‹ Histoire du journal en France 1631-1853Chapitre 4 sur 14 · SI · texte numérisé non relu

SI

I aris àtt leotenr qui termine le premier B8roér6' iprimè, une circonstance fortuite aurait avaneô* ixédxiion de ce projet.

Un mal ^ lequel à Ilmproviste A sujr^ns monrieur mon coiûste, M^a ieit en cette occasion.

Recourir à llmpression,

D^aâleurs, rigoureusement parlant , il nVait pas libre disposition de son œuvre. Ce n'était pas, d m veut, par ordre qu'il écrivait; mais quand il !ait commeneé cette oitreprise , c'était uniquement >nr mademoiselle de Longueville, qui Ten avait ié , et qui le payait pour cela. Prodiguer à tout vemt un divertiss^nent d<mt elle eût pu revendiquer i privilège exclusif, c'eût été en amoindrir le prix , i s'exposer à perdre dans l'esprit de sa bienfaitrice, .ussi a-t-il bien soin d'ajoi^er :

* Mais sache , lecteur débonnaire, Encorque des mains du rimeur Cette gazette épistolaire Passe en celles de rimprimeur, Qu^eUe n'en est pas plus commune ; Car, sans abus ni fraude aucune.

Il doit observer cette loi, De n*en tirer chaqile semaine Qu^me unique et seule douzaine , Tant pour mes amis que pour moi; Après cela point de copie , £n dùt-on avoir la pépie.

Mais la princesse de Longueville ne se montra )oint exclusive : elle ne pouvait, d'ailleurs, qu'être laitèe des succès de son protégé, et il était naturel qu'elle s'intéressât k la propagation de ces feuilles |ui, selon l'expression d'un bel esprit du temps, de Colletet , volant plus loin que les ailes de la Renom-

née, allaient, cliaqne semaine, porter ses lonangi jusqu'aux extrémités de TEurope.

Le succès de la Gazette burlesque fttt» en effet rapide et grand , car assure-t*on

Qu eUe avait passé le Bosphore , Et qu'on liûfaisût de rhonnear A la porte du Grand Seigneur.

Loret est lui*-mème étomié du bnitt qu'il Cût. il cette occasion, il se compare aux beaux esprits di temps , dont il cherche à caractériser le talent dan quelques vers que nous allons citer. On oomprendn que la rime et d'autres considérations aient influend ces appréciations, qui, pour la plupart, sont loii d Voir été ratifiées par la postérité. Mais ce pas* sage n*en est pas moins curiôux soiis beaucoup d< rapports.

Pour dire rrai , ces miens ouvrages

Sont cent fois jÂus heureux que sages ,

Et , certes , Ton voit dans Paris i

Des régiments de beaux esprits

Dont les conceptions et rimes

Sont infiniment plus sublimes ,.

Et dont le mérite éclatant

Ne fait pas tant de bruit pourtant.

Je suis de la dernière classe ,

Je n'en vois point qui ne me passe;

Leurs vers me ravissent le cœur

Mieux que la plus douce liqueur v

Quand je les lis, je les admire y

Et voici ce qu'on en peut dire :

Ceux de Chapelain sont brillants; .

Ceux de Benserade galants;

Ceux de Saint>Amand admirâmes v

Ceux de Commlle incomparables;

Ceux de Du Ryer sont merveilleux ;

Ceux de Godeau miraculeux;

Ceux du sieur Gombauld sont augustes ;

Ceux de JBoîs-Robert aets 6t justes ; Oeux de QuiDet forts et piquants; Ceux de CoUetet élégants.

Scarroir n'est point en cette ville , Hais , au rapport de plus de mille , Cncor qu'un peu malicieux , Ses vers sont très facétieux.

Ceux du sieur Ménage sont rares ; Ceux de Sandricourt sont barbares ; £eux de Scudéry sont charmants ^ 'Aussi bien que ses beaux romans ; Ceux de Neuf-Germain sont grotesques ; - Ceux de Dassoucy sont burlesques ; Ceux de Marigny sont cru^> Ceux de Tristan sont immortels ; Ceux d'un tel sont mélancoliques ; Ceiix deSegraissottt héroïques; Les miens sont naïfs , et rien plus^. .

Lies critiques ne manquèrent point à Loret, eîMiime bien onâe pense. Sa tâche était devenue plus dif* icile à mesure que le cercle de ses auditeurs si^tâil igrandk

Le métier qu'il faut que je fasse

Bien plus qu'autrefois m'embarrasQ?.

4}uelques beaux esprits modérés.

Souhaitent qulls soient (mes vers) tempérés ;

D'autres veulent que la Gazette

Sente un peu l'épine-vinette.

Mais ces miens vers, quand ils sont lels^

Me font des ennemis mortels.

DVdleurs , ma riipe n*e8t point bolme

Quand je n'égratigne personne.

Bref, mes vers, tant ici qu'aux champs.

Sont méchants s'ils ne sont méchants.

Voyez quelle est mon infortune!

Si je pique un peu, j'importune,

Et, lorsque je ne pique pas.

Mes vers sont froids et ma appa#.

HaSs queles foiu on qua las sages Passait la moue à mes oarrages , Js mépriserai leur mépris, Pourvu que ces petits écrits Soient biens reçus de Votre Àttesse...

Loret aYdt des proteetenrs asaes paiseants pi qu*U lui fût aisé de mépriser les critiqees , et méi les menaces que Ton y joignait quelquefois. Ha» arriva qu^in Jour il se trouva en face d*nn «me aveo lequel II ne faisait pas bon plaisanter. Quelqn membres du parlement, indignés qu'un gazetierji osé parler d^eux

Dans ses pauvres petits ouvrages,

ameutèrent contre lui la turbulente assemblée, oette fois la critique faillit se formuler en un bel bon arrêt.

Suelques uns , voyant de travers les malheureux et pauvres vers , Et les tournant à oonséquence, princesse! on m*a taii défense D'écrire politiquement , m de railler aucunement.

On nomme sanglante critique Von innocente rhétorique , Et plusieurs trûtent d'attentat Le zèle que j*aî pour l*Etat.

Qttoiijue j'aie râîne assez bonne Et pomt de fiel contre personne»

Quelques messieurs du Parlement N'aiment pas mon raisonnement.

Si que, crûgnant , ea ce rencontre»

Que Ton me donne un arrêt contre

iCar ces messieurs sont absolus) , e ne raisonnerai donc plus Sur rétat présent des aÉaîres , Pournlrriter tels adversaires;

re& parJenâ tout 8implem«it , PoQîr obéir au Parianent ; Maïs aoflsi , mes tristes gszattas Ne seront ^us que des sornettes,..

Quoi qu^il en soit , et malgré des imperfections |tte rendent excusables le siècle où vivait Tauteur et a nomreanté de Fentreprise , la Gazette burlesque^ imèe généralement avec une grande facilité, quelpiefois même avec verve et entrain, est prédeuse à jonsolter pour une foule de faits particuliers , dhisa* les , d^anecdotes , etc. On était en pleine Fronde [uand Loret commença à écrire, et la mobilité des tommes et des choses se reflète dans ses vers, qui, Ils D*ont point conservé jusqu'à nos jours la grAce le la nouveauté, comme le leur promettait un coar emporain , sont encore lus avpc plaisir. Citons quelines traits : ^

Lysis ne sait qud parti prendre.

Tant il a peur de se méprendre.

Madame k Fronde et la Cour Attirent son cœur tour à tour»

Aujourd'hui Tune le possède; Une heure après Tautre Fobsède ; 11 est entre deux suspendu , Et , n*étant gagné ni perdu , U dit à l'une :-*- Allés an peaiitre !

Puis il en dit autant à l'autre.

Al^ule il dit : -« Je S1Û8 à vous; A Fautreil dit : — IJnissonMioas.

On lui fait harangue : il écoute, 11 conteste , U balance, il doute , Il voHlemal, il vdt labien; Hais enfin U ne résout rien.

Quelques partisans de Corintfae; Qid pour k Cour sont pleins d*a|iilolbt.

Et tout pldn de pel^t frondeurs , Jnsqiia même 4 des ravandeum 9

— Se- Avec une ardeur sans seconde Lm parlent pour dame la Fronde.

D'autres , vrais serviteurs du roi, .

Gens de probité, gens de foi , Le sollicitent pour la rôine, Qui de nous tous est souveraine. ,

Comment se démêlera-tr-tf D'un labyrinthe si Bubtd?

Et que f audra-Vil qu'tt ^ponde ?

SenU-il Cour? sera-t-U Fronde?

Je n'en sais rien , foi de Normaaa .

Et si je disais autrement , , Mon audace seraût extrême , Car il ne le sait pas lùi-môme.

Loret tfaimait point la Fronde; aussi ne laisse-l^ èchapper'aucune occasion de s'en moquer.

