‹ Histoire du lied; ou, La chanson populaire en Allemagne, avee une centaine de traductions en vers et sept mélodiesChapitre 7 sur 27 · DÉCOUVERTE DE LA POÉSIE POPULAIRB · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DE LA POÉSIE POPULAIRB

pendant la chaleur je t'ai portée sous les ombrages embaumés, pendant que tu dormais j'ai veillé près de toi, j'ai chassé les insectes de ton visage. 0 ma mère, que deviendras-tu sans moi? l'argent qu'on te donnera pour moi ne te donnera pas une autre fille. Tu périras dans la misère, et ma plus grande douleur sera de ne pouvoir t'aider. 0 ma mère! ne vends pas ta fille unique.

« Vaines prières! Elle fut vendue, chargée de chaînes, jetée sur un navire et quitta pour toujours sa chère, sa douce patrie (1). »

Voilà de ces cris de la nature qui défient la poésie ! Le recueil de Herder en est plein et ses contemporains en furent émus. L'attention des jeunes poètes se porta de plus en plus sur les chants populaires de l'Allemagne. Non seulement Herder en avait recueilli un certain nombre dans son livre, mais pendant son séjour à Strasbourg où il exerça une grande influence sur Goethe qui n'avait alors que vingt ans, il lui fit remarquer la beauté des chants populaires de l'Alsace. L'ardent jeune homme, dont le génie rapide s emparait de tout au vol, profita du conseil; on retrouve dans les inspirations les plus suaves de sa muse lyrique la note touchante de la chanson populaire. Bûrger vint

(1) Herder, Stimmen der Volker. Sammtliche Werke, t. XVI, pag. 428 et s. — Cotta. Stuttgart.

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après et adopta d antiques légendes dans ses ballades fantastiques ; les autres firent comme lui. Tous prêtèrent une oreille attentive à la voix du peuple qu'on avait entendue jusqu'alors sans la comprendre. Ils ressemblaient à ces jeunes héros de la Germanie païenne qui, après avoir trempé leurs lèvres dans le sang du dragon, comprenaient tout à coup le langage des oiseaux et marchaient, saisis de terreur et de ravissements, sous la forêt mur murante dont les voix rieuses leur prédisaient un immense avenir. Ainsi, ces paroles, ces mélodies, prirent un sens nouveau, on se mit à les noter, à les recueillir pieusement. Achim d'Arnim et Clément Brentano y consacrèrent leurs loisirs et toute leur passion. Voici comment le premier raconte la révélation qu'il eut de cette nouvelle poésie : ^ Ce fut à la campagne que je compris pour la première fois le sens du chant populaire et que j'en subis le charme puissant. C'était au milieu d'une chaude nuit d'été, des voix éclatantes me réveillèrent. J'ouvris la fenêtre et je vis à travers les arbres des soldats et des paysans pêle-mêle. Ils chantaient et se renvoyaient ce refrain :

Debout, mes frères, soyez forts !

Voici le jour d*adieu.

Nous allons par delà les mers, Nous partons avec Dieu.

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