DB LES JOURNAUX
a Nous avons des Courriers républicains qui ne sont pas chargés de là malle où sont les bonnes nouvelles. Nous avons des PosUUons de Calais qui graissent leurs bottes pour se promener dans Paris. Nous avons un Jourpul du Matin qui ne vaut plus rien le soir, et un Journal du Soir qui ne vaut guère mieux le matin. Pré- CsTeroDS-nous le Journal des Lois, qui est toujours au vanable » ou le Jourtwi des DébatSy qui est toujours à là tempête, ou le Journal de Parts, qui est à la glace ? Je veux un peu de mal à ce long Moniteur qui n'avertit de.rien, qui est de Tavis de tout le monde, qui est si pénible à lire , si funeste pour la vue , et la cause peutêtre que , dans ce siècle de lumière , nos jeunes gens poxtent des lunettes. J'aimersds assez la Chronique , si elle avait Tesprit d'être scandaleuse, et le Bonhomme Richard, s'il était bon honune...... Enfin il y a de rusés politiques dont hmagination est toujours en Vedette pour découvrir des conspirations, et qui font la Senti" neUe sans sortir de leur boutique... Et moi aussi, sans quitter ma lusame, je vais faire la Revuej non pas , com* me la Renorfimée , dans tous les coins de Tunivers , mais sur tous les objets qui seront à ma p<vrtée..« »
(La Revue ou le Contradicteur, an IIL)
VtaUt 8UJBT.
Viens çà, portier, viens que je te désigne Tous les journaux , les. cent paiera divers.
Qa^entre tes huûos anjoofdliiii je eoosîgiie.
Tu retiendras et le diBert'GaraC,
Et son héros , le sage Robespierre;
Le doux Canûlle, et le tendre Marat;
La Sentinelle, à la voix forte et fière ;
Le Point du /our^-qni Tient midi sonnant (
Le PoetiUon, qu'on apporte en courant;
Le Moniteur^ à la marche phis lente»
De rassemblée image très pariante;
Et son rivai , Télocruent Biauaat ,
Qui narre tout en bon auicergnêat:;
Et le journal si plein de bonhomie
De Mirabeau, Clavière et compagnie ;
Et mons Prudhomme , en arguments si fort ;
Mercier, enfin, et I^arpe, et Cbamfort,
Merder, Gbamfort, et Laharpe, et Prudhomme,
Grands écrivains que tout Paris renomme ;
Chamfort, .Prudhomme, et Laharpe et Mardér,
Ne passeront enfin chea mon portier*
{Actes des Apôtres.)
us MONITBIIB.
Je suis le journal dlmportance Et la feuille par excellence.
Vous me recevez tous les.jomrs.
Je vous dis les secrets des cours; Je parle de paix et de gverra^ Et du parlement d'Angleterre; De nos grands droits sur Avignon»
Selon Camus j6l£éthion.
Je rends compte de la séance Du sénat régénérateur, Et du pouvoir législateur Qui fait et défoittouten Franco* Je parle de pendns, de pays dévastés
~ li9 —
I^ tout pour le JoraistieiL de notre Hberté ;
De la foree nationale,
De la force municipale ; Des cantons , des districts et des départements ; Des tribmiaiuc tout neufs et de leurs jugements
Des Vandenioot et Yandermersches , De tous les grands projets de conspirations ,
Discours» dénonciations.
Et du comité des reeherdies; Do roi , de tenq)S en temps, et de sa triste cour ;
De repéra, des comédies »
Le tout pour quatre sous par jour, En beau stf k» abondant, nerveux, plein de sdllies.
J'oubliais le cours dés e£f^,
El oœtera... De tout enfin je tous occupe ,'
Et r<m doU ùdre eas de moi ,
Car je sers à plus d*un emploi.
De m*alFoîr on n'est jamais dupe :
Cette feuille rCeei point le vain jouet du vent; Avec trois Moniteurs on fait un paravetu.
(Le Petit Gauthier, 22 déc. 1790O
COnfjHfDBHEIfTS DB LA PÀTaiE.
Ayee ardeur lu défendras La liberté dès à {Hrésent.
Le mot imUs tu rayeras De tes cahiers dorénavant.
Du clergé ta supprimeras La' moitié nécessairement.
De tottt moine tu purgeras La France irréro<^lMnent« Et de leurs mafans tu reprendras Les biens' volés ancienoement.
A«x feoM de loi tu régneras
Les ea^kê ndicalenieiil. |
Aux financiers tu donneraff 1
Congé définitivement. j
De te» impôts ta ooonattras
La cause et remploi clairement , |
Et jamais tu ne donneras |
Pour engraisser le fainéant |
De bonnes lois tu formeras,
Mais simples , sans dégoisemenl.
Ton estime ta garderas
Pour les vertus et non Targenl.
Aux dignités tu placeras
Des gens de bien soigneusement v
Et sans gr4ce tu pwûnui
Tout pervers indistinctement.
Ainsi faisant tu détrninls
Tous les abus absokiment ,
Et d'esclave tu deviendras
Heureux et libre assurément.
{UAmi du peupîey par Marat.)
Les Actes des Apôtres doni\èFent un pendant s celte pièce sous le titre de Qualités requises pf^ être citoyen actif. Voici ^ sclwi Peittefy quel unes de ces qualités :
Détourner son roi lestement , Lliumilîer k tout moment.
Le garder fort étroitement.
Sous prétexte d'attachement.
Et le mener tambour battant.
Soit à la ville , soit au cbamp ; Elever jusqu'au firmament Tout ce qu'on fait depuis un an ; Porter coioarde ou bien ruban ; Malgré soi servir librement.
Et s'affubler d'un fourniment ; Violer sa fol , son serment^ Trouver tout décret excellent ;
Prendre assignats pour de Targent;
Enrager agréablement,
Tout en perdant quinze pour cent.
SUR lÀ CONSTITUTiail BU VAUDBTItLBS.
An milieu des malheurs, desciiraes, desbassessesy Ne désespérons point de notre nation :
Le Françîds met en chant la Constitution , Il va bientôt la mettre en pièces.
{PeUt^authiery ii janvier 179*-)
APIGRAIIIIB.
Fraternisons, chers Jacobins !
Long-temps je vous crus des coquine
Etde {faux patriotes.
Je veux vous aimer désotmûs.
Donnons-nous le baiser de paix :
J'6terai mes culottes.
C/oumoi des Ateiir«>)
Extraordinaires de lk Gazette. |
Addition à la page 21.
' En 1634 le supplément que la Gazette publiait j chaque mois fut remplacé par des ExtraorcUnaires paraissant irrégulièrement et consacrés à la publication des documents officids , au récit des événements marquants , sièges, batailles, fêtes, etc. La Gazette ne contenait guère que ce que nous appelons des faits divers ; les Extraordinaires sont des récils détaillés, de véritables pages historiques, dont nous n^avons pas besoin de faire ressortir rimportance. Ils portent un numéro d'ordre qui ne leur est pas particulier, mais qui indique leur rang dans le recueil des Gazettes de Tannée : ainsi le premier que nous ayons rencontré porte le n^ 21 ; il est du 13 mars. Leur co&tenu est indiqué par un sommaire dont la forme varie ; par exemple : te Extraordinaire du^.» contenant le superbe enterrement du n>i de Danamarck » ; — « Son sujet est : La prise de la belle ile de Curaçao aux Indes par les Hollandais sur les Espagnols » ; — « Vous y verrez la chasse donnée aux impériaux par les Français... »; — cr II vous fera voir la nouvelle ordonnance faite par le roi pour remédier aux abus... » , etc., etc.