Ce leur, par étrange manie, ''De Paris la tourbe mfinie , Suivant un ordre tout nouveau , Mit 4ie lapaille à son chapeau.

Si sans paille on voyait un ^?^^' , Chacun CTiait : - ttueron l assomme!

^ar c'est un chien de Mazann.

^VLm avec seulement un brin , fiût-on quelque bourse coupée , £ût-on ^ré cent fois l'épée , CûV-on donné cent coups mortels , Eût-on paie deux miUe autels , EûVon forcé (ânquante grille»

^MxM qualre cents filles • QaiK>ttvaH, avec sûreté , Marcher par toute la cité , EnlaqaeMevTaiUe^uevaiHe,

Tottsétalen* lors des gens de paUle.

M^Eariti pr end-a la f ui^e , taris ^^à^^}}^Ti^.

bomîSis, rentiers el P<>P^^f .«^^nf des \^Z» t ftV Vtw volumes ne lui suffiraient pas I

roolail enregistrer tous les sots pro|>os débités en cette occasion f

Où Ton remarqua mûnt courtaud Qui tournait le visage en haut, Croyant qu'après cette sortie L*aloaette, toute rôtie, .

Lui tomberait dedans le bec.

LUdlcl-de-VilIe tire le canon d'allégresse, 'et le Parlement poursuit Tlilminence

A grands coups .d*arréts sur arrêts.

Mais apprend-on

Que ledit Jtiles fût voyage A la cour en grand équipage, ' Alors messieurs du Parlement Parlent, dit-on, plus doucement...

Tel qui disait : Faut qu'on Tassomme , Dit à présent qu'il est bonhomme { Tel qui disaille Mascarin, Avec un Ion de révérence.

Dit maintenant : Son Eminence...

les Ames foibles et vaines !

les firagilîtés humaines !

A peine le cardinal est-il rentré dans Paris , que I*Hôtel-de-ViIle s^empresse de le.féter«

Aujourd'hui, dans l^Hétekle-Ville, D'une façon toute civile , Les consuls et les éche vins, Avec quantité de bons vins .

El des poissons en abondance , " On fait un banquet d*importance El qui coûte maint bon florin A montteiir Jules Mazarin.

Lequel toute la compagnie Reçut avec joie infinie.

Outre les metsdélldeaz Qni délectaieni même les yeoz.

On jMa dttfdal 4e la langue

Car onlm fit mainte haraiigae.

Maint beau discoun et compliment, i

Qui rélerûent an firmament. |

Quoique pensionnaire de lli6tel de LongneTÎlIe, Loret, en homme prévoyant on déjà intéreBsé^ resta fidèle an parti de la eonr, tout en ménageant le parti des princes, qnll a toujours soin de séparer de celui de la Fronde. Cela ne Tempédie paade se moquer des courtisans, qui , à tout propos ^

Jurent mort ! ventre ! sang ! ou tête !

Car leoourtîsan se croit béte Et ne saveur paa son métier SU ne jureoomnie un cbartier»

Il ne craint point de blâmer la reine de eéder à laj nécessité de se faire des créattures par des^ promotions inconsidérées qui.

Rendant lliennine Plus commune que Tétamine ,

déconsidèrent les plus hautes dignités.

D'ailleurs, comme tous les hommes sensés, Loret déplorait sincèrement les maux que la discorde clvr lé avait attirés sur la France; car, dit-il, en s'adressent aux Espagnols :

Si les Français ont du dessous , Si vous avez barres sur no«is.

Si nos pertes sont infinies.

Remerciez-en nos mantes.

Et wû noires dissensions Que fomentent vos pensions.

Plus d*uné fois le lableeu ûeà mms.

Dont le pauvre Etat est la proie ttsnt glacer sa verve,^ hû arracher des imprécations oontro

Im nuriios aMftjHrs 4e la gu«nn9. ,

Il gémit

De voir la difloerdeci^e

Régner dans cette grande ville

Qui jadis étailt un s^our

De paix , d'abondance et d'amour. ••

Une i411e enfin sana seconde ,

Eif ivref , la merveiUe du monde.

Vaiateo^tflOBlKMihe^ &ît flux,

fia 00 la connaît presque plus ;

Sa ^lendenr est qi]aà terme ;

La liberté s'en voit banme ,

Et Ton peut dire avec raison

Qu'elle est uns grande prison

D'où n*ose plus 8<»1îr personne j

NoA pts erâlement pour Charotme ,

BagBolet^ Saint4;ioud, Saint^tai^,

Et mille autres lieux infinis.

Où , les fêtes et les dîmancbes ,

Les boui^eois, les mains sur les baiiûbes.

Allaient humer un air nouvetau,

Quand le temps était cMr et beau.

Et il ajoQte :

Depuis trob ou quatre ans |e prône Que le peu d^amour pour le trdne Pourrait on jour, dans la dté , Causer grande perplexité ; Mats j*ai beau prier qu'on meçroye, Je suis la Cassandre de Troye, Qui de l<Hn les choses voyait»

Et jamais on ne la croyait.

Quoi qall en soit, lorsque la paix tut eonsolidée, Loret put, sans chanter la patinocfie, célébrer la gloire et les bienfaits du nouveau règne. Alésai

Ses vens ne sonnaient pas trop ma) Dans le domidle royal ;

Le roi , la reine et Imminence Leur donnûent parfois audience ^

et, ce qui yalaii mieux: pour le poète, lui accordaicn de temps à autre des ^tifieations qui toujours étaien les bienvenues :

Car, jouant tant que le jour luit i Et bien souvent toute là nuit,

Loret était toujouns à see, malgré les gralîficatioa de la cour, malgré le produit de ses gazettes ef Tes pensions que lui faisaient plusieurs grands seigneurs. Au moins peut-on dire à sa gloire qu^il ne se montra point ingrat. Quand Fouquet , qui était Tarn de ses bienfaiteurs , fut enfermé à la Bastille , Loret eut le courage de le plaindre et de manifester hautement le désir de le Toir triompher de ses ennemis. Golbert, irrité de Taudace du pauvre gazcftier, le raya du rôle des pensions»

La politique nVcupait pas exclusivement los co* lonnes de Loret ; les naissances , les mariages , les morts illustres, les mille petits événements de la cour et de la ville , les anecdotes comiques ou seaàdaieuses, tout était de son domaine. Il n'oubliait pas noo plus les institutions utiles. Nous liscms dans la lettre du Î6 août 1653: .

On va bientôt mettre en pratique y Pour la commodité publique, Un certain établissement

2 lais cW pour Paris seulement) bottes nombreuses et drues Aux petites et grandes rues , Où , par soi-même ou east laquais »

On pouira porter des paquets, Et dedans , à toute heure , mettre Avis, billet, missive ou lettre.

Que des gens commis pour cela

Infflteherdiet et prendre là.

Pour d'une diligence habile Les porter par toute la ville . . • Ceux qui n*ônt suivants ni suivantes »

Ni devàlets, ni de servantes y Ayant des amis loin iogé8> Sercmt ainsi fort soulagés.

Outre plus , je dis et j'annonce Qu'en cas qu'il faille avoir réponse , un Faura pair même moyen. , £tsi Ton vrat savoir combien Coûtera le port d'une lettriO ( Cbose quil ne faut pas omettre ) , Afin que nul ne soit trompé, Ce ne sera qu'un sou tapé.*

Enfin Y il ne se passait rien de remarquable à Pa-* ris ou dans le reste de la France qu'il ne le décrivit H naïvement et agréablement. Et ce qui est de plus & louer, ajoute son éditeur, quoique les sujets soient laelqnefois assez fecétieux d'eux-mêmes, et semblent lut donner une certaine liberté de parler, il s^est tellement réglé, que l'on n'y voit point de paroles licen* ôeoses, ni de mots à deux-entendre qui puissent of* Tenser la pudeur des dames et des plus sévères esprits. 9 Ajoutons la pudeur des dames du dix-septième siècle ; car, quelque circonspect que dût étro Uret dans on ouvrage adressé à une femme, on ne laisse pas que de rencontrer de temps à autre des pièces graveleuses, qui effaroucheraient légèrement la pudeur de notre siècle collet-monté.

Le français dans les mots bravait rhonnéteté,

I^ous en citerons une seule, qui achèvera de montrer le genre de Tauteur et le goût de l'époque :

L'antre jour, une demoiselle, Jeune, aimable , charmante et belle,

Non saiiB M foîne m pw d» mil»

En chasiant tomba de di«¥al«

Et Zéphir, la prenant pour Flore ,

HormiB qu'elle est plus fraîche encore.

Lui souleva, quand die chut,

Chemise et cotillon, Maisohut!

Je suis si simple et d modeste ,

Que j'ai peine à dire le reste^

On ne vit qu un beau cul pourtant «

Adnûrabiemeiit édataat.

Et dont la blancheur sans pareille

Des autres culs est la merrôUa,

Cul royal et des plus polis.

