I. Simrock, page
éPOPÉK ET THAliÉDIE DE l'aMOUU 203
raconte ses infortunes amoureuses en trinquant avec ses compagnons de guerre. La belle l'a quitté; vite une ballade sur l'insolente, et à demain les amours nouvelles. Il n'est guère plus malheureux cet écrivain public, gauche et timide personnage tout de noir habillé, la plume sur l'oreille, sec comme un parchemin et pédant comme un docteur en théologie, qu'une fière paysanne a congédié sans façon. Il médite une satire, il est déjà consolé. Mais il en est un plus aimable, plus séduisant et plus malheureux que tous les autres, c'est ce page rêveur éperdument amoureux de la fille du comte. Le pauvre page roturier est sans famille, sans fortune et sans avenir. Mais une divinité favorable semble veiller sur lui, une étoile est montée à son horizon et lui a souri, une main amie Ta protégé contre les insolences de la valetaille et l'a consolé en jouant avec ses boucles d'adolescent ou en caressant son front ombrageux. C'est la fille du comte. Elle s'amuse avec l'enfant passionné, pour se distraire des longs ennuis de la vie du château et se plaît à attiser un feu précoce dans cette tête folle. Déjà la jeunesse lui fermente au cœur, déjà la langueur le consume. Le page a une voix vibrante et s'est aperçu qu'elle fait rêver les femmes. Aussi espère-t-il être entendu, quand le soir il murmure sous une tourelle bien connue :
Oh! dors toujours dans ta tourelle Et laisse à la nuit ton amant.
Devant l'étoile la plus belle S'efface tout le firmament.
Comme la feuille errante,
Plaintive et frémissante,
20 i HISTOIRE DU LIED
Je veux murmurer à tes pieds.
Comme la fleur fanée,
Ainsi, ma bien-aimée, Je veux m'efîeuiller sous tes pieds.
Oh ! dors toujours, dors, moi je veille, Mon chant voltige autour de toi.
La nuit est noire et tout sommeille.
Un ciel d'amour se lève en moi.
J'y vois tes yeux reluire,
Me chercher, me sourire.
Deux rayons m'entrent dans le cœur.
Demain à ta fenêtre,
0 reine, viens paraître Et ce sera dimanche dans mon cœur ».
Souvent, quand le comte est à la chasse, il se g-lisse dans la tourelle par l'escalier tournant et la belle se fait lire par lui un roman de chevalerie. Puis le pa^e humble et soumis enseigne à la fille du comte à jouer de la g-uitare et g-uide ses mains intelligentes sur les cordes émues. Mais que de fois l'instrument glisse à terre, et le page laisse parler ses yeux humbles, mais pleins d'étincelles, dans un ardent silence. Le comte, sans doute, les aura surpris dans une de ces leçons de musique. Car il fait jeter le beau damoiseau dans le plus sombre de ses cachots. Qu'y ferait-il, sinon song-er à la dame de ses pensées? Il rêve, il chante et ses chansons hardies ont les ailes de l'espérance. Que ne peut-il s'envoler avec elles !
Que ne suis-je un faucon sauvage.
Ah! comme je m'élancerais 1
Vers une belle au clair visage, 1
A son château je volerais !