‹ Histoire du Lied, ou, La chanson populaire en AllemagneChapitre 40 sur 79 · I. Wunderhorr, I, page · texte numérisé non relu

I. Wunderhorr, I, page

prendra-t-elle à son service, maintenant qu'elle est châtelaine. Il arrive au château au cœur de l'hiver, pâle, défait, ses longues boucles pleines de givre. Il entre au jardin, les chemins sont déserts, il s'assied à l'écart. Tout à coup une porte s'ouvre et sur l'escalier apparaît la châtelaine en costume de chasse, toute vermeille et resplendissante de beauté. Déjà les fanfares résonnent aux alentours et la belle chasseresse semble les respirer avec orgueil et se gonfler de courage. Alors le page d'autrefois entonne d'une voix faible sa plus douce, sa plus triste romance :

Il neige, il vente, il neige, Et riiiver a soufflé.

Où donc m'abriterai-je ?

Les sentiers ont gelé.

Où reposer ma tête ?

Le repos est si doux !

0 neiges, ô tempête, Où donc m'emport'z-vous ?

0 toi qui me fus chère.

Viens, ouvre par pitié Tes bras à ma misère.

L'hiver sera passé !

Elle a écouté immobile et froide. Un instant elle semble hésiter, puis elle lui jette une pièce d'argent et rentre dans le château. Il voit tomber la pièce, il l'entend sonner sur la pierre, il voit disparaître la châtelaine, comme s'il entendait l'adieu d'une étranGrèreou comme s'il rêvait. Enfin il comprend ; ses bras lui tombent, sa tête se penche, il reste ainsi plus d'une heure, puis il s'enfuit sans savoir où.

ï:popke et tragédie de l'a mou h 207

Longtemps encore on le voit errer sur les routes, mais il liante surtout les chemins solitaires. Lorsqu'il chante, c'est d'une voix voilée et les paroles qu'il murmure sont d'une morne tristesse :

Sous les nuages sombres Dans les grands bois plein d'ombres, Où rien, où rien n'est plus joyeux Je me sens bien, je suis heureux.

Mais quand les oiseaux sont en fête Mon cœur se trouble et s'inquiète, Et toi tu n'en crois rien !

Tombez sur moi, montagnes,

Et vous, sombres campagnes,

Ouvrez vos plus profonds tombeaux.

0 terre, doux est ton repos.

De là mon bon ange, s'il m'aime.

Te portera l'adieu suprême.

Mais tu n'en croiras rien !

Qu'est devenu le page errant ? Personne ne le saiU II a disparu, et dans les fêtes des châteaux les femmes réclament en vain l'enfant aux yeux tristes et à la voix émouvante, qui savait tant et de si doux chants d'amour.

Ce n'est là qu'un des nombreux épisodes de l'amour malheureux dans cette poésie où se retrouvent toutes les situations de la vie. La tristesse, dont certaines chansons sont imprégnées, laisse entrevoir çà et là des abîmes de douleur et découvre ces ravages irrémédiables de la passion, qui amènent la mort lente ou le suicide. Quel découra-

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