Puisqu'il est tout semé de lia ;

Cul qui, cette fois , sans obstacle.

Fit voir un prodige ou miracle :

Car c'est la pure vérité

Que, dans un des chauds jours d'été ,

Quand il fit ce plaisant parterre,

On vit delà neijge sur terre.

Plusieurs, se trouvant vis-^-vis.

De cet objet furent ravis ,

te nommant, en cette aventure,"

Un chef-d'œuvrede la nature ;

Et même un auteur incertain

Composa ce joli huitain :

Trésor caché , beauté jumelle ,

Brillant séjour de l'embonpoint ,

Ta splendeur a paru si belle

Et mit ta gloire à si haut point,

Quil faut qulncessamment l'on prône ,

cul qui les dieux charmmiit.

Que, si tu n'es digne du trône ,

Tu l'es an moms du tabouret.

Les feuilles dé Loret paraissaient à peu près ré<piliërement tous les samedis. Les quinze années de |sa publication furent réunies en trois volumes in-folio, jBPUS le ^\Tp de Mfufç fU^tpfi^ue. « Ce n'est point par

lépris, a soîA'de noms dire sim éditéurv que le nom fi Gazette fut quitté. Ce fie fut que pour le laisser m relations faites en prose, au Heu que, lés siennes tant en vers , on se doit bien imaginer qu^eiies fa« ent débitées par Tune des muses, et même par celle ^ a llntendance de Iliisimre^ puisqu'elles nous fou^ issent des mémoires joursaiiert où toute l'histoire ia temps est «sompriae. »

En 1679 parut un nouveau recueil , qui était ap«/ lelé à une grande vogue et à une longue destinée, .fous voulons parler du Mercure galant^ créé par Doneau de Vizé. C'était une sorte àe journal com-^ Uet et uniferseL Nouvelles, promotions et nomina* Ions, baptêmes, mariages et morts, spectacles, hisoires galantes, médailles, réceptions aux académies, )Iaidoyers, sermons, arrêts, petites pièces de poésiOf bigmes illustrées,' chansons, musique, dissertations laelquefob savantes et quelquefois enjouées, tout y entra, tout y trouva place.

Hâs laissons Tauteur nous exposer lui-même le (lan qull s'était proposé.

« Je vous écrirai tous les huit jours une fois, et tous ferai un long et curieux détail de tout ce que r&urai appris pendant la semaine. Je vous manderai des choses que les gazettes ne vous apprendraient point, ou du moins qu'elles ne vous feraient pas sa^ Toir avec tant de particularités* Les moindres chosea

Îii se passeront ici n'échapperont point à ma plume. 01IS saurez les mariages et les morts de conséquentce, avec des circonstances qyi pourront quelq^efoia vous dopner d^s plaisirs qu^ cf s sortes d^ npuveU^i n'ont pas d'ehes-m^mçç. h ^c)ierai de développer

k vMCé des belles âcdons de ceux dont la valeur 4 fera remarquer dans les armées, et vous éclaireri souvent des choses dont la renommée est toujonil mal instruite, parce que elle n^attend jamais ponf partir qu'elles soient [bien éclairdes, et que les pramiers bruits qu'elle sème ne sont que rarement vérir tables... Gomme on entend dé temps en temps parler de procès si extraordinaires et si remplis d'avea* tures, que les romans les plus surprenants n'ont rien qui en approche , je ne manquerai pas de vous eo divertir çt de vous en mander les véritables circonstances , qui ne sont jamais bien sues que de ceux qui se donnent la peine de les rechercher avec soin.

» Je vous enverrai toutes les pièces galantes qui auront de la réputation , comme sonnets , madrigaux et autres ouvrages semblables. Je vous manderaile jugement qu'on fera de toutes les comédies nouvelles et de tous les livres de galanterie qui s'imprimeront.

» J'espère vous écrire souvent quelques' aventures nouvelles en forme d'histoire. Paris est assez grand pour m'en fournir, et il y arrive chaque jour des choses assez considérables et extraordinaires... / J'iyouterai à toutes ces choses toutes les nouvelles des ruelles les plus galantes, et vous manderai jusques aux modes nouvelles. On est ravi en province de les apprendre, et, de tout ce que l'on y peut mander, rien n'y est souhaité avec plus de passion. Vous croyez bien que les coquettes de Paris me fourniront assez de quoi vous écrire sur ce sujet, et que toutes les choses que je viens de promettre me fourniront séparément de quoi vous entretenir d'un nombre infini de nouvelles. Je ne vous en manderai pas beaucoup d'étrangères ni d'état, et je vous parlerai seulement de ces grandes nouvelles publi-

|0e8 dont s'entretiennent ceux même qui n^ foiit pas profession d'en savoir. Gomme il n'y a pas dç QOuvdJe si publique qui n'ait quelque chose de par^ ticuUer et qui n'est pas su de tout le monde ., je voiis informerai de ce qu'en croiront ceux qui doivent être les mieux inforihës.

» Si je puis venir à bont de mon dessein, et qq^ vous conserviez mes lettres , elles pourront dans Ta* venir servir de mémoires aux curieux, et l'on y trojt» vera beaucoup de choses qui ne pourraient se rencontrer ailleurs, à cause de la diversité des matières dont elles sont remplies. »

De Yizé avait le sentiment de son œuvre , et aujourd'hui encore la collection du Mercure est consul* tâe avec plaisir et avec fruit. Son plan n'était pas 4r« réprochable assurément^ mais il était nouveau et rfSi* alisait un progrès. Il n'existait alors que des recueils scientifiques et littéraires, qui ne s'adressaient qu'4 une classe privilégiée : do Yizé voulut faire un jouxnal qui convint & tout le monde ; il comprit que là était le succès, et ses calculs no furent point trom* pés: car, malgré le jugement un peu brutal de la Bruyère et les plaisanteries de Boursault, malgré même les épigrammes de Boileau et les mille obs^^ des que lui suscita l'envie , il continua son œuvre avec un succès toujours croissant jusqu'à la fin de sa carrière.

Pendant les cinq ou six premières années, le Jfefv tare galant ne parut que d'une manière très irrégu* Itère, de Yizé étant empêché par des mijadies ou par des affaires. Mais, à partir de 1678 , il parut Fégalièrement tous les mois, en un volume in4â , de trois à quatre cents pages, qui se vendait trois livres. Il était rédigé sous la forme d'une lettre , dans laquelle venaient s'enchâsser, d'une manière toujours nouvelle, toujours heureuseï les faits, les récits, les hii-

lorieUes, les poteies^ en m mot tout ce qfiâ eom posait le bagage ordinaire dn Mmsure. C'était, $k grand, le Courrier de Parie, et le Courrier de^ Mmaine^ de quelques feniUes hebdomadaires.

L*€BaTre de de Vizé fîit conliniiée par RWîère Du fresny» qui lui imprima un nouvel élan. Ce n*eÉl pourtant pas que ce dernier manquât non plus de dôtracteurs. Rousseau, surtout, lui fit une guerre acha^ nôe(i).

Des mains de Dufresny, le Mercure galant passa dans celles de Lefèvre de F<mtenay, qui en changes le titre, et l'appela Mercure de France,* et il parvint, après bien des Tidssitndes, jusqu'à son 667« numéro, qui parut en janvier 1815 (î). Le Meroire avait acquis pendant la révolution une certaine impo> tance , qu'il dut surtout à sa rédaction politique. Pa^

(1) Bafretny i^tntdomié, dans «m premier Doméro^ki opois rimés de /renie, puirante, etc., Roussea» les remplit d une manière fort plaisante ; la pièce, qull adressa à Daireany, se terminait par ces deux vers :

A la vieille Babet je le ferais pour rien.

Pourra qne je te Tisse étrillé comme un cbien» '-

Cette vieille Babet était une bouquetière qu'on avaît loDfr temps nommée la Belle Bouquetière, et à laquelle sa beauté avait attiré autrefois des chalands de plus d'une euièee.

Dufiresny, du reste, ne ftt pas fortune au Mercure. Endetté de 30 pistoles euTers sa bUnchisseuse, il TépoUsa pour s'8^ quitter. Pawreié n'est pa$ viee^ lui disait un jour on de s» amis. C'est kien pis^ répondit le poète. Au reste, il faat cosyenir que la sienne était la suite de sa mauvaise conduite; il n*atait pas plutôt un ducat qu'il le dépensait. Voltaire t dit atec raison :

Et Bufresny, pins sage et moins dissipateur.

