I. Simrock, Volkslieder, page i
236 HISTOIRE DU LItD
le ciel, le son des cloches et la Vierge Marie, qui fut son premier culte, et veut partir. Alors Vénus lui rappelle son serment:
— Beau chevalier, tu sais, je t"ainie!
Il faut t'en souvenir.
>'e m as-tu pas juré toi-même
De ne jamais partir ?
— ?sun,à tes chaînes, sur mon âme,
Je n'ai pu me river.
Si j'étais ton esclave, ô femme, Dieu m'aide à me venger!
— Reste avec moi dans ma montagne,
Enlacé dans mes bras.
Reste et prends ma belle compagne, Pour femme tu l'auras.
— Qu'y gagnerai-je si je l'aime,
0 fatale beauté ?
L'enfer m'engloutira quand même....
0 sombre éternité !
— L'enfer te trouble et te tourmente,
En as-tu fait le tour?
Songe à ma bouche rouge, ardente.
Qui chante et rit d'amour.
— Que me font tes baisers de namme?
Je n'y veux revenir.
Par l'honneur sacré de la femme,
Vénus, je veux partir!
— Peux-tu? mon charme dure encore,
Mon royaume est fermé.
Dans la caverne où je t'adore, Reviens, mon bien-aimé!
— - Ah ! je suis las de tes caresses.
Je connais ton vrai nom.
Vénus, ô reine des déesses.
Car tu n'e5 qu'un démon!
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— Ail ! (Hif (lis-lu clans la folie,
El pourcpioi m'insiillci' ?
Tu pâliras toute ta vie
Par ce mot, chevalici- !
— Non, car mon àme est ail ranch ie
De ton ciianne odieux.
Arrache-moi d'ici, Marie, Reine pure des cieux !
A ce nom, elle cède et le laisse partir en disant: Va ! partout où tu passeras, tu chanteras ma gloire ! Accablé de tristesse et de repentir, Tannliauser se end à Rome pour faire pénitence et demander au pape le pardon de ses péchés. Mais quand il confesse qu'il a été dans la montagne de Vénus, le pontife de Rome le maudit, et lui montrant le bâton qu'il tient à la main : « Aussi sûrement que ce bâton ne refleurira pas, pour toi point de pardon. » Tannhauser sort de Rome désespéré.
— Mère Marie, ô pure Vierge,
Faut-il donc te quitter?
Et dans la montagne enchantée
Il rentre pour toujours:
— A toi Vénus! car Dieu lui-même
Me pousse à mes amours ^ !
I. Wiinderhorn, l. I, page 97. — Comme beaucoup de traditions populaires, la légende du Tannhauser eut son point de départ dans un personnage vivant. Tannhauser était un chevalier poète du treizième siècle, un de ces Minnesinger ambulants (jui vivaient à la cour des princes. Poète médiocre, esprit railleur, et joyeux boa vivant, il mena une vie très dissipée et s'en repentit plus tard. Le repentir est aussi le seul trait du personnage réel qui ait passé dans le personnage légendaire. Dans l'imaginaiion du peu[)le, Tannhauser s'est complètement transformé. Ce n'est pas un vulgaire bon vivant, mais un homme passionné. 11 s'est voué au culte de la céleste Marie, mais le désir de voluptés plus ardentes l'entraîne dans la montagne de Vénus. De là le profond repen'.ir qui succède à l'ivresse des sens.