‹ Histoire du Lied, ou, La chanson populaire en AllemagneChapitre 29 sur 79 · U HISTOIRE DU LIED · texte numérisé non relu

U HISTOIRE DU LIED

branches, à travers les broussailles, jusqu'à la fontaine solitaire, couronnée de lierre et d'aubépine. Ils ne disent rien, mais les fleurs se charg-entde parler pour eux. Car ils connaissent tous deux leur lang-ag-e mystérieux, jeu favori et ressource infinie des amants. Cette ravissante et fraîche symbolique n'a rien de commun avec les fadeurs de la g-alanterie moderne, car elle est sortie palpitante de vie de la longue intimité du peuple avec la nature. Elle défraie amplement leur conversation. Sous le riant mystère de ses couleurs, se cachent les mille et mille a^-aceries, les confidences ardentes, les bouderies enfantines de la passion naissante. Les amants initiés à cette science subtile peuvent tout se dire. Làdessus les chansons populaires ne tarissent pas. Ainsi le vert, première couleur de la terre au printemps, celle d'où sortent toutes les autres, trahit dans le langage des fleurs l'espérance indécise, mais illimitée, « le vert est le commencement, » disent les chants. Mais du bourgeon vert sort la fleur blanche et de l'espérance vague un vœu plus pressant. La branche verte veut dire seulement qu'on aime, mais le blanc muguet présenté à la belle de mai veut dire que c'est elle qu'on aime ; et quel triomphe si elle répond par l'aubépine en fleur, chaste comme l'étoile du matin et comme elle pleine de promesses. De là jusqu'au rouge flamboyant, qui annonce la passion brûlante, il y a bien des degrés. Mais l'amour révèle aux plus simples un art infini ; l'amant sait prier avec des fleurs si belles et si parfumées que la blonde pensive se laisse entraîner malgré elle dans cette orgie de couleurs, de parfums et de désirs. Cependant à la rose sauvage, à la rose

en feu qui la trouble et T inquiète, son cœur sait répondre par une petite fleur d'une couleur plus douce et plus constante dont le bleu sig-nifie : fidélité. L'amant est désarmé, leurs regards éperdus se jurent, à travers des larmes de joie, un serment irrévocable, que Dieu semble entendre dans le silence de l'azur : « Meure cette fleur, dit le compagnon ému.

Meurent la fleur et l'espérance Nous sommes riches en amour !

L'amour ne mourra pas en moi, Oh ! crois-le moi i !

Ils n'ont que ces cris pour exprimer leurs premiers transports, mais toute leur âme y tressaille. Eblouis, enivrés, ils vivent dans un enchantement perpétuel ; à toutes leurs palpitations de joie répondent les efflorescences de la forêt. Quand les lèvres de la belle enfant s'épanouissent dans le rire, il croit voir tomber des roses de tous côtés et il se dit que sa bouche rit des ro^^^. Quand ils s'embrassent, les buissons bourgeonnent, les fleurs sortent de terre, les branches s'entre-choquent et les oiseaux font entendre de longs cris de joie. Les paroles de l'amant tombent comme des gouttes de feu dans le sein gonflé de la jeune fille, quand il murmure à son oreille :

Oui, le charbon ardent couve avec moins d'ardeur, Qu'amour doux et secret qui brûle au fond du cœur.

Belle est la rose en feu qui s'ouvre à la lumière, Plusbeaux deux jeunes cœurs s'aimant dans le mystère.

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