Ne fût pas mort de ûdm , digne mort d'un autenr*

(2) Une réunion d'hommes de lettres, sous la direetîoa ê» M. Roquefort, tenta de ressusciter le Meremre en 1819, mais elle ne donna que dix-neuf numéros. De 1832 à la fin del$9S parut im Mercure dnXlX^ siéele, fondé par des écrlyains libén«z. et iigaé par M. Tissot.

li la oéiéiirités littéraires qui ont concouru an sno* es de oette publication , dont la lecture a fait si lonf^ emps lu passe^emps le plus a{[réable de la cour et le la YÎUe, et qui n'est pas, d'ailleurs, sans qttdqu« ■portaaee historique , nous nous bornerons à dtw ianneiilei,la Harpe, Mallet du Pan, Geoffirofi Ihamfort, Ginguené, Lacretelle, Fontanes, Mo* ellet, Gbftteaubriand, Fiévée, Àmaury Duval, etc.

Ce n^est qu'à la fin du diz-hnitième siècle, quél>^ pies années seulement avant la révolution, que pa^ ut le premier journal quotidien , qui fut le Journal le Parie. La publication en fut commencée le f*' snvier 1777. Un article sur VAlmahachdesnuuee^ ue lettre de Voltaire, une annonce de librairie, trois )a quatre JFaits administratifs et judiciaires, deuxévélemenis, on bon mot et Tannonce des specitacles, font les fraits du premier numéro, qui se termine pat cet avis : -— « Nous avons annoncé , dans le ]^o* sp^ctns de ce journal , quo la feuille , paraissant tous les jours, ne serait que de quatre pages in-8^. Si <H>us ne consultions que les difficultés inséparables âTane entreprise de cette nature , si nous n'étions pas nmvaincos que le temps lui donnera le degré de p^- Section dont elle est susceptible..., nous aurions prescrit à notre tâche ces bornes étroites. Mais nous Qoosassiqettissons, dès ce jour, au format in*4^; ftH double nos frais, il nous assure les moyens de reniplir plus strictement nos engagements envers le

public » Ornn-4<»de cette époque n'était pas

toat & fût si grand que iln-8* actuel , et un numéro du Journal de Paris serait fort à Taise dans une eo» lonoe d\ui de nos grands journaux. L'abonnement n'en coûtait pas moins M livres pour Paris ., et ^

liv. 4 sous pour la province. Anssi la spéettladon fol elle heureuse, ei proeara, dit-on, jusqu^à 100,001 francs de bénéfice par an. Pour qui a feuilleté ki premières années de cette feuille insipide, qui devai rester étrangère à toute question politique, qui ai pouvait même donner des nouvelles de la conr, sM succès est un de& témoignages les plus éclatants di nnnocence de nos pères.

La Gazette de France^ le Mercure et le Journà 4$ Paris, forment à peu près tout le bilan de U presse en France avant la révolution. Après en léuilles, on n*a guère à nommer que les Annales pit^ Utiques et littéraires^ de Linguet; V Esprit des jow\ naux et VEsprit des Gazettes, deux recueils meiiH 9uels ; le Journal du Lycée de Londres^ par Brissoi-j Warville, le Journal historique et politique, foQ(U 4 Genève par Mallet du Pan, et quelques autres qui se produisirent à Toccasion des assemblées desnodblés, mais qui n'eurent qu'une existence éphémère » telles que le Journal ecclésiastique ^ de Tabbé Bar^ ruel; la Sentinelle du Peuple^ par Mondesèveet Volney; le Journal général de l'Europe, par l^brun et Smith, et le Hérault de la Nation, ou b Précurseur de tous les journaux j par Magoancourtr

Pour tout dire , nous devons jouter que la sévé* lité do la censure donna lieu , à plusieurs reprises, à rémission de gazettes manusorites connues sous le oom de Nouvelles à la main^ chroniques scandaleuses plutôt que politiques, qui ne laissèrent pourtant pas que d'inquiéter plus d'une fois le pouvoir' Les feuilles de ce genre qui eurent le plus de vogoe furent celles qui émanaient d'un cercle de nouveUisles qui se tenait chez madame Doublet, et dont les principaux membres étaient Tabbé Legendre, Piroj)t

deux frères La Cume Sainte-Palaye, Mirabeau, Iconet, Voisenon, etc., et Bachaumont , sous le m duquel on a publié des Mémoires secrets, dont ! principaux matériaux ont été pris dans les nou- Lies , anecdotes et jugements, recueillis jour par ir à la paroisse^ comme on nommait le salon de adame Doublet.

Tels furent les faibles commencements de la pres- \ périodique , de cette puissance qui devait bientôt rcer toutes les autres puissances à compter avec le. c< C'est que la liberté de la presse n'était pas icore passée dans le journal en ce temps-l& ; c'est Q^en ce temps^là il y avait le plus puissant , le plus npérieux , le plus sceptique , le plus moqueur, le lus démolisseur, le plus français des journaux , la oVrespondance de Voltaire ; c'est que le style du oumal , cette improvisation de toutes les minutes , ("'était pas encore arrêté ; c'est que la vocation n'é- >as comprise; c'est que l'opposition au pouvoir, cette condition première de la presse , n'était pas dans le ioumal : elle était dans les livres, elle était dans VEncyclopédie^ aux discours de/.-J. Rousseau, aux tragédies de Voltaire ; elle était partout, excepté au journal. » '^

U PRESSE PEROART iA RÉVOLUTION

Son rapide et pTodi|[ieaz déTeloppement. — Sa licence, ses ezcentncités. Curieuse statistique.

Ainsi, josqu^en 17B9, la presse était demeurée à Tëtat d'enfance, s'ignorant elle-même, sans force ni caractère. Mais son temps était venu : elle allait éclater tout à coup comme un feu souterrain qui a rompu ses digues, et son explosion devait ébranler la vieille Europe jusque dans ses fondements; déjà si fortement sapés par la philosophie du dix-huitième siècle- Une génération nouvelle avait été enfantée parles encyclopédistes , génération enthousiaste , inquiétai impatiente de mettre la main aux affaires publiques, travaillée d'ailleurs par ces esprits hasardeux , ces ftmes irritées, qui se rencontrent au débat de toute révolution.

L'ardeur des esprits s'exhala d'abord dans des milliers de brochures , où étaient agitées, aveçuoe extrême vivacité , les questions qu'avait soulevées l'approche des états généraux, questions brûlâmes qui remuaient toutes les passions , toutes les fibres populaires. Mais à peine les états généraux furent ils réunis , qu'une foule de journaux surgirent comme par enchantement, ceux-ci pour enregistrer, ceux-là pour disciUer les actes de cette assemblée qui tenait l'Europe &ûXière suspendue à ses débats.

— IM

Dès le 2 mai , Mirabeau Falaé commença la pabUeatioQ de ses Lettres â ees Commettants^ proie* gomënes du Courrier de Provence. Ce fut comme le signal de la mêlée, je dirais presque de la course, car ce qui se passa alors réveille involontairement en moi ndée d'une course au clocher. Seulement le but n*ètait pas le même pour tous; chaque concurrent avait son clocher qu'il poursuivait à tort et à travers, renversait , brisant tout sur son passage , jusqu'à ce que Hudeine lui manquât, ou qu'il se brisât contie nne force supérieure.

k la suite du Courrier de Provence -sq lancèrent, et à quelques jours d'intervalle :

Le Journal des Etats Généraux, par Lehodey;

Le Bulletin des Séances des Etats Généraux , par Maret , depuis duc de Bassano ;

Le Point du Jour, ou Recueil de ce qui s'est passé la veille â l'Assemilée Nationale, par Barère;

Les EvangélistesJu Jour^ par Dulaure ;

Le Patriote français, par Brissot ; épigraphe : « Une gazette libre Bst une sentmelle avancée qui veille sans cesse pour le peuple. »

Le Courrier de Versailles à Paris, etc., par Corsas;

Les Révolutions de Paris, par Prudhomme, Loustalot et Tonmon , avec leur enseigne si hardie 6t si fiunense : <c Les grands ne nous paraissent grands que parce que nous «(Moames à genoux... LevcmsHiousl » (1)

(1) Voici comment Pmdhomme jageait la réTolntion: c Le |»bilo8oph6 qui embrasse PoniTers, qui Toit les à^es se SMcéder, les empires se former, s'étendre, se détruire et s'écraser les uns les autres , et de leurs ruines de nouyeauz

Les Annales de la Rétfolution , par Bavard, qoi devinrent ensuite le Journal de la Municipalité et des Districts de Paris ;

\jOhservateur, par Feydel , qui avait pris cette èpi^phe : « La publicité est la sauvegarde du peuple » ;

La Chronique de Paris, par Gondorcet, Rabam* Saint-Etienne, Ducos, etc.;

Le Journal des Débats et Décrets , par Barère et Louvet ;

Le Puhliciste parisien ,\o\rrùB\.\\bTe et irapartiali par Marat, l'ami da peuple, qualification qui devint, dès le siûème numéro, le titre principal de cette feuille fomeuse, qui cachait le poison sous cette belle devise : Vitean impendere vero ;

Le Journal général de la Cour et de la V^Cj plus connu sous le nom du Petit-Gaathier ;

Les Actes des Apôtres ^ pot-pourri eu vers eteo prose, auquel fut opposé le Disciple des Apôtres;

Le Journal universel^ ou Révolutions des Ao/aum««, parÂudoin;

« Le Journal delà Ville et des Provinces , par Fodtanes;

Les Annales pairiotiqueÀet littéraires , par Carra et Mercier, Fauteur du TtMeau de Paris j

Les "Révobuions de France et de Braiantj pflf Camille Desmoulins;

La Gazette nationale , ou le Moniteur unitfersd, dont le premier numéro parut le 24 novembre 1789;

empires se former encore pour être détmits, s^arrête sn» étosnemeut sur la révolatiou présente, occasionnée en 8|^ parence par la mauTaise politique des princes et des ministres, mais en effet par Tordre immuable de la Providence , qui êemble avoir placé la stabilité du monde dana ses vidi' Mtudei, » Parole aussi profonde qu'elle est éloquente.

