I. Simrok, Volkslieder, \)a^e i
LA VIK HKLIGIiaSE 233
j)ar(ionne et console; il émeut et convertit. Gomme sa mère il ne se trahit pas toujours tout de suite et va trouver de préférence ceux qui le connaissent le moins. Quelle touchante histoire, par exemple, que celle de la fillette du sultan! Le sultan est pour le peuple l'ennemi juré de la chrétienté, le païen par excellence, mais il a une fille bonne et pieuse, qui pressent dans son cœur un Dieu qu'elle n'a jamais entendu nommer :
Le sultan avait un' fillette
Qui se levait matin, Pour arroser mainte fleurette
Au fond de son jardin.
Quand ell' vit s"ouvrir ces fleurettes,
Sous la rosée en pleurs, La vierge dit : Qui vous a faites,
Mes chères belles fleurs ?
Il faut que ce soit un grand maître, Un riche et beau seigneur.
ui sur la terre vous fait naître Et croître en son honneur.
.Je Taime du fond de mon à me, Mais comment le trouver?
Pour lui je quitterais mon père, Ses fleurs j'irais soigner.
A minuit sans lampe et sans cierge,
Le front tout rayonnant.
Vient un jeune homme : 0 belle vierge.
Le fiancé t'attend.
Vit' la ffllette se réveiUe, A la fenêtre court ;
Et c'est Jésus son doux ami , Resplendissant d'amour.
Elle ouvre sa porte, et joyeuse S'incline doucement :
— Sois le bienvenu, beau jeune homni" Dit-elle gentiment.
De quel pays, de quelle terre
Arrives-tu, dis-moi?
Dans le royaume de mon père,
Nul n'est si beau que toi.
— Tu songeais à moi, belle vierge, Je suis venu pour toi.
Quittant le royaum" de mon père ; Car ces fleurs sont à moi.
0 maître, ô maître à quell' distance
Est ce lieu de beauté.
Que j'y soign' tes fleurs en silence,
En toute éternité.
— Il est à plus de mille lieues,
Le royaume éternel.
Et la plus belle des couronnes T'attend au fond du ciel.
Alors il prit de sa main blanche Un anneau d'or brillant:
— Serais-tu pas ma fiancée,
Fillette du sultan?
Comme elle offrait toute son àme, Jésus saigna d'amour :
— Pourquoi ton cœur est-il si rouge,
De roses, mon amour !
— C'est pour toi queje port'ces roses
Qui fleuriront toujours.
C'est pour toi qu'elles sont écloses Quand je suis mort d'amour.
Viens donc, viens donc, ma fiancée, Vers mon père éternel, —
En J(''sus oir s'est conliro, Sa couronne est au ciel i.
Cette l('gende rappelle les peintures sur fond d'or de Fra Angelico de Fiesole, où les ang-es embrassent les bienheureux au milieu des fleurs mystiques du paradis, mais d'un mouvement si chaste qu'aucune émotion des sens ne nous effleure devant eux. L'histoire assurément n'est pas d'une orthodoxie scrupuleuse, mais voici une légende beaucoup plus hérétique encore, qui nie tout simplement l'infaillibilité du pape. C'est celle du Tannhauser.
Tannhauser était un chevalier vaillant qui voulait voir grandes merveilles. Il parcourt le pays célébrant et aimant les plus belles femmes. Un jour, lassé des femmes de la terre, il convoite les déesses et entre dans la montagne de Vénus. Selon une vieille tradition allemande, Vénus, la déesse infernale, l'incarnation de la volupté, du péché par excellence, a été reléguée dans une montagne, loin des hommes. Là, par ses puissantes incantations, elle s'est créé un nouveau royaume, plein de lacs magiques, de bosquets parfumés et de cavernes mystérieuses, où elle règne avec ses nymphes et ses sirènes. De temps en temps, un homme, poussé par un désir téméraire, pénètre dans la montagne fatale, mais jamais aucun d'eux n'en est revenu. Tannhauser, dévoré d'une soif insatiable de volupté, y entre sans crainte, malgré les avertissements du fidèle Eckart. Subjugué par la beauté démoniaque de Vénus, il jure dans ses bras de ne jamais la quitter. Mais bientôt le remords le saisit, il regrette