‹ Histoire du Lied, ou, La chanson populaire en AllemagneChapitre 37 sur 79 · I. Wunderhorn, II, page · texte numérisé non relu

I. Wunderhorn, II, page

Pourquoi si triste, ma fillette, Pourquoi ne ris-tu pas ?

Tes yeux le disent, ma brunette, Que tu pleurais tout bas.

Elle répond :

Si jai pleuré la nuit entière.

Pourquoi me tourmenter ?

J avais un seul ami sur terre Qui vient de me quitter.

Pour toute réponse elle obtient des regards de pitié, des chuchotements équivoques et des éclats de rire mal étouffés. Honnie de tous, repoussée par sa mère, torturée par sa conscience, elle tombe dans le désespoir. Elle fuit son village, cherchant du travail et mendiant sur les grandes routes. Les jours se traînent comme des années, les mois comme des siècles. Déjà le moment fatal approche, elle délire. Epuisée de faim, de fatigue, de douleur, à demi morte, elle ne peut nourrir son enfant et le tue dans un accès de folie. Elle-même n'est plus qu'un fantôme lugubre, qui erre autour du lieu fatal comme pour s'accuser de son propre crime.

En bas, dans la prairie Coule un ruisseau tout noir, A la place flétrie Où j"erre chaque soir.

Et l'herbe et la fougère Y meurent lentement.

Là j'ai sur une pierre Egorgé mon enfant.

Dans Tonde froide et sombre Coule son rouge sang,

Son sang gémit dans Tombro, (iOiilo vers l'ocra n.

Doux yeux bleus me regardent Du haut du firmament, Dans une belle étoile J'aperçois mon enfant.

La roue est préparée Qui me fera souffrir.

Que n'y suis-je attachée I Je veux mourir, mourir !

Puisque tu m'as trahie, 0 toi, que j'aimais tant, Je veux laisser ma vie Et tout dire en mourant i !

La pauvre fille est presque au bout de son martyre. Plong-ëe dans le demi-sommeil de la folie, elle passe comme en rêve à travers les horreurs de la condamnation et du supplice. Mais la poésie a joint à toutes ces imag^es le châtiment du séducteur. Elle veut qu'il apprenne la condamnation à mort de sa victime. Saisi de remords, il demande et obtient du prince la vie de sa maîtresse et part à cheval pour le lieu du supplice, tenant dans sa main le drapeau royal, signe de §-râce. Pendant ce temps, la procédure va son train. Au dernier moment, la jeune fille retrouve ses souvenirs et parle à son ami comme s'il était près d'elle. Elle ne l'accuse pas, ne lui reproche rien, elle se demande seulement pourquoi il l'a tant fait souffrir.

« Joseph, mon cher Joseph, à quoi pensais-tu donc Pour faire le malheur de la pauvre Nannon ?

« Joseph, mou cher Joseph, que Dieu sauve mon âme l Ils me feront sortir par une porte infâme,

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« Sur une grande place, hélas ! au point du jour Et tu verras bientôt ce qu'a fait notre amour.

— a Bon juge par pitié, jugez-moi promptement Je veux mourir, je veux rejoindre mon enfant.

« Bonnes gens qui pleurez, pleurez pas sur Nannon, Plutôt mourir cent fois que de vivre en prison.

« Joseph, mon cher Joseph, ta main, mon bien-aimé. i Dieu nous pardonnera, cai' jai tout avoué.»

Il arrive à cheval, il brandit son drapeau.

— « J'apporte le pardon, arrête donc, bourreau!

— « C'est trop tard elle est morte en te disant adieu.

— Adieu, pauvre Nannon.ton àme est près de Dieu*. »

L'amour malheureux est un thème non moins riche que la séduction pour le peuple, car il chante ce qu'il a vécu; ses chants sont le miroir de sa vie. Parmi ces plaintes d'amour ironiques ou tendres, amères ou désespérées qui nous sont parvenues sur des feuilles jaunies, ou qui, plus heureuses, ont voltigé d'âge en âge sur les lèvres enjouées des jeunes filles, qui ont passé de bouche en bouche à la veillée des fileuses, parmi ces refrains innombrables, que d'émotions variées, que de songes ensevelis, que de vies palpitantes encore. Dans cette aventure, vieille comme le monde, de l'amour repoussé ou trahi, les chants populaires abondent en héros de toute sorte; il y en a de gais et de tristes, il y en a de comiques et de tragiques. Il n'est pas inconsolable, à coup sûr, ce joyeux cavalier qui

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