UOntieur du Peuple , par Frèron ;

La Gazette univereeUe, ou Papier- nou^etteê de 9Uê leapajre et de tous 'les Jours , par Cerisier ;

Le Mercure national^ par Garray Toarnon, Ke^. atio^ete.;

La Chronique du Manège^ dans le genre des Ac es des Apôtres , par Marchand ^ auteur de la Gon« dilution en vaudevilles ; •

\^ Assemblée Natiofude, par Perlet.

Nous ne citons que les plus marquantes parmi les feuilles que vit édore cette première année de la liberté, car, à les bien compter, on en trouverait plus ie cent cinquante.

L*année suivante ne fut guère moins féconde; cent quarante feuilles nouvelles vinrent disputer le terrain à celles de Tannée précédente qui avaient surréen. Dans ce nombre , nous citerons :

La Bouche de Fer, par Tabbé Faucbet , qui avait pris ce vers pour épigraphe :

Tu r^re eloquio populos, o Galle , momento.

VAmi du Roi, par Royou et Montjoie ;

Ij^Ami des Citorens^ par Debrière;

\^ Journal de Louis XVI et de son peuple, ou le Défaueur de l'autel, du tréne et de la patrie ;

Le Journal de la Société <& 1 789 , par Condor* cet, Dupont de Nemours, Pastoret, André Ché-nier, etc.;

^ Le Journal de la Société des Amis de la Constitua f Mm , par Choderlos Laclos ;

La Feuille çillageoise, par Cerutti, Rabaot Saint- Etienne , GrouvcUe et Ginguenè.

On compta encore quatre-vingt-cinq feuilles nou* veUes en 1191 ; on n'en compU plus que soixante en

1793 , et environ einqnante en 1793 y quarante en

1794 , trente-cinq en 1795 , et aatànt en 1 796. II j eut une sorte de recmdescence en 1797 : le nombi^ des nonyelles publications périodiques èclofles peo^ dant cette année s'éleva à quatre-vingt-cinq a&virot. Mus en 1798 , il ne fut plus que de dix-sept. L'année 1799 en vit naître vingi^îx , et rannèe 1800, sept seulement. Pendant les années suivantes, le mouvement de la presse fut tout à fait insignifiant*

Des journaux qui virent le jour de 1791 & ISOOt nous nous bornerons à citer :

La Feuille du Jour, par Parisot;

La Chronique wUveraette | par Gondorcel et Thomas Payne ;

La Chronique du Moiê, par Claviére ;

Le Bulletin des Amie de la Vérité, publié parles Girondins;

La Triàune dee Pairiotee, par Camille Desmon* UnsetFréron;

Le Défenseur de la Conetituiion, par Robes* pierre;

Le Journal de la République française, pair Ma* rat;

Le Journal de FOpposition, par P.-F. Réat ;

La Quotidienne, dont le premier numéro parut le SS septembre 1792, et qui, ^usieurs Ibis pi^ crite , se eaelia successivenient sous les noins de Ta* NeaudeParia, ùeBulletin deParis, àeFeuUle.à Jour/

Le BéjmtEeain, Tun des plus àrdeàts et des plus infatigables atblétes de la révolution, qui, auppri* mé sous un nom^ renaissait sous un autre, et fit, pendant sept ans, une guerre acbarnée aux gouver* Hauts; : Le SowelUste, dont les principimx rédaeteon

rent Dupont de Nemours, Guizoti Lacretelle une, Baraûteet Morellet;

Le loumalde la Montagne^ organe du club des icobînS) par Lavaux., Thomas, Rousseau et au- •es ;

Le Vieux Cordelier, par Camille Desmoulins ;

Le Trîhun du Peuple, par Babeuf;

La Clef du CaBinet des Som^eraina, par Garât y 'onianes , Peuchet , etc. ;

Le Conserifateur^ par Garât, Daunou et Ghénier;

La Décade philosophique, Uttér aire et politique j )ar Say, Amaury DuvaU Ginguené, Ândrieux, etc. ;

Le Journal de la Liberté de la Presse^ par Ba** 3euf;

Le Mémorial historique^ politique et littéraire^ car la Harpe, YauxeUes et Fontanes.

Pour compléter cette liste des principaux organes de la presse de la révolution , nous devons rappeler la Gazette de France et le Journal de Paris , qui avaient changé de rédaction dès les premiers jours de la révolution, et enfin le Journal des Débats^ fondé par MM. Berlin frères en 1800, sur les ruines du Journal des Débats et Décrets y de Barére et Louvet.

On peut juger par cette courte nomenclature du mouvement de la presse pendant les premières années d^une lîbertiè qui avait bientôt dégénéré en //* hertinage, suivant Texpression de Malouet. Ce n^é* talent pas seulement , en effet , nos grandes assem* blées nationales, ce n^étaient pas seulement les non> breux partis qui s'y combattaient, les mille clubs ouverts dans tous les quartiers de Paris , qui avaient leurs organes; le premier venu se croyait en droit de dire 9pa mot sur les hommeç et sur les choses, eA

verta du principe ^e la souveraineté du peaple^ cîpe dont la conséquence immédiate élût que chi individu, chaque fraction du souverain, avait le de s'immiscer dans le règlement des affaires pi ^ues.

On comprend dès lors ce qui dut arriver. Poot faire entendre au milieu de ces mille voix qai aol citaient Toreille du peuple , il fallait crier plus f( que ses voisins , il fallait recourir à des moyens traordlnaires. Ce fut comme une lutte assez semblable à celle des saltimbanques sur un champ de foire* Tel faisait crier son journal à deux liards , tel autre le faisait placarder dans tous les carrefours , offrant ainsi un aliment gratuit aux passions dèchaîaées« Celui-ci cherchait un élément de succès dans la hiiarrerie d'un titre , celui-là dans Texcentricité ouméoe dans le cynisme de Texpression.

Et, sous ce rapport'là même, sous le rapport de h forme, le seul d'ailleurs dont nous nous soyons préoccupé dans ce travail , ce n'est pas une chose sans intérêt que l'étude de Ces huit cents joumaoi pu écrits périodiques éclos pendant les dernières asnées du dix-huitième siècle.

Le titre qui devait se présenter tout d^abord i celui qui songeait à mettre ses idées en circulation « c'est celui de Journal; aussi compta-t-on plus de cent feuilles baptisées de ce nom. Dans ce nomVK\i nous citerons , dans des genres divers :

Le Journedugjdisersel / — le Journai généi'oldt France/^^'le Journal de la Cour et de la VUle; — le Journal de la Ville et delà Province ^ — le Journal de la République; — le Journal de la Ré- ^ solution; — le Journal de la Confédération; -^le Journal de la Fédération générale; -— le Journal

iu Peuple français ; — le Journal du. Citoyen; — l6 Journal de la Compétition nationale; — le Jouf" nal des Décrets de l'Assemblée Nationale; — le humai des Séances du Corps Législatif; — le humai des Cluhs ou sociétés patriotiques ; — le humai des Débats de la Société des Amis de là Constitution; — le Journal de la Société «fe 1789 ; — le Journal de la Société des Amis de la Consti" tution monarchique ; — le Journal de la Société populaire et républicaine des Arts, séant au Lou^' vre; — le Journal des Amis; — le Journal des Amis de la Constitution ; — le Journal des Amis de la Paix et du Bonheur de la Nation ; — le Journal des Impartiaux; — le Journal des Jacobins ; — le humai des vrais Jacobins; — le Journal de la Montagne; — le Journal de l'Assemblée des Aris^ tocrates aux Capucins; — le Journal de la Com^' pognie des Arquebusiers roraux de la ville de Par ris sur la résolution actuelle (épigr. : Per tela, per ipies^; — le Journal des Hommes du ié juillet et du fojÀourg' Saint-Antoine; — le Journal des FoU'dateurs de la République; — le Journal des Dé-' fenseurs de la Liberté; — le Journal des Défen^ eeurs de la Patrie; — le Journal des Sans-Culot^ ^^jtdgnt Tépigraphe était : « Xes âmes des empe* feurs et ceiles dés savetiers sont jetées dans le même moule » ; — le Joûrriàl de la Liberté, par Montjftye; — le Journal de la Liberté de la Presse, par itlibenf; — le Journal de la Vérité; — le Journal d: l'Opposition , par P.-F. Real ; — le Journal des hroits de l'Homme , par Labenette ; — le Jourrud ks droits et des Devoirs de l'Homme dans les di^ W"* états dé la société; — le Journal de Louis XVI ^etdeson Peuple; — lei.. Journal royaliste; — le ^>fgal des Émigrés; — le Journal de la Noblesse^

