‹ Histoire du Lied, ou, La chanson populaire en AllemagneChapitre 41 sur 79 · I. Wunderhorn, II, p. i · texte numérisé non relu

I. Wunderhorn, II, p. i

gement dans cette plainte étouffée : « 0 mes larmes, personnes ne vous estime! En cela, vous ressemblez aux dons du ciel. Je suis pauvre en toute chose, par vous je suis riche. » Et quel désespoir concentré, quelle soif du néant dans ces mots : c( Je voudrais être couché et dormir à plus de mille toises dans le sein de la terre fraîche ! Tu ne peux être à moi, je n'ai donc rien à espérer que la fraîche tombe. Viens, terre, couvre-moi, sans quoi je ne trouverai pas de repos. Efface monnom, éteins ces flammes d'amour, cet ardent brasier qui brûle éternellement. » Quelle amertune par contre, quel mépris viril dans cette explosion d'une colère longtemps contenue : «Assez longtemps j'ai gardé le silence, mais ton orgueil est monté trop haut ! Tu me méprises au point de rire de ma fidélité... Ce que tu es, je le suis aussi. Oui me méprise, je le méprise à mon tour. Ta beauté passera comme une fleur des champs. Une iî-elée viendra pendant la nuit et adieu la fleur superbe. J'ai bu du fiel et du poison. Il sont descendus jusqu'au fond de mon cœur, je n'ai presque plus de vie, il faut que je m'en aille dans la fraîche tombe. »

Cette colère, qui finit ici par l'abattement, s'emporte ailleurs jusqu'à la vengeance. Un com{)agnon revient dans sa ville natale pour y chercher sa fiancée. Il accourt le cœur débordant d'amour, de confiance et de joie. C'est au printemps; le ciel rit, les fleurs foisonnent, les enfants bondissent dans la prairie, des fanfares retentissent dans la campagne. Il tressaille d'impatience en s'élançant vers le seuil de la bien-aimée; toutes les puissances de son âme se précipitent vers elle. Mais qui trouve-t-il?

ÉPOPÉE ET TRAGÉDIE DE L'AiMOUR 209

Et quand il revient à sa noite La belle au seuil attend :

« Dieu te salue, ma mie charmante Que mon cœur aime tant. »

— (( Et qu'as-tu besoin de m'aimer?

J'ai déjà mon mari.

Il est charmant, il sait me plaire.

Il m'aime et me nourrit. »

Et que tira-t-il de sa poche?

Un couteau reluisant.

Il le plonge au cœur de sa mie.

En fait jaillir le sang.

Il le tira de sa blessure,

Le sang coulait encor.

<( Ah ! Dieu du ciel sauve mon âme !

Que c'est amer la mort i ! »

Rien de plus tra§-iqiie et de plus inévitable que cette réponse du couteau à l'insolente provocation de la jeune fille. Ce chang^einent instantané de l'amour extrême en haine sauvag-e est aussi fatal que terrible dans un tempérament de feu. On voit reculer le jeune homme, on le voit frissonner de la tête aux pieds, on voit le roug-elui monter au front et son amour insulté, bafoué, traîné dans la boue s'assouvir dans le sang.

Ces exemples sont loin d'épuiser la vie riche et luxuriante qui s'épanouit dans ces chants d'amour avec ses joies et ses déboires, ses rires et ses A^engeances, mais ils en donnent les grandes situations et les notes fondamentales. L'amour pur et fidèle sanctifie la passion, ennoblit les amants ; la séduction suivie de l'abandon entraîne le désespoir et la

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