Outre ces Extraordinaires , Renaudot publiait encore des Suppléments qui n'avaient pas de titre général , mais un titre pris de leur contenu, et qui prenaient rang & leur ordre dans le recueil dos Gazettes. Ainsi nous trouvons sous le n^' 94 de cette même année 1634 , à la date du 15 septembre , un : « ^rre9t de la Cour de Parlement par lequel le prétendu mariage de Monsieur avec la princesse Har-
lierite de Lorraine est déclaré non valablement conracté... » Le n® 120, du 10 novembre, est une: t Liste des prédicateurs qui doivent prêcher cet kvent dans la ville ^ faux*-boui^ de Paris. » Cette Iste est précédée d'un avant-propos où on lit 'i t Puisque j^entreprends d'apporter de la lumière à lotre histoire , et que TEglise en fait une bonne parlie , je m^ trouve obligé à vous dire ce qui s'y passe, aussi bien que dans le reste du monde; joint que cette variété , comme celle des viandes , servira à réveiller les appétits languissants... » Elle se ter* mine par un avis qui a sa petite importance bibliographique. Si, dan^ la composition de cette liste, dit Renaudot, il m'est échappé quelques erreurs, je prie ceux qu'elles concerneraient de m'adresser promptement leur recUfication, a pour s'en servir en la seconde impression, qui doit faire partie des Nouvelles, tantprdinaires qu'extraordinaires, decetto année. »
Ainâ le cadre de la Gazette alla promptement s'élargissant y et Renaudçt put bientôt et à bon droit intituler son recueil : « Recueil de toutes les NouyeUes^ Ordinaires ^Extrajordmaires, Gazettes ou aw très relations, contenant le récit de toutes les choses remarquablea avenues tant en ce royaume qu'en pays étrangers, dont les nouvelles noua sont venues toute l'année t avec les édits, ordonnances, déclarations et règlements sur le fait des armes, justice et police de ce royaume, publiés toute cette année deroièrç , ^t autres pièces servant à notre histQÛre. »
LA PRESSE SOOS L'EUPTIE
Le Journal des débats. — Préliminaires. — La Commmie de Paris, le Directore et le Consulat. «^ Napoléon et U Mottitewr,
Presque toutes ces feuilles, enfantées parlés passions du jour, n'eurent qu'une existence éphémère. Les unes périrent de leur belle mort; lès autres toi»bèrent sous les coups- de la Commune ou dtt Dire^ toire. H ne faudrait pas croire , en effet, que là Iib«^ té de la presse né rencontrât point d'entrateè daB$ ces jours d'anarchie où il semblait que l'on pût tout oser. Les opinions étaient, comme les homtaes, à la merci des dominateurs du jour. C'est alors plus qui jamais qu'on pouvait dire : Vœ vietis !
La Commune de Paris, deux jours après la nuil mémorable où elle avait déclaré que le salut public exigeait qu'elle s'emparftt de tous les pouvoirs, décrétait « que les empoisonneurs de l'opinion publique seraient arrêtés, et que leurs presses, caractères et instruments seraient distribués entre les imprimeurs patriotes ; et elle nommait des commissaires^ l'effet de se rendre à l'administration des postes pour arrêter l'envoi des papiers aristocratiques, entre autres le Journal royaliste, VAmi du Roi, la Gazettt universelle, Vlndicateur, le Mercure de France, te Journal de la Cour et de la Ville ^ la Feuille dujour^ ouvrages flétris dans l'opinion publique. »
Le Directoire exécutif, qui entendait la liberté de presse à peu près comme la commune du 10 août^ donnait, par arrêté du 18 fructidor an Y, à tous i exécuteur» des mandements de justice, de conlire dans les maisons d'arrêt de la Force les rédacurs et imprimeurs d'une trentaine de journaux,' évenus de conspiration contre la sûreté extérieure intérieure de la république.
Un des premiers actes des consuls fut de mettre 1 frein aux écarts du journalisme. Un arrêté du 17 nvier 1800 réduisit à treize le nombre des feuilles olitiques.
«Lesconsuls de la république, dit cet arrêté, con- Idèrant qu^une partie des journaux qui s'impriment ans le département de la Seine sont des instruments. ans les mains des ennemis de la république ; que le ouvemement est chargé spécialement par le peuple rançais de veiller à sa sûreté , arrêtent ce qui suit :
» Le ministr<3 do la police ne laissera, pendant ouïe la durée de la guerre, imprimer, publier et disribuer que les journaux ci-aprés désignés : -^ le Moniteur universel; — le Journal des Débats; — e Journal de Paris ; — le Bien-informé ; — le Pur >Uciste; — VAmi des Lois; — la Clef du cabinet les Soumerains; ••— le Citojren^ançais-; •'— la Ga^» '^tte de France; — le Journal des Hommes libres; — le Journal du soir, par les frères Chaigneau ; — e Journal des défenseurs de la Pairie; — la Déca- ^philosophique;
» Et les journaux s'occupant exclusivement des ^iences, arts, littérature , commerce , annonces et avis.
»Les propriétaires et rédacteurs des journaux conservés par le présent arrêté se présenteront au bistre de la police pour justifier de leur qualité
de dloyen !l>aiiçaîs, de leur domieiie «ri de le» é^ glMlure, et promeitront fidélité à la conslUutiiNi. . » Seront supprimés sar-Ie-^hamp tous les journaux qui iaséreraient des articles contraires au res* peet dû au pacte social , à la souveraineté du peapU et à la gloire des armées , ou qui publieraient desii^ v^ctives contre les gouYemements et les nations amli ou alliés de la république... »
Ces rigueurs avaient malheureusement leur excuse dans les excès de la presse. Plusieurs lois avaieni 4té portées pour en réprimer les abo^ ; wms eUes épient impunément éludées.
On trouve dans le Momtear un relevé des journaux, tant quotidiens que périodiques, expédiés de Paris par la poste pour les départements , du i*'ge^ minai an YIII au 30 floréal an IX. Ce r^vé , qui lie comprend pas les journaux distribués dans Paris^ ni les périodiques expédiés par d'autres voies que la poste, présente les résultats suivants :
En germinal an VIII, dix-neuf journaux quotidiens,, presque tous politiques, envoyaient ehaqae j^ur dans les départements. • . « « • 49,313 B*
Vingt et un journaux -périodiques, de sciences, arts ou littérature, en expédiaient. • «•».«•>«•«■>• '4,^6$
En tout. - ♦ ^ * 53,678 II"
Au 30 floréal an IX , 1q «ombre des journaux qi^^ tidiens était réduit à seize , qui expédiiÉiieni dafisiei départements 33,931 noméit».
