Wanderhorn, I, page i
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Mais, depuis qu'elle a entendu le jeune pâtre lui murmurer des paroles d'amour, l'oiseau parle une autre langue. Le bel enfant n'a-t-il pas voulu la conduire au vallon perdu pour écouter le rossig^nol et ne chantait-il pas ce jour-là d'une voix étrang-e et forte ? Elle n'y est pas allée, mais, depuis ce jour, l'oiseau tentateur la poursuit et répète la sauvag^e mélodie du val perdu. Effrayée, elle lui dit : « 0 rossignol, petitoiseau, cesse ton chant si fort!» Mais il ne cesse; ses accents languissants pénètrent plus avant dans l'âme et ont parfois tant de puissance qu'ils semblent devoir briser sa gorge délicate lorsqu'ils jaillissent par bordées éclatantes. Troublée, éperdue, elle s'en retourne à sa hutte près de la métairie.
Des semaines, des mois se passent, un jour de danse est revenu. Le matin, des jeunes filles, qui passent devant sa hutte, ont l'air dédire pour elle :
Au bel été, gazouillent les oiseaux Et dans le foin gambadent les agneaux, Ils vont chanter à la porte des belles Venez, venez danser sous les tonnelles.
La tentation est trop forte. Elle s'apprête, se pare, met sa couronne. Déjà, elle marche dans le chemin creux, déjà les premiers sons de la musique font battre son cœur, quand une branche d'églantine qui retombe jusqu'au milieu du chemin par une courbe gracieuse attire son attention.
— Bonjour, bonjour, belle églantine Pourquoi si verte ce matin ?
— Bonjour, fille fraîche et lutine, Pourquoi si belle ce matin ?
— D'où me vient ma joue empourprée ?
Je te le confierai sans peur,
Je bois du vin à la vesprée,
Le vin frais met ma joue en fleur.
— Tu bois du vin à la vesprée, Le vin frais met ta joue en fleur, Et sur moi tombe la rosée
Qui fait ma force et ma verdeur.
— Prends garde à toi, belle églantine, Sois sage et regarde à Tentour,
Pour me fleurir, ah ! tu devines, Je vais te couper un beau jour.
— Si tu me coupais en automne Au printemps je reverdirais.
Mais fille qui perd sa couronne Ne la retrouve plus jamais ♦.
Celte pensée TefFraie et la relient. Comme le chevreuil, un instant, séduit par la fanfare des corset qui tressaille au cri de la meute, elle revient sur ses pas et prend la résolution de ne plus retourner à la danse et encore moins à la mystérieuse clairière. En passant dans les champs, elle entend le bruit d'une faucille cpii coupe les blés et deux moissonneuses qui causent ensemble. Elles sont cachées par les hauts épis et ne se doutent pas qu'on les entende. L'une chante fièrement :
Coupons les blés, coupons, fillette, Qu'importe? ils tombent sous le fer.
D'un amoureux j'ai fait conquête, Los bluets sont au trèfle vert !
L'autre murmure d'une voix triste :