‹ Histoire du Lied, ou, La chanson populaire en AllemagneChapitre 9 sur 79 · I. Gudrnn, sixième aventure, strophe · texte numérisé non relu

I. Gudrnn, sixième aventure, strophe

dans l'histoire de la poésie allemande et qu'Uhland a proclamé en ce siècle avec tant d'autres lorsqu'il s'est écrié : « Chantez, vous tous qui avez une voix, dans la libre forêt des poètes allemands!»

Cette absence de monopole, cette haute et franche liberté du chant et de la poésie est un des caractères saillants de la race germanique. Elle s'y est toujours maintenue et s'y maintiendra toujours. Grâce à elle, se développèrent au sein du peuple ces grandes légendes épiques dont le chant de Hildebrand et de Hadubrand, le Beowulf anglo-saxon, le poème latin Walter et Hildegunde, Gudrun et les Nibelungen ne sont que des fragments grandioses, pareils à ces torses de marbre, mutilés par la massue des barbares, rongés par la terre et la pluie, mais dont les muscles puissants, les poitrails superbes trahissent la race immortelle des dieux helléniques et ressuscitent à nos yeux Hercule vainqueur de l'hydre ou Jupiter tonnant.

Toutes ces grandes épopées populaires sont l'œuvre du génie païen de la Germanie primitive. Survient le christianisme et Charlemagne, l'Eglise et la société féodale s'élèvent sur les débris du paganisme. Dès lors, deux sociétés, deux puissances, deux génies divers sont en lutte, le peuple et l'Eglise, l'esprit païen et le christianisme, la poésie populaire et la poésie savante. Le christianisme triomphe, l'Église étouffe la vieille épopée au cœur du peuple, la poésie ne vient plus d'en bas, mais d'en haut, elle ne sort plus des entrailles du peuple, elle est imposée par le clergé. A partir de ce moment, la nation allemande s'assimile le génie chrétien, la chevalerie crée un idéal nouveau et la poésie des

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