Du reste, de toutes les feuilles nées avec la té^ lution, deux seulement en ont traversé les divenes catastrophes, le Moniteur et les Déiaig. La Gouat Je France et le Journal de Parie se sont également perpétués jusqu'^ nos jours , mais ce n'a pas élésa&s
IfnwiBë vidssitvdes. La Gazétie perdit tonle son inoioe à la ré¥olutHm. Le Journal de Paris 8oa« Dt mkox la concurrence, grâce au courage et au ta^ nt des rédacteurs aux mains desquels il passa en 789, Garai, Condorcet, André Chénier et Saintu d'ÀBgèly. Dans cette période de 1789 à 1793, i plus brilhmte de son existence, il compta, dit*on, tsqu'à 22,000 abonnés. Avant cette époque il avait é rédigé par Dassieux , Sautereau, Corancez, et$. lepnia 1793, il compta parmi ses rédacteurs Rœde* sr, Villeterque, Dusaukhoy, Aubertde Yitry, Be> randi, etc. £n 18S7, M. de Yillèle, Tinventeur dj9 ^onordssifmeni des journaux , Tacheta pour le suprrimer. On connaît Tinsuccés des tentatives qui orjt ^ laiiesL depuis pour le ressusciter, notamment par ^n PiUet et Fonfrëde.
Sous l!émpîre, c*est Tépée qui s'est réservé le molopole dé la presse politique. Elle s'en sert à écrire lemagaifiqaes bulletins, comme si les notes prises ttr le génie pour les stédes devaient désormais suffit^^Tesprit humain parée qu'elles rassasiaient For-' pieil national. Napoléon entendait le joumalisma !onime toate grande chose, magistralement, despoitqaemeot, et il en usait comme de toute grande cho* ^ avec la conscience de toates les forces et de tou- ^ les ressources qui s'y trouvaient. Il n'y avait pour ^ qu'on aeal vrai journal , le Moniieur. A Tintérieur, grâce à quelques notes d'essai qu'il y faisait ■osérer chaque fois qu'il méditait ime grande entre- Pnie , le Moniimtr lai servait à téter l'opinion publi- ^\ à l'étranger, c'était toujours une arme et une *nae terrible ; il ne fallait qu'une note un peu verte <la JfiNuiteiirponr ramener au devoir un général qui ^*ea écartaitf ou pour mettre é la raison les petits
— it* —
Etals qui s^vtsaimit de renaer, et les.i^ioi^s pm sances elles-mêmes n^étaieni pas à Tabri de ceUi^^ rule. . .
Ce n^est pourtant pas, on le comprend, àFimmaft ble Moniteur^ que nous demanderons l'histoire éeji presse à cette. époqae. Un autre joimi^ s'était au dessus de tous les autres et avait eonqais grande influence sur Topinion publique : c^estje/^tf^ naldesDéiaU. Son histoire, que nous allons esqjii» ser, résume toute celle du journalisme sous Yempirû et dans les commencements de la restauration (i)-
L« Journal au DéMt. — Ses eommenceiBeBU : Ifis frèrtf BertiiL. — Orîgine et puissance du feuilieton : Geoffioj. — Immense influence de ce journal sous TEmpire, soosit Restauration et sous la monarchie de Juillet. — FJéréei Etienne, Chateaubriand, etc.
Le Journal deà Débats fut fondé par deux &è(esi Fran<K>is et Louis Bertin. Ces maîtres de la presse périodique, comme les appelle un critique oéJéitKv ont été diversfflnent jugés, mais, à quelque poipl ^ vue qu'on se place, on ne peut refuser loail^ sens, une grande intelligenee des affaines aux hoinmes qui ont su fonder, dans des circonstances aussi difficiles, et conduire jusqu'à présent à travers uQ^ fortune toujours nouvelle et des révolutions iooai^ une entreprise comme \e Journal des Déiats^W^ grande affaire de presse qui se soit faite sa ^ rope. . •'!
Ce ftît vers la fin de 1799 que M. Bertisl-»^ acheta de Baudouin l'imprimeur, moyennant 20,
(1) H. Nettement a publié sur leJownal des JMMf ^J volumes pleins de fûts carieai, auxquels nous SfODS plus d'un .empruul. .
lues, le journal ou plutôt le titre du Journal de» ^hats et Décrets du pouvoir législatif et des actes du, mvemementf petite feuille sans portée qui se bornait au compte-rendu des travaux de nos diverses as« emblées. G^était un corps mort qu'il s'agissait de llvauiser, et la chose n'était pas facile. M. Beriû comprit fort bien que, pour réussir, le journal nH projetait ne devait ressembler en rien ni aux )urnaux de Tancien régime, ni aux journaux de la évolution;
L'ancien régime, vaniteux, tout-puissant, protégé lar la Bastille, se contentait du Mercure de France^ ous l'inspection de deux ou trois censeurs. Le lieueaant de police et la favorite usaient du Mercure de France à volonté et le donnaient à qui bon leursemliait. Marmontel y imprimait ses cours, et les beaux isprits de la cour y déposaient, sous un transparent neognitq, leurs logogriphes et leurs charades; cela înffisait. C'est que, nous l'avons déjà dit, la liberté le la presse n'était pas encore passée dans le journal m ce temps-là. Yoilàce que M. Berlin avait bien 'ompris lorsqu^il entreprit le Journal des Débats*
Mais, d'antre part, le journal tel que l'avait fait la évolution française était impossible sous un gouvernement fort , intelligent , et qui tenait à être craint ît respecté. Quand bien môme le maître l'eût permis, ta nation française ne l'eût pas voulu de long-temps. « La liberté de la presse, a dit un journaliste, s'était iévorée par ses propres excès. On frémit encore à se rappeler le langage vicieux , les barbarismes sanglants , les lâches dénonciations, les vœux atroces et infâmes de ces feuilles de proscription et de mort, que les écrivains terroristes jetaient chaque matin aux coupe-tétes etaux tricoteusesdes faubourgs.La presse, cette toute-puissance, qui a besoin d'être si respectable
ei Vi ssige, s'était si fort vautrée dans le barbarîsiM et la fange , elle s'était tellement attaquée à toutes Iflf ftôrsonncs et à tous les devoirs , qu^il n^y eut pas on seule réclamation en France quand le premier coo9ll| écrasa du talon de sa botte cette hydr&aux mille ttfH tes renaissantes. )> Un arrêté des consuls avait m duil à treize, comme nous Tavons dit ailleors, m nombre des feuilles politiques.
C'est dans de telles circonstances que H. Bertii^ Jeta les bases du Journal des Débats, et rentreprise n^était certes pas facile. Comment, en effet, faire a» journal sous un soldat tout-puissant qui ne voulait pas qu'on discutât les lois , qu'on expliquât les faits! Comment attirer à soi l'intérêt et l'attenlion d'un peuple qui s'occupait de toutes ses gloires , et conn ment lui faire lire un journal , à ce peuple émerveiBô qui pouvait lire chaque matin une proclamation dio^ tée par Napoléon ?
