. » Ils ne font qu'un compliment au Roi, sans lui faire de présents ; mais ils » donnent à tous les princes une bourse de cent jetions d'or, et aux prin- » cesses des oranges, des liqueurs et des confitures. »

Les nombreux passages du Mercure Galant, dans lesquels il est question de jetons, et que M. d'Aiîry se propose de faire connaître d'une manière complète dans son intéressant travail sur les jetons relatifs à l'histoire de

» d'eux UD marc de gettoirs de fin argent par an, et autres » choses que les maistres particuliers sont accoustumez par » cy-devant fournir (1). » La même clause est exprimée dans des instructions pour le maître particulier de la monnaie de Namur en i526, et dans un grand nombre de titres postérieurs.

On verra, par Texamen des jetons mêmes, que Tusage de les offrir en cadeaux n'existait pas seulement dans les adminis^ trations et dans les cours, mais qu'il s'était répandu dans tous les rangs de la société.

Les types que Ton trouve le plus ordinairement sur les jetons du moyen âge sont : la croix, qui s'y produit ornemen-

Paris, y trouveront mieux leur place qu'ici ; nous devons cependant indiquer encore, d'après ce journal , n9 de janvier 1683, le nombre de jetons en métaux précieux distribués en étrennes, non-seulement pour le compte du trésor royal proprement dit, mais encore pour le compte de la maison de la Reine, des revenus casuels, de l'amirauté , des galères et des bâtiments du Roi. Ce nombre fut, en ladite année :

Pour le trésor royal, de ... . 800 jetons d'or et de 26,000 jetons d'argent,

Pour la maison de la Reine, de 6,100

Pour les revenus casuels, de. 100 3,500

Pour l'amirauté, de 4,500

Pour les galères, de 2,800

Pour les bâtiments, de 1,600

Totaux 900 jetons d'or. . . . 44,500 jetons d'argent.

En 1726, la dépense des jetons du premier jour de l'an de la maison du Roi (Chambre aux deniers, menus plaisirs, argenterie, écurie, vénerie, bâtiments, etc.), montait à soixante-quinze mille livres. (Mémoires du duc de Richelieu, t. IV.)

Les jetons alors n'avaient plus qu'une utilité très-secondaire pour les comptes ; mais il y avait déjà plus de deux siècles qu'ils étaient devenus de petites médailles d'une exécution soignée, confiée aux meilleurs graveurs. Ils satisfaisaient, par leurs devises, la vanité des uns, la curiosité des autres, et, par leur valeur matérielle, l'avidité de tous ceux qui pouvaient avoir une part dans leur distribution.

(1) Manuscrits Golbert; collection de 182, à la Bibliothèque Impériale.

tée de mille manières ; les armoiries et autres symboles héraldiques ; des emblèmes d'offices ; des types de monnaies, telles que le gros tournois, Tagnel, la masse, le royal, la couronne, les grands blancs et les blancs ; des têtes humaines; des hommes sauvages, dont la représentation était si fréquente chez nos pères ; des animaux de toute sorte, réels ou fantastiques ; le monogramme du Christ et celui de la Vierge. Dans les dernières années du xV" siècle apparaissent quelques portraits ; les premiers sont ceux de Tarchiduc Maximilien d'Autriche, depuis empereur, et de son fils Philippe le Beau. Les têtes des Rois ou des Reines que Ton trouve sur des jetons d'une époque plus ancienne peuvent moins passer pour leurs portraits que pour des hommages rendus à leur dignité.

Des légendes des anciens jetons , les unes , comme nous l'avons vu, rappellent les seigneurs, les provinces, les villes, les offices ou les officiers pour lesquels ou à l'occasion desquels les jetons ont été faits. Les autres peuvent être classées en diverses catégories, dont nous allonspasser rapidement en revue les principales.

1° Allusions a l'emploi des jetons pour les comptes. = Comptés loiaument. — Contés seurement. — Au geter saurai Se le conte est vrai,

Gettés^ entendes au compte, Et guardès-vous de mescompte.

Pour bien geter et degister, , Fault bien entendre et pou parler,

— Getés , contés , somés bein, — Icy comptés et gectés bien, car la fin fera vostre compte. — • Gardés de failir pour Deix ! — Je sui de laiton mériau à conte, — Pour le vrai savoir, — Etc.

Les légendes se rapportant à Tusage des jetons sont des plus communes. On sait, au surplus, qu'il était assez dans les goûts du moyen âge d'indiquer sur les objets leur destination au moyen de devises plus ou moins recherchées. Sur des mouchettes du xv siècle, de la collection de M. Albert Legrand, à Saint-Omer, on voit cette légende :

Je sers de garder Les dois d*escauder.

En cuer Varai se lit sur une agrafe de toilette du même siècle et de la même collection. — Un ancien démêloir en buis, exposé dans les galeries du Musée du Louvre, porte l'inscription : Pour vous servir, que Ton retrouve également sur des jetons.

2** Allusions a l'usage d'offrir les jetons en cadeaux. =

Par amours sui dounés.

Bien doi estre gardés.

Le grase de sen don estaint,

Ki son don donne et puis le plaint.

— Je ne seré hui dounés , mes demain. — Merci de mi mercier. — Sans mal penser. — Sans nul mal penser. — Etc.

Les industriels qui déclarent par leur enseigne, à demeure, vendre aujourd'hui pour donner demain, ne font pas, comme on le voit , une plaisanterie bien neuve , car le jeton où l'on retrouve son équivalent Je ne seré hui dounés, mes demain, date du règne de Philippe le Bel {pi., fig. 50). La même pièce nous fait voir que l'usage d'offrir des jetons en cadeaux était déjà répandu à cette époque.

La légende Par amours sui douné est beaucoup plus souvent seule sur les jetons qu'accompagnée de son complément Bien dois estre gardé. On la retrouve, ajoutée dans le xv« siècle, sur le pied d'un calice que la tradition dit avoir

été donné par saint Louis au bienheureux Thomas-Hélie, de Biville (1), ce qui prouve suffisamment que cette légende n'a, dans le sens général, d'autre signification que don d'amitié; mais chacun lui donnait en particulier le sens privé qui allait à ses goûts ou à sa position, et la galanterie y a eu sa part. C'est ainsi que, sur une pièce qui porte la légende entière, le type principal est un M majuscule gothique qui ne peut être que le rébus du mot Aime, rébus dont la présence a déjà été signalée sur un autre jeton (2), et que quelques seigneurs ont également employé dans leurs devises.

La légende Merci de mi mercier respire un caractère de courtoisie sentimentale digne des cours d'amour, et la devise Sans mal penser convient plus particulièrement aux individus qui n'étaient pas bien certains de l'accueil qui serait fait à leurs dons, ou qui ne voulaient pas que l'on pût se méprendre sur leurs intentions. La locution Sans mal penser est fréquente dans les vieux récits où le cœur joue un rôle (3).

S° Plaisanteries sur la ressemblance des jetons avec les

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