I. Wunderhorn, I, page
répond pas. Il frappe lonstemps, enfin elle ouvre : (( Je ne devrais pas te laisser entrer, dit la pâle brune. Quand d'autres filles portent la couronne, moi je devrais porter un voile. Ah, je roug^is ! et plus j'v pense, plus je j>leure du fond de l'âme. » Mais il la console. Au son de sa voix elle est heureuse et fière,elle s'épanouit de nouveau et l'entoure de ses bras.
Un jour le chevalier est sombre, il dit à sa maîtresse qu'il faut qu'il parte le lendemain. Ses parents l'appellent, mais il reviendra bientôt la chercher. Elle le regarde lona temps, puis s'assied dans un coin et cache son visage dans ses mains. Il cherche à la rassurer; elle reste muette. — Reviens encore une fois, avant de partir! dit-elle enfin. — Il le promet et revient en effet le soir, mais plus sombre encore que le malin. Elle lui dit :
Tes parents causent nos adieux.
Ah î n'est-ce pas que je devine ?
Un jour tu seras plus heureux Avec une autre, jimaiiine.
Ce romarin triste et charmant De mon amour ce dernier gage, Prends-le, puisqu'au dernier moment J"ai pu revoii- Ion cher visag •.
Elle n'a que cela à donner, mais une j)auvre fleur peu-elle retenir un riche et beau seigneur? Il s'arrache à ses bras; alors elle se sent seule au monde et sa douleur se cadence dans une plainte douce et contenue qui peu à peu se résout en sanglots :
Qui guérira ce mal que j'ai ?
Ma faute é4ait trop d'espérance.
ÉPOPÉE Eï TRAGÉDIE DE L'aMOUR 197
I/ami m'a donné son congé, Il laul soiilTrir en palience.
L'amour, l'amour peut-il finir ?
C'est le souci qui me dévore.
Ah ! quand il sait qu'on peut trahir Un cœur peut-il chanter encore ?
Malgré cette immense douleur, il n'y a pas d'amertume dans son cœur. Sous le coup de la trahison, il déborde encore d*amouret voudrait charmer le départ du bien-aimé :
0 musiciens, au fond du bois, Touchez la harpe bien-aimée, Afin qu'une dernière fois Son âme en partant soit charmée 1
Le matin elles'est levée au point du jour. Cachée au fond de sa chambre, c'est à peine si elle ose se parler à elle-même d'une voix étouffée :
Il est bien loin mon seul ami, Il est toujours dans ma pensée.
Ah ! je ne t'ai jamais trahi Lorsque j'étais ta fiancée !
Le monde va me regarder
Et je n'ose aller à l'église.
Mes yeux, mes yeux vont déborder
Puisque mon cœur, mon cœur se brise * !
Des semaines se passent, mais il ne revient plus. Toutes les nuits elle rêve que son amant erre sous la tourelle d'une belle châtelaine en jouant une sérénade sur un luth. Alors elle aussi prend un luth et veut en jouer pour l'attendrir et lui rappeler a sa