Toutes ces difficultés, M. Bertîn en triompha avec une rare intelligence. Napoléon avait commencé son œuvre de reconstruction politique et sociale. Avec te eoup-d'œil qui ne l'a jamais trompé , M. Berlin com-j prit quelle pouvait être la fortune d'un journal qui, s'associant pour ainsi dire k la mission du premier i consul , entreprendrait, dans la sphère des idées, le travail que ce puissant génie accomplissait dans la sphère des faits. Il se plaça donc ti la tête du mouveitaenl religieux et gouvernemental qui suivit le 1^ brumaire, et c'est avec un vif intérêt que l'on suit ks premiers pas du Journal des Débats dans celte barrière où il devait marcher avec tant de gloire el liant de succès.
• Ce ne fut pourtant point par la politique propremenl dHte que le Journal des Débats acquit cette infiaeoce
fi dmll h! snsefter tant d'enyienx. II y a mèbe tte boarrerle curieuse entre la partie consaerée aut Mres'pubHqQes et aux éTénements, et eelle qui Mt spécialement consacrée aux théories philoso-j ^flCB et littéraires. Partout où il s'agissait du mon» tmentdes fiuts, leioumal de M« Bertin stÊdvait; Mis il conduisait quand il s^agissaît du mouvementés idées. Peut-être dut-il à. cette prudente combH isiBOQ la sécurité avec laquelle il put s'avancer dana esyoies d^ine restauration morale appelée par tous n intérêts, mais qui rencontrait encore des obsta-' les dans les passions émues.
D'ailleurs , la politique de ce temps-là ne se discn* Bît point; il n^y avait qu'un homme à cette époque |vi eût le droit d'écrire \b premier-Paris , c'étail ^poléon. Et pourtant M. Bertin avait bien com*-' >rîs qo^on journal n'était possible qu'à la condition te pouvoir parler Ubrement de quelque chose. Il so" oit donc à parler de la seule chose dont on pût par». ^ encore : il parla de la littérature et du théâtre.
Un journal écrit avec mesure , pensé avec esprit, ^t pour la bonne compagnie , incisif et aussi hardi: y'il était permis de l'être alors , ne pouvait manquer fétre favorablement accueilli; aussi la vogue du ^ftrmddea DéiaU fut-elle bientôt établie.
Pour accomplir son oeuvre, M. Bertin s'était e»* ^ d'hommes de science, de talent et d*espriK ^^t tous nous devons nommer Geoffroy, l'in* '^Qtenr, le nn du feuilleton ; c'eist à ce critique célè- '^ que le Journal des Débaie fut en grande partie^ ^^▼aUe de la haute influence intellectuelle qu'il ^erça dés lors ; c'est à son feuilleton qu'il dut les' ^nimeneements de cette renommée qu'il a su coi^ ^^C' jusqu'à noajours» . . .'
r -Geoffroy avah succédé à Frérofi àili^ la t^^dra de \ Année littéraire» Pendant les: doux. pnsnûti ânoéés de la réYolulion il avait coopéré à ia.ridJi IIOD de VAmi du roi , et quand ce journal fu( vioM ment supprimé «i 93, il ^taitullé cacbeir ^m proscrite dans un YÎllage^ où il c'était fait inai| d^éoole. Revenu à Paris après le 18 brumaire, iUl dioisi pour rendre comité destbéMresd^n^ leJoif mal des Déàats^ \
< Geoffroy avait donc tout ce qu^il faUail j»Quriaii un excellent journaliste ; il réunissait à ii^n b^ut àir gré deux qualités essentielles : c'était kh ^^ tionime d'érudition et d'actualité, un.hom9M»|l&s^ venir et d'à*propos. A son avènement au^^ J^^M» la révolution ou plutôt la restauration qui \^mssr tait dans toutes les idées, trouvant un orga^e^ 9&^ sifesta avec un édat et une puissance incnv^faibiM' On avait donné à Geoffroy, dans le /oiçriûgE/./^Uhats , tin département ; il ^ fit un noyaume^ J^j^ lératnre ancienne et moderne « l'histoire,. Ispb3<>' sdphie, la morale , la politique , topt rentra daosi^ feuilleton. La liberté ^ qui n'existait pas à celte époque, pour la presse, dans la partie politique prop^ ment dite , la liberté, qui n'existait plus au preflû^ étage du journal , qu'on nous passe ce terme, ^^\ fugia dans le rez-de-cbaussée de Geoffroy. Dei^^ i dit toiit ce qu^He voulut (Ure, topt ce qui! Ul^ dire. Les plus hautes questions poUtiques sV talent ^ en dépit même du souverain , sous la ^ipkémérides politiques et littéraùre^^ ou, sous prétexte d'une mauvaise tragédie.
Dès que Geoffroy fut monté sur k^ trône dui leton , une guerre sans trêve , sans merci » une gv^^ ^«nort commença contre tout.ce qui a^ rattaebait^ près ou de loin au philosopbisme et k Tespritrév^
;' n se mit à attaquer Voltaire ôorfilsà
, et Ift ruiii&a applaudir à re]it)eini'TÎviait.il^
mort. G*est là certes un exemple inouï do
olitfératve : attaquer Voltaire si tôt ! Voltanrei,
de Paris , le dieu de la France! Il faot dire
que ,'fil le champion des* idées sociales avait la
ferme et rœil sûr, la situation où il se trouvait
adtàirâble. Toutes les idées justes, tous- les
ipes sains et' raisonnables, avaient été effacêb
le manière si complète, qu'on en avait presque
n jtksqn^à la mémoire. Geoffroy semblait donc
ter quand il ne faisait que se souvenir. Et puik
se passionnait pour ces batailles littéraires danèi
, elle^ on dépensait le reste de cette ardeur que
teottimottonâ civiles avaient imprimée aux esprits. apolitique faisant silence dans les journaux, ri i Inen que Tactivité intellectuelle débordât sut* ^ea matières. Disons-le aussi , il fallait bien que ete*; réduite à ce grand silence que vous sa-^ , *se sënttt un' immense besoin de s'entendre, md^ à demi-mot , pour s'être mise simultanément à un joifmal qui parlait plus souvent de prose et Ift vers que de gouvernement et de batailles, plus IBÉrent de ftacine et de Boileau que de NapoléoA Tl de l'empereur d'Autriche.
^'11 faut cependant reconnaître que Geoffroy se IkAtrait souvent injuste et partial dans ses critiques^ ^ que ses louanges furent plus d'une fois très sus* j!ete& de Téndité. Mais , comme nous venons de le Flire , la société inoccupée des salons de Paris s'amn^ ^t de ces furieux combats de plume, et pardonnait an feuilletoniste sa méchanceté, parce que les traits r CD étaient divertissants.
[ On a encore reproché * Geoffroy sa continuelle ïdnlation pour Napoléon , et tout le monde coasalt
Mtt»épigriBHie è deax trakuAaDto ém. i^éUccytoi
Si rempereorfeîsftîtiinp..., Geoffroy dirait (prU wot is rose, It k Sénat Mptr^roli ▲ lIlMUMiir de piottvir k cboot.