de la MagiêtnUure, du Sacerdoce et du Mi (épigr. : Dieu et l'honneur) ; — le Journal du Soi ou le Petit Page (épigr. : Louis ! 6 mon roi i si la terre n'est-il que moi...* ) ; — le Journal électi rai/ — le Journal dea Fonctionnmres f — le/o nal des Communes/ — le Journal des Munieii Utée et Aasemhléee administrativee/ — Iç Jpur^ du Bonhomme Richard/ — le Journal du DiaSk-jj «— le Journal prophétique / . — le Journal des Bojnl^ et des Mauvais / — le Journal des Mécontentta ^ le Journal des Réclamations/ — le Joumaldes Ptt^ resseux, qui « donnait tout en peu de. mots »; *r:| 1q Journal des Incrorables, ou les Hommes,, à per rôle ^honneur/ — le Journal des Rieurs/ -^ )f , Journal Nouveau ^Journal en chansons «. vec cette épigraphe : Te, veniente die, te,, decedenUji c/metant»

Sous la même acception doivent se rangei; )98

Bulleiins r^azettes^T^uille&^AmfU^^.± Ç^WTques, etc., tels que le Bulletin général île la firancit

èt'de l'Europe/ — le Bulletin national/ — IfS^Bvlr

letin décadaire de la République française/ **- te

Bulletin de Paris/ — le BuUetin des Séemces de»

États Généraux/ — le Bulletin de l'Assemblée Néf

tionale, par Maret; — le Bulletin de l' Assemblé»

Nationale législative, puis de la Convention/ — te

Bulletin des Armées et delà Convention Ifatùmalet

journal du soir ; — le Bulletin du Tribunal Révob^

tionnaire/ — le BuUetin des Amis de la Vérité;

— \e Bulletin des Frères et Amis/ — le Bufletii^

iT Aujourd'hui / — le Bulletin du Soir/ — le Bul'

letin de la Semaine/ -^ le Bulletin des Bulletins^

La Gazette universelle/ — la Gazette ru^tionafe/^

— la Gazette officielle/ — la Gazette du Peitplei

»»hiJG€MXetiB du Jour/ — la Gazette de Parie/ -— 9>Sazens dee Cours de l'Europe, La Feuille du Bon Citoyen/ — la Feuille duSa>^ MpuhUej -^ la Feuille de Paris/ — la Feuille du Ar/ — la Feuille du Matin/ la Feuille Villa-^

'Xes Annaleê de France/ -^ les Annales de la Ré' ^obiiùn ^ — les Annales de la République française / — les Annales politiques et nationales/ — lea An* laleê p€itrumques et littéraires»

La Chronique nationale et étrangère, qai avait nsciii sur son drapeau cette sage maxime : « La iberté sans la raison est une arme funeste» ; — la Chronique de France/ — là Chronique de Paris, }a lé Spectateur moderne/ — - la Chronique du Mois^ ou les Cahiers peUriotiques / — la Chronique du Manège/ — la Cnronique scandaleuse,.

Nous classerons dana ce même genre les Cour^ riere. Postillons, Messager^, et autres dénomina« Uons analogues.

Mous avons déjà nommé le Courrier de Provence, par Mirabeau, et le Courrie r de Ver sailles^ par

Corsas. ""^"^ "

Nous ajouterons \ejCoumer de France et d^J^-iantj par Camille Desmoulinis ; -^Î^ÏToiot eais/ — ; le Courrier national/ — îe CourHérdea hépartements / — le Courrier d^Ai^ignon/ — le Coùnier de r Egalité,

Le Postillon de ^Assemblée nationale/ — le PostUlon de la Guerre^ ou Gazette générale de . f Europe/ — le Postillon de V Armée, du RuHetin général de la France et de l'Europe/ — le Postillon Al Soir, ou Courrier des Chambres/ -^ le Postillon de ULiberU , ou les Sifflets de Saim-Chud/ — h

Postillon de la Cour; — le Postillon de Henri — le Postillon extraordinaire , ou l^Premier rivé.

h^ Petite Poste de l'Assemblée nationale ; — Petite Poste de Paris, ou le Prompt Avertisseur ; la Petite Poste du Soir/ — la Poste du Jour.

Le Messager du Soir; — les Lettres persana^ ou Contes de la mère Boby; — Lettres du Junk français , par Marat , et vingt journaux sous le ti de Correspondance.^ entre autres : la Correspoi dance des Départements ; — la Correspondance dm Kations^ par une société des amis du genre humais^ | avec cette épigraphe : « La cocarde de la liberté a fait le tour du monde»; — {^Correspondance A p€dais'Rojral , par Morgan ; — la Correspondance patriotique , par Dupont de Nemours et autres ; — la Correspondance politique des véritables Amis du Roi et de la Patrie j par JPeltier, etc.

Il y eut encore un Point du Jour^ une Etoile àa. Matin, une Aurore /^\ aussi un Lendemain^ ou V Esprit des Feuilles de la Veille , dont Tépigrapbe résumait le programme : « Je cours toute la journée, je lis toute la soirée , j'écris toute la nuit pour le lendemain. »

Nous pourrions citer encore des Tribunes^ des Echos , — des Ayant-gardes , des Avant-eoweurs; •— des Sentinelles^ des Vedettes; — des Spectù" teurs, des Observateurs, entre autres VOoservor teur féminin, par madame de Verte- Allure ; — des Miroirs , des Tableaux; — des Fanaux, des Lanternes, etc.

A ces dénominations banales y d^autres publicistes avaient préféré un titre plus significatif, qui expri*

iftt nrieax leurs sentiments ou leurs sympathies, ious n^avoDs pas besoin de dire qu^il y eut un grand ombre de Patriotes : le patriotisme était la monftie courante de Tépoque ; seulement chacun Tcnendait à sa façon. L^ùn s^intitulait Patriote roya^ îste/ un autre , Patriote républicain , et un troî* ième , Patriote répohuionnairè. D'autres , au ombre de cinq ou six , se dirent tout simplement Patriotes fiançais ; mais comme si fou eût pu suseeter la purefé'des sentiments que couvrait cette en* eigne , quelques uns , à Tinstar de certains marhands' de denrées « se crurent dms la nécessité d'y jouter une épîthète qui répondit du bon aloi de leur tttriotisme. Ainsi il y eut un Vrai Patriote français^ tar le sans-culotte Lefranc ; un Patriote sincère, un ^atriote incorruptible , etc.

Le plus fameux des Patriotes français fut t^elui ie Brissot de Warville ^ que nous ayons déjà cité, et [ui avait pour épigraphe : « Une gazette libre est me sentinelle avancée qui veille sans cesse pour le peuple. D

Les Républicains^ cela va sans dire, marchent de wir avec les Patriotes^ et ne sont pas moins *nomt>reux.

Il y eut dans cette catégorie un titre presque aussi Mnnmun que celui de Journal , c'est le titre dMmi. Chaque parti , chaque opinion , chaque idée, chaque liomme un peu marquant eut son partisan , son Ami, son Défenseur,

Le peuple surtout dçvaît avoir et eut de nombreux amis , car les amis n'ont jamais manqué à la puissance qui se lève.

La première et la plus célèbre des feuilles de ce titre fut VAmi du Peuple^ par Marat, qui en commença la publication en septembre 1789 ; il y eut an

autre Agndu Peup le* parLenoble^ un aiti«p«E4li clerc, un autre par Lebcns, un autre par Joovdrii de SaintrFerjeux ;

Un Véritable Ami du Peuple , ou Journal 4t V Assemblée nationale et dé la Sœiéêé dea Amm^ la Constitution'^

Un autre Véritable Ami du Peuple^ parjuna-o.

b de sans-culotte qui ne se mouelie pas du pied,

et qui le fera bien voir;

Un Ancien Ami du Peuple, ou Now^el Ami du Hommes,

Le peuple eut encore ses Orateurs , ses A»oeets^ ses Tribuns, ses Fanaux ^ etc.

Debrière fonda en 1790 un Ami des Càayiem, auquel il donna pour épigraphe ce vers célèbre :

Qui sert bien son pays n*a pas besoin d*»1eax.

Tallien et Méhée fils publièrent une feuille èi môme nom Tannée suivante.

