I. Wunderhorn, I, page
mort; l'amour dédaig^né se consume dans la solitude; la trahison enfante le suicide ou la veng-eance. Jamais l'amour n'est considéré comme un passetemps; lorsqu'il éclate il s'empare toujours de l'homme tout entier. Coupable, criminel, sang^lanl parfois, il est presque toujours profond, irrésistible. Qu'il soit d'ailleurs heureux ou malheureux, doux ou terrible, il est le rêve éternel de la muse populaire, je veux dire du peuple en ses heures d'aspiration supérieure. Lorsque, s'élevant de ses aventures personnelles à des pensées plus vastes, il song-e à cet amour complet, absolu, qui ne vient qu'une fois et qui passe si vite, ses paroles comme ses mélodies respirent une tristesse vaçue et infinie. La foret reverdit, la neig^e fond aux bois. Ciel, prairie, buissons et ruisseaux, tout est en fête. Que va dire la payse à l'aubépine blanche qui perce les bourgeons reluisants! De quels tressaillements va-t-elleaccueillirle rossig-nol qui essaie savoix?Oh, cette verdure, ces buissons, ce rossig-nol, tout cela n'est pas pour elle. La vie n'a plus rien à lui offrir. Elle a aimé une fois, puis c'a été fini pour toujours. Et tous les ans le printemps revient ainsi plus g-ai, plus beau que jamais, et tous les ans elle est plus triste. Elle pense à autrefois. Et puis il lui semble pourtant, quand les oiseaux chantent si fort et qu'il y a tant de fleurs dans les prés, qu'elle va de nou veau être heureuse. Elle chante bien doucement:
Quand souffle la brise Sur les champs neigeux Violette savise De rouvrir ses veux bleus.
ÉPOPÉE ET TRAGÉDIE DE l'AMOUR 211
L'oiseau par trislessc Resté, las ! sans voix, De folle allégresse, De folle allégresse !
Rechanle au vert bois !
Fleurissent les roses,
Adieu, sombres jours.
Est-ce vrai que les roses Font fleurir les amours?
La rose gentille Fleurit tous les mais.
L'amour un jour brille.
L'amour — un jour brille, Et puis — plus jamais !
La fleur printanière
Renaît tous les ans ; L'homme seul sur la terre, L'homme n'a qu un' printemps.
L'oiseauj-evient vite Au temps des amours.
Quand Fhomme^nous quitte, Quand l'homme nous quitte, Ah ! c'est pour toujours * !
On peut retrouver les lois de l'univers dans un brin d'herbe et toute Tâme humaine dans une chansonnette. Immensité de l'espérance, immensité du désespoir, tout est là.
Ce n'est pas, comme chez les poètes de la désespérance, un doute sur l'amour lui-même, ce n'est que la mélancolie profonde inspirée par la destinée de l'homme, la plainte éternelle sur l'adieu inévitable, sur la séparation et la mort. Ce qui frappe dans