H Ott$ ne savons si c'était chez Geoffroy coaTÎetfaN ou ealooL Les grandes choses que NapoléOQ aocomplissait à celte époque étaient bien de nature I exciter l'admiration ; mais peut-être aussi rbaJi>il€ cii tique Y qui attaquait tant de personnes et tant de cho^ ies, voulait-il mettre ses attaques àTabri da panégyrique du maître ; peut-être ne fut-ce qu'à c^te coadition que le Journal des hébaU put tout penser et tout dire contre les bommes et les idées de X^écok ^volutionnaire.
. Il suffisait d'ailleurs dtt succès du journal poor loi susciter des envlenx, quand bien môme ]a* piurae acérée de Geoffroy n'eût pas ameuté contre Iiu tout Farrière-ban de la littérature. Un déloge. deJbrocbur res Y de pamphlets , d'épigrammes, et même de poèmes , semblait menacer d'une ruine prochaine ce fl colosse aux pieds d'argile a. Hais le colosse doineura ferme sur sa base.
. Quoi qu'il en soit ^ le feuilleton de Geoffroy , ce compte-rendu sans façon , vif, alerte , moqueur, ingénieux , savant , fut de plus en plus goûté « et le Journal €les Débats eut bientôt 3S,Û00 abonnés daztt cette grande France que lui faisait Napoléon*
<K Cependant la position du Journal des Délats» après ces premiers et immenses succès., était singulière et difficile* Sans doute il avait pour lui lesuf- 1 frage de l'opinion publique ; le grand mouvement des
MM rriîgiewtes ot somles éiait en sa faveur, 4| Mqae jour lyoutait & sa prospérité matérielte elf ko asoendajii moral; niai3. ces sympathies étaieoi ttlancées par dé puissantes et mortelles inimitiés) Is Journal des Débats n!aya.it pu arborer le drapeau des idées religieuses et des doctrines sociales, jl B*ftvait pu attaquer les idées et les renommées ph^ Hiopiitques et révolutionnaires, sans exciter de profendes et dangereuses colères dans le ban et Tarrièr^kn de la philosophie et de la révolution. Or les iMMnmes qui tenaient à ce système occupaient toutes hs avenues du pouvoir. Les fureurs de leurs ressen-^ tÙBents étaient encore aiguisées par les appétits de leorg convoitises. C'était une belle proie que le /oitiv m/ des Détatsf deux cait mille francs annuels de Vb^ces tentaient de hautes cupidités.
A Fouché, qui occupait alors le ministère de la por fee, devînt le centre de la conspiration tramée con^ Ire rexistence du Journal des Débais. On cherchai! ft alarmer le chef de Tétat sur Tinfluence de cette ^le, sur le nombre de ses lecteurs , sur la tendan* oe de ses doctrines. On obtint enfin , vers le milieu derannéè 1805, qu'un censeur lui fût imposé.
Heureusement pour les propriétaires du journal, ilsutmvèrent un chaleureux défenseur dans M. Fiéir ^^9 leur ami et leur coreligionnaire. U. Fiévée 8*eQtremit avec beaucoup de chaleur pour leur eoQr ^er leur propriété , et il y réussit. Parmi les notes qui forent échangées à cette occasion entre Napoléon ^ 80B correspondant , il en est une qui mérite d'être cilèe, parce qu'elle exprime Topinion de l'empereur s«r cette feuille & l'époque dont nous parlons. GVs& ^'vlleurs un monument historique , un témoignage eorieux des idées qu'on avait alprs relativement k% presse et à la jproj^iété des journaux. On remarg^^
^é, dans cette note , adressée è'iirftê^^tti ete ponse à ses observations, Pîricognito ^Telnpe d'abord protégé par la particule on , %é iraihît 161 par le je et le moi du maître. • • •
« M. de Lavalette verra M. FîèVêè\ tt M
À qu\în lisant le Journal des Débats aveè pins
s> tention que les autres, parce qu'il* a dîx'fols
» d^abonnés , on y remarque des articles dirigés
•» un esprit tout favorable aux Bourbons, et COns
3» ment dans une grande indifférence sur les' eh
» avantageuses à l'état; que Von a voulu réprim
» qu'il y a de trop malveillant dans ce journal;
» le système est d'attendre beaucoup du tei
i^ qu'il n'est pas suffisant qu'ils se bornent àujoi
» d'hui à n'être pas contraires ; que l'on a droit d*i
D ger qu'ils soient entièrement dévoués à ladyùa
» régnante , et qu'ils ne tolèrent pas, maîsi 'combat
i> tent tout ce qui tendrait à donner de Tèdatou
» ramener des souvenirs favorables ailx Bourlwiii
» que l'on est prévenu contre le Journal des Débats
^ parce qull a pour propriétaire Bertin de Vaux
» bomme vendu aux émigrés de Londres ; que ce
» pendant Von n'a encore pris aueun parti ; que Yo
» est disposé à conserver les Débats, si l'on me^ri
s> sente , pour mettre à la tête de ce Journal , (i(
j> hommes en quiyV puisse avoir confiance , et poi
^ rédacteurs des hommes sûrs , qui soient prévem
'2> contre les manœuvres des Anglais , et qui tV&ccrl
» ditent aucun des bruits qu'ils font répandre.
y> Un censeur a été donné au Jotîmed des Déba ^ par forme de punition; le feuilleton de Geoffroy v été soustrait à la censure, ainsi que ta p^artie iitti a raire; mais l'intention n''est point de le conserve » car alors il serait officiel, et il est vrai de dire qu » si le bavardage dés journaux a des tnconvénient
A aosÀ ]3es avantages... II nV a t>âs d^autred
de donner de la valeur à la proprîélé dil
des^ Débats que de le mettre entre leé
'teams d^ommes d^esprît attachés lau gouverne*
i^fee&t. Toutes les fois qu'il pan^iendra une nou^ \
^fdle défavorable au gouvernement, elle ne doit
^^"^ini être jpxtbliée , jusqu'à ce qu'on soit telle*
— f sûr de lavêritéqu on ne doive plus la dire^
e qu'elle est connue de tout le monde» Il n^
Jiipas d'autres moyens d^empêcher qu'un journal
■le 8oU point arrêté. Le titre du Journal des Dé*
piats esX aussi un inconvénient; il rappelle des soa«
^Tenirs de la révolution : il faudrait lui donner ce«»
^ lai de Journal de l'Empire, ou tout autre analogue»
•>fifsDt que les propriétaires de ce journal présen*
»ieikt quatre rédacteurs sûrs et des propositions pont
> adieier la rédaction de quelques autres journaux . »
U y ^ut pour cette fois une espèce de transaction.