A VAmi du Peuple la cour opposa VAmî du Roiy rédigé par Montjoie et Tabbé Royou , q^e Danton appelait le Marat de la monarchie.

Parmi les autres Amis nous citerons : VAmî delà Patrie , journal de la liberté , par Coesnon Pellerin;

— VAmi des Français^ de f g Vérité et du bon Sens;

— YAmî Jês'fairiotes , ou \QlSifénsëUf^âïïiXi^' solution, par Regnault de Saini-Jean-d'Apgely ; ^ le Véritable Ami desMçmmes de toutes les Nations et de toutes les Conditions^ par LôustàI6ïT-=*i^ dés Eonnétes^ens\ qui eurent aussi leur Consdateur/ — VAmi de la Justice et de la Vérité; - VAmi des Lois^ par Poultier ; — VAmi de laLiberié;

— deux Amis de la Paix; — deux Amis de la Buligion; — deux Amis de l'Ordre; — VAmi ttejl'B» manité; — VAmi des Principes ^ ou Journal à

lêptiUmun ùnpattialttjuête^ par Picquenard ; •— '^1 du Bien public en France ^ par Luneau de k)isjennam ; — Y Ami de la Constitution ^ ou le hrveiUant des wmvotra^ constitués ; — V Ami de la \éfnlution et àes 89 départements; — VAmi du jouçementiènt républicain et de tous les honnêtes fems partisans de VOrdre et de la Justice, par Cotiereau ; — * un autre par Fantin Desodoars ; — VAmi le la Convention ,, ou le défenseur du Peuple, par Beradère ; — VAmi des Jacobins , par Brigandat ; •^VAmi des Théophilanthropes , par Lambert; —

— VAmi des Aristocrates , des Ministériels, etc. ;

— il y eut même un Véritabe Ami de la Reine, par ne société de citoyennes.

Dans la même catégorie viennent se ranger une douzaine de Défenseurs : le Défenseur de la Liber^ ^> pa r Moithey, avec gravures^et^pôïlirâîts;'— le Défenseur des Opprimés , ou VAmi du Clergé et de la Noblesse/ — le Défenseur du Peuple; — le D^fenseurde la Constitution, par Maximilien Robespierre; un autre , par Ballois et Tombe , — ^le Dé^ fenseur de la Patrie, par Lebois; — le Défenseur de la Vérité, ou VAmi du Genre humain, par Pbe- ^peaux ; — le Défenseur de la Vérité et des Prin^ tipes , par François , Bâcher et Bazin ; — le Défenseur des vieilles Institutions; — le Défenseur des Droits du Peuple, par Galland; -^ un autre, par Bonnar fils , avec cette épigraphe : Ifec Cœsar, née Vârius, nec Sylla; — le Défenseur de la KeVr gion, etc.

Pendant que eertains journalistes cherchaient pour leur feuille un titre qui exprimât leurs sym^Sathies, A'aatres, au contraire, choisissaient une dénominatioo qui ne pût laisser aucun doute sur leurs antipa-

tbies sur les hommes' et les principes qalls voulaient combattre.

C'est aitisi qu'on vit successivement paraître sur la brècbe VEnnemi des Préjugés; — V Ennemi dt$ Aristocrates; — V Ennemi des Conspiraiears ; -^ VEnnemi des Oppresseurs; — VEnnemi des T^ rans; —' VAnti-Fanatique ; — VAnn-- Ter f^rjf^' — \ Anti-Fédéraliste; — VAnti-R^aUste^ qui avait pris cette épigrapbe : « U a5Xpas de rois da asJ» nature»; — VAnti-Marat^ 1791, par une société 'de gens de lettres royalistes ; — VAnti-Brissotin; — Je Contre-Révolutionnaire; — le Çontre-Poîson des Jacobins^ par Moreau et Jardin. " " ' '^'''

li y en eut qui s'érigèrent en Censeurs , d^autres qui s'armèrent du Fouet national (1).

Quelques titres sont plus significatifs encore ; ainsi : le Bonnet rouge, par une société de sans-culottes ; — le Sans-Quartier^ avec cette épigrapbe : <c Je me f . .s de ça , je porte perruque. »

Aujnilieu de cette môlée sans trêve ni merci , de cette confusion de toutes les idées et de tous les prin* ! cipes, il se rencontra quelques esprits naïfs qui tentèrent de se poser en médiateurs entre les partis, oa de guider l'opinion publique, tiraillée dans tous les sens.

Il va sans dire que plus d^un se présenta comme

(1) Le Fouet natUmal excitait ainsi les femmes à mareber sur Versailles dans les journées des 5 et 6 octobre :

<K Allez, Mesdames amazones, allez cueillir des lauriers. Par une femme Rome acquit la liberté; par une femme les plébéiens obtinrent le consulat; par une femme finit la tyrannie des décemvirs ; par une femme R«me assiégée fut sauvée des mains d*un proscrit : par vous peul-ém, braves Parisiennes, Taristocratie va être terrassée, la France va sortir tout èi fait de resciavage. »

\c\il véridîque , seul impartial, seul indépendant ^ ;eul invariable.

L'univers peut chauger, mon âme est inflexible.

L'un s'intitula le Modérateurs l'autre , le Conciliateur, ou le Réconciliateur; un troisième, le Pour H le Contre; celui-ci offrit au public une Boussole >u Rég^ateur; celui-là s'annonça comme devant )eser toutes les opinions dans sa Balance,

Mais il est probable que les auteurs de ces feuilles espéraient eux-mêmes très peu de leurs tentatives ; )n peut au moins le présumer de l'épigraphe que s^éfail choisie le rédacteur de la Balance :

Non nostrum inter vos tantas componere lites.

Du moins , si ces tentatives devaient être infructueuses , elles n'avaient en elles rien que d'honorable. Malheureusemeùt nous n'en pouvons dire autant de la mission que s'étaient donnée certains jourualistes , nous devrions dire pamphlétaires , qui s'érigèrent en procureurs du peuple, et se firent un mérite de Tespionnage et de la dénonciation.

Clouons au pilori : YÉcouteur aux portes (épigr. : « Les murs ont des orelirés ;)^ : — V Espion des Sections et des Autorités constituées, Tournai qui paraTlraTiraitreurêusement^trop souvent pour bien du monde ; — le Furet parisien (épigr. : « Je dévoilerai vos intrigues , tremblez 1 » ) ; — V Argus patriote (Audax et vigilàns^; — le Tocsin de Richard' sans-Peur, ou le Défenseur de la Liberté :

Tremblez , aristocrates , et redoutez ma plume , Elle sera pour vous plus dure qu'une enclume.

— le Tocsin de la vérité , contre les corps sans àme et les tôles à changer ; —le Procureur général du Peupic; — \q. Dénonciateur national; — et ces Listes

des noms de fiimille des ci-devant ducs, marquis, comtes, barons, excellences, monseigneurs , grandeurs, demi-seigneurs , anoblis , etc. ; — Listes de^ aristocrates ; — Listes des ci-devant nobles : nobles de race, robins, financiers, intrigants et tous lesl aspirants à la noblesse, etc., etc. (l)

J^aime cent fois mieux ceux qui ne virent dans lâ révolution que des sujets de cbansons ou des objets de plaisanterie , quelque forcé quQ me paraisse souvent leur rire; et à tous les Espions et Dénonciateurs ^ à tous ces faux patriotes, je préfère de beaucoup le Journal des Rieurs , ou le Démocrite françaisy par Martainville, qui avait pris cette épigraphe assez singulière :

Rire de tout , c*est une folie ; Rira bien qui rira le dernier.

— un autre Démocrite français, par madame Rcy-

série :

Dire en riant la vérité , C'est user de la liberté.

■— le Journal en vaudepiUes des Débats et Décrets de V Assemblée nationale; — le Journal Nouveau, journal en chansons; — les Rapsodies du jour, ou séances des deux conseils en vaudevilles , etc.

Il y avait bien quelque mérite à égayer les scènes, parfois si lugubres, de ce grand drame de la révolution (2).

(1; ÉPiGnAPBB : « Si notre père Adam eftt eu le bon esprit d'acheter une savonnette h vilain, nous serions tous nobles.!^

(2) « Le gouvernement se plaint sans cesse des journalistes , comme s'ils faisaient beaucoup de mal. Je crois qu'il se trompe , et qu'en cela il n'entend pas mieux ses intérêts qu^en tout le reste. Le plus souvent les journalistes emploient larme du ridicule, et font rire les gouvernés aux dépensd«s gouvernants, quoique les gouTernés n'aient pas d'ordinaire

Le premier et le plus important des journaux de oe genre est celui que Peltier publia sous lé titre e xactes des Apotres i longue série de charges et de caricalar^^^Ti6|brent une très grande vogue. Le titre seul de cette publication était une bizarrerie propre à piquer la curiosité. Peltier avait sans doute voulu désigner par là les membres de TÂssemblée nationale regardés comme tes plus ardents patriotes, ces apôtres d'une nouvelle religion, pour laquelle les écrivains royalistes n'avaient pas assez de sarcasmes.

