I. Simrock, page
douce brune », mais sitôt qu'elle touche le luth toutes les cordes se brisent avec un son strident qui ressemble à un cri terrible, et à ce cri son cœur se déchire dans sa poitrine. — Pourquoi ne jouestu pas du luth ? lui dit le joyeux chevalier, toutes les châtelaines en jouent. — Mais tu vois bien que je ne peux pas, répond-elle d'une voix faible, les cordes sont brisées. Tu les as touchées trop fort quand tu étais chez moi ; et je t'aurais joué une si douce mélodie ! — Le chevalier se détourne et disparaît sous les grands arbres.
Le jour elle fuit ses amies et s'enfonce dans les bois. A la voix du rossig^nol, un flot d'espérance remonte à son cœur. Elle poursuit d'arbre en arbre l'oiseau tentateur et le presse de questions :
Rossignol, je t'entends chanter ; Je sens mon cœur prêt à sauter.
Dis-moi, pourquoi mon cœur palpite ?
Ah viens, bel oiseau, reviens vite !
Oui, c'est ton charme et ta beauté.
Oui, c'est ton chant plein de fierté, C'est ta douceur qui m'a séduite.
Ah viens, bel oiseau, reviens vite !
Dis, qu'as-tu fait de nos amours ?
Tu nous chantais toujours, toujours.
Hélas ! je souffre et lu m'évites.
Ah viens, bel oiseau, reviens vite !
L'oiseau impitoyable répond :
Il faut couper ton cœur en deux.
Va, car tu n'as plus d'amoureux.
Oh ! chasse, chasse ta folie.
Va, pauvre fille, oublie, oublie ^ !
]. Simrock, paçe 222.
Le dimanche soir, tandis que les belles et riches villag-eoises se promènent au bras de leurs galants, elle erre seule à l'écart.
Je vois plus d'une fière belle Près de la fontaine, là-bas.
Chacune à son ami près d'elle Et moi je ii'en^ai pas.
Ma mère m'a fermé sa porte, Bien loin, bien loin est mon ami.
Pourquoi ne suis-je donc pas morte ?
Que fais-je encore ici ?
Hier c'était un beau jour de danse, Pour moi ces plaisirs sont perdus.
Las, je porte au cœur ma souffrance, Moi je ne danse plus. •
Et bientôt quand je serai morte.
Dans un coin on m'enterrera.
Ma tombe est tout près de la porte.
Qui donc me pleurera ?
Ah ! laissez debout la fleurette, Et ma croix noire, voulez-vous ?
Avez-vous connu la iillette Qui couche là-dessous i ?
Un matin elle se sent mère ; la terreur la saisit. Elle court chez ses amies d'autrefois dans Tespoir de se consoler, mais elles la taquinent en lui demandant des nouvelles du beau chevalier. Elle court dans les champs à son travail pour s'étourdir. Pendant qu'elle remue la terre avec une ardeur fiévreuse, une de ses camarades lui dit d'un ton narquois :