Goomie nous Favons dit , le droit des propriétaires
fotfOpecté, et la ligue littéraire et religieuse resta
tauve. Seulement M. Fiévée fut préposé à la direc*
ikm et devint la caution politique du journal, qui
dut ebanger son titre pour celui de Journal de l'Emt
pire,
« Ce nouveau titre qu*on lui avait imposé pour le lier plus étroitement h la fortune de Tempereur tourna à l'avantage de la feuille périodique et aug* meota sa publicité; il semblait que le chef de Tem* pire eût adopté le journal qui , de son aveu « avait pris ce nom. On s'habituait à le regarder comme Teipression autorisée , sinon de la pensée, au moins des doctrines du gouvernement, et chaque fois que Napoléon , par une campagne heureuse , accroissait Tempire français d'une province ou d'un royaume , il conquérait des abonnés et des lecteurs au Journul
49-tBmpirs,4{w, avait ainsi ajmuà pûar^aggilialu la plume de Geoffroy, de Fiévée, de Felelz, etï iaat dliommes d'esprit, Tépèe de Napjoléoo. » • . Le Journal de rEmpire gagoa en farce et i puissance sous ht direction de M. Fiévée^ qui ea ployait tons ses efforts à lui assurer cette prééml nence intellectuelle déjà si universellement rccoana^ Valheoreusement Tespéce de trêve signée entre! ministre de la police et le journal ne fut pas de iai| gue durée; les hostilités recommencèrent bieDtdl| plus vives, plus tracassières, et Fiëvèe dut quitld la partie. Etienne fut mis à sa place ^ et peu temps après. Napoléon, qui avait en fait de propri^ littéraire des principes d'une rare élasticité ^ s^^i para du Journal de l'Empire et partagea cette richd proie entre quelques uns de ses dévoués.
< Dés lors le Journal de l'Etnpire ne fut plus que ce que le matire voulut qu'il fût, attaquant par ordre, louant et biémant suivant l'impulsion qui lm\ était donnée. Le feuilleton conserva seul sa liberté jusqu'à la mort de Geoffroy, qui mourut avec oa rare à^ropos quelques jours avant la diute de Na» polécm.
• On raconte , sur le passage d'Etienne au Journal de l'Empire j une anecdote qui lui fait trop d*bozH neur pour que nous la passions sous silence. Serviteur assez inflammable de l'empire , il ne lui sacrifia pourtant aucune de ses convictions, et dans Foccaaîon, comme le prouve notre anecdote , il sut résister au maître. Un jour entre autres. Napoléon, dans un de ses accès d'irritation contre l'Autriche, écrivit |in article qui cassait les vitres, et l'envoya h Etienne avec ordre de l'insérer immédiatement au Journal 4e l'Empire. Effrayé du factum, le rédacteur court
tle due jde Bassano , qui répoad à aea reprâsM^ u : tt- Li'*eiDpereur le veut. » I^'article esi ei^ myé à rimprimerie ; mais, à la leeture de répreava^ llieauie bëaite plus que jamais^ et il se décide à sustindreia publication. Le lendemain Tempereur de-> Kode son* journal, et cherche inutilement rarticle» L\>nfe iMmbe aur le duc de Bassano; celui-ci s-ei^ atse mnr le aianque de place, puis il faii appeler lûeiuie ea toute h&te, lui fait part du mécontenta» acDi de Fempereur, et le rend responsable des soi* lessi Tarticle ne parait pas le lendemain. Plus d*ua «Ure aurût cédé ; mais v courageux jusqu'à la fin, el ja^eani le factum indique de la main qui Ta tracé , wenne brave le courroux impérial : Tarlicle estdé*- InitiTenient. retiré. Le jour suivant, ie duc de Bas* sano, qui a lu le Journai de l'Empire, aborde en tremblant Napoléon, qui s'écne : a JE t mon article? — ' Sire, il n^a pas paru. — - Qui donc s'avise de mépriser meaiordres? —-C'est M. Etienne i. il prétend qne Fartide n'est pas digne de vous , et il reifuse de k publier. — Àh.! M. Etienne a osé.... Puis, après aa moment de réflexion : Eh bien ! il a eu raison. »
Le l*' avril 1814 le Journal de t Empire reprit soaanden titre, qu'il quitta de nouveau le 21 mars 1815 pour le reprendre à la seconde rentrée de LoaisXVIIL On sait avec quelle fiirie il se retourna alors contre Vogre de Corse y contre les hommes et les choses de l'empire. Ce. sont là de tristes pages qnenotts voudrions pouvoir effacer, pour l'honneur da journalisme, quelque naturel, quelque vif que dàt être le ressentiment des frères Bertin contre' llMmnBe qui les avait dépossédés. Qnoi qu'il on soit, rmienrention du Journal dee Débats pour le nou<^ îeaa gouvernement, qui les avait réintégrés dans
iewr propriété, fut vive et cbalcureuse , et sond 'touement aux Bourbons leur fut d^un grand éBGcA dans ces jours difficiles, car Pimrriense ' publîfeîté't ^cette feuille en faisait une véritable piJiis^àQcè; "i'"" ' Le cbangement de gouvernement ne fkt p'éartal point favorable aux intérêts matériels dés Dêhdà 'A la cbute de Napoléon, ils se dédouM&rerit'poà ainsi dire : le côté gaucbe du Journal Se TEmp^ alla fonder le Constitutionnel^ sous les auspices A M. Etienne; le côté droit reprît l'ancien litt^ deîf feuille fondée en 1800, et lui imprima tine'dîre^ don éminemment monarcbique. La situation d*sih leurs n^était plus la môme t la presse àvail recouvré isa liberté et la concurrence avait succédé ao mono^ pôle. Les souscripteurs se scindèrent côàfme la feuille; mais elle n'en conserva pas moins une grande^ tnfluence et une grande prospérité.
Sous la restauration , les Débats défendlfeiâ ^ diverses administrations jusqu'au jour ou m'âeCliâteaubriand les entraîna avec lui dans Toppos^ition. On sait quelle rude guerre ils firent au ministère P<h lignac. « Semblable à ces oiseaux que rélectricilé chassé des régions menacéeâ vers des régions p/us calmes, et qui courent, long-temps avant la tërtipéte, Vers un ciel où leur nid soit protégé contre tous les vents , le Journal des Débats avait pris son vol vers ïa révolution », et bientôt il poussait cjB cri d%larme, qu'il nous semble encore entendre retentît* comme le glas de la restauration. Malheureux roi! mtiBieti'^ Yeuse France!