Dulaure publiait , à la môme époque , les Evah" géUstea du jour , et Ton trouve, dans le même ordre d'idées, la Bible du jour/ — VApocaljrpse / — le Lwre des roia du Nouveau Testament / — les Qua" ire Evangélistee ; — le Martjrrologe national y — la Légende dorée j ou les Actes des Martyrs, pour faire pendant aux Actes des Apétres^ publication fort piquante, qui avait pris pour épigraphe ces deux vers :

J'ai tout Peltier

Roulé dans mon office en cornets de papier.

fort enTie de rire. Mais le Français n*est41 pas xm peu comme le Balif eau de to Uéiromanie :

ra\ ri, me voilà désarmé.

« Combien de fois j'ai vu une bonne plaisanterie, mie bonne épigramme, un bon couplet, dérider tout à coup, dans un cercle , les fironts qui étaient auparavant sombres , soncieaz , menaçants ! II semblait que tout le monde fût vengé. On ne disait plus k celui qui entrait : « Âvez-Tous rien va de plus borribie que ce que l'on vient de faire ? »' — On dirait : « Savez-vous la chanson! avez-vous lu le journal? C'est excellent. Oh ! ils sont bien enragés! » U me semblait entendre Pourceaognac : « Il m'a donné un soufflet, mais Je lui ai bien dit son fait. » Et souvent il y avait pu que des soufflets. »

{Mémorial hittoriiue, art. signé ta Harpe.

'^ l^Aetea des bons Apôtres, journal des disd^es de la trinité française y c'est-à-dire de la nation , de la loi 0t du roû

Barruel-Beauvert publia aussi , en 1796 , des ,4iv tes des Apôtres j avec cette épigraphe : ¥ittrix cmu sa Diis plaçait, >. • »'•

Du reste, nous Pavons déjà dit, un tHre' bizarre était , pour certains pamphlétaires , et même pour quelques véritables journalistes , un appât jeté à la curiosité de la foule. C'est ainsi que Mirabeau le jeur ne (1) intitulait trois feuilles, étincelantes d^aillenrs de verve et d'esprit. Tune, le Déjeuner ^ ou la Vérité à bon marché ; l'autre , le Dtner, ou la VéFité- en riant, et une troisième, la Moutarde après dater, A ces trois feuilles nous pouvons ajouter la Lanterne magique nationale , par le môme.

C'est ce désir de piquer la curiosité qui enfanta ces titres bizarres ; . , .

V Alambic, ou le Distillateur patriote ; épigr . : Ignis omnibus idem, utinam spiritus I

A deux liards, à deux liards , mon journal /- *

Les Prônes civiques , ou le Pasteur patriote ; — le Petit Carême de Vabbé Maury, semions prêches dans l'assemblée des enragés ;

Le Compère Mathieu,

Le Déjeuner patriotique du Peuple, pondaini des Déjeuners de M irabeau . * j '

^lAr^^"^''^^ journal de pièces et de morceaux.

XAisU^^ncfo^'^ble, ou Confession amphigouri -tragicomique/^'"

(I) Le ticomte de Mirabeau, frère du grand oratcar 'sirnoœmô Mirabeau-Tonneau , k cause de sa grosseur. Il avait une telle ressemblance avee le frère du roi , qu'un jour, aux Tuileries, un huissier, le voyant, s'empressa d'annoncer * Monsieur! « Vous vous trompez* dii-jl , je ne suis que M. le vicomte, frère du roi Mirabeau. » ' .

La ChoMe tmxbétes p..., de ritnprimerte ^è la Lanterne.

Beo gratias, ou les P^^its Mots, par un ami du peuple.'

. Le^^Cvûsinde tout. le mode, ou la Liberté delà presse ; épi|i:r. : « Qui que vous soyez, mes cousins, v<ms êtes fie la famille. »

Finis sez donc , cherjfèrel

U'oftiêi amstocratique , o\x Journal de Pai^is.

Il tC est pas possible d'en rire.

Journal de Tautre Monde, ou Extrait de la cor-* respondance intime du diable d'autrefois avec Simon Barjée « Tan mil sept cent de tous les diables.

\i^ Safwmiette républicaine , par Labenétte, à Tusage. des, députés ignorants et de ceux qui se proposent de trahir la patrie; épigr. : « Oh ! je les poursuivrai , les coquins ! »

Pendez-moi! mais écoutez-moi !

La Poi^ patriote, et son Divorce avec le coq pourlaTts d'intrigues.

La Rocamhole des journaux , ou Histoire aristocapucino-comique de la révolution , pardom Regiùs Antijacobinus. et compagnie.

Le Singe , Journal des Espiègleries , Singeries et Minauderies.

Les Sottises de la Semaine , et les Sottises et

Vérités r^^-^:"'''^''^^ "

Bévues , inepties et impertinences nationales. .Le Tailleur patriote, ou les Habits des jean f,...

JMlse^quimepi&^^ P^^^^h ii*^> salmigondis d'un spectateur des folies humaines."

Voici du Curieux, du nouveau, donné tout à

ITîeure , tout à l'heure..

^txijiwkiUMss L auçr^ voleurs !

Bom Grognon y ea le Cochon de ne, etc., etc.

Qui ne connaît le Père DwAegne^ dont le nom est devenu proverlnal, et ses grondée joùa ^ ses grandes coÙree, et ses bons aw, et ses grandes motions ? C'était là un homme qui s^entendait à re* muer la fibre populaire ! Aussi scm. succès fuir-il immense : ra quelques m^ le vieux marchand de fourneaux avait débité un million de ses sermons bougr.... patnotiqnes, àdeux sous, et réalisé plus de 50,000 liv. de bénéfices (i). Nous parlons du Véritable Père Duchesne^ de celui qui portait cette singulière épigraphe : Mémento mori; decMui d*Hèbert enfin. L^ Père Duckesne^ en c^et , ont été si nombreux pendant la révolution, qu^ est ^dle de les confondre.

Hébert avait été précédé dans la carrière par Le» maire, qui, dès 1790, avait commencé lapabliea*

tion de ses Lettres b patriotiques , auxquelles

il avait donné pour épigraphe ce distique : Castigai bihendo mores. Lemaire publia encore, de 179S à 1793 , la Trompette du Père Duckesne, dont le ré* dacteur se reconnaît suffisamàient à Tépigraphe : In "vino Veritas»

(1) Dans un paP'teriptwm intitulé : Encore wne petits èsuff^ de tM pipe à Poindnei^amiUe , Hébert répond k des accBser lions dont ce succès avait fourni le prétexte à GamiUe De»mottUns. — « Camille, dit-il, me fait un crime d*avoîr débité mes feuiUes à deux sons la pièce pour les années, tandis qu'il a vendu, lui, plus de cent mille exemplaires de son Yieitx CordeUer à 20 sous le numéro. Il prétend que le sais riche comme un Grésus, parce que depuis le mois de juin j*en ai débité neuf cent mille, ce qui fait 90,000 livres... Au surplus, j'ai placé mon bénéfice dans Temprant volontaire. »

Noos dlerons eneore dans le même genre :

Les Lettres 6 patriotiques de la Mère Du*

lesne.

La Trompette du Père BeUerose; — le Cflpiine Canon; —* le Capitaine Tempête.

Le JourntU des Battes^ ajasté., ravatrdè et reftssë par H. JossepScrivain de la pointe Saint-Eus»tehe ; — le ioanud de la Râpée ^ ou de ça ira ; -^ .... gâchis de ^ean-Bart et au Père Duckesne / -^ em*en f..s^ oh Jean-«Bart appareillant la corvetie

Egalité^ journal b patriotique; — Je m*ên

.*s^ liberté, libertas, f..tre! etc., etc.

Nous en passons, et des pins sonnants. Cette Ii6«*> nenclature, tout abrégée qu'elle est , suffit d'ailleurs >our faire voir ce que fut la presse pendant la révoation. Nous avons groupé ici quelques citations qui empiéteront cette démonstration, autant que le permettra notre cadre , et donneront une idée de a forme et des allures de quelques uns des joumaat révolutionnaires (4).

(i) A Texeeption du Monitewr, dont le format a tOTijoTin» été celai que nous loi arons connu jusqu^an i^ Janvier 1853, et qa^'il a alors si malencontreosement changé, à rexception encore de deux ou trois autres feuilles qui avaient adopté la format In-^ à deux colonnes, toutes les gazettes de la ré-> ^ohiion forent publiées in-B» et même in-i2. Le numéro se composait de huit & douze pages , qui ne représentaient par une page du nouveau format. Leur prix iiea était pas moins de 9 à 12 livres par trimestre.

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