I . Recueil d'L'hland, n
D'un uiiiouieiix lais ]a conquête, Les Lluels sont au Irèlle veii, Mais moi je reste ici seulette, J"ai dans le cœur un mal anier !
Ces deux voix la plongent dans une profonde méditation et font palpiter étrangement son cœur. Elle ne se doute pas que la moissonneuse triste a été trahie par son amant, et que l'autre n'en est encore qu'à la joie des premières amours. Elle n'entend que le tressaillement de bonheur de l'une, elle ne sent que le « mal amer » de l'autre. N'estelle pas seule aussi? Mais ne pourrait-elle pas ressembler à l'autre? Et comme il serait beau de chanter à son tour d'une voix triomphante :
D'un amoure'ux j'ai fait conquête, Les bluets sont au trèfle vert !
Cette mélodie qui vient de s'échapper comme d'elle-même de son sein la fait frémir. La fille sauvage se gonfle d'orgueil et d'amour, elle oublie tous ses vœux et s'élance par bonds vers le val perdu. Mais, à mesure qu'elle descend dans les taillis épais, elle marche plus lentement et s'arrête souvent en écartant les branches. Enfin elle arrive, le val perdu est désert, la lisière des bois immobile et sombre. Elle écoute, pas un bruit. Pourquoi n'entend-elle plus la voix vibrante qu'elle a entendue une fois et qui l'appelait :
Du fond des bois je ne sais d'où, Répond, répond, ma belle !
Maintenant, plus rien. Mais voici que le coucou se met à pousser son cri monotone. C'est un oiseau
de bon augure. Elle s'assied dans les hautes herbes et, palpitante, attend; mais pas une branche ne remue. Le coucou seul se fait entendre. Impatientée, elle se décide à consulter l'oiseau pour savoir combien d'heures elle attendra son ami, et, selon la croyance populaire, l'oiseau doit dire autant de fois : coucou, puis s'arrêter. Et quel fut l'oracle du coucou? La belle et farouche enfant ne vous le dira pas. Mais un vieux pâtre malicieux qui, par hasard, rôdait dans ces parages l'a entendu et en a fait une gaie chanson :
Une bergère menait paître
Ses moutons dans les prés,
Les bluets venaient de renaître Dans les champs bigarrés.
Et gaîment au bosquet voisin
Le coucou chantait son refrain :
Coucou ! coucou ! coucou !
S'assit dans l'herbe la pauvrette
Toute pensive, et dit :
Comptons, combien de temps seulette
J'attendrai mon ami.
Elle compta bien jusqu'à cent, Et l'oiseau chantait constamment :
Coucou! coucou! coucou!
Ah! c'en est trop, dit la fillette
Qui bondit en sursaut.
Je te battrai de ma houlette,
Sot et méchant oiseau.
Par bonheur 1 oiseau l'aperçoit.
S'envole, et crie au fond du bois :
Coucou! coucou! coucou!
Dans la forêt elle s'enfonce Et tumbe lasse enlin.
Va, crie encor, moi j'y renonce
Je te poursuis en vain, Mais le berger à ce moment Paraît, FemiDrasse et dit gaîment :
Coucou ! coucou ! coucou » !
Et la fin de l'histoire? C'est encore le vieux pâtre malin qui la sait, et lorsqu'on la lui demande, il répond comme toujours par une chansonnette de sa façon :
Un garçon vit un jour fleurir
La rose des bruyères, Dans sa fraîcheur belle à ravir.
Il s'arrêta fou de plaisir,
Le cœur tout en prière.
Petite rose, ô rose rouge,
0 rose des bruyères !
Il lui dit : Je te cueillerai !
0 rose des bruyères !
Elle dit : Je te piquerai !
Et jamais ne le souffrirai.
Je suis beaucoup trop fière !
Petite rose, ô rose rouge,
0 rose des bruyères!
Et le sauvage enfant cueillit
La rose des bruyères.
La pauvre fleur se défendit, Fallut bien qu'elle souffrît ;
Bientôt se laissa faire.
Petite rose, ô petite rose rouge,
0 rose des bruyères * !