La révolution de juillet ne fit qu'ajouter à ïa pris* Bance du journal des frères Bertin , et son r&le fol plus brillant que jamais , grftce & sa posîtion toute
Mfifjîilr «t an caractère semi-offîcîel que lui faisaient K^inP^uaû^^piis ^^ î^ ^vait le privilège; grâcç «KBÎ^il faut le dire avec M» Nettement, à ce cul ta ri^iligeace i^ui lui est propre, çt qui lui fait niier le talent partout où il est pour rappeler ^ p^rsoi^neLde sa rédaction , dans les diversQ^ de ^n histoire , a été le plus souvent un cata« e de célébrités. Il a compté parmi ses coopéra.'* sGeofTroy, Hoffmann, Feletz, Dussault et Malte* |i, qiir datent de sa fondatipn; Fiévée, Etieoiae; M&i soas la rqstauration , MM. de Chateaubriand « Tilmi^ii^ JCiodieri, Duvicquet, Becquei, Sa^vaa*
4 Celt^ influence, écrivions-nous en 1846, le Jour^ \
fifll 4^ hébats la doit encore à son organisation toute >^^
ptrtieaUère, organisation telle, qu'il ne peut se faire
ie plus petit mouvement dans les affaires sans qu'il
on s^t 4yerti , ç^r il a la main sur toutes les touchca
il^jikFotîtique; il est partout représenté, à la cbam*
^4i^ pairs, à la chambre des députés, au ministè-
i^lHchâtpau, dans les chaires d'enseignement, dana
I(ift. iMsbassades ^ dans les préfectures. Il se sert
de^ influence comme journal dans l'intérêt de
la tortune politique des honunes qui se lient à ses
destinées ; il se sert ensuite de la fortune politique de
tts JK>i^mes dans son propre intérêt. On comprend
liai avantages que les Débats retirent de cette espèce
(niuirance mutuelle.. Ce journal ressemble k une
maisoB qui a pignon sur deux rues, : l'influence qu'il
a dans les affaires lui donne de l'importance dans la
presse , et l'importance qu'il a dans la presse aug-
lOfUte son influence dans les affaires. Sa tactique
Qim^te à s'imposer à la fois au pouvoir par l'ascea»
dant^u'^ exerce sur le public , et au public par l'as-»
^ «pendant qu'il exerce sur le pouvoir. Toute sa fortune.
|N>lîttqiie et matérielle towne sur teiotAAù p^vo Fort de cette position, il a vu sans s^émonroir la ré volutioB qui s'opérait autour de lui dans la pre^ Taudis que les autres journaux réduisaient leur prh de moitié, il resta au taux de 8d fr., et cène fut qu^ son corps défendant, et comme à regret ^ qu'il sacrifia au dieu du jour, en ouvrant quelques tndtane ses colonnes au feuilleton-roRmn.
« On a dît du Journal des Déhats qull est- filusl indépendant que servile, plus moral qu^mmoral, phis religieux .qu'impie,. mais qull n'est rien suffisamment, si cç n'est gouvernemental. Gouvemeroeo^ tâl , c'est là sa vertu selon les uns^ son vice selon les autres. Quoi qu'il en soit , c^est encore aujoardliuf l'un des journaux les plus importants , et cependant il ne compte pas plus de douze mille abonnés, tandis qu'il est telle feuille inconnue qui a un tirage ée vingt mille exemi^aires. Ainsi un journal peut donc avoir une grande influence , comme l'ancien Oloèe de la restauration, avec quinze cents lecteurs et n^étre qu'un canard, comme le Pay», avec une vaste dienrèle. Si le journal fait d'abord le public, le pubJfc fait ensuite le journal. L'abonné de la Porritf diffère essentiellement de l'abonné des Débats.
» Si nous voulions caractériser d'un mot îe Journal des Débats^ nous dirions qu'il est le journal histori- (tue. Chez lui, peu d'élans généreux, pas de sensibi-^ Hté , ni de point de vue enthousiaste , nul goût ponr les théories, peu de propension vers ce qu'on appelle aujourd'hui Vidée , beaucoup d'esprit , beaucoup de Verve et beaucoup de talent. Il est surtout llnter^ prèle du fait. La longue collection de ce journal pour» raît presque se lire sans ennui , parce que l'événe*^ Aent du jour y est clairement indiqué , la iïuestiou^^
kl moment habilement expliquée. On a sbtis lei peox !e récit des événements jour par jour, heure pr heure ; étude curieuse qui n'a pas la sécheresse fei Moniteur et le parti pris systématique du llyre^ ■Kiaies relativement impartiales , quoique empreln-* Kiçàetlàdes passions et des exagérations du temp».' Déchirez tout ce qur a été écrit sur les événements ucomplis dans ces trente dernières années, et voufll pourrez refaire cette histoire avec la collection dcd Débats » (i).
Terminons cette esquisse par quelques traits em"pnrntés à un écrivain qui n'était pas payé , qu'on BOQs passe la vulganté de l'expression , pour faire reloge des Déiats. Voici le jugement qu'en porte Lamartine dans son Histoire de la Réi^olution de 1848 : <c he\ Journal des Débats^ qui soutient les gouvernements tour à tour comme étant l'expression nécessaire des intérêts les plus essentiels et les plus permanents de la société , seml)lait rédigé par des hommes mûris dans le pouvoir, il avait la gravité, l'élévation, le sarcasme dédaigneux, et quelquefois aussi la provocation poignante de la force. Il semblait régner avec la monarchie elle-même et se sou- Teuir de Tempire. Les noms de tous les écrivains officiels qui concouraient ou qui avaient concouru, de*pnis M. de Fontanes jusqu'à M. Yillemain, à sa rédacli<m, lui donnaient un prestige de supériorité sur la presse périodique plus jeune d'années et de passion. L'ampleur et l'impartialité de ses débats parlementaires, ses correspondances avec l'étranger, la sâreté et l'universalité de ses informations , en faisaient le manuel de tontes les cours et de toute la di-
(1) Edmond Texier,
|4omatie de TEurope. C'était la noie quotidienne ^binct des Tuileries. Les sciences, la haute litl rature, la philosophie, le théÀtre, les arts , la cri que, se trouvaient analysés, reproduits, rivlûi dans ses feuilletons, où la gravité n*était jamais loo de, où la futilité môme était relevée par la saill d'Aristophane ou de Sterne. Il aura été donné à p< de feuilles légères de se continuer elles-mêmes pci dant plus de cinquante ans , et de faire pour ain dire partie de Tbistoire de France. 3>
U PRESSE SaOS LA RESTAURATION
Situation de la presse en 1824 et 182S. — Le ConêtUutionnel, — Sa grandeur et sa décadenee. — Les canards et leur rojal înTenteor. — Bf . Y^roji et ie Juif crrani»
A la chute de Tempire, la presse fut an instant débarrassée de ses chaînes ; mais bientôt la censure^ <1ds lois sévères, le taux excessif du cautionnement ctIc8|H'oeès de tendance, ne lui laissèrent guère plus de liberté que n'avait fait le régime impérial. Malgré CCS entraves , elle gagnait tous les jours en puissance.
\oici quelle était en 1824, suivant un rapport secret adressé au ministère , la situation exacte de Ja presse périodique.
Le gouvernement avait pour lui six journaux, qui comptaient ensemble quatorze mille trois cent quarante-quatre abonnés, savoir :
Le Journal de Paris 4,175
VEtoile 2,749
U Gazette 2,370
U Moniteur 2,250
he Drapeau Blanc 1,900
UPilote. 900
14,344 L'ofiimBitiQa avaii également siit jouToaux :
Report. 4^,S
Le Constitutionnel, qui réunissait à lui seul.. . . » . 46,250 ab.
Le Journal des Débats en
comptait. 13,000
La Quotidienne , organe de la conire-oppositiôn de la droite " 8,800
Le Courrier français. . . « 2,975
Le Journal du Commerce , ...
qui date de 1798. . . » . 2,380
luAristareue, «•••... *^25
Kfféreiiee en faveur dé l'oppositioû. TTWfiSi A la fin xie 1 82 5, la presse de ]
Topposition était montée
au chiffre de 44,000 souscripteurs.
La presse du gouvernement
n'en comptait plus que. • • 12,580
Différence. . 31,420 On voit que le Journal des Débats n'occupait plus que le second rang; son influence néanmoins était grande. encore, et son opposition, pour être moins directe que celle du Constitutionnel, qui, lui, attaquait de front la monarchie légitime , ne contribua pas moins à la chute de la restauration. Mais les plus graùdes sympathies étaient pour cette dernière
feuille, dont la popdafité était immense.
Nous itvoils dit comment /^ Constitutionnel i^ny cédait du Journal de l'Empire. Il fut fondé le l'' mai 1815 , sous le tltfe de rlndépéndant ^ titre qu'il fut successivement contraint de changer en ceux ^Èdio du soir, de Courrier génénd, de Çpmstir
, de Journal du Commerce, Ce ne ftll 1819 qu'il prit, pour 06 plus le quitter, le qa^il porte aujourd'hui.
La liberté de la presse avaiiété reeounue, mais OA pr^id combien devait ôtre ombrageuse la police la nouvelle royauté. Ou eu jugera p«^ ce fait ; Une exposition de peinture avait lieu au Louvre, rédacteur de l'Indépendant diargé d'en rendre pfe avait été vivement impressionné par le por* d^ou jeune enfant qui tenait à la maiii un bou** %iel de fleurs Irieues. Son imaginatiiin Tejnportant^
ëlait une description animée.. Le lendemain la ae porte pour voir ce portrait. On s'interroge, \ demande quels traits il représente, que signi*» ces fleurs blenes. Un spectateur explique qu'en iilemand ces fieurs veul^ot dire : Ne m'ouhUez pae, Ces mots <mt personnifié le portrait; plus de doute posnide. « C'est le roi de Rome 1 » , s'écrie-t-on de tous eôtés. Le monde s'agite, la police fait évacuer la safie, et le lendemain l'Indépendant est supprimé* Or, vérification faite, ce portrait était celui du fils dNm coBseiliek* d'ambassade de la cour de Bavière. Disons que quelques jours après, Louis XVIllr ému de l'injustice qui avait frappé cette feuille, qu'il se plaisait k lire, fit donner à ses propriétaires lommveau privil^e,et,si ronen<»tntM.Beaudoin, «a des fondateurs et le premier imfMrimeur du Con^ Mitutionnel^ à qui nous empruntons cetle anecdote, ee serait Lonis XVill lui-mésite qui aurait ainsi ba{^ tisé le nouveau journal. Quoi qu'il en soit, ce tttrs élttt admirable pour le moment où il fut choisi.
En dépit de ces tracasseries, peut*élre même eu taisoEdeces tracasseries, la fortune du Constùution^ ul fat rapide , prodigieuse. Elle tînt à des causes Uénene nature. £u 1815, M. Gari^ot^ étant mioi»;
tte , avait pour secrétaire général M. de Saiol^i bien eonnu, dans la révolntionVpour ses relallènsi Danton, il se joignit aux fondateurs de rihéêpei et , au lieu de dhsmander des abonnemeots au tui ire, il obtint de lui k permission dHmprimer les faits qui , dans la correspondanee minis lui sembteraient de nature & intéresser le Dans le moment où les ennemis de Tétrangeh chaient nn point de ralliement, et ob la Fi entière avait un si vif désir, un si grand besoin û'i tenue au courant des affaires , ce journal vkpém un vœu général. Il ne demandait pas des léel d- élite , mais il s'adressait à des sympathies fr il relevait le parti vaincu ; il appelait à lui les \tAi gences les plus vulgaires , pourvu qu'yen elléis le sentiment de Torgueil national ; enfin i) re^nhési tait toutes les idées et toutes les passions de la r^ lution ; il ralliait au drapeau tricolore toutes le^ ripif* gnances qui dataient de 89 et de 93 , tous les né-» contentements qui dataient de Tempire , auquel il se rattachait par Etienne , Tun de ses directeurs polîd^ ques , et par Béranger, cette idole de la presse'libé^ raie.
Le Gonstimtionnel avait encore assis son influence sur un autre terrain. On se rappelle (jette lullfr célèbre des classiques et des romantiques. Le Comutufimneliui le champion le plus véhémeM de lalîttérature classique. C'est de ses bureaux que partit la feroeuse requête au roi contre les romanliqufes, requête à laquelle Louis XVIII fit celte sage réponse : « Messieurs , quand il s'agit de théâtre , Je n'ai , (tomme tout le monde , que ma placé au parterre. »
Ce prince prenait d'ailleurs un vif intérêt à cesquc^ relies littéraires. On connaît son goût pour les lettres ; plus d'une fqis , alors qull n'était encore que comte
^ce Y il âvail cGosairé ses loisirs au jottrna«« ; mais ce n'était pour lui qu'un délassement fuf \\ el pas du tout Tobjet d^uiie étude sérieuse. Ce te monarque constiXuUonaeU dit M. Edouard pnnier daos ua article sur les Rois et princes jour-» iriûiec», que nous ayons déjà cité^ n'était alors épris le de cbosea légères , il n'avait de passion que pour |l àrpropos misien vers , il n'avait de rêves que pour Il poésies d'almanaebé liéparpillaitauveni de toutes
t petites publicités ses petites rimes et ses petits arti^ ^ u Nous le savons positivement par Tabbé Soula^ ie , mais mieux encore par les Soapenirs d'un sexa^ itwire^ de Tacadèmicien Amault, qui fut longpRips iieerétaire de son cabinet. La chose la plus ineose q«c nous ayons apprise par cette dernière irâatîda quelque peu mdiscrète, c^est que le car t^d, le vrai canard renforcé , tel qu'on n'ose plus t !air9 y ie canard* t^ampire , le canard-monstre-* ^^trin^ est one invention cki royal mystificateur. De« iRns , il n^a rien inventé que la Charte , mais , cette l<M6 , avec bvevet et garantie du gouvernement.
<t De tout temps, écrit Amault , ce prince recher- 1^ W9.^ccèa littéraires , faisant de Tesprit sous l'a- Qooyme,|}ans les journaux, comme on en fait au bai ^us le masque. U glissait de temps à autre, soit ^aos la GazeUe de France, soit dans le Joumed de ^ms, de petits articles « de petites lettres, dans lesquels U aUaqaait à la Boardine tel hbmme qui ne s'y attendait guère, sauf à se venger.cn prince de Vvmpudeot qui l'attaquait comme auteur.
» Il aimait beaucoup à s'amuser de la crédulité parisieQpc. La description de cet animal fantastique qo'oa disait, en 1784, avoir été trouvé dans le Chili , M de 3on invention ; c^est un fait de son gé« "m que rarlide où Ton proposait d'ouvrir une sou*